‹ Histoire de la conquête de la NormandieChapitre 5 sur 24 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Établissement des Normands dans la Nei^trie occidentale. Les rois d'Angleterre vassaux des rois de France..

Les Francs étaient originaires de cette partie de ia Germanie, bornée par l'Océan Germanique, le Weser et le Rhin, et occupée aujourd'hui par la Westphalie, laHesse et la Franconie.

Ils vinrent dans les Gaules en 481 y sous la conduite de Clovis I*', qui fut le véritable fondateur de la dynastie dite des Mérovingiens. La

t CONQUÊTE

bataille de Soissons, gagnée contre Syagrius, fib d*iËgidiusy qui tenait sous son obéissance les provinces situées entre la Loire et la Somme, leur lim toute la Gaule Romaine.

Après la mort de Clovis, arrivée à Paris, au palais des Thermes , le 27 novembre de l'an SU, ses Etats furent partagés entre ses quatre fils, que les tribus franques reconnurent pour rois.

Ces Ëtats comprenaient : l'ancien pays des Francs au-delà du Min jusqu*au Weser ; tout le teiiitoire enclave eiilic le Uliiu , l'Océan, la Garonne et r Adour, et généralement toute laFrance moderne, moins une partie du Languedoc et de la Provence, et la Bretagne, connue alois bous le nom d'Armorique.

La province qui reçut depuis le nom de Normandie, n'était qu'une partie du royaume de Neustrie ou de Paris, qui lui-même formait une des quatre grandes divisions des États de Clovis, Ce royaume échut à Ghildebert. Il comprenait la portion des Gaules située entre la Meuse, la Loire et l'Océan, et était soumis aux lois et usages

que les Francs avaient apportés avec eux dans la Gaule \

Sous les successeurs de Childebert, c'est-à~ dire jusqu'en 752 , époque de ravéïiemeut de Pépia au trône de France , la Normandie continua à faire partie du royaume de Neustrie.

Elle fut fondue dans le grand empire de Charlemagne, qui réunit 80us sa domination, de 772 à toutes les conquêtes de Clovis et celles qu'il y ajouta lui-même en Allemagne, en Italie et en Espagne. Alors, par la force même des événements, Paris, qui se trouvait presqu'à une des extrémités de l'empire, cessa d'être la capitale de la France , et Charlemagne transféra sa résidence à Âix-la-Chapelle, qui se trouvait plus au centre de ses vastes Ëtats.

Cette immense succession fut recueillie par son fils Louis le Débonnaire, qui laissa lui-même trois iils : Lothaire, Louis le Germanique, Charles le Chauve et un petit hls, Pépin U.

D après les volontés manifestées par le dernier empereur, la Gaule devait appartenir à Charles

* Ydr la note A.

le Chauve; mais Lothaire, qui avait reçu de Louis le Débonnaire la couronne et le titre d'empereur ^ voulut que ses frères et son neveu reconnussent sa suprématie. Il rallia à sa cause son neveu Pépin , en consentant à lui abandonner le royaume d'Aquitaine ; ses deux frères se disposèrent à combattre ses prétentions par la force des armes.

De part et i l'autre, de nombreuses armées furent levées. Elles se rencontrèrent à Fontenay, ou Fontanet, près d'Àuxerre, le 25 juin 841, pour vider raoïas sans doute une querelle de famille qu'une querelle de nationalité. Chacun des chefs, en eiièt, avait plus particulièrement sous ses ordres , savoir : Louis le Germanique les Allemands , Lothaire les Francs , Charles le Giiauve les Gaulois, et Pépin les Aquitains ou Visigoths.

La victoire fut disputée avec acharnement.

C'est une des plus sanglantes batailles dont fasse mention Thistoire du moyen Age. II y périt une quantité considérable de chefs, de seigneurs et

de uûbles. Le nombre des morts s'éleva à plus

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de cent mille. L'empereur Lothaiie lut vaincu et obligé d'abandonner le champ de bataille ; mais ses frères, épuisés par leur victoire même» loin de songer à le poursuivre, se retirèrent derrière la Seine.

11 résulta de la bataille de Foutenay une conséquence importante que l'hibluire doit recueillir avec soin. L'élite de la population disparut dans cette bataille. C'en était la partie la plus active , mais aussi la plus indocile. Les deux nations franque et gauloise, privées des éléments qui entretenaient principalement la division entre elles, se trouvèrent par cela même rapprochées, et bientôt après ne formèrent plus qu'une seule nation, sans que désormais il apparût aucune diU'érence soit dans leurs lois, soit dans leurs coutumes.

