‹ Histoire de la conquête de la LombardieChapitre 99 sur 137 · LIVRE m. — CHAPITRE l · texte numérisé non relu

LIVRE m. — CHAPITRE l

Rodolphe, produit par le parlementaire, ne laissait aucan doute sur celte déclaration inattendue.

Liuthprand , qui raconte cette incroyable aventure , ajoute que les partisans italiens de Rodolphe , outrés de la conduite de ce prince , honteux d'avoir pris les armes pour sa cause , se hâtèrent de replier lear tente et se retirèrent pour la plupart à Milan. Les soldats de Bourgogne » plus déconcertés encore , reprirent le chemin de leurs foyers.

La double perfidie de la fille de Berthe n'eut pas assez de ces premiers succès ; il fallait à Thabileté d'Hermengarde , pour être sa* tisfaite, amener les amis de Rodolphe à prononcer eux-mêmes la déchéance de son royal amant , et à appeler au trône celui dont elle préparait l'élévation.

Lambert, archevêque de Milan, qui avant tous s'était prononcé pour Rodolphe , révolté de la conduite inexplicable de ce roi , fut le premier à le déclarer indigne du trône. Instrument , sans s'en douter, d'Hermengarde qui avait secrètement fait travailler son esprit , il fut le premier aussi à prononcer le nom de Hugues ; les troupes, venues en ce moment du camp de Pavie , se trouvèrent là tout à propos pour joindre les expressions de leur ressentiment aux plaintes de l'archevêque, pour pousser un cri de déchéance contre Rodolphe et se prononcer en faveur du nouveau candidat au trône lombard.

Des émissaires furent délégués * vers le marquis de Provence pour lai offrir la couronne de Lombardie qu'il eut l'air de refuser d'abord , pour mieux prendre son temps et donner plus de prix à son acceptation. Un tel choix , un tel triomphe étaient dignes de couronner les ténébreuses intrigues de deux femmes justement décriées.

Satisfaite d'avoir assuré la ruine de Rodolphe par tant d'intrigues et surtout par le triste rôle qu'elle lui a fait jouer dans cette comédie dont elle tient et dirige tous les ressorts, Hermengarde rend la liberté à ce jeune roi, plus embarrassant et importun pour elle comme captif , que redoutable dans le libre exercice de sa royauté éphémère en Lombardie.

Rodolphe, honteux de s'être laissé aussi grossièrement fouer par une femme , privé de ses soldats de Rourgogne qui avaient repassé les Alpes, ne rencontrant partout chez les Lombards que des marques

* Aonèe925.

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ûe dédain et de mépris, perdant enfin toute espérance de relerer, pour le moment » une cause si lâchement compromise par ses incon- ;iéqiiences , Rodolphe n'a pas d'aatre parti à prendre que de retoomer en toute hftte en Bourgogne. Mais son âme ulcérée emporte la pensée secrète de revenir bientôt disputer à quiconque osera s*y asseoir, le trône de cette même Lombardie qui , si elle a été le récent théâtre de sa folle légèreté , le fut aussi naguère dt sa valeur à la bataille de Fiorenzuola.

Quelques mois après ces singulières scènes de Pavie, on voyait uo seigneur, suivi d'une brillante et nombreuse escorte, s>arrèter non loin des remparts de Milan, et visiter l'intérieur de la basilique de Soft-Xormiso, aujourd'hui renfermée dans l'enceinte de cette capitale. Les murs sacrés qui, cette fois, eurent des oreilles, entendirent ce seigneur étranger dire aux cavaliers qui l'entouraient :

« Voilà un édifice qui, converti en forteresse, tiendrait dans le » devoir, non-seulement les Milanais, mais encore la plapart des » princes d'Italie. »

En approchant des portes de Milan, le même seigneur laissa échapper, d'un ton de forfanterie, ces mots en langue tudesqae :

c( Je veux perdre mon nom de Burcard, si je n'apprends pas i tous » ces manants d'Italiens à se contenter d'un seul éperon, et à ne che- » vaucher que sur des cavales ^ . »

Ces propos et d'autres de même nature parvinrent aux veilles de l'archevêque de Milan.

Or, Burcard était le beaurpère de Rodolphe. Il avait franchi les Alpes avec un corps d'avant-garde pour aider ce prince à reconquérir la couronne de Lombardie.

