‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 98 sur 137 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La fille et les petits-fils de Lothaire et de Waldrade. — Berthe. — > Hugues. — Gut«.

— Lambert. — Hermengarde. — Perfidie d'Hermengarde à l'égard de Rodolphe.

— Soulèrement de la Lombardie contre ce roi. — Siège de Pavie. — Ruse d*Hermengarde. — iDCouséqaence et crédulité de Rodolphe. — Sa déchéance. — Burcard. — Son ambassade. — Sa mort. — Ambition de Hugues. — Situation des. papes. •— Hugues est proclamé roi de Lombardie. — Comment il tient les promesses faites avant son ayéoement. — Entrevue de Hugues et de Jean X. -^ Fausses protestations du roi de Lombardie. — Mort de Jean X.

Le ix'' siècle a eu ses épisodes romanesques, et entre tous ces épisodes il n'en est pas qui ait appelé l'intérêt plus que les amours de Lothaire et de Waldrade. Borne , jetant un regard sévère sur Ie$. scandales de la cour de Lorraine , fulminant ses excommunications contre l'amant couronné et sa faible maîtresse ; la tremblante Waldrade , touchée par les exhortations d'un émissaire du saint-siége y s'arrachant à l'ivresse d'une cour dont l'amour d'un roi l'a faite arbitre souverafne , s'acheminant vers Rome en pénitente , mais, trop éprise encore pour consommer le sacrifice , revenant sur ses pas à la prière de son amant ;

Cet amant-roi , faisant à son tour un pèlerinage è Bome pour désarmer le Vatican , obtenant le pardon par le sacrilège , et frappé de mort subite peu de jours apr^.., Waldrade expiant l'éclat do. ses fautes dans le silence d'un clottre :

Voilà ce que nous avons eu à raconter.

Une fille était née de ces amours adultères. Cette fille , qui avait reçu le nom de BerthCf épouse en premières noces du comte Roibald ou Théobald ^ , et en secondes noces d*Adalbert le Riche ^ duc de Toscane, fut cette célèbre Berthe» donna accortissima, dit Muratori, dont les intrigues élevèrent au tr6ne d'Italie , pour l'en précipiter bientôt après , le jeune Louis de Provence ; ce fut cette Berthe qui , devenue veuve d' Adalbert et prisonnière de Béreiiger avec son fils , lutta victorieusement contre l'empereur du fond de sa prison , tant elle avait su inspirer de dévouement aux gouverneurs de ses provinces, dévouement qui y selon Liuthprand , aurait trouvé , comme nous venons de le voir, sa cause et son mobile dans l'artificieuse coquetterie et les mœurs déréglées de cette princesse.

Les enfants de cette célèbre Berthe , fille d'une mère non moins fameuse , vont prendre une importante place sur la scène qui s'ouvre devant nous.

Hugues , l'atné des fils de Berthe et de Théobald , gouvernait en souverain la Provence * et une partie de la Bourgogne , avec le simple titre de comte ou de marquis , au moment où Rodolphe était venu s'emparer du trône de Lombardie laissé vacant par la mort de Bérenger.

On se rappellera que la fille de Waldrade avait eu de son mariage avec Adalbert, deux fils, Guy et Lambert, dont le premier avait hérité du duché de Toscane , et une fille Hermengarde qui , à la mort de Ghisla f fille de Traiperear Bérenger, avait épousé Àdaibmi , marquis dTvrée.

Nous avons vu ce même marquis d'Yvrée et soa fils armés par no* fluence d'Hermengarde , contre l'empereur leur beau-përe et giani-

I Ce comte était beaa-Mre de Eoeoo I*'. Il s'était renda dattgereui par tononbie de ses Yassani et son excessÎTe ambition. Après la mort de Bosoo, la reine résulte, fille de l'empereur Louis II, avait donnée RothM ou Théohcdd qai dirigeait sa politique, l'investiture de la Provence, à titre de grand fief, k condition qu'il prêterait bemmage de fidélité à Louis, son seignewr roi et tuurain , et qu'A l'aidetait de ton» ses moyens en temps de guerre *.

Ainsi commença la dynastie des duci, comte$ ou marquis de Provence.

' Le roi Boson (Louis lY) avait ckargé ce fils de Théobald et de Btrthe de tout le royaume d'Arles, en se retirant dans le monastère de Tienne en Danphiiié. Hvfaes » bien que simple gomremmr» avait acquis iovia la pnissaiice d*an loL

* Rim. — Papor. Hùîoire générale de Prwmee. — Looit Doiaitb, Bi$toir$ it if w», tooe I^'» ^■pitrtS, pages 180 et 131.

LIVRB m. — CHAPITRE I*'. 135

père ; et à la mort de ce même empereur, nous avons vu Hermengarde, devenue veuve , se précipiter dans le parti de Rodolphe , dont elle était Tàme et le conseil , et gagner à cette cause les seigneurs le» plus poissants d'Italie. Liuthprand affirme que cet empire » elle l'avait acheté au prix dont Berthe avait naguère payé la fidélité des seigneurs de Toscane.

