CHAPITRE VIII
LES COMMISSAIRES TnERMIDORIEN S
§ I. Après thermidor on continue en province à appliquer les lois (f^ proscrivent le culte, bien que les populations réclament la liberté re^^' gieuse. — Les proconsuls les plus compromis saluent humblement 1^ révolution nouvelle. — Les nouveaux commissaires luttent avec l^ terroristes, mais continuent la persécution.
§ II. Curieux embarras de Dartigoyte au sujet du décadi. — MallariP^' à Toulouse, met beaucoup de suspects en liberté. — Il maiatie^ le régime de la Terreur contre les chrétiens et impose le décadi. ^^ Autre arrêté encore plus violent pour le Tarn.
§ III. Dans la Gironde, Bordas s'oppose violemment à Texercice <^ culte et insulte grossièrement la religion. — En Auvergne, Musset m0pose le décadi et interdit le culte.
§ IV. Jean Debry, dans le Midi, déclare qu'il n*j a pas de liberté poul les catholiques. — Oppression religieuse en Savoie. — Arrêté persè-"^" cuteur de Gautier. — Missionnaires. — Prêtres mis à mort en Franche-^^ Comté. — Arrêté violent de Besson et Pelletier contre le culte.
§ V. En Alsace, Foussedoire élargit les prêtres constitutionnels. -= Dans la Cùte-d'Or, Calés maintient contre la religion le régime de la Terreur. — Il sévit contre les maîtres d'école qui lisent les offices. — Albert, envoyé dans TAube et la Marne, montre une certaine modération — Il met des prêtres en liberté. — Il prend un arrêté pour empêcher les constitutionnels de se rétracter.
§ VI. Sautereau, dans la Somme, proscrit l'exercice du culte. — Blaux emprisonne les rétractés. — Arrêtés violents de Delacroix contre le culte, dans les Ardennes et la Meuse. — Delacroix et André Dumont persécutent à Versailles.
Les commissaires qui terrorisaient les départements au nom du comité de salut public, continuèrent, après la révolution de thermidor, à appliquer les lois de persécution dans toute leur rigueur. Des prêtres furent exécutés comme déportés rentrés. Après la mort d'Hébert et de Danton, on avait persécuté de plus belle : pourquoi le supplice du conspirati^ur Robespierre aurait-il profité aux prêtres? Tel était l'avis presque unanime des vainqueurs de thermidor. Ils envoyèrent bientôt do nouveaux commissaires dans les départe-
LBS COMMISSAIRES T^RMIDORIBNS. 813
wwls. Nous allons rechercher comment ces proconsuls tbennidoriens traitèrent la religion , et il ne nous sera pas difflciJe d'établir, contrairement à une opinion assez répandue, que si la liberté religieuse fit quelques progrès api^sla chute de Robespierre, ces progrès furent très lents, et généralement contrecarrés par les thermidoriens. Nou# avons déjà montré que la convention, débarrassée de sOn lyran, n'avait rien fait en faveur de la liberté de conscience ; ses commissaires et ses fonctionnaires n'étaient pas mieux disposés pour les catholiques : la situation religieuse ne s'améliora que peu à peu, par la force des choses et grâce aux divisions du parti révolutionnaire.
Les commissaires du comité de salut public et de Maximilien s'empressèrent de saluer la révolution de thermidor. L'ignoble Lecarpentier, qui avait de trop justes sujets de craindre d'être proscrit, comme l'un des séides du dictateur guillotiné, célébra la révolution nouvelle, et adressa les plus lâches insultes à ceux qu'il portait aux nues quelques jours auparavant. Le 14 thermidor, il fit publier, à Saint- Malo, la proclamation de la convention sur la chute de Robespierre, et eut grand soin d'y ajouter de nouvelles injures aux vaincus :
« Qui Taurait cru! Robespierre, Coiithon, Saiiit-Just et autres scélérats, conspiraient au sein du gouvernement contre les représentants et la liberté du peuple français ! Ainsi le faux éclat de leur renommée n'était qu'un prestige ! Ainsi la confiance qu'ils avaient usurpée était la mesure de leur scélératesse profonde I Ainsi l'invincible génie de la liberté a encore saisi et terrassé Taudacieux génie des conspirations !
« De tous les complots traînés jusqu'à ce jour contre l'indépendance de la nation, le plus étonnant, le plus abominable, est celui qui vient d'être si promptement et si heureusement découvert (I).»
11 craignait cependant d'être accusé de tiédeur envers la révolution qui venait d'avoir lieu, car le lendemain il fit afficher une nouvelle proclamation intitulée : « Réflexions du représentant du peuple Lecarpentier, faisant suite à sa proclamation sur la conspiration de Robespierre et ses complices. » 11 a beau faire des déclamations enthousiastes sur le 9 thermidor, on devine aisément que cette catastrophe
(i) Archivée, AF, II, 121.
314 CONSTITUTION CmiE DU CLERGÉ.
inattendue vient de le plonger dans la plus vive anxiété. V craint évidemment qu'on ne lui fasse payer les basses flatte^ ries qu'il a prodiguées à Robespierre. Il essaye assez mala^ droitemcnt d'expliquer comment des patriotes zélés ont pu naïvement croire aux vertus de Robespierre, Gouthon ^l Saint-Just jusqu'au 9 thermidor. 11 tente de relever le moral de ceux qui disent avec tristesse et découragement : « A qui se fier à présent? » Puis il proclame, comme Billaud et Collot et une partie des thermidoriens, que Robespierre n'est tombé que pour avoir voulu opprimer la montagne . On continuera comme auparavant à proscrire et à guillotiner : il le répète avec affectation, et Ton devine qu'il voudrait bien en être persuadé. En attendant, il prend plaisir à effrayer ceux qui, depuis la chute de Robespierre, espèrent des jours meilleurs. La montagne ne sera pas ébranlée par les événements de thermidor, il la compare au Vésuve. Le royalisme et le fanatisme seront punis comme auparavant, le tribunal révolutionnaire continuera à faire tomber des têtes, « le fer de la loi ne peut s'émousser qu'après le supplice du dernier conspirateur ».
Et pour donner plus de force à ses proclamations sur la persistance de la Terreur, il prend immédiatement des arrêtés lyranniques et persécuteurs. Le 22 thermidor, il écrit h la convention :
« C'est demain que nous célébrerons, avec toute la république, l'anniversaire de la chute du tyran Capet, dont la mémoire aurail exclusivement recueilli les exécrations du peuple, si celle du tyran Robespierre n'eût [été là pour les lui disputer; car le peuple français n'a pas juré moins de haine au triumvirat qu'au trône (\), k
A Lyon, les commissaires s'ethpressèrent, comme Lecarpentier, d'injurier les vaincus. Le 18 thermidor, Reverchon et Dupuy adressèrent aux Lyonnais une proclamation furibonde contre « l'infâme Robespierre » , et se déclaraient informés :
« Que les partisans de la dictature trament des complots, que fidèles à leur système destructeur, ils veulent incendier cette com mune, porter le glaive du désespoir dans le sein des représentant! du peuple, et l'entraîner dans leur chute (2).
(1) Débats et Décrets, fructidor an II, p. 51, séance du 3.
(2) Archives, AF, II, 137.
Pour donner des gages de leur adhésion à la révolution nouvelle, ils se mettent à renouveler les autorités. Le 6 fructidor, Reverch on et Laporte, dans une nouvelle proclamation auiLyonnais, adressent encore à Robespierre et à son parti des injures et des accusations , méritées presque toutes, mais absolument odieuses dans une proclamation signée de leurs noms. Cependant, ils ne croient pas, comme Lecarpentier, que la Terreur va continuer ; ils annoncent même que la révolution du 9 thermidor va inaugurer une période de modération relative, et se mettent à dénoncer comme des misérables, des buveurs de sang, ces mômes terroristes dont ils se sont servis jusqu'à présent pour opprimer la Malheureuse ville de.Lyon. Ce sont maintenant des brigands protégés par Robespierre, (( ce monstre hypocrite altéré de «nget de domination, ce Cromwell enfin » :
« Le nouveau Catilina et ses complices avaient juré de faire tomber encore dix mille têtes dans Commune-Affranchie, sous prétexte de venger la mort de ClKllier^ mais bien plutôt pour satisfaire la soif inextinguible des tigres qui formaient le cortège du tyran, et pour, en donnant ouverture à des séquestres sans fin, ouTrir une carrière inépuisable de rapines, à ces hommes atroces î^ n'avaient rien avant le siège de Lyon, et qui maintenant, gorgés de biens et de débauches, étalent un luxe insolent qui décèle assez tous les crimes dont ils se sont rendus coupables (1). »
Ce portrait des terroristes lyonnais est tout à fait pris sur le vif. Reverchon et Laporte les connaissaient très bien, car ils n'avaient cessé de les cajoler que depuis bien peu de temps. Non contents d'insulter en masse ceux qui étaient la veille leurs agents et leurs complices, ils les dénoncent nommément, renouvellent les administrations qui étaient en fonctions le 9 thermidor, et prononcent la dissolution de la société « soi-disant populaire », qu'ils ont solennellement ^organisée le 14 floréal précédent, avec les amis deChâlier.
Maignet fit aussi une proclamation en l'honneur du 3 thermidor : « Un grand complot était formé contre la patrie, la vigilance des comités de salut public et de sûreté générale vient de le découvrir, et la convention nationale ^ent de l'abattre ; » et il invite les républicains à se rallier autour des vainqueurs « Voyez la boussole que vous vous
(t) Archives, AF, II, 137.
êtes choisie; elle est placée sur cette montagne que rien ne saurait ébranler ni détruire (1). »
Pris absolument au dépourvu par la défaite et la mort de Robespierre, les commissaires de la Terreur s'inclinèrent devant la révolution de thermidor. Mais les vainqueurs ne pouvaient avoir la moindre confiance dans certains représentants en mission, qui étaient les amis intimes et les complices des vaincus. D'ailleurs, beaucoup d'autres étaient éîidemment usés dans les provinces qu'ils gouvernaient, et déjà les dénonciations affluaient contre eux. Le 26 thermidor, la convention rappela dans son sein un grand nombre de commissaires. Ceux qu'elle envoya à leur place se montrèrent de plus en plus modérés au point de vue politique, écartèrent d'odieux terroristes, et mirent immédiatement beaucoup de suspects en liberté, mais ils firent preuve presque toujours du plus violent fanatisme antireligieux» Comme leurs prédécesseurs terroristes, ils lançaient aux deu^ églises, catholique et constitutionnelle, les injures les plus grossières et les calomnies les plus stupides.Ils empêchaient l'exercice du culte, faisaient travailler le dimanche, chôme^ le décadi, et traquaient les prêtres. Mais les circonstance^ ne leur permirent pas de faire autant de mal que leurs pré^^ décesseurs.
Mallarmé, le fameux président de la convention au 31 mai^ représente parfaitement cette catégorie de terroristes, de-venus relativement modérés après thermidor, mais toujours remplis de rage contre la religion et ses ministres, et bien décidés à maintenir contre eux les procédés de la Terreur. Il fut envoyé à Toulouse avec Bouillerot, pour remplacer Chaudron-Rousseau et Darligoyte. Ces deux proconsuls avaient célébré la chute de Robespierre, et pour montrer leur zèle, ils avaient, le 29 thermidor, lancé un énorme réquisitoire contre la société populaire de Toulouse, qu'ils accusaient d'abus de pouvoir, et d'impertinences envers les représentants (l'un de ses membres avait appelé ironiquement le défroqué Paganel, monsieur le curé). Quatre des principaux meneurs furent mis en arrestation, et le comité de surveillance de la société dut se réorganiser.
(1) Archives, D, § I, 29.
LES COMMISSAIRES TUERMIDORIBNS. 317
Ces proconsuls étaient fort embarrassés depuis le 9 thermidor. Dartigoyte, lui-môme, ce persécuteur acharné, ce fanatique partisan du décadi, faiblit dans une question où le décadi était pourtant intéressé. Les autorités , afin de ?exerles consciences, avaient l'habitude de contraindre les suspecls reclus à travailler le dimanche, et leur faisaient subir toute sorte de mauvais traitements en cas de refus. Le 29 thermidor, Dartigoyte dut statuer, sur une réclamation qui lui était adressée contre le comité de surveillance de Villefranche par trois sœurs Durand-Nogarède, victimes decette oppression. L'arrêté du proconsul est fort curieux : il coistate avec regret que, pour avoir refusé de travailler un ci-devant dimanche, les trois plaignantes ont subi d'odieux traitements corporels, et une exaction pécuniaire:
« ... Que dans un gouvenicnieiit démocratique on doit encore moins admettre d'autres peines que celles indiquées par la loi ; que faire consister ces peines à réduire les citoyens au pain et à ''w«d«n5 des appartements sépares, avec une garde à leurs fj'ais, c'est sortir du sentier de la justice républicaine,... que la publicité donnée par le comité de Villefranche à son arrêté du 10 de ce mois par la voie de l'impression aux dépens des sœurs Nogarède, ajoute à rïwpri/tlencc qu'il a commise (i). »
Il était, en effet, bien imprudent à ce malencontreux coniitédo prendre un pareil arrêté, le 10 thermidor, un jour ou deux avant que la chute de Robespierre ne fût connue dans ce département, comme s'il eût voulu préparer des ennuis au proconsul. Maintenant, les langues sont déliées, 'arrêté fait scandale, il a mis les sœurs Nogarède au pain ®^i l'eau, dans des appartements séparés, c'est-à-dire dans un cachot, pour appeler les choses par leur nom; quelques jours auparavant, il eût été accueilli avec stupeur, mainte- ^^nt il excite une vive indignation, et Dartigoyte, déjà très compromis par ses amitiés politiques, craint que des pa- ^iotes subitement épris de modération, n'exploitent cet
(^) Archives, AF, II, 104.
318 COIISTITUTIOII CIVILE DU CLBBOÉ.
arrêté contre lui. Aussi ce fanatique partisan du décadi rki voulant ni prononcer sur le fond et se condamner ainsi laimème, ni endosser Tarrèté, ce qui ne serait peut-être pai prudent, déclare que le comité a eu des intentions pures, mais a excédé ses pouvoirs, parce que la police des prisoas appartient aux municipalités; en conséquence, il annule Tarrèté, sans se prononcer contre le travail forcé du dimanche.
Il est tout naturel que Mallarmé, venant remplacer dei hommes comme Dartigoyte, Chaudron-Rousseau, Paganel ait été, malgré ses antécédents, accueilli comme un libéra teur. Aussitôt après son arrivée, le 25 fructidor, il fit \xw proclamation assez modérée, s'occupa immédiatement d* visiter les prisons, qui regorgeaient de suspects, et en délivr un grand nombre (1).
Le â vendémiaire, il statue sur les prisonniers de Ville franche, et met en liberté quinze reclus et quatre recluses dont les sœurs Nogarède. Quinze personnes, dont troi femmes, sont maintenues en prison. Les proconsuls décla rent surseoir à statuer sur les réclamations de dix autre reclus, jusqu'à ce qu'ils aient reçu des renseignements d la société populaire et des iiutorités.
