CHAPITRE VII
I. La persécution est plus ou moins dure dans les départements, suivant les dispositions des autorités. — La loi du 7 mai dans les villes où elle est exécutée améliore un peu la situation des catholiques. — Elle est sans résultat dans les campagnes. — Déplorable situation des paysans au point de vue religieux. — Les catholiques réduits par TAssemblée non-seulement à se procurer des temples, mais encore à racheter tous les objets nécessaires au service du culte. — Triste rôle du curé constitutionnel dans les campagnes. — Partout sa présence attire sur les paysans catholiques des vexations de toutes sortes. —La Fureurdes campagnards contre les intrus s'explique par un grand nombre de motiCi. — Persécutions en Franche-Comté. — Le droit de pétition, le droit de réunion violés au détriment des catholiques. — Le directoire du Doubs éloigne arbitrairement les prêtres qui lui déplaisent. — Insuccès de l'Ëgliseconstitutionnelle dans l'Ain.
U. Dans l'ouest il faut constamment envoyer des troupes, pour installer et maintenir les intrus. — Le directoire de la Loire-Inférieure éloigne les curés réfractaires. — Caractère odieux et inconstitutionnel de cet arrêté. — Le Finistère suit cet exemple. — Persécution dans le Poitou. -* Expédition de Saint-Mars la Héorte.
m. Dans le département de la Dr6me, où la révolution a été accueillie avec faveur, l'installation des intrus soulève les populations. — ^Déploiement de la force armée. — Aveux très-graves du directoire. — Pétition des catholiques de Verclause sur les actes de l'état civil. — Les missionnaires de Saint-Laurent-sur-Sèvres. — Instruction sur le schisme de Mv^ de La Luzerne. — Elle devient la règle de l'Église de France. IV. Aveux du directoire de Rennes sur l'échec de l'Église constitutionnelle. — Les jacobins de Toulouse.— Troubles àColmar et dans le Haut-Rhin au sujet de la persécution religieuse. — Le directoire du Haut •Rhin frappé par l'Assemblée à cause de sa modération. — Le schisme n'en est pas moins repoussé en Alsace et dans la Lorraine allemande. — Persécution à Boulogne. — Intolérance de la municipalité d'Amiens. — Émeutes dans cette ville contre les catholiques. — Excellente attitude des directoires de la Somme et de Saône-et-Loire. — Partout les révolutionnaires réclament un redoublement de persécution.
Nous allons essayer maintenant de donner une idée des souffrances éprouvées par les non-conformistes pendant la dernière partie du règne de la Constituante. Partout ils étaient gênés, vexés, mais la persécution n'était nullement uniforme. Dans certains endroits, ils subissaient uniquement les conséquences des décrets de l'Assemblée , paix^ que les autorités savaient encore empêcher la populace et les clubs de se porter aux derniers excès. Au contraire, dans beaucoup d'autres localités, des arrêtés administratifs renchérissaient extraordinairemont sur les décrets ; et les catholiques étaient encore obligés de subir les violences dos clubs, de la populace, des gardes nationaux, que ces administrations ne songeaient nullement à refréner. Dans une foule de communes, la liberté de conscience n'était pas seule foulée aux pieds, toutes les autres libertés , tous les droits de l'homme Tétaient avec elle ; et lorsqu'il s'agissait des catholiques, il se passait déjà des scènes dignes de 93.
La loi du 7 mai avait théoriquement amélioré la situation des non-conformistes dans les villes où les autorités ne leur étaient pas complètement hostiles. Encore les clubs de province avaient-ils essayé presque partout de renouveler les sciènes des Théatins, et de les empêcher de profiter des dispositions de la loi du 7 mai. Trop souvent cette loi si imparfaite ne put être appliquée qu'avec des restrictions considérables. Mais si elle fut utile aux catholiques des villes, elle ne changea presque rien à la situation de leurs frères des campagnes.
Elle était surtout applicable dans les villes où les catholiques, à cause de la suppression d'un grand nombre de paroisses, de collégiales, de couvents, pouvaient louer aisément des locaux disposés pour les cérémonies du culte catholique ; mais elle avait le défaut ordinaire des projets de loi sur Texercice du culif qui sont présentés par les libéraux : elle ne satisfaisait nullement aux besoins religieux des habitants des campagnes. La situation des paysans était bien pire que celle des habitants des villes. Il n'y avait dans chaque village qu'une seule église, et cette église était enlevée aux catholiques, non point au profit d'un culte rival existant depuis longtemps, ce qui eût été déjà très-dur pour eux, mais uniquement parce qu'ils refusaient de plier leurs consciences aux fantaisies Ihéologiques de l'État. L'Assemblée avait eu l'idée de créer une Église de sa façon; elle avait regardé le peuple catholique comme une anima vilii sur laquelle on
LA PEBSÉGUTiON EN PROYINGE. 287
pouvait se livrer à toutes les expériences possibles, et les fidèles qui refusaient de se rallier à la nouvelle Église se voyaient expulsés des temples construits par leurs ancêtres, souvent rebâtis, et ornés par eux-mêmes. C'était surtout, dans les villages que cette spoliation seule constituait déjà une persécution. Elle mettait les sectateurs de l'ancien culte dans une situation d'infériorité humiliante, et froissait brutalement leurs sentiments les plus chers. Les familles, dont les parents avaient enrichi la paroisse, qui étaient venues elles-mêmes à son secours (et Ton sait combien le souvenir de ces dons se perpétue dans les campagnes), ces familles, disons-nous, 'se voyaient obligées de quitter leur église, livrée désormais à un culte ennemi et oppresseur. Et il leur fallait encore pourvoir aux besoins du culte nonconformiste, chercher un local convenable pour l'exercer, ce qui était jextrémement difficile dans un village. Les catholiques étaient donc réduits, même avec la loi du 7 mai , à louer une grange, à convertir en église quelque local obscur, étroit, et mal commode. La gêne était universelle, l'argent était très-rare dans le$ campagnes, et pourtant ce n'était pas assez de louer une maison, il fallait encore racheter tous les objets accessoires du culte, vases sacrés, ornements, etc., car la révolution en avait fait une rafle complète. Tout ce qui dans les églises et les sacristies n'avait pas été livré au culte constitutionnel avait été vendu ou converti en lingots; le culte catholique était plus ruiné qu'il ne l'avait jamais été au temps dos invasions des barbares; rien, absolument rien, n'avait échappé à la rapacité révolutionnaire. Les libéraux, qui vantent beaucoup la loi du 7 mai, qui reprochent aux catholiques d'avoir trop vivement regi'etté la perte « de leurs privilèges », oublient vraiment avec trop de facilité qu'il ne s'agissait point là de privilèges politiques, mais de la possession de choses indispensables à l'exercice du culte, même sous le régime le plus libéral et le plus égalitaire. Grâce à la constitution civile , les catholiques se voyaient, dans plus de quarante mille localités, obligés de se procurer des temples nouveaux, de renouveler tout le matériel du culte ^ et de pourvoir désormais à la subsistance de leur clergé. Quand bien même la loi du 7 mai eût été la loi de liberté, qu'elle aurait dû être dans l'intention de Talleyrand et de Sieyès, les catholiques, dépouillés, obérés, écrasés, auraient été en droit d'adresser à la Constituante la foudroyante apostrophe
que Montalembert devait lancer plus tard à un digne disciple des auteurs de la constitution civile.
« Voici le picgc que vous tendez à TÉglise : aujourd'hui au nom de la liberté vous prenez sou domaine , demain vous supprimerez son traitement; puis elle sera libre! libre comme cet homme que rencontra le Samaritain, et que les ravisseurs avaient laissé vivant, mais ' dépouillé et meurtri. Votre Église libre, c'est une Église ruinée (1) !•
Quand bien même la révolution se serait abstenue de persécuter le catholicisme , dorénavant ses violences passées ne lui en auraient pas moins fait une situation très-difficile; car elle avait mis la main à la fois sur les biens-fonds qu'il possédait au sol^eil, et sur les calices, et sur les chasubles, comme sur les goupillons qu'il possédait dans les sacristies. Les ennemis de la propriété ecclésiastique n'ont pourtant jamais osé soutenir que la possession de ces objets fût incompatible avec les principes de 89. Enlever brutalement aux sectateurs d'une religion tout le mobilier de leur culte, et les contraindre à d'énormes dépenses pour le renouveler partout, est aussi une manière de persécuter, surtout lorsqu'on leur a préalablement confisqué tous leurs temples. Que diraient les défenseurs de la révolution si les catholiques suppliaient le pouvoir, au nom de la liberté religieuse , de confisquer tous les temples des protestants avec tout ce qui s'y trouve, en leur accordant généreusement le droit de garnir à leurs frais ceux qu'il leur plairait d^ louer ou de bâtir! Si du moins, après avoir aussi complètement plumé les catholiques, l'État avait été disposé à les laisse^ tranquilles! Mais il n'en était rien : le gros bon sens des habitant^ des campagnes les avertissait parfaitement qu'il s'agissait d'un guerre à mort contre leurs plus chères croyances, et les auto rites semblaient s'étudier à les empêcher de se faire aucun illusion sur ce point.
Aussi dans une foule de paroisses les paysans pouvaient— ils difficilement retenir leur colère, lorsque malgré les; vœuîC (les cahiers, malgré la déclaration des droits, un intrus soutenir par les clubistes de la ville voisine, et flanqué de baïonnettes venait expulser leur pasteur légitime et s'emparer de leur
(1) Deuxième lettre à M. deCavonr, 1861.
église. Le bruit des excès cominis par les gardes nationaux sur les non-conformistes des villes était arrivé à leurs oreilles; ils savaient que ces gens- là étaient capables de tout, qu'ils ne respectaient ni le sexe ni Tâge , qu'ils réservaient aux hommes les coups de crosse de fusil et de plat de sabre, et les fustigations aux femmes. Néanmoins la pensée des injustices déjà subies et de celles qu'ils s'attendaient à subir les faisait souvent départir de leur prudence ordinaire. Alors il se passait des scènes de violence, et les gardes nationaux en étaient quelquefois réduits à regretter leurs commodes expéditions contre les couvents de femmes, car ces paysans entêtés frappaient vigoureusement, et les paysannes savaient très-bien faire pleuvoir les pierres sur les traqueurs de prêtres et les fouet teurs de religieuses.
Le curé constitutionnel une fois installé avait souvent à lutter contre la haine de tout un pays. Les catholiques ne pouvaient même pas te regarder comme le ministre sérieux d'un culteTival, mais seulement comme la personnification vivante de l'oppression que les révolutionnaires voulaient faire peser sur leurs consciences. Il n'était pas le curé des révolutionnaires, ceux-ci s'en moquaient bien; c'était simplement entre leurs mains un instrument de persécution. Il était venu, avec des clubistes armés, s'emparer de l'église et du presbytère , et dire comme Tartufe au curé légitime , et au peuple catholique :
« C'est à vous d'en sortir, vous qui parlez en maître , tt La maison est à moi, je le ferai connaître. »
Quand bien même le paysan catholique eût été libre de louer une grange pour y prier Dieu comme l'avaient fait ses pères , il aurait toujoui*s vu l'intrus de mauvais œil pour une foule de raisons. Mais malheureusement la présence de ce dernier et l'envahissement de l'église du lieu entraînaient la cessation de l'exercice tranquille et régulier du culte catholique.
La loi du 7 mai, appliquée laborieusement dans les villes, fut nulle pour les campagnes. Les administrateurs des districts et des départements avaient complètement hérité du mépris que les administrateurs de l'ancien régime professaient pour les réclamations des paysans. Le dédain transcendant des révolutionnaires de grande ou de petite ville pour les ruraux ne date pas d'hier. Le gentilhomme le plus arrogant ne parlait pas avec plus
T. II. i»
de mépris des paysans que tous ces municipaux et ces administrateurs de petite ville; leur intolérance fit même quelques distinctions entre les bourgeois et les campagnards. Ils étouffèrent les réclamations de ces derniers en leur opposant tantôt un refus brutal, tantôt des fins de non recevoir basées sur des chicanes de procureur de comédie , tantôt des lenteurs administratives habilement ménagées , tantôt un silence complet. Un seigneur, un ancien magistrat, un simple propriétaire , recevait les paysans dans la chapelle de son château , ou en improvisait une ; on trouvait bien vite un prétexte pour faire cesser un pareil scandale, on accusait le propriétaire de la chapelle de manœuvres dangereuses, au besoin de complot et de conspiration, et on la fermait de force après avoir au préalable fait main basse sur les vases sacrés et les ornements qui s*y trouvaient. Nous aurons souvent occasion de remarquer que, même au milieu des persécutions les plus violentes, la révolution n'a jamais dédaigné les petits profits.
Les paysans en étaient déjà réduits à entendre la messe dans les maisons écartées, dans les bois, dans les gorges des montagnes.
L'Église constitutionnelle vint donc apporter le trouble dans les hameaux les plus retirés. Grftce à elle, des maux de toutes sortes, dénonciations, visites de bandes armées, arrestations en masse, garnisaires, venaient fondre sur leurs malheureux habitants. Quand on pense que la présence du prêtre constitutionnel leur attirait tous ces fléaux, on ne s'étonne pas qu'il soit devenu de plus en plus difficile d'installer les nouveaux curés.
Le curé constitutionnel n'était pas seulement le ministre d'une église oppressive et inutile, c'était aussi, bon gré, mal gré, un agent politique. Il avait trop besoin des autorités civiles pour se refuser à leur faire des rapports politiques sur les villageois, et d'ailleurs celles-ci mettaient leur protection à ce prix. Les noms des familles fid(Mes à l'ancien culte étaient tout de suite envoyés au district : s'il y avait des révolutionnaires dans la localité, ils se groupaient politiquement autour de l'intrus, qui, plus lettré qu'eux, rédigeait leurs dénonciations et correspondait avec les autorités. Naturellement il employait toute son influence à faire venir les gons à sa messe, à traquer les prêtres non-conformistes, à dénoncer les familles qui faisaient
LA PERSÉCUTION EN PROVINCE. 29 i
dire la messe chez elles. La guerre civile était dans la paroisse, elle ne devait en sortir que par l'extinction du schisme. Quand le village était divisé, les deux partis se disputaient avec une extrême violence; les paysans n'ont point la colère loquace; ils en viennent tout de suite aux coups ; aussi bien , dès qu'un révolutionnaire avait reçu la moindre gourmade, l'intrus écrivait que le fanatisme se livrait aux plus horribles excès dans sa paroisse, et une grêle de vexations tombait sur les non-conformistes.