Deux ans après la bataille de Fontenay , et gr&ce à l'entremise de plusieurs évêques qui avaient horreur de tant de sang inutilement versé, un traité intervint entre les trois frères. Un nouveau partage des £tats de Charlemagne eut lieu à Verdun. Toute la partie de la Gaule située au coucbant de la Meuse, de l'Escaut, de

la Saône et du Rhône fut abandonnée à Charles le Chauve 9 qui fit alors de Paris sa principale résidence i la Germanie fut donnée à Louis , et l'Italie à Lothaire.

Ce traité de Verdun est fort remarquable, en ce qu'il constitua les trois grandes ualionaiités française, allemande et italienne. Pour la première fois, on reconnaît dans la part assignée à Charles le Cliauve les limites, incomplètes il esterai, mais du moins indiquées, du royaume de France, ainsi qu il devait être un jour.

Cette division étail bien préférable au morcellement du territoire gaulois fait entre les fils de Clovis : morcellement tel qu'il était impossible qu'il ne devînt pas un prétexte sans cesse renaissant de querelles et de guerres de famille.

Sous Charles le Chauve eurent heu les pre<mières invasions des Danois ou rsuniiands. Ces pirates sortaient presque tous des ports de la Scandinavie (la Norwège et le Danemark) , montes sur des baiî[ues qui , ayant un faible tirant d*eau, leur permettaient de remonter les fleuves et les rivières assez loin de leur embouchure. Us

se répantlaitiit dans les campagnes de l'ancien royaume de Neustrie, pillaient les châteaux et surtout les monastères où ils étaient sûrs de trouver une grande abondance d or et dardent, et ils emportaient leur butin dans leurs bateaux.

Leurs compatriotes s'empressaient de marcher sur leurs traces, séduits par les récits qu'on leur faisait de la fertilité et de la richesse des pays visités, de la mollesse et de la timidité de leurs ^ habitants, et surtout par la vue des trésors exposés sous leurs yeux.

Des chefs, prenant TorgueiUeux. titre de rois de la mer, rassemblaient de nombreux navires, y embarquaient d'intrépides aventuriers, et orga* nisaient ainsi de redoutables expéditions, qui livraient la malheureuse Neustrie, et principalement les rivages de la mer et les abords des fleuves, à 1 lucendie et au pillage.

C'est à cette époque qu'on place l'arrivée à l'embouchure de la Seine d'une expédition de Danois sous les ordres d'un chef noiiiuié Oscher, ou plus communément Oger le Danois, qu'on voit hgurer dans les chroniques attribuées à 1 ar-

chevéque Turpin, et même dans les poèmes immortels de Boiardo et de 1* Arioste , au nombre des paladins de la cour de Gharlemagne. il est présumable que la grande réputation d'intrépidité de ce chef lui valut, de la part d'auteurs peu diiiiciles sur les dates, 1 honneur de Ugurer parmi les héroïques compagnons du grand empereur, quand en réalité son arrivée en Normandie (12 mai 841) est postérieure de près de trente ans à la mort de Gharlemagne.

Charles le Chauve ne sut pas déployer contre les envahisseurs normands le courage qu'il avait montré contre son frère à la journée de Fontenay. Il semble cpie cette bataille avait épuisé tout ce qui restait d énergie aux descendants de Gharlemagne et de ses belliqueux guerriers. Ce fut à prix d'or qu'il obtint la retraite des Barbares.

Gomme il aurait dû le prévoir, une paix ache« tée par d'aussi honteux moyens ne servit qu'à enflammer la cupidité des Normands , et à augmenter le nombre de leurs incursions. On les vit sous le même Charles le Chauve et ses succès-

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seursy reparaître sur tous les pomts accessibles du territoire neustrien, à des intervalles plus ou moios rapprochés » et se signaler par les mêmes cruautés et les mêmes brigandages.

Enfin 9 sous Charles le Simple, en 9ii, les Normands remontèrent la Seine et arrivèrent devant Paris sous les ordres de lloll ou RoUon, dont le nom occupe une si grande place dans l'histoire du x** siècle.

Ce Rollou u était qu un pirate ou roi de mer, comme tous les chefs normands qui l'avaient précédé; mais la terreur de son nom était si grande, que Charles le Simple accepta de lui, comme un bienfait, une trêve de trois mois, pendant laquelle le pirate alla exercer son féroce courage dans la Lorraine et T Aquitaine, pillant les églises , égorgeant les prêtres et emmenant les femmes eu esclavage.

