‹ Histoire de la conquête de la NormandieChapitre 19 sur 24 · CHAPITRE XVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL

Comparaison de Philippe-Auguste et de Richard Gcemnle-Uoii.

Nous termÏDeroQS cette histoire par quelques réflexions sur Philippe-Auguste et sur Richard Gœur-de-Lion.

Richard fut un vaillant prince. Son grand courage lui fit donner le surnom de tottr-de-£iim« Il le méritait par sa valeur, à laquelle se joignait peut-être un peu de cruauté.

Les romanciers et les poètes, qui se passion-

nent facilement pour tout ce qui a de Téclat et

de la grandeur, eu ont fait uu heiob : Thistoire doit le descendre de ce piédestal, où Tignorance et Tanglicanisme l'ont élevé , et lui assigner sa véritable place.

Il n'était encore que comte de Poitou , qu'impatient de devenir son mattre , il entrait dans une conspiratiou pour cietrooer son père. Quelque temps après , rentré en grâce auprès de lui , il Tabandonnait de nouveau pour aller se jeter dans les bras du roi de France, dont il embrassait ouvertement le parti.

Il faisait révolter contre Henri presque toutes ses provinces de France. Il le mettait ainsi dans rimpuissance de résister à Philippe, et le forçait d'accepter de ce prince un traité humiliant et honteux. Par cette conduite, aussi insensée que coupable , il faisait mourir de douleur son père Henri H, qui ne retrouvait de force à ses derniers momeiils que pour le maudire.

A peine couronné roi, et sans s'inquiéter de Tétat où son absence allait mettre T Angleterre , il s'appiiquuil uniquement à réunir une nombreuse armée pour porter la guerre en Pales-

Digitizeci

DE LA ISÛRMAiNDlE. m

tine y et à faire de grands amas d'argeui pour l'y entretenir. Tous les moyens lui étaieuL bons. Il aliénait les domaines de la couronne, renonçait, moyennant une indemnité en argent, à l'hom* mage auquel lleim 11 avait obligé le roi d'Écosse et ses successeurs, accablait ses sujets d'impôts et de taxes extraordinaires, et répondait aux observations en disant ; Qu il vendrait la ville de Londres , s'il trouvait un marchand en état de l'acheter.

En Palestine, son indomptable orgueil lui faisait regarder tous les hommes comme ses infé« rieurs, si haut qu'ils fussent placés , et soulevait contre lui des haines dont plus tard il éprouvait les effets. Richard, dit un historien qui nous parait l'avoir bien jugé , eut du lion le courage, la fierté, la colère, la cruauté, et cette espèce de magnanimité capricieuse et farouche qu'on at^ tribue au roi des animaux, ^ous cherchons vainement dans cette nomenclature une seule des qualités d'un bon roi.

Pendant dix ans de règne, il ne passa que huit mois en Angleterre, qu'il ne sut doter ni d'une

loi) ni d une iusiitutiou utiles, et à laquelle il ne laissa (ju'un peu de gloire, achetée par beaucoup de misère.

Ënfin, pour couronner cette \ie pleine de passions et de désordres , entrainé par la cupidité, qui était une de ses passions dominantes, il allait se faire tuer follement devant une misérable boui^ade du Limousin, quand les plus grands intérêts rappelaient en Angleterre, où depuis longtemps sa présence était réclamée de toutes parts.

Nous ne trouvons à opposer à tant de défauts qu'une seule qualité, uiais il la possédait au plus haut degré, la vaillance. Peu d'hommes, au moyen âge, furent aussi braves, firent preuve d'une plus grande fermeté de caractère, déployèrent plus de talents sur un champ dé bataille. U est certain que la victoire remportée par les croisés sur Saladiu, auprès d'Âscalon, et qui coûta à ce dernier quarante mille soldats, fut due à la valeur et à la présence d'esprit de Richard. Aussi son nom s'est transmis d'âge en âge chez les Arabes du désert, qui, même

encore aujourd'hui, ne le prononcent quavec respect.

Mettons maintenant en regard de ce tableau la

vie de Philippe-Auguste.

