‹ Histoire de la conquête de la NormandieChapitre 10 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Jean usurpe la couroime d'Angleterre sur Arthur de Bretagne. —Philippe prend le parti d'Arthur. — Traité de Gaillon. — Expédition d'Arthur à Mireheau. Captivité d'Arthur. n est conduit sucoessiTement à Falaise et à Rouen. — Assassinat d'Arthur.

Aussitôt que Richard eut fermé les yeux, Jean annonça ouvertement l'intention de lui succéder et d'usurper la courouue d'Angleterre sur son neveu Arthur, fils de ^Constance de Bretagne, et de Geoffroiy frère ainé de Jean.

Les titres d'Arthur étaient iucontestables. Le droit de représentation introduit en Angleterre

t)4 CONQUÊTE

par les Normands depuis plus de cent ans l'appelait à la couronne. En supposant même que pour Ten exclure ou eût iàii revivre les lois et cuuUimes des Saxons, ces lois étaieiit sans force dans les provinces que les Anglais possédaient en France, et surtout en Normandie, où le droit de représeutation était admis.

Richard avait de plus reconnu solennellement Artiiur pour son héritier et son successeur dans une disposition testamentaire faite à Messine en 1 1 90, au moment où il se rendait en Palestine.

Jean sans Terre prétendait, il est vrai, que cette disposition avait été annulée par un testament postérieur de Kiciiard ; mais ce second tesment ne fut jamais produit. D'ailleurs un roi, quelque absolu qu'il eût été de son vivant, aurait-il pu changer par. un simple testament des lois et des coutumes réglant l'ordre de successif bilitéàla couronne? Évidemment non.

Déjà plusieurs provinces s'étaient déclarées pour Arthur : la Touraine, l'Anjou, le Haine.

Hais Jean sans ïerre avait aussi de nombreux partisans. En première ligne on devait placer la

vieille reine Éléonore de Guyenne, qui déjà lui airait tran&féré ses droits surM'Àquitaine. ËtaiU ce le désir de maintenir ruiiité de i empire anglais qui la faisait pencher pour Jean? N*était* ce pas plutôt la crainte que si Arthur montait sur le trône , Constance de Bretagne , sa mère , ne parvint à s'emparer de l'administration pendant la minorité de son fils, qui n'avait alors que treize ans , et qu'£léouore ne fût ainsi soumise à l'autorité de sa belle-fille?

En second lieu^ il fallait compter au nombre des partisans de Jean les seigneurs normands qu'il avait su s'attacher par ses promesses et en leur prodiguant une partie des trésors que Richard avait laissés dans le cliàteau de Chinon , et presque tous les seigneurs anglais eux-mêmes qui avaient été ralliés à sa cause par Humbert, archevêque de Cantorbéry j et Guillaume I^Iarshal , depuis comte de Pembroke y tout-puissants en Angleterre.

L'Angleterre et la iNoi inandie se trouvant ainsi bien disposées en sa faveur, Jean, sans perdre de temps, se rendit à Rouen, où il fut couronné duc

de Normandie, par l'archevêque de cette ville. De là il passa en Angleterre, où, le 23 mai i 199,

il se fit couronner roi d'Angleterre dans l'église de Westminster, par Farchevèque de Ganterbéry.

Jean n'avait que treute-deux ans quand il ceignit cette couronne qu'il avait si ardemment désirée; mais, par un juste châtiment de la Providence , elle devint pour lui une source de malheurs et de crimes.

La même année il lit prononcer son divorce avec Isabelle de Glocester, quoique la cour de Rome eût accordé les dispenses nécessaires pour le mariage.

L'année suivante il envoya des ambassadeurs demander la main de la fille du roi de Portugal, et pendant leur mission il épousa Isabelle d'Angouléme, qu'il enleva à Hugues le Brun, comte de la Marche, auquel elle était fiancée. C'était préluder dignement , par le mépris des lois et des convenances, aux honteux débordements qui signalèrent son règne.