Lorsque le pays tout entier était hostile h l'intrus, ce qui arrivait généralement dans les provinces de l'Ouest, en Alsace, en Forez, etc., sa position n'était plus tenable, il fallait absolument qu'il déguerpit. Certaines localités lui témoignaient leur aversion d'une autre manière ; on ne faisait pas d'émeute à son arrivée, mais on le fuyait comme un pestiféré et on refusait de lui rien vendre.
ff Le curé constitutionnel de Mézeray, près la Flèche, raconte dom Piolin (i), en arrivant dans la paroisse alla descendre chez un boulanger qui était en même temps cabaretier. Il ne se trouva pas une seule personne qui réclamât son ministère ; loin de là^ on le fuyait comme un malade atteint de la peste. Il se plaignit aux autorités locales qui ne firent aucune attention à lui; il s'adressa au directoire du département qui envoya sur les lieux des commissaires. Ceux-ci aperçurent en arrivant une potence et le curé pendu en effigie. A la porte du boulanger étaient des verges pour fouetter l'intrus. Ils constatèrent que pour ne pas communiquer avec le faux curé, les habitants allaient acheter le pain et le vin dont ils avaient besoin à deux lieues de distance... »
Ces paysans étaient décidés à rendre aux révolutionnaires la monnaie de leur pièce s'ils venaient les tourmenter. Souvent les intrus furent chassés à coup de pierres par la population ameutée. Même dans des provinces assez rapprochées de Paris et dont les populations n'étaient nullement fanatiques, des jureurs durent déguerpir parce que, loin d'avoir les paysans à leur messe, ils avaient toutes les peines du monde à trouver un rô'pondant.
La persécution fut violente en Franche-Comté. Nous invoquerons le savant travail de M. Sauzay, afin de prouver que les
(1) Tome I, p. 249.
populations les plus diverses repoussaient la constitution civile, et qu'à l'est comme à l'ouest elle a été la cause d'une persécution véritable (1).
Nous avons vu (chapitre III) qu'un pelit nombre de prêtres comtois avaient prêté serment. Des pétitions avaient immédiatement circulé pour demander la conservation des curés. Le district de Pontarlier écrivait en ces termes, le 7 février 1791, à un prêtre qui recevait des signatures :
« Nous avons peine à nous persuader que vous soyez coupable de la manie fanatique dont on vous inculpe. On nous informe que^ suggéré par un intrigant, vous mendiez scandaleusement et plus criminellement encore des signatures de dévots et de dévotes que vous trompez, pour appuyer la coalition des aristocrates ecclésiastiques réfractaires et mal intentionnés contre notre sainte constitution. Nous vous requérons de cesser ce brigandage, ou, pour mieux dire, la tyrwmie que vous exercez sur les âmes des Qdèles qui vous sont confiés. Désabusez-les des erreurs que vous avez pu leur inspirer. Si vous ne discontinuez vos manœuvres, on vous dénoncera pour être poursuivi devant les tribunaux (2). »
Voilà pour le droit de pétition. La liberté de la presse n'était pas mieux respectée. Le 28 mars les municipaux de Pontarlier vont chez un imprimeur qui est en train de publier le bref da pape contre la constitution civile, et brisent les planches. Les administrateurs du district écrivent le 2 avril au département :
« Plusieurs ecclésiastiques, quoique assez bons jureurs en apparence, (léinentont déjà leurs serments en se permettant et des discours publics et des propos particuliers anticonstitutionnels, en !jO coalisant pour répandre un i)rétendu bref du pape , en le livrant à l'impression qui n'a été prévenue que par la vigilance de la municipalité, qui a fait briser les |)lanchcs déjà dressées. On nous a même a?sure que deux petits calotins de vicaires, voyant leur projet fanatique déjoué, sont allés faire imprimer ce faux écrit à Ncuchàtcl... »
(l)SiM. Sauzay ne s'était pas Uvré à de longues et fatigantes recherche*, les souffrances et la |)ersévL'rance chrétienne de ces braves gens seraient restées coniplélement oubliées comme celles des habitants de tant d^autres provinces. Il a décrit la persécution religieuse dans le Doubs avec les plus grands détails, presque commune par commune.
(2) Sauzay, tome I, p. 428.
Le district se promettait bien d'en interdire l'entrée.
Le droit de réunion était également interdit aux catholiques. Les autorités de Besançon supprimaient les anciennes confréries dont la loi ne parlait nullement, et dont les membres avaient le droit de se réunir en vertu de la liberté générale dont les révolutionnaires usaient et abusaient si largement.
Quand le droit de pétition , la liberté de la presse, le droit de réunion étaient ainsi foulés aux pieds, la liberté individuelle ne pouvait être respectée. Le 15 a\Til 1791, le district de Besançon, informé qu'un religieux Bernardin, nommé Racine, excitait les habitants de Noisey à ne pas recevoir les sacrements d'un prêtre assermenté, décida que :
«i Sans attendre la décision du tribunal , la municipalité de Noisey devait être autorisée (c'est-à-dire invitée ) à lui faire vider dans les vingt-quatre heures le territoire de la paroisse avec ordre de s'en éloigner à distance de dix lieues sous peine d'emprisonnement. »
Ainsi pour empêcher toute controverse avec les constitutionnelsy un district se mêle d'ordonner à un citoyen contre lequel la justice n'a rien prononcé, non-seulement de ne pas aller dans un village, mais de s'en tenir écarté de dix lieues ! Et ces gens-là avaient célébré l'abolition des lettres de cachet! Il ne faut plus se demander comment ils ont pu réclamer tout de suite le droit d'interner et d'emprisonner les prêtres à leur guise : c'était parfaitement logique.
Les administrateurs francs-comtois s'étaient donc cru , aussitôt après la loi du serment, tout permis contre le clergé catholique. Le 7 mai un arrêté du département du Doubs généralisa tous ces abus de pouvoir. Il était dirigé contre les curés remplacés. Si l'ancien curé portait ombrage au parti du schisme en restant dans sa paroisse, la municipalité devait en avertir le procureur syndic pour y mettre ordre a... soit par la voie de la dénonciation aux tribunaux, soit en forçant les réfractaires d'évacuer sans délai le lieu de leur ancienne paroisse... » La liberté de conscience et la liberté individuelle étaient également violées par cet arrêté. Le département eut grand soin de l'appliquer rigoureusement.
(1} Sauzay, tomel, p. 457.
bunal d'Ornans pour avoir traité la constitution civile de schisme €t d'hérésie. M. Chéry, curé de Nancray, fut également traduit en justice pour avoir protesté contre son expulsion.
Ces mesures violentes^ loin de ramener les catholiques à l'église constitutionnelle, déterminaient des rétractations dans le clergé et faisaient perdi*e patience à beaucoup de villageois, qui voyaient la légalité constamment foulée aux pieds, leurs pétitions méprisées, leurs curés bannis , les ofRciers municipaux de leur choix privés de leurs fonctions pour avoir refusé une profession de foi schismatique. Il y eut des troubles dans plusieurs communes, les intrus jetèrent des cris de fureur, mais rien de grave ne fut consommé contre aucun d'eux. A Sancey seulement le curé constitutionnel fut chassé à coups de pierres et de fourches. A Rurey les ofGciei^s municipaux furent suspendus à cause de leur peu de zèle pour le schisme. Les curés constitutionnels et le parti révolutionnaire firent grand bruit de ces troubles afin d'obtenir du département, peut-être de l'Assemblée, des mesures de persécution encore plus rigoureuses ; mais, en dépit de ces doléances, les constitutionnels furent bien moins maltraités dans les villages que les catholiques ne le furent dans les villes par leurs partisans.
Dans le Doubs, comme dans le reste de la France, le parti révolutionnaire, pour obtenir des lois de proscription, accusait les non-conformistes des plus horribles excès contre les prêtres constitutionnels. M. Sauzay a prouvé, par l'examen minutieux des pièces officielles , qu'il fallait ne tenir aucun compte de ces calomnies intéressées. Qu'on examine avec soin toutes les plaintes des assermentés et des municipalités schismatiques, on verra que ce qu'ils reprochent perpétuellement aux paysans catholiques , au milieu de déclamations furibondes, c'est de réclamer le libre exercice de leur culte. Des paroisses entières demandaient à garder leurs pasteurs I Évidemment elles devaient être animées des intentions les plus contre-révolutionnaires. Et pourtant que disaient les constitutionnels pour justifier les élections ecclésiastiques?
Dans le département de l'Ain , les prêtres qui avaient prêté serment se rétractaient en grand nombre. Le district deNantua écrivait le 5 juin au département, qu'il travaillait à empêcher la distribution des brefs, mais avouait qu'ils avaient produit leur effet... a Chaque jour, les ecclésiastiques du district manifestent
Le 20 mai le procureur général syndic écrivit à la municipalité de Pouilley-les-Vignes.
« Nous venons d'ùtre instruits que M. Regnauld^ votre ancien curé^ réside encore dans votre paroisse , que ses deux vicaires y viennent tous les jours et excitent par des propos les> habitants à ne point reconnaître M. Petite votre nouveau curé , en leur persuadant qu'il n'a aucun pouvoir de vous administrer^ parce que le nouvel évèque en est également dépourvu. Vous ne devez pas permettre toutes ces déclamations contraires à la paix et aux principes de notre constitution. C'est à vous, au contraire, à veillera ce qu'elle soit respectée, et à faire punir ceux qui veulent élever autel contre autel.... Vous sentez qu'il est temps que la paix se rétablisse... »
Mais la municipalité et la presque totalité des habitants repoussaient le schisme constitutionnel. Les révolutionnaires du lieu suscitèrent des troubles, et le département déclara, le 30 mai , que le curé réfractaire serait tenu de quitter le village. Mais la municipalité était suspecte d'attachement au catholicisme. Le 3 juin le département intima au maire, aux officiers municipaux, au procureur de la commune, sous peine de destitution , l'ordre de venir le 8 lui déclarer qu'ils reconnaissaient le curé constitutionnel.
Et c'était une déclaration de conscience que le directoire exigeait d'eux! La lettre du procureur général le prouve trop bien. Le directoire ne leur domandait pas seulement de maintenir le curé constitutionnel comme magistrats, mais de le reconnaître comme chrétiens, mais de proclamer la validité des pouvoirs que Tintrus Séguin lui avait conférés, et d'abjurer tout rapport avec l'ancien curé ! Et si les municipaux de Pouilley avaient été prolestants, on leur aurait seulement demandé de prêter assistance au curé comme à tout autre fonctionnaire; mais ils se déclaraient catholiques! Leur devoir de citoyens et de catholiques était alors de laisser régler par le pouvoir civil tout ce qui concernait l'administration de leur culte. Les municipaux ainsi traqués demandèrent un délai ; mais on ne voulait pas admettre de distinction, elle il juin le directoire ne voyant rien venir osa les déclarer tous destitués.
îl ordonna en même temps à M. Picard, curé catholique de Pugey, de quitter sa paroisse dans les trois jours sous peine d'y être contraint. M. Chaput, curé de Fertans, fut dénoncé au tri-
bunal d'Ornans pour avoir traité la constitution civile de schisme €t d'hérésie. M. Chéry, curé de Nancray, fut également traduit en justice pour avoir protesté contre son expulsion.
Ces mesures violentes, loin de ramener les catholiques à l'église constitutionnelle, déterminaient des rétractations dans le clergé et faisaient perdre patience à beaucoup de villageois, qui voyaient la légalité constamment foulée aux pieds, leurs pétitions méprisées, leurs curés bannis , les officiers municipaux de leur choix privés de leurs fonctions pour avoir refusé une profession de foi schismatique. Il y eut des troubles dans plusieurs communes , les intrus jetèrent des cris de fureur, mais rien de grave ne fut consommé contre aucun d'eux. A Sancey seulement le curé constitutionnel fut chassé à coups de pierres et de fourches. A Rurey les offlciei^s municipaux furent suspendus à cause de leur peu de zèle pour le schisme. Les curés constitutionnels et le parti révolutionnaire firent grand bruit de ces troubles afin d'obtenir du département, peut-être de l'Assemblée, des mesures de persécution encore plus rigoureuses ; mais, en dépit de ces doléances, les constitutionnels furent bien moins maltraités dans les villages que les catholiques ne le furent dans les villes par leurs partisans.
Dans le Doubs, comme dans le reste de la France, le parti révolutionnaire, pour obtenir des lois de proscription, accusait les non-conformistes des plus horribles excès contre les prêtres constitutionnels. M. Sauzay a prouvé, par l'examen minutieux des pièces officielles, qu'il fallait ne tenir aucun compte de ces calomnies intéressées. Qu'on examine avec soin toutes les plaintes des assermentés et des municipalités schismatiques, on verra que ce qu'ils reprochent perpétuellement aux paysans catholiques , au milieu de déclamations furibondes, c'est de réclamer le libre exercice de leur culte. Des paroisses entières demandaient à garder leurs pasteurs! Évidemment elles devaient être animées des intentions les plus contre-révolutionnaires. Et pourtant que disaient les constitutionnels pour justifier les élections ecclésiastiques?
Dans le département de l'Ain, les prêtres qui avaient prêté serment se rétractaient en grand nombre. Le district deNantua écrivait le 5 juin au département, qu'il travaillait à empêcher la distribution des brefs, mais avouait qu'ils avaient produit leur effet... a Chaque jour, les ecclésiastiques du district manifestent
des intentions contraires à la loi. D'après les rapports qui nous ont été faits, il doit nous être adressé nombre de rétractations de serments, jd Le 18 juin le district de Montluel écrivait au comité ecclésiastique qu'on refusait ou rétractait le sermenr presque partout, qu'on désertait les églises constitutionnelles (1). A Montluel l'église Saint-Étienne occupée par les réfractaires était trop petite pour la foule , tandis que la paroisse constitutionnelle Notre-Dame était pour ainsi dire déserte. Le district, pour faire cesser ce scandale, prit un arrêté qui remit l'église Saint-Étiennc à la municipalité , et donna pour avis à l'autorité supérieure :
« Qu'il y a lieu d'enjoindre à tous les ecclésiastiques non-conformistes de s'abstenir de toutes fonctions pastorales, notamment de confesser^ et de se renfermer à célébrer des messes dans les paroisses qu'ils habitent^ et non ailleurs, si ce n'est du consentement du curé constitutionnel élu, jusqu'à ce qu'ils aient prête le serment qu'est tenu de faire tout fonctionnaire public à peine d'être dénoncé à l'accusateur public et poursuivi à la forme des décrets... »
Le directoire du département approuva cet arrêté le 28 juin.
Dans l'ouest il s'en fallait de bien peu que la constitution civile n'eût déjà soulevé une guerre religieuse. Rien ne peut dépeindre plus éloquemment l'attitude des campagnes, à l'égard du schisme, que le tableau suivant fait par Mellinel d'aprè^ les archives de Nantes, et qui constate les expéditions envoyées par la garde nationale de celte ville pour installer et maintenir les curés constitutionnels.