Le 11 vendémiaire, Mallarmé s'occupe des prisonniers d district de Mont-Unité. Trente-neuf sont mis en liberté, doi vingt-cinq hommes et quatorze femmes. Dix-huit homm< et onze femmes appartiennent à la catégorie des ci-devai nobles, mais Mallarmé a pour système de mettre en liber ceux qu'il trouve inoffensifs. Un notaire qui avait été recl pour s'être opposé à la lecture du Père Duchesne, ma que Mallarmé déclare bon patriote depuis 89, est mis < liberté. Plusieurs libérés sont des vieillards, détenus comi parents d'émigrés : l'un d'eux est âgé de quatre-vingt-dou ans ! Seize autres détenus, dont cinq femmes, sont mis i liberté sous la surveillance des autorités. Ce sont tous d ex-nobles et parents d'émigrés; on ne compte parmi e qu'un seul bourgeois : c'est un ancien notaire infirme, â
(1) Nous croyons utile d'entrer dans quelques détails d'après les at tés de Mallarmé et Bouilierot {Archives, AF, II, lOi) sur les mises liberté prononcées à cette époque. Le lecteur pourra ainsi se faire i idée de la manière dont la loi des suspects avait été appliquée.
de soixante-quatre ans, détenu pour fanatisme. En outre, trois prêtres constitutionnels, bons patriotes, sont mis en liberté, avec l'obligation de rester au chef-lieu : les deux premiers ont été détenus pour être revenus sans passeports malgré les arrêtés des représentants, dans les communes où ils avaient exercé le ministère : le troisième, âgé de soixante-dix-huit ans et infirme, avait été emprisonné sur Tordre du comité de surveillance, pour avoir refusé d'abdiquer ses fonctions.
Tous les prisonniers libérés sont tenus de payer les frais de leur captivité : la république ne voulait pas les avoir privés gratis de leur liberté. Vingt-trois détenus, dont six femmes (l'une d'elles est religieuse), sont maintenus en prison; il est sursis à statuer sur vingt-trois autres (1).
Le môme jour, les proconsuls s'occupent des prisonniers du district de Rieux. Vingt sont mis en liberté, dont cinq femmes arrêtées « pour cause de fanatisme, /?owr avoir préféré d'assister à la messe d'un prêtre plutôt que (Tun autre » , c'est-à-dire pour avoir refusé d'aller à la messe constitutionnelle. Les détenus de ce district sont tous d'une condition très modeste, la plupart artisans ou cultivateurs; ils ont été emprisonnés pour fanatisme, sauf un pauvre diable, nommé Tachaire. Le comité de surveillance, interrogé sur les motifs de sa réclusion, s'est trouvé dans l'impossibilité d*en fournir aucun (2)1 Trois hommes, appartenant égale- Wïent aux classes inférieures, sont mis en liberté sous la surveillance des autorités. Vingt-cinq femmes, qui depuis septembre 1793 étaient en surveillance pour cause de fanatisme, eu sont déchargées. Cinq détenus, dont une femme, restent en réclusion. Les proconsuls chargent en outre la société Populaire de Rieux de faire une véritable enquête sur vingt- ^natre personnes, les unes détenues, les autres en surveillance. Le même jour, ils réorganisent le comité révolu- ^onnaire de Muret, et remplacent six de ses membres coname ne sachant qu'imparfaitement lire et écrire. Les ^ermidoriens commencent à expulser les robespierristes ^e tous les emplois.
Les gens de bien auraient été en droit d'espérer que le
(*) Archive*, AF, U, 104. — (2) Archives, ibid.
supplice de persécuteurs célèbres, el la disgrâce de leurs agents les plus zélés, amèneraient d'heureux changements dans la situation religieuse de la France : Mallarmé s'empressa de dissiper cette illusion , et d'annoncer qu'il allait continuer la persécution religieuse avec la plus grande rigueur. Sa proclamation du 14 vendémiaire est inspirée par la prêtrophobie la plus grossière ; non seulement elle renferme les plus ignobles injures contre la religion, mais elle en proscrit absolument l'exercice. Malgré sa longueur, nous reproduisons la plus grande partie de ce document, afin de montrer comment les thermidoriens, dès le début, traitèrent la liberté de conscience. 11 proclame d'abord que le devoir d'un représentant, est de détruire « tout ce qu pourrait perpétuer le fanatisme et l'idolâtrie » :
« Quand on s'est servi de la voix de la persuasion, et qu'elle i été infructueuse, ce serait compromettre la tranquillité publique retarder le triomphe de la raison, que de balancer un seul instan pour comprimer le fanatisme, ou de laisser subsister les moitié vestiges d'un culte qui nous rappelle l'ignorance et la senitudc où Tavcuglemenl de nos pères nous avait plongés.
« Le représentant du peuple s'est assuré, d'après les preuves le plus convaincantes, qu'il était temps de livrer une guerre à moi à tout ce qui peut non seulement éteindre le flambeau de la v^ rite, mais en diminuer la lueur.
M 11 s'est assuré que, dans des communes, on conserve encon malgré la disposition de la loi, les signes eitérieurs du culte, di croix multipliées qui souillent les 7 égards de l^homme libre. Si To s'est mis en devoir ailleurs d'exécuter la loi, elle ne l'a été qu d'une manière imparfaite, on s'est contenté d'enlever l'effigie rid cule de celui que des imposteurs Jious présentaient comme un kommi dieu, mais les attributs de son supplice et les accessoires de 1 superstition subsistent encore.
« Il s'est assuré que dans d'autres communes, au lieu de livn aux flammes des tableaux ridicules, connus sous le uom de sain et de saintes, on les conserve aus;5i précieusement que s'ils devaiei un jour réaliser des prétendus miracles qui n'ont existé que dai la bouche des prêtres pour dominer nos ancêtres et s'emparer é leurs biens.
« Il s'est assuré qu'il existe dans les champs où la charrue aura dû passer depuis longtemps, des ci-devant chapelles jadis infin ment précieuses, et d'un grand rapport aux pontifes de l'idolâtrit par des réunions scandaleuses dans certains jours de l'année, i qui attirent encore aujourd'hui des individus qui ant Timpudenc
de s'agenouiller devant les débris du fanatisme, et de s'aveugler josqn'aa point de croire à ses miracles.
« Que dans plusieurs communes , on ne porte point de cocarde tricolore, et que des citoyennes préfèrent la décoration superstilieose d'un culte papiste.
« Il s'est assuré que dans quelques communes, au lieu de vomir les ci-devant ministres qui jadis y exerçaient des fonctions curiales, et dont la présence maintient dans les esprits faibles et ignorants l'espérance de voir un jour se rétablir un culte contraire aux principes immuables de la raison et de l'égalité, qu'au lieu de les eiiToyer au clief-lieu du district, sous la sur\'eillance du comité ré- Tolutionnaire, on a poussé l'incivisme jusqu'à tolérer leur permanence, si nuisible sous tous les rapports.
« Que dans un grand nombre de communes, on solennise avec la pfc» (mire-révolutionnaire affectation les jours que la scélératesse eirimbécillité consacraient à l'idolâtrie, tandis qu'on profane les décadispar de mercenaires travaux.
« Que dans des communes adjacentes aux contrées ennemies, on a poussé l'audace jusqu'à s'y rendre, les jours que l'on consacre au Dwnsonge et au crime, pour participer à des actes indignes d'un républicain, d'un citoyen français.
«D'après ce tableau des turpitudes religieuses^ qui est encore audessous de ce qui existe réellement, le représentant du peuple s'est décidé à frapper au cœur les fanatiques, les tartuffes, les pharisiens. »
U adjure ensuite les citoyens de renoncer au régime « de l'encensoir », et d'adorer la révolution glorieuse et triomphante :
« A /a création des septjourSy a succédé la création de la constitu- ^ française : au lieu du dimanche, nous avons le décadi. Ce n'est P^ une vierge enfantant sans douleur un homme-dieu, c'est le peu- Pfe, toujours pur et incon-uptible^ mettant au monde la liberté. Nous Bayons plus à honorer cette trinité hétéroclite et incompréhensible des chrétiens : liberté, égalité, fraternité, voilà celle que nous <le^ons encenser; d'elle procède la république, une et indivisible, «t impérissable (i). »
Evidemment, les lauriers de son prédécesseur Dartigoyte CDïpêchent le nouveau proconsul de dormir. 11 ne se con- ^nte pas de proscrire la religion, il vomit contre elle les plus ignobles injures; il tient à prouver aux prêtrophobes les plus enragés qu'ils n'ont aucun motif de pleurer la mort
(») Archives, AF, II, 104.
de Robespierre, et que le parti thermidorien est très capabl de leur envoyer des continuateurs zélés de Dartigoyk L*arrèté qui suit la proclamation est tout à fait digne de commissaires robespierristes. Les articles 1, 2 et 3 prescri vent la destruction de toutes les chapelles, « de sorti qu*il n'en reste plus le moindre vestige ». Toutes les statue et images des saints seront brisées. L'article i ordonne A détruire toutes les croix dans la décade, sans en excepte celles qui sont placées sur les tombes; Tarlicle 5 ordonni de briser et démolir tous leurs accessoires, « et tout o qui leur sert de fondement, de telle sorte qu'on ne puiss en reconnaître aucune trace ». Quant aux prêtres, Mallarm reprend purement et simplement le système des terroristes Ils seront tenus, dans les trois jours, de s'établir au chel lieu du district :
« Les ci-devant prêtres, mariés ou veufs avec des enfants^ pourroi établir leur domicile partout où ils le jugeront à propos, à charf toutefois de se procurer les certificats prescrits par les lois , et < se conformer aux règles de policç.
« Tout ci-devant prêtre qui se marierait jouira de TaTaotaj mentionné dans le précédent article, en prévenant le comité réT lutionnaire du district. »
Rien n'est changé. Du reste, l'article 13 maintient forme lement l'arrêté de Dartigoyte du 8 germinal an 11 sur 1( prêtres. En outre, pour montrer qu'il est son digne succe seur, Mallarmé impose l'observation du décadi et le trî vail du dimanche :
« Art. 14. Quiconque solenniserait les ci-devant fêtes etdima chcs, soit en cessant de travailler, soit par Vaffectation d'un costw particulier^ sera incarcéré pendant une décade pour la premiè fois, et pour la seconde fois, pendant deux décades. 11 en sera rem compte au représentant du peuple pour la troisième fois. L mêmes peines auront lieu contre ceux qui n'observeront point 1 décades (1). »
Mêmes peines aux municipalités qui n'exécuteront p ces dispositions^ Ordre est donné d'employer la force armi pour empêcher toute célébration du culte. Les agents n tionaux devront faire des tournées pour veiller à rexécuti(
(1) Archives, AF II, lOi.
LES COMHISSAIBES TnERMIDORIBNS. 323
de cet arrêté, et les districts en seront responsables. En ontre, Mallarmé déclare que la loi ne reconnaît d'autres réunions que celles des autorités et des sociétés populaires. Toutes les autres réunions sont proscrites « sous quel prétexte que ce puisse être, et quelles dénominations dont elles puissent se prévaloir, co;/2we société maçonnique ou toutes autres» (apt. 17).Les presbytères seront mis en location. Cet arrêté sera appliqué dans les départements du Gers et de la Haute-Garonne.
La proclamation et Tarrêté de Mallarmé montrent combien la Terreur avait été impuissante à détruire la foi chrétienne dans les cœurs, puisque, malgré le zèle infernal de ses agents, elle n'avait pas môme réussi à faire disparaître les signes extérieurs du culte ! Dans un pays qui a été tyrannisé par des Dartigoyte, des Paganel, des Chaudron- Rousseau, beaucoup de croix et de chapelles sont encore debout; les femmes au lieu de cocardes portent des croix, et les habitants des frontières vont entendre la messe en Espagne I Mallarmé a été frappé de l'impuissance des terroristes; il voudrait bien réussir là où ils ont échoué, mais 'g beau temps de la persécution religieuse est passé ; les thermidoriens vont bientôt le reconnaître.
Après avoir pris cet arrêté, qui était bien fait pour ter- '^fier les populations, Mallarmé continua sa révision des dé- ^Bus. Avant son arrivée, les autorités en avaient mis déjà ^n certain nombre en liberté, au grand déplaisir de quel- ^^es énergumènes. Le proconsul décida qu'il lui en serait *^ndu compte, et que désormais il pourrait seul ouvrir aux Retenus les portes de leurs prisons. Le "20 vendémiaire, ^ délivra des suspects du district de Beaumont. Il s'oc- ^^pa ensuite de ceux de Toulouse, et prononça un grand Nombre de mises en liberté, entre autres celle de révoque constitutionnel Sermet. Il déclara d*abord qu'il attendrait 'es renseignements des districts, pour statuer sur le sort do nombreux prêtres constitutionnels détenus aux Carmélites (i). Mais le 6 brumaire, il en mit plusieurs en liberté sur
(1) Le 21, U visita cette prison, et mit 63 détenus en lilierté. Trois aotres furent relâchés avec l'obligation de rejoindre l'armée, et 17 mis en surveillance; il déclara surseoir à prononcer sur 16 détenus, et en maintint 12 en prison. Le 27, il mit en liberté 123 personnes détenues à la
des renseignements favorables du district de Caslelnaudarj Il leur imposa d'acquitter les frais de leur captivité, et d rester en surveillance au chef-lieu du district, et leur fitei outre une curieuse admonestation :
« Leur recommande expressément de ne pas mésaser de la liberté qui leur est rendue, de se rappeler surtout, qu'autant ils peuvent se reproclicr d'avoir, dans un temps d'erreur et d^ mensonge, assujetti le peuple sous le jouf? avilissant du despotisme sacerdotal, autant ils doivent faire maintenant d'efforts pour animer et réchauffer son énerp'ie, pour l'amour sacré de la patrie, la soumission aux lois, et l'exercice des vertus sociales, seul hommage qui puisse plaire à l'Être suprême {{). »
Le 7 brumaire, il mit encore en liberté neuf constitution ncls, sur renseignements favorables du district de Limoux et leur adressa la môme exhortation. Sept autres du distric de Gaillac et onze de Saint-Girons furent libérés ensuite.
L'odieux arrêté pris le 14 vendémiaire par Mallarmé < Bouillerot prouvait que, malgré les violences des terroriî tes, les habitants du Gers et de la Haute-Garonne tenaiei fortement à leur religion. Les populations du Tarn moï traient le môme zèle ; aussitôt après thermidor, de nofi breuses communes, croyant la Terreur finie, avaient voul exercer leur culte, et les révolutionnaires, en s'y opposan avaient suscité des troubles. Mallarmé et Bouillerot acca^ furent aussitôt dans ce département pour soutenir les ic< noclastes et les persécuteurs, et prirent, le 3 frimaire, Albi, contre la liberté du culte, un arrêté plus grave encoi que celui du ii vendémiaire. Ils commencèrent par posi en principe :
M Que les troubles qui viennent de s'y manifester (dans le Tarn ont pour causes principales : i^ l'exercice clandestin d'un culte qi jusqu'à présent a fait le malheur des nations; 2° Vcspoir de le réU blir entièrement; 3° le séjour des ci-devant prêtres et ministres qu par des menées sourdes, cherchent la plupart à prolonger le règn du mensonge et de l'erreur. »
Ils déclarent «que ce serait un crime de lèse-sûreté et d
Visitation, 27 en surveillance, 3 en réclusion chez elles. Il déclai surseoir à statuer sur 42 suspects, et en garda 48 en prison. [Archive AF, II, 104.)
