‹ Histoire de la constitution civile du clergéChapitre 11 sur 40 · L*ÉMIGRAT10N. OBLIGATOIRE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

L*ÉMIGRAT10N. OBLIGATOIRE DU CLERGÉ

t^ 1:.^ aa bout d*une pique, la jetèrent dans le ruisseau et la iLjlèrent longtemps à coups de pieds dans la boue.

. 5 septembre, le capucin Yalframbert est arrêté à Alen-

i. Le corps municipal, devant lequel il est traduit, « vu

""il^ fait des actes extérieurs d'incivisme », c'est-à-dire

^il s*est montré prêtre catholique, le condamne à trois

irs de prison, et ordonne ensuite qu'il sera conduit de

.gade en brigade pour être déporté. Mais la foule furieuse,

stationnait devant l'hôtel de ville, envahit la salle du

fait subir au malheureux capucin les plus afiTreux

traûtements et le traîne sur la place. Là, hommes et femmes

V^ frappent de coups de bâton, l'écrasent de coups de pieds,

et se livrent à d'afiTreux raffinements de barbarie. L'acte

<i 'accusation contre les assassins porte « qu'on tenta de le

soier en plusieurs parties de son corps, avec un sabre, sous

prétexte que cet instrument n'était pas assez tranchant et

9a.iis doute pour le faire soufiTrir davantage (1) ». On finit

pourtant par lui trancher la tête : un hideux cortège d'as-

sa.ssins et de prostituées la promène au bout d'un manche

à. iNilai à la lueur des flambeaux dans toutes les rues de la

^iUe. Les meurtriers osent la porter sous les fenêtres de sa

^si.xnilie et veulent même la présenter à son père I Enfin ces

KKtisérables entrent au cabaret pour fêter ce glorieux ex-

(>loit; la femme qui le tient exige qu'ils laissent dehors la

le de leur victime, et pendant qu'ils boivent, une autre

mme s'empare de cette relique et s'enfuit avec elle à leur

Sï*ande colère.

Le 8 septembre, à Laigle, M. Bessin, curé de Saint- ^lîchel à Sommain, est accusé d'avoir soustrait à la république les vases sacrés de son église, et lâchement assas- ^iïié. Les brigands promènent sa tête dans la ville (2).

0) I)b Bkaurjîpaire, Tribunal criminel de rOimc.

(2) Le tribunal criminel condamna à mort deux des assassins h*

5- ^ *nil 1793 : le conseil municipal de Laigle réclama rexécution du

I '^sèment : « Ils ont arraché à nos bras, écrivit le conseil, Taccube

^^^nous voulions soustraire à leur fureur. Plusieurs de nous ont été

'^^Ppés, toutes les lois ont été foulées aux pieds. Après avoir assouvi

<<B«Ar f^g^ contre ce prêtre, ils ont colporté sa tête sanglante de maison

^■Km ttii^gon, ils Vont fait embrasser à plusieurs personnes; et voilà ceux en

-■^"^"•Ut desquels on veut exciter votre commisération. » Les assassins

^""^IC remis en liberté par la convention. Dk Bbaurkpaire, p. i2.

Le 9 septembre, quatre prêtres qui se rendaient à Rouen furent assassinés dans le bourg de Gacé (Sarthe) (1). Us tombèrent au milieu d'un nombreux attroupement de volontaires qui les entourèrent en criant : « Le serment oa la mort ! » Us refusèrent le serment. Trois d'entre eux ftireni aussitôt assommés dans la rue ; le quatrième fut noyé dans les fossés du château. Leurs cadavres étaient teUemenl mutilés, qu'il fut impossible de les reconnaître. Lors du procès des assassins en 1794, des témoins déposèrent avoii vu un individu couper une oreille à Tun des cadavres et Tat tacher à son chapeau avec une épingle en guise de cocarde. U fut prouvé que les meurtriers avaient pris l'argent de leurs victimes. Elles auraient pu racheter leur vie en prêtant serment, car, peu de temps après le massacre, cett€ même troupe de volontaires s'empara d'un capucin et k somma de jurer; le religieux terrifié prêta le serment, el les soldats le laissèrent partir. U s'empressa du reste de se rétracter le lendemain.