Le 3 mai les Nantais dirigeaient cent hommessur Châlons;le7, cinquante hommes sur Saint-Aignan et vingt-cinq sur Garquefou. Quatre cents hommes durent s'y rendre le lendemain en même temps que cinquante marchaient sur Saint-Aignan. Le 15 mai cent gardes nationaux firent une excursion à la basse Indre.
(0 Cen^étail pas la faute du district, car dans cette même lettre il se rante d'avoir poursuivi pour propos séditieux un vicaire qui, prêchant sur la Trinité, aurait dit à plusieurs reprises : « Mes frères, ne vous attachez pas aux nouveautés, mais au contraire persistez aux anciens usages. »
Le 23, trois détachements de cent hommes chacun se montrèrent à Sucé, Saint-Herblain et Saint-Sébastien.
Le 29 deux détachements d'égale force allaient à laChâpellesur-Erdre et au pont Saint-Martin.
Le 3 juin vingt-cinq hommes remplissaient une triste mission aux Ck)uêls.
Le 12 cent hommes étaient envoyés à Treillières.
Le 19 une expédition, forte de six cents hommes et de quarante cavaliers avec deux pièces de quatre servies par trente canonniers marcha sur le Temple.
Le 24 on envoya vingt-cinq hommes à Saint-Aignan et cinquante à Varennes, et le 29 deux cent quatre-vingt dix à Machecoul et soixante à Vallet.
Le 2 juillet les gardes nationaux se joignirent aux troupes qui allèrent débusquer six cents Vendéens qui occupaient le château de la Poutière près des Sables.
Le 19 un détachement de soixante hommes faisait une troisième expédition à Carquefou.
Le 28, vingt hommes allaient à Bouquenais, et le 19 septembre vingt-cinq à Angers.
Le 3 octobre, six cents hommes marchaient sur Saint-Georges, et le 9 du même mois une colonne de deux cents hommes d'infanterie et quarante de cavalerie , avec deux pièces de quatre servies par cinquante canonniers, fut envoyée à Marmelais.
Et ceci se passait bien avant l'insurrection vendéenne I
Les révolutionnaires français ont traité absolument la religion de leurs compatriotes comme les Russes ont traité celle des Polonais et des Lithuaniens. Ils envoyaient constamment des bandes armées maintenir les curés constitutionnels et contraindre les malheureux paysans à entendre leur messe comme les fonctionnaires russes en Pologne envoyaient et envoient encore des Cosaques expulser les curés latins ou grecs unis, et imposer des popes aux habitants des campagnes. Il y avait chez nos révolutionnaires la même brutalité , et quelquefois encore moins de discipline. Si les cosaques frappent les récalcitrants du bois de leurs lances, nos révolutionnaires n'épargnaient ni les coups de crosse de fusil ni les coups de plat de sabre. Si le curé constitutionnel imposé de la sorte à une population terrifiée se plaignait de la paroisse, on y envoyait des troupes, qui pour châ-
tier ces aristocrates endurcis se livraient à tous les excès. Pom s'en débarrasser, les paysans, qui ne se sont jamais piqués de chevalerie, faisaient quelquefois semblant de se rallier au curé constitutionnel, et criaient. Vive la nation, de toutes leurs forces : alors les garnisaires s'en allaient tout fiers de leur triomphe, mais le lendemain c'était à recommencer. Les mômes scènes, les mêmes expéditions avaient lieu dans presque toutes les provinces.
Les jacobins de la Loire-Inférieure supplièrent le département d'éloigner les curés réfractaires, a... comme seul moyeade prévenir l'effusion du sang... x> Ces hommes, qui se montrèrent plus tard si altérés du sang de leurs adversaires, affectaient une grande appréhension de le voir couler ; mais quand ils se paraient d'une feinte humanité , c'était toujours pour demander des lois de proscription. Le procureur général syndic Letourneur dans un long réquisitoire applaudit k cette pétition, bien qu'il la reconnût contraire aux lois actuelles, et invita le directoire à prendre un arrêté contre les prêtres réfractaires. Ce réquisitoire est caractéristique.
«... Dans les lieux uii un autre ecclésiastique fidèle à la loi serait appelé à remplir leurs fonctions, disait Letoumcur, dussent-ils ne manifester en dehors aucrn acte de résistance , où même d'improbation contre leurs successeurs, leur présence seule et leur silena ne» auraient piis moins une funeste influence. Leurs partisans oseraient mène trouver dans leur patience et leiu* résitj nation vraie ou feinte un mùtif de plus pour préconiser leur conduite et altérer la confiance dw <aa vrais ministres delà loi..» »
Ce discours vaut de l'or! Le département décida le 9 maiqœ la pétition des jacobins serait envoyée à l'Assemblée pour faire une loi sur la matière, or... comme le seul moyen de prévenir l'effusion du sang et les horreurs d'une guerre religieuse... a Les lois qu'il demandait devaient amener tous ces fléaux dans un avenir bien rapproché. Mais ce n'était pas assez de demanda l'éloignement des réfractaires. En attendant il prit contre eux un anêté dont le moindre défaut était de violer audacieusement le décret du 25 janvier 1791 qui confiait aux tribunaux le jogement des cas prévus par les articles 6, 7 et 8, de la loi du serment. Cet arrêté devait être affiché dans tout le département
pour inviter les bons citoyens à se méfier des conseils sédi* tieux.
«... Comme aussi les curés et les autres fonctionnaires publics qui n'auront pas prêté le serment prescrit se tiendront pour avertis par la publication du présent^ que leur propre sûreté et ceUe des citoyens en général exigent impérieusement leur éloignement des lieux où ils vont être remplacés par d'autres fonctionnaires publics avoués par la loi; que s'ils ne se retiraient pas^ ce serait de leur part s'exposer à répondre des événements fâcheux auxquels leurs actions, leurs discours, ou même leur présence, pourraient donner lieu.
« Qu'en conséquence, sur la notification qui sera préalablement faite par la municipalité du lieu, et à son défaut par le district à chaque curé et vicaire non assermenté, la veille ou suryeille du jour où leur remplacement devra s'effectuer il seront tenus de déférer à ladite réquisition de vider les lieux et de s'éloigner de leurs paroisses, leur déclarant que dans tous les cas où ils s'élèverait au moment du remplacement quelque émeute ou quelque sédition, le saluf du peuple et l'intérêt commun commanderaient de s'assurer de leurs personnes pour otages de la tranquillité publique et du rétablissement de l'ordre... »
Beaucoup de départements devaient, comme celui de la Loire- Inférieure, demander à l'Assemblée des lois de proscription et les décréter eux-mêmes après avoir avoué leur incompétence. Le catholicisme était fait pour être écrasé , et il n'y avait 'pas de légalité pour les prêtres; voilà comment raisonnaient les révolutionnaires , modérés pour la plupart , qui composaient ces administrations I Lorsqu'il s'agissait de faire la chasse au catholicisme, il n'y avait plus ni règles de compétence, ni lois protectrices de la liberté et de la sûreté, ni même de principes constitutionnels; tout était foulé aux pieds, le bon plaisir des administrateurs était la seule loi ; ils faisaient tout cela pour sauver la patrie , disaicnt-iis avec emphase I ils l'ont au contraire livrée au régime de la terreur et à la guerre civile ; et cette constitution du clergé pour laquelle ils ont commis tant d'illégalités et de violences, a été misérablement abrogée par la révolution elle-même, et il n'en est absolument rien resté 1
Voilà comment la liberté du culte catholique, proclamée à Paris fut appliquée dans le département de la Loire- Inférieure. Mais l'arrêté du 9 mai n'était que le commencement d'une série
de mesures destinées à proscrire tout le clergé réfractaire da département, et à rendre impossible l'exercice du culte catholique. Le 6 juin le directoire par un nouvel arrêté interna au chef-lieu les ecclésiastiques suspects. Cet internement était une véritable prison, car ces ecclésiastiques étaient parqués dans le séminaire. Le directoire ne pouvait alléguer pour excuse qu'il exécutait la loi : c'était la loi future , c'était la loi souhaitée par lui qu'il appliquait.
Quelque temps après le directoire trouva sans doute qu'il était gênant d'avoir un aussi grand nombre de prisonniers, et le 13 juillet il prit un troisième arrêté pour poser aux ecclésiastiques détenus l'alternative d'habiter le chef-lieu ou de sortir du département.
Des mesures aussi illégales devaient avoir pour adversaires, même dans le camp de la révolution , tous ceux que le fanatisme antireligieux n'aveuglait pas absolument. Le directoire avait usurpé audacieusement sur le pouvoir législatif. Il eut enfln quelques scrupules, et envoya des commissaires assistés de Coustard, commandant de la garde nationale, relâcher les prêtres détenus au château de Nantes; mais les jacobins s'en émurent, et les commissaires, si disposés à employer la force contre les paysans catholiques , renoncèrent à mettre les prêtres en liberté (1), et en référèrent au directoire. Il regrettait peut-être déjà d'avoir cédé à un mouvement d'honnêteté ; aussi déclarat-il que devant l'effervescence du peuple, il renonçait à mettre les réfractaires en liberté, dans l'intérêt même de leurs vies : d'ailleurs, disait-il encore, h cause de leur zèle pour leurs doctrines il y aurait danger à les relâcher. L'esprit de persécution avait bien vite repris le dessus. Il y eut cependant à Nantes un moment de réaction populaire, et plusieui-s des fouetteuses des Couets (v. cliapitre II) furent fouettées à leur tour.
Le directoire du Finistère avait le premier de tous lancé, le 21 avril , un décret de proscription contre les prêtres; il hé:>itâ quelque temps à l'appliquer rigoureusement, à cause de la nouvelle attitude de l'Assemblée et de la loi du 7 mai ; mais les décrets qui vinrent ensuite le rassurèrent complètement sur les
(1) « On nous a rapporté, dil le commissaire Sotin dans son procès- tctUI, qu'il ne s'agissait pas moins que d'assommer les prêtres et les administrateurs... M
dispositions des législateurs. Le 2 juillet il profita de l'efTervescence causée par le voyage de Varennes pour prendre un arrêté qui ressuscitait celui du 21 avril, et ordonnait aux districts de l'exécuter et d'envoyer les prêtres réfractaires à Brest. Cet arrêté fut signifié aussitôt à tous les insermentés et exécuté avec une rigueur impitoyable; une véritable chasse aux prêtres fut organisée dans ce département.
Dans le Poitou les partisans de la constitution civile faisaient tout pour exaspérer les paysans et préparer la guerre de Vendée. Le district de ChâUans était fort agité. Dans le gros village d'Apremont la guerre avait éclaté tout à coup entre les paysans catholiques et les bourgeois, qui soutenaient politiquement ll'^iglise constitutionnelle. On envoya à l'Assemblée une longue information sur cette affaire. Plusieurs dépositions sont trèscurieuses. Un nommé Gantin, laboureur, âgé de vingt-cinq ans^ « a dit que c'était à cause de la religion et pour conserver leur curé; et que s'ils en voulaient aux ci-devant bourgeois, c'était parce qu'ils croyaient qu'ils voulaient chasser leur curé qu'ils voulaient conserver... » Le curé catholique déposa que les bourgeois voulaient l'assassiner, et c'était évidemment la conviction des paysans compromis dans cette affaire.
Dans ces interrogatoires il était constamment' question delà constitution civile, et par suite des brefs du pape qui venaient de paraître. Le magistrat n'osa nier l'authenticité de ces actes ; il questionna les prévenus sur la publication a des bulles du pape, a vraies ou fausses » parla de la dernière comme a surprise à la religion... j) surtout comme ne pouvant être approuvée ni exécutée. Le mot d'ordre n'était pas encore donné partout.
L'oppression révolutionnaire causa bientôt d'autres émeutes dans le district de ChâUans, bien avant la grande insurrection vendéenne. Nous allons, d'après des documents émanés des révolutionnaires eux-mêmes, donner un exemple des persécutions souffertes par les paroisses catholiques.
La majorité des habitants de la commune de Saint-Mars-la- Réort€ déclara, dans une supplique très-digne et très- modérée , qu'en exécution de la loi du 7 mai elle adoptait pour chapelle celle de la maison de la Traverserie, appartenant à M™* de Toucheprès, et demanda au département d'y exercer son culte conformément à. la loi, en y mettant l'inscription exigée. Cette supplique fut renvoyée le 25 juin au district delà Chataigneraye
pour qu'il transmit son avis. Au lieu de le donner oonforraément à la loi, le district organisa une expédition militaire contre les pétitionnaires.
Nous rapportons les faits d'après le procès- verbal du maire de Saint-Mars-la-Réorte , chef de l'expédition. Ce magistrat, accompagné du procureur de la commune, des maire et procureur de la commune de Rochetrejean , de détachements des gardes nationales de Saint -Mars, Rochetrejean, les deux Pouzances, la Boubère, la Flocelière, Saint- Prônant, sur la réquisition du procureur de^ Saint- Mars y envahit la maison de la Traverserie.
a ...Sur les bruits, dit le maire, qui se sont répandus que ladite dame retirait chez elle des prêtres non assermentés, et notamment le ci-devant curé de Saint-Mars, qui y exerçait toutes les fonctions do ministère, y prêchant, administrant le sacrement de baptême, et empêchant , par un abus sacrilège de leurs pouvoirs et de la confiance des habitants de cette paroisse et autres voisines, d'assister aux offices des curés constitutionnels. Arrivés à ladite maison, nous avons troavé une foule de peuple de tous sexes (sic) et de tout âge qui ànotre asped ont pris la fuite... »
Le maire interroge la maîtresse de la maison, qui lui répond qu'on célèbre la messe. Il lui inflige alors un discours de sa façon et procède à une perquisition minutieuse , mais, a vérification des papiers qui s'y sont trouvés nous n'avons troavé aucune pièce qui indique que ladite dame ait des projets dangereux. » Il constate que les documents les plus importants sont des lettres de curés non -conformistes traitant exclusivement de la situation de leur église. Il s'en empare et, après avoir interdit à M™* de Toucheprès de rouvrir sa chapelle , il envoie toutes les pièces au district et à l'accusateur public.
A peine le district a-t-il reçu les pièces qu'il lance une dénonciation en règle contre M™» de Toucheprès, sur ce motif qu'elle
«... Excitait du trouble parmi les habitants en leur imposant sur la religion, et en retirant chez elle des prêtres réfractaires, au nombre desquels est ledit sieur Marenne, nouvellement remplacé de la cure dudit Saint-Mars, qui y exerçaient toutes les fonctions du culte...