Burcard, après la mort de Conrad, s'était emparé de la Suèw où il commettait mille iniquités. Oublieux des torts récents de son gendre qui, malgré les liens qui l'unissaient à sa famille, avait publiquement entretenu des relations criminelles avec Hermengarde, Burcard s'était fait le champion de la querelle de Rodolphe : et non content de l'appuyer par ses armes, il avait voulu être son ambassadeur auprès des indociles Lombards.

' « S' egli noD insegnaya a tutti glltaliani a contentarsi dian solo s|«roDO e di » cavalcar délie cavalle, egli non era Burcardo. » (Giulini, tome V^, aDDoOio- - MuRATORi, tome Y, page 276.)

LIYAË m. — CHAPtnB i". 13fr

Diplomate fanfaron à roix baole et à courte vue» grotesque tratK cheur de nœuds gordiens, ne connaissant pas d*autre argument que la menace et le sabre, cet étrange médiateur fut introduit auprès de rarcherèque de Milan qui, s'entendant avec Rome et les enfants de Berthe, était devenu, comme nous venons de le voir, un des parti* sans les plus prononcés du marquis de Provence. '

Ces sortes d'ambassadeurs, outres enflées de bruit et de vent, matamores de théâtre, ne sont que des jouets et des dupes pour Thomme que ne sauraient intimider les éclats de leur voix et le vain bruit de leur cotte d'armes. L'archevêque fit au duc de Suève Faccueil le plus pompeux ; il éblouit sa vanité par les hommages qu'il lui fit rendre ; flatta son orgueil par des paroles de soumission, et lui accorda une faveur dont il était fort avare, en le laissant poursuivre et tuer un cerf dans ses forêts ^

Mais pendant qu'il enivrait son hôte par la splendeur de ses fêtes et la pompe de ses festins, Lambert envoyait de secrets émissaires aux 'Principaux seigneurs Italiens pour les engager à se délivrer de ce brutal ennemi , disons mieux , disons-le à la honte de cette triste époque, pour conseiller un lâche assassinat sur un ennemi sans défense, et revêtu du caractère inviolable de négociateur. *

Fier du prétendu succès de son ambassade , d'où il ne rapportait que de belles promesses ; gonflé par le prodigieux eflet que sa venue semblait avoir produit sur les Italiens, Burcard avait quitté Milan. Le lendemain de son départ, il chevauchait sans défiance avec sa suite , sur la route d*Yvrée après avoir couché à Novarre. Mais une embuscade Tattendait à peu de distance de cette dernière ville : les fils de Berthe *, à la tête d'un parti nombreux, tombent à l'improviste sur lui.

Burcard, attaqué d'une aussi brusque façon, cherche un moment à se défendre ; le nombre des assaillants l'accable de toutes parts ; s'étant fait jour à travers la mêlée ; il s'enfuit dans la direction de Novarre de toute la rapidité de son coursier qui, excité par le pas des chevaux lancés à la poursuite de Burcard , ne sent bientôt plus la main qui cherche à le diriger. Arrivé près des remparts de Novarre,

' LicTHPAAND , cité par Muralori , tome V, page 276. — Giulini, tome II, anno925.

■ FaODOARD. — H URATORI. — GlULINl.

le fougueux aniinal tombe et roule ayec son cavalier dans les fossés de la place. On y poursuit Burcard, on le presse, on Teotoare : k malheureux expire enfin percé de cent coups de lance. Ceux des -gens de sa suite qui ont pu fuir comme lui, cherchent uo refuge •dans l'église de San Gatidenzio ; mais on les y atteint, et ils y sont impitoyablement massacrés comme leur maître.

Rodolphe, saisi d'épouvante au récit de cet odieux forfait, suspend sa marche agressive, reprend le chemin de la Bourgogne et renonce pour jamais à l'Italie.

Hugues, pour mieux asseoir sa puissance, avait voulu s'assurer du concours de Rome. Ce fut sans doute ce qui amena ce court interrègne de quelques mois entre le départ de Rodolphe de Pavie et l'apparition de son successeur dans la péninsule.

L'habile politique du fils de Théobald n'avait pas perdu un moment de vue le drame qui se passait dans la capitale de la chrétienté, car il ne pouvait oublier que Gharlemagne, pour mieux s'emparer de la couronne de Lombardie, aussi bien que du sceptre impérial, s'était étayé sur les vœux et l'appel d'un pape.