(1) Archives, AF, II, 104.
lèse-lranquillité » de laisser les intrus dans leurs paroisses, et, en conséquence, ils leur donnent trois jours pour sortir du département, et se rendre soit à Toulouse, soit à Cahors ; ceuxqui n'obéiront pas seront déportés. Les prêtres mariés ou Teufsavec des enfants sont exemptés de cette obligation ; les septuagénaires, les infirmes devront seulement rester en surveillance au chef-lieu du district. Pour rendre les réunions religieuses absolument impossibles, les proconsuls ordonnentde fermer immédiatement les églises, et d'en remettre les clefs aux agents nationaux. Dans les communes où il y a plusieurs églises, on en conservera une pour les décades; les autres seront mises en vente, mais ils prennent beaucoup de précautions pour qu'elles ne soient pas achetées par des chrétiens désireux de les faire servir, plus ou moins secrètement, à l'exercice de leur culte :
« Art. io. L'acquéreur de ces édifices sera tenu, dans le mois, de leur faire donner une construction qui les assimile aux propriétés PoarticuliéreSf sous peine d'être réputé suspect, et d'ôtre traité comme tel. >»
Les cloches conservées jusqu'alors devront être descendues immédiatement, cassées et envoyées aux fonderies. Les rassemblements ayant pour motif l'exercice du culte sont interdits : ils seront dissipés par la force armée, comme des rassemblements insurrectionnels :
«Art. 19. S'il arrivait que, sous prétexte de célébrer le culte, plusieurs citoyens ou citoyennes se rassemblassent, même dans *^ domicile ou tout autre y ils seront déclarés suspects et traités '^mme tels (1). »
Ainsi tout est prévu : les prêtres sont expulsés du dépar- ^^ent ; et en outre les proconsuls prennent les précautions ^5 plus minutieuses pour empêcher les citoyens de faire ^^ïis prêtres des réunions religieuses, môme dans les mai- ^^Hs particulières. Des menaces terribles sont adressées aux ''^^•eleurs ; ordre est donné de faire des recherches « dans les "^îs, et autres endroits écartés », pour s'emparer des prô- ^**es qui s'y tiendraient cachés. Jamais les proconsuls robes- PWristes n'avaient, au plus fort de la Terreur, proscrit
(i) Archives, AF, II, U3.
3i6 C05STITrTI05 CITILC DC CUMÊ.
plus violemment la liberté de conscience : mais pour mi tenir la per<écuti*>n religieuse au point où elle en é avant thermitl»r. il aurait fallu que le gouvernement ré lutionnairo restdt toi qu'il était après la loi du ii prair et les thormitli"*rion>. pour conser\er le pouvoir, étai •"ontraint? do Tadouoir, et de s'ôter ainsi les moyens rontinuer la persécution avec la même rigueur. Leur obs nation était d autant plus téméraire, que le sentiment K gioux. violemment oomprimé pendant la Terreur, it reparu depuis thermidor avec une force nouvelle. Aussi '^ frimaire, le j»'ur même où cet arrêté était publié, ils crovaient oblii:os de mettre en liberté un certain noml de personnes dêtcnuoN pour fanatisme, et uniquement C( pables d'avoir revendiqué cette liberté religieuse qu proscrivaient !
A Toulouse, ils liront encore sortir de prison beauco do suspects détenus pour aristocratie ou fanatisn aussi, malgré leurs ména^rements excessifs pour les pï furent-ils bientôt «obligés d'entrer en lutte avec eux, el reconstituer ot épurer la société populaire. Pendant mois do nivôse ot pluviôse ils mirent en liberté beauo de suspects du Gors et du Tarn, et s'enbardirent même j qu'à délivrer dos roligiousos î Us poursuivirent aussi certi terroristes t . Les dispositions des populations, les mani vres do> robespierristes. peut-être aussi des instructi venues do Paris, leur firent bientôt reconnaître q\ étaient allés trop loin dans la voie de la persécution i gieuse. Un arrêté pris à Castres, le iîS nivôse, semble i: quer chez eux un revirement. Us font l'éloge de ces rai 1res du culte qu'ils ont tant dénoncés, déclarent avoir pl( confiance dans leur soumission aux lois, et rapporter les
(!) Ainsi, le 20 pluviôs^o, un arrête de Bouillerot traduisait en ju Tancien procureur de la communt* de Moissac , comme coupable d' vement d'objets à main arme*?, ot d'usurpa'.ion de fonctions hors di territoire, sans pt>uvoir justifier de la prétendue déléjration que le r sentant Taillefer lui aurait donnée. 11 s'était rendu en echarpe, sui la f«)rce année, chez un h.ibitani de Labasiide-du-Temple, ilans le trict de Castel-Sarrazin. et là il u enleva 210 pièces d'or de 24 livres pièces d'argent de 6 et 3 livres, un portefeuille contenant 600 livn assignats étant renfermé dans une armoire, une canne à pomme d autres effets », Archives, AF, 11,101.)
LES COMMISSAIRES THERMIDORIRNS. 327
rètésdes i4 vendémiaire et 3 frimaire, quant à robligation imposée aux prêtres de résider aux chefs-lieux (i).
ni
Les populations du département de la Gironde et des départements voisins réclamèrent, aussitôt après thermidor, la liberté religieuse. Les prêtres réfractaires sortirent de leurs retraites, et reparurent dans beaucoup de communes où il leur avait été impossible de pénétrer pendant la Terreur, elles constitutionnels, qui avaient renoncé à-Texercice du culte, essayèrent, en le reprenant, de se réhabiliter aux yeux des populations. Dans certaines localités, les habitants reprirent possession des églises, et firent sonner les cloches, au grand scandale de tous les révolutionnaires jacobins ou thermidoriens. Le commissaire Bordas, envoyé dans la Gironde, la Charente et la Dordogne^ recourut, comme ses I collègues de Toulouse, aux moyens les plus violents pour empêcher les citoyens de se livrer à aucun acte religieux, et lança publiquement au catholicisme les injures les plus dégoûtantes. Il succédait à Ysabeau, qui avait fait, aussitôt après thermidor, justice de TinfâmeLacombe et de ses prin- <^ipaux complices, et déclaré la guerre aux terroristes bor- <ïelais. Bordas la continua résolument (2) et se mit en devoir de poursuivre les jacobins dilapidateurs : le 21 nivôse^ ^ écrivait à la convention :
« Ici, citoyens collègues , était le siège des fripons. Ici, plus î^*ailleiirs, l'opinion publique crie vengeance contre les dilapida- *^Urs des fortunes publique et particulières : la stupeur avait
^''Csque étouffé les plaintes... Des millions doivent sortir de mains
^Uillées de crimes (3). »
Pour les reprendre , Bordas soumet à la convention un
(1) Archives, AF, II, 143.
(2) Bordas prescrivit aux geôliers de traiter les prévenus avec huma- -^té ; évidemment des scènes horribles avaient eu lieu dans les prisons, ^^ il déclare hautement qu'il s'est trouvé parmi les geôliers « des gens ^^i, par un raffinement de cruauté, ont multiplié les privations, aggravé ^*état des détenus et leur ont fait endurer des supplices anticipés plus ^Yaels que la perte de la vie ». (Archives, AF, II, 107.)
(3) Débats et Décrets^ nivôse an III, p. 374.
338 CONSTITUTION CrVILB DU CLBBGÉ.
arrêté par lequel il a institué, le 16 nivôse, une commissioxi de sept membres chargée d^informer contre les émules de
Lacombe, les fonctionnaires et les jacobins qui ont levé des taxes illégales, levé à leur profit ou brisé des scellés, détourné des objets appartenant à la nation, ou se sont rendus coupables de malversations, devenues, paraît-il, habituelles . aux terroristes, et dont Bordas fait une longue et instruc- . tive énumération; enfin contre « ceux qui, sous quelque prétexte et à quelque titre que ce soit, ont les mains souillées de la fortune publique ». Les voleurs d'argenterie d'église seront recherchés^avec un soin tout particulier (l).
Mais Bordas, tout en déblatérant contre Robespierre ^^ ses complices, tenait tout autant qu'eux à la 'persécution religieuse. Il avait vu d'abord avec stupeur, puis avec raç^» que les populations, nullement déchristianisées, voulaiel^^ reprendre l'exercice de leur culte. Dans certaines localité^» les jacobins avaient voulu les en empocher et les maltraiter^ et ils avaient eu le dessous. Dans d'autres communes, l^ misère, les soufl^rances des classes laborieuses, dont la Ter^ rcur était responsable, avaient donné lieu à quelques troubles auxquels la religion était tout à fait [étrangère. C'était aussi le moment où les révolutionnaires modérés, après avoir été si longtemps opprimés, relevaient la lôte, où les muscadins commençaient à malmener les jacobins. Le 26 nivôse, Bordas lança une violente proclamation dans laquelle, suivant la tradition révolutionnaire, il imputait au zèle religieux des troubles qui avaient été occasionnés seulement par les lois du maximum et par des haines politiques. 11 se plaint qu'en a persuadé au peuple « qu'il ne pouvait vivre sanj prêtre » , qu'on a assailli les sociétés populaires et sommé les autorités de rétablir le culte.
« Ailleurs les clocUes destinées aux convocations publiques ont été employées à sonner trois fois par jour cette ancienne et risible rubrique connue sous le nom d'anyelus. Le jour des fêles anciennes et l'heure des offices sont annoncés par une sonnerie extraordinaire. »
Le proconsul fait ensuite des efforts désespérés pour prouver au peuple qu'il n'y a pas de religion, qu'il est dupe de
(1) Archives, AF, II, 407.
LES COMMISSAIRES TUERMIDORIENS. 329
prêtres « hypocrites et trompeurs», et débite non seulement contre ces derniers, mais encore contre les principaux dogmes du catholicisme, ces invectives que les iconoclastes hébertistes, au milieu des saturnales de la Raison, débitaient dans les chaires profanées. Nous croyons utile de reproduire une partie de ces infamies, pour faire mieux connaître les thermidoriens.
A bout d'injures et de calomnies, il ose se prévaloir contre la religion des apostasies de certains constitutionnels qui se sont déclarés des imposteurs : d'ailleurs, leur aveu est superflu, la raison, suivant Bordas le prouve sufflsamment:
« Quelle stupidité que de penser qu'un homme soit au-dessu^ d'un autre! Avez-vous pu croire que quelques paroles ridicuies, quelques gestes ou grimaces risibles, et un peu d'huile puante dont on graissait leur tête immonde, aient pu rendre vos prêtres des hommes privilégiés !
« Au moven de la confession, ils s'étaient immiscés dans les secrets de famille, dont ils profitaient pour assouvir leur immoralité. Ils vous humiliaient jusqu'au point de vous faire mettre à genoux devant eux dans une posture servile : ils dégradaient l'humanité et exigeaient de l'homme honnête jusqu'à l'aveu de ses faiblesses. Par un contraste frappant, on voyait la vertu aux pieds du crime, et la pudeur agenouillée devant le vice. Là, souvent une jeune personne recevait par des intcrrogats indiscrets, les premiers éléments de la prostitution. Ils vous persuadaient que par quelques mots mystiques, ils pouvaient vous purifier des plus étranges fdt*faits, ou vous plonger par leur refus dans l'abîme de la réprobation éternelle. Ils vous disaient encore : « Renonce au sens commun, ou tu seras damné, sois une hôte, un sot, un crédule, sans cela tu seras un tison d'enfer... »
« Souvenez- vous qu'un prêtre est un imposteur, que celui qui, pendant quatorze siècles, a trompé vos ancêtres, voudrait encore vous égorger, et vous perdre, s'il en avait le pouvoir.
« Nous prendrons les mesures les plus sévères contre ceux qui ont abusé de votre crédulité pour vous porter à l'insurrection; le glaive de la loi est suspendu sur leurs têtes, et dans peu de temps leur supplice épouvantera leurs complices et leurs imitateurs. Déjà nous «ivons préparé des forces formidables pour contenir et réprimer les malveillants, nous ferons des exemples terribles; au premier mouvement nous accourrons, nous arriverons aussi vite que l'éclair, et nous frapperons comme la foudre (1). »
(1) Archives, AF, II 107.
330 CONSTITUTION CIVILE DU CLBRaÉ.
Il prescrit ensuite une série de mesures rigoureuses : défend de sonner les cloches sans un ordre exprès de I municipalité, sous peine d*un mois de prison et 150 d*amende. Même amende est infligée aux fonctionnaires m gligents, et la moitié est réversible au dénonciateur; les dis.tricts « feront les recherches les plus exactes » pour coimnaître les communes où Ton a sonné Tangelus et annoncr^ les fêtes religieuses ; ils feront descendre et casser les cloches, et arrêter ceux qui les ont sonnées. Ces mesures persécutrices ne rallièrent point les jacobins aux thermidoriens, car, le 13 nivôse, Bordas prononça la dissolution de la société populaire do Bordeaux, en Taccusant de vouloir îaxïïre revivre le régime de la Terreur.
Le représentant Musset, prêtre défroqué, fut envoyé ^'•^ Auvergne par les thermidoriens. 11 y fit la guerre aux terres" ristes, aux amis de Gouthon et de Maignet, qui avaient ace; paré les places ; mit en liberté un certain nombre de détenu^ -mais se montra très hostile aux prêtres, aux religieusi surtout, et fit son possible pour empêcher les catholiqa( d'exercer leur culte.
Le 28 vendémiaire, il mit en liberté un certain nombir de suspects du district de Riom, qui avaient été détenu.-^ pour des motifs religieux. L'arrêté constate :
« Que ce sont presque tous de malheureux cultivateurs, âes^ " pères de famille, qui n'ont jamais été factieux, et qu'on les a in — ' carcérés pour avoir eu, avec des prêtres, des rapports éloignés, elT' d'ailleurs peu prouvés (I). »
Une femme est depuis longtemps détenue pour avoir été-^ la servante d'un prêtre, et lui avoir envoyé un assignat en Suisse. Un homme de loi, qui a toujours été inoffensif, est également détenu pour avoir écrit une seule fois à un prêtre déporté, sur la demande de sa famille. Musset trouve tous ces prisonniers suffisamment punis par une longue détention, et prononce dix-neuf mises en liberté. Une femme inculpée plus sérieusement de fanatisme est maintenue en prison.
