‹ Histoire de la constitution civile du clergé (1790-1801) (volume 4)Chapitre 13 sur 55 · SITUATION INTÉRIECRE DE LA FRANCE EN · texte numérisé non relu

SITUATION INTÉRIECRE DE LA FRANCE EN

de rAssenibléc ne montraient cette fermeté que par exception. Le directoire du Calvados n'était pas le seul qui voulût empiéter sur le pouvoir judiciaire. Le2i novembre 1790 le directoire des Basses-Alpes déclara deux habitants suspendus de leurs droits civiques pendant six mois, comme ayant fait des mémoires diffamatoires pour leur municipalité. Six autres signataires de ces mémoires furent condamnés à les désavouer publiquement, sinon à être privés de leurs droits pendant trois mois.

La seconde' moitié de l'année 1700 fut aussi attristée par des pillaîïps, des émeutes, des assassinats commis dans les circonstances les plus déplorables. Partout, sous prétexte d'accaparements, la circulation des grains était arrêtée ; il se formait des attroupements tumultueux qui très-souvent se portaient à d'horribles excès. Le directoire du département de l'Aude écrivait, le 30 août 1790, au comité des rapports, que les t^tes des ouvriers étaient fort exaltées ; qu'il n'était pas possible de percevoir les impôts dans les campagnes ; qu'on s'insurgeait pour ne pas payer du tout les droits féodaux déclarés rachetables ; (pi'enfin il fallait envoyer des troupes dans le département. Partout, au nord comme au midi, dans la Flandre et l'Artois oommedansle Languedoc, à l'est comme à l'ouest, dans la Bourgojrne comme dans le Poitou, on avait de graves désordres à réprimer. Les comités des rapports et des recherches recevaient tous les jours des administrations diverses les rapports les moins rassurants.

Dans le département des Doux-Sèvres les prétendus accapawments et le prix du blé avaient causé une grande perturbation. Une lettre adressée de Niort au député Alquier par un de '^ amis et coreligionnaires politiques contient des renseigne- ^ctïts intéressants sur la crise à la fois politique et économique Itie la France traversait alors.

fl II semble, mon cher ami, que dans la ci-devant provinco de »*oiiou, et surtout dans le département des Doux-Siîvrcs, l'esprit d'in- ^Urrection soit une épidémie. Déjà quatre villes viennent d'éprouver *les secousses violentes. Dans l'une (Saint-Maixcnt) le peuple arracha

(1) Cette lettre, du 3 septembre 1790, fut déposée par Alquier au comité '^^ recherches.

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Siunoili «liTiiirr l'iTliarpc au luuiro, vi le frappa, hans l'autre (Partliriia\ '•, (Ml a été oliligé de sortir le drapeau rouf^e; à Celle on n rouru 1rs plus p'ands risques, à Marans de nirine^ à Niort le peuple a taxé le Idé mal^Té la ^arde nationale...

« (Quelques enniMuis sans doute de la tranquillité publique souftient U» désordre, en insinuant aux peuples des conseils peWides. L*i rlu'rté du lilé est la i*aison banale, on ne veut plus s^nilTrir de inarrhands de cette denrée, prétendant que ce sont euv qui la font enchérir... Le peu|ile se laisse almser dés qu'on lui parle d'accapareurs. Aussi s'est-il déclaré l'ennenii mortel des inarchands de Mé ; partout il a juré leurtwrte, paiiout il parle de les lanterner (car ce mot est à la mode), et désormais si l'Assenddée nationale ne se hâte d'organisiT les milices nationales et les tribunaux de justice, ou qu'elle n'autorisa» provisoirement ceux existants à faire le priu-ès aux auteurs de ces révoltes, les villes, |»ays et pr(»\inces qui cmi fait «le mauvaises récoltes sont dans le cas de manquer de pain. Hier U* peuple a impunément, parce que la force publique n'existe plus, forcé la main à ceux qui approvisionnaient le marché. Des marchands (|ui avaient acbetile blé sur le prix de c«'nt dix sc»us le Inusseau furent ohHijês de le tlnnuei\soiis prinnlo Ui rh\ n qwitre franrs,\o\\'d une peiie réelle du cinquiènuï et demi, et ce n'est pas où cela en denn'urera... »

« Kn vain laj^'arde nationale (sur la<|uelle on ne peut plus compter parce qu'elle est C(»mposée «le jl'cus du peuple dans la plus grande pallie, et favorisant plutôt que s'opposant au désonlre) en \ain les troupes de li^rne se transportèrent-«'IIes au marché, le blé n'i'U fut pas moins livré au mot du peuple, qui injuria les numicipaux, les propriétaires aisés, h qui il fait un crime d'avoir quebpie chose et de vt'udre sa denrée le prix courant. Le calme se rétablit enfin, mais le peuph' vu se retirant jura que jeudi ]irochain il pendrait un iW^ marebands de; blé ou des rielu-s. Voilà notre [lositiim, moucher, prêts à être a-^ saillis par la p<q>ulact»; s;ins force publiciue, [luisqu'elle ne ^eut reconnaîtn' ni l'autorité lé«jiliuu', ni vos décrets maljrré t<>us ses serments... »

L'habitant de Niort insistn <b> iiouvoau sur la nécessité dr réoi'f^aniser l'onlro judiciairo, et d'assurer la répression dos délits. I^s notables des conseils municipaux ne song:ent qu'à llattor le peuple et à parader dans les fêles publiques. Ces notaldos, pour acquérir d(» la popidarité, ont demandé la suppression des marebands de UU\ et l'interruption du commerce libre d»*s {grains. On vient jle nommer un maire qui n'a pas le sou, ot qui s'est attiré les suffra^^es du peuple en lui promettant effronlémenl le pain à six liar<ls la livre. Après avoir fait le plus tristo