A Texpiration de la trêve , il rerint chargé de butin, enivré de ses derniers succès, et plus puissant qu à sa première appaiition devant Paris. Charles le Simple comprit que ce ne serait plus avec des trésors qu'il pourrait se débarrasser d'un

si redoutable adversaire. Peut-être aussi n*était*

11 pas fâché de s'en faire un appui contre les hommes du Nord qui venaieiU périodiquement exiger de la faiblesse des Garlovingiens des impôts aussi humiliants qu'onéreux.

Il lui fit offrir la main de sa piupie iilie GhiseleS et de plus la cession à perpétuité , pour lui et les siens, de laNeustrie occidentale, c'està-dire de celte partie du royaume de Neustrie qui, depuis la cession faite à RoUon, a pris le nom de Normandie. Il y mit pour condition que les Normands se reconnaîtraient vassaux de la couronne de France et se convertiraient à la foi chrétienne.

RoUon accepta ces conditions , et de chef de pirates devint duc de Normandie, vassal et gendre durci de France. Le traité fut conclu en 912 à Saint-Glair-sur-Epte,

A partir de ce moment, soit que sa nouvelle position eut adouci ses mœurs, soit que les vérités du christianisme eussent changé son cœur, RoUon prit les indigènes sous sa protection , se

* Orderic Vital, liv. lu.

DE LK NORMAIVDIB. H

fit respecter de ses anciens compagnons d'armes, réprima sévèrement les vols et les brigandages, et sut inspirer à tous une crainte si salutaire, qu'il suspendit ses bracelets d*or à Tentrée d'une forêt et les y laissa pendant trois ans sans que personne osât y toucher. Ce fait remarquable est consigné dans toutes les cluoiaques du temps.

L'établissement de RoUon dans la Neustrie occidentale lut un grand bien pour le royaume de France, car il mit fin aux invasions périodiques des Normands. Il rendit un service plus grand encore à cette partie de la Neustrie , en ce que, par le mélange d'un peuple fier et intrépide à une nation déchue, il en régénéra en quelque sorte la population, qui, de faible et timide, re^ devint courageuse et forte.

Tout, en effet, changea de face en Normandie. Les rudes compagnons deRoUous'étâbiirentdans les châteaux forts, d'où ils chassèrent leurs pro» priétaires francks et gallo-romains, et surent se maintenir avec fermeté dans leurs nouvelles possessions. Ils donnèrent même leurs noms aux résidences qu'ils avaient adoptées, ainsi qu'on

peut le reconnaitre encore dans Normanvilie, TaDcarville, Ricarville, Froberrille, Goderviile, etc. Ils rétablireot les châteaux qu'ils avaient brûlés, les monastères qu'ils avaient dépouillés, et devinrent à leur tour la souche de grandes et nombreuses familles, qui plus tard tirent la force et le légitime orgueil du pays.

Rollon se fit baptiser en 913. Son parrain fut le comte de Paris, qui lui donna le nom de Robert, sous lequel il est peu connu dans Thistoire.

La postérité de Rollon conserva longtemps la Normandie. Un de ses descendants , Guillaume, dit le Bâtard 5 septième duc de Normandie, y réunit le royaume d'Angleterre, dontËdouard le Confesseur lui avait assuré la souveraineté par reconnaissance de quelques services rendus. U n'en acquit cependant la possession qu'après avoir gagné, le 14 octobre iOôô, la bataille de Haslings sur son compétiteur Harold, qui j perdit la couronne et la vie«

Après la mort de Guillaume le Bâtard, arrivée le 9 novembre 1087, le duché de Noniiaiidie passa successivement entre les mains de Robert III,

dit Courte-Heuze, son Ris aîné, huitième duc de Normandie, et de Henri i*% roi d'Angleterre, son dernier fils, neuvième duc de Normandie , dans lequel s'éteignit la postérité légitime mâle de Rollon.

La branche légitime des ducs de Normandie éteinte en la personne de Henri I**, il semble que ce duché devait appartenir à Robert, comte de Glocester , son fils naturel, dont le titre était le même que celui de Guillaume le Bâtard , quand il succéda à Robert le Libéral ; mais Robert de Glocester n'avait nulle ambition. Content de la possession de ses terres, il employa toute son influence à assurer la riche succession de son père à sa sœur Mathilde, veuve de l'empereur Henri V, qui avait épousé en deuxièmes noces Geoffroi Plantegenest ou Plants^enêt, comte d'Anjou , et que Henri 1" avait instituée son héritière par son testament.