Le monde chrétien offrait alors un étrange spectacle. Par suite de la situation que leur avaient faite la turbulence de quelques grands, les intrigues de deux femmes dissolues, et l'oubli ou le mépris che2 quelques papes eux-mêmes de leur propre dignité» les pontifes romains n'étaient plus à Rome, dans ce centre de la chrétienté, que les instruments sans puissance et les jouets décrédités d'un conflit désor- -donné d'ambitions rivales. Eh bien, pendant ce temps, leur nom pour le reste du monde catholique était plus que jamais, nous le répétons, nn objet de respect et un sûr moyen d'influence. Hugues l'avait bien compris : sa politique avait entrevu la possibilité de faire tourner à son profit le ressentiment secret que Jean X devait nourrir contre ceux qui, après avoir réduit son autorité à néant, le tenaient comme captif dans la capitale de la chrétienté. De loin il avait suivi toutes les intrigues de Marosie tendantes à la rendre souveraine maîtresse dans Rome. Cette femme, sous prétexte de venger le marquis Albérie, son mari, qui avait trouvé la mort dans de récentes querelles qu'elle avait allumées entre lui et le pape, s'était emparée du mêle d'Adrien^ avec l'aide de ses nombreux adhérents, et dominait ainsi^ Rome et le pontife. Pour mieux assurer sa puissance usurpée, elle venait de proposer à Guy, fils de Berthe, de l'épouser et de lui porter

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Borne pour dot, offre honteuse et hardie s'il en fut jamais S mais moins étrange toutefois que l'adhésion qu'elle rencontra à la cour de Toscane.

Dans ces moments de détresse et de dernier dénûment où se trouvait réduit le saint-siége, Hugues eut l'habileté de se faire secrètement représenter au pape comme un sauveur ; et il se montra prêt à s'armer, en faveur du pontife, contre ce même Guy, son frère utérin, qui, séduit par les habiles manœuvres de sa sœur Hermengarde , avait fait, comme nous Tavons vu, lâchement couler, pour la cause de Hagues, le sang de Burcard !

C'était l'Age d'or et tous ses bienfaits ^lue promettait à l'Italie le marquis de Provence. Et il n'y eut qu'une voix dans tout le clergé italien, secrètement influencé par le pape, et chez tous les princes de la péninsule entraînés par Hermengarde , pour l'appeler au trône de Lombardie. Tous accoururent à Pise; et des cris d'enthousiasme accueillirent sur le rivage, lors de son débarquement, ce futur réparateur de tant de maux. Là vinrent aussi les ambassadeurs de Jean X, pour l'inviter, au nom de toute l'Italie, à accepter cette couronne, objet depuis si longtemps de sa secrète et ardente convoitise.

De la capitale de la Toscane * Hugues se rend à Pavie où on le proclame roi, et va se faire couronner ensuite à Milan dans la basilique de Saint-Ambroise, des mains de l'archevêque Lambert '.

Enfin la voilà sur le front de Hugues^ cette couronne acquise au prix de tant de promesses qui toutes bientôt se convertirent en autant de déceptions... Sur ce trône d'où elle avait précipité le généreux Bérenger, la Lombardie put enfin contempler ce nouveau monarque de son choix.

Un roi, quelque indigne qu'il puisse être du trône, trouve toujours des courtisans et des panégyristes. Un écrivain, dont la plume a distillé le fiel sur tant de renommées, Liuthprand, a eu le courage de transmettre aux siècles qui allaient suivre, l'éloge de ce prince ^,

' Guy et Maroeio étaient l'ua le fils, Tautre la fille d'Adalbert de Toscane , mais D'aTaient pas la même mère. (Liuthprand. — Muratori, et autres.)

' a PIsa qu« est Tusciœ proYÎnci» caput. (Liuthprand.)

' Muratoriy contre Tavis de quelques auteurs *, croit et nous paraît établir que les deui aolennités de Téleclton et du taen eurent lieu vers le mois de juin de l'année 926.

^ « Fuit rex Hugo, non minoris scientiœ quam audacis, ncc inferioris fortitudinia

honte du trône, solennissima volpe , renard consommé, sekn l'expression de 9Iuratori.

Liuthprand, dans sa jeunesse, avait été page à la cour de Hugo», qui souvent avait confié des missions d'un haut intérêt au pète de cet historien ^ ; et le sujet reconnaissaat transigea avec la conscience de l'écrivain, ou plutôt la violenta, car l'impartiale histoire est là pour donner un formel démenti à chacune de ses assertions éiogieoses, et la convertir en blâme sévère.