« Considérant qu'aucune loi et nul motif n autorisent la dame U
Traverserie à offrir la chapelle de sa maison à aucun ecclésiastique pour y administrer les sacrements; que ces trames à abuser le peuple ne peuvent qu'inspirer de la défiance et égarer les citoyens ; que de la part du sieur Marerme, aujourd'hui sans caractère, c'est faire violation à la loi que de continuer à administrer les sacrements aux fidèles hors Tcglise paroissiale... dénonce la dame de Toucheprès et le curé de Saint-Mars à l'accusateur public « comme perturbateurs du repos public et réfractaires à la loi... »
Ainsi demander dans ces campagnes à jouir du bénéfice de la loi du 7 mai, c'était tout bonnement se déclarer suspect , et attirer sur son pays un déploiement inusité de forces militaires, ainsi que des vexations de toutes espèces. Partout les autorités répondaient de cette manière aux réclamations des paysans.
S'il avait été possible de profiter de la loi du 7 mai, dans tous les viUages de l'ouest des églises libres auraient été ouvertes comme par enchantement, et les curés constitutionnels se seraient trouvés dans une solitude aussi ridicule qu'humiliante. Les paysans des provinces moins ferventes auraient été éclairés par l'exemple de leuis concitoyens de l'ouest, de l'Alsace, du Lyonnais, etc., etc., il aurait fallu renoncer complètement à leur en faire accroire, et personne ne serait plus allé à l'église constitutionnelle qu'en pleine connaissance de cause. Les révolutionnaires savaient bien que le jour où les choses se passeraient ainsi il n'y aurait plus d'église constitutionnelle. Aussi étaientils décidés à laisser sans exécution les décrets qui contrariaient leurs passions. Ils espéraient que bientôt l'Assemblée oublierait ses velléités de tolérance , et exigerait l'application rigoureuse de la constitution civile. L'événement prouva qu'ils avaient bien calculé.
Ces administrateurs du district de la Ghâtaigneraye étaient des révolutionnaires très-exaltés, leurs aveux n'en ont que plus de prix. Le 4 juillet, quelques jours après l'expédition de Saint- Mars, ils écrivaient au comité des rapports que l'Église constitutionnelle était abhorrée partout, et que les habitants des campagnes étaient tout dévoués aux réfractaires «... Nos têtes, disaient ces persécuteurs ridicules, sont mises à prix... » Tous ces traqueurs de prêtres avaient la manie de se proclamer de nouveaux Régulus. Si les non-conformistes avaient eu réellement la férocité qu'ils leur attribuaient afin de faire voter
contre eux des lois encore plus rigoureuses, ils n'auraient jamais osé les opprimer aussi cruellement.
Vers la môme époque ce district envoya encore au comité de^ rapports une pétition curieuse contre les non-conformistes. Ell€3 dénonce avec fureur leurs rassemblements qui ont pour bu S. d'entendre la messe des réfractaires. Vient ensuite une tirade hypocrite qui se retrouve invariablement dans toutes les pièces de ce genre : « Les voies de persécution ne sont point dans notre caractère ; vous avez décrété la liberté des cultes,.. . c'est en faveur de cette liberté que nous parlons. » Et ces libéraux concluent à l'interdiction de toute réunion religieuse et à l'éloignément de tous les prêtres réfractaires.
Les curés constitutionnels se plaignent non-seulement d'être sans paroissiens, mais de ne pouvoir même pas trouver un servant de messe...
((.. Les marchands, disent-ils, à Tinstigation de ces cnergumènes, nous refusent le pain et les autres choses nécessaires au service divin. Voilà votre ouvrage, prêtres réfractaires; tout ce désordre vient de votre fanati(iue intolérance ! Serait-ce les persécuter, messieurs, en s'opposant à leur propre persécution , en sollicitant leur éloignement Elaguez donc, Messieurs, élaguez ces branches parasites, frappez de la sévérité de vos lois ces êtres monstrueux, et s'ils ne veulent pas faire le bien, forcez-les à ne pas faire de mal. p
Cette pétition est tout officielle, car elle est signée de trois curés constitutionnels , de quatre membres du district de la Chiltaigneraie, de trois maires, un officier municipal, un procureur de commune, deux commandants de gardes nationales, et deux simples particuliers seulement.
Partout les paysans de l'ouest disaient à la révolution : aRendez-iiousnos prêtres, » C'est ce qu'attestent unanimement lesdocuments émanés des révolutionnaires. Mais au lieu de reconnaître l'impossibilité d'imposer l'Église constitutionnelle au pays, ils sentaient redoubler leur fanatisme antireligieux : ce quioùt arrêté des gens sensés les déterminait au contraire à de nouvelles violences. Les mensonges , les menaces n'avaient produit aucun effet, il leur fallait emprisonner le clergé en masse, et soumettre les laïques par la force du sabre.
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Si nous passons de la Vendée dans un pays bien différent, le département de la Drôme , nous assisterons absolument aux mêmes scènes. Cependant la révolution a été accueillie avec transport par ce département, el le clergé ne pouvant se résoudre à croire qu'elle eût l'intention de le persécuter, a prêté serment/ presque tout entier. Mais la lumière s'est faite, les rétractations ont eu lieu; les habitants réclament la liberté de leur culte y et repoussent les intrus.
Dans beaucoup de communes ils se lèvent en masse pour réclamer les réfractaires(i). Dans la petite ville du Buis la foule empêche l'abbé Garcin, curé constitutionnel, de prendre possession de l'église. Les officiers municipaux ne le soutiennent pas : on fait inutilement appel à la garde nationale. Le 12 juillet le district dénonce tous ces faits au département, et constate que plusieurs fonctionnaires et électeurs qui ont concouru à l'élection du sieur Garcin ont dû prendre la fuite devant l'indignation populaire ; a... que la plupart des municipalités des cantons de Saint-Halle , Roulbrune , Montauban, Rémusat, Malhaus, dont les curés sont réfractaires à la loi du 26 décembre , avaient les yeux ouverts sur la conduite des habitants de la ville du Buis, pour se modeler sur eux lors de l'arrivée de leurs nouveaux pasteurs... » Il est instruit également « que le sieur Devin, cidevant vicaire à la Roche, nommé à la cure de la Rochette, canton de Montbrun , en arrivant à son nouveau poste, n'a trouvé ni vase sacré, ni ornements pour célébrer le saint ministère, et que la municipalité ne s'est pas présentée pour l'installer. » Ce district terminait en envoyant la requête du curé constitutionnel du Buis, et en demandant des troupes. Le département envoya cent hommes au Buis.
Le 2 août le directoire, après avoir envoyé un détachement à Chamaret'le-Maigre pour installer le curé constitutionnel , pre-
{l}Un oommaDdant de la garde nationale écrivait le 7 juillet au comité des rapports que dans le district de Monlëlimart il y avait déjà vingt réfractaires connus, sans compter ceux dont les réserves n'ont pas été publiées. 11 ajoute que les remplacements sont impossibles , que les femmes font des neuvaines publiques pour obtenir du ciel qu'ils n'aient [»as lien.
nait un arrêté extrêmement grave. L'exposé de faits qui le précède est fort instructif :
«.... llaété représenté qu il règne évidemment une coalition entre les prêtres non assermentés de ce département^ qui tend à attaquer la constitution dans un de ses points foiuktmentaux, et à soulever le peuple contre les décrets de l'Assemblée nationale... qu'ils emploient à cet effet le prétexte sacré de la religion , alarment les consciences et persuadent les âmes faibles qu'aucun acte spirituel ou temporel émané des prêtres constitutionnels ne saurait être valide ; que le parti qu'ils ont formé prend une telle consistance que déjà les habitant» de plusieurs paroisses ont refusé de recevoir les fonctionnaires publics qui avaient été nommés par les électeurs^ et que d'autres font éprouver de si grands désagréments ^ et souvent de si fortes vexations à ceux qu'ils avaient déjà reçus^ que la plupart de ces prêtres assermentés se voient forcés de déserter leur poste^ et quelques-uns même se déterminent à rétracter leur serment; qu'en vain le directoire dénonce aux accusateurs publics toutes les manœuvres criminelles, et prend tous les moyens qui sont en son pouvoir pour les faire cesser, que son zèle devient inutile par l'attention qu'ont les prêtres réfractaires de se œnduire avec assez d'adresse'' pour que leur suggestion, le plus souvent pratiquée dans des circonstances qui rendent les preuves impossibles, échappe à la vigilance de la loi,
« Que l'intérêt public exige que l'Assemblée nationale prescrive à leur égard des mesures propres à arrêter les progrès d'un complot qui trouble la tranquillité générale et peut avoir les plus funestes conséquences.
« La matière mise en délibéré et le procureur général syndic oui.
« Le directoire arrête que les observations ci-dessus seront transmises à l'Assemblée nationale, avec prière de, les prendre en considération et de remédier le plus tôt possible aux abus résultants de la susdite coalition. »
Ainsi le refus général de reconnaître les curés constitutionnels était traité de complot, et on voulait en rendre les curés réfractaires responsables; et pourtant le directoire de la Drôme reconnaissait que TÉglise constitutionnelle ne pouvait plus se maintenir avec la législation actuelle , et qu'il fallait des mesures toutes spéciales : quelles étaient ces mesures? Il avait du moins la prudence de ne pas proposer une proscription en masse de tous les réfractaires : il avait le mérite encore plus grand, d'attendre la loi de persécution qu'il réclamait, et de ne pas en faire une lui-même.
La situation religieuse de ce département s'aggravait de jour en jour. Le 8 septembre le directoire recevait une dénonciation du curé constitutionnel de Verclause et la jugeait assez grave pour l'expédier au comité des rapports. Cet intrus dénonçait la conduite de l'ancien curé prieur du pays , qui disait la messe dans sa chambre, portes ouvertes. Il déclarait avoir contre lui la plupart des habitants et la municipalité, et le procureur de la commune. Un jeune homme, en pleine procession, lui avait dit qu'il commettait une profanation en officiant , et les autorités du lieu, loin de réprimer son audace, avaient paru disposées à le soutenir.
Les habitants de cette commune envoyèrent au département une délibération du 8 septembre signée par eux en présence des officiers municipaux. Ils déclaraient ne pouvoir, par deâ motifs de conscience , reconnaître Fintrus pour curé. Cette pétition est très-importante.
ce Les habitants de Verclause.... déclarent par la présente rendre témoignage public et authentique du respect et de la soumission la plus entière à la constitution 'décrétée par l'Assemblée, acceptée par le roi^ relativement à tout ce qu'elle contient de civil et de politique, et avoir juré plusieurs fois de la maintenir de tout leur pouvoir, bien résolus à ne jamais enfreindre leur serment...
« Mais que leur intention n'a jamais été, ni ne saurait être, de reconnaître pour pasteur légitime aucun prêtre quelconque qui leur serait envoyé d'autre part que de TÉglise catholique, apostolique et romaine , que leur conscience ne leur permet pas de communiquer dans les choses saintes avec le prêtre qui leur a été envoyé de la part du district de Nyons, ni de recourir à son ministère pour leurs besoins spirituels. »
Les pétitionnaires réclament donc leur liberté religieuse, mais elle est entravée réellement par la législation actuelle sur les actes de l'état civil ; il faudrait trouver un moyen de les affranchir à ce point de vue de l'Église constitutionnelle. Ils font observer :
«... Que la Providence leur a ménagé ces moyens par Tédit de 1787 qui donne l'existence civile aux non-catholiques, et les autorise à faire constater : 1 ^ les naissances par la déclaration à un officier civil ; 2<* les mariages par la publication des bans à la porte de l'église par ce même officier civil, et la déclaration qui lui serait faite
par les parties contractantes de la célébration ; 3<* les sépultures par Fassistance du même officier civile et enfin par les procès-verbaux de ces registres dûment paraphés... »
Ils supplient rAssemblée de décréter rapplication de ce système; et comme redit de 1787 soumettes communes à fournir un cimetière aux non-catholiques, et que le cimetière de Verclause est très-grand , ils demandent qu'on leur en attribue une partie.
L'Assemblée avait déjà repoussé des pétitions pareilles adressées par les catholiques de Paris et de l'Alsace. Rewbell s'était fait l'interprète des véritables motifs de son refus. La pétition des habitants de Yerclause, quoique conçue dans les meilleurs termes, et offrant une excellente solution pratique, ne devait pas changer les dispositions du parti dominant ; le vice-procureur général syndic écrivait le 14 septembre en l'envoyant : «... Les mouvements fanatiques suscités par les prêtres réfractaires se succèdent sans cesse dans le district de Nyons, malgré toutes les précautions, que le directoire a prises pour les réprimer ; il faudrait quelques bataillons de plus... o II aurait fallu moins d'intolérance religieuse et adopter le système proposé par les catholiques de Yerclause ! mais tous ces gens-là ne rêvaient que persécution.
Déjà les prêtres non- conformistes étaient traités de la manière la plus barbare et la plus illégale : on les arrêtait, on les jetait en prison , on leur faisait subir les plus indignes traitements en violation de toutes les lois. Nous raconterons comme exemple l'arrestation de deux missionnaires de Saint-Laurentsur-Sèvre, iMM. Dauchet et Daguet , et les odieux traitements qu'on leur fit éprouver. La garde nationale de Chollet, dans une de ses excursions, les arrêta en dehors du département de Maine-et-Loire sur un territoire qui n'était pas le sien , sans aucun ordre, et sous le prétexte, ordinairement employé en pareil cas. qu'ils étaient poursuivis par le cri public. Elle les conduisit à Angers. Nous avons trouvé dans une lettre (1) d'un chanoine de Luçon à son évêque d'intéressants détails sur leur pénible captivité, détails que le chanoine tenait d'eux-mêmes.
(I) Cette lettre fut interceptée par les auloritôs civiles et envoyée au comité des rapports avec les autres pièces concernant Tarrestation des missioimaires.