Il avait cédé à Tinfluence de son siècle en al« iant faire la guerre en Palestine; mais, avant son départ, il avait eu soin de faire une Oidonnance qui réglait Tadministration de la justice, remploi de ses revenus, les dispositions à prendre dans le cas où il mourrait pendaul son voyage, et confiait la régence à la reine, sa mère, et au cardinal de Champagne, son oncle. Aussi, grâce à cette utile précaution, il avait à son retour trouvé ses États tranquilles et même floris^ sants.

Il avait établi dans ses finances et la perception des tailles un ordre inconnu jusqu'à lui, et qui lui avait donné le trésor le mieux fourni de TEurope. Ces puissantes ressources lui avaient procuré les moyens d*avoir une milice réglée et soldée, à Taide de laquelle il avait doublé la force de ses armées , réprimé les attaques et les déprédations des vassaux de la couronne, assuré au peuple une

protection réelle et eflicace, et fait respecter le pouvoir royal.

Il profita sans doute avec une grande habileté des iautes de Richard, et de rindignation publique déchaînée contre le roi Jean , pour augmenter considérablement le territoire et la puissance de la Frauce ; mais ii était-ce pas son droit? n'était-ce pas son devoir? n'était-il pas chargé des intérêts de la France? Ces mêmes intérêts ne lui commandaient-ils pas de mettre à profit les moyens que la fortune lui offrait si libéralement de répaier la iiaute de Louis Yll et de reiionner à la France uue asbiette ferme et durable ? et y dans l'emploi de ces moyens, manqua-t-il jamais de décision ou do dignité?

Il était d'ailleurs vaillant, actif, modéré, prudent, aimait la justice, recherchait les hommes de mérite et savait les récompenser noblement* Une tache daus sa vie est de s'être uni avec Jean sans Terre pour prolonger la captivité de Richard, et d'avoir alors attaqué la Normandie au mépris du seriiieut fait à Richard au moment de quitter la Palestine*

Que si maintenant nous faisons la comparaison de Richard et de Philippe , nôus tromoiift qu'en Palestine la conduite de Richard a eu înfi<» uimeni plus d'éclat que celle de Philippe. Il faut en accuser sans doute la maladie dont fut atteint Philippe, et qui lui ôta ses forces et son énergie, puisque, revenu en Europe et se trouvant en face de Richard , il a soutenu contre lui , sans infériorité, une lutte de cinq ans, et qu'à l'expiration de ces cinq années, compensation &ite des avantages et des pertes, ils se sont retrouvés à peu près au même point qu'au commencement des hostilités.

Ik eurent tous les deux un beau jour dans leur vie : Richard, la journée d'Âscalon; Philippe, la journée de Bouvines Leur gloire se balance dans ces deux grandes victoires, tant à cause du nombre des ennemis quHls eurent à combattre, que par le talent des chefs qui leur étaient opposés : Saladin et Othon de Brunsvrick. Seulement il y a peut-être dans la conduite de Richard, qui combattait principalement pour la gloire, un

> Voir U note H.

m CONQUÊTE

sentiment plus chevaleresque, nais aussi plus personnel; et dans la résolution de Philippe,

qui s'était armé pour défendre indépendance de sa couronne et de son peuple , quelque chose de plus national, de plus dévoué.

Si nous les examinons dans leur vie privée, nous trouverons beaucoup à reprendre.

Tous deux avaient un amour excessif pour les plaisirs. Richard s'y abandonnait avec la fougue et rimpétuosité de son caractère, sans mettre beaucoup de choix dans ses amours passagers.

Philippe était plus discret, plus ruservé; mais il eut le tort grave de compromettre la tranquillité de TËtat pour satisfaire ses passions, reproche qu ou ne peut faire à Richard.

Si nous les jugeons comme fois, comme administrateurs, Philippe est infiniment supérieur à Uicliard.

Richard a laissé l'Angleterre telle qu'il l'avait trouvée, sans rien ajouter à sa puissance: Philippe a doaiie à la France une augmentation considérable de puissance et de territoire.

Richard a passé sur l'Angleterre comme un

DE LA NOBMANDIE. 909

météore lumineux qui éblouit un instant, mais ne laisse aucun bien après lui : Philippe a été pour la France un soleil bienfaisant qui Ta éclairée, iecoiidée et enrichie \

En résumé, Richard Cœur-^le^Lion fut un vaillant homme de guerre ; Philippe-Auguste fut un grand roi.

