‹ Histoire de la constitution civile du clergéChapitre 14 sur 40 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

lA CONVENTION

1 1. Les élections à la convention sont viciées à Paris et dans plusieurs départements, soit par la violence, soit par des illégalités flagrantes. ^ girondins se séparent des jacobins. -— La convention réduit les pensions ecclésiastiques.

§ n* Elle favorise les prêtres maries et leur assure leur traitement. — Mariage de Tévéque constitutionnel Lindet. — Mandement énergique ^ Panchet contre le divorce et le mariage des prêtres. — Fureur des i^^olationnaires. — Cambon demande la suppression du salaire du *^*ï*gé constitutionnel. — Robespierre s'y oppose. '— Émotion produite par cette proposition dans les campagnes. — Troubles au sujet oes subsistances. — Danton trouve la proposition de Cambon préma- ^^e, parce que le peuple n'est pas assez éclairé. — La convention déclare, le 30 novembre, qu'elle n'a jamais eu l'intention de suppri- ^^f les traitements du clergé constitutionnel. ' ^. Fautes nombreuses des girondins. — Ils essaient maladroitement ^'^purer la convention.

A^vaiît de rendre compte des lois de persécution votées P^r la convention, il importe de donner quelques détails sur *^ composition de cette assemblée, et sur les élections dont ^lle est sortie.

Le parti modéré obtint une forte majorité en province, ^^^ beaucoup de localités échappaient encore à l'action du -i^cobinisme, qui venait de triompher à Paris. Dans dix-sept ^^parlements, Télection fut précédée de la messe du Saint- ^Prit, dite par Tévôque constitutionnel , ou par un ecclé- ^'^stique nommé électeur, ainsi qu'il est constaté par les P'^cès-verbaux officiels ; et dans trois départements, la clô- ^^^ des opérations électorales fut suivie d'un Te Deum. ^^arante-quatre ecclésiastiques constitutionnels, dont seize "'^^^ques, furent élus députés. Il est probable que les opti- '^tes du temps présentèrent l'élection d'un si grand

306 C0I9STITUTI0N ClVILli: DU CLERGÉ.

nombre de prêtres comme un fait très rassurant pour cause de Tordre, et une preuve du bon esprit de la fùtu assemblée. Rien en apparence n'annonçait donc la proi nation des églises et le culte de la raison.

A Paris, les choses se passèrent tout différemment. L sept ou huit cents électeurs de la capitale , en se renda processionnellement le 3 septembre de révêché à la sal des jacobins, pour procéder au scrutin, défilèrent devant 1 cadavres des victimes entassés au Pont-au-Change, et vire les égorgeurs à la besogne. Un vole à Paris, pendant 1 journées de septembre, alors même qu'aucune pressii directe n'eût été exercée sur les électeurs, n'aurait pu et regardé comme l'expression libre de leur volonté. Rende pleine justice à la commune et aux jacobins I Non seuleme ils firent assister les électeurs h des scènes de sang, et 1 entourèrent de dénonciateurs cl de massacreurs, mais surent, en outre, entasser illégalité sur illégalité, usurpatit sur usurpation I

Us avaient donné pour mot d'ordre aux jacobins da toute la France de violer impudemment la loi électoral en repoussant du scrutin les électeurs signataires des pél tiens des huit mille et des vingt mille contre le 20 juin, en imposant le vote à haute voix. Ils n'y réussirent que da une dizaine de déparlements. Ainsi à Meaux, les cemmi sairesde la commune firent voter de cette façon. Il est vi que, la veille du scrutin, la prison avait été forcée et se prêtres égorgés ! Dans quelques départements, les cemm saires parvinrent aussi à faire exclure les signataires c pétitions, par eux qualifiées d'inciviques : lians le dépari ment de l'Orne, la loi fut violée plus audacieusement encoi L'ancien constituant Goupil de Prcfeln fut exclu du scrut pour avoir jadis demandé la révision de la constitution ( On vit des assemblées électorales usurper tous les pouvoi et destituer deâ fonctionnaires élus. Celle des Bouches-d Rhône envoya douze cents gardes nationaux et cinq piè< de canon contre la ville d'Arles, et conféra des pouvoirs die toriaux aux commissaires chargés de diriger cette expéditic

(i) Son gendre, qui n*avait pas commis le même crime, fut aussi ex du «crutin parce qu'il était son gendre. (Mortimbr-Tbrnaux, t. rV,p.

is à Paris, le succès des jacobins fut complet; les secproclamaient hautement que chaque assemblée pria.ire avaitla faculté d'exercer « la portion de souveraineté i lui appartenait, de la manière la plus sage et la plus péditive », et que, par conséquent, elle pouvait modifier lai loi électorale à son caprice. La commune prit un arrêté, décidant que : 1® les électeurs voteront à haute voix et par sàppel nominal ; 2** que les choix des assemblées primaires soront révisés par les autres sections; 3** que les électeurs du second degré, ainsi épurés, ne voteront pas dans la salle de l'évèché, mais, dans celle du club des jacobins, devant les massacreurs. Grâce à ces violations jmpuden tes de la loi^ le corps électoral fut complètement asservi par la commune. Ses affldés se servirent de lappel nominal pour exclure les signataires des pétitions contre le !20 juin ! On peut dire, en résumé, que, à Paris et dans quelques villes, Taccès du scrutin fut interdit à tous ceux qui ne voulaient pas voter pour les jacobins. Aussi , la députation de Paris fut-elle entièrement composée au gré de Robespierre, qui s'empressa de renouveler à son profit un abus de Tancicn régime, en disposant d*un siège à la convention au profit de son frère, que personne à Paris ne connaissait (1).

(1) Mortimer-Ternaux a constaté, d'après le procès-verbal de rassemblée électorale d'Arras, que Robespierre jeune en faisait partie, et que, par conséquent, il n'était pas même à Paris lorsque, grâce à son frère, >l y fat élu député. (Tome IV, p. 44.)

L'assemblée législative fut prévenue de toutes les violations de la loi électorale et n*essaya point de faire respecter la légalité. Le G septembre, <>n lui annonce que, dans le département de TOise, les élections ont eu ^^ à haute voix et sans scrutin ; les tribunes applaudissent , personne '^ose protester contre cette violation de la loi. Les électeurs, dans cer- ^^ûks départements , avaient destitué et des administrateurs et des ma- ^^i^ts. Brissot proposa, dans la même séance, d'annuler tous les actes ^^s assemblées électorales étrangers à la nomination des députés ! Cam- ^^ déclama contre cette proposition au nom de la souveraineté du jjf'^ple : « Il y a, dit-il, de quoi faire frémir d'horreur. » Les assem- *^s primaires , suivant lui, représentaient le peuple souverain et pou- ^^eut donner mandat aux électeurs de bouleverser les administrations :

^•veloppa cette doctrine anarchique. Le projet de Brissot fut re-

'^'^%é, et la législative reconnut implicitement que les assemblées pri-

.*iï^8 électorales pouvaient violer les lois à leur fantaisie. Bientôt les

^^^Hdins voudront se servir de ces assemblées pour éloigner les jaco-

*** , leurs adversaires , mais alors ceux-ci ne voudront plus entendre

**ieï de cette prétendue souveraineté !

La convention aurait dû , à sa première séance, annuler les élections de Paris, et toutes celles qui avaient été faites en violation de la loi qui exigeait le scrutin secret. Au con* traire, elle sanctionna ces monstrueuses illégalités. Une pareille faiblesse au début devait naturellement alarmer les gens qui voyaient de loin. Mais les esprits superficiels étaient assez rassurés par la composition de cette assem* blée. Beaucoup de conventionnels étaient peu connus, car, sur sept cent quarante-neuf députés, soixante-dix-sept seulement avaient fait partie de la constituante, et cent quatrevingt-trois de la législative; par conséquent, quatre cent quatre-vingt-onze députés, formant la grande majorité de rassemblée, allaient débuter dans la vie parlementaire; mais, le plus grand nombre de ces députés nouveaux appartenait au parti modéré. Nous avons déjà dit que la convention renfermait quarante-quatre ecclésiastiques constitutionnels. Sept ministres protestants en faisaient partie ; comme les jureurs , ils devaient se diviser en girondins et jacobins.

Ces détails statistiques aident à comprendre la position et les ressources des partis qui devaient, dans la convention, se disputer le pouvoir avec tant d'acharnement. Elle se divisa immédiatement en trois groupes bien distincts : les girondins, les jacobins ou la montagne, et enfin la plaine, par opposition à la montagne, comprenant un grand nombre d'hommes médiocres, d'esprits indécis, généralement portés vers les girondins, mais trop facilement intimidés par les jacobins et par la populace de Paris. La plaine devint dans la suite le marais, et la lâcheté de ses membres leur fit donner le nom de crapauds du marais. Les girondins, après avoir formé avec les jacobins la gauche de la législative, se trouvaient être les modérés de la convention , grâce à l'écrasement du parti constituant, et siégeaient à droite.

