‹ Histoire de la conquête de la NormandieChapitre 9 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Yaîaes tentatiTefl du prince Jean pour s'emparer de la eouroQse. — Richard^ rerenant en Angleterre ^ est arréM par le duc d'Autriche et livré à Tempereur Henri VI. — Sa mère

Éléonore achète sa liberté. — Colère de Richard contre son

frère. — Guerre enli e luchard et Philippe : ils font une trÔTe. — Mort de liichard.

Sur ces entrefaites, une grande nouvelle se répandit en Europe, et principalement en Angleterre et en France* Les uns la reçurent avec joie, parce qu'elle favorisait leurs desseins secrets ^ d'autres avec douleur, parce qu'elle allait peutêtre briser la carrière d'un roi dont l'Angleterre

u CONQUÊTE

était justement iière; personne ^ avec indifférence»

On apprit que le roi Richard, après avoir fait des prodiges de valeur en Palestine, et remporté une grande victoire sur Saladin auprès d'Asca- Ion, avait néanmoins été contraint, par la diminution du nombre de ses troupes , de conclure une trêve de trois ans avec ce redoutable ennemi; que revenant en Angleterre par les états du duc d'Autriche, qu'il avait mortellement offensé au siège d'Acre, il avait été arrêté par ses ordres dans un village près de Vienne, et livré ensuite à l'empereur Henri VI, le plus avare et le moins généreux des princes.

L'occasion parut favorable au prince Jean.

Non content de la part d'iniluence qu'il avait acquise dans Tadministration des affaires publiques, contre les intentions formelles de son frère, il voulut être seul administrateur, seul maître. A cet effet il réunit ses partisans, et chercha, soit à s'emparer des places fortes , soit à se faire prêter serment de fidélité par les gouverneurs , sous prétexte que Richard était mort

DE LA NORBIANDIE. 4»

OU devait être regai de connue tel. Il réussit auprès de quelques-uns , mais en général ses tentatives échouèrent*.

La plus forte opposition lui vint de la reine Éléonore, sa mère, excitée , soit par compassion pour la malheureuse position où se trouvait alors le roi, son fils , soit par cette habitude d'intrigues qui avait fait Toccupation constante de sa vie. Elle représenta aux principaux seigneurs qu'il importait à leur honneur et à leurs intérêts de résister aux entreprises du prince Jean, dont les mauvais desseins, qui leur étaient connus, allaient jeter le trouble dans le royaume ; que c'était en revenant d'Orient, où il avait élevé si haut la gloire du nom anglais , que le roi Richard avait été privé de sa liberté par une indigne trahison ; mais qu'il reviendrait bientôt, et qu'à son retour il saurait reconnaître ses véritables amis, et récompenser dignement ceux qui lui auraient donné des gages de leur fidélité*

Ces raisons entraînèrent les seigneurs, qui abandonnèrent le prince Jean.

* Roger de Roteden^ p. 724 « éd. SaTÎU.

Toutes ses tentatives pour s'emparer du pouvoir n'ayant point réussi , Jean résolut de demander des conseils et des secours au roi de France, dont les intérêts étaient opposés à ceux, de Richard.

11 se rendit donc à Paris et fit un traité avec Philippe , qui Tadmit à lui rendre hommage des provinces que la couronne d'Angleterre possédait en France.

Jean retourna ensuite en Angleterre , où il fit courir le bruit de la mort de Richard, ce qui lui fournit un prétexte de s'emparer de quelques places fortes,

Philippe voyant les Anglais divisés par les prétentions de Jean, prétentions que cet habile politique n'avait peut-être favorisées que dans l'espérance de donner ainsi de Toccupation à ses ennemis dans leur lie, fit quelques tentatives pour s'emparer des provinces que Richard possédait en France. Il avait bien vite oublié la promesse solennelle faite à Richard au moment de quitter la Palestine. Malgré cette promesse, il se rendit maître de Gisors, d'Ëvreux et de tout le

Vexin ; mais il échoua devant Rouen. Les bour*

geois, commandés par le sénéchal de Normandie, lui opposèrent une si \ive résistance, qu'il dut se retirer précipitamment, après avoir brAlé ses engins et machines de guerre.