A Laval, de nombreux prêtres étaient emprisonnés. Les jacobins voulurent enfoncer les portes et les égorger; cinc gardes nationaux résolus les tinrent toute la journée ei échec et sauvèrent les prisonniers.

U serait trop long de faire le récit détaiUé des attentat commis sur ces prêtres déjà si cruellement frappés par h législative. De nombreux fonctionnaires, en exécutant la la de déportation, firent tout leur possible pour susciter de dangers aux prêtres et les livrer aux assassins. Les uns leu faisaient de grandes difficultés pour leur délivrer leurs pas seports de déportation ; les autres, sur la route, leur susci taient mille chicanes et sous prétexte de viser ces passeports les faisaient attendre longtemps, exposés aux insultes de jacobins ; ils se plaisaient à retarder, à entraver leur dépa: en présence d'une populace enfiévrée par la circulaire c la commune de Paris, et semblaient, en un mot, s'ingénif à attirer autour d'eux les insulteurs et les égorgeurs, et fournir à ces derniers l'occasion de réaliser leurs infâmt

(1) Ces prêtres s'appelaient Gabriel Loiseau, vicaire à Saint-Patem Gabriel Lefèvre , vicaire à Saint-Rémy-des-Monts , tous deux du dioo^ du Mans, et les deux frères Martin du Piserot, du diocèse de Séez, Fi curé de Chalinge, Tautre vicaire à Saint-Denis-sur- Sar thon.

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projets. Des ecclésiastiques partis de Chartres furent conduits à Dreux par des guides perfides au milieu d'un rassemblement de furieux, et faillirent être égorgés. Des milliers de prêtres étaient obligés de prendre la mer pour se rendre soit en Angleterre, soit en Espagne, soit en Italie : cet embarquement forcé fut- pour eux Toccasion d'une foule de vexations et de dangers. Les jacobins, voyant tant de prêtres retirés en un même endroit, brûlaient de suivre l'exemple des massacreurs de la capitale, mais heureusement les autorités locales, quoique très ardentes à persécuter, n'étaient pas encore à la hauteur de la commune de Paris ; elles ne cherchaient point à arrêter les brigands, mais n^osaient point organiser un égorgement en masse. A Toulon, des prêtres, obligés par la tempête de rentrer au port, furent tenus trois jours à fond de cale, et, en outre ,dépouillés de leur argent, sauf dix écus laissés à chacun. Le 19 septembre, un navire, portant cinquante-six prêtres des diocèses d*Uzès et d'Avignon, était dans le canal d'Aigues-Mortes, et se préparait à partir bientôt. Il fut envahi à onze heures du soir par des jacobins, qui dépouillèrent les prêtres de leur argent et de leurs effets. Le lendemain matin, ils revinrent et attaquèrent le vaisseau à coups de haches pour le faire couler a^ec les prêtres qu'il portait : Tarmateur, secondé par de bons citoyens, eut beaucoup de peine à les chasser.

Les prêtres qui s'embarquaient dans les ports de la Manche couraient les mêmes dangers ; à Quillebœuf, de nombreux ecclésiastiques, qui allaient partir pour Ostende, furent dévalisés par les brigands, et sans Tarrivée de la garde nationale de Rouen, ils auraient été égorgés. A Porten-Bessin, quatre-vingts ecclésiastiques partis de Bayeux, allaient s'embarquer, lorsqu'un prêtre constitutionnel, curé intrus de Yaucelles, se présenta escorté de six fusiliers, réclama impérieusement leurs passeports, en déchira plusieurs comme irréguliers, et leur défendit de partir. Le ^csiu sonnait dans les villages voisins, où Ton avait perfidement répandu le bruit d'une descente des Anglais sur la <^te, et les paysans accouraient, tout disposés à tourner leur fureur contre les prêtres qu'on leur désignait comme complices des envahisseurs. L'intrus établit une sorte de conseil ^0 guerre pour les interroger. Des commissaires, envoyés

par la municipalité de Bayeux, vinrent parler de la loi sans aucun succès. Pour empêcher le massacre qui se préparait sous leurs yeux, ils proposèrent une transaction qui fut acceptée. Les prêtres eurent la vie sauve, mais furent tellement dévalisés que, arrivés en Angleterre, ils n'avaient plus assez d*argent pour payer leur premier repas.

