LIVRE II. — CHAPITRE IV
tomber sous les coups imprévus de l'ingratitude et de la trahison est moins cruel que soupçonner d'avance le crime, et vivre dans une incessante appréhension des traîtres et des ingrats.
Milon fit saisir et mettre à mort les meurtriers de son maître pendant que l'incendie et le pillage ruinaient Pavie. Cette capitale, qui ne sut ni se défendre ni capituler, fut prise d'assaut par les Hongrois qui la mirent à feu et à sang. Frodoard S auteur contemporain, dit que quarante-trois églises furent la proie des flammes ; que l'évèque de la ville et celui de Yercelli périrent dans l'incendie ; que jamais destruction ne fut plus complète et massacre plus affreux ; qu'il ne resta de cette population si nombreuse que deux cents habitants ; et de tant de palais et d'églises, que des monceaux de ruines. Ce récit nous paraît d'autant plus exagéré que, selon Liutbprand, on aurait vu, en peu d'années, la ville de Pavie renaître de ses cendres, aussi belle, aussi peuplée que jamais ; plus riche que Rome elle-même, à qui elle n'aurait eu à envier, dit le même historien, que les reliques précieuses des saints apôtres.
Frodoard raconte, en outre (et Muratori parait admettre cette opinion], que les Hongrois, chargés de butin, au lieu de s'en retourner par le Frioul, comme l'a prétendu Liutbprand, prirent le chemin de la France par les Alpes ; que Rodolphe et le comte Hugues cherchèrent à rejeter ces hordes vagabondes dans des défilés étroits et périlleux ; mais que les Hongrois eurent l'adresse de s'ouvrir des issues ignorées et se répandirent dans le Languedoc. Rodolphe fit passer par les armes tous ceux de ces barbares qui tombèrent en son pouvoir *•
Nous avons assisté à l'agonie de la formidable puissance fondée par Gharlemagne ; nous avons consacré quelques pages au souvenir d'un de ses plus glorieux descendants en Italie ; il nous faut arriver à ce moment suprême qui vit passer les lambeaux de cette domination carlovingienne sur la péninsliley des mains indignes des derniers des* cendants italiens du grand homme aux mains glorieuses d'Otbon le Grand.
■ FRODOAmDUS, in ehron., tome II, Jt«r. Fraœ. — IHichuns. — Liuthpraii» [Hist,, lib. 3, cap. !«' et suiv.) fixe la date de ce désastre au 13 mars 924. La mort de Bérenger, qae Maratori * rapporte au même mois, ne précéda que de peu de jours la ruine de Pavie.
' MuBATORi, Ânn^ d'il., tome T, page 372, tnno 9S4.
* Mm, d'it,^ tome V, pag^ ^^ *t raÎT., «qbo 934,
130 MTOXIÈMB SPOQCB.
Quekpie répugnance qa'on éprooire, il fMit mcNitrer, au milim d'an nouveau cfaaos d'ambitions maies » la cowmne 4'Italie tonlMiirt da front de Rodolphe, faible et iDOoméqnent jeune borame, aar te ffont 4e ce ûuneui Hngiies, conte de Provence, 4ont la poditique cjwque et la vie efiroortément débauchée, eeuiBenI les pages déjà si ternies de riiiatoire de cette tristeépeqae.
Quatre piétendantSi Roddfhe^ HugUÊê^ LoAmre^ Bénmger, w»t tous s'intituler rois de celte fiauvre LomfoaHie qui ne sait qaé ssaverain reconnattre dans ce conflit d'amfaitiotts Averses. CoDséqaeiice logique du triomphe delà féodalité dans <sa lutte plua que sécohire contre les rois des grandes monardiies. DéfdoraUe désordre qai fivre le champ de la lutte à des rivalités teliement sffbalterneèy'qQe, pendant plusieurs années , le diadème impérial eat OMune <o«Uié par tous ces avides quêteurs de couronnes. Les annsdes de rbîatoîfe piésenteat, pour cette époque , dans la succession de la pourpre des emperears d'Occident , une laome de quelcpies années, conune pour M éviler de tomber dans la boue. On croirait presque ee Irower k cette honteuse {dmse de l'histoire romanoe (476) qui vit Od9mnf roi des Endes, dépottiUer le feibie Rmmhi^ÀMSMsUêU de la dtgwté ùqéinle et dédaigner de prendre le titre de ^^iflr ' .
Ain» semblerait avoir fait le roi de Germanie , Bemi fOiêdewr, le seul monarque d'alors capable de toucher au diadènse impérial suis le ternir , et qui pendent tout son règne , refusa ce périitaa boaaeur. Puis nous verrons enfin venir Othen le Grand. ... OOna, seotant que la couronne des Césars est è sa mesure, la posMv^sanacrûfde sur sa glorieuse tète , qui donnera à ce diadème plus d'ééM qn'elle •n'en aura reçu.
Mais en attendant , le dédain , l'ouUi ou l'nnpuisBaiice , mit de la Germanie, soit de la France, soit de Gonstantinople, laissent la Loobardie et la péuinsule entière se précipiter dans une nouMHe crise de désordres et d'anarchie , d'où va surgir le despotisme le plus déhonté.
A la mort de Louis IV (912) , dernier des descendants germaniques de Gharlemagne, les Austrasiens avaient offert la couronne au vieux Othon, duc de Saxe, s'inquiétant peu des droits, comme prince carlovingien , de Charles le Simple , roi de la France occidentale*
* PvFFENDORF, HUl, untv,, tome T.