* Voir la note I.

APPENDICE

<IOl9>

Note A, page 3.

Les Francs avaient, comme toutes les nations germaniques, des lois ou coutumes qui réglaient la propriété et protégeaient les personnes : la plus célèbre de ces lois est celle que nous appelons la loi Salique. Elle joue un trop grand rôle dans l'histoire de France pour ne pas arrêter un moment notre attention.

Les savants sont divisés sur Forigine de cette loi : l'opinion la plus commune est qu'elle tire son nom de la rivière Sala en Westphalie, près des rives de laquelle elle paratt avoir été écrite, et qui déjà avait donné son nom aux Francs saliens.

Cette opinion s'accorde assez avec la préface de la loi Salique, qui porte qu'elle avait été mise en vigueur avant que les Francs eussent passé le Rhin.

, Dans cette loi, on ne trouve nulle part la fameuse

m APPENDICE.

exclusion des femmes du droit d'hérédité à la couronne ; elle ne contient à cet égard aucune disposition. La raison en est bien simple : c'est que chez les Francs tout se faisait à Télection, et que lorsqu'on était mécontent du chef qu'on avait choisit on le remplaçait par un autre.

Les auteurs de la loi Salique, Wisogast, Bodogast, Salogast et Windogast, s'étaient principalement occupés de réprimer les violences et les usurpations, et d*établir des tarifs et des compositions pour les meurtres* les blessures, le viol et le larcin : ils n'avalent rien statué sut lis contrats ni sur lYtat des personnes. C'était bien moins un code de lois civiles qu'une ordonnance criminelle.

L'exclusion des femmes de la couronne dérivait donc plutôt de r usage que de ces termes de la loi que nous avons déjà rapportés : « Dans la terre Salique, aucune « partie de l'héritage ne doit venir aux femmes. » Cependant ces termes parurent suftisants à l'Assemblée nationale en 1316, ainsi qu'on le verra ci-après.

Nous ajouterons eneore que l'exclusion des femmes de l'hérédité des terres saliques n'était pas tellement absolue qu'il ne lut permis d'y déroger. C'est ce qu'on voit dans le livre ii des Formules de Marculphe. Le père amenait sa fille devant le comte ou le commissaire , et disait : « Ma chère fille, un usage ancien et impie ôte « parmi nous toute portion paternelle aux filles; mais « j'ai considéré que, comme mes enfants m'ont tous « été donnés par Dieu également, je dois les aimer de « même. Ainsi, ma chère fille, je veux que vous bérities,

Digi[i

AFPËNDICE. 213

« par portion égale, avec vos frères, dans toutes mes « terres. » Cette déclaration, fondée sur un simple usage, conférait le droit.

La loi Salique, sauf quelques modifications, continua d'être en vigueur jusqu'à Chariemagne, qui la remplaça par ses capitulaires. Il n'en resta que rexclusion des femmes de la couronne, qui a été maintenue jusqu'à nos jours malgré quelques contestations célèbres.

Nous citerons entre autres la protestation faite en 1316, après la mort de Louis X dit le Hutin, en faveur de sa fille Jeanne, qu'il avait mu de Marguerite de Bourgogne, sa première femme. On demandait qu'elle lût déclarée souveraine, et qu'il en fût de la couronne de France comme des fiefs auxquels succédaient les femmes faute d'héritiers mâles. Cette protestation n'arrêta point Philippe V dit le Long, qui se fit proclamer roi et sacrer à Reims.

Néanmoins, comme plusieurs princes du sang et grands feudataires de la couronne paraissaient douter de la légitimité de ses droits , il assembla les Étatsgénéraux et leur soumit la question.

L'Assemblée nationale décida que puisque la loi Salique interdisait aux femmes l'hérédité de Taleud ou terre salique, les femmes étaient exclues du droit de régner, la France devant être considérée comme une grande terre taltque.