SITl-ATfOS ISTKRlEUItE 1»E LA FKA.NCK EN 1790. IMu

tâhipaufio la situation des propriétaires ruraux, il finit on so plaignant de la lenteur de l'Asseniblée.

t... Craignez tprà la fin le mal ne >n'iX InrnraMe. Vous ne Stive/ rij'iià Paris. Il faut être instruit de ee »pii se passe en province et du |ieii(1e patriotisme qui y r«'gnc pour sentir le daup-r. L'esprit publie, «st encore an berceau ; eep«'iidant Niort est encore une des villes où il } «Ml ait le plus tie toutes celles qui l'environnent... »

C'est ainsi qu'un partisan de la révolution apprécie en 17*.M> l'état du pavs et les autorités issues du mouvement. Il aurait fallu que les révolutionnaires modérés s'unissent étroitement pour chercher un remède à tous ces maux , au lieu de fermer l<s yeux à l'évidence, de passer leur colère sur les aristocrates, et dexciter encore plus la populace.

Des lettres adressées par le département des Deux-Sèvres confirment les sissertions du corres|)ondant d'Alquier. Le r> se|>tembre le maire et les officiers muni(;ipaux de Niort furent forcés par la populace de taxer le blé. Le lendemain ledéparlenient annula cette délibération, et demanda à TAssemblée les iTioyens de faire exécuter ses propres dticisions,

■ ... Attenthi ipie la g^U'tle nationale, divist'e par des fartions, s'était «n partie concertée avec le reste; <lii peuple pour coutraiiulre les ofli- «crs municipaux à onloun<T <*t fain* publier cette taxe, et qu'il <'st «ianMi* mouient-ci saus force pnbrM[ue nécessjiin*. »

baiis toute bi Franco les mêmes causes produisaient les niéuies effets. Les cultivateurs et les marchands de blé étaient opprimés et pillés, la j^^arde nationale restait généralement impîi^<ihle, et souvent même elle [»articipait au pillage. On vit dans certaines localités des gardes nationaux appelés pour maintt^nir Tordre, se sîiisir du blé, et le vendre à leur juotit.

Lit fxq)ulace, enhardie par la mollesse de la garde nationale, ne se Imniait pas toujours à piller, et à menaccM' de la bmterne ceux qu'elle pillait. Le i août 1790 la ville de Saint-Ktienne est souillée par une scène épouvantable. Une bande de mutins veut saccager la maison d'un nommé Herthéas, qu'elle accuse d'acrapiireinent, et pousse contre lui des cris de mort. La garde nationale faiblit aussitôt. Le maire pour apaiser les furieux leur offre (rentrer avec quelques-uns d'entre eux et deux boulan-

gors dans la maison du prétondu accaparour, pour voir si elle contiont réellonifinl du blé. On accepte son offre, on fait une perquisition minutieuse, et on ne trouve rien. Les émeutiers n'en persistent pas moins à réclamer son jugement à grands cris. Le maire, pour obtenir un peu de répit, leur promet que le lendemain on commencera Tinslruction de l'affaire devant six d'entre eux. Berthéas est conduit en prison. Mais quelques heures après quatre ou cinq cents individus accourent à la mairie, et réclament son jugement, c'est-à-dire sa tête. Le maire assemble le conseil de la commune. On fait appel au courage et au dévouement de la garde nationale , mais le procès-verbal rédigé par le maire et les municipaux porte que les officiers ont répondu a.... que la garde nationale, qu'ils avaient voulu rassembler le matin, ayant éprouvé des désagréments^ et la multititude étant encore plus nombreuse, elle se refuserait au service, ainsi que la très-majeure partie en avait fait le refus le matin... » Pendant ce temps-là, la porte delà prison était forcée, et le malheureux Berthéas était traîné dans la ville et égorgé. Bien des châteaux furent pillés pendant l'année 1790. Les campagnes avaient bien plus souffert que les villes des abus de l'ancien régime, et cependant elles s'étaient beaucoup apaisées depuis l'été de 1789 ; mais les clubs ne cessaient de les exciter contre les propriétaires, et comme il n'y avait plus, de police ni de force armée, les châtelains qui n'avaient pas voulu émigrer voyaient souvent leui's propriétés ravagées et leurs vies sérieusement menacées (1). H ne fallait jamais compter sur la protection de la garde nationale des villes ; mais quelquefois c'était la fameuse milice citoyenne qui pillait, brfdait les chîlteaux, et assassinait leurs habitants. Alors le malheureux qui avait vu sa demeure saccagée et incendiée, et qui n'avait sauvé sa vie qu'à grand'peine, courait encore des dangers d'une autre espèce. Plus l'infamie de ses oppresseurs était grande, plus ils étaient impudents à le calomnier; des accusations de conspiration et même d'assassinat étaient lancées contre

(1) L'Assemblée rendit le 2 juin un dî-cret contre « les troupes de brij^ands l't de voleurs »», qui dévastaient los départemeuls du Cher, de la Nièvre, de PAllier, de la Corrèze, et le 8 aoftt contre ceux du Loirel. Elle a constaté qu'il* entraînaient les populations par de faux décrets. Malheureusement se» ordres étaient bien mal exécutés.

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