Les girondins et les jacobins, après s'être coalisés pour renverser Louis XVI, formèrent donc deux camps ennemis, dès les premiers jours de la convention. Devant les attentats des septembriseurs, devant leurs malversations sans cesse renouvelées, les girondins avaient enfin ouvert les yeux et compris que la montagne voulait non seulement dominer sans partage, mais proscrire ses compétiteurs. Les

mandats lancés pendant les journées de septembre, contre Brissot, leur chef, et Roland leur représentant au pouvoir, ne permettaient point d*en douter. C'est pourquoi, la convention à peine réunie, ils annoncèrent le dessein de punir les crimes qui venaient de déshonorer la révolution, et d'en empêcher le retour. Mais, leur appartenait-il bien de s'ériger en justiciers? S'ils n'avaient point directement participé aux crimes de septembre, du moins, par leur fanatisme antireligieux et leur imprévoyance, ils avaient donné toute facilité aux égorgeurs. Les prêtres entassés dans les prisons de Paris y étaient grâce à eux, de par les lois iniques qu'ils avaient fait voter!

Les jacobins, au contraire, veulent assurer l'impunité aux nouvelles autorités parisiennes, qui ont toutes participé aux crimes de septembre ; ils sont naturellement soutenus par elles, ainsi que par le peuple des tribunes, et la populace. Chacun des deux partis voulait dominer exclusivement et diriger la révolution dans son sens. A Paris, les jacobins étaient incontestablement maîtres du terrain. Pour préserver la France de leur tyrannie , il eût fallu que les girondins montrassent beaucoup de discipline, de prévoyance , d'énergie ! 11 leur était indispensable de s'appuyer résolument sur les éléments conservateurs qui restaient encore dans le pays. Loin de là, ils entassèrent maladresses sur maladresses! S'il avaient eu un programme bien arrêté, et dont l'exécution aurait été poursuivie avec habileté et énergie, ils auraient entraîné la partie timide et hésitante de l'assemblée , qui tomba bientôt sous le joug des jacobins. Les chefs de la gironde ne s'inquiétèrent que de remporter des succès oratoires. Pour des hommes comme Vergniaud, Guadet, Gensonné, c'était facile, mais les jacobins, écrasés par leur éloquence, revenaient sans cesse à la charge, demandaient impudemment le rapport de ce qu'on venait de décréter, circonvenaient la convention, prenaient leurs imprévoyants adversaires au dépourvu et emportaient les décrets. Cet esprit de suite, qui suppose nécessairement, ou des convictions ou des haines profondes, fit toujours défaut aux girondins; c'est ce qui explique comment, avec tous les éléments de succès, ils succombèrent misérablement. Les jacobins surent profiter de leurs fautes. Les par-

tisans des septembriseurs n'étaient peut-être pas plus de cinquante dans la convention lors de la proclamation de la république; quatre mois plus tard, trois cent quatre-vingtsept voix condamneront Louis XVI à mort, et parmi ces voix on comptera celles des principaux girondins , réduits à fléchir devant la montagne; et quatre mois après la mort de Louis XYI, le â juin, ces girondins seront proscrits. Que de chemin parcouru en peu de temps I La montagne et la commune coalisées ont broyé tout ce qui se trouvait sur leur passage , mais comme elles ont été senîes par les fautes de leurs adversaires !

Le 21 septembre, la convention, qui n'était pas encore en nombre suffisant, déclara la royauté abolie, et oublia d'établir la république , qu'elle proclama seulement le lendemain (1). Aussitôt les girondins et les jacobins commencèrent cette guerre furieuse, qui ne devait être terminée que le '2 juin 1793, parla proscription des girondins. Cependant, ces vainqueurs du 10 août, bien que divisés sur la plupart des questions et fermement décidés à se proscrire mutuellement, restèrent unis dans la prètrophobie. Toutes les fois qu'il s'agissait de persécuter, ces ennemis acharnés faisaient trêve, et travaillaient avec un accord touchant & perfectionner leur atroce législation contre le catholicisme, h combler toutes ses lacunes, et à chercher de nouvelles

(1) Le 23, Roland présenta un rapport sur la situation générale du pays. Il n'ose faire que de timides allusions aux massacres de septembre, mais il déclare « que les services hospitaliers sont en souffrance, les routes en mauvais état, ragricuUure, l'industrie, le commerce et les arts dans la pire situation ». Le mal sera irrémédiable si la convention ne se hâte pas de rétablir u la paix intérieure, le respect des propriétés, Tobéissance aux lois. » C'était beaucoup demander! En outre, Roland reconnaît que la convention court des dangers , et .il insinue qu*elle devrait rétablir à son profit cette garde constitutionnelle que ses amis avaient fait dissoudre si récemment ; il fait appel dans ce rapport aux plus mauvaises passions contre la royauté, les nobles et la religion. Cambon vient ensuite rendre compte des tinances, et constate que la révolution, qui a tant confisqué, n'en a pas moins, dans l'espace de deux ans, émis et dévoré deux milliards cinq cent millions d'assignats et que, de plus, les besoins du trésor sont urgents, et que les impôts ne rentrent pas. Voici quelle était , au 23 septembre 1792 , de l'aveu de révolutionnaires bien peu suspects, la situation politique et financière de la France, et ils avaient eu grand soin de ne parler ni de la plus grande honte ni du danger le plus effrayant.

victimes. Mais, s*ils persécutent les réfractaires avec une horrible fureur, ils laissent très bien voir malgré eux qu'ils en veulent au christianisme lui-même. Us commencent à trouver que réglise constitutionnelle coûte cher et rend peu de services ; ils lui témoignent fort peu de respect, ils parlent de lui rogner son budget et de lui imposer le |divorce et le mariage des prêtres ; s'ils n*osent pas encore Tabolir, ils travaillent du moins à la transformer, à la déchristianiser petit à petit.

A la première séance, Tévêque intrus Grégoire avait demandé en ces termes Tabolition de la royauté :

« Les rois sont en morale ce que les monstres sont dans l'ordre physique. Les cours sont toujours les foyers de corruption et l'atelier des forfaits. Il faut les proscrire, et la convention nationale doit faire de cette abolition, une des bases de la constitution qu'elle proposera au peuple français. »

La convention n*en sut aucun gré, ni à Tépiscopat, ni au clergé constitutionnel.

Son premier acte législatif fut la destitution de tous les corps administratifs et judiciaires et de tous les juges de paix. Elle ratifia tous les renouvellements que les corps électoraux et les assemblées primaires avaient fait dans les administrations et les tribunaux, au mépris de la loi, et déclara sur la demande de Danton (1) et de Tallien, que le peuple avait le droit de choisir les juges indistinctement, parmi tous les citoyens, sans garanties de capacités. Depuis longtemps, les révolutionnaires ne cessaient de déclamer contre les magistrats qui avaient Tincivisme de ne point condamner les nobles et les prêtres, lorsqu'ils n'avaient commis aucun acte puni par la loi. Les tribunaux furent bientôt peuplés de gens dont le moindre défaut était d'être absolument ignares; on en vit qui savaient à peine signer leurs noms. En vertu de ce décret, les péroreurs de clubs et les persécuteurs ignorants et grossiers qui, dans les municipalités et les administrations inférieures, commettaient

(1) « Ceux qui se sont fait un état de juger les hommes, dit Danton, étaient comme les prêtres : les uns et les autres ont éternellement trompé le peuple. » Les peureux cherchaient déjà à se mettre en règle avec les terroristes et envoyaient leurs croix de Saint - Louis à la convention. {Débati et déereU, u9 4, 23 septembre, p. 46.)

de si monstreux abus de pouvoir, allaient envahir les tribunaux, et sans souci des lois, frapper à tort et à travers sur les malheureux qui leur seraient dénoncés par les jacobins. Mais bientôt la convention prit contre le clergé et les catholiques des mesures tellement générales, que lejacobinisme de ces nouveaux juges lui devint d'une médiocre utilité.

Dans beaucoup de départements, des attroupements et des émeutes avaient, eu lieu au sujet des subsistances, et comme depuis le 10 août aucune autorité, aucune loi n*était respectée, de graves excès avaient été commis. Ainsi, à Orléans, un prétendu accapareur avait été égorgé par la populace et sa tôte promenée au bout d'une pique ; les dépôts de farine avaient été dévastés et sept maisons pillées, lie maire et les administrateurs avaient, par extraordinaire, montré un peu d'énergie; à la convention, ils furent insultés et traités en criminels par Danton et Billaud-Varennes. Manuel eut Timpudencc de rejeter la responsabilité de ces troubles sur les nobles et sur le fanatisme des prêtres. Le 27 septembre, Albitte et Lecointre, revenant d'une mission en Normandie, rapportent que tout va admirablement dans cette contrée, et cependant déclarent que les manœuvres des prêtres réfractaires sont la cause de grands maux, et demandent contre eux des mesures rigoureuses; non content du décret du i2G août, Cambon profite de cette dénonciation pour demander qu'on supprime les pensions des prêtres. Il trouve fort singulier qu'ils jouissent du privilège d'être payés d'avance, « lorsque des hommes utiles, des fonctionnaires publics, ne pouvaient même obtenir le paiement de plusieurs quartiers échus de leurs traitements ». On paie dix- huit à vingt millions pour les pensions de ces « oisifs dangereux » ; les pensions des anciens commendataires sont trop fortes; il veut qu'on leur fasse sentir la loi de l'égalité et que la convention réduise à mille livres le maximum des pensions accordées pour les bénéfices supprimés. Mailhe va encore plus loin et demande qu'elles soient toutes réduites à cinq cents livres. Golaud de la Salcette, chanoine de Die, passé au schisme, demande, avec l'aigreur d'un renégat, que, pour toucher ce traitement, les prêtres pensionnés soient [tenus d'obtenir un certificat de civisme de leurs municipalités, « ] non de ces munici-