Des afiaires graves avaient momentaném^t éloigné Rodolphe de Paviequi se relevait de ses ruines ; le nouveau roi de Lombardie , se croyant sûr d'Hermengarde, lui avait, pendant son absence, impru-^ demment abandonné les rênes d'un royaume que les artifices de cette femme allaient faire passer en d'autres mains.

Hugues , frère utérin d'Hermengarde , convoitait depuis la mort de Bérenger la couronne de Lombardie. Ce prince avait acquis de la renommée par l'habileté et le courage qu'il venait de déployer contre les Normands , dont les hordes sanguinaires dévastaient la Provence , et par sa brillante victoire sur ces aventuriers aux environs de Saint- GUUi. Sa soeur et sa mère , ces deux femmes puissantes par l'intrigue et leur habileté , travaillaient en secret au succès de ses vœux ; ce flit sans doute pour mieux en assurer l'accomplissement qu'Her* mengarde s'empara de la confiance de Rodolphe ; arbitre d'une coar dont l'absence de ce prince achevait de la rendre maîtresse absolue , elle souleva tout à coup et les seigneurs et le peuple contre le roi.

A la nouvelle de cette révolte inattendue , Rodolphe rassemble une armée et vient camper sous les murs de Pavie qu'on avait relevés k la hâte.

Son camp occupait le confinent du Tesmn et da Pô» La position des assiégés dans une ville détruite , sans ressource et sortant à peine de ses ruines, semblait désespérée; l'audace d'Hermengarde flTaecmt avec la grandeur du péril. On ne pouvait conjurer ce péril par la force ; die eut recours à la ruse.

Une nuit , Hermengarde fait passer à Rodolphe un billet écrit de sa main , par lequel efie Fayertit que les officiers qui jouissent le frios de sa confiance trahissent sa cause; qa'ils loi ont offert, à elle Eter« mengarde , de lui livrer leur roi mort ou vif ; et qu'il ne reste plus à Rodolphe d'autre moyen de saint que de se confier an dévouement de son ancienne amie ' •

' GiVUNl. — HiTRATORI.

L'imprudent jeune homme, pour qui les premières trahisons dllermengarde n'ont été qu'une leçon stérile , s'épouvante à la lectarc de cette lettre perfide.

La nuit suivante, l'esprit bourrelé d'inquiétudes , atterré par cette triste confidence qu'il n'ose dévoiler à personne , de crainte de rencontrer un conspirateur dans celui qu'il rendrait dépositaire de son secret , et ne se croyant enfin entouré que de traîtres , qui déjà ont fait marché de sa liberté et de sa vie , le jeune roi trompe la sanreillance de ses gardes et de ses officiers , quitte secrètement son camp et vient se jeter dans les bras d'Hermengarde.

Cependant le jour revient : les chefs du parti de Rodolphe s'étonnent que leur roi , à l'heure accoutumée , ne se soit pas montré encore à ses troupes ; on se presse autour des sentinelles préposées à la garde de sa personne ; on les interroge : aucune sentinelle , aucun officier n'a vu sortir le roi depuis l'aurore; on n'ose d'abord, par respect , pénétrer dans la tente royale , et l'on se résout à patienter. Mais après une longue attente qui irrite l'impatience et la curiosité, on finit par s'introduire dans l'enceinte réservée au roi seul. La surprise redouble quand on s'aperçoit que Rodolphe est absent ; mille conjectures diverses circulent dans les rangs de l'armée ; on accuse les officiers et les gardes ; on croit à l'enlèvement , au meurtre du roi par des traîtres ; la défiance et le découragement s'emparent de tous les cœurs. Parmi les mille soupçons , les mille propos qui se croisent, qui se heurtent dans ce désordre général , il n'est qu'une seule pensée peut-être qui ne soit venue à l'esprit de personne , et cette pensée c'est le soupçon du fait dans sa réalité. Aussi , qu'on juge de la surprise , de l'indignation de toute l'armée quand un émissaire d'Hermengarde, introduit dans le camp de Rodolphe , vint annoncer, au milieu de la fermentation produite par la disparition du roi , que ce prince s'était , pendant la nuit , rendu de sa personne , et sans aucune suite 9 dans les murs de Pavie ; qu'il y avait fait sa paix avec la princesse et les principaux rebelles; que, par suite de cette réconciliation, il avait recouvré la royauté de Lombardie; qu'il ordonnait à ses treupes de lever immédiatement le siège ; et que si l'on hésitait à exécuter son prdre , il viendrait lui-même attaquer ses propres soldats à la tête de ceux qui la veille étaient armés contre lui ". Le seing de

' GlULIM. — LlUTBPRAND. — MuRATOHI.

Page 1