Constance , mère d'Arthur , outre la douleur

qu'elle éprouvait de voir la couronne d Angleterre échapper à son fils, avait encore la crainte que Jean, comme roi d'Angleterre et duc de Normandie, ne voulût réclauici ics autres provinces que Henri II et Richard avaient possédées en France. Voyant qu'elle n'était pas en état de s'y opposer, elle prit la résolu! ion de mettre Arthur sottslaprotection du roi de France. Elle proposa à Philippe de lui livrer les principales places de Bretagne, de Touraine, de Poitou, d'Anjou et du Maine , pour les garder au nom d'Arthur.

Philippe accepta, et en même temps qu'il recevait le jeune duc à sa cour, il envoya des garnisons dans toutes ses places.

Le roi de France fut-il guidé dans cette cir- • constance par le seul intérêt du duc de Bretagne, ou entrevit-il dès ce moment la possibilité de recouvrer et de garder pour lui-même les provinces qui étaient l'objet du litige entre le duc Arthur et Jean sans Terre? Les historiens anglais ne bakiiicent pas à soutenir que Philippe, sous prétexte d'agir pour Arthur, avait en réalité l'intention de réunir les provinces à la couronne

àe France. Nous ne trouvons dau& les historiens français rien qui justifie cette assertion, que démentent à la fois l'esprit de justice de Philippe, sa générosité naturelle et surtout la promesse qu'il fit plus tard au jeune duc de lui donner sa fille en mariage.

La vraie cause qui fit perdre à l'Angleterre la Normandie et les autres provinces soumises à la tlomiuatiou anglaise fut la conduite crimmelle et ignominieuse de Jean sans Terre, et principalement l'assassinat du jeune duc de Bretagne, ainsi qu*on le verra plus tard.

La nouvelle des dispositions hostiles de Philippe étant parvenue en Angleterre, Jean montra une acUviié qui n'était pas dans ses habitudes. Il partit sur-le-champ pour Rouen, où il réunit bientôt une nombreuse armée composée d'Anglais et de Normaudb.

Philippe, qui ne s'attendait pas à une si prompte résolution de la part d'un prince dont il connaissait l'indolence , failUt à son tour être pris au dépourvu. 11 appela la ruse à son aide , et proposa au roi Jean une trêve de cinquante

jours 9 afin de terminer leurs différends par I»

voie de la négociation.

Jean accepta , et les deux princes convinrent d*un jour peu éloigné pour une conférence qui aurait lieu entre Boutavant et Gaillon. Philippe profita de ce délai pour envoyer sur toutes les routes des émissaires chargés de presser la marche de ses soldats.

Quand la conférence eut lieu , les troupes de Philippe étaient réunies, et il se trouvait à la téte d'une beile armée. Aussi il parla avec hauteur, demanda le Vexin normand pour lui-même , et pour Arthur de Bretagne^ le Poitou , F Anjou» le Maine et la Touiaiiie.

Une demande si opposée aux prétentions de Jean ayant î^i rompre la conierence , toutes les espérances de paix s'évanouirent et les hostilités commencèrent.

Cette guerre paraissait devoir être de longue durée, car Jean avaitrappui de l'empereur Othon de Saxe, son neveu , qui lui avait promis de faire une puissante diversion en sa faveur. Il avai aussi mis le comte de Flandre dans ses intérêts*

70 CONQUÊIE

et, par un bonheur inespéré, la Guyenne Yenaitde

se déclarer pour lui. Ces événements si heureux semblaient devoir le pousser à faire résolument la guerre , que tous les Anglais d'ailleurs désiraient.

Mais le roi d'Angleterre n'avait ni activité ni

courage, et il n'aimait pas la guerre, qui 1 aurait arraché aux plaisirs, son habituelle et, pour ainsi dire , son unique occupation. D'un autre côté le roi de France n'avait pas tardé à s'apercevoir que les circonstances lui étaient tout-à-coup devenues moins favorables.

