SITUATION IRTÉRIEURB DE LA FRANGE EN
la victime si elle avait essayé de se défendre , et elles étaient facilement accueillies par des autorités qui avaient mille raisons de ménager les brigands. Après avoir échappé par miracle à la fureur des voleurs et des incendiaires, il fallait quelquefois passer des mois entiers en. prison, et se défendre devant la justice contre leurs absurdes accusations (t).
La ville d'Aix fut à la fin de 1790 le théâtre d'un drame épouvantable qui excita dans toute la France Thorreur et l'indignation des honnêtes gens. On avait eu à déplorer bien des excès, bien des crimes , depuis le commencement de la révolution ; niais les atrocités commises à Aix firent frémir les plus opti- J^Distes. On savait trop bien déjà combien la population était prompte à tomber dans d'incroyables paniques, et à com- ^Xiettre des actes abominables; mais les crimes d'Aix révélaient Uœ telle désorganisation dans la seule force armée qu'on voulût employer, une telle ineptie et une telle lâcheté chez les admioJstrateurs, que le pays en fut profondément ému. Aussi les admirateurs quand même de la révolution se donnèrent- ils beaucoup de mal pour atténuer les faits, et dissimuler à la masse de la population les affreuses vérités que les assassinats d'Aix lui avaient fait entrevoir un moment. 11 y avait en Provence , comme en Bretagne , comme en Alsace, un certain nombre de citoyens attachés aux coutumes locales, et qui , sans être aucunement hostiles à la révolution , auraient voulu qu'elle ne fît point table rase de toutes les inslitutions qui existaient avant 1789 , et que chaque province pût conserver au moins une partie de ses anciennes coutumes^ et une existence propre au sein de la grande famille française (2). La suppression des parlements et des corporations qui s'y rattachaient les avait naturellement mécontentés. Pascalis, avocat au parlement d'Aix, et l'un des hommes les plus connus du
(1) YoyeZf Appendice n^ 4, le récit du pillage de plusieurs châteaux et Taf- Cûre de M. de Clarac.
(7) Ils tenaient à ce que leur pays conservât son nom, et aimaient à dire que le roi de France avait droit à leur ol)éissance, en sa qualité de comte de ProTence.
pays 9 voulut faire une protestation éclatante contre Tanéantissèment politique et administratif de sa chère Provence. Le 27 septembre 1790, avec cinq de ses confrères, il se présenta à la barre de la chambre des vacations du parlement qui tenait sa dernière séance, et prononça le discours suivant :
« Les édits de 1788 meTorcèrent^ comme administrateur du pays, de consigner dans vos registres les réclamations d*un peuple jaloux de sa constitution, esclave de sa liberté, idolâtre des vertus de son roi. Dans des circonstances plus désastreuses, je viens remplir un devoir moins imposant, et, au nom d'un ordre qui s'honorera toujours de seconder vos efforts pour le maintien des droits du pays, déposer dans votre sein les alarmes des vrais citoyens, le désespoir de la nation. Si le peuple, la tète exaltée par des prérogatives dont il ne connaît plus les dangers, et dont le cœur est corrompu par le poison des opinions républicaines, souscrit au renversement de la monarchie, à Tanéantissement de notre constitution, à la destruction de toutes nos institutions politiques; s*il applaudit à la proscription de votre chef, qu'il surnomma son ami; à la dispersion de la magistrature, qui veilla sans cesse sur son bonheur, et à l'anarchie, qui exerce déjà ses ravages ; si, dans l'excès de son aveuglement, il se refuse au vœu de cette foule de communautés supportant la moitié des charges du pays qui ont inutilement sollicité la convocation de nos états ; enfin si, poiur comble d'infortune, il provoque les calamités de toutes espèces qui raffligent, plaignons ses erreurs, gémissons sur le délire qui l'agite, et craignons qu'il ne se charge un jour de sa vengeance. 1 »
« Lç temps viendra, et nous osons prédire qu'il n est pas éloigné, où le prestige dissipé par l'excès même des maux qu'il aura produits, vos citoyens rendus à leurs sentiments naturels de fidélité, de franchise et de loyauté, béniront la sagesse d'une constitution proclamée par les publicistes l'égide de la liberté sociale, le garant dcUa félicité publique. Puisse le ciel hàtcr ce moment où, nous gratifiant de ce nouveau bienfait, nos concitoyens détrompés se réuniront à l'envi pour assurer la proscription des abus de l'ancien régime, l'exécution de nos traités avec la France, et avec le retour de nos magistrats celui de la tranquillité publique! tels sont les vœux d'un ordre non moins célèbre par ses talents que par ses vertus, qui sut mériter l'estime des différents barreaux du royaume et conserver la votre ; qui mit toujours sa gloire à partager vos travaux et vos disgrâces, qui n'eut d'autre récompense que celle de veiller plus spécialement au maintien de la constitution et au soulagement du peuple, et qui, décidé à s'ensevelir avec la magistrature, veut vivre et mourir citoyen provençal^ bon et fidèle sujet du comte de Provence, roi de France. »