Il passe ainsi en revue les autres districts, et libère un grand nombre de suspects les uns complètement, les autres
(1) Archives nationales, D, § I, 29,
en leur imposant l'obligation de rester dans leur commune, ou dans un certain rayon, et de se présenter une ou deux fois par décade devant les autorités. Les religieuses sont toutes mises en arrestation dans leurs communes, et astreintes à se présenter certains jours devant le comité révolutionnaire. Le 28 vendémiaire, il met quatre prêtres constitutionnels du district de Billom en arrestation au chef-lieu, avec défense d'en sortir. Les autorités sont responsables des troubles qu'ils pourraient exciter, et il déclare que cette disposition « s'étend à tous les prêtres compris dans l'arrêté du représentant du peuple Roux Fazillac ». En réalité, il maintient les procédés de la Terreur contre les constitutionnels. Il interne au chef-lieu les religieuses qui ont refusé le serment « et profitent de leur réunion dans '^ maison de réclusion pour fanatiser » , et ordonne au comité révolutionnaire de les empêcher « de fanatiser entre ^Wes ». Ces religieuses priaient ensemble dans leur prison ; '® proconsul veut, en les délivrant, les priver de cette congélation; il leur sera interdit de se voir, on leur imposera "^ prier chacune isolément dans son coin. Voilà un raffi- '^^^ïnent de persécution !
Enfin, dans les districts qu'il visite, du Puy-de-Dôme, ^^ la Corrèze et du Cantal, il interne au chef-lieu, et les ''^ligieuses et les prêtres, et accorde la liberté sans condi- **oti aux prêtres mariés.
Ciependant les populations murmuraient, réclamaient l^Urs prêtres, et prétendaient que la révolution de thermidor devait leur apporter la liberté religieuse. Musset résolut *^ rassurer les persécuteurs, et de proclamer bien haut que ^^ culte ne serait jamais toléré. Le 25 brumaire, il prit, à ^Urillac, un arrêté qui généralisait, pour son proconsulat ^^ut entier, les mesures qu'il avait déjà prises contre les Pfôtres et les religieuses dans plusieurs districts :
«< Considérant que le fanatisme peut avoir encore quelques espérances, que les malveillants cherchent à répandre des bruits <lui ne tendraient qu'à réveiller les préjugés que l6 peuple français a foulés aux pieds, et qu'il importe à la tranquillité publique, au triomphe de la liberté, de les anéantir. »
Chaque décade, les agents nationaux feront un rapport aux comités révolutionnaires, sur les religieuses qui ont
prêté serment et sur les ex -prêtres en arrestation dans leu communes ; ils sont responsables des troubles qui pou raient résulter de leur négligence. Les ex-religieuses q n*ont pas ^prêté serment seront sur>xillécs par la muni* palité, qui devra veiller « à ce qu'elles ne continuent p leurs pratiques supertitieuses ».
On voit combien les révolutionnaires jacobins ou them doriens se méfiaient des prêtres et des religieuses mèo quand ils avaient faibli! Les détenus libérés sont ten de payer tous les frais de leur captivité, et les comit révolutionnaires ont le droit de les emprisonner de no veau, s*ils en sont mécontents. Les prisons sont moins e combrées sans doute, mais les consciences sont toujoi aussi opprimées qu'avant la chute de Robespierre, etMusi a soin de signifier aux naïfs que, de ce côté, ils n'ont rier attendre des thermidoriens. Son arrêté du 25 brumaire lui paraît pas assez significatif; il envoie une circulaire a diverses administrations, dans laquelle il déclare hau ment, au nom de son parti, qu'il n'est aucunement questi d'accorder la moindre liberté aux chrétiens, soit cath( ques, soit constitutionnels :
«... J'ai appris que des malveillants, pour égarer nos frères campagnes, ont osé répandre le bruit que je permettais de ft le jour ci-devant dimanche, et de travailler au contraire le jour la décade.
« Les sentiments que j'ai manifestés à cet égard dans les asse blées du peuple ont dû vous convaincre de la fausseté de ce bn sans doute vous aurez peîisé qxCil était f ouvrage de quelques scélét hypocrites, qui ne respirent que le désordre et le sang, voudraic avec les torches du fanatisme, incendier les campagnes de ce < trict ; sans doute que votre patriotisme vous portera à prendre • mesures sévères conti'e ces monstres, qui, ennemis du repos > hommes, voudraient, en semant la discorde, éloigner le bonh que le triomphe de la liberté assure à tous les Français.
« Dites à vos concitoyens que, loin d'autoriser les infractl aux lois, je pense qu'ils ne peuvent être heureux que par la p tique des vertus républicaines, retracez les horreurs qu'entra avec lui le fanatisme (1). »
Vient ensuite une longue tirade contre la Vendée et
(i) Archives, D, § I, 29.
LES COMMISSAIRES TUERMIDORIENS. 333
prêtres; il flatte bassement les habitants des campagnes, tout en insultant à leurs convictions , et les supplie de ne pas se laisser duper par les prêtres et leurs amis , qu'il traite de charlatans, « de monstres qui, au nom de Dieu, voudraient les plonger dans le crime et le malheur ».
Après une pareille circulaire , il ne pouvait plus y avoir doute. Cependant on exerçait le culte en secret, et Ton refusait de se soumettre aux arrêtés tyranniques des représentants sur le décadi. Le 24 frimaire, Musset prit encore an arrêté pour imposer aux populations le chômage du décadi et le travail du dimanche :
« Instruit que dans plusieurs endroits du département du Puyde-Dôme, les malveillants secouaient encore les torches du fanatisme, et que les crédules cultivateurs, égarés par leurs perfides insinuations, ne pratiquaient point les décades, et fêtaient les cidevant dimanches et fêtes. »
11 déclame ensuite contre le fanatisme; mais suivant lui 'fis cultivateurs sont plus égarés que coupables; des peines légères suffiront. « Au surplus, une plus longue détention ^(tit au détriment de l'agriculture. »
** Art. I*^ Les comités révolutionnaires emploieront tous les '^^^J'cns que la loi met en leurs mains, pour arrêter les progrès "'^ fanatisme que les malveillants cherchent à ressusciter.
** Art. 2. Us feront mettre en arrestation tous ceux qui seront ^^rpris à fanatiser, tous ceux qui, 'par leurs discours et leurs exem- ^^, chercheraient à anéantir les décades, et à ressusciter les di- '^Hnches.
*« Art. 3. Us sont néanmoins autorisés à les élargir lorsqu'ils ^ï'oiront qu'ils ont suffisamment expié leurs torts, et que leur li- *^rlé ne peut compromettre la sûreté publique. »
Ainsi tous ceux qui donneront Texemple de chômer le ^înianche et de travailler le décadi seront emprisonnés. ^s Lebon, les Dartigoyte n'avaient pas été plus loin. Et ^<^s restrictions à la rigueur des arrêtés, faites au profit des ^^Hivateurs, ne doivent pas même être attribuées à la révo- ^utionde thermidor. Les terroristes les plus violents avaient ^"^si ménagé les paysans, pour ne pas priver la république "^ leur travail; d'ailleurs, Musset avoue très franchement ?^*il cède à la môme nécessité.
l^ans ses circulaires, Musset demande bien aux agents
nationaux des districts , « si le fanatisme ne fait aucun ravage », mais il leur pose aussi cette question :
«' Quel est l'esprit public dans ton arrondissement? Le traître Coutbon et ses complices y ont-ils eu quelque influence? Les intrigants y dominent-ils encore? »
Les iconoclastes de la Terreur se sont divisés; Musset prive de leurs emplois, et môme jette en prison, ces jacobins dont il maintient si soigneusement les procédés dô persécution. C*est en ces termes qu'il les dénonce à la con — vention :
« Le syslômc alFroux dp Robespierre, cbers collègues, affligeait 1 «k département du Cantal plus que toute autre partie de la républi^ que. Des scéb'îrats y traliquaionl de la manière la plus infâme, d la liberté, des biens et de la vie de tons les citoyens; ils emprise naicnt ceux qui jouissaient d'une fortune légalement acquise, po les en dépouiller, et se débarrassaient souvent de ces témoins d leurs concussions en les envoyant an tribunal de sang; ils faisaie aussi égorger de la même manière de pauvres sans-culottes do ils redoutaient la surveillance (I). »
Dans le département de la Creuse , le zèle persécuteur des autorités n'avait été nullement ralenti par la révolutior^ du 9 thermidor. Le 16 suivant, le district de Bourganeu. prenait un arrêté en faveur du décadi, et ordonnait aux prè^ très mariés ou non de revenir, dans la huitaine, â leur domicile d'origine, parce que « leur présence seule devient funeste aux habitants de la campagne, qui fôtent encore le^ dimanche, et travaillent les jours de décadi ». Le 21 fructidor , il interdit aux débitants de donner à manger les jours de fôte et de dimanche aux habitants des campagnes , espérant « qu'ennuyés du désœuvrement, ils se résoudront au travail » (2). Ordre était donné aux municipalités de faire expulser les consommateurs par la force armée; et les délinquants étaient passibles d'une amende de cent livres, applicable aux pauvres sans-culottes.
Le 5 fructidor, le comité révolutionnaire de Bourganeuf interdit aux suspects qui avaient été mis en liberté par Vernerey, de sortir après huit heures du soir, et de rece-
(1) Débats et Décrets, frimaire an III, p. 936.
(2) Du VAL, Archives révolutionnaires de la Creuse, p. 371.
Wir plus de trois personnes à la fois. Quelques jours après, il exigea une réquisition de couvertures, qu'il fit porter exclusi\ement sur les ex-nobles et les prêtres ; et il eut soin de leur adresser en outre des injures. Malgré toutes ces violences, on abandonnait les décadis , et on redemandait les prèlres. Le représentant Chauvin, envoyé dans ce départe- Baenl, tint tête aux terroristes, et se montra assez tolérant, anssi fut-il immédiatement accusé de faire de la réaction.
Le commissaire thermidorien Jean Debry adressa aux ^'^is départements de la Drômc , de Vauclusc et de l'Ardèche une proclamation furibonde contre les catholiques, ®t tous ceux qui réclamaient la liberté religieuse. 11 les accuse tout simplement de s'entendre avec les robespierristes, ^mme Robespierre les accusait naguère de s'entendre avec *^8 hébertistes ! 11 se déclare partisan de la liberté des cul- ^s, excepté pour le culte catholique, qu'il ne cesse d'outra- 8^P grossièrement; il termine en le déclarant proscrit sans ''^mission :
« Il est dans sa ferme volonté d'ôtre inexorable pour des crimes 9^, s'ils pouvaient réussir, anéantiraient la liberté, l'égalité, et ''Mèneraient, à travers des Ilots de sang, Tespèce humaine à l'imbécillité de renfance (1). »
Cependant Jean Debry finit par s'humaniser quelque peu. *1 continua toujours à interdire l'exercice du culte; néan- ''^oins, par arrêté du 9 nivôse an II! , il mit en liberté des prêtres détenus dans le séminaire de Valence , et plusieurs autres ensuite par arrêtés individuels ; mais il les mit sous ** sur\'eillance des autorités , qui devaient les incarcérer de Nouveau et les traîner comme séditieux au tribunal révolutionnaire, s'ils donnaient lieu à des troubles fanatiques! ^^ sait ce que cela veut dire ! il leur interdisait d'exercer leup ministère. Il |prit aussi un certain nombre d'arrêtés '^^tlant en arrestation ou en suneillance des « partisans ® l'infâme Robespierre (2) » .
^0 Archives nationales, A.F, H, 136. — (2) Archives nation, y AF, II, 98.
Avant lui, Méaulle avait passé à Valence, et, le 28 thermidor, il avait déclaré hautement dans la société populaire que la liberté de conscience ne gagnerait rien à la révolution de thermidor (1),
Gauthier, envoyé en Savoie, se montra moins violent et moins cruel qu'Albitte, mais presque aussi hostile à laliberté de conscience. Les prisons étaient pleines de prêtres; il ne remit en liberté que quelques vieillards; encore furentils astreints à résider au chef-lieu du district, à se présen- . ter au comité de surveillance cinq fois par décade, et il leur était interdit de dire la messe, s'ils ne voulaient pas être déportés. Le i«' nivôse, Gauthier prit un arrêté très grave contre la liberté religieuse : i
<' Informé que dans quelques communes l'on se permet de sonner les cloches à différentes heures de la journée, qu'il se pratique des rassemblements dans les ci-devant églises, enfin que l'on annonce le rétablissement des fêtes et dimanches (2). >»
Il décrète que les églises resteront fermées, comme pendant la Terreur, à l'exception de celles qui sont affectées au culte décadaire ou aux sociétés populaires, et leurs clefs seront déposées entre les mains des municipalités. Défense de sonner les cloches et de se réunir dans les églises. Défense de se réunir dans les maisons particulière^ sans l'autorisation de la municipalité, qui ne Taccordet* pas, s'il s'agit d'une réunion religieuse. Les districts ont »^ droit d'interner les prêtres pendant six mois au chef-lie*^*
La révolution de thermidor n'avait donc amélioré ^^ aucune façon la situation des catholiques savoisiens. L^^ réfractaires étaient toujours traqués comme au temps d'^ bitte. Vers la fin de 1794, six prêtres entreprirent de rentr^ secrètement en Savoie , sous des travestissements diver^ afin d'évangéliser ainsi certaines localités, où aucun d^
(i) <t Des mesures provisoires et rigoureuses ont été prises ; malhe^ reusement elles ont frappé quelques hommes renommés dans la révolu tion, et voilà que l'aristocratie, le fédéralisme, la superstition, le mod rantisme, coquettent et se félicitent comme si les événements devaie^ tourner à leur avantage!... La révolution ne rétrogradera plus d'un se^ pas... Toi, société populaire de Valence, poursuis l'aristocratie, voue modérantisme au mépris, dissipe ses miasmes léthargiques. {Archive^ AF, II, 198.)
(2) Archives, AF, II, 124.
LES COMMISSAIRES TUERMIDORIKNS. 337
^ires restés dans le pays n*avait pu pénétrer depuis long- Qûps. Us espéraient pouvoir exercer pendant quelque mps leur ministère avec une certaine latitude, baptiser, )ttfesser, faire des mariages, avant que leur rentrée ne fût oupçonnée par les autorités. Lorsqu'elle serait découverte, b comptaient mener une vie errante, et continuer à braver tottlles périls pour entretenir les fidèles dans leur foi. Rien D'est plus émouvant que l'instruction donnée par les grands ricaires exilés à ces prêtres dévoués :
« Vous n'aurez avec vous ni bréviaire, ni papiers, ni rien qui pttisse déceler un ecclésiastique. Si les conjonctures vous permettent de porter des heures ordinaires, vous réciterez le petit office de la Sainte Vierge au lieu de Toffice canonial; vous ne direz pas 'otre nom sans nécessité ; vous ne ferez connaître ni le lieu d'où foiis venez ni celui où vous allez. Vous ne vous ouvrirez qu'à un ^ petit nombre de personnes dignes de toute votre confiance. •^Otts pourrez, si vous le jugez prudent, vous présenter comme un Mit marchand forain, ou comme un ouvrier qui demande du tra- ^. Vous tâcherez d'avoir dans chaque paroisse l'indication d'une '^«ison sûre, vous prendrez au besoin quelqu'un pour vous servir 'ô guide. Vous ne cheminerez que la nuit et par des sentiers déliiimés. Vous logerez de préférence chez des personnes pauvres, t si les cas l'exigent, vous coucherez dans les granges, môme à insn des propriétaires, pour ne pas les compromettre. Vous vous i^ndrez éloignes des officiers municipaux et des autorités constipées, même lorsque leurs bons principes vous seraient bien connus, Ottr ne pas les exposer. Vous ne demeurerez auprès des malades ^ele temps nécessaire pour leur administrer les sacrements.