Alors Phihppe s'aboucha avec le cardinal de Capoue , légat du Pape , et par Fentremise de ce dernier, qui intervint comme médiateur, un traité de paix fut conclu le 22 mai 1200, auprès de Gaillon, entre les deux souverains. On arrêta:

i** Que la couronne d'Angleterre appartiendrait au prince Jean ;

2* Que Philippe aurait le Vexin normand;

3* Qu'il céderait au roi Jean ses prétentions sur la niouvauce directe de la Bretagne ; mais qu'en échange le roi Jean mettrait le prince Louis,

fils de Philippe j en possession du Berri et de

l'Auvergne, et lui paierait vingt mille marcs d'argent pour servir de dot à Blanche de Castiile, que ce prince devait épouser; de plus, que dans le cas où le roi Jean mourrait sans enfants, le prince Louis serait reconnu seigneur de toutes ses possessions sur le territoire de la France ;

4* Qu'Arthur rendrait hommage du duché de Bretagne au roi d'Angleterre ;

5** Que le roi d'Angleterre rendrait hommage du duché de Normandie au roi de France ;

6* Que Jean relèverait de Philippe pour tous les fiefs qui avaient appartenu en France à Henri II et à Richard;

V Que Phihppe ne donnerait aucun secours, au duc de Bretagne contre son oncle ;

8" Que lean de son côté ne donnerait aucun secours, ni directement ni indirectement, à rempereur Otbon , son neveu , qui était en guerre avec la France.

Ce traité fut à peine connu en Angleterre qu'il y excita un mécontentement universel. Les Anglais reprochèrent au roi Jean d'avoir acheté

74 CONQLÉiL

honteusement la paix, (|uaii(l il iui eût été si facile de faire honorablement la guerre.

II est certain que, dans celte circonstance, si 1- liilippe-Auguste avait négligé les intérêts d'Arthur, malgré les promesses faites à sa mère, il avait conclu un traité fort avantageux pour luimême et pour son fils ; < tant il est vrai , s'écrie c d'Argentré à celte occasion, que les puissants a n'ont respect à nulle conscience et révérence < de Dieu, se servant des serments et pro- « messes pour amuser les plus simples et sur- « prendre à leur avantage ceux qui s'y ûeiit au • pied levé*. »

Cependant quoique le roi de France l'eût ainsi abaudonné, et que Constance, sa mère, irritée, rengageât à se rendre à la cour de Jean sans Terre, le jeune duc aima mieux rester auprès de Philippe , que de se fier à un oncle contre lequel il avait conçu les plus graves soupçons^ même celui de vouloir attenter à sa vie.

Mais cette paix, conquise à force de ruses et de concessions , ne pouvait durer longtemps. Une

* D'Argentré^ Histoire de Bretagoe*

1>K LA NORMAMDIE. 73

circonstance fournit bientôt à Philippe un pré** texte plausible de la rompre.

Le roi d'Angleterre , auquel le traité du 22 mai laissait toute liberté de faire la guerre à son neveu, s'empara des comtés d'Anjou , de Touraine, de Poitou et du Maine, qui appartenaient à Arthur.

Arthur, comme duc de Bietagae, était vassal de Jean sans Terre , ainsi que l'avait voulu le traité du 22 mai; Jean, comme duc de Isorroandie, l'était du roi de France.

D'après les lois féodales , tout haut seigneur qui opprimait son vassal ou lui déniait justice, encourait de la part du suzerain la privation de la mouvance du fief de son vassal* En vertu de ces lois, Arthur réclama Fappui de Philippe contre son oncle , et demanda à être relevé de rhommage qu'il devait à ce dernier.

Philippe, auquel le roi d'Angleterre avait déjà sans doute donné des sujets de plainte, usa du pouvoir que lui attribuait la loi féodale, il déclara la Bretagne fief immédiat de la couronne par l'investiture qu'il en donna à Arthur. Il l'investit aussi des comtés d'Anjou, Maine, Touraine et Poitou.

