‹ Histoire de la conquête de la NormandieChapitre 7 sur 24 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Expédition de Philippe et de Richard en Palestine. — Richard ^ avant son départ^ nomme régents de son royaume les évèques d'Ely et de Burham. — Philippe' revient en Europe avant Richard*

Dès que Henri fut dans le tombeau, le premier soin de Richard, son successeur, .fut d'aller rendi'e hommage à Philippe. 11 en obtint la restitution des places que ce roi avait cootj^uises pendant la dernière guerre.

Il se rendit ensuite en Angleterre, et on doit dire , à Thonneur de ce prince , qu'il éloigna de lui ceux qui Tavaient encouragé dans sa rébellio»

ao CONQUÊTE

contre son père, et qu'au contraire il affecta de combler de caresses ceux qui avaient résisté à ses sollicitations et étaient demeurés fidèles à Henri II. G esl un exemple à ajouter à beaucoup d'autres, du mépris et de Toubli auxquels les hommes qui flattent les passions des princes doivent s'attendre de la part de ceux qu ils ont le mieux servis.

Philippe et Richard, pour réaliser un vœu fait avant la mort de Henri H, étaieat convenus dans leur dernière entrevue d'unir leurs forces pour porter des secours aux ciirétiens de la Palestine. Richard était à peine sur le ti ùue , que Philippe le somma d'exécuter sa promesse. C'était aller au-devant des vœux de Richard, qui, par amour de la gloire, ne désirait ricii lant que de participer à cette entreprise. Aussi s'occupa«t-il avec une grande activité des préparatifs de ce long voyage.

Pendant qu d amassait de l'argent de toutes parts, et que pour s'en procurer plus aisément il aliénait jusqu'aux domaines de la couronne, le cierge, de son coté, travaillait avec ardeur à lui procurer des soldats. L'engagement d'aller com-

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battre les infidèks devenait la pénitence des foutes les plus gmes et des crimes. Pàr ces moyens l'armée se trouva bientôt très-nombreuse, et bien pourvue de munitions.

Richard voyait avec une grande satisfiiction tous ses préparatifs à peu près terminés. Toutefois il lui restait un sujet d'inquiétude. Bien que la mort de Henri U eût fait évanouir les craintes que lui avait données la partialité de son père pour son jeune frère Jean , les avis qu'il avait reçus de Philippe revenaient sans cesse à son esprit. U craignait que Jean ne profitât de sou absence pour s'emparer de la couronne. 11 aurait donc bien voulu Teumiener avec lui ; mais com^ ment contraindre Jean à faire un voyage pour lequel il avait toujours témoigné beaucoup de répugnance ?

Richard^ ne voyant aucun moyen de remédier au danger qu'il redoutait, prit le parti d'enchatner Jean à sa cause et de faire taire son ambition à force de bientaits. Avant son départ pour la Palestine, il lui fit épouser l'héritière de la maison de Glocester, qui était puissamment riche ,

et de plus TinTestit de six comtés. C'était pour ainsi dire partager son royaume avec lui.

Toutefois il ne voulut pas que pendant son absence il prtt part au gouyemement. Il laissa la régence d'Angleterre conjointement à l'évêque d'Ely, grand chancelier, et à l'évêque de Durham* L'évêque d'Ely, nommé Longehamp, était un Normand de basse extraction que la fiveur du roi avait élevé aux plus hautes dignités. Il était même légat du Pape en Angleterre.

C'est après avoir pris tous ces soins pour le gouvernement de son royaume que Richard alla s'embarquer à Marseille*

Kous ne suivrons point Richard dans son expédition en Palestine , qui est tout-à-fait étrangère à notre sujet. Richard y parut avec tous ses défauts et toutes ses qualités. 11 y montra une grande valeur, mais en même temps une brutale arrogance, qui blessa à diverses reprises le roi de France, son suzerain, et lui fit un ennemi mortel de Léopold, duc d'Autriche. Ainsi, le jour de la prise d'Acre, Richard trouvant la bannière du duc d'Autriche arborée sur les murs à côté de

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la sienne, la fil enlever et jeter dans Tordure'.

Par suite, la dissension se mit entre les deux chelâ de l'armée. Us ne pui eut s'entendre sur les prétentions de Guy de Lusignan et du marquis de Moniferral à la couronne de Palestine. Pendant ces contestations baladin était maître de Jérusalem, en sorte que les deux prétendants se disputaient ce qu'ils n'avaient pas et même ne possédèrent jamais. Peu de temps après, le marquis de Montferrat fut assassiné à Tyr par deux Arabes fanatiques, et ce fut le roi d'Angleterre qu'on accusa d'avoir armé le bras des assassins.

Sur ces eulrei'aites, Richard et Philippe furent tous les deux attaqués de la même maladie , et iaillirent tous deux y succomber.

Richard fut guéri le premier , et se prépara aussitôt à poursuivre plus vivement que jamais la guerre contre les iaiidèles. Philippe se rétablit plus lentement et conserva pendant assez longtemps, de sa maladie, une langueur et une faiblesse qui ne lui permettaient presque pas d'agir* Il résolut de retourner en Europe , et fit part à

^ la cloaeam profondam. Rigord^ t. xvu, p. 30.

3i CœVQUÉTE DE LA NOBHANDIE.

Richard de eette résolution, ainsi que de son in-^ tention de lui laisser dix mille hommes de ses troupes, sous les ordres du duc de Bourgogne.

Avant de quitter la Palestine, Philippe dut promettre par serment, en présence des prélats et des ofiiciers des deux armées , qu'il n'attaquerait Richard, en France ou en Angleterre, que quarante jours après le retour de ce roi dans ses Ëtats. Nous verrons que Philippe manqua plus tard à cette promesse.

Philippe laissa sous le commandement du duc de Bourgogne les dix mille hommes qu'il avait promis à Richard. Ensuite il s'embarqua avec le reste de son armée^ et revint en France en Fannée 1192.

Nous expliquerons dans le chapitre suivant ce qui s'était passé en Angleterre pendant l'absence des deux rois.

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