palités qui pensaient comme eux, mais des nouvelles munici* palités que le peuple va nommer » . Lacroix demande qu'on ne paie plus ces pensions d'avance ; la convention aura ainsi trois mois, pendant lesquels elle pourra prendre une déci* sion à leur égard. Yergniaud déclare que Lacroix propose une escobarderie indigne d'une assemblée de républicains. Manuel soutient que la convention ne devrait plus parler de clergé; une déclaration avait aboli la royauté^ « il ne faut encore qu'une déclaration pour abolir le reste du clergé ». D'après lui, on pouvait licencier le clergé comme on licencie des soldats. Il proposa, cependant, une pension très faible. La convention décida que les pensions ecclésiastiques ne pourraient plus dépasser mille livres, et ne seraient plus payées d'avance. Ainsi, l'un des décrets les plus graves de la constituante était aboli. Cette discussion montra que la convention était bien décidée à persécuter, mais n'entendait tenir aucun compte des décrets de la constituante, et que l'organisation religieuse créée par cette assemblée pourrait recevoir bientôt de graves atteintes.

Dans la même séance du 27, la convention acclama la proposition de déclarer les émigrés bannis à perpétuité du territoire français, et punis de mort, s'ils rentraient en France. Ceux qui s'étaient retirés à l'étranger pour sauver leur vie allaient être assimilés aux émigrés pris les armes à la main (i). Beaucoup de prêtres devaient être frappés par cette loi qui fut définitivement votée le 23 octobre : les fanatiques antireligieux, décidés à anéantir le catholicisme, voulaient que tout prêtre fidèle à ses devoirs fût envoyé à l'échafaud. Les prêtres qui avaient fui à l'étranger pour n'être pas lanternes allaient être condamnés à mort comme émigrés. C'était trop peu pour les jacobins, caria grande masse du clergé n'avait pas émigré, et, pour s'en débarrasser, ils avalent, de concert avec les girondins, fait la fameuse loi du 26 août qui bannissait tout le clergé paroissial. Mais, si ces prêtres bannis entraient en France, ils étaient seulement passibles d'une détention de dix ans. Déjà^ les révolu-

(l) Jusqu'alors tous ceux qui avaient simplement émigré sans prendre les armes contre la révolution avaient été assujettis au paiement d'une triple contribution. Les listes dressées pour la levée de cette taxe de Tinreot des listes de proscription.

tionnaircs trouvaient cette peine ridiculen^ent insuffisante : tout prêtre qui rentrait en France pour évangéliser les fidèles devait, suivant eux, être puni de mort; et cependant, le pays n'était pas encore assez terrorisé pour qu'il fût possible de faire prononcer une pareille condamnation contre des milliers d'hommes, pour un motif purement religieux. Us imaginèrent donc de soutenir que les déportés devaient être assimilés aux émigrés et passibles des mêmes peines lorsqu'ils rentreraient en France. Au point de vue de la logique, il était absurde de confondre deux situations aussi complètement opposées, d'assimiler l'émigré au banni, celui qui a quitté son pays volontairement à celui que la nation a expulsé de force; mais les révolutionnaires ne reculaient jamais devant une absurdité qui pouvait leur fournir un prétexte quelconque pour spolier ou persécuter. Grâce à cette assimilation des déportés aux émigrés, ils devaient avoir le bonheur de verser le sang des ecclésiastiques rentrés, et ils espéraient décourager ainsi de nombreux prêtres qui seraient certainement rentrés, s'ils n'avaient eu à craindre qu'une longue détention. Ainsi, faute de prêtres, la population finirait par oublier leur religion. On donna donc pour mot d'ordre dans le parti révolutionnaire de crier partout que les prêtres déportés devaient être assimilés aux émigrés. A Paris, la section des Sans-Culottes ne se contenta point d'en faire la demande à la convention : elle osa prendre sur elle d'exécuter, quant aux biens des prêtres, la loi qui n'était pas encore faite, et enjoignit au juge de paix de son arrondissement d'apposer les scellés sur les effets laissés par des réfractaires, comme s'ils étaient émigrés.

Le 23 octobre, cette délibération de la section des Sans- Culottes fut lue à la convention, et elle y causa une certaine émotion. Buzot qui n'était pas dominé complètement par le fanatisme antireligieux, et reconnaissait la nécessité de réprimer les empiétements des autorités et des sections de Paris, protesta contre la théorie professée dans cette délibération, et contre l'insolent abus de pouvoir qui avait été commis par la section. Lacroix se joignit à Buzot pour flétrir cette délibération, et reconnut qu'il n'y avait aucun rapport entre la situation des émigrés et celle des déportés, puisque les premiers avaient quitté la France malgré la loi,

et les autres pour obéir à la loi. Le jacobin Gharlier prétendit que la section avait pris cet arrêté pour découvrir les complots des réfractaires, et que, en Tannulant, la convention favoriserait les conspirateurs; d*ailleurs, elle no devait pas se laisser entraîner « à des improbations irréfléchies contre une portion du souverain», cette plate flatterie adressée à quelques meneurs de bas étage aux dépens de la convention excita des murmures. Tallien soutint que la section méritait des éloges. La convention, sur la proposition de Camus, renvoya cette délibération au comité de législation^ mais suspendit du moins son exécution.

L'injustice et la barbarie de la loi du 23 octobre contre les émigrés, dont Buzot fut le principal auteur, frappèrent môme des révolutionnaires violents comme Camille Desmoulins et Tallien. Le premier osa même s'écrier en pleine convention que cette loi était beaucoup plus terrible que la révocation de Tédit de Nantes.

La convention, tout en persécutant les réfractaires, montrait fort peu d'enthousiasme pour Téglisc constitutionnelle. La comédie commencée en 1790 paraissait un peu longue aux persécuteurs; Téchec de l'église constitutionnelle était évident : ils s'en prenaient à elle, et désiraient lui imposer des modifications tout à fait révolutionnaires. Us avaient jusqu'alors traité de séditieux, d'hypocrites, de calomniateurs, tous ceux qui annonçaient la proclamation prochaine du divorce et du mariage des prêtres comme la conséquence naturelle des innovations de la constitution 'civile. Cette prédiction, si souvent déclarée infâme et calomnieuse, avait été déjà réalisée quant au divorce par l'assemblée législative. La convention ne voulut pas rester en arrière, et donna raison aux ennemis de la constitution civile, en imposant des prêtres mariés aux évêqucs constitutionnels et au petit nombre de fidèles qui suivaient les offices des schismatiques.

Déjà plusieurs prêtres s'étaient mariés avant la révolution du 10 août. Quelques-uns avaient abandonné complète-

ment Tétat ecclésiastique, mais d*autres avaient voulu conserver leurs fonctions et leurs traitements en déclarant, aux applaudissements des révolutionnaires, que Téglise constitutionnelle n'avait pas le droit de les exclure « pour avoir obéi à la loi de la nature ». La convention attendit longtemps avant de prendre un décret formel en faveur du mariage des prêtres, mais, dès le premier moment, elle Tencouragea ouvertement et maintint dans leurs fonctions les prêtres qui se mariaient. A la séance du 14 octobre, un anden chanoine de Bclfort, marié et père de famille, vint se plaindre d'avoir été privé de sa pension à cause de son mariage. L'assemblée applaudit vivement à sa conduite, et décréta que sa pension lui serait toujours payée. Il ne s'agissait cette fois que d'un ecclésiastique sans fonctions, mais des curés et des vicaires qui avaient pris femme implorèrent Tappui de la convention, soit contre leurs évêques qui voyaient avec terreur Tégliso constitutionnelle se transformer de cette manière, soit contre leurs paroissiens scandalisés. Certaines communes, ne comprenant point la gravité de la situation, avaient accepté des prêtres constitutionnels soit par ignorance, soit par crainte ; mais, en voyant leurs intrus se marier, elles avaient compris enfin qu*on voulait leur imposer une religion nouvelle, et repoussé avec indignation ces prêtres infidèles. La convention, qui voulait établir le mariage des prêtres, mais ne cherchait nullement à consolider l'église constitutionnelle, encouragea les autorités à maintenir dans leurs places lès curés mariés. Cependant, elle ne jugea point opportun de les imposer par violence aux populations qui les chassaient, comme la constituante et la législative leur avaient imposé les jureurs. Elle laissa donr sans culte les paroissiens qui repoussaient les prêtres mariés, et pour récompenser ces derniers, elle décréta le 17 novembre.

« Que tout prôtrc qui se marierait et qui serait inquiété k ce sujet par les habitants de la commune de sa résidence pourrait se retirer dans tel lieu qu'il jugerait convenable/ et que son traitement lui serait payé aux frais de la commune qui Tavait persécuté. »

Voilà pour les paroissiens.

