CHAPITRE XII
Philippe est rejoint à Caen par Guy de Tfaouars^ nouTean dao de Bretagne , qui lui amène un nombreux renfort. Siège et prise du Moat-Saint-Michel.
Philippe fut rejoint à Caen par Guy de Thouars, qui, depuis la mort d*Ârthur, son beau-fils, avait pris le titre de due de Bretagne; il lui amenait un reiiiort de quatre cents chevaliers, suivis de beaucoup de gens de pied. Voici à quelle occasion cet armement avait eu heu.
Les Bretons, après la mort d'Arthur, ne s eimxA point contentés de demander justice au
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roi de France; ils s'étaient soulevés les premiers
contre le meurtrier Jean , qui avait eu l'audace de réclamer le gouvernement de la Bretagne, comme tuteur d'Ëléonore, sœur d*Àrthur. Us avaient mis à leur tète Guy de Thouars, mari en troisièmes noces de leur duchesse , et père de la jeune Alix, qui était appelée éventuellement à remplacer Arthur sur le trône de Bretagne. Nul baron, nul chevalier, n'avaient plus voulu servir sous un roi qu'ils qualifiaient d'infâme , et dont ils contestaient d'ailleurs les prétentions.
Le nouveau duc de Bretagne s'était bientôt vu à la tète d'une armée , et Guy de Ihouars, autant pour venger Arthur que pour ne pas compromettre sa popularité en Bretagne , avait de suite conduit cette armée contre la iSormandie, qu'il avait attaquée du côté qui touchait à la Bretagne.
11 alla d'abord assiéger le Mont-Saint-Michel, place très-forte, défendue par la mer et par sa position escaipée« Deux fois par jour la mer baigne le pied de ses murailles, et découvre, en se retirant, des sables mouvants à travers lesquels
le passage présente des dangers, qui ne peuvent être évités cpi'à l'aide de guides très-^ûrs.
Les dangers des sables mouvants étaient bien connus des Bretons. Ils prirent les précautions convenables, attendirent un temps favorable et une mer morte, puis, armés d'échelles, traversèrent les sables, et donnèrent l'assaut à la forté^ resse avec une si furieuse résolution, qu'ils emportèrent le même jour la première enceinte. Ils y mirent le feu, qui, s'étant communiqué de bas en haut, fit des progrès rapides, couvrit en un instant le Mont-Saint-Michel et brûla la ville ; l'église même ne put être sauvée.
U garnison, ayant touIu sortir de cette fournaise, fut reçue au pied des murailles par les Bretons, qui la passèrent au fil de l'épée \
De là Guy de ïhouars marcha sur Avranches.
Cette ville fut également prise d*assaut, pillée et brûlée sans miséricorde. La cathédrale, qui était un des bcam^ monuments de la province, ne fut pas même épargnée.
Guy de Thouars poursuivit sa marche sur Gaen ,
* Voir la note P.
ravageant tout sur sa route. L'horrible assassinat de leur jeune duc aYait fermé le coeur des Bretons à tout seotiment de modération , à toute pitié : aussi Tincendie et le meurtre signalèrent partout leur passage*
Le duc de Bretagne avait à peine rejoint Philippe-Auguste à Gaen, qu'il apprit que le roi Jean y profitant de son absence , avait débarqué avec une troupe nombreuse à Dol et l'avait pillé. Aucune nouvelle ne pouvait être plus agréable aux Bretons^ qui avaient enfin Tespoir de rencontrer leur mortel ennemi. Guy de Thouars retourna aussitôt sur ses pas, à marches forcées, avec le comte de Boulogne et Guillaume des Barres y que le roi de France lui adjoignit; mais à son approche le lâche Jean se retira sur ses vaisseaux, qui Tattendaient dans la baie de Gancale, et se sauva avec son butin. Décidément ce malheureux roi n'avait plus de courage que pour faire une guerre de pirates >
Après cette seconde expédition, Philippe fut un moment embarrassé des Bretons, de Guy de
* D'Argentréf Histoire de Bretagne.
DE LA r^ORMANDIE. IM
Thouars. Pendant leur absence il lui était arrivé de tous cAtés des rapports peu satisfaisants de leurs cruautés et de leurs exactions. Ces auxi-* liaires pleins de bonne volonté, mais indisciplinés, étaient devenus un grave embarras , qui pouvait contrarier la politique de Philippe en lui aliéuaat les cœurs de ses nouveaux sujets, n les réunit donc aux routiers de Lupicaire , et les envoya du côté de Mortain, sous la conduite du comte de Boulogne et de Guillaume des Barres 9 pour veiller à la sûreté des frontières.
Pour lui, suivi du reste de son armée, il quitta Gaeu et marcha sur Rouen.