Pendant ce temps la reine Éléonore travaillait de tout son pouvoir à obtenir la liberté de Richard , liberté que l'empereur Henri VI ne voulait accorder qu'au prix d'une rançon exorbitante.

De leur coté Philippe et Jean, qui avaient un grand intérêt à ce que Richard restât dans les fers , proposaient à l'empereur de grosses sommes d'argent, s'il voulait le retenir en prison.

La question de Télargissement de ce malheureux roi fut donc, pour ainsi dire, l'objet d'une enchère. La reine Ëléonore offrit probablement la piusgi ossc somme (cent cinquante mille rnarcs d*argent); à ce prix l'avare empereur consentit à relâcher son prisonnier ^ Ce ne fut toutefois qu'après avoir fait comparaître Richard devant la diète germanique assemblée à Worms, et l'avoir

* Voir la note G.

forcé de se reconnaître vassal de TEmpereur et obligé en celle (qualité à lui payer un tribut annuel de cinq mille livres sterling.

Richard ne se vit pas plus tôt en liberté » qu'il quitta précipitamment rÂliemagne pour se rendre dans les Pays-Bas, sans s'arrêter en chemin. Cette diligence fut fort heureuse pour lui; car Tempereur, qui se repentait déjà de l'avoir relâché, ou qui espérait peut-être en tirer une rançon encore plus forte , avait envoyé après lui des messagers pour l'arrêter.

Ils ne purent heureusement le rejoindre. Richard, arrivé à Anvers, partit de suite pour T Angleterre, oii il débarqua à Sandwich, le 20 mars i 1 94. Il avait été absent de son royaume pendant quatre ans, sur lesquels il avait passé quinze mois en prison.

Un ancien historien rapporte que , dès que Philippe apprit sa déUvrance , il écrivit à Jean sans Terre : «Prenez garde à vous, le diable est a déchaîné.»

Uichard fut reçu de ses sujets avec de vives marques de joie et d'affection. Il s'y montra

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sensible; mais tous ces léiuoigDages de sympathie pour ses malheurs ne lui firent pas oublier son juste mécontentement contre le roi de France et Jean sans Terre. Le pardon des oUenses n'avait jamais été une de ses vertus, et il ) elait moins disposé que jamais après les efforts récemment faits pour prolonger les angoisses de sa prison.

Il commença d'abord par s'emparer, presque sans coup férir, des châteaux que les partisans de Jean occupaient en Angleterre. Ensuite il fit citer ce prince, qui s'était retiré en France, à comparaître dans quarante jours pour répondre aux accusations portées contre lui . Ce terme étant expiré sans que le prince Jean eût comparu, Richard ût prononcer une sentence qui confisquait tous ses biens, et le déclarait déchu du droit de succéder à la couronne*

La vengeance contre le roi de France n'était pas aussi facile. Philippe , rentré dans ses Ëtats bien avant le retour de Richard en Angleterre , avait eu le temps de mettre ordre aux affaires de son royaume et de rassembler des troupes.

no CONQUÊTE

Richard ne Tignorait pas. Comme il était dépourvu d*argent, avant d'entreprendre la campagne contre Philippe, il s'occupa d'abord de remplir ses coiïres vides.

Pour arriver à ses fins , il usa de divers moyens peu honorables. Ainsi, il révoqua la plupart des aliénations qu'il avait faites volontairement des biens de la couronne, avant son départ pour la Terre-Sainte. 11 donna pour prétexte que les acquéreurs s'étaient suffisamment indemnisés^ par la jouissance de ces biens pendant son absence, des sommes qu ils avaient déboursées. De suite il revendit ces mêmes biens à d'autres personnes» ou exigea des propriétaires qui voulaient rester en possession des indemnités qui équivalaient à un nouveau prix de vente.

Le grand sceau de TËtat, qu'il avait emporté avec lui, s'étant trouvé perdu, il voulut que toutes les patentes et commissions revêtues de ce sceau fussent scellées de nouveau , et à cette occasion il se Ht payer des droits exorbitants.