«Pour célébrer la sainte messe, il faudra nécessairement avoir B petit autel portatif, un calice, une patène et du pairt azime; ïaisvous pourrez au besoin vous passer de servant, en répondant ^>Qs-même, ou en permettant à une femme de répondre de sa *^»ce. Si vous veniez à être traduits devant les tribunaux, vous ^*nseriez à celui qui a dit : « Dabitur enim vobis in illahora quid ^^amini. » Vous parleriez avec la confiance et la fermeté que *<iit vous inspirer la sainteté de votre cause, mais toujours avec ■^serve et modestie : si vous veniez A être condamné, vous regarderiez cet arrêt comme la voix de Dieu. Si au lieu de porter con- *^ vous la peine de mort, on vous réservait à de longues épreu- ^^j vous conserveriez la ferme espérance que Dieu vous accompagnera partout (1) ».
^ ressemblance est frappante avec les instructions don-
^*i Cardinal Billibt, p. 203.
338 CONSTITUTION GIYILK DU CLBfiGÉ.
nées aux missionnaires de la Chine et de la Corée I L'on tS^ CCS ecclésiastiques, M. Desgeorges, allait de village en n/lagc, travesti en pcigneur de chanvre, portant sur Tépau/d un sac rempli de lourds peignes en fer. Il exerça ainsi son ministère ambulant jusqu'au concordat. Pendant la fin de ilU et la plus grande partie de 1795, les prêtres furent traqués absolument comme au plus fort de la Terreur. Carelli, agent national du département, les poursuivait sans relâche. Ainsi, le 25 janvier 1795 (6 pluviôse), il écrivait à l'agent du canton de Saint-Alban :
« J*apprends que le prêtre réfractaire Pollet de Pnisgros le montre avec impudence dans votre canton, que dernièrement Ua fait un mariage ; je vous invite à me dire quelles mesures tous avez prises pour le faire arrêter; je vous préviens que je ne fléchirai jamais à cet égard (I) ».
Le môme jour, dans Tespoir d'arrêter des prôtres cachés, il se concertait avec un jacobin de Saint-Jean de Maurienne pour organiser dans le pays une battue générale contre les prêtres, et, le 14 pluviôse, il écrivait à l'agent du canton de Tanninges : « Il ne faut pas fléchir, les réfractaires méritent tout notre courroux, et ceux qui les recèlent ne doivent s'attendre qu'à la peine de mort, » On voit que les auteurs de l'instruction aux prêtres rentrés en Savoie, n'avaient pas exagéré les dangers de cette mission;
En Franche-Comté, il y eut, après thermidor, plusieurs exécutions pour cause de religion. M. Augustin Roch, vicaire insermenté de Landresse, fut exécuté à Besançon quatre jours après la mort de Robespierre. A l'époque de la déportation générale, il s'était retiré en Suisse, lorsqu'il apprit la mort de son cousin, l'abbé Roch, martyrisé en floréal an II. Il supplia ses supérieurs do le laisser prendre sa place, rentra en France en mai 1794, et évangélisa les campagnes au milieu des plus terribles dangers. Un curé constitutionnel le dénonça et le fit arrêter; ce misérable se présenta dans une maison où il pensait que le missionnaire venait quelquefois ; il se donna pour un prêtre catholique aux habitants, qui ne le connaissaient pas, et obtint de leur confiance l'indication du lieu de sa retraite. L'abbé
(1) Cardinal Billibt, p. 211.
L£S COMMISSAIRBS THERMIDORIENS. 339
Boch, après sa condamnation, dit gracieusement aux juges : «tfessieors, je vous remercie (1). »
M. Roch avait trouvé dans sa prison un jeune homme et une jeane fille qui étaient frappés comme lui par les lois lérolutionnaires. Us avaient voulu faire bénir leur mariage, etcomme ils habitaient près de la frontière, ils étaient entrés farti?ement en Suisse pour s'entendre avec un prêtre exilé, et, à leur retour, ils avaient été dénoncés et arrêtés. Ces malheureux jeunes gens furent mis à mort comme émigrés. Deux prêtres furent encore martyrisés en Franche-Comté pendant la domination des thermidoriens. L*abbé Adrien Kgeot, capucin, en religion le père Elisée, tomba, le 12 brunaaire an II, entre les mains des persécuteurs. Ils usèrent pour le prendre d'un stratagème fréquemment employé pendant la Terreur. Une femme lui fit dire qu'elle était ïDourante et demandait les sacrements; le courageux missionnaire vint dans sa maison , et fut ainsi arrêté. Il s'était soustrait à l'exécution de la loi de déportation, et bien qu'il ii'eût jamais quitté la France, il était en outre inscrit sur la fete des émigrés. Il fut exécuté le 6 frimaire an III (26 novembre 1794).
Un cordelier, le père Cortat, déporté, rentré après thernaidor,fut arrêté et condamné à mort le 29 frimaire {J9 décembre). En outre, un ex-bénédictin, nommé Chéruy, qui *vait abandonné ses fonctions et prêté tous les serments, 'ut accusé d'émigration et mis à mort (15 fructidor) le l"septembrel794(2).
Nous avons déjà cité des documents fournis par M. Sauzayet établissant que, dans cette province, les autorités avaient encore extorqué, après la chute de Robespierre, de nombreuses apostasies. Le 12 thermidor, le proconsul Pelletier écrivait à l'agent national du district de Baume de provoquer la nomination de missionnaires chargés de prêcher dans les compagnes le culte de l'Être suprême. Le département du Doubs était parcouru dans tous les sens par de semblables missionnaires, qui prêchaient le nouveau culte officiel et les décades avec fort peu de succès; le len-
(1) Sauzay, Persécution révolutionnaire, t. VI, p. 366.
(2) Id-, ihid,, t. VI, p. 326 et suiv.
demain du 9 thermidor, le district de Baume, qui av. pourtant exercé une persécution effroyable, constatait q\ si vingl-deux curés constitutionnels avaient abdiqué lei ministère, vingt-huit paraissaient disposés à le continuel il se mit donc en devoir d^extorquer des abdications, e réussit auprès de quatorze d'entre eux. Le iS fructidor,] déclarait au curé constitutionnel Boucard :
ce Que tous les prêtres du district avaient cessé leurs fonctioei) et que Boucard, en continuant les siennes, avait occasionDé dfl rassemblements qui auraient pu devenir dangeretue; que sa pfésence à Montenoir pourrait entretenir plus longtemps les dtojeo! de cette commune dans le désir et même la volonté de continuer âa fonctions impolitiques dans la circonstance y et qu'en conséqueDoe, il se retirerait à six lieues au moins de Montenoir, sous la surroillance de la municipalité de son nouveau domicile (i) ».
Bientôt le district applique le principe posé dans cetti lettre, trouve qu'il y a de graves inconvénients à ce qu'on dise la messe dans certaines paroisses et qu'on ne la dis€ pas dans d'autres, et en tire cette conséquence qu'on ne doit la dire nulle part. Il déclare donc que les prêtres qni n'ont pas abdiqué «par leurs exercices rallument le fan»" tisme )>, parce que les communes dont les curés ont abdiqua réclament des prêtres ; et il les interne au chef-lieu.
Les prôtrophobes continuèrent à dépouiller les églises après la chute de Robespierre. Dans le district de Besançon* vingt-cinq paroisses furent spoliées après thermidor.
Aucun acte religieux n'était toléré. Le 18 thermidor 1'* gent national Rambour, persécuteur ardent, écrivait à l'^ gent national de Dôle, que le curé d'Évans baptisait des e^ fants qu'on lui apportait, « de deux est même trois lieue tabus est trop criant^ et il est trop important d'y apport remède, pour que je ne m'empresse pas de te le dénoncer Le district de Pontarlier écrivait, le 23 vendémiaire, à la cO vention,que les campagnes regrettaient l'abolition du cuit
w C'est particulièrement, dans les campagnes, à l'occasion C naissances et des décès , que le peuple ignorant éprouve un vi que rien ne remplace. »... Il se plaint sourdement qu'il n'y a pi
(!) Sauzay, t. VI, p. 399.
.e distinction entre rhomme et la bête après la mort, il réclame a liberté du cnlte. » [Ibid., tome YI, p. 528.)
Beaucoup de prêtres déportés en Suisse repassèrent secrètement la frontière, et bien loin de se laisser décourager pir le supplice de M. Roch et du père Elisée, bravèrent tous lesdangers pour évangéliser les populations. Dans certaines paroisses, où aucun ecclésiastique ne pouvait pénétrer, les paysans se réunissaient pour célébrer leur culte comme ils poQTaient. Aussi, le 30 brumaire, les commissaires Besson 0t Pelletier prirent un arrêté très violent contre Texercice do culte. Après avoir déclamé contre l'hydre du despotisme 6ile fanatisme, ils constatent :
« ... Que le fanatisme est porté à un tel point dans les commuas frontières des départements du Jura et du Doubs, que les haliHants des campagnes se réunissent dans les ci-devant églises pour y célébrer eux-mêmes les ci-devant dimanches et fêtes; qu'ils ont conservé tous les signes de la superstition ; que dans plusieurs ttnuDones, on a même, et récemment, planté des croix.
« Que plusieurs prêtres exercent encore publiquement leurs fonctions, ce qui donne lieu à des rassemblements considérables de ôtoyens, qui se rendent de plusieurs communes aux lieux de feercice de ce culte ; que ces rassemblements sont proscrits par ^ loi du 16 frimaire (rassemblements aristocratiques I) , comme itusibles à Tordre, et à l'unité de la république. »
Tous les prêtres et autres particuliers qni exercent un coite quelconque seront arrêtés et poursuivis. Tous les prfttres du Jura et du Doubs sont mis sous la surveillance iesautorités. Toutes les églises seront fermées, tous les objets '«nrant au culte seront déposés « dans des lieux clos », hsqu'à ce que la commission d'instruction publique en ait ^Jécidé. Tout signe extérieur du culte doit disparaître dans la décade. Les agents négligents seront mis en arrestation pendant deux mois, et punis d'une amende qui ne pourra ^éder 500 livres. L'article 7 est caractéristique :
« Les temples qui ont servi à l'exercice d'un culte quelconque, ^ Uront ottverts que les jours de décade, et aux heures indiquées P*r les municipalités pour la lecture et la publication des lois, et **ïle des discours décadaires ; ils seront fermés immédiatement *prè8par l'agent national, qui en conservera la clef. »
^^ voit que les précautions les plus minutieuses sont
3i2 CONSTITUTION CIVILE DU CLEIGÉ.
prises pour empêcher complètement l^exercice da culte est en outre sévèrement défendu de sonner les cloches. 1 comités révolutionnaires doivent dénoncer les gens c ont des communications avec les prêtres déportés, oui protègent de quelque manière. Tous ceux qui seront tro vés sans passeport à une demi-lieue de la frontière sero réputés avoir eu l'intention d'émigrer, arrêtés et tradui devant les juges.
C'était la continuation pure et simple du régime de Terreur. Le 15 frimaire, Sévestre et Pelletier adoptèrent c arrêté pour la Haute-Saône. Cependant Besson avait penn à quelques constitutionnels détenus, parmi lesquels i trouvait Moyse, intrus du Jura, de rester à Besançon en so veillancc; mais s'il était, comme la plupart des thermid riens, moins dur que les terroristes pour les prêtres cons dérés comme individus, il était tout aussi décidé à les efl pêcher d'exercer leur ministère.
Los autorités locales exécutèrent avec beaucoup de «* les ordres des proconsuls. Des prêtres constitutionnels q avaient célébré la messe furent arrêtés comme coupabl « d'avoir, au moyen des exercices du culte, entretenu les < toycns dans le fanatisme ». Ceux-là mêmes qui n'avaie pas repris leurs fonctions étaient soigneusement surveilU et ne pouvaient se voir entre eux sans exciter les soupço des prôtrophobes.
Les protestants ne furent pas mieux traités. Le 3 octob le district de Saint-Hippolyte écrivait à celui de Montl liard de ne pas tolérer les rassemblements fanatiques • protestants, parce que ceux du canton de Blamont ré( maient leur ministre et la même liberté que leurs cor< gionnaires du district de Montbéliard. Des ministres prol tants qui avaient abdiqué furent inquiétés comme ay voulu reprendre leurs fonctions. Christophe Cuvier, ex-i nistre à Monténéchoux, qui n'avait pas scandaleusem abdiqué, fut traduit, le 2i frimaire, devant le district Saint-Hippolyte, en exécution de l'arrêté de Besson. Il ] tendit qu'il n'avait pas repris ses fonctions, et qu'au c traire, il cherchait une nouvelle occupation. Le district fusa de le croire, parce que la commune de Monténéch était des plus attachées à ses anciens préjugés, et des j
préTennes « contre le culte simple et pur dont la nation cherchait à M^prnHfr les grands et sublimes principes dans les cceuî*s » . 11 prétendit aussi a que le manque de démission régulière faisait soupçonner le prévenu de vouloir reprendre ses fonctbas ». Afin de le punir de n^avoir pas abdiqué avec scandale, on l'envoya à Besançon s^expliquer devant les autorités, avec deux curés arrêtés comme lui (1).
Le représentant Pelletier donnait, le 22 brumaire, des ornements d*église à la société dramatique de Besançon, poorTencourager à jouer des pièces jacobines, où la religion était grossièrement insultée.
La persécution ét^t encore si violente longtemps après tliermidor, qu'un prêtre rentré en cachette dans sa paroisse, l*abbé Richard, curé de Laviron, se sentant près de mourir, ^ne voulant pas que son cadavre compromit ceux qui lui tnient donné l'hospitalité, les in\ita à l'enterrer secrètenient dans une cave. 11 avait d'abord demandé à être déposé SOT la voie publique, mais il réfléchit aussitôt que la pait^isse serait compromise parla découverte de son corps, et çi'on persécuterait toutes les personnes soupçonnées d'avoir connu sa présence dans le pays. 11 fut donc enterré dans l*cave, le 30 ventôse an III, comme il l'avait demandé; ses fteles furent pieusement exhumés, lorsque les chrétiens i^Went plus à craindre de persécutions (2). Bien des prô- ^s furent ainsi enterrés secrètement, à cause de l'atroce loi du 22 germinal contre leurs receleurs.
Hentz et Goujon avaient, par arrêté du 4 thermidor, envoyé i la citadelle de Besançon un grand nombre de prêtres de l'Alsace. Le 24 thermidor, Foussedoire, qui avait pris parti pour la modération, mit quarante-huit constitutionnels en liberté. Le 27, il prenait encore un arrêté en faveur d'un prêtre « non fanatique », et en outre cx-garde national. le 28, il relâchait encore un cordelier, qui n'avait point exercé le culte, mais s'était adonné « aux travaux rustiques » .