Les motifs qu'on fit valoir à cette occasion furent que « si les Francs, en refusant l'hérédité de Taleud « aux femmes, n'avaient pas voulu que le fruit du coûte rage militaire appartint aux femmes , qui ne s'cxpo-

fl

214 APPENDICE

« saient pas aux dangers, à plus forte raison ils leur « avaient interdit de succéder au droit de commander « aux guerriers qu'elles ne suivaient pas aux eombats. »

La dernière protestation eut lieu en 15dS. Elle donna * lieu au célèbre arrêt du Parlement de Paris du 28 juin même année» par lequel la Cour déclara nuls tous traités faits et à ^re pour transférer la eouronne en maison étrangère, comme contraires à la loi Salique, et écarta ainsi les prétentions de la Ligue et de la Cour d*E8pagne.

Il résulte des faits que nous venons de rappoiier, 10 que si par la loi Salique Texclusioa des femmes de la couronne n'est pas formellement prononcée» elle résulte cependant par induction des termes de la loi , interpiétés par TAssemblée nationale de 1316 et Tarrêt du Parlement de Faris du SB juin 1593 ; îf^ et que si Tusage a fait admettre des dérogations à la rigueur de cette loi, c'est seulement pour les fie£5, et jamais pour le droit de suoeessibilité à la couronne.

Note B, page 15.

Robert Blondel» poëte et historien du temps de ChariesYII, s'élève avec force contre la reine Êléonore,

qui, « infidèle à ses devoirs d'épouse et de chrétienne, « ne craignit pas, au prix du plus impur adultère, de « donner son amour à un mécréant. » Il déplore la

APPENDICE

débonnaireié du lui de France qûi, pour la punir de ses crimes, devait confisquer tous les biens de son épouse, deux fois parjure, et la mettre à mort. « Cette faute et «c cette faiblesse, ajoute-t-il, sont la cause de toutes a les guerres de:>astreuses engendrées par les préten- « tions de la race maudite sortie des flancs de cette « reine, et de tous les malheurs qui les ont aceompa- <c gnées. » (Robert Blondel, Oratio historiaiis, cap. xii.)

II est trop vrai que du second mariage d^ÉAéonore vinrent ces guerres qui désolèrent la France pendant trois cents uns et firent couler des flots de sang ; mais estrceÉiéonore seule qu'il faut en accuser? Si LouisYIl, pour se venger du comte de Champagne, n^avait pas saccagé la ville de Vitry et fait mettre le feu à une église où étaient renfermées treize cents personnes qui furent brûlées vives, il ne se serait pas cru, malgré Topposition du sage abbé Suger, son principal ministre, dans Tobligation d'aller à la Terre-Sainte pour expier cette indigne action; Éléonore ii*attTait point pris dans les camps les mœurs flusiles de rOrient; elle n*aurait connu ni Rannond, prince d'Antioche, ai le jeune turc Saladin, complices de ses dérèglements t elle fût restée pure et respectée, et probablement reine de France. Que de malheurs alors auraient été évités! Gardons-nous d*excuser cette reine coupable; mais réservons une partie de notre blâme pour Louis VU, qui punit la France des fautes de la reine et des siennes.

appendice:.

NoTB G, page 47.

D*après une table d'appréciation du pouvoir de l'argent aux diverses époques d6 la monarchie française , on voit que k somme payée pour la rançon de Richard (150,000 marcs d'argent), qui, au prix actuel du marc, vaudrait 7,800,000 fr., avait alors une valeur ou puissance qui serait à peu près représentée par tô^âOO.OOO francs de notre monnaie actuelle.

Non Uf page 101.

Nous nous sommes exprimé arec beaucoup de ré«

serve sur le pape Innocent III, parce que, si nous n^approuvons pas tous ses actes, nous sommes plein de respect pour ses grandes qualités. Nous ne pouvons

oublier que ce Pape , quoique incessamment préoccupé des intérêts politiques de toute TEurope, consacrait trois jours de la semaine à écouter les débets des simples particuliers, et à juger lui-môme les procès les plus importants et les plus difficiles avec une sagesse et une pénétration que chacun admirait.

APPENDICE. » Îi7

Note E , page 142.

Les lettres d'affrauchissement dounaieut aux villes le droit d*avoir une tour, un befiroi, une cloche, un sceau, et enfin un hôtel municipal. Le sceau, apposé

aux actes passés devant les ofticiers de la ville, les rendait par là même authentiques.

Note F, page 149.

