CHAPITRE IV
L'éTéque d'Ely fiiit emprisoimer révéqae de Durbam et reste seul régent. — Le prince Jean &ît citer l'éTèque d'Ely de*- Tant une assemblée de seigneurs. — L'éTôque est destitué , et TarcheTcque de Rouen est nommé régent à sa place. —
L>e prince Jean intei Tient dans le gouvernement.
Les évêques d'Ëly et de Durham ^ auxquels Richard avait laissé conjointement la régence d'Angleten*e, ne demeurèrent pas longtemps en bon accord. Longchamp, évêque d'Ely, était un homme fier et hautain , d'une ambition démesurée» qui ne pouvait s'accommoder d'un pouvoir partagé. Il avait d ailleurs sur l'évéque de Dur-
ham une incontestable supériorité d'habileté, qu*il faisait Taloir en toute circonstance. Il en résulta naturellemeat que toutes les atTaires arrivèrent à lui , et que son collègue fut à peu pies exclu de l'administration et du gouvernement.
L'évéque de Durham se plaignit à Richard, qui était encore à Marseille. Ce prince ne voulait pas se priver des services de Longchamp, dont il connaissait la capacité, mais il tenait pourtant à donner une satisfaction à i'évéque de Duiliam; il envoya donc à ce dernier une dépêche qui contenait sa iiomuiatiou au gouvernement des provinces situées aii iiord de rHumber. L'évéque de Durham alla présenter cette lettre à Longchamp; celui-ci s en empara et la garda. 11, lit ensuite arrêter 1 evêque et le retint en prison.
En nommant les deux régents, Richard leur avait adjoint un conseil composé de six seigneurs. Longcliaiiip ne les consuUa sur aucune affaire. Il affecta même de les traiter avec arrogance et mépris. Les six conseillers, poussés à bout, portèrent leurs plaintes au prince Jean, bien qu'il n'eût point part au gouvernement.
Le prince Jean n'aurait pas mieux demandé que de prendre leur parti, mais il n'avait d'autre qualité pour intervenir dans la querelle^ que son titre de i^rère du roi, qui ne sufûsait pas , quand une circonstance lui iuite lui fournit le prétexte qu'il cherchait.
Peu de temps avant le départ de Richard pour la Terre-Sainte, Geolli oi, son frère naturel, avait été élu archevêque d'York. Par des raisons dont rhistoire ne parle pas, cette élection avait été fort désagréable au roi. Il n avait même consenti à pardonner à Geoffroi les démarches qu^l avait faites À cette occasion, que sous la condition qu'il ne demanderait jamais la confirmation de son élection au Pape , et qu'il se retirerait en Normandie jusqu'à ce que Richard fût de retour de son expédition.
Geoffroi promit; mais aussitôt que le Roi fut parti, il obtint du Saint-Père une bulle qui confirmait son élection, et, sans donner aucun avis au régent, il prit le parti de se rendre en Angleterre pour se mettre en possession de son siège. Le régent avait été secrètement averti, en sorte que
Geoffroi , en an ivant à Douvres, trouva un ordre d^arrestation. 11 n'eut que le temps de se jeter dans une église. Le régent l'en fit arracher et le fit coud un e au château de Douvres.
L'évêque d*Ely était évidemment dans son droit, mais il avait tellement fatigué les plus puissants seigneui b d'Ânglelerre par ses hauteurs et ses usurpations de pouvoir , que tous ne demandaient qu'un prétexte pour se débarrasser de lui * ; il est présumable également que leur fierté avait été blessée de voir un de leurs égaux, un prélat de haute naissance comme Geoûroi, malliailé et mis en prison par un homme de basse extraction tel que Longchamp.
Ëxcité par eux, le prince Jean ordonna à l'é^ véque d'Ely de relâcher Tarchevéque. Celui-ci répondit qu'il n'avait pas d'ordres à recevoir de lui, ce qui était vrai. Alors le prince le cita devaul une assemblée de seigneurs qui avait été convoquée à Londres dans l'église Saint-Paul,
^ Grâce aux rapines de Guillaume de Longcbamp, pas um fomme ae pouvait conserver son collier, ni un Juif son argent^ ou oe qu'U avait de précieux. Matth* Pâris, 1 p. 166.
OÙ 86 trouvaient un grand nombre de dignitaires
ecclésiastiques, et^ entre autres, Gautier, archevêque de Rouen. Ce prélat était nouvellement revenu de Sicile, chargé des instructions particulières de Uichai d , ei iiolamment de Tordre se-* cret de déposer le régent, dans le cas où les plaintes que Richard avait reçues contre lui seraient justifiées, et de prendre sa place.
Longchamp, qui ignorait le mécontente* ment de Richard et les pouvoirs extraordinaires doanés à Gautier, qui croyait d'ailleurs n'avoir à se justifier que de rarrestation de Tarchevèque d'York, comparut avec assurance ; mais bientôt il put reconnaître que TafEaire de 1 aichevéque n'était qu'un prétexte mis en avant pour cacher de plus sérieux griefs. Le point capital de l'accusation portée contre Longchaïup fut d'avoir usurpé lui seul Tautorité qu'il devait partager avec l'évéque de Durham et les seigneurs que le roi leur avait doanés pour coui»eillers.
Le bit ne pouvait être contesté. Alors Gautier produisit les pouvoirs extraordinaires que lui avait donnés Richard avaat soii départ de Si-
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cile pour la Palestine. Longchamp fut à l'instant même destitué de sa charge de régeat, dont Texercice fut confié à Farchevèque de Rouen.
Il eût été à désirer que Tarchevéque Gautier, en prenant la place de i'evéque d'Ely pour le punir de ses habitudes despotiques, eût néanmoins imité sa fermeté à l'égard du prince Jean. C'est ce qu'il ne lit pas, eliadupubilion de Longchamp procura au prince Jean Toccasion qu'il désirait depuis longtemps, d'entrer dans le gouvernement de l'État. Rieu ne se iii plus que de concert avec lui.
Il chercha aussi et réussit à se rendre populaire. Il se montra souvent en public , écouta les plaintes et les réclamations, parut vouloir réformer les abus; eniin, il fit confirmer les privilèges de la ville de Londres dans une assemblée générale , ce qui lui conquit tellement Taffection des habitants de cette grande ville, qu'en prêtant serment d'être fidèles au roi, ils y ajoutèrent volontairement l'engagement solennel de choisir Jean pour leur souverain , en cas que le roi mourût sans enfants.
C'était une grave atteinte portée aux droits d'Àrtbur^ duc de Bretagne i et à laquelle sans nul doute Jean ne fut pas étranger. Il est en effet reconnu par tous les historiens que , dès cette époque, Tambitieux Jean recherchait soigneuse* ment tous les moyens de s'assurer la couronne de Richard au préjudice de son neveu.