Quel homme ! quel prince que ce Hugues I

nie..., dolis inslructus et artepelasgd I

Jamais politique plus glaciale, jamais duplicité plus cauteleuse, jamais hypocrisie plus sèche et plus affranchie de scrupule, ne se jouèrent plus effrontément de la foi des promeasea, des droite des peuples et des devoirs d'un roi. Nul homme ne poussa plus lolo la cupidité ; nul prince ne brisa phis résolument les Uena du sang et de l'amitié pour arriver» n'importe par quels moyens, aux fins que se proposaient son ambition et son avarice. Parents^ anus, ses complices mêmes, ces crédnks instnioMiats de son élévation, tout était sacrifié quand l'inexorable voix de son intérêt s'était fait entendre. Il parlait de démence, tout couvert du sang de ses victimes et poursuivi par les gémissemeirts des malheureux que sa froide fureur avait jetés en proie à ses geôliefs. Il affectait un grand respect pour l'Église et les ministres du culte, parce qu'il pouvait être parfois utile à ses vues de les invoquer à son aide, et son âme sceptique avait en mépris la rdigion : il rnit en secret de aea dogmes et de son austérité que son cynisme outrageait par toute espèce de débauche et de scandales publics.

L'indodle Lombardie avait voulu changer de nudtre , et le roi

» quam callidilatis. Bel etiam cultor, sancUe religionis amatomm amalor^ in paopt- » rum neces silatibus curiosus; erga ecclesias sollicitus , religiosos philosopbosque » viros non solum amabat, Tenim etiam Tortiter bonorabat. Qaî etsi toc rirtatibos » clarebat, mulierum tamen illecebris eas fŒdabat.i>(LiiJTBPRAND, Hùi,, t. 3, c. 5.}

Nom poniTio|is ajouter que la flatterie du courtisan dicta peat^ètre autant ^e U gratitude de l'aUcien serritenr ce portrait tracé par la plume de Liutbprud.

En effet , cet éTéque historien fut ehaf|^ de missions importantes par l'emperear Othon qui, comme nous le verrons , avait épousé Âd^aïde , veuve de Laîhaire, fils &a roi Hugues; ce fut sans doute pendant qu'Adélaïde portait le titre d'impératrice, que Liuthprand consacra ces lignes louangeuses à la mémoire d'un monarque dont il avait été le page, et qui avait étébeen-père de cette princesse.

■ LiuTHPiiAND, lib. 3, cap. 5. — Muratori, tome Y, page 282, anno 927.

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qu'eHe cnit se doDiier et qu'on lui imposa se montra bientôt mauvais fils, frère barbare, mattre ingrat, ami dangereui, ennemi perfide et implacable.

Ce Dooreau mattre avait promis le rétablissement de Tordre , le redressement de tous les torts, la répression de la licence. Son sceptre fit courber et les forts et les faibles sous un niveau de fer. Il bâillonna le peu de Uberté que les moeurs des temps avaient laissée aux; grands et au peuple, et qu'il avait d'abord exploitée au profit de son élévation, mais ^'il appela licence et cause d'incessantes perturbations, une fois parvenu à ses fins ; l'ordre qu'il rétablit fut cette stupeur d'abattement d'un peuple qui trouve un farouche despote dans l'homme qui s'était posé comme la future source de toute félicité. On avait salué la venue d'un Titus, d'uu Marc-Aurèle, on rencontra un Tibère.

Le premier soin de Hugues, à peiae assis sur le trône, fut de con-tracter alliance avec tous les princes ses voisins , sauf à lacérer plus tard ceux de cea traités dont pourraient ne plus s'accommoder les secrètes vws de sa politique. Les cours lointaines reçurent également la visite de ses ambassadeurs» Liutbprand raconte que ce fut son père qui eut raimioii * de porter à Constantinople la nouvelle de l'avénement de Hupus au trdne lombard.

Diapré» le récit de cet historien contemporain, l'ambassadeur reçut un aceueîl flatteur de JtoinaiM *, qui alor» occupait le trône d'Orient.