Une discussion , qui n'est pas encore terminée, partage depuis longtemps les savants sur une prétendue forêt de Scissy, au milieu de laquelle aurait été situé le Mont-Saint-Michel , et qui depuis se serait trouvée engloutie par la mer dans un grand cataclysme qu*on fait remonter à Tan 709. Guillaume de Saint-Pair, auteur d'une longue chronique rimée intitulée le Romanz du Mont'Saint'Michel, qui parait avoir été écrite vers 1100, indique clairement dans son ouvrage Texistence de cette forêt avant Tannée 709. 11 semble assez naturel d'ajouter foi à son assertion. En effet, l'époque où il vivait n'est pas très-éloignée de la date assignée à Tenvahissement de la forêt par la mer, et, d'un autre côté, il est certain que depuis douze cents ans il s'est opéré de grands changements sur les côtes de Normandie.

Nous devons ajouter cependant que généralement la

APPiîIMUlGË.

Normandie a plutôt gagné sur la mer qu'elle n'a perdu. Nous pourrions en donner, entra autres preuves, les prairies qui existent auprès de Caen , et qui se prolongent depuis Oistrebam jusqu au bac d Atliis. Il est évident qu'elles lurent dans Torigine une baie oii la mer s'avançait jusqu'à quatre lieues dans les terres, puisqu'on a trouvé, lors de la curifoclion du uouvtau taiial de rOrne, de Caen à MondeviUe, à la profondeur de dixhuit à vingt pieds, des pirogues recouvrant des ossements humains, des débris de vaisseaux naufragés, des vases romains et des médailles d'Antonin le Pieux.

NotbG^ page 198.

Voici en quels termes Robert Blondel s'exprime sur les circonstances de la mort de Jean sans Terre, arrivée

en 1216 :

« Jean mourut ignominieusement. Le corps de ce « prince sacrilège avait été inhumé dans une abbaye.

« A minuit, une voix, propre à iiapper les esprits les « plus fermes d'une terreur inouïe, se fit entendre au- <c tour de la tombe aux gardiens de Téglise.

« Ceux-ci, accourus au bruit des hurlements, trou- « vèrent une ombre effroyable. Cette ombre s'écrie « qu'elle est le roi Jean d'Angleterre, qui sera en proie « à des tourments variés et incessants tant que son

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« corps maudit reposera en terre sainte, et surtout dans « réglise. A ces mots Tabbé et ses moines effirayés « s*arnient de houes,' creusent le sol, et rejettent le « eorps sacrilège hors de Téglise et du cimetière : la « voix et Tombre s'évanouissent aussitôt.

« C'est ainsi que Jean reprit une complète possession « de son surnom : car avant de monter sur le trône « tous l'appelaient Jean sans Terre; au moment où la «t mort vint l'atteindre, il était encore Jean sans Terre ; « et enfin, mcme après sa mort, jamais lu terre ne « daigna le recevoir. » (Robert Blonde! , Orat, hisior., cap« mv.)

L'histoire se contente de rapporter que Jean étant en Angleterre, poursuivi par les barons révoltés contre lui , fut en grand danger de périr par suite d'une crue subite de la rivière de Welland ; elle inonda, au moment du passage du roi , le grand marais qui séparait les deux provinces de Lincoln et de Norfolk. Jean sauva sa personne, mais ne put sauver son riche bagage, qui fut enj^louti par les eaux. Le chagrin qu'il conçut de cette perte lui ayant donné la lièvre, il se fit transporter en litière à Newark, oii il mourut le 28 octobre 1216. Son corps ne fut pas inhumé à Newark, ce qui a peut-être donné lieu au conte de Robert Blondel, mais transporté à Winchester, et inhumé sans pompe dans l'église cathédrale.

Comparons cette mort à celle de Philippe-Auguste.

Phihppe- Auguste mourut en 1223, respecté de l'Europe entière, aimé de ses sujets, regretté du pape Honorms, qui voulut lui faire un service funèbre à Kome;

APPENDICE

et, comme il faut toujours qu'il y ait du merveilleux dans les chroniques du moyen âge, Robert BlondM prétend « que cette cérémonie eut lieu le jour même m OÙ on célébrait à Paris les funérailles de Philippe- « Auguste, Hoûorius ayant été averti par des anges « de la mort de ce grand roi. » (Robert Blondel, Orai. histor., cap. xxv.)