Il vendit enfin le retour de ses bonnes grâces à plusieurs seigneurs et évéques qui avaient suivi

le parti de Jean, ou qui s'étaient rendus coupables

d'abus de pouvoir, et, entre autres, à Geollioi» son frère naturel, archevêque d'York, et à Tévéque de Goventry.

Il parvint ainsià se procurer des sommes considérables , qui lui donnèrent le moyen de le?er et d'entretenir une puissante armée.

Mais quelque diligence qu'il mît dans ses préparatifs, il fut prévenu par Philippe, qui alla mettre le siège devant Yerneuil.

Richard courut s'embarquer sur-le-champ avec ses troupes qui l'attendaient sur le bord de la mer et arriva heureusement en Normandie.

Philippe leva aussitôt le sioge de Yerneuil, dont il était sur le point de se rendre maître. On ne sait si sa retraite fut provoquée par l'approche de Richard ou par la nouvelle qu il reçut d'une horrible perfidie du prince Jean , auquel, pour lui faire honneur, il avait confié la défense de plusieurs places fortes , et entre autres d'Évreux.

Jean, qui se trouvait dans cette ville et qui voulait à tout prix regagner les bonnes grâces de son

frère Richard , résolut, pour amener une récon*

ciliaiion entre eux , de lui livrer la ville que Philippe avait remise à sa garde. Mais la garnison était commandée par de braves et loyaux officiers, et toutes ses tentatives pour la corrompre lurent impuissantes. Que fit alors le prince Jean? Il invita à dîner dans le château d'Ëvreux les officiers de la garuibou; qui étâieat au nombre de trois cents gentilshommes. Tous s'y rendirent, désarmés, sans défiance. Le prince Jean les reçut avec affabilité et le sourire sur les lèvres. Vers la fin du repas, alors que les officiers , échauffée par le vin , s'épanchaient en Joyeux propos, à un signal convenu il fit ouvrir les portes à des sicalres armés jusqu'aux dents, qui se ruèrent dans la salle du festin et égorgèrent tous les officiers sans faire grâce à un seul *. Dans rémotion inséparable d'un aussi lâche assassinat» et la garnison se trouvant privée de ses chefs, il fut facile à Tindigne Jean de se saisir des portes et de livrer la ville à son frère, Philippe, transporté d'indignation et de colère

^ Roger de HoTeden^ p. 750, éd. SavUe.

à la nouvelle de cette trahison , monta aussitôt à cheval et alla brûler la ville d Èvreux.

Jean s'enfuit à Rouen , où était Richard. A la prière de sa mère, Richard consentit à pardonner à son frère qui s'était jeté à ses pieds. Plusieurs histariens racontent qu'il lui dit en le rele- \ant :

« Je vous pardonne, et je souhaite de pouvoir « aussi aisément perdre le souvenir des injures <( que j'ai reçues de vous ^ que vous oublierez la « grftce que je vous fais. >

Ce pardon accordé au prince Jean , quand il avait encore les mains souillées du sang des officiers d'ËvreuXy était une faute grave. Sans nul doute, Richard n'était pas complice du crime y mais il en profitait, il en recueillait le fruit, et, par Faccueil &it à Jean , il en acceptait , jusqu'à un certain point, la responsabilité. Il eût été plus digne de Richard de laisser passer au moins quelques années avant de consentir à revoir l'auteur d'une action aussi abominable.

Une guerre qui commençait sous de semblables auspices , devait être marquée par des excès

de tout genre. Ce fut une suite coatmueile de pillages, d'incendies et de massacres, interrompus par des trêves toujours mal observées des deux cdtés« Il n'y avait de sécurité pour personne. Nobles et vilains étaient également victimes de la rapacité des gens de guerre. Les abbayes même ne parvenaient souvent à échapper au pillage qu'en payant de fortes rançons ' .

Cette guerre ne fut signalée, au reste, par aucun événement bien remarquable. Les forces des deux rois étaient trop égales pour que l'un ou Tautre pût espérer de remporter de grands avantages. Aussi les historiens ne signalent que deux faits dignes d'attention , arnvés pendant les cinq ans que dura la guerre.

