CHAPITRE II
Philippe-Auguste^ roi de France. — Richard Coeur-dti-Liùu,
roi d'Augleterre.
Henri II, à son avéuement au trône d'Angleterre, se trouvait donc posséder la province de Normandie; mais sous la condition de vassalité envers le roi de France. Il avait également en France , sous sa domination, la Guyenne et les autres provinces situées entre la Loire et les Pyrénées.
Louis VII, dit le Jeune, qui régnait alors en France, y possédait moins de domaines que le
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roi d'Angleterre ; mais il ne laissait pas que d'être très-puissant par les secours qu'il tirait de ses grands vassaux, secours qui étaient quelquefois obligatoires, et quelqueiois volontaires. Dans les guerres qui intei essaient le royaume, et lorsque le roi levait sa bannière, les vassaux étaient obligés de le suivre et de se faire accompagner d'un certain nombre de troupes ; mais quand le roi entreprenait une guerre dans son intérêt parti«» culier, Tinter vention des grands vassaux était purement volontaire.
Il était donc d'un grand intérêt pour le roi de faire considérer toutes les guerres qu'il entieprenait comme étant commandées par le bien de TËtat, et les prétextes ne lui manquaient jamais. Aussi nous voyous dans l'histoire peu de cas où les grands vassaux aient refusé leur concours au roi , excepté quand ils prenaient les armes contre lui, ce qui n'arrivait que trop souvent.
Louis Vil et Henri II avaient d'abord paru vivre en bonne intelligence. Même lors d'une visite que Henri II avait faite au roi de France, ils avaient arrêté le mariage du fils ainé de Henri ,
DE LÂ NORMANDIE. Si
qui n'était âgé que de cinq aos, avec Marguerite, fille du i oi deFrauce, âgée seulement de cinq ou six mois.
Ueuri U avait profité de son séjour en France pour se rendre auprès de Conan , duc de Bretagne 9 sous le prétexte ostensible de régler avec lui quelques difficultés au sujet de la ville de Nantes , mais dans le but réel d'obtenir pour Geofiroi , son troisième fils, qui était encore au berceau, la main de Constance, fille et héritière de Conan. La promesse lui en fut faite, et elle se réaUsa cinq ans plus tard.
Ces deux projets d'alliance, qui indiquent chez Henri II un esprit plein de sagacité et de prévoyance , lui avaient donné tant de confiance dans sa fortune, qu'il comptait que désormais tout lui réussirait, quand sa tranquillité fut trou«blée par la mort violente de Thomas Becket, archevêque de Gantorbéry, avec lequel il était en désaccord. Quatre chevaliers du palais, Richard le Breton, Hugues de MorviUe, Guillaume de Traci et Renault, fils d'Ours, se crurent suffisamment autorisés par quelques paroles imprudentes
n CONQUÊTE
que Henri avait laissées échapper dans un accès de colère, die débarrasser d'un sujet qu'ils considéraient comme un rebelle. Le 29 décembre 1170^ pendant que l'archevêque était à l'autel, ils se jetèrent sur lui et lui cassèrent la tête à coups de massue. L'autel fut couvert de son sang et de sa cervelle. La mort de ce prélat se répandit aussitôt en Europe et y causa une vive émotion. De quelque point de vue, en effet, qu'on envisageât le meurtre de l'arche véque, il était impossible de ne pas rendre justice à l'admirable constance avec laquelle il avait défendu la cause du faible contre le puissant, et à l'intrépide sang-froid qu'il avait montré en face de la mort.
Gonan, duc de Bretagne, étant mort quelques mois après (1171), le prince Geoffroi , qui avait épousé sa fille, lui succéda ; mais comme il n'était âgé que de douze ans, le roi, son père, se chargea de sa tutelle et du gouYeiaemeût du duché.
Le roi de France, qui n'avait pas dû voir avec plaisir un des fils du roi d'Angleterre succéder au duc de Bretagne , saisit avec empressement
m LA NORMANDIE. 23
roccasîon de la mort de Thonas Becket pour
susciter des dMcultés à Heuri IL
De concert avec l'archevêque de Sens, il l'accusa hautement auprès du Saint**Siége d'être rauteur de la mort de l'illustre Thomas Becket, et il tâcha par toutes sortes de moyens d'exciter le Pape à \enger la mort de ce prélat, dont on parlait déjà de faire un saint.