Si révêque du curé marié était, comme lui, disposé à

jacobiniser Téglise constitutionnelle, ou s'il était dominé par la peur, le curé gardait à la fois sa femme et sa cure, pourvu toutefois que ses paroissiens ne fissent pas d'émeute. Mais, si Tévêque constitutionnel se souvenait de ces protestations d'orthodoxie et de fidélité aux règles de rÉglise, dont il avait été ^i prodigue lors de son intrusion, le curé s'adressait à la convention. L'intrus de Versailles, Avoine, refusa l'institution canonique à un vicaire marié, qui venait d'être élu à une cure : la convention en fut saisie le 17 décembre, et elle passa à l'ordre dû jour « motivé sur ce que tout citoyen peut se pourvoir devant les tribunaux contre la nolation de la loi à son égard » . On sait que les tribunaux de district étaient juges des refus d'institution canonique. La convention paraissait déclarer implicitement que l'évèque avait violé la loi ; d'ailleurs, devant des tribunaux réorganisés révolutionnairement , le succès de pa* reilles demandes n'était pas douteux. Avoine fut, en outre, sommé par les jacobins de Versailles de comparaître devant leur club. Il n'osa point persévérer dans son refus.

Les jours de réception des pétitionnaires, quelques prêtres mariés vinrent avec leurs femmes se faire décerner un brevet de civisme par la convention. Manuel était leur introducteur ordinaire : « Quand un prêtre se marie, disait-il, il avance les mœurs publiques, il donne une preuve éclatante de civisme. » Le 24 novembre, il eut la joie d'annoncer à la convention un immense scandale. Thomas Lindet, l'un de ses membres, évêque intrus de l'Eure, venait de se marier à cinquante ans. Le vicaire de la paroisse de Sainte-Marguerite, Claude Bernard, déjà marié et père de famille, et qui devait être, en outre, un terroriste fameux, lui avait donné la bénédiction nuptiale. Manuel proposa à la convention de lui accorder une mention honorable. Plusieurs membres trouvèrent cette demande assez plaisante. Prieur réclama Tordre du jour motivé sur ce qu'un homme qui a fait son devoir de citoyen n'a pas besoin de reconnaissance. La convention n'adopta aucune des deux propositions, et se contenta de les applaudir. Peu de temps avant son mariage, Lindet avait fait un mandement contre le célibat ecclésiastique. Ainsi donc, l'un des membres les plus connus de l'épiscopat constitutionnel, un ancien député de la consti^

tuante devenu conventionnel, se mariait, de propos déli béré, lorsque Téglise constitutionnelle était encore officiel lement protégée , et sans avoir subi aucune contraint physique ou morale. Lindet s'était empressé do justifier le sinistres prédictions qui avaient valu tant d'injures grossit res à leurs auteurs. Pendant un an encore, jusqu'à Fabo lition définitive du culte, cet intrus, marié, gardera so diocèse. Ce fut un vrai coup de massue pour Téglise con stitutionnelie. Beaucoup d'évèques et de prêtres jureui justifièrent, par leur lâche attitude devant un pareil scan dalc , le mépris que les catholiques leur avaient témoign tout d'abord. Ces hommes qui avaient tant affirmé Toi thodoxie de l'église constitutionnelle, et si bruyammei annoncé qu'ils étaient prôts à braver tous les dangers pov défendre les droits légitimes et les antiques usages de 1 religion, courbèrent la tête, et, au lieu de flétrir laconduil de Lindet et de se séparer de lui ouvertement, gardèrei un silence prudent. Quelques«uns des intrus qui siégeaiez à la convention, étaient partisans déclarés du célibat ecd^ siastique , et, cependant, dans cette occasion solennelli aucun d'eux n'osa réprouver la conduite de Lindet. Sai doute cette protestation leur aurait attiré de violentes inJT res, mais le pays n'était pas encore assez terrorisé po que leur mutisme fût excusable !

Fauchet, après avoir été l'un des membres les plus v lents de l'assemblée législative, était devenu l'un des p modérés de la convention. Gomme intrus, il était bien cidé à ne pas dépasser la constitution civile. 11 jugea ; doute inutile de protester contre les tendances nouvelle pleine convention, mais il n'en était pas moins décidé à faire, en qualité d'évêque constitutionnel, une oppos énergique. Le iS novembre, il publia une lettre pastor^ dans laquelle il réprouvait le divorce et le mariage de très, et invitait les chrétiens à ne point s'effrayer du d nement des philosophes contre la religion :

« Laissez donc, très chers frères, se développer, sans qi

(i) Elle débute ainsi : « Claude Fauchet , par la grâce de I volonté du peuple dans la communion du saint-siège apostoliqu la charité du genre humain, évéque du Calvados, n

foi s*en émeuve, les efforts des passions en effervescence qui appellent philosophie le délire, et justice leur fureur. La société ne pourra lon^emps supporter ces excès...

Il leur déclare que la loi, en proclamant le divorce, et laissant les prêtres libres de se marier, pouvait statuer seulement au point de vue civil, mais non commander aux consciences :

« Observons attentivement toutes les lois nationales, même celles qui ne sont que provisoires..., mais distinguons avec soin les lois qui ordonnent de celles qui permettent... : ici nous sommes maîtres de ne consulter que nos consciences, de n'interroger que notre religion et de ne suivre que l'Évangile. La loi même, cette loi qui autorise le libre exercice de toutes les religions et de tous les cultes, nous donne à cet égard la plénitude de notre liberté. »

Il part de ce principe incontestcablc, pour établir que, le divorce étant condamné par la doctrine catholique, celui qui veut être traité comme membre de TÉglise doit se conformer à son enseignement :

« Si donc. Ton veut, en vertu de la loi civile, se iiivorcer et se remarier, on le peut comme citoyen, mais Ton cesse d'appartenir sous ce rapport à la religion catholique, on est pnvé de Ja participation à ses sacrements. »

G*est une conséquence de la liberté proclamée, personne n'est forcé de suivre tel ou tel culte ; par contre, aucun culte n'est tenu de modifier sa doctrine pour favoriser telle ou telle catégorie de citoyens.

Il arrive ensuite au mariage des prêtres, fait Tapologie du célibat ecclésiastique, et déclare que TÉglise seule peut changer cette discipline. Elle n'oblige personne à recevoir le sacerdoce ; mais elle est libre de le conférer seulement à ceux qui remplissent certaines conditions fixées par sa discipline. Il s'agit d'un engagement contracté librement. L^glise n'a plus de moyens coactifs pour contraindre les prêtres à le respecter, mais elle a le droit de déclarer « que celui qui transgresse les conditions de son ministère, en est déchu ». Ce droit, il est décidé à le maintenir énergiquement dans son diocèse. Il le proclame avec l'accent d'une conviction profonde.

<c Quand je sacrifierab lâchement la liberté de mes pensées et

de mes croyances pour vous tenir, en esclave des impies, do autre langage, vous n'auriez, très chers frères, qu'un préTaricaieur de plus à la tête de votre sacerdoce profané. »

11 protesta, en outre, contre les doctrines antichrétiennes qui devenaient à la mode. Le 7 novembre précédent, la convention avait accueilli avec une mention honorable un écrit de Lequinio empreint à la fois d'athéisme et du matérialisme le plus grossier, et le bruit s'était tout de suite répandu qu'elle se disposait à supprimer le culte officiel.

Un tel mandement devait nécessairement valoir à son auteur, quel qu'il fût, les plus violentes injures de la part des révolutionnaires. Mais l'attitude de Fauchet les exaspérait d'autant plus, qu'ils avaient espéré longtemps trouver en lui un complice. Personne ne croyait d'abord que ce révolutionnaire violent deviendrait modéré, que cet abbé, si léger dans sa conduite, se ferait le champion de la discipline la plus sévère et du célibat ecclésiastique. Aussi les jacobins l'accusèrent de royalisme, et ses anciens alliés, furieux de le voir défendre les dogmes et l'ancienne discipline de l'Église, dirigèrent impitoyablement leurs cSups sur un côté malheureusement très vulnérable de son caractère. Partout ils le représentaient comme un débauché quf affectait l'austérité, en interdisant le mariage aux prêtres, e' qui aurait bien mieux fait de se marier lui-même, et d' mettre (in à une vie déréglée, Fauchet savait bien que c mandement lui vaudrait de nouvelles et plus furieuses a' taques, et que ses anciens amis se donneraient la satisfa tion de le couvrir de boue ; il leur répondit par avanc Mais cette sorte de justification personnelle sur un su aussi scabreux, produit un singulier effet dans un mani ment, et peut, d'ailleurs, laisse des doutes, même chez esprits les mieux disposés à son égard (1).

(1) Il parle des calomnies des méchants, et revient encore sur s meuse liaison avec une certaine dame dont nous avons déjà j (V. rÉglise et rassemblée constituante, tome II, p. 479.