C'était prendre eo main la cause d'Arthur contre son oncle , et déroger au traité du 22 mai, qui se trouvait ainsi abrogé dans une de ses parties les plus essentielles. De son côté Arthur fit hommage lige au roi pour tous ces fiefs. Les actes de cette iavestiture et de cet hommage sont datés de Gournay, en Normandie, du mois de juin 1202.

Il fallut dès-lors rentrer en campagne. Arthur fiit un des premiers à se ranger sous les bannières du roi de France. Il montra, en diverses rencontres , et malgré son jeune âge , tant d'intrépidité et de valeur, que PhiUppe Tarma chevalier sur le champ de bataille de Gournay , et lui promit en mariage sa fille unique Marie , quoiqu'elle n'eût encore que six ans.

Philippe-Auguste lui promit de plus de le seconder de telle sorte qu'il pût « reconquester la <( Brelaigue > dout le roi d'Angleterre avait surpris plusieurs places. Vers le milieu de Tautorane il fit même célébrer à Paris les fiançailles de sa fille avec Arthur.

A cette même époque Arthur reçut des dépè* ches de Hugues le Brun , comte de la Marche,

que le roi Jean ami morteUement offensé en lui

enlevant Isabelle d'Angoulême, sa fiancée , et une des plus belles personnes de son temps.

Depuis cette offense » Hugues , ne respirant que

vengeance, avait cherché à soulever les Poiteirins contre le ravisseur. Il y avait si bien réussi que les Poitevins, qui n'aimaient pas le roi Jean, n'attendaient qu'un chef pour se révolter. Hugues faisait entendre à Arthur que ce chef ne pouvait être que lui , et que le temps était venu d'arracher au roi, sou oucle, les provinces qu'il avait usurpées.

Le jeune duc accueiUit cette communication avec transport, et escorté de deux cents lances que lui donna le roi de France , et de plusieurs seigneurs de ïouraine et de Poitou qui voulurent s'associer à sa fortune , il partit pour se mettre à la téte des révoltés.

Arthur joignait à une rare bravoure toute la confiance que donnent rinexpérience et le jeune âge. Il n'avait pas encore seize ans. Sa petite armée ne se composait t^ue de cmquante chevaliers et de quatre mille hommes de pied; c'était

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avec d'auflsi bibles moyens qu'il engageait la lutte contre un roi puissant ! Mais il avait hâte de rentrer dans ses provinces , et malheureusement les jeunes seigneurs qui Ventouraient partageaient cette impatience.

A peine arrivé devant Mirebeau , où la reine son aïeule venait de se reniérmer, il résolut de monter à l'assaut. Après des prodiges de valeur, il parvint à ouvrir la brèche et à pénétrer dans la ville. Il fut arrêté devant une grosse tour où la vieille reine se tenait reuferuaée. Arthur n'avait aucuns engins de guerre pour démanteler les murailles. Il en résulta des retards qui donnèrent le temps au roi Jean d arriver au secours de sa mère avec des forces supérieures et d'as* siéger à son tour Arthur dans Mirebeau.

Le roi Jean pouvait facilement s'emparer de la place et battre la petite année d'Arthur; mais ce dernier aurait pu s'échapper pendant le combat, et Jean voulait à tout prix le faire prisonnier. Il appela donc la trahison à son aide.

Un des seigneurs sous ses ordres, Guillaume Desroches, avait des intelligences dans la ville

DE LA NOKMAiNDIE. 77

et jusque dans le camp d'Arthur. Jean mit quelques hommes dévoués à sa disposition. Desroches lui promit qu'il lui livrerait sans combat le jeune duc et tous les seigneurs qui raccompagnaient, mais sous la condition qu'aucun des assiégés ne serait emprisonné ou mis à mort-, que le jeune duc serait traité par le roi comme son bon et honorable neveu, et qu'il lui laisserait telle part de biens que les seigneurs de la cour jugeraient lui appartenir.