Une information relative à l'assassinat de Becket fut faite par des légats envoyés par le Pape. Quatre mois entiers se passèrent dans ces procédures.
Enfin, après bien des difficultés, Henri obtint son absolution, mais à des conditions humiliantes qui affaiblirent son autorité, non-seulement aux yeux de ses sujets, mais aux yeux même de sa femme et de ses enfants. Il vit canoniser à Rome le prélat auquel il attribuait ses malheurs, et fut même forcé par l'opinion publique de placer sous l'invocation du nouveau saint une chapelle qu'il disait alors construire au Mont-aux-Malades, près de Rouen.
Un complot fut formé pour détrôner Henri U,
il CONQUÊTE
et donner sa couronne à Henri, son fils ainé. Le
roi de France y prit part, daus l'espoir ^ sans nul doute, de profiter de ces divisions de famille pour enlever au roi d'Angleterre quelques-unes des provinces qu*il avait en France , et principaleraent la Normandie.
Henri se défendit avec vigueur, tant contre le roi de France que contre ses propres enfants, qui, par l'instigation de leur mère, avaient levé l'étendard de la révolte contre lui. Il parvint à repousser les attaques de Louis le Jeune et à réduire ses fils rebelles à Timpuissance de lui nuire.
Sur ces entrefaites le roi de France mourut en 1180, et eut pour successeur son fils Philippe, qui mérita plus tard le surnom d'Auguste.
Le roi d'Angleterre perdit lui-même Henri, son fils atné. Ce prince mourut en ii83, sans enfants y et laissa ses droits à son frère puîné, Richard^ si célèbre dans la suite, sous le nom de Richard Cœur-de-Lion.
A partir de la mort du prince Henri , rien ne réussit au roi d'Angleterre. Le roi Phiii|jpe, aussi
profond politique que vaillant guerrier, s'attacha surtout à entretenir lu méiiance et à fomenter la
dissension entre le roi Henri et ses enfants. Il attira le prince Richard à sa cour, et lui fit un accueil qui paraissait si cordial, que Richard lui confia ses sujets de plainte contre son père.
Richard croyait, ou feignait de croire, que Henri avait arrêté le projet de le priver de son droit d'aînesse pour mettre le prince Jean, son frère cadet, sur. le tione. Philippe se garda bien de le détromper, et lui donna au contraire des avis qui tendaientà fortifier ses soupçons. Ainsi, il lui conseilla d'engager fortement sou père à mener avec lui le prince Jean en Palestme, où les deux rois et Richard avaient projeté une expédition , de peur que le prince Jean ne proiitàt de l'absence de Richard pour s'emparer de h couronne d'Angleterre, si le roi mourait dans cette expédition. Richard en fit en effet la proposition au roi , qui la rejeta bien loin'.
Ce refus confirma les soupçons de Richard, qui, croyant n'avoir plus rien à ménager, fit sou-
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lever contre son père les provinces de France ^ et en rendit hommage au roi Philippe.
Toute espérance de paix s'étant évanouie, la guerre recommença, mais avec un 'grand désavantage pour Henri, qui eut la douleur de voir la plupart de ses sujets de France Tabandonner -pour se jeter dans le parti de son fils. Réduit par cet abandon à l'impuissance de résister à Philippe, il dut accepter les conditions humiliantes qu'il plut à ce prince de lui imposer.
Dans son malheur, il espérait trouver quelques consolations dans la tendresse et le dévouement de Jean, son hls bien-aimé, quand il acquit la preuve que ce fils, auquel il avait toujours témoi* gné tant d'affection, était entré dans les complots de sou il ère. Il eu éprouva une si vive douleur qu'il tomba malade à Chinon, et, sentant que sa fin approchait, il se fit porter dans Téglise, de* vaut le grand autel , où il expira eu 1189, en maudissant ses fils.
De cinq fils qu'il eut d'Êléonore de Guyenne, deux moururent avant lui saus [♦ostérité, savoir ; Henri, son fils ainé , et son plus jeune fils. Le
troisième, GeoUroi, mourut également avant lui, laissant de i héritière de liretagne un fils dont nous aurons occasion de raconter les malheurs qui se rattachent à Fhistoire que nous écrivons. Le second et le quatrième , Richard et Jean , lui survécurent.