Le premier fait se passa auprès de Blois. L'usage était que les rois de France emportassent avec eux, même en temps de guerre » le chartrier de la couronne et d'autres papiers importants. Richard surprit en 1194, aux environs de Fréteval, rarrière-gardeii-ançaise à laquelle était confié ce dépôt; il s'en empara et ne voulut pas

m LA NOAMANDIE. lii:

reodre les archives» quelques offres qu'on lui fit. Elles sont encore daus la Tour de Londres. 11 parait , au reste , que les Anglais ont pris fort peu de soin de cette précieuse collection, car on dit que les archives qui existent à Londres sont en petite quantité, et ne contiennent que des cadres d'impositions.

Le roi s'occupa iaimédiatement de reparer cette perte. Il chargea Gautier le jeune , un de ses gardes archivistes, défaire un nouveau chartrier, eu consultant ses souvenirs et en prenant des renseignements dans les monastères et les dépôts publies. Gautier réussit dans cette rude tâche et rétablit les registres, mais avec une peine infinie. On concevra facilement l'importance de ces registres, quand on saura qu ils indiquaient les revenus du prince, les noms de ses vassaux, leurs prérogatives, leurs obligations, ce que chacun était tenu de payer à titre de cens, de taille, ou pour droit féodal , quels étaient ceux qui en étaient exemptés, les condamnés aux corvées, les. serfs de la terre et les serfs du corps

* Guillaume Le Breton, Phillip^)éide , chant

ti6 CONQLÈÏfc:

Ce uouveau travail fut le commencemeut du trésor des Chartres , établi d'abord dans la tour du Louvre, et transféré depuis, par saint Louis» en la Sainte-Chapelle de Paris.

Le second fait pouvait avoir des conséquences encore plus graves.

Pliilippc, qui parcourait la campagne dans les environs de Gisors à la tète de 250 lances, fut rencontré par Hichard qui en avait 1,500 sous ses ordres. Les chevaliers de Phih'ppe lui conseillaient de battre en retraite. « Voulez-vous, a leur répondit lièrement Philippe, que je me « retire de\ant mon vassal? > Aussitôt il engage le combat , renverse les cavaliers qui lui faisaient face , leur passe sur le corps et rentre dans Gisors aux acclamations de la population accourue audevant de lui *.

Cet échec n'empêcha point Richard de se vanter, dans une lettre adressée à Philippe, évêque de Durham, d'avoir remporté ce jour-là un avan-* tage signalé sur le roi de France. Elle lui fut sans doute inspirée par le dépit d'avoir laissé échapper

* PhUippéide» chant v.

DE LA NORMAiNDIE. 57

son rivale quand il eût dû Taccabier sous des forcés supérieures.

Après s'être bien battus, les deux rois commencèrent à s apercevoir que tous leurs avantages s'étaient bornés à la prise de quelques bico* ques presque aussitôt reprises. Us déférèrent aux exhortations du Pape, qui avait envoyé un légat pour tâcher de rétablir la paix entre eux* Si le légat ne réussit pas complètement dans sa mission, il put du moins amener les deux rois à eonclure en 1199 une trêve de cinq ans.

Us eurent à cette occasion une entrevue, où il fut convenu que chacun demeurerait en possession de ce qu'il occupait.

Cette trêve eut lieu malgré les eilorts d'un homme dont Thistoire a dû conserver la mémoire.

Bertrand de Born, seigneur de Hauteiort, près de Périgueux, était chevalier et troubadour.

Passionné pour la Guyenne , sa patrie , il avait depuis longtemps pris la résolution d'en assurer rindépendance, et, pour arriver à ce but, il u avait pas trouvé de meiUeur moyen que de pous-