« Une amitié de douze années leur sert de prétexte pour insulU mœurs; c'est cette amitié même que je donne en preuve de ma lité. C*est après dix ans de réserve scrupuleuse que j*ai dû croir m'était permis de recevoir les soins de Tamitié sans crainte qu* suspecter, avec quelque apparence de raison , la simplicité de m timents... Maintenant les anarchistes déhontés et les êtres les |

k^ rSs certaines prescriptions sur la manière dont les registres de paroisses doivent être tenus depuis la loi sur Vètat civil, il défend formellement à son clergé de marier des divorcés ou des prêtres. Il ordonne de publier des bans comme auparavant pour prouver qu'il n'y a pas d'obstacle antérieur :

Ait. i. — « L'évoque, et en son absence son premier vicaire, n'accordera la dispense pour les trois bans canoniques que sur des attestations qui prouveront suffisamment que ce n'est pas d'après la Uherté accordée par le divorce que les parties se présentent à l'effet de recevoir le sacrement. »

l^s articles 8 et 9 visent le mariage des prêtres.

Ait. 8. — « Tout sous-diacre, diacre ou prêtre qui contractera ii^^nage avant que l'Église l'ait autorisé par une déclaration solennelle qui abroge sur ce point l'ancienne discipline intérieure du saint ministère, sera par le seul fait, interdit de toutes fonctions '^c^s, et les fidèles ne pourront recourir à lui pour aucun acte da culte.

Aet. 9. — « Toutpi'ôtre qui aura administré la bénédiction nup- ^® ^ an minbtre engagé dans les ordres sacrés sera, par le seul ^*it> suspendu des fonctions du saint ministère, et ne pourra en 'wouvrer l'usage légitime, qu'après la pénitence canonique qui W sera imposée par l'évéque, ou en son absence, par le premier vicaire èpiscopal. »

^auchet avait raison de s'attendre à des injures. Ses anciens admirateurs se gardèrent bien de répondre à son ar- 8|ïineixtation si rationnelle et si juridique, et le couvrirent <* outrages comme s'il eût été un évêque réfractaire. Le "oniteur, ayant été prévenu de son intention de défendre le célibat des prêtres, l'attaqua personnellement le 27 novem- "''®» la veille de la publication de sa lettre :

" "éjà quelques ministres du culte catbolique avaient eu le cou- ^ de se marier, et si les évoques ne les avaient pas punis, ils ^eot du moins prouvé qu'on ne le doit qu'à leur heureuse im- J ^^Hce. L'un d'eux, connu par son immoralité^ avait eu l'impu-

dence <iiacè

de déclarer qu'il ne soufMrait jamais qu'un prêtre de sou ^^ formât le lien vertueux du mariage. Ce contraste d'auslé-

y^^/r^^ qu'il y ait au monde ressassent contre moi toutes les calomnies jQ'E^ ^^ auparavant par les aristocrates : ces deux classes d'ennemis *^Orent également. »

rite fanatique avec sa réputation, avait itclairé sur rindestmclibilité de l'esprit de sa caste discréditée dont on n'espérait pas un seul bon exemple. Il vient pourtant d'être donné... »

Et le journal applaudit au mariage de Lindet.

En dehors de la convention, quelques constitutionnels eurent le courage d'imiter Fauchct et de protester contre le mariage des prêtres. Lecoz entama une controverse avec Ldndet et lui reprocha, outre son mariage, une odieuse apologie des massacres de septembre. Ldndet avait osé dire à ses prétendus diocésains :

« Je suis loin de regarder comme des monstres et des forcenés ceux qui, dans des moments aussi terribles, ont cru qu'il fallait sauver la patrie à quelque prix que ce fût, et que Tennemi du dedans devait être immolé avant d'aller au-devant de l'ennemi extérieur, m

Un pareil évéque ne devait point s'arrêter en si beau chemin. Mais il différa son apostasie et garda provisoirement son diocèse, d'accord avec les pires révolutionnaires qui ne voulant pas encore supprimer l'église constitutionnelle, étaient ravis d'avoir un évoque qui prêchait le mariage des prêtres par son exemple comme par ses écrits. Lindet s*y prêta d'autant mieux qu'il conservait ainsi son traitement.

A la séance du 25 novembre, on lut à l'assemblée une lettre d'un prêtre alors très inconnu, et qui devait bientôt acquérir une horrible célébrité. Ce prêtre était Joseph Lebon, ci-devant curé de Neuville, maire d'Arras et député suppléant : il annonçait à la convention son mariage avec sa cousine, et lui envoyait l'ignoble discours qu'il avait prononcé à cette occasion devant les officiers municipaux de Saint-Pol (i).

(l) Voici le discours de Lebon : « Magistrats du peuple, je viens donner un exemple attendu depuis longtemps par le nombre infiniment petit de prêtres vertueux qui ont consenti autrefois à se confondre parmi des charlatans pour éclairer et affranchir Thumanité ; je viens terrasser le préjugé féroce qui condamnait une classe d'hommes à vivre dans le crime et ne leur laissait que le choix des forfaits. Puisse ma démarche solennelle leur ôter toute excuse ! Puissent-ils se déterminer enfin à respecter les lois de la nature et de la société : la nature, en suivant les lois de son auteur, en n'étouffant pas dans leur germe des êtres qu*il appelle à la lumière; la société, en ne se servant plus de leur ministère pour abuser de la femme et de la fiUe d'autrui ! » V. VHistoire de Joseph Lebon, par M. Paris.

Ce malheureux clergé constitutionnel voyait avec effroi les nouvelles dispositions des révolutionnaires. Ils commençaient, en effet, à se demander s'il n'était pas beaucoup plus simple de persécuter à leur aise sans se donner la charge d*une église d'État. Déjà on parlait de supprimer ses traitements et de la laisser se tirer d'affaire comme elle pourrait. Bien que la majorité du parti fût pour le moment contraire à cette suppression, les constitutionnels étaient très inquiets. Ils ne pouvaient envisager sans épouvante la situation qui leur serait faite par la suppression de leur budget, et par la perte de leur qualité officielle. Non seulement ils se trouveraient dans la gêne et dépourvus de tout moyen d'intimidation à l'égard des catholiques , mais ils auraient eux-mêmes bien des persécutions à endurer, dès que l'État les aurait abandonnés. Pour éviter un si grand danger, les constitutionnels, en majorité, étaient décidés d'avance à courber la tête devant les exigences de leurs protecteurs, et à subir en silence les plus cruelles humiliations. S'ils avaient défendu hautement le célibat ecclésiastique devant la convention, s'ils avaient en dehors d'elle fait une manifestation unanime en faveur de la discipline traditionnelle de l'Église, on les aurait certainement traités de fanatiques et de royalistes, et peut-être la convention aurait-elle rogné ou même supprimé leurs traitements ; ils gardèrent le silence pour la plupart, s'estimant très heureux de n'être pas obligés de se prononcer hautement sur cette question.

Gambon avait proposé le 16 novembre, au nom du comité des finances , la suppression du salaire des ministres du culte. Par compensation, on supprimerait une recette à peu près égale à celle dont le budget^ de l'État serait dégrevé. Cette proposition causa la plus vive émotion dans toute la France. Ainsi la convention donnerait le démenti le plus complet aux promesses si souvent et si unanimement répétées par les révolutionnaires et manquerait à l'engagement pris avec tant de solennité par la constituante de pourvoir aux frais du culte, en échange des biens dont la générosité des fidèles avait pendant quatorze siècles doté l'Église. La grande majorité de la convention se montra très hostile à cette mesure. Les terroristes qui devaient la mettre à exécution un an plus tard, la déclaraient alors cruelle, injuste et

impoliiique. Prud'homme seul, dans le parti violent, prouva et la défendit avec des arguments empreints • modération très inaccoutumée. Il osa blâmer la constit civile et le serment, comme violant les principes de Vé, religieuse et de la liberté de conscience. Robespierr contraire, dans sa huitième lettre à ses commettants, qua vivement la proposition de Gambon comme « mai en révolution, dangereuse en politique, pas même bon finances», et fit une longue dissertation sur la née d'un culte quelconque. On retrouve dans cette lettr profession de déisme très explicite. Il ne défend ni le stianisme, ni les prêtres, mais il estime que la suppr< du culte officiel, serait tout à fait imprudente etj)réma1

« La raison seule peut rompre cette chaîne attachée aux e Le législateur peut aider la raison, mais il ne doit pas la dei trop vite. Si vous bornez vos regai*ds à l'horizon qui vous envi] peut être croirez-vous pouvoir tout faire, mais si vous emb la nation tout entière, si vous pénétrez surtout sous le toit boureur ou de l'artisan , vous reconnaîtrez sans doute qu*il c bornes à votre puissance morale.

