‹ Histoire de la constitution civile du clergéChapitre 10 sur 40 · L^ÉIDGRATION OBLIGATOIRE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

L^ÉIDGRATION OBLIGATOIRE DU CLERGÉ

menaces que les septembriseurs avaient déjà faites contre les prisonniers d'Oriéans, et avait enfin compris le véritable motif de l'expédition de Fournier; elle rendit un décret ordonnant la translation des prisonniers à Saumur. Ce décret fut signifié à Fournier, qui s'en moqua ouvertement et brava toutes les autorités. Elles n'osèrent pas entrer en lutte avec un homme muni d'une commission régulière de Roland, et qui disposait de plus de quinze cents hommes et de six pièces de canons. Fournier s'empara des prisonniers et prit avec eux la route de Paris. L'assemblée, prévenue de cet acte de rébellion, décrète naïvement, sur le rapport de Vergniaud, qu'il sera envoyé à Fournier deux commissaires avec une proclamation I La commune, de son côté , nomme quatre commissaires qui doivent, bien entendu, l'engager à compter sur son appui et à persévérer dans sa désobéissance aux décrets. L'imbécile Roland, au lieu de faire des eiforts désespérés pour réparer l'énorme faute qu'il a commise , trouve encore moyen de l'aggraver et de la rendre tout à fait irréparable en écoutant encore Danton, et en donnant aux commissaires de la commune les mêmes pouvoirs qu'aux véritables (1).

Poumier, au lieu de revenir directement à Paris, se dirigea sur Versailles. A Paris, les massacres étaient finis, et la population commençait à sortir de sa torpeur ; mais à Versailles, on pouvait très bien organiser un massacre , en se faisant envoyer de Paris des égorgeurs émérites par le comité de surveillance. Alquier, président du tribunal criminel de Versailles, vint avertir Danton que tout se préparait pour un égorgement; mais l'attitude et les réponses du ininistre de la%justice furent telles, qu'il revint convaincu que Danton était du complot. Le dimanche 9 septembre, au moment où le convoi passait devant la grille de l'Orangerie «me troupe d'assassins se rua à la fois sur tous les charioU qui contenaient les prisonniers soigneusement garrottés, et put les massacrer à son aise ; et cet horrible égorgement

était commis par une poignée de scélérats, et il y avait autour d'eux quinze cents hommes avec des fusils, des sabres, des canons, et pas un ne fit le moindre mouvement pour les arrêter! Qu*on nie, après cela, la connivence de Foumier avec la commune I Le maire Richaud fit de courageux efforts pour sauver les prisonniers, mais ce fut en vain. Quelques assassins promènent en triomphe dans la ville les membres de leurs victimes, les autres courent à la maison d*arrèt et y massacrent vingt détenus ; heureusement, le maire et les autorités surent les empêcher d'en tuer davantage.

Le lendemain, Fournicr faisait son entrée triomphale dans Paris , et, avec ses infâmes soldats, allait droit au ministère de la justice; Danton venait le recevoir sur le seuil, le complimentait, et terminait son discours par ces paroles qui seront pour lui à la fois une honte éternelle et Taveu indirect de son crime : <r Celui qui vous remercie , ce n*est pas le ministre de la justice , c'est le ministre du peuple. »

Cette expédition ne fut pas seulement souillée par le meurtre, mais par le pillage. Foumier s'était fait remettre par certains prisonniers dés objets précieux,des portefeuilles contenant des valeurs ; il avait reçu une cassette de Tinfoitiiné Delessart, jamais on n'entendit parler de tout cela (1).

A Lyon, une troupe de scélérats attendait avec impatience que le signal des massacres lui vînt de Paris. Laussel, on des terroristes lyonnais, était allé s'entendre avec la commune parisienne. Il écrivait le 28 août à ses amis de Lyon :

(( Tout se dispose ici à couper la tôte aux Gargantuas, et à faire une affaii'c générale de tous les malveillants. Ecrivez -moi corn*

(1) Mortimer-Ternaux (t. III, p. 587) donne le compte de Fooraier. C'est une pièce extrêmement curieuse. Il monte à 30,596 livres. On y découvre^ à première vue, des voleries insignes. Foumier y réclame 7,000 livres pour la paille des prisonniers et les fusils cassés. Il reconnaît, du reste, que ses gens étaient pour la plupart des filous et des voleurs.

« On ne sait qu'admirer le plus, dit Tauteur, p. 400, de l'incroyable impudence du coquin qui présente des comptes grossis à plaisir, qui n*a pas un mot de regret et d'explication sur les meurtres qu'il a laissé commettre sur des malheureux prisonniers confiés à sa garde, ou de rincurable stupidité du ministre qui traite presque d'égal à égal avec le chef d'une bande d'assassins, ne relève pas les erreurs palpables et presque matérielles qui existent dans les comptes qu'on lui fournit, et finit par faire payer sur les fonds de son ministère...» sans lui ménager les éloges I

l'émigbation obugatoirb du clergé. S7i

bien a-t-on coupé de têtes à Lyon ? Ce serait une infamie d'aroir laissé échapper sains et saufs nos ennemis. Nos yolontaires sont à Orléans pour y expédier les prisonniers contre-révolutionnaires qu'on traitait trop bien. »