NoTB H, page 207.

La bataille de Bouvines se donna le 25 juillet Voici ce qui y donna lieu.

Ferrand, comte de Flandre, était dis de Sanche 1^^,

roi de Portugal. Il devait son comté à la protection du

roi de France, qui lui avait fait épouser Jeanne, héritière du comte de Flandre. Philippe, pour prix de ce service, avait retenu les villes d'Aire et de Saint-Omer. Ferrand avait d'abord paru y consentir de bonne grâce ; mais, une fois installé dans son comté, et assuré de la protection de Tempereur OUion, qu'il savait ennemi de Philippe, il avait redemandé les deux villes : Philippe les lui avait refusées. Une ligue alors s'était formée contre la France entre tous les souverains qui avaient plus ou moins souffert des conquêtes de Philippe- Auguste, ou auxquels Taugmentation de sa puissance portait ombrage.

Les cbefs de cette ligue étaient Tempereur Othon et

APPENDICE. 221

Jean sans Terre, son onde, unis par une haine eom-

mune contre le roi de France ; Othon , parce que Philippe s'était montré le partisan déclaré de Frédéric, son compétiteur à Tempire d*Allemagne; Jean sans

Terre, à cause des provinces que Philippe lui avait enlevées.

Les confédérés avaient même tenu à Valeneiennes

une assemblée, où d'avance ils s'étaient partagé la France. Ferrand devait avoir l'Ile-de-France et Paris; Renaud, comte de Boulogne, le Vermandois; le roi d'Angleterre, les pays d*outre Loire, et l'Empereur tout le reste.

Pour diviser les forces de Philippe, il avait été arrêté que le roi d'Angleterre descendrait en Poitou avec une

ai ruée, pendant qu'Oihon envahirait la France par le nord-est avec le reste des troupes des confédérés. Le plan, comme on le voit, était bien combiné, et on passa promptement à l'exécution.

Philippe ne se laissa point déconcerter par une ligue aussi formidable. Il détacha une partie de ses forces et l'envoya, sous les ordres de son fils Louis, au-devant du roi d'Angleterre, qui était déjà en Poitou.

Pour lui, suivi du reste de ses troupes, qui ne s'élevaient qu'à cinquante mille hommes, tant cavaliers que fantassins, il marcha contre Othon, qui était entré par la Flandre. Les historiens ne sont point d'accord sur la force de l'armée d'Othon t tous conviennent cependant qu'elle était de beaucoup supérieure en nombre aux troupes de Philippe. Les plus modérés l'évaluent à cent mille hommes; d'autres en portent le nombre à cent

APP£?{D1CË

cinquante nulle hommes, buus conipler la cavalerie.

Les deux armées se rencontrèrent à Bouvines, sur une des rives de la Meuse, à peu de distance de la ville de Lille. Il faisait une chaleur étouffante , et Philippe- Auguste, qui avait marché une partie de la matinée, ne comptait pas combattre ce même jour. Il faisait reposer ses troupes fatiguées, et prenait lui-même un peu de repos au pied d'un frêne, quand on vint l'avertir que les ennemis approchaient. II était environ midi.

Un autel avait été dressé à la hâte, pour que le roi pût entendre la messo. Il eut encore le temps d'y assister, entouré des principaux chefs de son armée et d'une foule d*of&ciers et de soldats.

Quand elle fût finie, il plaça sur Tautel sa couronne; puis élevant la voix : Seigneurs frauç^i^ » chevaliers et hommes d*aTmes, ditril, s'il est un d'entre vous que vous jugiez plus digne de la couronne que moi, qu*il vienne la prendre ; je jure de lui obéir. *

L'armée lui répondit par une immense acclamation : Vive Philippe I vive notre roi I Dieu le veutt et, d'un mouvement sponUiué, se mettant à genoux, elle lui demanda sa bénédiction.

Philippe, visiblement ému, la lui donna; et» aussitôt après , la bataille commença.

Le roi avait confié les fonctions de maréchal de bataille à Guérin, évéque de Senlis, ancien chevalier du Temple, qui s'était distingué dans les guerres d'Orient. Guérin rangea l'armée de manière à mettre le soleil dans les yeux de l'ennemi; ce qui fut un premier avantage pour les Français.

APPENDICE

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