LA PERSÉCUTION £N PaOYINCE. 309
«... J'ai beaucoup causé (écrit-il à son évoque) avec ces missionnaires de ce qu'ils ont souffert pendant leur captivité; cela fait firémir d'horreur. Ils ont continuellement entendu de la bouche de leurs conducteurs des blasphèmes^ des impiétés^ des infamies dont ils assurent qu'on ne peut se former une idée. A Chollet ils ont été^ depuk$ neuf heures du matin jusqu'à dix heures du soir, donnés en spectacle au corps de garde à tous ceux qui ont voulu les outrager. Avant d'arriver à Angers un des gardes nationaux avait pris les devants pour avertir qu'ils allaient arriver^ ils ont trouvé toute la populace assemblée. On ne peut encore, disent-ils , se faire une idée de toutes les insultes et de tous les outrages qu'on leur a faits ; à chaque instant ils s'attendaient à se voir mis en pièces, ou attachés à la lanterne. Il y eut un moment surtout où ils furent près de se donner mutuellement l'absolution; avant d'arriver à la citadelle on voulut les faire descendre de cheval, ils obtinrent cependant de ne descendre qu'à la citadelle même. Ils sont persuadés que s'ils étaient descendus avant, ils auraient été massacrés. Et ce fut le motif qui leur fit accorder leur demande, tant il est vrai que le danger était bien réel... »
Le directoire d'Angers est obligé de reconnaître qu'il n'y a contre eux aucun motif sérieux d'accusation, et qu'ils ont éUi arrêtés illégalement ; ils sont d'ailleurs revendiqués par le district de Fontenay, dont ils habitent le territoire. On les renvoie à Montaîgu en Vendée.
«... Mais le danger de paraître dans la ville d'Angers était si réel, que le département lui-même, pour sauver leurs vies, a cru devoir les IjEÙre partir à minuit, escortés de cavaliers de la maréchaussée au lieu de gardes nationaux, liés, garrottés sur leurs chevaux, conduits, quand ils étaient descendus, par le bout de la corde comme des scélérats. »
C'est ainsi qu'ils voyagèrent d'Angers à Chollet. Dans cette dernière ville, on commença à les traiter moins durement, mais ils coururent de grands risques, parce que les gardes nationaux, sans respect pour les ordres formels du département, voulurent les reconduire à Angers, où ils auraient certainement été massacrés.
Le département les dénonça néanmoins au comité des recherches, parce qu'ils avaient un catéchisme manuscrit fort contraire à la constitution civile; mais cependant il ne crut pas ijue la simple détention de ce manuscrit pût l'autoriser à les
garder en prison. Un membre du directoire , dit l'arrêté, s'est exprimé en ces termes :
<t... Les deux tiers des municipalités du département ont donné leur démission ; le travail préliminaire à la contribution foncière est arriéré... Les directoires de districts ont été réduits à un seul membre^ et toutes les opérations sont arrêtées; l'installation des nouveaux fonctionnaires publics n'a pu se faire qu'avec beaucoup de difficultés... »
11 voulut rejeter sur les missionnaires la responsabilité de tout ce désordre, dont la constitution civile était la seule cause, et dont la tolérance religieuse était Tunique remède ; on jugea qu'il valait mieux restituer les inculpés au directoire de la Vendée, qui prononça leur mise en liberté. Le district de Montaigu jeta les hauts cris et protesta contre cette décision par l'organe de Goupilleau, son procureur syndic, qui exhala sa mauvaise humeur dans un discours furieux contre les missionnaires (1)... Le directoire de Montaigu, après avoir entendu avec complaisance les déclamations de Goupilleau, mit les missionnaires en liberté, parce que l'ordre du directoire était formel; mais en guise de protestation il envoya à l'Assemblée et sa délibération, et le discours de Goupilleau. Le directoire de Maine-et-Loire se montra fort peu satisfait de cette solution... «... La partie méridionale qui touche Saint-Laurent-sur-Sèvres, disait-il, est embrasée par le fanatisme des missionnaires, nous vous conjurons, au nom du salut de notre patrie, de suivre la dénonciation que nous avons déjà faite » (22 juin). Cette administration voulait se venger sur les malheureux mis-
' (1) Il reconnut que la garde nationale n'aurait pas dO les arrêter hors de son territoire, mais selon lui cette illôgalitt: trouvait son excuse dans la gravité des lorts des missionnaires, et dans le salut public, car on les a trouvés « les mains pleines décrits incendiaires et en composant d^autres... » Il y avait donc flagrant délit. Ainsi, parce que l'on comi^oseun écrit quelconque dans son cabinet on est en cas de flagrant délit : la révolution était déjà bien près des réquisitoires de Fouquier-Tinvillc ! Le district osait dire : n Si on n'a jamais fait de crimes à ceux qui arrêtaient des voleurs et des assiissins qu'ils prenaient sur le fait. Ton ne devait pas s'attendre qu'on en fit jamais dans une circonstance comme celleci, où il s'agit des plus grands intéreh de la patrie... » Ainsi des gens qui ont un catéchisme manuscrit dans leur poche méritent encore moins dVganls <iae les Tolcurs et les assassins! Ne se croirait -on pas déjà en 93!
sionnaircs des échecs continuels qu'elle éprouvait à l'occasion de la constitution civile.
Bien d'autres ecclésiastiques subirent des arrestations aussi illégales. Tout paraissait permis à certaines gens contre les réfractaires, et la plupart des administrations entendaient la tolérance religieuse comme le district de Montaigu.
L'Église de France était désolée par une persécution véritable : les évoques se virent donc dans la nécessité de donner au clei^é et aux fidèles des instructions toutes spéciales, L'évéque de Langres, W^de la Luzerne, revendiqua les droits de l'Église avec tant de fermeté et de modération, et donna au clergé et aux laïques des recommandations tellement utiles, que son instruction sur le schisme devint la règle générale de l'épiscopat. C'est un document trop important pour que nous nous contentions d'en donner une simple analyse.
«... Il est non-seulement convenable, mais même nécessaire que les curés etTicaires restent autant que possible dans leurs paroisses; mais si une persécution personnelle et violente les empêche d'y trouver un asile sûr, ils se rappelleront la maxime du Sauveur du monde: « Quand ils vous persécuteront dans une ville^ fuyez dans une autre. » Les saints Pères ont distingué deux sortes de persécutions, celle qui tombe sur les peuples et celle qui n'a pour objet que les ministres de la religion. Dans la première le bon Pasteur reste au milieu de son troupeau pour le soutenir par ses exhortations et ses exemples; c'est le cas où il donne sa vie pour ses brebis. Dans la seconde il se conserve à son peuple pour un temps plus heureux et il lui épargne un crime.
« Si la présence du légitime pasteur d'une part, et de l'intrus de l'autre, excite des divisions prêtes à dégénérer en querelles extérieures, en factions civiles^ en combats, le premier de tous les préceptes, la charité, impose à ceux qui ont déjà fait de si grands sacrifices d'y ajouter encore celui de s'éloigner de leurs fidèles paroissiens de se soustraire aux témoignages trop violents de leur attachement, de n'être pas l'occasion des désordres, et le prétexte des fureurs. Mais que les pasteurs, en se retirant, s'éloignent le moins qu'ils pourront de leur troupeau, qu'ils ne le perdent s'il est possible jamais de vue« qu'ils entretiennent des correspondances intimes avec
les plus iidèlcs des paroissiens. Ceux qui resteront chercheront quelque habitation où ils puissent vivre en particulier^ ou ils se retireront^ avec toute la circonspection nécessaire > chez quelques-uns de leurs paroissiens les plus considérés par leur vertu et leur piété.
« Il faut distinguer deux sortes d'ecclésiastiques qui vont se trouver placés à la tète des paroisses : les uns seront ces intrus nouvellement élus et les vicaires qu'ils auront nommés; les autres, ces anciens pasteurs qui à la faveur du serment prêté ont conservé leurs places. La conduite des ecclésiastiques fidèles à l'égard de ces deux sortes de ministres doit être différente. Les premiers sont non-seulement des intrus, mais des schismatiques. On doit s'abstenir scrupuleusement de toute communication religieuse avec eux, et même d'entretenir avec eux aucune relation particulière de société. 0 en est autrement des curés et vicaires qui ont prêté le serment ordonné. Ils ont pris le criminel engagement du schisme, mais ils ne l'ont pas réalisé. Ils ont perdu le droit à la confiance de leurs paroissiens» nuds non leur juridiction sur eux, et même lorsqu'ils auront consommé le schisme par leur communion avec Tévêque schismatique, ces prévaricateurs ne perdront pas pour cela leurs titres et leur juridiction. Pour dépouiller de son titre un pasteur canoniquement institué, il faut une sentence juridique. Ainsi tant qu'ils ne seront pas destitués, interdits, ou suspendus nommément , ils seront toujours réputés ùûre l'office de véritables pasteurs; l'excommunication qu'ils auront encourue restant secrète ne rompra pas les liens qui les unissent à leur troupeau , elle ne pourra avoir d'effet extérieur que lorsqu'elle aura été publiquement prononcée.
« Le point le plus important et le plus délicat de la conduite des pasteurs, est l'exercice de leur ministère. Déjà le décret du 27 nonovembre menace ceux qui, n'ayant pas prêté le serment s'immisceraient dans quelqu'une de leurs fonctions publiques, d'être pour suivis comme perturbateurs. Obligés de continuer leurs fonctions saintes, mais empêchés par une force majeure de les remplir publiquement, il est nécessaire qu'ils se réduisent à les exercer loin des regards dangereux, et qu'ils bornent leur zèle aux fidèles catholiques qui voudront s'attacher à eux. Ce sera dorénavant dans l'intérieur des maisons, dans les lieux solitaires et cachés, que sera retirée la vraie Église de Jésus-Christ. Tantôt les pasteurs iront trouver leurs fidèles paroissiens et les instruire dans des conversations particulières, tantôt ils les rassembleront dans leurs maisons. Ils leur expliront les principes de l'Église relativement aux intrus et aux curés qui auront prêté serment. Comme ces derniers ne doivent perdre leur juridiction que par la sentence qui les déclarera séparés de l'Église, leurs peuples peuvent toujours s'adresser à eux pour en recevoir les secours spirituels; ils le doivent même lorsqu'ils ne peuvent pas fa-
cilement recourir à d'autres prêtres. On ne doit jamais^ excepté dans le cas de nécessité^ être pour ces ministres publiquement coupables la cause de l'exercice de leurs fonctions^ pour ne pas occasionner des profanations; mais lorsqu'ils les exercent on peut sans péché y participer. Ainsi on ne doit pas engager un tel prêtre à exercer le saint sacrifice^ mais lorsqu'il le célèbre par un autre motif il doit être permis d'y assister.
« La célébration du saint sacrifice pourra être difficile aux pasteurs exclus de leurs églises. Nous donnons donc pouvoir à tous les prêtres fidèles de dire la messe dans des maisons particulières^ lorsqu'ils ne pourront pas la dire dans des églises ou oratoires. Ils auront soin de se pourvoir d'autels portatifs que nous ferons distribuer à ceux qui en auront besoin^ et comme; il leur serait peut^tre impossible de se procurer des vases sacrés en métaux précieux, prescrits par l'Église dans le temps de sa splendeur^ nous les autorisons à employer des calices et des ciboires de matières communes qu'ils auront l'attention d'entretenir dans la plus grande propreté. Nous leur donnons aussi la permission générsde de bénir tons les ornements qui seront à leur usage.
« Nous observerons ici qu'un temple n'est point profané parce qu'un schismatique ou un hérétique y a célébré les saints mystères. Ainsi les fidèles pasteurs ne devront faire usage de la permission de les célébrer dans les maisons que lorsque l'entrée des églises leur sera interdite^ ou entraînerait une communication défendue avec les scbismatiques...
« L'administration des sacrements de baptême et de mariage est liée^ dans la discipline présente de l'Église^ à l'ordre public et à l'état des citoyens; il faut dire la même chose de la sépulture chrétienne. Cest l'acte de baptême qui constate les naissances^ c'est celui de la célébration du mariage qui constate les unions légitimes^ et la preuve légale du décès résulte de la déclaration authentique du prêtre qui a présidé à l'inhumation en terre sainte. Sans doute nos fidèles diocésains, fuyant toute communication dans les choses saintes avec les ministres intrus et scbismatiques, continueront de s'adresser à leurs anciens et véritables pasteurs pour le baptême, la bénédiction nuptiale, et les prières qui accompagnent l'enterrement; mais ces piasteurs n'étant plus avoués et reconnus par la loi civile, les actes qu'ils dresseront ne pourront faire foi dans les tribunaux, et aux yeux des corps administratifs, ni même y être produits sans danger. n parait digne de la chanté de l'Église dans ce moment d'orage de prendre en considération tous les tempéraments qui, sans frapper sur les formes essentielles du rit religieux, conserveront à une multitude de citoyens les preuves légales de leur état dans les trois grandes époques de la vie humaine.
a Un projet a été présenté à rassemblée nationale par son comité ecclésiastique pour établir un nouvel ordre de choses relativement à tous les actes et registres qui doivent constater Tétat civil des pe^ sonnes. Dans ce projet^ tous les actes qui devront constater les naissances, les mariages, les décès ne seront plus dressés par les curés, ne seront plus attachés comme par le passé au baptême^ à la bénédiction nuptiale, à la sépulture. Ce seront les officiers municipaux qui seront chargés de les rédiger, et ce seront leurs registres qui constateront l'état de tous les citoyens. Dans des temps plus heureux, un tel plan eût été un sujet d'alarme et d'afOiction profonde pour l'Église ; mais dans ces temps de persécution il peut devenir, s'il est exécuté, le remède à un mal plus grand encore. Rien n'empêchera les fidèles de recourir d'abord pour le sacrement de mariage aux pasteurs légitimes, et d'aller faire ensuite la déclaration de leurs mariages devant les officiers municipaux. A l'instant de It naissance des enfants le premier soin sera également d'appeler pour le baptême les véritables pasteurs, après quoi on fera à la municipalité la déclaration légale. Nous autorisons tous les curés et vicaires desservants à baptiser et même à marier leurs paroissiens en tout lieu et à toute heure avec les cérémonies prescrites par le rituel, et nous les commettons pour donner sur le fait des empêchements de mariage toutes les dispenses que nous sommes en droit d'accorder.
« La sépulture présente plus d'embarras, parce que renterrement des corps morts est un objet de police. Nous pensons que la tolérance illimitée accordée à toutes les religions amène cette conséquence nécessaire , que l'on n'astreindra personne à faire enterrer ses parents dans le cimetière béni autrefois pour les catholiques. Les catholiques feront donc constater le décès par l'officier municipal qui en délivrera l'acte. Le curé fera dans la maison du défunt, en présence des parents et amis, les prières marquées dans le rituel, et ensuite renterrement se fera sans aucune cérémonie. On pourra dans les villes considérables consacrer à cet objet un terrain qui sera bénit. Ailleurs on déposerait les corps dans des endroits particuliers qui seraient bénits spécialement chaque fois.