« Sous le rapport des préjugés religieux, notre situation n ralt très heureuse, et ropinion publique très avancée. L'emp la superstition est presque détruit. Déjà c'est moins le prêtre c un objet de vénération, que l'idée de la religion et l'objet i du culte... Il ne reste plus guère dans l'esprit que ces de imposants qui prêtent un appui aux idées morales et à la do sublime et touchante de la vertu et de Tégalité, que le Fils de enseigna jadis à ses concitoyens. Mais, en attendant que l'évi de la raison et de la liberté soit devenu Tévangile du mon peuple lie, au moins en partie, ce système de ses idées mora culte qu'il a professé jusqu'ici : Attaquer directement le cultes attenter à la moralité du peuple. Jusqu'à ce que les bases Sc de cette moralité aient pu être remplacées par les lois, p; mœurs et par les lumières publiques , consolez-vous en son que ce que la superstition avait de plus dangereux, a disparu la religion, dont les ministres sont stipendiés encore par la p nous présente au moins une morale analogue à nos principes tiques. »

Ce qu'il dit de raffaiblissement de la religion ne ma pas d'exactitude, car c'est l'église constitutionnelle q en vue. Elle n'a pas osé protester en corps contre Tii duction du divorce. De temps en temps un prêtre se in

lA CONVKNTION. 325

et le plus souvent, il ne rencontre qu'une timide opposition de la part de ses supérieurs et de ses collègues ; la majorité du clergé constitutionnel n*ose pas désapprouver hautement les nouveautés qu'on introduit dans son église. Robespierre ne veut donc point supprimer le culte avec brutalité, mais profiter de la complicité d'une partie de ses ministres et de la faiblesse des autres pour le transformer complètement. Il soutient que la suppression immédiate de l'église .officielle susciterait de graves difficultés :

« Au moment le plus difficile de la crise révolutionnaire, quand la République est proclamée plutôt qu'établie, est-ce bien le moment de mettre de nouvelles armes entre les mains de la malveillance et du fanatisme? Il ne s'agit pas, prétendent les auteurs et approbateurs de la motion de Cambon, d'abolir le culte, mais de ne plus le payer. Ne plus payer le culte ou le laisser périr, c*est k peu près la même chose... Le principe que les ministres ne doivent être payés que par ceux qui veulent les employer ne peut s'appliquer exactement qu'à une société où la majorité des citoyens ne le regarde pas comme une institution civile. Mais en France, rien ne serait plus dangereux que ce sophisme ; car, cessant d'être les prêtres du public, les prêtres des particuliers auraient une bien plus forte, une bien plus intime action sur les fidèles. Mille associations religieuses naîtraient, à l'ombre desquelles les partisans du royalisme se réuniraient sous l'étendard du culte dont ils feraient les frais. A la vue des prêtres dépouillés et réduits à l'indigence, le fanatisme se réveillerait, chaque village serait le théâtre de discordes entre ceux qui voudraient se passer de culte et ceux qui ne le pourraient pas. Financièrement le projet est détestable ; tout le poids du culte retomberait sur le peuple, qui est le plus attaché à la religion, parce que la morale du Fils de Marie prononce des anathëmes contre la tyrannie et l'impitoyable opulence. Ce serait, du reste, un manquement à la foi publique engagée par la constituante. »

Il déclare à la fin « que nulle puissance na le droit de supprimer le culte établi, jusquà ce que le peuple en soit lui-même détrompé». Ceux qui réclament, en novembre 1792, la suppression du culte sont des révolutionnaires athées et Robespierre a pour eux le plus profond mépris. Il rêve de devenir le pontife d'une religion qu'il aura inventée ; il n'est pas encore assez puissant pour imposer toutes ses volontés à la convention et à la France, mais, en attendant, il ne veut pas que les athées fassent table rase. L'église officielle s*af-

faiblit tous les jours, Robespierre en est enchanté , mais il veut qu'elle garde sa place dans TÉtat jusqu*au moment où il sera assez maître de la situation pour proclamer que le peuple est détrompé de Tancien culte, et lui imposer le sien. En parlant des troubles que la brusque suppression du culte devait faire naître , Robespierre n'avait rien exagéré. Dans un assez grand nombre de communes rurales, surtout lorsque l'ancien curé avait juré, la majorité ou une partie très considérable des habitants avait accepté , ou plutôt n'avait point repoussé le culte constitutionnel, soit par ignorance des empiétements de la constitution civile sur le domaine religieux, soit par peur. Rien n'était encore changé dans le culte extérieur, comme les constitutionnels disaient la messe et chantaient vôpres de la même manière que les orthodoxes, les révolutionnaires répétaient à satiété que rien n'était changé à la religion, et il était dangereux d'être d'un autre avis. Mais, lorsque ces braves paysans virent le mariage des prêtres approuvé et encouragé par le pouvoir, toutes les déclamations à la mode ne purent les empêcher de se plaindre hautement, et d'accuser les révolutionnaires de vouloir changer leur religion. Naturellement, ceux qui suivaient les prêtres réfractaires protestaient aussi contre ces scandales. Les populations rurales étaient déjà très alarmées, lorsque la nouvelle se répandit dans toute la France, que le comité des finances avait proposé à la convention de supprimer les' traitements des ecclésiastiques. Aussitôt les paysans , plus clairvoyants sur ce point que les classes soi-disant éclairées, se dirent tous avec indignation que, en dépit des engagements solennels pris par la révolution, ils allaient être obligés de soutenir leurs prêtres. On leur avait répété sur tous les tons que, en prenant les biens du clergé, la nation assurerait pour jamais le service du culte, et que cet arrangement leur valait d'être affranchis à tout jamais de la dîme. Sans doute on l'avait abolie, mais en fait, elle avait été bien remplacée; c'était déjà une pr.emière désillusion , et de plus on parlait de laisser les frais du culte à leur charge , si bien qu'ils se trouveraient prochainement payer des impôts équivalents à l'ancienne dîme, et, en outre, subvenir aux frais du culte, c'est-à-dire payer deux fois et être mystifiés par-dessus le marché.

Ainsi donc, ces hommes qui ne cessaient de teur vanter les bienfaits de la révolution , leur faisaient une situation plus onéreuse que Tancien régime ! Cette charge nouvelle arrivait d'autant plus mal à propos, que déjà, grâce aux assignats, aux réquisitions, aux gaspillages de toute espèce, anz disettes locales, les cultivateurs étaient fort malheureux et les esprits extraordinairement surexcités. Ainsi la crainte de la suppression du culte vint aggraver encore une situation déjà pleine de dangers.

Depuis les premiers jours de septembre, des bandes recommençaient à empêcher la circulation des céréales. Il y avait eu de nombreuses émeutes. Les ministres, pour assurer les subsistances, avaient dû prendre des mesures extraordinaires, mais elles furent prolongées outre mesure et jetèrent une grande perturbation dans le commerce des Si^ns. Bien que la récolte n*eût pas été mauvaise, on souffrait de la disette dans certaines localités, car les marchands n'osaient pas y conduire du blé , de peur de le voir pillé en chemin et d'être eux-mêmes maltraités , peut-être assassinés comme accapareurs. Les routes étaient peu sûres ®t Ton risquait beaucoup à faire les transports les plus indispensables (1). Ils étaient arrêtés par des rassemblements

^ ^^) A la séance du 30 octobre, Fabre, de TAude, annonce qu'il est très rr^^Ue de faire circuler les grains dans les départements de Seine-et-

\*e, de la Somme et de TAisne, et la convention envoie des commis-

^'^ ilans ces départements et dans plusieurs autres. Mais la situation j^^t toujours en s'aggravant et les révolutionnaires voulaient faire voter ^1 dispositions les plus absurdes et les plus tyranniques. Le 26 novembre,

^* députés extraordinaires des corps administratifs de Loir-et-Cher

. ^^Ucent à la convention qu'une insurrection très grave vient d'éclater

^^^> leur département et dans celui de la Sarthe. Les populations se

'^^ ftouleyées à cause de la cherté des subsistances et elles veulent en

Q ^^^ le prix. Environ trois mille hommes, venant du côté de Saintr^^* ont envahi Vendôme le 24 en annonçant qu'ils venaient taxer les

^<^8. Le lendemain, l'attroupement s'élevait à cinq ou six mille hom- 1^7^^ « le blé, le beurre , les œufs , la chandelle , furent taxés à un tiers l^/^^«tous du prix courant. Les insurgés sonnent le tocsin dans toutes i;^^ Paroisses, ils se font suivre de force par tous les habitants en état de ^ '^r les armes f et contraignent les corps administratifs à faire leut d ^<^té. Du reste , les envoyés reconnaissent que la misère est alfreuse ^ ^^ cette contrée et donnent des détails navrants. Un membre ajoute w^ ^U Mans les administrateurs ont été forcés d'approuver ces taxes par ^^ ^trété; que les insurgés emmènent tous les hommes avec eux, en les ^'^çjuit d'incendier leurs propriétés en cas de refus et qu'ils se font

32ft CONSTITUTION CIVILK DU CLERGÉ.

(le plusieurs milliers d'individus. Les terroristes, suivant leur constante habitude^ rejetaient tout sur les nobles et sur les prêtres. A la séance du 26 novembre, Legendre a Tinfamie de dire que : a la cause de ces insurrections est au temple » ; le girondin Lidon lui répond avec beaucoup de raison que ces troubles sont dus en grande partie aux commissaires du pouvoir exécutif et de la commune de Paris, qui sont venus commettre des malversations et prêcher la loi agraire dans une foule de localités. La convention envoya le 26 novembre, neuf de ses membres dans les départements troublés. Trois d'entre eux, Lecointe - Puyravcau , Maure et Biroteau, devaient subir une cruelle mésaventure.