Jean le promit sans hésiter sous la foi des serments les plus sacrés.

Desroches le crut et livra Artliur et ses chevaliers, qui furent surpris la nuit pendant leur sommeil. Us ne furent pas plus tôt en la puissance du roi Jean, qu'au mépris de i'ciiga^eiiiciil qu'il venait de prendre envers Desroches, il les fit jeter en prison, Yingt-deux des plus illustres y moururent de faim.

Desroches, furieux d'une pareille violation de la foi jurée, quitta sur-le-champ le service du parjure Jean , et alla offrir son épée à Philippe- Auguste.

Mais ce qu'il fallait à Jean sans Terre , c'était la renonciation d'Arthur aux droits qu'il tenait de sa naissance. Promesses , menaces, prières , fausses nouvelles, le roi mil tout en usage pour obtenir son désistement. Arthur fut inébranlable.

Les chroniqueurs nous ont conservé une des conversations qui eurent lieu sur ce sujet entre Jean et Arthur. Elle a été reproduite par d'Argentré, qui parait ne pas douter de son authenticité. Au surplus elle retrace parfaitement les deux caractères tels que l'histoire nous les a dépeints. La voici ;

— et Abandonne, dit un jour Jean à Arthur, < de fausses prétentions à des couronnes que « oncques ne porteras. Suis-je pas ton oncle? n Je te ferai part d'héritage comme ton seigneur <x et te donnerai mon amitié.

— « Ton amitié ! répondit le jeune duc avec « fierté ; mieux me vaudrait la haine du roi de € France. Avec chevalier loyal, toujours il y a « remède de générosité.

— c C'est folie de s'y fier , beau neveu. Les

OË LA* NORMANDIE. 79

« rois de France nai&seui ennemis des Planta- « genêts.

— - « Philippe a placé la couronne sur mon « front. U fut mon parrain de chevalier. Il m'a € baillé sa fille en foi de mariage.

— « Et tu ne Tépouseras méshui. Nos tours « soQtioi'ies; il n'y a rien ici qui résiste à ma « volonté.

— c Jamais tours ni épées ne me rendront

«t assez lâche que de redire au droit que je tiens « de mon père après Dieu : ce fut Geoffroy» votre « frère ainé, aujourd'hui devant le Seigneur. <c Angleterre I Touraine^ Anjou, sont miens de « son chef 9 et Bretagne de Testoc de ma mère \ < jamais je n'y renoncerai que par ma mort.

— a Ainsi sera donc, beau neveu, » répondit Jean *.

Ces derniers mots étaient l'arrêt de mort d* Arthur.

Jean lui chercha des assassins parmi ses plus dévoués serviteurs, il ne trouva que des gens trop scrupuleux ou trop timides. Il fit alors trans-

^ D'Argentré, Histoire de Bretagne.

80 GONQLÉTE

porter Âr thur, de Mirebeau au château de Falaise» dont Wiiiiaiii Bruce était gouverneur. Malheureusement le jeune prince ne resta pas longtemps confié à ce brave et loyal chevalier. Jean» qui craignait sa probité, arriva bientôt à Falaise et le lui redemanda.

— a Je ne sais quel sort vous lui préparez» dit « Bruce au roi Jean» en lui remettant Arthur; « mais tous ici me sont témoins que je vous le a rends saiu de la vie et des membres. Puisse- « t-il rencontrer toujours des gardiens dont il « n'ait pas plus à se plaindre que de moi I > *

Jean sans Terre conduisit lui-même Âithur au château de Rouen» et « quelque temps après, « dit Dom Horice» des pécheurs trouvèrent son 1 corps dans leurs filets, et poilèrent cette pô- « che royale au prieur de Notre-Dame*du-Pré»

a qui Tinhuma secrètement. »

Quelle fut la cause de sa mort 1 Les chroniqueurs» qui tous racontent à peu près de la même manière les événements qui précèdent » cessent d'être d'accord sur les circonstances de la mort d'Arthur.