« Mais il peut arriver que le plan du comité ecclésiastique ne soit pas adopté par l'Assemblée, qu'il ne le soit qu'en partie, qu'il ne le soit pas incessamment. Or que faire en attendant? Nous pensons qu'une loi déjà en vij^ueur pour une classe particulière de citoyens autorise tous les fidèles enfants de l'Église à suivre à l'avenir pour ces sortes d'actes les formes purement civiles et indépendante* des cérémonies religieuses: tel est fédit du mois de novembre 1787 (destiné à donner l'authenticité légale aux naissances, mariages et décès des citoyens attachés à d'autres cultes que la religion catholique). Si pour jouir du bénéfice de cet édit il fallait se déclarer non
catholique ou souffrir que cette qualification fût donnée aux parties dans les actes, nous serions les premiers à repousser avec indignation un expédient qui ferait suspecter et calomnier la foi de nos diocésains. Mais les vues qui ont dicté la nouvelle loi embrassent tous les dissidents, et cette dénomination comprend l'universalité de ceux qui ne professent pas la religion solennellement autorisée dans l'État. On a voulu que la diversité des croyances ne mît point obstacle à l'exercice des principaux droits de cité, et qu'aucun Français ne fût dans la cruelle alternative de perdre l'état civil ou de trahir sa conscience, en recourante d'autres pasteurs que ceux de sa communion. Or que vont être désormais aux yeux de la puissance temporelle les catholiques qui refuseront de reconnaître les nouveaux évèques et les nouveaux curés sinon de véritables dissidents? Us ont donc le droit de s'adresser aux officiers civils que désigne l'édit de 1787, ou aux magistrats, juges de paix et présidents de tribunaux qui les ont remplacés. Plus l'Assemblée nationale protège avec une foveur éclatante la liberté des opinions religieuses, moins nous devons prévoir une odieuse exception qui pèserait sur les catholiques seuls. Dans le cas néanmoins où les magistrats refuseraient de prêter leur ministère à nos fidèles diocésains, ou voudraient insérer dans les actes des clauses et énonciations contraires à la profession de foi catholique, et par conséquent inadmissibles, i^ous prenons avec nos coopérateurs l'engagement de chercher et proposer d'autres formes conciliatrices, aussitôt que les dispositions des juges à cet égard auront éclaté.
« Les sacrements ne pourront être conférés validement que par les fidèles et vrais pasteurs; nous donnons à tous les prêtres approuvés le pouvoir absolu de confesser toutes personnes, et d'absoudre de tous les péchés et censures à nous réservées, et même des cas dont l'absolution appartient à notre saint-père le Pape, mais pourrait nous être attribuée par des circonstances particulières. Dans le cas où l'on empêcherait les prêtres fidèles de confesser dans les églises, nous leur permettons de confesser dans l'intérieur des maisons, même les personnes du sexe, à la charge que la chambre où siégera le confesseur sera et demeurera entièrement ouverte , et qu'on ne négligera aucune des précautions dictées par la plus scrupuleuse décence, afin d'aller au devant de la calomnie, compagne presque toujours inséparable de la persécution (f ).
« Pour que l'administration des malades ne souffre aucun retard,
(i) L'éTéque de Langres avait deviné juste. Les Jacobins et le clergé constitutionnel qui forçaient les catholiques à exercer leur culte en cachette, comme aux premiers siècles de TÉgUse , répandirent contre eux dignobies calomnies toDt à fait semblables à celles des premiers persécuteurs.
.es pasteurs choisiront un lieu sûr^ décent, et éloigné des regards , où ils conserveront le saint-sacrement, même au sein des habitations particulières, si on ne peut faire autrement. Lorsqu'un malade devra être administré, on lui portera le corps de Notre-Seigneur sans aucune cérémonie, mais l'administration s'y fera avec toutes les prières marquées dans le rituel. S'il y avait danger pour le prêtre, il donnera le saint Viatique le plus simplement et le plus brièvement qu'U pourra. Il en doit être de même du sacrement de l 'Extrême-Onction. Les pasteurs auront soin de se pourvoir de l'huile sainte des infirmes. S'A leur est impossible de la renouveler, ils suppléeront à ce qui leur manquera en ajoutant à l'huile bénite une quantité moindre d'huile d'olive non bénite, et ils recommenceront chaque fois qu'il sera nécessaire.
« Enfin nous déclarons que les permissions et pouvoirs accordés par la présente instruction cesseront à l'époque du i«' janvier i793, à moins que les besoins des églises ne nous déterminent à proroger le terme delà concession par une nouvelle ordonnance... »
Ce mandement fut adopté par la plupart des évéques^et devint la règle générale de TÉglise de France. Les deux catégories de prêtres constitutionnels y sont indiquées avec beaucoup de soin et de charité. Mais si Tévéque de Langres permettait aux fidèles de recourir aux curés légitimes assermentés, ce n'était que dans le cas de nécessité véritable, et jusqu'au mo* ment où ils seraient solennellement dénoncés. A partir du bref du 13 avril et des installations des évoques constitutionnels, on évita leur contact comme celui des intrus.
La situation des catholiques dans les villes était à certains points de vue moins mauvaise que dans les campagnes, parce qu'il était impossible dans les grands centres d'escamoter complètement la loi du 7 mai, et les résultats probables de cette demi-liberté de conscience paraissaient à certains révolutionnaires moins inquiétants dans les villes que dans les campagnes. Néanmoins les catholiques eurent beaucoup à souffrir du mauvais vouloir d'un grand nombre de municipalités, et des violences des clubistes.
Ils avaient tout d'abord entendu dans les couvents les messes
des non jureurs; mais cette ressource leur fut bientôt enlevée (I). L'autorité ferma les chapelles; alors les catholiques réclamèrent l'exécution de la loi du 7 mai. Beaucoup d'administrations se trouvèrent frès-embarrassées, car elles comprenaient parfaitement que si cette loi était exactement appliquée, l'Église constitutionnelle courrait les plus grands risques, et d'un autre côté elles ne voulaient point paraître pratiquer ouvertement la persécution religieuse. Cet embarras se fait jour dans une lettre que le directoire d'IUe-et-Vilaine envoya le 3 juin au comité des rapports. Partoutdans les campagnes, disent ces administrateurs, l'Ëglise constitutionnelle est abandonnée. On fait à la cathédrale des inhumations nombreuses de morts qui n'ont point demandé au clei^é constitutionnel les derniers sacrements. Ils leur ont été conférés « furtivement o par les réfractaires. Les bénédictines de Saint-Georges ont refusé de sonner les cloches, suivant l'usage, devant la procession constitutionnelle des Rogations ; on a enfoncé les portes , on a sonné les cloches de force. On fait courir des listes de proscription ; on menace de faire couler le sang. On parle d'interner les curés , mais le directoire hésite devant une telle violation des droits de l'homme; d'ailleurs cette mesure n'atteindrait pas les membres du chapitre, les habitués qui n'ont jamais été fonctionnaires publics, et ces ecclésiastiques entretiendraient le peuple dans les mêmes idées. Il passe ensuite à l'examen de la loi du 7 mai.
(l)Noiis avons trouvé dans les archives du comité des reclierches une lettre d*iine femme de Landerneau qui raconte naïvement à une amie les avanies dont OD était déjà accablé dans les villes quand on voulait faire profession de cathoUcisme. Cette lettre, datée du 3 mai 1791, fut saisie et envoyée au comité. ]1 parait que dans la petite ville de Landerneau, il y avait un club de jacobins encore plus violent que celui de Brest, et ses exploits sont racontés dans cette lettre. «... Nous nous confessons aux Ursulines... que de peines pour avoir des Blesses de prêtres non-jureurs ! On a nommé des commissaires pour examiner dans les églises les personnes qui y sont. Les femmes clubistes surtout sont les pis, et à la sortie de la messe on insulte avec des seringues , de la boue et du fiunier les honnêtes gens. On menace de faire autres choses que je crains terriblement, car nous n*avons pas été exemptées de ces premières insultes. On voulut me faire al)Solument monter la garde; on me suivit en criant pendant une certaine distance. Ma sœurEusebie, le dimanche de Pâques, fut seringuée avec des buées, des jurements inouïs ; enûn jusqu'à présent nous en sommes quittes pour cela. On nous menace aussi de fermer les églises où nous allons à la messe, afin, disent-ils,.de nous forcer de nous tenir à la paroisse qui n^est plus nôtre, puisque notre pasteur n'y est pas... »
ce .. Quand un écriteau indiquera les temples où ceux-ci (les réfiractaires) pourront exercer le culte religieux, les patriotes s'en éloigneront à coup sûr, alors les non-conformistes connaîtront leur forée et en deviendront plus obstinés et plus entreprenants, car, il ne faut pas se le dissimuler, ils sont presque deux contre un patriote dans cette ville... »
Le directoire annonce encore qu'il a fermé les chapelles des couvents ; le zèle de la garde nationale est très-grand pour les opérations de ce genre.
((... Mais c'est ce zèle même quLcause en ce moment nos inquiétudes, en ce qu'il paraît dirigé par l'opinion fortement prononcée que c'est servir l'Etat que xk persécuter les ecclésioitiqun réfractaires et leurs adhérents. »
Voilà un aveu précieux ; néanmoins ce directoire, après avoir déclaré qu'il n'approuve point l'internement des réfractaires, finit par proposer à l'Assemblée de les éloigner momentanément. La constitution civile avait créé une situation telle que les révolutionnaires même modérés se sentaient attirés vers la persécution , et la considéraient comme le seul moyen d'as^ surer le triomphe de la révolution dans la question religieuse!
Partout les clubistes des villes montraient une rage incroyable contre la liberté des catholiques. Voici comment la société des amis de la constitution de Toulouse rend compte elle-même au comité des rapports de sa séance du 12 juin. On y lut le mandement de M«f de Fontanges, l'archevêque dépossédé. On put à peine , au milieu des rumeurs, entendre quelques mots de rarticle. qui permettait d'élever des autels dans les maisons privées.
« Alors, dit la lettre, des cris redoubles ont retenti dans toute la salle ; mille voix se sont élevées pour demander que cette exécrable production fût livrée aux flammes; le désordre s'est emparé de l'Assemblée, et on n'a plus entendu que ce cri répété « au feu, au feu ' ». L'orateur avait interrompu la discussion, il n'a pu la reprendre qu'en jetant, du haut de la tribune, cette horrible brochure que des mains impatientes et avides de vengeance ont saisie avec l'empressement d'une sainte indignation. »
Ils sortent et vont brûler publiquement cette lettre pastorale sur la place Royale. Deux ans après ces gens-là saccageaient avec le même bonheur les églises constitutionnelles !
A Colmar l'application rigoureuse de ta constitution civile donna lieu à cTes troubles sérieux. Malgré de nombreuses pétitions signées même par des officiers municipaux, un arrêté du département décida le 21 mai que les capucins de Colmar seraient transférés à Belfort et à Neuf-Brisach. Ces capucins étaient fort aimés des habitants^ et le bruit se répandit que le district chargé d'exécuter cette décision les avait arrachés de leur couvent pendant la nuit, afin d'éviter une scène tumultueuse, et le directoire du département lui-même parut le croire, au moins un mom^o^l). La population de Colmar était fort irritée , et du départ d^Wigieux qu'elle aimait beaucoup , et de la fermeture de Tég^Hes Augustms qui servait de refuge aux non-conformistes ^Tne foule immense se rassembla devant cette église, enfonça les portes, et y fit des prières. Une quarantaine de personnes furent arrêtées par la force armée , puis relâchées sur l'ordre de deux officiers municipaux qui furent ensuite accusés de complicité. Le directoire du département craignit une insurrection générale , et pour calmer ta population décida que l'église des Augustins resterait ouverte.
« La fermentation de notre ville est poussée à son comble, écrivait le directoire au comité des rapports ; l'évèque y est menacé ; un membre du département y a été grièvement outragé ; des officiers municipaux sont accusés d'avoir fomenté et dirigé rinsurrection... » (26 mai.)
L'exaspération était grande chez tes habitants de Colmar, et l'intolérance religieuse des révolutionnaires en était la seule cause. Le directoire, sur les instances du procureur syndic, ordonna une enquête sur la conduite des officiers municipaux.
Le commissaire du roi près le tribunal de Colmar écrivit au garde des sceaux plusieurs rapports sur ces troubles.
« ... Toute cette pétulante populace, dit-il dans l'un des rapports, s'est bornée à l'assaut donné à l'église des Augustins, dont il est devenu impossible, sans risque, de repousser la multitude qui aurait tout osé pour se maintenir en possession du lieu qu'elle avait forcé et y pra-
(1) En eflet le procureur général syndic écrivait le 22 mai aux officiers municipaux qu'on croyait généralemenl que le déparleiuent avait pris n la puérile précaution d'enlever les capucins pendanl la nuit ».
320 CONSTITUTION CIVILE DU GLEEGi.
tiquer une dévotion fausse ou vraie , à laquelle des personnes audessus du peuple ont accouru... Depuis cette matinée d'hier le libre exercice religieux a été accordé, et se fait dans la plus grande solennité et avec un concours immmensc... »
Ce magistrat se montre fort effrayé de l'exaspération des populations d'Alsace contre la constitution civile (1). Il ressort clairement des rapports et des aveux de toutes ces autorités, que ces émeutes n'auraient pas eu lieu si le peuple de Colmar avait été libre de pratiquer ss. foi religieuse. La constitution civile avait déjà profondéj^nt blessé les Alsaciens; en fermant l'église des Augustins ^n leur interdisant complètement l'exercice du culte cath^fue , l'autorité leur avait fait perdre toute patience et imprudemment provoqué rexploàonde colères longtemps amassées et comprimées.
L'affaire fut portée devant l'Assemblée. Sur le rapport de Salle, elle décida le 31 mai : 1® que l'arrêté du directoire da 23 mai qui rouvrait l'église des Augustins était annulé, et que par conséquent l'arrêté du 15! qui fermait cette église ei cdui du 21 qui transférait les Capucins hors de Colmar, seraient exécutés.
2"* Que les membres du directoire qui avaient signé ^a^ rété du 23 mai seraient suspendus de leurs fonctions, et que les autres seraient autorisés à compléter le directoire par des membres du conseil du département.
3'' Que le nouveau Directoire, aprèè s'être ainsi constitué, examinerait la conduite des membres du district et de la municipalité de Colmar, et suspendrait ceux qu'il croirait en faute.
4^ Que le tribunal d'Altkirch poursuivrait les faits relatifs! ces troubles, ainsi que ceux relatifs à une autre, émeute arrirée précédemment le 4 février.
S"" L'administration provisoire , constituée à Colmar, devait durer jusqu'à la prochaine réunion des corps administratifs.