Le 28 novembre, à Chartres, ils apprennent qu'un nombreux rassemblement s'est formé à Courville, et va prendre la route de Paris, ils accourent sans escorte pour le haranguer, croyant en venir à bout avec de belles phrases. Mais ils se trouvent devant un attroupement de cinq à six mille hommes armés de fusils, de piques, de fourches et de faux. Les commissaires leur débitent des phrases sentimentales ; aussitôt les insurgés se mettent à crier : « Ce sont des charlatans, des endormeurs, des aristocrates, il faut les pendre. » On se jette sur eux, on les frappe, on déchire leurs vêtements , on les hisse sur des sacs de blé entassés et on les somme de taxer les grains sous peine de mort. S'il faut les en croire, ils refusent d'abord, mais voyant qu'ils vont être égorgés, ils cèdent et signent tous les papiers que les insurgés leur présentent. Ils reviennent tout penauds à Paris et rendent compte à la convention de leur malheureuse mission.

Elle les accueillit assez mal, car ils avaient montré bien peu d'énergie, et leur conduite contrastait tristement avec celle que le malheureux Simonneau, maire d'Étampes, avait tenue quelques mois auparavant dans des circonstances

précéder dans leurs marches par les officiers civils et militaires des communes qu'ils ont envahies. {Débats et décrets, novembre^ pp. 408 et suiv.) Le lendemain , Roland dénonce les agissements de la commune, qui ont les résultats les plus désastreux au point de vue des subsistances. En province, « les fermiers, les laboureurs n'osent plus paraître dans un marché , mettre en vente un sac de blé. Le prétexte d^accaparement fait menacer et craindre d'être égorgé ; et au sein même de fahondance, nous sommes près de périr de misère. » {Ib., p. 419.) ^

seflablables. Pourdétourner le mécontentement de leurs collègves, ils s'étendirent beaucoup sur les dangers épouvantables qu'ils avaient courus, et prétendirent que tous ces troubles étaient suscités par le fanatisme religieux:

«c Noos nous sommes aperçus qu'une motion faite dans cette clm^mbre (celle de Camhon) n'était pas ignorée et nous ayons vu um liomme présenter le prélude de la loi agraire , en demandant la. diminution des baux à ferme, et dire que, si la chambre de Paris (c*^st la convention) ne le voulait pas, on irait jusqu'à Paris, et qmji*cn forcerait cette convention qui ne veut pas de prêtres, à faire ce ^e le peuple voudrait. Des curés étaient les plus acharnés ai>r^è5 nous^ et portaient la parole au nom du peuple. Tous les principes de la loi agraire ont été mis en avant ; on disait que les bourgeois avaient assez joui, que c'était le tour des pauvres travailleurs. Ms disaient qu'ils voulaient leurs prêtres et leurs églises, qu'eux ^eols bientôt feraient la loi... »

Après ce récit, girondins et jacobins, au lieu de reprocher ^'^x commissaires leur pitoyable capitulation , se mettent à **éblatérer à la fois contre le fanatisme des réfractaires, et ^^ïitre celui des constitutionnels, et à chercher de nouveaux

''Moyens de persécution. Pétion commence par dire des

^*^o^s très sensées :

*^ On nous conduit enfin à l'anarchie, et de l'anarchie on veut ^ précipiter dans le despotisme. Nous n'avons plus que nous à

'ïidre, et c'est nous qui nous déchirons de nos propres mains, émeutes actuelles tiennent à de grandes causes. C'est dans le l^^Ttement le plus paisible que tout est en feu; c'est dans le dé- ^.«^**^-^ment le plus abondant qu'une révolte s'élève pour les subsi-

e2^3î^^®^» ^*®*^ ^^ qu'on publie la loi agraire I Eh bien pouvons-nous i que ces insurrections aient pour objet la misère et la fa- ^^? Ce n'est là qu'un prétexte pour mettre la France en commun!... »

uels sont les auteurs de ces agitations ? Il déclare à mots

^^^erts qu*elles sont Tœuvre des montagnards et de la

imune. Danton soutient avec son impudence habituelle,

'tie des royalistes et des scélérats disséminés sur la sur-

^ — ^ de la République, se concertent pour rendre la liberté

^'^^lorable », que la perfidie, le fanatisme, la malveillance

commenté la proposition de Cambon. Néanmoins, il ne

it pas que la convention puisse Taccepter.

*< L'homme maltraité par la fortune, cherche des jouissances

éventuelles ; quand il voit un homme riche se livrer ik ses goûts, caresser tous ses désirs, tandis que ses besoins à lai sont restreints au plus étroit nécessaire, alors il croit (et cette certitude est consolante pour lui), il croit que dans Tautre monde ses jouissances à lui se multiplieront dans la proportion de ses privations dans celuici. Laissez-lui cette erreur-là; attendez pour lui parler morale et philosophie que, éclairé par la persuasion, il puisse apprécier à leur juste valeur les opinions religieuses. Attendez que yods ayez des officiers de morale qui puissent faire passer dans son âme, neuve encore, le sentiment de son erreur. Jusque-là, c'est un crime de lèse-nation de vouloir ôter au peuple ses idées, ses chimères... Ou laissez-] ni son erreur, mais éclairez-le, dites-lui particulièrement que l'hitention de la convention n*est pas de détruire, mais de perfectionner. » {Dtibats et décrets, novembre, p. 489.)

Ainsi d'après Danton, le peuple est encore trop abruti pour qu'il soit possible d'abolir le culte. Il faut donc garder l'église constitutionnelle, en la déchristianisant petit à petit. Le fougueux montagnard, en disant qu'il ne s'agit pas de détruire le culte mais de le perfectionner, trahit son impatience d'arriver à son abolition, et oublie que maintenant le peuple se défie des perfectionnements dos révolutionnaires, et accueille fort mal celui qui leur tient le plus à cœur, le mariage des prêtres.

Danton termine son discours en déclarant que, pour en finir avec ces troubles, il ne connaît pas de meilleur moyen que d'accélérer le procès du roi. Jusqu'alors, dans toutes les crises, les révolutionnaires réclamaient comme remède souverain, une aggravation de la persécution religieuse; depuis le 10 août, il en était de l'infortuné Louis XVI comme des prêtres réfractaires ; la famine, les troubles, les assassinats, les dissensions intestines qui désolaient la France, lui étaient imputés, et son supplice était tous les jours réclamé, avec une mauvaise foi sanguinaire, comme un remède infaillible à tous ces maux. Robespierre s'oppose à l'envoi de commissaires, et conclut comme Danton à la mort de Louis XVL Enfin, après une discussion très orageuse, la convention rend trois décrets. Le premier charge le pouvoir exécutif de réprimer les désordres; le second blâme les commissaires; le troisième est ainsi conçu :

« La convention nationale décrète qu*il sera fait une adresse k tous les citoyens de la République, pour leur faire sentir la néces-

site et les avantages de la libre circulation des subsistances, et que dans ladite adresse il sera expliqué que la convention n'a jamais eu Vintention de les priver des ministres du culte que la constitution civile du clergé lui a donnés, » (30 novembre.)

La convention trouvait alors la proposition de Cambon telleaient inopportune qu'elle croyait indispensable de déclarer solennellement qu'elle n'avait jamais eu l'intention de l'accepter. Il est certain que le mécontentement produit par la nouvelle de l'abolition prochaine du culte avait grossi ces rassemblements tumultueux. Sans doute, les commissaires ont dû exagérer par système l'influence des curés constitutionnels sur ces émeutiers ; il est aussi fort probable que certains agents de troubles avaient donné pour mot d'ordre, de parler des prêtres , afin de donner le change à la convention sur les véritables fauteurs de ces insurrections. Mais il n'en est pas moins certain que les paysans allant à l'église constitutionnelle ne voulaient pas entendre parler de suppression du culte, et que les innombrables partisans des réfractaires étaient encore plus mécontents de la convention, puisque leur culte était déjà supprimé. Il n'est donc pas étonnant que des hommes aigris, exaspérés, se soient joints à ces rassemblements primitivement organisés par ces agitateurs, ces pillards qui, depuis 1789, ne cessaient de faire des attroupements, d'arrêter et de taxer le blé. Les commissaires prétendirent avoir vu des curés avec eux; le fait est très vraisemblable, le projet de Cambon avait naturellement excité chez les curés constitutionnels une violente indignation : beaucoup d'entre eux fréquentaient les clubs et se mêlaient à toutes les agitations populaires, ils ont dû en apprenant cette malencontreuse motion qui leur enlevait leur pain , crier misère devant leurs paroissiens, et recourir à tous les moyens pour irriter les esprits, et intimider la convention. Ils y réussirent parfaitement ; la convention comprit que les partisans des constitutionnels se réunissaient déjà aux pillards, et que sans doute les sectateurs des réfractaires saisiraient aussi ce prétexte pour se soulever, et qu'elle courait grand risque d'avoir toutes les populations rurales contre elle.