(!) Sauzay, t. VI, p. 469. - (2) Ibid., t. VI, p. 670.
344 CONSTITUTION CIVILK DU CLKRGÉ.
Le 2 fructidor, il mit encore vingt-deux prêtres en liberl il en relâcha encore d'autres les jours suivants, ainsi q| cinq ministres protestants qui avaient abdiqué, et rabbin. Bientôt il se décida à revenir presque complèteme sur Tarrôté de Hentz et Goujon. Après avoir pris Tavis comité révolutionnaire, des jacobins, des corps administJ tifs de Colmar, et tout en reconnaissant « que la mesc générale de Téloignement des prêtres pouvait être utile développement de Tesprit public et aux progrès de la raisoQ il déclara que les prêtres, comme citoyens, avaient droit protester contre un traitement que plusieurs d'entre eux méritaient pas, et rendit la liberté à cinquante-huit de c ecclésiastiques, mais il interdit à dix d'entre eux de revei dans leur ancien domicile, c'est-à-dire dans leur paroisï Un prêtre fut mis en liberté sous la condition de ne pas i venir à Soultzbach. Dix-neuf furent retenus en prison, nm le 28, treize furent encore remis en liberté; un prêtre ma avait été expédié à Besançon.
Bailly fut envoyé en Alsace et dans les départements c Vosges, du Mont-Terrible et du Jura. 11 s'efforça de panî les plaies qui avaient été faites à la malheureuse Als^ par les terroristes. Le 18 nivôse, il disait aux habitants Strasbourg :
« Assez et trop longtemps, la tyrannie vous a opprimés; vieux amis de Ja rcvolulion, les patriotes de 89, les patriotes • n'ont jamais dévié des principes, ont été persécutés par des chai tans en patriotisme, par des hommes inconnus ou qui ne datai de la révolution que parleurs crimes : les taxes arbitraires ont ^ parmi vous les sources de l'industrie et de l'abondance. .. Le réé de la terreur n'est plus, celui de la justice lui succède. »
Le 28 nivôse, il épura solennellement les autorités contuées, et prononça, devant les sections de Strasbourg réuiE dans le temple de l'Être suprême, un nouveau discoi. contre les tyrans de leur ville :
« ... Des brigands étrangers, se disant patriotes exclusifs, é voulu la réduire au désespoir pour la perdre et l'anéantir plus rement. De là les taxes et les incarcérations arbitraires, de les atrocités commises par un prêtre autrichien , promenant p^ tout la mort avec une guillotine ambulante ; de là le projet sa guinaire de faire périr sans forme de jugement tous les détenu
LES COMMISSAIRKS THERMIDORIENS. 345
de li ces propositions insensées d'épurer la population et de transplaoterses habitants sur un sol qui ne les avait pas vu naître, de , là ces bateaux mystérieusement préparés et annoncés dans le fameai livre bleu du comité central du département; mais sans rappeler ici le détail de toutes ces horreurs, on peut, citoyens, les peindre toutes d*un seul trait : il ne vous a manqué qu'un Carrier pour renouveler, sur les bords du Rhin, les forfaits qui ont souillé les liTcç de la Loire (1) ! »
Il est impossible de mieux caractériser le règne des terroristes en Alsace !
Calés, envoyé en mission dans la Gôte-d'Or, fit résolument la guerre aux terroristes. Il donna à la convention des détails très instructifs sur les malversations et les cruautés de plusieurs petits tyrans locaux, dans des lettres qui furent lues aux séances des 17 et 27 brumaire. Malheureusement, il se montra aussi intolérant et aussi persécuteur que les misérables dont il avait délivré Dijon et le département de la Côte-d'Or. Aussitôt après le 9 thermidor, les populations avaient manifesté hautement Tespérancc de voir cesser bientôt la persécution religieuse; dans certaines communes on tenait des réunions sans prêtre; le maître d'école lisait '^s prières. Le proconsul, furieux de ces marques d'attache- "ïent à Tancien culte, fit, le 26 frimaire, une proclamation pour signifier aux populations que tout ce qui avait été fait Pendant la Terreur contre la religion était bien fait, et que '^ liberté religieuse n'était pas pour les catholiques :
M ... Des attroupements séditieux ont eu lieu dans plusieurs Communes de ce département, ils avaient tous le fanatisme pour ^éteœte; des prêtres avares, insensés, turbulents, agitent les communes par des lettres, dans lesquelles ils persuadent aux paisibles iiahitants des campagnes que la convention, en décrétant le libre exercice des cultes, a entendu qu'on pourrait ouvrir les églises et ré- 4ablir les cérémonies du culte catholique. D'autres ont assemblé les 3iabitants dans des granges après s'être entourés de gens armés : les régents de village, eux qui devraient donner l'exemple des vertus républicaines et du dévouement aux lois de l'État, préférant quelques profits illicites à la gloire d'inspirer les vertus aux enfants cpi'on leur confie, ont continué dans plusieurs endroits à faire les offices dans les églises. Quelques cullivateurSy indignes d'un si beau nom, ont excité le fanatisme et porté le peuple à demander
(1) Archives, AF, II, 94.
l*ouverture de ses églises à ses magistrats, afin que leur refus les rendant odieux, leurs réquisitions fussent impunément méprisées. u Ces manœuvres criminelles me sont connues, déjà plusieurs individus m'ont été dénoncés, quelques-uns sont arrêtés (i) ».
Il invite le peuple « à se méfier de ces vipères », déclame avec fureur contre les prêtres, et termine par un arrêté digne des plus mauvais jours de la Terreur. Les cloches seront brisées ; on ne pourra en conserver une, pour les usages civils, que dans les communes ou sections de commune de trois mille âmes. Tout individu qui s'opposera à la destruction des cloches sera incarcéré comme suspect. Les agents nationaux devront faire main basse sur les vases sacrés, les habits sacerdotaux, qui restent encore dans les églises. Ceux qui en sont nantis et ne les remettront pas volontairement, seront enfermés comme suspects. Les clefs des églises seront remises aux agents nationaux des districts, ceux qui tenteront de pénétrer dans ces églises seront suspects. Tout ecclésiastique est tenu de se dénoncer lui-môme, avec ses noms, âge, etc., etTépoque de sa prestation de serment. Le directoire renverra à dix lieues de sa paroisse. « Tout prêtre qui serait marié, et serait évidemment occupé au commerce ou à Tagriculture », est excepté de cette disposition, ainsi que les sexagénaires et les infirmes placés sous la surveillance des autorités, qui en répondront.
Voilà donc les prêtres constitutionnels aussi empêchés de célébrer le culte qu'au plus foil de la Terreur. Mais il reste encore quelque chose à faire ; les paysans ne s'avîsentils pas de célébrer des offices sans prêtres I Non seulement les agents nationaux feront enfermer au chef-lieu de district toutprêtre'qui célébrerait des offices, mais ils destitueront les maîtres d'école qui lisent publiquement les prières, et en référeront au représentant. Les croix qu'on aurait relevées, ou qui seraient encore debout, seront brisées, leurs piédestaux renversés, sous peine de 150 livres d'amende pour chacun des officiers municipaux de la commune.
Albitte n'aurait pas mieux fait ! Rien ne manque à cet arrêté : il proscrit carrément tout exercice du culte, frappe
(1) Archives, AF, II, 95.
LES COHBirSSAIRI^S THERMIDORIENS. 347
à la fois les prêtres et les fidèles, confisque ou détruit tout ce qui a pu échapper à la rapacité des spoliateurs et à la rage sacrilège des iconoclastes ! C'est ainsi que les thermidoriens comprenaient la liberté religieuse I
Le représentant Maure, envoyé à Troyes après thermidor, mit successivement la plupart des détenus en liberté, à Texception des vieux prêtres réfractaires. Dans le département de TAube, comme dans presque toute la France, beaucoup de communes reprirent Texercice du culte; celles qui n'avaient pas de prêtre se faisaient lire les prières par le maître d'école. De nombreux constitutionnels, éclairés par les épreuves qu'ils venaient de subir, revinrent à l'orthodoxie, au grand scandale des révolutionnaires de toute catégorie. Le député Albert fut envoyé à Troyes, en pluviôse ; il se montra moins intolérant que la plupart de ses collègues. Il est vrai qu'à cette époque les thermidoriens commencèrent à comprendre qu'il leur fallait absolument compter avec le sentiment religieux. Albert fit preuve d'humanité, et môme de tolérance relative; ses arrêtés sont intéressants à étudier, car ils montrent comment la question religieuse était comprise par la meilleure partie des thermidoriens; entraînés en 1795 comme en 1789 par le fanatisme philosophique, ils étaient loin de la tolérance religieuse la plus élémentaire, et la Terreur ne leur avait rien appris.
En arrivant, Albert demanda aux districts des renseignements sur la situation politique, morale et matérielle de leurs communes. Plusieurs de ces administrations lui envoyèrent des rapports très détaillés, et qui contiennent des aveux intéressants. Ainsi, dans son compte rendu du 30 pluviôse, le district d'Arcis reconnaît que malgré tous les efi*orls de la convention, l'instruction publique « n'y. est encore qu'en son enfance ». On a nommé des maîtres d'école comme on a pu, mais leur installation a été difficile, car, dans certaines localités, les curés et les anciens maîtres étaient obligés de céder leurs logements, au grand mécontentement de leurs partisans. Le district avoue que les instituteurs nouveaux ont peu de lumières, les parents ne leur sont pas favorables pour des motifs religieux, « les préjugés ont de trop fortes racines dans leurs cœurs, et ils
348 CONSTITUTION CITILIf DU CLBIGÉ.
Toudraient qu'on f!t entrer dans Tédacation de leurs enfanl les notions premières de la religion chrétienne ». Voilà a aveu très précieux !
Le district espère que les générations futures connaîtroi mieux « le vide de ces opinions superstitieuses qui oi tyrannisé leurs pères », et fait là-dessus une tirade. Il pr tend avoir respecté scrupuleusement la liberté des cultes, reconnaît avoir eu recours aux avis et aux menaces, Iok qu*il a vu les prêtres dépasser les limites. Quand on conna le langage du temps, on ne peut guère prendre ces prote tations de tolérance au sérieux ! Voici du reste comment district traite les prêtres. :
« Nombre d*eatre eux ont pris le parti de quitter les lieux où étaient curés. Ce moyen, qui parait faible au premier coup (Pœil^ beaucoup réussi pour maintenir ou rétablir le calme. C'est aie qu'on a paralysé le service intéressé de tous les prêtres de Tantp dissement, sans causer de mouvements dangereux. U ne s*ensE pas de là que Fadministration ait tout gagné : en arrêtant les m tions, elle ne peut se flatter d'avoir changé les opinions. Presqi toutes les communes (elle doit le dire), recourent à leurs ancieno. pratiques, et célèbrent toujours, à leur manière, les dimanches fêtes, mais toujours sans trouble, et plutôt par suite d'habitudes qc pour désobéir à la loi..., les fêtes décadaires ont été d'après ce assez généralement négligées (i) ».
11 résulte de ce rapport que les autorités, malgré leui protestations de tolérance, ont, par leurs vexations, coi traint beaucoup de curés à s'enfuir, et que néanmoins h paroisses conservent leur culte, par pure conviction ; district est forcé d'en faire Taveu. Il reconnaît égalemei que les officiers municipaux et les agents nationaux recn tés souvent « parmi les journaliers pauvres et ignorants sont animés de haines personnelles, songent surtout à lei intérêt, et ne veulent pas sacrifier leur temps à leurs fon tions.
Le 4 ventôse, ce district demanda au représentant d*appl quer aux hôpitaux le prix de la vente du linge des église s'élevant à 2,350 livres.
Vers la fin de pluviôse, Albert rendit la liberté à dix-se prêtres qui étaient emprisonnés à Saint-Loup ; et dans cet
(1) Archives, D, g 1, 1.
LES COMUISSAIBES THERMIDORIENS. 349
circonstance, il fit preuve d'indépendance à Tégard de l'esprit antireligieux qui dominait dans le parti thermidorien.
Il tourna humainement la loi qui, dans ses termes, était contraire aux prêtres déportés, en s'appuyant des arrêtés I^r lesquels les comités de sûreté générale et de législation, appliquant la loi du 11 pluviôse, sur les jugements non exécutés, avaient rendu la liberté à des prêtres condamnés à la déportation et levé la confiscation prononcée contre eux. Ces prêtres, disait-il, étaient seulement détenus, et non déportés réellement ; d'ailleurs, ayant prêté pour la plupart le serment de liberté et égalité, ils n'étaient pas déportables. Us étaient âgés et infirmes ; et après une longue détention, Us se trouvaient réduits à la plus affreuse misère, et jetés littéralement sur le pavé, car les autorités leur opposaient Qciille chicanes pour les empêcher de recouvrer leur mince patrimoine.
la loi du 3 ventôse, quoique bien insuffisante, avait été ^ocueillie avec une certaine satisfaction dans toute la France, ^omme le présage d'un meilleur avenir. Aussi beaucoup ^e révolutionnaires, même relativement modérés, lui étaient *^ostiles, et suppliaient le gouvernement de revenir en ^''rière. Une lettre adressée à Albert par l'agent national ^^ district d'Ervy, constate l'existence de ce double cou- ^^nt (il germinal) :
*< Il est de mon devoir de vous informer des effets qu'a produits '^^Hs le district le décret sur le libre exercice des cultes. II a été f^u avec transport, et il a été d'abord littéralement exécuté : *^^Ureox de pouvoir faire sa religion (sic), le peuple satisfait sem- "l^t ne pas penser à ses temples. Mais bientôt les maisons particulières où se faisaient les offices n'ont pas été as«ez vastes pour ^utenir ceux qui y venaient. On a senti le besoin d'avoir des ^*ÇHses, on a commencé par les désirer, et bientôt on a eu la vo- 'onté de les avoir. D'ailleurs, les communes de ce district avaient P^'^r elles l'exemple de quelques districts voisins, où le peuple se 'es était fait ouvrir.
** l^éjà deux ou trois sont ouvertes dans les communes de notre
^jrondissement ; le bruit s'en répand, nous croyons que les autres
^'^itent. Les municipalités n'ont ni assez de forces, ni assez de
^y^us pour s'y opposer, et d'ailleurs la volonté générale se pro- ^^^cti sî fwtemmt, qu'il y a danger à lui opposer des obstacles.
'* L.€ mal gagne des extrémités au centre, ^t l'on présente à l'ad-
350 CONSTITUTION CIVILE DU CLEEGft.
iniuistration une pétition du chcf-Iieu de district, qai a pourbi d'obtenir rouverture de l'église (i) ».