Les quarante-deux prêtres enfermés à Dinan faillirent être égorgés comme leurs confrères des Carmes. On les embarqua à Saint-Servan, mais une horrible tempête contraignit le capitaine à chercher un abri; il voulut débarquer à Sain t-Malo, mais on le menaça de le recevoir à coups de canons et de couler son bâtiment. Il retourna à Saint- Servan, où il fut accueilli moins inhumainement.

Plusieurs prêtres du département des Gôtes-du-Nord, qui s'étaient embarqués sur des bâtiments marchands, furent arrêtés par une frégate française. Le capitaine fit semblant d'ignorer les décrets de déportation, arrêta les prêtres, et les reconduisit à Saint-Brieuc, où ils furent jetés en prison; ils ne purent repartir en exil qu'après avoir subi une longue et dure captivité.

Beaucoup de prêtres, pendant leur voyage forcé vers les ports ou vers les frontières, furent, sous différents prétextes, dévalisés par les jacobins. Parfois, aux environs de la frontière, ils étaient arrêtés par une troupe de gardes nationaux, ou de terroristes qui se jetaient sur eux, le bâton ou le sabre levé, les fouillaient sous prétexte de chercher sur eux des papiers suspects ou des armes cachées. Après les avoir bien injuriés et maltraités, ces patriotes leur permettaient de continuer leur route, mais refusaient de leur rendre immédiatement leur bourse et leur petit bagage, et les renvoyaient aux autorités; et les ecclésiastiques, trop heureux de n'être que volés, gagnaient bien vite la frontière. Une fois arrivés au lieu de leur exil, ils se trouvaient dans le dénuement le plus absolu.

Parfois, les autorités elles-mêmes retenaient leurs effets, en prétextant qu'il était nécessaire de les examiner en détail et à loisir, et feignaient avec solennité d'y apposer les scellés. Pendant ce temps-là, les jacobins hurlaient à la porte, on annonçait l'arrivée très prochaine de volontaires indisciplinés, très disposés à septembriser ; naturellement

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/e^ prêtres ne voulaient pas attendre davantage, les officiers municipaux n'avaient garde de les retenir, parfois môme affectaient des craintes généreuses; les prêtres proscrits s'en allaient bien vite, et le tour était joué. Le butin était aigre sans doute, mais cette classe de patriotes savait s'enchir en accumulant les petits profits.

Bientôt, un décret organisa formellement la spoliation exilés. Tout prêtre muni d'un petit pécule dut être dé- ^'^lisé à la frontière. Le 5 septembre, l'assemblée prohiba t^oute exportation de matières d'or et d'argent, monnayées ou >^ on, sous la triple peine de la confiscation, d'un empri- ^c>nnement de six mois et d'une amende du quart de la ^^^leur des objets saisis, au profit de ceux qui arrêteraient 1^ s contrevenants. On s'empressa d'appliquer ce décret dans ^<^ute sa rigueur aux prêtres qui se rendaient en exil; n'é- •^^^ it-il pas fait exprès pour eux! On leur prenait leurs pièces •^ *op et d'argent, ne leur laissant que ce qui était jugé né- ^^^ssaire pour gagner la frontière, et on leur donnait en ^^^hange des assignats pour vivre dans des pays où ils étaient **^fusés! Après les avoir condamnés à l'exil par fanatisme '^^^ti religieux, la révolution leur volait leur bourse, et, pour ^nible d'ironie, leur donnait de la monnaie de singe à la "^e. Le butin n'était pourtant pas bien tentant, les béné- ^îers, les ecclésiastiques aisés, avaient émigré pour la plu- ^ï't ou s'étaient déportés pendant les premiers jours. Les *Us favorisés, parmi ces malheureux curés et vicaires, n'émis ortaient guère que quelques centaines de livres. Bien sou- -nt, cette faible somme leur avait été donnée par leur faille, qui, déjà frappée par la misère générale, s'était imposé ^*^ dures privations pour venir au secours d'un fils ou d'un *"orc si cruellement éprouvé! De pareilles considérations, *^-^iri d'émouvoir les révolutionnaires, ne pouvaient qu'aiguil- ^^nuer le zèle persécuteur de ces hommes, chez qui la cupi- ^^té était jointe à une méchanceté raffinée. Les bourses ^^ela révolution prenait dans les poches de ces prêtres ^icnt bien peu garnies, mais elle voulait tenter tout ce qui ^^^ï-it humainement possible pour réduire ces proscrits à ^^xistence la plus misérable dans les pays où elle les jetait j ^*^lemment. Le décret du 5 septembre, rendu au milieu de ^Hiigration forcée du clergé, était destiné à compléter, au-