UTBB II. — CHAPlTftE IV. 13t
Charles était trop décrédité pour que les Germains, qu'on appelait les Français orientaux , voulussent se soumettre à sa puissance. Le doc delSexe, s'exeusast mr son grand âge , désigna Conrad, due de Franconie , bien que son ennemi personnel , comme le plus digne d'occuper le trône.
Conrad, dans un règne de cinq ans, justifia le dioixdoBt^n Pavait honoré ; répondant avant de mourir au noble procédé dHMhon , «e prince engagea les seigneurs du royaume à lui donner pour suocesseur, Henri, fils de ce généreux duc de Saxe, à qui hii*mèine41 étrit redevable de la couronne.
Henri , proclamé roi de Germanie dès l'année 919 , occupait ee tréne lors de la mort de Bérenger. La Lombardte eAt été , dans ces temps de troubles, une facile conquête pour ce prrace ; la oouronne impériale elle-même n'eât pu lui échapper s'il eflft daig né tendre te main pour la saisir. Nous verrons bientôt en quelles droonStanoes elle lai fut offerte. Mais Henri ne voirait ni )^ne ni Vautre^ ces cw^ TonneSy it travers lesquelles son expérience entrevoyait trop de vicissitndes.
De son tôté. Constant inoiile était livrée an flb de Léon, à ce Oen^ staniin Porphyrogénète qui dotait FOrient ^e cinq vnfHres I la fois en associant à l'empire Romain Lécapène et les trois fib de ce grand nnird. Léon, par cette imprudence, nvaît semé des germes de tronUes et de divisions trop irritants pour que la cour du Bosphore pèt l'occoper d'autre chose que de ses propres nsisères et «de ses intrigues intérieures. Nous venons de voir cette cour essayer ses forces contre Bénëvent , et faire preuve dlmpuissance dans tsette -entreprise que couronnèrent une défaite honteuse et la mort d'Or^eo, générdisshne des troupes grecques.
Quant à Charles le Simple, son titre de descendant direct de Charlemagne eût pu le rendre le plus redoutable prétendant à fempirt d'Occident et à la couronne de Lombardie ; mais, nous le répétons , i'étroite pensée de Charles était trop absorbée par les embarras que lui BQscitaient les Normands et l'ambition toujours inassouvie de ses grands feudataires, la plupart devenus rois, pour que ce prince pût jeter un regard intéressé sur ce qui se passait près du Tibre et du Tesin .
Aussi , pour Charles le Simple, la mort de Bérenger au delà des Alpes fut-elle un incident aussi stérile que l'avait été la mort de Louis lY au delà du Rhin.
132 DBUXIÈMB BPOQUE.
Le champ restait donc libre et ouvert aux ambitions secondaires dans la péninsule.
Le crime de Flambert avait délivré Rodolphe du seul rival qu'il crût avoir à redouter ; ce prince se hâta de rentrer en Lombardie où il fut reçu en mattre.
Adalbert, marquis d'Yvrée, venait de mourir; il s'était, comme nous l'avons vu , prononcé dans la dernière guerre en faveur de Rodolphe ; son fils avait combattu contre Bérenger son aïeul. Nous avons dit que , veuf de la fille de rempereur, Adalbert avait épousé, en secondes noces , Hermengarde , fille de Berthe » duchesse de Toscane. Hermengarde eut Thabileté de se faire un mérite auprès de Rodolphe de la prise d'armes d' Adalbert contre l'empereur. Rodolphe était jeune et impétueux ; Hermengarde était belle et intrigaute ; elle captiva le jeune prince dont elle eut peu de peine à ensorceler l'esprit et le cœur ; et elle dirigea * son conseil avec le comte Bonifaoe qui, par le succès de sa manœuvre à la bataille de Fiorenzuola, avait ^acquis des droits à la gratitude et à la confiance du nouveau roi de Lombardie. Tout sembla sourire à l'aurore de cette nouvelle puis< aance. Les divers peuples d'Italie envoyèrent leurs humbles félicitations» les grands vinrent rendre hommage à celui que la fortune comblait de sa capricieuse faveur ; et Venise elle-même , qui , par la supériorité de sa marine , dominait déjà l'Adriatique en attendant qu'elle devint une des reines de la Méditerranée et de l'Océan , Venise lui porta aussi le tribut de sa soumission *.
Cet enivrement des premiers instants du triomphe , au milieu d'un peuple si mobile dans ses affections comme dans ses haines» devait être de courte durée pour le prince imprudent qui avait rendu une femme telle qu'Hermengarde , arbitre de ses conseils et de ses actes!
I MumATOEi, tome Y, p. 9f73, anno924.
' Rodolphe confirma les immunités et libmiéi que cette république arait aequise» aou8 les divers souverains ses prédécesseurs.
Parmi les privilèges reconnus par ce prince, on remarque le décret qui bmdUoiun expressément le droit de battre monnaie dont les dues (doges) de Venise javisse^ dit ee diplàme, depuis une longue succession de temps.
c Declaravit ducem Yenitiorum potestatem habere fabricandi monetam qoia à » constitity antiquos duces hoc continuatis temporibus perfecîsse. » (DakdijlcSi I* chronic.f tome XII. •- MvmATomi, tome Y, page iî^, anno 9S5.}