C'était un mouvement général. Albert essaya de tranche CCS difficultés , par un arrêté qu'il prit le 18 germinal Châlons-sur-Marne pour les départements de l'Aube et d la Marne. Il reconnaît que les terroristes ont exercé un persécution épouvantable, et constate que la liberté de cultes a été acceptée avec joie par les populations ; mais les invite à ne pas sortir des limites si étroites dans le quelles la loi de ventôse a renfermé l'exercice du culte, ( semble même persuadé que cette loi a fait toutes les coi cessions possibles au principe de la liberté religieuse :
« Ne croyez pas que la majesté des cérémonies tienne à Tessen» des religions. Qu'importe à Dieu la simplicité ou la magnificeoi de l'enceinle où vous l'adorez I C'est surtout aux ministres d cultes à donner l'exemple de la soumission aux lois; il faut que gouvernement soit un... Le prêtre avant tout doit être citoyen, »
Ces théories ne pouvaient produire que le plus mauva effet sur les chrétiens, qui avaient entendu si récemmei invoquer les mêmes arguments contre les cérémonies, poi décréter la profanation et la spoliation de leurs temples, les proconsuls notifier au prêtre qu'étant avant toutcitoye; son premier devoir était de renier son sacerdoce.
On voit par cet arrêté quelle est la somme de liberté qi le représentant croit pouvoir accorder à l'église constiti tionnelle, car c'est à cette église seule qu'il fait ces insigi fiantes concessions. Comme presque tous les révolutio; naires modérés, il trouve fort beau, fort généreux, d'accord une ombre de liberté à l'église constitutionnelle, pan qu'elle était officiellement protégée avant la Terreur qu'elle est un produit de la révolution. D'ailleurs, protégé les constitutionnels, c'est toujours faire acte d'hostilité î catholicisme, c'est se procurer des occasions de le vexer do le persécuter. Albert fait bien quelques phrases poi inviter les constitutionnels à être patients, à laisser au légi lateur le temps d'achever et de polir son ouvrage, mais c voit qu'ils n'ont rien de plus à espérer. Par compensation,
(1) Archives, D, § I, 1.
proconsul vient à leur secours d'une autre manière, en essayant de contraindre les prêtres jureurs à rester dans le schisme. Le 30 germinal, il prend un arrêté pour intimider Jes prêtres réfractaires et contraindre les constitutionnels, 9111 se rétractant en masse, à rester dans cette église que ^ révolution a reniée avec tant de scandale , et que les Uiermidoriens ne veulent ni subventionner ni adopter officiellement.
Cet arrêté est « relatif à la conduite de prêtres réfractaires ^ndant à troubler la paix intérieure dans la république ». Suivant Albert, on trouble la paix, quand on invite les constitutionnels à se rétracter. Il déclare qu'en adoptant des 'ûesures de tolérance, en adoucissant la position des uns flfîs constitutionnels) et ramenant les autres de leur égarement (les catholiques), il a voulu rétablir la véritable frater- '^té. Il avoue donc implicitement qu'il reprend l'ancien système, consistant à contraindre les catholiques à se faire constitutionnels. Pour justifier les mesures inquisitoriales î^'il décrète, il accuse les réfractaires de n'user de leur *il>erté que pour semer la désunion. Voici l'énumération de l^Urs crimes ;
« Que nombre d'entre eux, ennemis de la paix et de l'union,
tVierchent, tant par leurs discours, et leurs écrits qu'ils distribuent,
^^ les émissaires qui circulent dans les campagnes , à abuser de
la prévention des uns, do l'ignorance ou de la faiblesse des autres,
^p présentant au peuple, comme de grands coupables dont il faut
s éloigner, les ministres du culte catholique , et les autres citoyens
^*^ ont été fidèles aux lois de leur patrie, et qui ont donné à l'État,
P^^ preuve de leur attachement à ces lois, la garantie de leur
^'•ment.
^ Que plusieurs de ces réfractaires, munis des pouvoirs
.^times émigrés, que les lois rejettent et proscrivent, et avec
^^^ ^lles interdisent aux citoyens toute relation, osent même faire
^ ^X"ime du serment de maintenir la liberté et l'égalitiS et s'agitent
1 ^Out sens dans leur fanatisme pour obtenir les rétractations des
''^ astres catholiques qui s'y sont soumis ; que sous ce prétexte, ils
P^'^^iennent à obliger ces ministres à faire, en leur présence,
^'ï^rnc délégués des ci-devant évéqueSj la rétractation de leur ser-
. ^t, les uns par des actes passés devant notaire , les autres par
'^^^ription sur un registre ouvert à cet efl'et, et qu'on leur fait si-
^^ï*, d'autres enfin, en faisant de cette rétractation une cérémo-
^^^ ï*eUgieuse, en la faisant faire, ou publier, dans le lieu de la
35i CO^CSTITCTIO!! CITILE DU CLEBGÉ.
réunion de> citojens pour Texercice du culte, essayant, par là, d*inspîrer de l'eloiimcni^nt et de rhorreur contre ceux qui sont assez fermes pour couserrer aux lois la soumission que toute religion commande.
« Que quelques-uns de ces rèfractaires. lors des instructions qu'ils ont faites dans les lieux de réunion, ont été taxés (1) d'avoir été assez imprudent^ pour laisser entrevoir^ par leurs expressions, des opinions très dangereuses. )«
Il déclame ensuite contre le fanatisme et la guerre de Vendée : la république ne peut tolérer qu*on fasse des anciens serments des crimes religieux. Celui qui refuse ainsi de reconnaitre « les lois fondamentales du gouvernement, abjure sa qualité de citoyen »>, comme si la constitution civile était encore eu vigueur ! Il ordonne donc à toutes les autorités d'exercer une surveillance active :
'« Sur la conduite, les démarches et les relations des prêtres mis en liberté non sermentés, et ceux qui ont rétracté leur serment, et sur tous les lieux où les citoyens se réunissent pour Texercice du culte ;*2 i>.
Celle surveillance sera très inquisitoriale : le proconsul compte retenir par peur, dans Téglise constitutionnelle, tous ceux qui seraient tentés de la quitter. Il ordonne en effet i tous les juges de paix de TAube et de la Marne, d'informer dans la huitaine chachin dans son canton:
« ... De toutes tes démarches et tentatives qui peuvent avoir été faites dinctement ou indirectetnent, pour engager les prêtres assermentés, ou tous autres citoyens, sous prétexte de religion, à rétracter leurs serments aux lois de l'État, et spécialement celui de maintenir la liberté et réiralité; des rétractations qui ont pu être faites, des actes qui en ont été rédigés , ou des registres qui en ont été tenus, et des dépositaires d'iceux ou de tous écrits qui ont pu être distribués, tendant à cette lin, pour être lesdites informations transmises aux accusateurs publics de chacun desdits départements, qui les adresseront soit à nous, soit au comité de sûreté générale, pour être pourvu aux mesures qui seront commandées par la nécessité de maintenir Tordre et la tranquillité dans TÉtat. »
(i) Par quelle espèce de gens? Albert ne le dit pas, et ils ne sont taxis d'aucun fait précis, mais de laisser entrevoir, etc. All>ert a du moins asseï de loyauté pour ne rien affirmer Aii-méme.
(2) Archives, D, § I, 1.
Ainsi donc il n*est pas permis de blâmer des serments qn*6n ne demande plus, et de déclarer que les prêtres constitutionnels ne sont pas orthodoxes. On revient purement et simplement au système de persécution antérieur à Tabolilion du culte ; mais alors Téglise constitutionnelle était officiellement protégée et imposée; maintenant elle n'existe plos légalement. Malgré ses préjugés antireligieux, Albert était trop intelligent pour ne pas comprendre que la situation était complètement changée, et qu'en revenant à Tanmen système la convention serait justement accusée de commettre la plus odieuse inconséquence; aussi avait-il hésité, avant de prendre son arrêté du 30 germinal. Il s'est montré beaucoup moins afûrmatif dans un mémoire qu'il adressa aux comités de sûreté générale, de législation et de salut public, pour leur rendre compte des difficultés inextricables dans lesquelles la constitution civile et la persécution avaient jeté la république ; il s'est môme aventuré dans ce mémoire à leur proposer certaines solutions.
Il prévient les comités qu'il a remis en liberté de vieux prêtres reclus pour n'avoir pas prêté serment à la constituiioD civile, mais qui néanmoins avaient prêté celui de liberté et égalité. Il a pensé que par humanité, et aussi par raison d'économie , il valait mieux ne pas les garder en prison. Il leur a fait rendre le prix de leurs meubles vendus, a défendu qu'on vendît leurs immeubles, et prescrit le paiement de leurs pensions ; il se croit autorisé à agir ainsi par la loi du 11 pluviôse dernier et de nombreux arrêtés des comités. Cependant, plusieurs administrations lui font des objections, elles invoquent les lois qui frappent de confiscation les prêtres déportés, et une lettre du comité de sûreté générale du 4 germinal dernier qui porte :
« Qu'il est informé que les prêtres insermentés que leur âge, ou leurs infirmités, ont déterminé à rendre à la liberté, prétendent rentrer dans la propriété de leurs biens, mais que Tintention du comité n'a jamais été de porter atteinte aux lois en vertu desquelles il a pu être procédé au séquestre ou à la vente de leurs biens. »
Il demande que cette difficulté soit tranchée par une loi, et il est naturellement amené à examiner quel degré d'importance le gouvernement doit Sccorder, maintenant, aux serments qui ont élé exigés par les assemblées constituante
et législative , et sur ce point il donne des conseils trii sages aux comités :
« Le serment ajouté après coup à la constitution civile du dergé, n*cst-il pas la conséquence nécessaire d*nne religion dominante, et d'un culte public préférablement protégé? N*est-il pas une partie intégrante plus ou moins directe de la constitution de 1789, 90 et 91, que la nation a rejetée, et dont il ne faut plus argumenter?»
11 en conclut très justement qu*on ne peut plus imputer à crime le refus de ce serment, mais, par une inconsé* quence déplorable, qu'il faut attribuer au fanatisme antî* religieux, ou à la peur de devenir suspect aux comités par trop de modération , au lieu do conclure à la liberté 'de conscience, il s'arrête en chemin, et soutient qu'on a h droit d'invoquer contre les catholiques le serment de liberté et d'égalité exigé par la législative, dans les circonstances que l'on connaît, et que tous ceux qui s'y opposent méritent d'être bannis à jamais.
Mais abandonner le serment de la constitution civile, c'est revenir en arrière, c'est obliger la révolution à reconnaître que depuis 1789 toutes les assemblées ont fait des lois très injustes contre la religion, et qu'il faut en réparer les effets 1 Cette fois encore il n'ose pas aller jusqu'au boat et ne propose que des mesures très incomplètes :
« On peut objecter qu'il résulterait de ce principe , que les prêtres qui n*ont été déportés que pour avoir refusé le serment pourraient rentrer : c'est à la sagesse des comités à méditer la loi qa< je propose, de manière qu'elle ne pût pas avoir cet effet, porei que la politique et la raison d'État s'y opposent; la déportation eflbe tuée des prêtres est trop liée dans l'opinion publique avec l'éini gration pour que le moindre retour ne fût un danger {{) ».
C'est une raison pitoyable ! Il n*y avait aucune analogi entre la déportation des prêtres et l'émigration : les prêtre étaient des émigrés forcés, sous les peines les plus grave: et la véritable opinion publique savait bien les distinguei mais Albert ne parle ici que de l'opinion des persécuteur qui ont voulu assimiler la déportation à l'émigration quai à la peine de mort et à la confiscation des biens. La dit! culte n^était pas là, mais dans le fanatisme des révolutio]
(1) Archives, D, § 1, 1.
LES COMMISSAIRES THEBMIDORIENS. 355
naires : tonte la législation antireligieuse avait eu pour but d'arrJTer à Tanéantissement du catholicisme, par la déportation du clergé tout entier ; après tant de déceptions, les révolutionnaires espéraient encore fatiguer le zèle de la plupart des catholiques, en ne leur laissant pour tout clergé {W quelques vieillards infirmes : voilà pourquoi Albert se contente de demander une loi en faveur des seuls prêtres loiitla déportation n'a pas été effectuée.
Depuis la chute de Robespierre, les ecclésiastiques qui traient apostasie ou remis leurs lettres étaient flétris publi- IQement dans toute la France, et parles réfractaires, et par les constitutionnels. Aussi beaucoup de curés qui avaient abdiloédans un moment d'épouvante se sentirent pris de honte rt demandèrent la restitution de leurs lettres de prêtrise. Le lî floréal, les administrateurs de TAube écrivent à Albert, pie plusieurs prêtres , après avoir déposé leurs lettres , les demandent, et que les districts sont très embarrassés. Le département incline à croire que refuser la restitution de îw lettres « serait donner trop d'importance au caractère Âcerdotal ». Albert répond, le môme jour, qu'aucune loi l'interdit cette restitution, mais il désire que les lettres H>ient seulement rendues à des prêtres connus « pour des citoyens paisibles et prudents, aimant franchement leur patrie et le bonheur de leurs concitovens ». Le 15 floréal, lliaisait la même réponse aux administrateurs de la Marne. IUi$ le comité de sûreté générale, qu'il avait informé de cette décision, ordonna, le 22 floréal, sans autre explication, p'on lui fît parvenir toutes les lettres de prêtrise dont ces leni administrations étaient dépositaires.
La question des subsistances donnait alors au gouverne- Qont autant de soucis que la question religieuse. Partout 'H redoutait la famine ; les campagnes étaient écrasées de Eqnisitions. La loi du 3 pluviôse an III autorisait le repré- )Dtant à mettre en prison les cultivateurs qui n'avaient 13 fourni la quantité de grains requise, et à les frapper I outre d'une amende égale à la valeur de cette quantité > grains. Albert fit usage du pouvoir discrétionnaire qui î était accordé par cette loi, et, le 7 germinal, après une clamation indignée sur l'égoïsme et la cupidité, il enya en prison cent treize cultivateurs du district d'Arcis-
sur-Aube, et quarante-cinq, de six communes du district de Nogent-sur-Seine ; il fit arrêter aussi des cultivateurs danste district de Bar-sur-Aube. Cet arrêté, comme on le pense bien, causa une profonde émotion ; elle vint jusqu'au comité de sûreté générale, qui Tinvita à se montrer moins rigoureux. Dans le département de la Marne, on souffrait aussi df la disette : le 23 ventôse, il y eut des troubles à Reims to sujet des subsistances (1).
Dans le département de TAisne, les églises se rouvraient et les habitants de certaines communes les reprenaient di force. Beaucoup de constitutionnels se rétractaient. Laoreot et Garnier de Saintes dénoncèrent cette renaissance reUgieuso avec beaucoup d'amertume.