tant que possible, Toeuvre des septembriseurs ; après avoir fait ou laissé massacrer un grand nombre de prêtres, on comptait sur la misère et la faim pour décimer encore une fois, dans son exil, ce clergé trop nombreux pourêtre anéanti d*un seul coup !

Ce décret fut naturellement exécuté avec une extrême rigueur. M. Sauzay (1) donne les noms de prêtres comtois qui en furent victimes. Ainsi, le 14 septembre, le district de Pontarlier décide que le prêtre Quevy, sur qui Ton vient de saisir trente louis d'or et vingt et une livres en ai^nt recevra cent vingt livres pour continuer sa route, et que le reste sera mis en dépôt, « attendu que ce prêtre n'a pas besoin d'une somme si considérable pour arriver à sa des- tination». Le lendemain et le surlendemain, il prend la j même décision contre trois prêtres qui portaient, le pre — mier, cinq cent trente-neuf livres, le second, deux cent^ quatre-vingt-deux, le troisième, six cent quarante-huit livres. . Tous les prêtres, en approchant de la frontière, étaient-^ obligés de livrer leurs bourses.

Mais la Providence déjoua les infâmes calculs des révolutionnaires. Le clergé français souffrit sans doute en exil, mais il reçut des preuves nombreuses de sympathie. Non seulement les catholiques accueillirent les prêtres français comme des confesseurs de la foi et firent de généreux sacrifices pour assurer leur subsistence, mais les protestants eux-mêmes, dans beaucoup de pays, accueillirent les réfugiés avec respect et leur donnèrent d'abondantes aumônes. Ils avaient été, cependant, précédés à l'étranger par les infâmes [calomnies des révolutionnaires ; les proscripteurs avaient fait des efforts désespérés pour exciter contre eux

(1) Histoire de la persécution dans le Doubs, tome II, p. 85. Il j eut des réclamations : elles vinrent jusqu'au ministre de Tintérieur. Roland écriyit le 5 octobre au département du Doubs que les prêtres étaient compris dans la loi, mais qu'on pouvait leur laisser une somme de peu d'importance pour fournir aux frais du voyage , parce que « de minimis non curât prxtor ».

l'émigration obligatoire du clergé. Î19

Tesprit de secte; mais la justice de leur cause était si évidente, et, d'ailleurs, Tincrédulité persécutrice des révolutionnaires excitait chez tous les chrétiens une telle aversion que, dans certains pays très hostiles au catholicisme, où les récits les plus absurdes contre le clergé romain étaient accueillis d'ordinaire avec une déplorable crédulité, le prêtre français fut tout de suite, traité avec une compassion et un respect qui ne firent que s'accroître pendant son long exil ; et certains protestants, pour venir en aide à son infortune, rivalisèrent de charité avec les catholiques.