Le vœu de Henri I*' fut accomph. U eût pour successeur sur le trône d'Angleterre , et dans le duché de Normandie , Henri H , fils du comte d'Anjou et de l'impératrice Mathilde.

C'était une grave illégalité, au moins quant à la Normandie. La loi salique, en effet, contenait cette disposition :

a Dans la terre saliquc, aucune partie de Fhéritage ne doit venir aux femmes. »

Or, la terre salique était l'alleu ou domaine conquis à la guerre, ce qui s'appliquait évidemment à la Normandie, et même, comme le décidèrent plus tard les États généraux en 1 3 1 d, après !a mort de Louis X, à la France entière, qui devait être considérée comme une grande terre salique. Mais le roi Uenri était puissant, il avait déjà le titre de duc de Normandie. Il resta en possession de cette belle province, que personne d'ailleurs ne songea à lui disputer.

Henri II acquit bientôt en France des posses* sions plus vastes que la Normandie. Voici à quelle occasion :

Le roi de France, Louis le Gros, avait fait sacrer de son vivant son fils Louis VU , dit le Jeune, et lui avait fait épouser Éléoiiore, iiilede Guillaume X, duc d'Aquitaine. Cette princesse avait apporté en dot à son mari la Guyenne, le

Poitou, la Gascogne et plusieurs autres provinces situées entre les Pyrénées et la Loire. C'était une magnifique alliance qui élevait bien haut la puissance des rois de France.

Mais, par les conseils de saint . Bernard , Louis VU entreprit une croisade contre les infidèles en expiation de l'incendie de Vitry en PerthoiSy qu^il avait mis à feu et à sang, après s'en être rendu maître.

croisade ne réussit pas. La reine Éléonore, que Louis VU avait conduite à cette malheureuse expédition, se rendit coupable de dérèglements dont elle ne sut dérober la connaissance, ni à son mari, ni même aux seigneurs de sa cour *.

Louis à son retour à Taiis, tit casser sou mariage, en alléguant des motifs de parenté.

Ëléonore, rendue à la liberté par décision d'un concile provincial, reprit sa dot, c'est-à-dire ies provinces qu'elle avait apportées au roi son époux.

Henri II, séduit par les riches apanages qui appartenaient à Ëiéonore) se hâta d'épouser la

^ Voir la note B.

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princesse répudiée. Les conséquences de ce second mariage furent très-graves pour la France, En effet, Henri II se trouva posséder en Fraiice laNoimandie, le Maine, TAnjou, la Touraine, le Poitou 7 le Limousin , le duché de Guyenne et les comtés de Bordeaux et d'Âgen. Louis Vil dut vivement regretter alors la faute qu'un sentiment d^honneur lui avait foit commettre. Avant de penser à ses injures personnelles , il aurait dû se souvenir qu'il était roi Je France.

Nous avons cru devoir, dans cet exposé, remonter aux premiers temps de notre histoire.

Nous tenions à démontrer :

V Que la Neustrie occidentale, qui depuis prit le nom de I^ormandie, avait appartenu sans interruption aux successeurs de Clovis et de Gharlemagne;

T Que par le célèbre traité de Verdun, qui le premier constitua la grande nationalité française, elle avait été abandonnée à Charles le Chauve par ses frères, et avait été une des parties prindpales du grand État destiné à devenir plus tard le royaume de France ;

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3° Que Charles le Simple, il est vrai, avait distrait cette proi^ince de ses ËCats , et en avait foit don à RoUon , mais sous la conditiœi qu'il se reconnaîtrait vassal de la couronne de France ;

4"* Que RoUon ayant accepté cette condition , la Normandie avait toujours conservé le caractère de lief de la couronne de France;

5*" Que la couronne d'Angleterre, dont les ducs de Normandie s'étaient emparés par la force des armes, ne les avait point affranchis des conditions de vassalité envers la couronne de F.rance, quant à la province de Normandie; qu'à l'égard de cette province ils étaient tenus envers le roi de France aux obligations de vassal à sei* gneur, et nous expliquerons plus tard les charges de cette vassalité;

6** Que , d'après la loi salique » Hathilde n'aurait pas dù succéder aux droits de son père sur le duché de Normandie.

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