Dans le département de la Somme, le représentant Saa* tereau s'opposa avec une brutalité incroyable à Texercid du culte catholique, et signifia violemment aux populations qu'elles devaient se passer des offres comme avant ther midor. Le 23 brumaire, il prenait l'arrêté suivant contre des catholiques coupables d'avoir cherché à entendre la messe:
« Considérant que les préjugés religieux ramèneraient bient^ Tesclavage politique parmi nous, si Ton ne s'empressait pas d'0> arracher la dernière racine; que les ex-prôtres du département dfl la Somme, qui sont restés dans les communes dont ils étaient tel ci-devaiit curés, font ouvertement ou sourdement tous les eSa^ possibles pour ranimer le fanatisme expirant, et que c'est à 90 seuls que l'on doit attribuer les attroupements qui ont eu lieu dt0 plusieurs municipalités à des intervalles réglés (2), que Tintentiond^ la convention nationale et l'un des premiers devoirs des aaiprit^ constituées est de détruire cette lèpre funeste partout où elle * montre; que Rohault, soldat invalide, domicilié à Quevaavillers
(1) Le 26 germinal, on annonçait à Albert que la garnison de VLùst était sans pain. Le 12 floréal, le maire et le conseil de la communs éef vaient au comité de salut public que leur ville était « en proie à la ph^ horrible famine ». Le 21 germinal, les gardes nationaux de Reims avais! déclaré qu'ayant aussi peu de pain a manger, ils ne pouvaient pas mont4 la garde vingt-quatre heures de suite. {Archives, D, § 1, 1.)
(2) Voilà une curieuse périphrase pour éviter d'écrire le moi dimtmchi
LES COiaOSSÂIEBS THEBMIDORIBNS. 357
tprofo^, le i 9 de ce mois, uo rassemblement dangereux dans fédifiee qui servait ci-devant d*église aux habitants de cette com- Biiiie,en sonnant une cloche pour les y convoquer ; que sa sœur a coopéré à cette manœuvre, dont les suites pourraient être funestes ; qoe l'an et Tantre n'ont agi, suivant toute apparence, qu'à l'instifition du nommé Niquet, ci-devant curé de cette commune, et 91*0 est d'autant plus important de prendre des mesures propres à arrêter les progrès de la superstition dans ce département, que les eontrê-révolutionnaires qui s'y cachent répandent le bruit que lareprésentation nationale autorise les attroupements illicites qu'ils y forment, et les jongleries mystiques qui en sont l'objet, en attendant qne le nombre des dupes que l'on y attire soit assez considérable pour former le noyau d'une nouvelle Vendée ;
« Aet. 1 . Le nonuné Niquet, curé de Quevauvillers, Rohaut et sa sœor seront mis sans délai en état d'arrestation, dans une des maisons de la commune d'Amiens, destinées à cet usage, et ils y i^Bsteront détenus jusqu'à la paix.
« Âai. 2. Il est défendu à tout citoyen, de quelque sexe qu'il s(^ de provoquer aucun rassemblement dans les édifices servant anx ci-devant cérémonies du culte, sous prétexte d'en continuer [ ^tterdce, et il est également défendu d'y assister ^ à peine d'être dé- ^ iutpeet et arrêté comme tel (1] '>.
Les maires et officiers municipaux feront (art. 3 et 4) ^prisonner immédiatement les délinquants ; les districts derront stimuler leur zèle.
Cet arrêté se passe de commentaires. Il proclame tout >iiDplement la continuation du régime de la Terreur; toute personne coupable d^avoir assisté à la messe sera mise en prison. Mais les populations manifestèrent si énergiqueoient leur volonté, que le gouvernement thermidorien dut fenoncer à proscrire le culte complètement, et se borner à en gêner Texercice le plus possible, et à vexer les prêtres. Tel fut le système que suivit le représentant Blaux, envoyé i Amiens quelques mois plus tard. Le 2 floréal, le comité ^e sftreté générale l'encourageait à persévérer dans cette ▼oie, par une lettre signée Monmayou et GufTroy :
« Nous voyons, citoyen, par ta lettre du 28 du mois passé, les ^orls perfides des prêtres réfractaires ; et des malveillants pour 'établir leur domination et la monarchie. Nous t'invitons à prendre loules les mesures^ue tu jugeras convenables pour déjouer leurs
(1) Archives, AF, II, 143.
S58 coifsnrmoN ciyilb du clkigé.
projcUk criminels, et restreindre Texercica da culte dans les terme prescrits par la loi da 3 ventdse. Écris aux agents nationaux de districts dV tenir sévèrement la main, échauffez le zèle de l'aees sateur public près le tribunal criminel, et chargez-le de poursoiii avec vigueur tout homme qui troublerait Tordre public. La fermel et Ténergie des autorités constituées suffiront sans doate pour II faire rentrer dans le néant. Salut et fraternité (I ). n
Conformément aux instructions du comité, Blauxstimiil le zèle des districts, et leur enjoignit de rendre compte, clu que décade, des mesures prises contre les prêtres et poc Tapplication do la loi du 3 ventôse. Dans une circulaii adressée lo 10 floréal aux agents des communes au saj^ des cultes, le procureur syndic du district d*Amiens recoi natt que « parmi les prêtres, il en existe beaucoup qui oi agi jusqu'alors avec une grande réserve, et qui ont méri Testimo de leurs concitoyens ». Aussi insinue-t-il que ce tains fonctionnaires ne montrent pas beaucoup d'activité appliquer les lois sur le culte. La convention vient d*appro ver André Dumont. Tancien proconsul du département, q a déclaré recommencer à Versailles la chasse aux réfra taires; il faut appliquer les lois. Le représentant Blaux fe exécuter la loi du 3 ventôse, et surtout son article 7, c proscrit tout signe extérieur du culte. Il adresse des oc naces aux fonctionnaires qui négligeraient de dénoncer prêtres « qui tiendraient des propos contraires aux maxin du gouvernement ». Travailler le dimanche et se repo: le décadi était une des maximes du gouvernement! On mit donc à poursuivre les réfractaires, et à emprisonner rétractés, qui leur étaient assimilés, et même, lorsqu*i avait doute, on commençait par priver les prétendus rétr tés de leur liberté. Nous donnons, comme exemple. Tan pris le 48 floréal par le conseil général, contre un pri qui réclamait ses lettres, et paraissait abandonnei schisme :
« Le procureur général syndic a mis sur le bureau une copj lui adressée par le procureur-syndic du district de Montdidier, d' pétition présentée à l'administration de ce district, le 11 ven dernier, par le citoyen Clovis-Constant Drouèr^ demeurant ei
(1) Archives, AF, II, 94.
USS COMMISSAIIBS THEBMIDO&IEIIS. 359
eoBonne dadit Montdidier, par laquelle il expose que, lorsque la FntDee itaît couTerte d^échafauds, lorsque le sang ruisselait sur iomln poihis de la république, et que la persécutiou était exercée cootreeeux qui professent les opinions religieuses de Téglise catholiqoe, apostolique et romaine, et principalement contre les ministres du culte de cette religion, sa. propriété a été violée, et les droits de lliomme méconnus, par la reddition forcée de ses lettres de prêtrise; et après avoir fait sa profession de foi, et exposé ses principes religieux, il déclara protester : {^ contre cette reddition feitée de ses lettres de prêtrise, dont il réclame la restitution, tontes démarches qui lui ont été arrachées par la violence et la terreur étant nulles et de nul e£fet. 2<» contre la rédaction du procès- ^f^Aél consigné dans les registres de Montdidier, sur le prétendu dépôt libre de ses lettres de prêtrise, et dans lequel il prétend qu*il est faussement et injustement dit qull renonçait à Texercice de ses 'fMietionsde ministre du culte catholique, ce qui a toujours été bien ^ de son cœur, pourquoi il demande radiation dudit procèsverbal.
« Contre toutes paroles ou démarches que la crainte ou la terreur doraient pu extorquer de lui depuis le commencement de la révolution, contraires aux principes de l'église catholique, apostolique et romaine, lesquelles il révoque, et déclare comme nulles et non ^Tenues, désavouant même toute dénomination de prêtre et de ^oré constitutionnel, et toute autre capable de compromettre sa <^7ance; ne reconnaissant point d'autre que celle de prêtre de ''église romaine, dût sa protestation être pour lui le motif d'une ^i^otndk persécution (1). »
II avait deviné juste! Le conseil se demanda si les der^ nières phrases de cette pétition ne contenaient pas une rétractation. Il décida, en conséquence, qu*on ferait prendre des renseignements sur lui, et qu*en attendant, il serait (( mis sur-le-champ en arrestation, et conduit par bonne et sûre garde en la maison de détention de ce district ».
Ainsi les révolutionnaires ont seuls le droit de regretter qu'il y ait eu une église constitutionnelle , et de le proclamer bien haut en la supprimant, puis en refusant obstinément de la rétablir. Mais malheur aux prêtres qu*ils ont contraints d'en faire partie, s'ils ont l'audace de regretter leur adhésion au schisme! Le conseil général décide, en outre, que copie de la pétition de Drouère sera envoyée à la convention ; il espère qu'elle le déclarera déportable. Et
(1) Archives, AF II, 94.
860 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGi.
pourtant, dans toute la France , de nombreux ecclésiastiques bravaient la persécution et se rétractaient I
Le représentant en mission et les autorités du département de la Somme avaient pourtant bien autre chose à faire que de persécuter, car ce département souffrait cruellement de la famine. Des bandes parcouraient les campagnes. L'insurrection du là germinal à Paris eut son contrecoup à Amiens : le 14, il y eut dans cette ville une émeute où les femmes jouèrent le principal rôle; elles réclamèrent du pain à grands cris, et pillèrent une voiture de blé. a Le représentant , dit le district (délibération du 14), a été insulté dans la maison commune, maltraité dans les rues (1). »
Delacroix, envoyé dans les départements de la Meuse et des Ardennes, voulut, comme la plupart des thermidoriens, continuer la Terreur contre le catholicisme. Pour « réprimer le fanatisme »>, en réalité, pour rendre Texercice du culte impossible dans les petits villages, il prit, le 21 fructidor, un arrêté ordonnant aux prêtres de résider dans les communes de 1,200 âmes, en déclarant que « Texpérienco a prouvé l'utilité de cette mesure ». Néanmoins, il reconnut que cet arrêté était bien rigoureux pour les prêtres caducs ou infirmes. Ces ecclésiastiques étaient incapables d'exercer le culte, par conséquent, il pouvait paraître humain à leur égard, sans cesser de priver les fidèles des secours de la religion. Il prit donc, le 18 brumaire, un arrêté qui modifiait le premier. Il autorisa les comités révolutionnaires à permettre aux ci-devant prêtres âgés do soixante-dix ans, de séjourner dans toute commune , ainsi qu'aux prêtres de tout âge « attaqués d'infirmités graves, et qui ne leur permettent pas de quitter leurs domiciles ». Toutefois, ces septuagénaires et ces infirmes ne pourraient rentrer
(1) Blaux, en parlant des émeutiers, reconnaît « qu'ils jeûnaient depuis longtemps et qu'il ne leur était distribué que trois onces de pain par tête pour leur nourriture de ce jour ». On distribuait ordinairement deux, trois onces par jour; le 21 germinal, on ne donna qu'une once, et le lendemain deux. Le 26, le conseil général demanda des secours extraordinaires aux représentants, « considérant qu'il ?i'« été distribué, hier au soir, aucun grain aux boulangers; que la presque totalité des habitajits de la commune sont exténués de besoin et tombent d'inanition. »
dans la commune où ils exerçaient le culte, à moins que ce ne fût le chef-lieu du district, où ils seraient bien surveillés. Les prêtres qui étaient chargés de leurs parents vieux on infirmes étaient exemptés de l'arrêté comme assimilés i ceux qui s'étaient mariés , ou qui avaient adopté un enfant. L'article 5 déclare que ces exceptions ne pourront s'appliquer « aux prêtres reconnus fanatiques » par les comités révolutionnaires. Dans le langage du temps, un prêtre est fanatique lorsqu'il tient à son sacerdoce et cherche à l'exercer. Ainsi les prêtres caducs et infirmes ne pourront jouir du bénéfice de cet arrêté, s'ils ne vivent pas 6n laïques indifférents. Delacroix a pris toutes les précautions imaginables pour rendre à peu près impossible aux chrétiens d'avoir avec un prêtre le moindre entretien sur •a religion (1).
Delacroix fut aussi envoyé à Versailles, et s'y conduisit comme dans les Ardennes, en persécuteur acharné. Bien Vi'il fût très occupé à lutter contre les jacobins , son fanatisme l'entraînait à persécuter des catholiques inoffensifs. Dans beaucoup de communes, les paysans privés de prêtres faisaient célébrer des offices par des chantres et des maîtres d'école. Le 12 pluviôse, Delacroix déclama avec fureur contre ce dangereux abus, et prit un' arrêté internant tous les prêtres et ex-moines dans les communes de 1,200 âmes. «Les ex-prêtres ou religieux qui se sont ralliés par le manageàla nature et à l'état social», ceux qui ont adopté uo enfant pauvre, ceux qui sont chargés depuis longtemps de pères, mères, frères ou sœurs pauvres et infirmes, sont exempts de cette disposition, mais ils ne pourront rester dans les communes où ils auront exercé le culte. Conformément à l'arrêté du comité de sûreté générale du 12 nivôse, les autorités doivent s'opposer à tout rassemblement fanatique et royaliste, et « faire arrêter tous orateurs et acteurs principaux de ces rassemblements » ; c'est-à-dire les chantres et les maîtres d'école qui célèbrent les offices, et en prévenir le comité de sûreté générale et le représentant. Un pareil arrêté, pris six mois après la révolution de thermidor, lorsque les persécuteurs avaient déjà perdu beau- Ci) Archives, D, § I, 10.
362 CONSTITUTION CrVILE DU CLBIGÉ.
coup dlUusions, révèle chez son auteur le fanatisme an^" religieux le plus violent. Aussi fut-il attaqué très viveme^^ par certains journaux, et Delacroix s'en plaignit, le !•' ve^' tôse, à la convention. Il eut à réprimer des troubles an suj^*' des subsistances , et de la libre circulation des grains, qfM ^ des factieux et des égarés voulaient absolument empêchée^ ' André Dumont vint aussi quelque temps à Versailles : comm Delacroix, il fit la chasse aux prêtres, et s*en vanta dans séance du 29 germinal ; la convention applaudit chaleureu sèment ses exploits.
Tous les commissaires thermidoriens ont procédé comm ceux dont nous venons d'analyser les actes. Ils ont destitué ^ les terroristes les plus ardents^ mis un grand nombre de suspects en liberté et arrêté les exécutions ; mais ils ont voulu maintenir le régime de la Terreur contre les croyants, mettre tous les prêtres, catholiques ou constitutionnels, dans l'impossibilité d'exercer leur ministère ; et pour y arriver, ils ont renouvelé tout simplement les arrêtés de persécution pris au plus fort de la Terreur. Mais les populations voulaient absolument que la révolution de thermidor leur profitât au point de vue du culte ; on n'osait plus emprisonner en masse, guillotiner comme sous la Terreur; il devint donc de plus en plus difficile d'appliquer les lois et les arrêtés qui proscrivaient la religion et les prêtres. Les commissaires finirent par montrer plus d'humanité pour les prêtres considérés comme individus, mais sans leur permettre davantage d'exercer leur ministère. Les prêtres proscrits, déportés, reparaissaient ou rentraient à la connaissance de tout le monde , et les prêtrophobes n'avaient plus assez de force pour empêcher les populations de courir à leur messe, et souvent de reprendre les églises. Les gouvernants voulaient persécuter comme avant thermidor , mais, très souvent, les populations prenaient hardiment cette liberté religieuse qu'ils s'obstinaient à leur refuser.