Ainsi les deux directoires d'Alsace furent dissous par l'Assemblée à l'occasion de la constitution civile : celui de Strasbourg six semaines, celui de Colmar cinq mois seulement après l'application de la loi du serment. On ne pouvait pourtant leur
(1) On ut sur œ rapport la mention suivante, qui doit lYoirété écrite pirie ministre : « La liberté des cultes est décrétée, laissex-les faire ponrm que Icritt public ne soit pas troubk\.. »
LA PERS£gUTIONh EN PROVINCE. 32i
reprocher d'avoir fait profession de catholicisme , ils avaient au contraire parfaitement accepté la constitution civile; leur seul crime était de l'avoir exécutée avec une certaine modération ; elle était unanimement rejetée en Alsace; ils ne se montrèrent point, comme les directoires de Bretagne, décidés à broyer, à écraser toutes les résistances, à faire peser sut leurs concitoyens le joug le plus tyrannique. Ils ne cherchèrent point à outrepasser la loi, et persuadés qu'elle froissait les convictions les plus intimes de leur province, et pouvait attirer sur elle les plus grands malheurs, ils se gardèrent bien de solliciter, comme tant d'autres administrations, un redoublement de persécution. Une conduite aussi mesurée ne pouvait plaire à l'Assemblée. Au fond elle n'était pas fâchée de voir les administrations inférieures prendre des mesures de rigueur qu'elle n'aurait point osé décréter ellemême par respect humain. Si les directoires venaient à fléchir devant les obstacles innombrables qui empêchaient l'établissement de l'Église constitutionnelle, tout était perdu, rœu>Te religieuse de l'Assemblée échouait misérablement ; et elle ne pouvait supporter seulement la pensée d'un échec aussi humiliant. Les conseils de tous les départements de France comprirent, par l'exemple de ces deux directoires d'Alsace , le sort qui leur était réservé si l'on pouvait seulement les accuser de tiédeur dans la défense de l'Église constitutionnelle; il leur était implicitement enjoint de frapper à tort et à travers sur tous ses ennemis , et de la maintenir à tout prix sans s'inquiéter du nombre ni des souffrances des non-conformistes. Le premier devoir des administrateurs allait être désormais de les tourmenter; ils destituaient les municipalités trop catholiques ou trop tolérantes , et l'Assemblée destituait les directoires trop modérés. La fermeture de l'église des Augustins était consacrée par un décret ; les catholiques en vertu de la loi du 7 mai louèrent l'église des Capucins, mais le procureur général syndic au bout de deux mois la fit fermer malgré la loi : l'évéque intrus ne voyait venir personne dans sa cathédrale; partout on tourmentait les moines qui refusaient d'adhérer au schisme. Les villes de Soultz, Kayserberg , Thann, réclamèrent en leur faveur; à Ribeauvillé tes protestants se réunirent aux catholiques. Le mécontentement était très-vif; le nouveau directoire envoya des troupes dans beaucoup de localités {i).
(l)Véron-Réfille9p. 61.
322 CONSnTUTIOX civile du CL£RGÉ.
Le directoire, réorganisé d'après le décret du 31 mai, écrivit à TAssemblée (25 juin) pour lui rendre compte de ses opérations ; il lui annonça que, conformément à l'article 3 du décrf r, il avait suspendu de leurs fonctions Richard, le procureur de l\ commune, et les officiers municipaux Voisard et Bancara, pour avoir signé les pétitions relatives à la translation des Capucins. Mais il fallait aussi épurer le directoire du district; voici comment on y procéda :
«... Apr^s nous ôtrc fait représenter les registres de ce corps, et avoir interrogé les deux membres contre lesquels ces registres diposaient d'une fion-participaiion affectée aux délibérations relatives à l'exécution des décrets sur la constitution civile du clergé^ nous avons exige de ces deux administrateurs une déclaration par écrit de leurs dispositions négatives ou affirmatives^ à coopérer à cette partie de Tadministration... »
L'un d'eux faiblit et se soumet à tout.
« Mais l'autre. Messieurs, a manifesté nettement son intention à ne pas participer aux opérations concernant cette même constitution civile du clergé, et a déclaré que ses opinions religieuses ne le lui permettaient point. Nous restons. Messieurs, dans le doute de savoir quel parti prendre envers un membre de l'administration qui par sa probité, ses moeurs, et son aptitude au travail, s'est depuis longtemps arquis l'estime publique, et notre indécision est d'autant plus fondée qu'aux termes de la loi, ces administrateurs n'ayant point compromis la sûreté publique semblent être exempts de la peine qu'elle leur de<tioe en ce cas. Nous attendons donc. Messieurs, ((ue vous nous traciez la conduite que nous avons à tenir (\).., »
(1) Le directoire envoyait en même teinps la déclaration de Padmittistrateiir en question, M. Gocklin; elle est très- mesurée et trèii-digne. «....Qnoiqne U liberté des opinions religieuses soit décrétée comme loi du royaume, j'ai crade mon devoir de d'xiarer verbalement à mes confrères assemblés que, necrovut pas pouvoir indistinctement donner mon avis sur tous les points toncfaanilM opérations roligicuses Je m'abstiendrais d*} opiner chaque fois quil s'en présenterait à discuter.... Lesprinci(iosqui m'ont déterminé à faire cette déclaralion et à otTrir en même temps ma démi&«ion. en cas qu^ou U trouvât en opposition avec rintcrét de la chose publique, mVtant dictés par l'honneur H U probité qui rejettent le masque de rb>pocrisie, et veulent que Ibomnie fèraisse ce qu*i] est , comment pourrais je nfen écarter ? Serais-je coupable pour obéir à la loi quidécrùte la liberté des opinions religieuses? Serals-je nwiobïe pour avoir pris le silence de mes confrères pour un aveu , ou pour un boumas^ rendu à la loi?... u
LA PEnsÉcunoi? en province. 323
Le nouveau directoire sut réaliser les espérances de ceux qui l'avaient installé et montra beaucoup de zèle pour TÉglise constitutionnelle, sans aller pourtant aussi loin que le directoire nouveau de Strasbourg. Mais ses efforts ne furent pas couronnés de succès : partoutles jureurs étaient mal reçus et accablés d'injures et de moqueries. Beaucoup de municipalités étaient d'accord avec les populations pour éviter tout rapport avec eux. On •envoya des troupes dans plusieurs villages^ mais il y eut des municipalités qui tournèrent cette vexation contre les révolutionnaires et les jureurs en logeant les soldats chez eux. Les lettres d'Arbogast Martin dont nous citerons plus loin des extraits prouvent que l'Église constitutionnelle du Haut-Rhin, même avec l'appui énergique du bras séculier, perdait constamment du terrain.
Dans la Lorraine allemande, la constitution civile rencontrait aussi une opposition très-caractérisée. Le directoire du département voulut agir avec modération, et sa conduite fut très-vivement désapprouvée par le comité des rapports, qui le 7 mars lui envoya une lettre très-curieuse. Il ne l'avait pas encore dénoncé à l'Assemblée, lui écrivait -il, parce qu'il trouvait pénible d'accuser, et qu'il aimait mieux croire à l'erreur. Venait ensuite une longue énumération de griefs.
«... Le silence que vous avez gardé sur le mandement de l'évoque de votre département; la distribution publique que vous en avez tolérée malgré les réclamations de la municipalité de Metz justement alarmée , dont le zèle vous est connu et dont le patriotisme ne peut \ous être suspect; l'arrêté par lequel vous avez autorisé en termes, il est vrai équivoques, la rentrée scandaleuse des chapitres dans la cathédrale; l'autorisation que vous avez accordée à la chambre syndicale de se rassembler malgré la teneur des décrets du U scptemhre; les délais que vous avez apportés à la convocation des électeurs pour la nomination de l'évoque, et les prétextes dont vous avez coloré ces délais... le peu de précautions que vous avez prises pour assurer dans les diverses abbayes de votre arrondissement la conservation de ce qui était propriété nationale ; les deux séminaires que vous laissez subsister dans la ville de Metz; votre décision en faveur des sieurs Pelin et Dumont auxquels vous avez accordé, pour des biens nationaux, des avantages qu'ils ne pouvaient espérer : tous ces faits s'ils sont vrais vous accusent de la manière la plus grave, et le comité attend avec sollicitude une justification qui, si elle n'était pas
complète, prouverait de votre part une résistance coupable à l'exécution des lois... »
Tout le tort du directoire était de comprendre qu'il fallait une persécution rigoureuse pour installer la constitution civile. Une lettre de l'accusateur public de Sarreguemines au président du comité des rapports renferme des détails très-circonstanciés sur la situation religieuse de ce pays. Elle est du 4 août.
« C'est avec peine que je suis forcé de convenir qu*il est si peu de prêtres dans notre district qui aient pr^tc le serment prescrit, qu'on n'a encore pu pourvoir au remplacement qu'à environ un diiièaie des fonctionnaires publics, curés et vicaires.
a Plus de la moitié des citoyens, d'après les libelles répandus, les prônes de leurs anciens pasteurs et les arguments de gazeticrs partisans du système opposé à ce serment, n'assistent pas seulement aux messes des prêtres constitutionnels. Encore bien moins s'y présentent-ils pour l'administration des sacrements. Dans d'autres endroits les trois quarts des paroissiens n'ont pas la moindre confiance dan^ leurs nouveaux pasteurs auxquels ils ne croient aucun pouvoir, tt leur refrain est de soutenir que d'après la liberté décrétée des opinmf religieuses on ne peut les forcer de leur donner leur confiance, préféraBt de se passer de messe et de s'abstenir des sacrements que de les recevoir de leur part : et malheureusement ce nombre ne diminue pas encore. Ils soutiennent que l'cxorcice libre de tous les cultes étant dtcrété, celui des non-conformistes ne peut ôtre défendu.
« Us ne veulent pas seulement laisser baptiser les nouveaux-nés par les prêtres constitutionnels, les portant à leurs anciens pasteur?, ei plusieurs disant hautement qu'ils les feraient de préférence baptiser parleurs voisins, amis, ou autres personnes...
« ... Quand un prêtre constitutionnel fait un enterrement, il ya-^sislc dans nombre d'endroits très-peu de personnes ; il est nitiiie arrivé (ju'après avoir fait porter le mort sur le cimetière, tous ^ sont retirés sans vouloir assister à l'enterrement, de peur d'i-ncouiù l'excommunication...
«... L'information principale et celles additionnelles, que j'ai poui'suivies contre les prêtres réfractaires, ne paraissent |)as avoir diminué le nombre de leurs partisiins, et la chahurtjue mettent qniiijneS'Vns des prêtres constitutionnels à vouloir forcer leurs noui'cav-r paroissiens à leur donner leur conliance Jie fait qu'aigrir leur? esprits...
« Par le jugement intervenu le 27 présent mois de juillet >ur rutdifCérentes informations, il y a eu un ancien curé décrété de juisctli'
corps, dix prêtres fonctionnaires réfractaires, d'ajournement personnel sans oser desemparer, et un d'assigné pour être ouï... »
Dans le nombre des ecclésiastiques décrétés d'ajournement personnel, se trouvent des curés et vicaires qu'on n'a pu encore remplacer. Il explique qu'on manque de prêtres constitutionnels et qu'on ne peut laisser ces paroisses vides sans risque d'exaspérer les esprits ; qu'une certaine modération est donc nécessaire.
«... Mais si l'on voulait poursuivre leurs partisans beaucoup plus nombreux que ceux des prêtres constitutionnels , je crois que Ton verrait bientôt un soulèvement général qui pourrait faire couler bien du sang. Aussi n'ai-je cru, monsieur le président, me permettre des poursuites aussi dangereuses qu'autant que l'Assemblée les autorisât... n
Dans le nord de la France, les non-conformistes n'étaient pas mieux traités. L'évêque de Boulogne, M*^' Asseline, n'avait pas voulu émigrer ; la municipalité lui envoya des officiers municipaux et des notables pour le sommer de se reconnaître l'auteur d'un mandement qui avait excité les colères du parti révolutionnaire. L'évêque déclara que ce mandement était bien son œuvre. En restant à Boulogne, il ne s'exposait pas seulement aux persécutions administratives, mais aux violences populaires qui n'épargnaient pas les non-conformistes les plus paisibles. La fête des Rogations fournit aux jacobins du lieu l'occasion de montrer leur fanatisme anticatholique. La procession constitutionnelle vint comme d'habitude à l'hôpital, mais les religieuses, fidèles à l'orthodoxie, n'avaient ni sonné les cloches, ni paré l'autel, ni suivi la procession dans la chapelle : on fit remarquer tous ces crimes à la populace ; on les accusa en outre d'avoir refusé d'abord de laisser entrer la procession, ce qui était faux; la populace furieuse envahit le couvent et voulut leur faire un mauvais parti, ainsi qu'à un chanoine non -conformiste qui se trouvait là : ce dernier fut soustrait à la rage de ces furieux par la force armée, et conduit en prison « pour le sauver».
Les religieuses étaient constamment tourmentées et souvent même maltraitées à cause de leur éloignement pour le culte constitutionnel. On ne pouvait pas les forcer de venir aux églises, mais dans beaucoup de localités on les empêchait d'avoir un aumônier catholique , et elles étaient réduites à vivre comme
au milieu des païens. Mais il fallait encore que dans certaines circonstances le culte constitutionnel vînt les persécuter; les processions des Rogations et de la Fête-Dieu leur valurent des vexations inouies , quelquefois même les traitements les plus brutaux. On dirigeait la procession constitutionnelle vers leur chapelle ; si elles refusaient de l'admettre^ les jacobins en profitaient pour faire une scène horrible , enfoncer leurs portes, pénétrer dans leurs couvents, les accabler d'injures et de mauvais traitements. Si pour avoir la paix elles laissaient la procession entrer, on leur imputait à crime, comme aux religieuses de Boulogne, de ne point se montrer, et de ne point faire adhésion à l'Église constitutionnelle (I).
A Amiens les Jacobins, soutenus par la municipalité, voulurent empêcher les catholiques de jouir du bénéfice de la loi du 7 mai , mais le directoire du département fit loyalement tous ses efforts pour maintenir la liberté religieuse.