Pie VI reçut dans ses états une multitude d'exilés, et pourvut généreusement à leur subsistance. Plus de deux mille prêtres se réfugièrent immédiatement dans les états du saint-siège, et le nombre des proscrits s'accrut considérablement après l'annexion à la France de Nice et de la Savoie. Le pape invita les évêques à venir autour de lui, et bientôt il y en eut vingt-quatre dans ses états. Pour éviter l'encombrement dans certaines localités, et aussi pour que chaque diocèse, chaque établissement contribuât à faire vivre les exilés, il cantonna les prêtres français dans son royaume et organisa en leur faveur une œuvre spéciale appelée Œuvre pie de rhospitalùé française. Le chef réel de cette œuvre fut M*^' Laurent Caleppi : Pie VI décida que tout prêtre réfugié serait envoyé d'abord dans une des quatre villes de Rome, Pérouse, Bologne et Ferrare. L'archevêque de chacune de ces villes recevait des évêques voisins la liste des places dont le clergé et les couvents de leurs diocèses pouvaient disposer en faveur des réfugiés, et il distribuait entre eux les prêtres qui lui étaient envoyés. Les religieuses furent placées à Rome dans des communautés ; Pie VI vint les voir et les féliciter de leur courage. A Rome et à Bologne on fit une caisse pour les exilés, en dehors des dons particuliers qui furent très nombreux. Le cardinal Maury, devenu évêque de Montefiascone, accueillit ses compatriotes avec beaucoup de générosité. Le cardinal Mattei, archevêque de Ferrare, reçut un très grand nombre de prêtres. Trois cents vivaient complètement à ses frais ; et il avait pour eux, dans son palais, un grand magasin de bas, de souliers, de chemises et de vêtements ecclésiastiques. L'archevêque de Bologne et plusieurs évêques se distin-

guaient aussi par iftir générosité ; des laïques vinrent égale* ment au secours des prêtres exilés : le prince Colonna leur fit de magnifiques aumônes. La sollicitude de Pie VI s'étendit aussi sur les prêtres qui n'étaient pas réfugiés dans ses états. Par un bref du 21 novembre 1792, il invita les archevêques, évêques et abbés, à recevoir généreusement les exilés, leur rappela tous les préceptes des conciles sur l'hospitalité, et enjoignit aux nonces de porter secours aux réfugiés. Deux autres brefs, du 30 octobre et du 1*' décembre, s'occupent aussi de ces victimes de la révolution. Enfin, le 21 janvier 1793, Pie VI envoya encore une nouvelle circulaire pour régulariser l'CEuvre de l'hospitalité. U fit aussi parvenir des remerciements aux princes et aux gouvernements qui avaient bien accueilli le clergé français.

« Ce cêté de la gloire de Pie VI, dit Theiner, n*a jamais été mis en lumière jusqu'à ce jour, sans doute parce que, par un sentiment d'humilité chrétienne, les documents que nous avons retrouvés aux archives du Vatican n'ont jamais été rendus publics par le saint siège (i). »

Beaucoup de prêtres des diocèses du Midi se réfugièrent en Espagne, où ils furent parfaitement accueillis :

« Il faut, écnvait l'un d'entre eux , être témoin de leur charité, pour croire à quel point elle s'est portée à l'égard des ecclésiastiques français. Monseigneur Tévêque de Valence en a dans son palais près de deux cents qu'il entretient de tout à ses dépens... Celui de Siguenza en a chez lui plus de cent, indépendamment d*un très grand nombre qu'il a distribués dans son diocèse. A Osma, il en est encore un très grand nombre dont l'évêque s'est chargé. Plusieurs prélats, entre autres celui de Cordoue, ont demandé qu'on leur envoyât des prêtres déportés. Le chapitre de Zamora s'est chargé de cinquante pendant tout le temps que la persécution durera. Le chapitre de Léon en a fait habiller cent^ et les entretient de tout. Le cardinal de Tolède, le plus riche des évoques des Espagnes, est aussi l'un des plus généreux protecteurs de nos prêtres : il en nourrit et entretient cinq cents (2). >•

Des prêtres français se réfugièrent aussi en Portugal et y furent très bien reçus. Ils eurent particulièrement à se louer de l'évêque de Goimbre.

(i) Treinbr, Documents sur la révolution, tome II, préface. (2) Barrubl, le Clergé français, tome II, p. 101.

l'émigration obugâtoire du clergé. â81

La Suisse reçut un iVès grand nombre de réfugiés. Ils vinrent en foule dans le canton de Fribourg; un village abrita jusqu'à quatre-vingts proscrits qui cherchaient à reconnaître l'hospitalité des paysans en donnant des leçons à leurs enfants , et môme en les aidant dans leurs travaux. Des curés et des vicaires de campagne, qui avaient jadis travaillé dans les champs avec leurs parents, firent usage de leurs bras , pour n'être point trop à charge à leurs hôtes , et se mirent résolument à faucher, à cultiver avec eux. Six évoques étaient réfugiés à Fribourg; ils sollicitèrent les cantons voisins en faveur des exilés , et reçurent des secours abondants. Le 10 avril 1793, le pape envoya une lettre de remerciements aux magistrats de Fribourg.