Une plaisante aventure marqua cette mission. L'emvojé de Hugues «vait été diargé d'offrir en présent à l'empereur, deux chiens d'une espèce rare el inconnue sur lea rives du Bosphore^ Ce» deux quadi*ttpèdea , admis k rbonneuv de l'audience impériale , se mirent , pour letur coilq>Ument de bienvenue^f à pousser d'affreux grognements en apercevant l'empereur ' ; bientôt ils firent phi» que grommeler et aboyât, On tes vit tout à coup se ruer sur l'auguste majesté, la mmaçant de leurs ongles et de leurs dents : étranges lettres de créance que les courtisans et les gardes^ du palais refoulèrent à l'aide de leurs dagues et de leurs pertuisanes... Ce singulier incident ne nuisit eq

* Année 99rr.

* Hunitori s'étonne avec raison qu'il ne soit pas fait mention» dans cette circonsunce, de Comtaatin Porphyrogénèie qui régnait alors en Orient, et qui ayait associé à Tempire ce Romain Lécapène,

* LlUTHPRANI».

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rien du reste au succès de Fambassade de Liuthpraud, qui s'en revint ide Gonstantinople rapportant à son mattre des paroles de paix et de bonne amitié.

Le moment de tenir les engagements pris en vue de mieux aTasseoir sur le trône, arriva pour Hugues... Nous venons de voir que oe prince, n'étant encore que marquis de Provence, avait formellement promis à Jean X de le délivrer de l'oppression où le faisait langair -l'ambitieuse Marosie, et d'empêcher le monstrueux hymen projeté entre Guy et cette femme.... L'union tant redoutée par le pontife s'effectua sans que le nouveau roi de Lombardie s'employât pour y mettre obstacle; et le joug, sous lequel gémissait Jean X depuis long- 4emps, devint plus intolérable que jamais , par suite de ce mariage d'un duc de Toscane avec celle qui déjà tenait Rome et le pontife sous sa dépendance.

Jean X crut devoir demander une entrevue au roi des Lombards. Hugues, sur sa prière, se rendit à Mantoue. Le nouveau roi se montra dans celte circonstance ce qu'il fut depuis en toutes occasions, prodigue d'excuses banales pour motiver ou colorer un manque de foi, et riche de fallacieuses promesses pour Tavenir. Il fit et dit si bien que le pontife revint à Rome, convaincu que son royal allié avait tout tenté , mais vainement, pour empêcher cet hymen déplorable dans l'intérêt de Rome, des papes et de la morale publique outragée... • Hugues, dans cette conférence, se montra si respectueux, si dévoué, qu'il ne resta plus à Jean X que le regret d'avoir pu douter un moment -des dispositions d'un prince qui lui paraissait devoir être désormais son plus ferme appui contre ses ennemis. Ce respect, ce dévouement, nous les verrons se manifester bientôt par l'empiétement de toutes les prérogatives de l'Église et par la violation de toutes ses règles *... Jean X ne tarda pas à connaître , par une triste expérience qui lui devint fatale à lui-même, tout le néant des protestations amii;^les d'un tel allié.

Rientét Rome se vit plus que jamais sous le joug d'une puissance «autre que l'autorité du pape. L'ombre même de celte autorité ayant

^ Nous aurons à signaler, entre autres mesures qu'on peut qualifier ainsi, le décret par lequel Hugues * donna à ManassèSt archevêque à' Arles, les évéchés de VétxMM» de Mantoue et de Trente, dont les titulaires avaient été violemment expulsés...

* Uwt9ir$d«VtglÙ9^ B. ~ Biicastil, tome V, pagei 81 et S2, no'e I.

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M par devenir importune à Marosie et à son époux , des brigands pénétrèreot , par leurs ordres » dans le palais de Latran, et y égorgèrent» sous les yeux mêmes de Jean X, son frère Ptefro, son ami, son seul soutien. Pressentant dans un avenir rapproché quelque grande disgrâce, Jean avait invoqué de nouveau Tassistance de son allié le roi de Lombardie ; mais Hugues avait été sourd à ce cri de détresse.

Jean, peu de jours après le meurtre de son frère , fut lui-même tratné dans un cachot où bientôt il trouva une mort déplorable. Les historiens s'accordent à dire que Marosie l'y Bt étrangler ; et Frodoard * affirme que Guy ne fut pas étranger à ce crime. Ainsi périt viclime de Faudacieuse ambition d'une femme impudique, ce pape que les intrigues d'une autre femme non moins dissolue avaient élevé au tréne de saint Pierre et dont le règne avait eu naguère tant d'éclat.

A Jean X succéda Léon VI •, dont Platine loue les mœurs et le zèle ; mais qui, n'ayant siégé que sept mois, n'offrit aussi bien qu'Etienne VII, qui occupa deux ans le saint-siége après lui, que le triste spectacle d'une stérile et d'une impuissante dignité.