DE LÀ NORMAr^DlE.

Matthieu Pàri& prétend que Jeau, qui d'abard l'avait bien traité, s'alarma des menaces et de l'obstination du jeune Breton. « Arthur disparut, « dit-il y et Dieu veuille qu il eu ait été autre-

« ment que ne rapporte la malveillante renom-» « mée*. »

D'autres soutiennent que Jean le fit périr par le poison en 1203.

La version la plus accréditée, et que Philippe- Auguste, dont elle favorisait les projets, eut soin de faire répandre en France et en Angleterre , est celle que nous allons rapporter :

Jean était toujours préoccupé de Tidée qu'Arthur finirait par lui échapper, et qu'une fois en liberté il n'aurait rien de plus à cœur que de réclamer à main armée ses droits sur l'Angleterre et les provinces de France. C'était pour lui un perpétuel sujet d'alarmes qui lui présentait en perspective Arthur souverain de r Angleterre, et lui, son oncle, réduit à la seule Guyenne. La mort d Arthur fut dès-lors arrêtée dans son esprit. Mais quel moyen employer pour

> MaUhieu Fàra, «d amMun 1303.

le faire disparaître? C'était le seul point sur lequel portait rbésitation de Jeao, U aurait bien Youlu qu'un autre se chargeât de ce soin. U en parla d*abord à' Guillaume de Bray , qui lui répondit froidement qu'un gentilhomme n'enten* ddit lien à uii pareil métier.

Cette première ouverture ayant été repoussée, il craignit, s'il en faisait de semblables à d'autres officiers, que son projet ne vînt à s'ébruiter. Alors, pour que les causes de la mort d'Arthur restassent couvertes d'un voile impénétrablCi il se chargea lui-même de l'exécution.

U prit pour seul confident et pour aide un.

écuyer poitevin , nommé Pierre de Maulac, dont la discrétion lui était assurée. La nuit du Jeudi- Saint, 3 avril 1203 , il se rendit dans un batelet avec Maulac, au pied de ia tour oii on gardait son neveu. Maulac produisit un ordre du roi qui ordonnait ia remise d'Arthur. Le jeune prince eu arrivant dans cette barque, qu'il regardait peut-être comme un instrument de délivrance au lieu d'y trouver un libérateur , reconnut son oncle* Le doute alors ne lui fut plus possible , et

la vérité se montra à ses yeux dans toute son

horreur. 11 chercha à ûéchîr le roi eu lui rappelant les liens qui les unissaient et en embrassant ses genoux. Vains efforts 1 l'implacable Jean, loin de se laisser attendrir, le saisi! par les cheveux, lui plongea son épée dans la poitrine et d'un second coup Irappant sa victime à la téte, lui traveibii les deux tempes. l*uis quand la barque (ut à trois milles de la tour, il jeta le cadavre dans les ûois.

Philippe-Auguste avait sans doute intérêt à présenter la mort d'Arthur sous le jour le plus défavorable à Jean sans Terre; mais un grave document vient corroborer cette version : c'est la déclaration faite par le prieur de Notre-Dame-** du-Pré, dont nous parlerons ci-après. Au reste, quelles qu'aient été les circonstances de cette mort, il est certain qu'Arthur périt âgé d'un peu moins de seize ans, sinon de la main, au moins par les ordres de son oncle*

Telle fut la ûn misérable d'un jeune prince, dont tous les historiens se plaisent à vanter les brillantes qualités et la précoce valeur. U était,

Si COiNi^ÉTË ÛË LA NORMANDIE.

disent-ils j beau comme sa mère, brave et généreux comme son père. Il lui manqua un ami sage pour modérer cette valeur et la diriger selon les règles de la prudence.

Jean dut Tairantage remporté à Hirebeau au mépris même qu'il inspirait, et qui donna à son imprudent adversaire une trop grande confiance dans les faibles moyens dont il disposait.

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