A Genève, les prêtres furent presque aussi bien accueillis que dans les cantons catholiques. Ils étaient dénoncés par le gouvernement français , comme des factieux et des perturbateurs, à cause de leur refus de serment. Le gouvernement genevois soumit la question à des ministres protestants ; et ceux-ci, après l'avoir étudiée, déclarèrent que ce serment blessait la religion catholique et que les prêtres avaient eu parfaitement le droit de le refuser. Une souscription fut publiquement ouverte en faveur des exilés. Les magistrats firent constamment preuve de bon vouloir à leur égard, et lorsqu'ils furent menacés d'une invasion de troupes françaises, ils fournirent des barques aux cinq cents prêtres qui étaient alors réfugiés à Genève, pour leur faire traverser le lac et les soustraire à leur persécuteurs.

Les prêtres de Bretagne et de Normandie affluèrent dans les îles de Guernesey et de Jersey : l'évoque de Tréguier y organisa le culte catholique : des écoles y furent établies pour les enfants des réfugiés laïques. Dans cette Angleterre où le culte catholique était encore officiellement proscrit par des lois atroces, où les calomnies les plus idiotes contre le clergé catholique étaient ordinairement accueillies avec 1^ plus ridicule crédulité, où le nom du pape était honni, les prêtres français, exilés à cause de leur fidélité au pape, furent admirablement traités (1). 11 arriva à beaucoup de proscrits, nouvellement débarqués, de rencontrer sur leur chemin

(i) Jaoer, r Église de France pendant la révolution, tome 111, p. 600.

un Anglais charitablet gentilhomme ou bourgeois, qui payait leur dépense à Tauberge ou leurs frais de voyage poui arriver à Londres. Bn route, on les invitait aussi à venir se reposer dans les châteaux , on leur mettait de Targent dans leurs poches , et, s'ils voulaient le rendre parce qu*il ieui restait encore quelques ressources, on les suppliait de le garder, en leur disant : « Ce sera pour vos frères ». Il y eul bientôt près de huit mille prêtres en Angleterre. M^ de h Marche, évoque de Léon, leur cherchait des ressources ave< un zèle infatigable ; il obtint pour eux Tappui du grand orateur Burke, qui avait dès le commencement prophétisé avec tant d'éloquence les excès et les crimes de la révolution Un comité fut formé pour recueillir des souscriptions, ï était présidé par un membre du parlement; Burke, Stanley lord Arundel, le marquis de Buckingham, beaucoup d'hommes importants , en faisaient partie. Il recueillit quarante mille livres sterling, le roi s'était inscrit de sa main poui mille livres. Mais cette somme fut bientôt épuisée. Alors révoque de Léon exposa à Georges III la détresse du clergé français, le monarque en fut extrêmement ému et fit toO' ce qui dépendait de lui pour la soulager.

De Taveu du roi et de Tarchevèque de Ganterbury, des quêtes furent faites dans le sein de Téglise anglicane ; Tuni versité d'Oxford, qui s'était déjà distinguée par sa générosité fit imprimer pour les prêtres le texte latin de la Yulgate di Nouveau Testament à douze mille exemplaires. Mff<' de li Marche écrivit à cette occasion une lettre dont les Anglaii furent très touchés, car elle fut lue en assemblée générale de l'université.

La persécution révolutionnaire fit voir au peuple anglaii ces ordres religieux qu'il avait proscrits deux siècles aupa ravant. En octobre 1792, trente-neuf religieuses bénédic tines cloîtrées de Montargis, conduites par leur supérieure M"® de Lévis-Mirepoix , débarquèrent en Angleterre : le; préjugés si invétérés des anglicans et des presbytériens flé chirent devant cette infortune : le prince de [Galles fut leu premier bienfaiteur, et elles reçurent des largesses qui leu: permirent de vivre en communauté.

Plus tard , un secours mensuel de dix guinées pour le évêques et de trente-cinq shellings pour les prêtres fù

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