Quelques jours plus tard, Laussel dut être bien content de ses compatriotes I Le 9 septembre, le lieutenant-colonel Spendler, pour avoir mis aux arrêts des soldats insubordon^ nés, est assassiné, et son cadavre pendu par les pieds à un arbre. Une troupe de brigands, conduite par un agitateur parisien nommé Saint-Charles, vient forcer les portes de la prison de Pierre-Encise, où huit officiers sont détenus comme suspects^ et exige qu'ils soient conduits à celle de Roanne. Malgré les efforts du maire Yitet, les brigands forcent les portes, égorgent sept officiers et promènent leurs têtes dans les rues de Lyon, ils vont ensuite à la prison de Saint-Joseph tuer un prêtre, Tabbé Lacroix ; puis ils courent à la prison de Roanne ; ils y trouvent Tabbé Regney, professeur, regorgent et commettent ensuite toutes sortes d'horreurs sur son cadavre. L'abbé Guillermet, curé de Bà'nneins, devient ensuite leur victime. Après l'avoir blessé, ils prirent plaisir à lui couper la langue. Sa tête fut suspendue aux tilleuls de la place Louis-le-Grand.

Les journées de septembre coûtèrent la vie à plusieurs membres du parti constituant. Le duc de la Rochefoucauld, président du directoire de Paris, à qui la commune ne pouvait pardonner son énergique campagne en faveur de la liberté religieuse et du droit de veto, fut arrêté à Forges et lâchement assassiné le A septembre sur la route de Gisors. Les agents de la commune avaient soin de répandre en province les bruits les plus [absurdes contre les prêtres : « Us s'étaient déguisés en suisses le 10 août pour tirer contre le peuple, et c'était à cause de cela que le peuple de Paris en avait fait prompte et sévère justice, etc. » Les prisons de pluâeurs villes contenaient de nombreux prêtres : ces marati»t«8 réussirent, comme à Paris, à en vider quelques-unes par le massacre : les routes étaient couvertes de prêtre» niuulu de passeports de déportation ; tout fut mis en œuvre par v.vm infâmes agents pour les empêcher d'arriver à la frontièr«, ai les faire égorger en chemin. « Les routes, écrivait lUAmA, ne sont pas sûres, le peuple croit voir dans chaque voyn'

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geur un aristocrate cherchant son salut dans la fuite. » B Bourgogne surtout, les maratistes avaient réussi à ezciU yiolemment les esprits contre les prôtres. Le 8 septembn quatre ecclésiastiques, nxunis de passeports de déportatio et habillés en laïques, traversent le petit bourg de Goc ches. Us font viser leurs passeports par les autorités, ma les démagogues du lieu commencent par s*attrouper < les accuser de conspiration ; et le maire, au lieu de pn téger leur départ, les fait enfermer dans la prison, pot leur sûreté, en attendant la décision du district d*Autiii Mais à la tombée de la nuit, les jacobins décident qu'il fax empêcher le départ des ennemis de la patrie, briseï d'abord leur voiture et en jettent les débris au feu. 1a malheureux prêtres , prévoyant le sort qui les attend, s confessent entre eux. Des gendarmes passaient par Ciouchc pour rejoindre l'armée. Le maire leur dit de dissiper l'ai troupement, mais leur chef lui répond qu'il doit respecter i volonté du peuple. Les jacobins enfoncent les portes de 1 prison, assomment lesjprêtres à coups de pioches, les achi vent avec leurs sabres et mutilent leurs cadavres (1).

Beaucoup d'ecclésiastiques furent égorgés sur les routi par des jacobins ou par des volontaires qui allaient i ] frontière, et aimaient bien mieux assassiner que combatin Ainsi, le 3 septembre, l'abbé Gallery, curé de Bazoche, qi se rendait à Honfleur pour s'embarquer, fut égorgé sur '. route à Yimoutiers. Les assassins, après avoir promené i

(i) Une instruction fut commencée contre les assassins. Elle aboutit, 17 janvier 1793, à neuf condamnations à mort par contumace. Trois dec individus furent arrêtés ensuite , mais relâchés en vertu du décret • 16 juin. Mais, après la Terreur, la procédure fut reprise. Quatre cont maces passèrent devant le jury de Saône-et-Loire, et deux d*entre e furent condamnés à mort. Avant le jugement, ils avaient adressé a pétition à la convention, afin d'excuser leur crime et de faire appel à compassion, a L'on regardait, disaient-ils, les prêtres comme les vtt auteurs de nos maux : vous les aviez vous-mêmes crus si dangereux, q vous les aviez proscrits du territoire français. Les quatre prêtres o été victimes. Le peuple en furie leur a donné la mort et Ton croyait bien avoir fait une belle action, que chacun, le lendemain, se vantait d avoir tué sa bonne part. » Tout cela était très vrai, mais, à cette époqi les prêtrophobes de la convention avaient de très bonnes raisons po les abandonner à leur sort. L'un d'eux, nommé Forgeot, ferblantier, tua; l'autre nommé Masson, tailleur, fut exécuté à Autun. (MoRTna Tbrmâux, t. m, p. 622.)

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