La municipalité demanda d'abord au directoire d'interdire complètement l'exercice du culte non conformiste. Le département transmit cette pétition à l'Assemblée, avec son avis défavorable. La municipalité alléguait dans un mémoire à l'appui :
«... Que les prêtres non serment es et les citoyens qui adhèrent à leur o[)inion affectent de se rassembler avec aniuence dans \ci églises des couvents ; que dans plusieurs de ces églises on célèbre, le? jours do fêtes et dimanilics, l'office divin avec des solennités inaccoutumées, et que les églises paroissiales restent presque déserte?. Le peu|)]e remanjue celte affectation et cette différence. 11 cruit > voir un mé])ris de l'ordre établi parla constitution; il croit aussi prouver son altarhemenl à la loi en donnant des marques publiques d'improbatiun à iru.c qui tfffcctrnt (dnai leur opposition à la loi. C'est la seule cause des attroupements... »
Il se forme donc, d'îiprès la municipalité, des rassemblements tumultueux et menaçants devant les chapelles et les oratoires dos non-confornjistes. On a recours à la garde nationale pour
(1) Nous mentionnerons seulement les rclii;ieuses de Châtel- sur-Moselle, dont les révolutionnaires voulurent punir Portliodoxi-*. Le 23 juin, la garde nalit)nale brisa leurs portes, enleva leurs clocbes, les accabla d'injures, et leur adressa les nn*naces les plus terribles. Huit jours après le curé conslîtutioflnel et la municipalité venaient enlever de leur chapelle tous les objets oéiessaircs au S(Tvire religitM'T.
rétablit l'ordre, mais on la dérange si souvent, qu'elle est extrêmement mécontente et demande qu'on ferme tout de suite les chapelles des couvents où les non-conformistes se réunissent. On objecte que si on les ferme , il faudra bien à cause de la loi du 7 mai laisser les catholiques se réunir dans des oratoires loués par eux, et dissiper les attroupements qui pourront se former devant ces oratoires. L'argument est sans réplrque, mais ta municipalité qui veut avant tout vexer les catholiques refuse de s'y rendre. Elle affecte de douter qu'ils puissent faire preuve d'une telle constance. La fermeture des chapelles sera a l'accélération de l'écoulement d'une affectation passagère b.
Elle assure, sans preuve aucune, que les oratoires futurs seront moins nombreux, plus respectés et plus faciles àprotégcT. Dans une délibération prise le 2 août pour faire ce mémoire , le corps municipal allègue, entre autres motifs, que si on laissait leurs chapelles aux non- conformistes, l'égalité serait violée en leur faveur, car ih auraient onze chapelles, tandis que l'Église constitutionnelle n'aurait que cinq paroisses. Le motif était étrange. Puisque les non-conformistes ne recevaient rien du pouvoir, et à ce point de vue se trouvaient sur le même rang que les protestants et les juifs dont ils enviaient la tranquillité, qu'importait à l'État le nombre de leurs chapelles (1) I
On comprend aisément qu'avec une pareille municipalité les Jacobins aient osé troubler violemment la liberté des non-conformistes. Le 25 juillet ils firent une émeute devant l'église des Carmélites, où ils célébraient tranquillement leur, office, et la municipalité eut grand soin d'en prendre prétexte pour inviter le directoire à fermer ces églises. 11 est constaté par les pièces officielles et par l'instruction qui fut commencée sur cette affaire et envoyée à l'Assemblée, qu'une foule de trois ou quatre cents personnes huait ceux qui entraient dans la chapelle des Carmélites, en criant bien haut qu'il fallait fouetter les femmes. Celte^ ignoble émeute avait été organisée à l'avance et même p.yée, comme le directoire le déclarera.
(1) S^U n*y avait que cinq paroisses constilutionoclles à Amiens, c'était la faute des autorités qui avaient ainsi organisé ce nouYeau culte : d'ailleurs le nombre n*y faisait rien ; Timmense vaisseau delà magnifique cathédrale livrée alors aux schismatiques est capable à lui seul de contenir autant de fidèlei que onze petites chapelles de couvents ; mais la municipalité cherchait de mauvaises raisons pour opprimer les catholiques.
328 CONSTITUTION CIVILE DU GLEaGÉ.
Cette dernière administration prit le 30 juillet un arrêté qui renvoyait Taffaire de la fermeture des chapelles à l'Assemblée; cette décision est précédée de considérations très-sages qui concluent toutes à la liberté des non-conformistes.
«... Les citoyens, dit le directoire^ ont la facilité d'acheter des oratoires particuliers, de s'y réunir, de faire célébrer l'office divin ) il n'y a aucun doute sur ce point, et on le demande à tous les hommes impartiaux: peut-il y avoir une seule bonne raison pour refuser aux citoyens le droit de faire dans une église de monastère, parce qu'ils ne l'ont pas achetée, tout ce qu'ils avaient le droit de faire dans on lieu qu'ils auraient acquis? Non sans doute, il n'y en a point. Mais voyez comme on abuse le peuplé : s'il est nécessaire délaisser ouvertes les églises des monastères, c'est principalement pour le pauvre qui, n'ayant pas le moyen d'acheter des temples et de faire la dépense du culte, trouve dans ces églises une partie des secours spirituels dont il a besoin ; et pourtant c'est le pauvre qu'on fait mouvoir par des impulsions secrètes, qu'on soulève contre ces mesures dont il doit recueillir les avantages... »
Et si Ton ferme les chapelles, quel désordre ! quelle irritation !
« Ircz-vous poursuivre les dissidents jusque dans l'intérieur de leurs familles ? Des hommes aveuglés par de faux principes ont répondu qu'oui... »
Le directoire proleste contre une pareille inquisition, et dénonce par avance le parti que les passions politiques sauraient en tirer.
«... Quand on voudra désigner une victime, on publiera que sa maison sert de retraite aux non-conformistes; on formera des attroupements ; on violera l'asile sacré des citoyens sous prétexte de perquisitions, et dans le pays de la liberté, on éj^rouvera des vexations inconnues sous la domination même des despotes... »
On ne peut pas dire ici que le directoire d'Amiens parle en bon prophète, car déjà ces vexations ne sont que trop fréquentes. 11 a soin de constater que dans le parti non-conformiste , il se trouve de véritables amis de la nouvelle constitution politique.
Parmi les considérants de rarreté , nous citerons ceux-ci qui dénoncent les ignobles manœuvres des fanatiques antireligieux :
« ...Considérant... que ces troubles sont fomentés par des scditieui qui n'ont pas même caché leur dessein d'exciter la persécution contre leurs concitoyens...
a Informé que ceux qui ont été les agents de l'émotion populaire du 25 de ce mois ont été soudoyés. Pouvant d'autant moins douter du complot formé par ces ennemis du bien public de soumettre à leur volonté les pouvoirs établis par la constitution...
« Que le directoire a reçu le 25 de ce mois une lettre anonyme remplie des injures et des menaces les plus atroces^ où l'on exige in* solemment la fermeture deséglises, et où Ton outrage la garde nationale jusqu'au point de dire en son nom que les citoyens qui la composent seront les bourreaux des administrateun,,,
« Instruit qu'aujourd'hui encore on a fait annoncer par un crieur public un prétendu décret de l'Assemblée nationale intervenu sur une lettre de H. l'évèque du département pour la fermeture des églises; que cette annonce n'a été faite que pour essayer de soulever le peuple ; que le décret ni la lettre n'existent pas , et ne pouvaient même exister^ ce prélat patriote ayant toujours manifesté les mêmes intentions que le département... »
Il est probable que la municipalité d'Amiens avait monté cette odieuse comédie pour exciter des troubles contre les catholiques. Le département arrêta en conséquence :
Article i*'. Que la pétition delà municipalité sur la fermeture des chapelles serait renvoyée à l'Assemblée.
â. Que les catholiques continueraient de fréquenter les chapelles^ jusqu'à ce que l'Assemblée le leur défendit. Seulement ils ne devaient y exercer aucune fonction paroissiale.
Le fanatisme antireligieux dominait tellement les révolutionnaires qu'ils ne voulaient pas s'avouer à eux-mêmes que la foi catholique était plus forte que la constitution civile , et que les non-conformistes élevaient autel contre autel , et déniaient toute autorité aux évéques constitutionnels. Ils ne pouvaient supporter seulement l'idée d'une paroisse non-conformiste ; même lorsqu'ils se résignaient à laisser les catholiques fréquenter les chapelles des couvents, ils ne voulaient pas reconnaître qu'ils exerçaient un culte à part ; ils consentaient seulement à les regarder comme des gens qui aimaient mieux un certain dimanche entendre la messe dans une chapelle qu'à la paroisse; mais de par la constitution l'église des jureurs était leur paroisse, et ils en relevaient aussi bien que de la municipalité. Aussi les révolutionnaires imputaient à crime aux prêtres catholiques de faire de
l'eau bénite, et de distribuer le pain bénit dans leurs églises, car c'était s'ériger en paroisse particulière , c'était commettre un ^Tand empiétement sur l'église d'État I Dans l'instniction qui fut faite sur les troubles du 25 juillet à Amiens, on interrogea les témoins avec beaucoup de soin pour vérifier si Ton avait fait de l'eau bénite , et distribué le pain bénit à la chapelle des Carmélites, ce qui échauffait étrangement la bile des révolutionnaires. L'intolérance religieuse des hommes de 91 se traduisait tantôt par des actes odieux, tantôt par des puérilités. Même quand ils étaient forcés de reconnaître en fait l'existence du culte nonconformiste , ils cherchaient par de mesquines restrictions à se persuader à eux-mêmes que la scission n'existait pas. Quand on examine la révolution dans ses détails, on voit combien ses adeptes se montrèrent petits dans leur intolérance.
Le directoire de la Somme avait quelques raisons de craindre que sa conduite ne fût jugée trop modérée par l'Assemblée : il lui envoya deS observations sur son arrôté , signées Der^'ille, secrétaire général. Dans ces observations, il revient sur l'émeute du 25 juillet, insiste sur les distributions d'ai*gent qui l'avaient provoquée (1), et accuse le club des Jacobins de vouloir fermer de force les chapelles des catholiques , et imposer sa volonté aux administrateurs. Pendant longtemps la ville d'Amiens a été trèstranquille, mais ce club la trouble par son intolérance religieuse ; il a envoyé plusieurs fois au directoire des députés pour lui porter ses vœux; il ne cesse d'agiter le peuple, de susciter des troubles contre les non-conformistes, dans l'intention d'en profiter pour réclamer à grands cris la fermeture de leurs chapelles. 11 y a malheureusement dans la commune quelques c clubisles ardents » qui l'ont décidée à faire une démonstration contre les non-conformistes. Les Jacobins furieux envoient des lettres anonymes que le directoire qualifie d'atroces. U invite l'Assemblée à trancher elle-même la question religieuse. Si elle fait fermer les chapelles, les non-conformistes ne feront point d'émeute, mais ils auront le droit de recourir à la loi du 7 mai, et les Jacobins paraissent disposés à ne pas les laisser plus tranquilles dans des oratoires loués que dans les cha{)elles des religieuses. « Ils ont même déclaré au département que
(1) Le <l(''par(einenliK)ursuivit aussi les fauteurs de rérneuledu 25. Vu sol lai «l:uis rinstruction avait déclaré avoir entendu dire à un énieutier : «. Je n'en ai l>as ni )ins gagné mes douze sols... »
LA PEBSÉCmON EN PROVINGE. 331
leur intention était de s'opposer à l'établissement de tout ora* toire public ou particulier. »
Ainsi les révolutionnaires ne tenaient aucun compte des décrets de l'Assemblée quand ils étaient un peu favorables aux catboliqueSy et intimaient aux autorités leur intention bien arrêtée de les fouler aux pieds. Les administrateurs les mieux disposés et les plus tolérants avaient déjà beaucoup de peine à empêcher les prétrophobes de se livrer à toute sorte d'excès : on peut se faire une idée de la situation des catholiques dans les départements où les autorités étaient complices des Jacobins ou simplement désireuses de les ménager I
Le directoire de Saône-et-Loire essaya comme celui de la Somme d'assurer aux catholiques l'exécution de la loi du 7 mai. II s'empressa d'adopter l'arrêté du département de Paris^ mais il lui fallut aussi pour Texécuter entrer en lutte avec les Jacobins. Les clubistes d'Autun envoyèrent à Paris une dénonciation violente contre lui :
<( ... Nous demandons à nos administrateurs cités à votre barre si baptiser^ marier^ enterrer^ fonctions qui entraînent avec elles des actes civils^ ne sont pas ce qui caractérise essentiellement rccclésiastique fonctionnaire public et reconnu par la loi... »
Ils voulaient que le prêtre réfractaire fût réduit à dire simplement la messe. Le directoire, voyant qu'on essayait de pousser le peuple aux plus odieux excès, fit paraître le 4 juin un arrêté sous forme d'instruction sur la liberté des opinions religieuses et da culte, où il rappela aux populations que tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, que nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas, et par conséquent à suivre la messe constitutionnelle contre sa volonté; il rappela aussi d'autres principes tout aussi élémentaires et tout aussi méconnus par les prétrophobes. Il réprouva énergiquement la conduite de ceux qui attentaient à la liberté religieuse des catholiques, et leur enjoignit de ne plus recommencer. On lisait dans l'arrêté:
«... Leur défendons par toute Tautorité que la loi nous a confiée d'apporter aucun obstacle, môme à l'égard des prêtres non assermentés^ à l'exercice de toutes les fonctions ecclésiastiques qui ne leur sont point interdites^ notamment de la célébration de la messe^ et de
l'exercice de la confession..., (Tcmpéckcr qu'aucun citoyen n'assiste aux offices qu'ilaViJUentiondc pi'éférer, d'exùjev qu'il participe auœ exercices qui répugnent à sa conscience, et de se livrer à aucune violence, injure ou menace contre qui que ce soit, sous prétexte de diversité des opinions religieuses ou de culte... »
Cet arrêté mérite d'être lu avec beaucoup d'attention ; il est évident que les clubistes de ce département étaient animés du même esprit que leurs frères d'Autun, et ne voulaient pas seu< lement empêcher les catholiques de suivre leur culte, mais employer la violence pour les forcer d'assister aux offices constitutionnels. Le département envoya cet arrêté au comité ec< clésiastique , et lui annonça en même temps que les paroisses constitutionnelles étaient abandonnées pour les églises des religieuses où les réfractaires officiaient.
Il en était de même partout , et les anticatholiques, qui n'étaient pas tous des Jacobins, obtenaient à peu près partout la fermeture des chapelles des religieuses. Quelques administrations modérées s'y opposaient , mais il était dangereux d'entrer en lutte avec le parti révolutionnaire, et la plupart des conseils étaient décidés à lui céder constanunent dans les questions religieuses. En vain les gens sensés disaient-ils, comme le directoire d'Amiens, qu'il ne seiTait à rien de fermer les chapelles des religieuses puisque, d'après la loi du 7 mai, les catholiques pourraient immédiatement ouvrir des oratoires; les révolutionnaires voulaient qu'on format les chapelles à Tinstant même; c'était une vexation infligée à la fois aux catholiques et aux religieuses : et puis ces chapelles ne coûtaient rien, on serait obligé de se cotiser, de faire des frais'pour se procurer des oratoires, et s'il fallait absolument laisser les catholiques se réunir, il était bon du moins qu'ils subissent quelques désagréments. D'ailleurs les révolutionnaires espéraient bien escamoter la loi du 7 mai et obtenir de rAssemblée des décrets rigoureux. Nous allons voir qu'ils surent très- bien arriver à leurs fins.