Tandis que s'éclipsait, pour un temps, dans Rome l'autorité des successeurs de gaint Pierre qu'il avait juré de rétablir , Hugues sembla vouloir laisser sommeiller dans ses États l'hydre des discordes politiques, ou plutôt il la musela pour asseoir plus solidement sa pùi&sance. Devenu enfin mattre de toutes les positions au dedans, il attendit l'issue des saturnales du dehors pour en tirer tout le profit possible. Pendant quelque temps on le vit ne se préoccupant que du soin de cette organisation intérieure qui n'était qu'un nivellement de plomb passé sur tout ce qui pouvait autour de lui s'élever et lui faire ombrage, affectant de ne porter aucun regard de curiosité ou de convoitise hors de la limite de ses États, et laissant ses voisins en repos, sans doute pour mieux endormir ceux dont en secret il méditait la perte et convoitait les dépouilles.

Se confiant en la force compressive de son système de domination, Hugues crut pouvoir, sans compromettre sa royauté, s'absenter un

* Frodoabdus, in Chronic,, tome II. — Rer. Franeor,, Duchés. — Muratori, Ànn, d'il., tome T, page 284 , anno 928.

' Selon le cardinal Baronius, Léon YI, incarcéré comme Jean X, aurait eu le m^me genre de mort.

146 0EinuÈin ipoQui.

moment de la Lombardie et 0e rendre dana ses poasetdons de Bourgogne où rappelaient de grayeg intérêts. Depuis quelque temps VambHion du comte de Vermandois, qui retenait captif le roi de France, menaçait de s'emparer de toutes ses provinces longeant le Rb6ne... Hugues dut traverser les Alpes en toute hâte pour tenter d'opposer une digue à cet envahissement ; mais force lui fut , pour ne pas tout perdre , de faire le sacrifice d'une partie de ses domaines sur la rive gauche du fleuve. Il revint dans le rojaume lonabard avec la secrète pensée de s'indemniser de ees pertes au détriment de ses Toisins d'Italie ; mois fiugoes, qui croyait avoir, par ses prudmUes mesores, rendu impossible le retour des séditions, sans songer qu'en pareil cas l'excès des remèdes préventifs engendre les maux mêmes qu'on veut éviter , Hugues rrtrouva l-esprit de ses sujets moins assoupli qa'il ne s'en était flatté, au joug de son despotisme.

Les yeux, quelque temps fascinés par l'éclat des promesses de l'aspirant au tréoe, s^étaiest ouvert» enfin h la triste réalité des actes du despote eeuronné.

Maas un grief sortout qui touchait plus qu'à la fortune et à la liberté des citoyens, un grieC où se trouvatt cooopromis Fiatérèt le plos cher, le plus saeré An familles , a'était élevé plus meneçmt que toos les autres, s'était redit de bMche en boiiehe, et, péaélraiil dans toos les cœurs, y avait semé des germes d'une inquiète méflanee cIms les m», d'an implacable bemiii de vengeance ehez dTautres, et d'un profond dégoût eiieE tou».

Ce grief, c'était le scaidrte d'une vie effrastémeot lifiée aox plus sales débauches*. Non content de se montrer e» Londwdie entouré d'une lanle ér bàtarib, trlaCe et honteux témoagnage de ses déportements passés , Hugues en aagmeatait le nombre en ocrtrageaot la pudesr p«bMqae, en ctercbant des victûnea pafbmt où le poissait f inattoet de ses passlam toujours kiaasoovief , en pcwtant eaflo h corruption et la honte au sein de faïuiHes paisible» et respectées jusqu'alors, et qui ne trouvaient aucun abri contre les séductions de 0on or ou les brutalités de sa puissance sans frein.

La patience des peuples a sa Ihnite : et l'un deamMx du despotisme poussé à l'extrême, surtout quand il se fait un jeu de ce qo'il 7 a de plus sérieux et de plus sacré parmi les hommes, c'est d'enfanter

* GtuLiNi, Sioria di MU., tome II. — Muratori, Ânn, d'/l., UHBe T.

LIVBE III. — CHAPITRE t\ 147

la révolte, cette déplorable et uhitna ratio des sujets opprimés. Sou- Tent alors le joug de fer qui étreignait les peuples se convertit dans leurs mains en armes menaçantes qui tuent ou chassent t6t ou tard l'oppresseur éhonté.

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