8er às'entre-détruire les rois et seigneurs dont Je pouvoir opprimait son pays. Ce fat roccupatîon de toute sa vie. Ainsi y dès 1175 on l'avait vu à la tête des révoltés de la Guyenne, Plus tard il s'emparait de l'esprit du jeune Henri et le poussait à la révolte contre son père* Plus tard encore il fomentait la guerre entre Philippe et Richard, et déterminait le roi de France par ses vers satiriques (en lui reprochant, par exemple, d'aimer la paix plus qu'un moine) à violer une trêve qu'il venait de jurer avec Richard. On se fait difficilement une idée de tous les moyens, de toutes les intrigues qu'il mit en œuvre pour jeter la discorde parmi les ennemis de son pays. H avait deviné un des grands ressorts de la politique de nos jours. Quelle que soitropiuiou qu oaaiide cet homme, et quelque blâme que méritent les moyens qu'il employa, il est impossible de lui refuser un des esprits les plus persévérants et les plus féconds en ressources dont l'histoire fasse mention, 11 a mérité au reste que Dante ÀUghieri le plaçât dans sonEnler comme conseiller de discordes domestiques : « Sache que je suis Ber-

« trand de Born , ceLui qui donna au jeune roi « desi mauvaisconseîls. » (/n/emo, can^o xxYin.)

La trêve donnait quelque relâche aux combattants, mais ne terminait rien. On peut s'étonner qu'une guerre entre deux rois aussi braves et aussi puissants n'ait pas produit de plus grands résultats. Cela tient à ce que l'ait de la guerre était encore dans son enfance. On s'armait, on se précipitait sur le territoire ennemi. Uuaud on était le plus fort, on avançait et ou [nllait. Quand on était le plus faible, on se retirait en cherchant à tendre des pièges à son adversaire. Rarement on en venait à une affaire décisive. Il n'y avait point de plans de campagne , point de projets arrêtés y point d'ensemble dans les opérations. Tout naissait de la circonstance. Le vainqueur presque toujours se contentait du triomphe , sans en rechercher les avantages positifs.

Après avoir conclu la trêve avec Philippe , il semble que Richard aurait dû s'empresser de retourner en Angleterre pour s'y reposer de ses fatigues , rétablir ses finances et faire droit aux plaintes nombreuses qu'excitaient les abus intro^

duits pendant son absence. C'était peut-être son intention ; mais son ardeur de guerroyer et sa

cupidité furent en même temps réveillées par un événement que le hasard seul fit naître et qui eut les plus déplorables conséquences.

Un geutillionmie limousin trouva dans sa terre un trésor, d'autres disent la statue en or massif d'un empereur romain ; le bruit eu étant parvenu aux oreilles de Richard , il prétendit que ce trésor, trouvé dans un pays dont il était souverain y devait lui appartenir en entier. Le gentilhomme ne voulut en donner qu'une partie; et comme Richard insistait, il implora la protection de Vidomar, vicomte de Limoges, qui lui donna asile dans son château de Chaluz, où le trésor fut transporté.

Richard alla aussitôt investir celte place.

En faisant le tour des remparts , il fut reconnu par un archer , nommé par les uns Bertrand, et par d'autres Gourdon. Ce dernier noai parait le véritable. Cet archer, du haut de la muraille, décocha au Roi une Uèche qui Tatteignit à l'endroit où se joignent Tépaule et le col. La bles-

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sure d'abord ne parut pas mortelle; mais elle le devint, soit par le peu d'habileté des chirurgiens, soit par Tintempérance de Richard. La gangrène s'y mit, et ce prince mourut le onzième jour, 6 avril 1199, après de vives souffrances.

Il est à remarquer que Richard avait mis le premier Tarbalète en usage et donné à TÂngleterre le corps des arbalétriers. Les Français se servaient plus habituellement de la lance , de l'épée, du poignard et de la hache d'armes. «Nos « aïeux y ditMezeray à cette occasion, abhor- « raient ces armes traîtresses avec lesquelles un € coquin, se tenant à couvert, peut tuer un vaille lant homme de loin et par un trou. »

Ce fut précisément avec une de ces armes que Richard fut blessé à mort. Pendant qu'il était sur le lit de douleur, ses troupes emportèrent le château de vive force et le meurtrier fut fait prisonnier. Richard le fit venir et lui de^ manda quel sujet de haine il avait contre lui. « Vous avez tué de votre propre main, lui « dit Gourdon , mon père et mes deux frères.

« J'ai voulu les venger. Maintenant je mourrai

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<t content, puisque j'ai délivré le moiide d'un « tyran. »

Malgré cette fière réponse» Richard lui pardonna; mais après sa mort , Gourdon fut écorché vif.

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