II y eut bien d'autres rassemblements aussi nombreux que celui de Courville, et réclamant comme lui la taxe des

grains et le maintien des prôtres (i). Le décret du 30 novembre fut accueilli avec défiance. Mais parfois les matérialistes et les athées observaient mal la consigne. A la séance du 14 décembre, Durand Maillane demandait que la doctrine chrétienne fît partie de renseignement populaire, Jacob Dupont Tattaqua très violemment et prononça un discours d'énergumène contre la religion. Après avoir raillé Durand Maillane, Camus et leur constitution civile, il s'écria :

u Quoi, les trônes sont renversés, les rois expirent et les autels des dieux restent encore debout! Mais les trônes abattus laissent cependant ces autels à nu, sans appui et chancelants. Un souffle de la raison éclairée suffit pour les faire disparaître! Et si Thumanitéest redevable à la nation française du premfer bienfait, peut-on douter que le peuple souverain ne soit pas assez sage pour renverser aussi les autels et les idoles ! »

Puis il se proclame athée. Le discours de Jacob Dupont produisit un immense scandale, et confirma dans leurs soupçons les partisans de la révolution prétendue modérée.

« La nature et la raison, avait-il dit, voilà les dieux de l'homme, voilà mes dieux... Le moment de la catastrophe est arrivé, tous les préjugés doivent tomber en même temps , il faut les anéantir ou que nous en soyons écrasés. »

Du reste, les administrateurs et les agents révolutionnaires s'ingéniaient à diminuer le culte, à le perfectionner, comme avait dit Danton, et les populations mômes, qui jusqu'alors s'étaiei^ laissé le plus facilement abuser, voyaient de très mauvais œil ces innovations, et pressentaient Tabolition du culte. A Paris, la commune s'avisa d'interdire la messe de minuit et de décider que les églises seraient fermées depuis le 24 décembre à huit heures du soir jusqu'au 25 à six heures du matin. Ghaumette avait déclaré que ce n'était pas au moment où l'on parlait du ci-devant roi « monstre couronné » comme de l'oint du seigneur, qu'on devait permettre aux prôtres]de tenir leurs assemblées

(i) Ainsi le 7 décembre, une députation des corps administratifs d*Amboise vint demander à la conTention de fixer un maximum du prix du blé : un rassemblement de dix mille hommes était venu à Amboise et i Château - Renaud taxer les blés; et pourtant la disette n*était pas bien grande ; aussi ce mouvement fut-il dénoncé comme « fanatique et contrerévolutionnaire ».

nocturnes. «Jésus était le chef des sans-culottes de la Judée, mais je suis sûr qu'à ce titre il aurait proscrit impitoyablement la messe de minuit, ce reste des orgies des Égyptiens. M Le fade poète Cubières, secrétaire de la commune, déclama contre « Torgie sacrée ». Cette défense occasionna un vif mécontentement et môme des troubles. A Saint-Jacques-Ia-Boucherie, à Saint-Eustache, à Saint-Meri^r, à Saint-Gervais, les officiers municipaux envoyés pour exécuter Tarrèté de la commune furent très maltraités. Le o janvier, le maire de Paris, rendant compte à la convention <ie rétat de la ville, prétendit que le fanatisme avait exploité celte interdiction et dénonça ouvertement le clergé constitutionnel.

« Les prêtres nous travaillent sourdement, et leurs coups sont ^^autant plus dangereux qu'ils abusent de la confiance qu'ils ont 'usurpée. Il faut dire la vérité, nous craignons moins les prêtres **fractaires, que ces pontifes qui courent les assemblées populaires pour profiter des serments qu'ils ont bien juré de ne pas tenir ^t accaparer les places. >»

ESnfin une fraction du parti révolutionnaire jette le masque

^t fait maintenant parade de sa prôtrophobie. En province,

^^s jacobins cessent d'affecter un certain respect pour l'église

Constitutionnelle et ceux qui désirent le maintien du culte

public s'alarment tous les jours davantafjje. Le 11 janvier,

les délégués de quarante communes se présentent à la barre

de la convention et protestent de leur ^attachement au

pHncipe de la liberté des cultes qu'ils sont prêts à défendre

^u prix de leur sang. Us manifestent ensuite des craintes

^ur la suppression du traitement des ecclésiastiques. Le

président leur répond en ces termes :

•* U liberté n'est pas un mot vide de sens, et c'est surtout celle ^ opiVitons religieuses, qui est un des principes qui sera le plus ^'^iokblement maintenu. Vous voulez la liberté, vous la voulez pour ^ouset pour les aulrcs, rien ne peut plus vous honorer : c'est par ^^tre dévouement à la patrie, c'est par votre soumission aux lois, ^.^st par votre attachement à vos devoirs, que vous prouverez votre ^''^'^ère amour pour la liberté et que vous concourrez à l'aifermir.

'•' Citoyens, que tous les Français remplissent également ces de- ^^■*^, et rien ne troublera l'union et la fraternité qui doit régner ^^^^-^ eux; ils sentiront tous, quelque culte qu'ils professent, qu'ils

33i CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ.

se doivent également à la patiie; qu'ils sont tons ses enfan doivent vivre en frères; et on ne connaîtra plus de fanatisme celui de l'amour de la patrie et de la liberté... »

L'histoire de la convention, depuis sa première se jusqu'au 2 juin 1793, est Thistoire de la lutte des giroE contre la montagne et la commune coalisées. Ces pera teurs ne songent plus qu'à se proscrire mutuellement ; 8< la haine de la religion a dans certaines circonstanci force de les réunir. Aussitôt après le i 0 août, les jacG avaient commencé h employer contre leurs alliés ces m< manœuvres, ces mêmes calomnies , ces mêmes appels force et aux passions de la rue dont ils s'étaient servi concert pour renverser Louis XVI. Chose singulière! girondins si peu timorés, si différents en tout point prince qu'ils ont détrôné, offrent alors le spectacle de certitude, des tergiversations continuelles, de la facil s'illusionner,qu'on a déplorées avec tant de raison ches h leur victime, et qui ont si puissamment contribué à sa p

Au début, la majorité leur appartenait dans la conven elle leur resta même jusqu'à la fin , dans les grandes g sions, où ils ne négligèrent point de s'assurer des vot( la plaine. Un inconcevable aveuglement leur fit perdre l'avantage de cette situation et commettre successivei d'innombrables fautes. En arrivant, ils jettent feu etflai contre les assassins et les voleurs de la commune, le 24 septembre, ils les attaquent vigoureusement, les vrcnt de honte, et sur la proposition de Buzot, la con tion décide qu'il sera nommé une commission de six n bres chargée : 1*» de rendre compte de l'état de la républ et de Paris; 2° de présenter un projet de loi contre les vocateurs au meurtre et à l'assassinat; 3® de rendre coi des moyens de donner à la convention une force publ à sa disposition, prise dans les quatre-vingt-trois dép ments. Si la gironde avait poursuivi énergiquement V cution de ce programme (1), elle se serait sauvée elle-ni

(1) Depuis les fatales journées des 5 et 6 octobre 1789, le s^joi

en écrasant la commune et elle aurait épargné à la France des maux effroyables. Il lui était alors facile de venir à bout des septembriseurs.

I Le crime, dit Mortimer - Temaux , était patent, le sol des

pnsons était encore imprégné da sang des victimes, les dilapida-

tions étaient avérées, les preuves contre les principaux coupables

ponraient être facilement rassemblées. Il eût fallu renvoyer tous

c^^a scélérats à la baute cour d'Orléans qui, probablement, en aurait

f&i.t bonne et prompte justice... *>

Hais les girondins n'avaient ni prévoyance, ni énergie, ni »pritde suite. II fallait absolument dissoudre cette cornune insurrectionnelle, livrer à la justice les voleurs et les Bàssassins dont elle était pleine, et faire procéder à des élections régulières (1). La commune serrée de près usa à la fois de rose et d*impudence, et souleva toute sorte d'incidents poor retarder son renouvellement; elle feignit même de 'Vouloir rendre ses comptes et rechercher les dilapidateurs. I^e 10 octobre, la gironde ût nommer six commissaires pour procéder à une enquête sur les dépôts reçus par la commune; elle la força même le 31 à venir, par Torganc de son procureur Anaxagoras Ghaumette , s'humilier devant la convention et lui faire Taveu qu'il y avait eu parmi ses membres des prévaricateurs et des voleurs. Mais la gironde lie sut pas poursuivre ses avantages. La commune parvint

Sonfemement à Paris avait attiré sur la France les plus grandes cala-

'^téi : les jacobins et la commune, se trouvant en face d'un pouvoir

qui n'arait aucune force à sa disposition, étaient ainsi devenus les

^aitres de la France. La convention allait en faire Texpérience ; il allait

^^ démontré qu'un gouvernement^ même composé de révolutionnaires

évincés , ne pouvait être libre à Paris ; car rassemblée, souveraine en

^^«orie, se trouvait en fait sous la dépendance des autorités municipales

*iyi disposaient de la police et de la force armée. Aussi tous les giron-

diiu devaient-Us travailler énergiquement à rendro la convention indé-

P^ndintc, et, pour y arriver, il fallait absolument expulser la commune

**^«urrectionnelle et mettre une force armée au service de la convention,

P^^ qa'eUe pût se protéger elle-même , malgré l'inaction ou les traki-

*^^ des autorités municipales.

(1) Les jacobins n'étaient à Paris qu'une minorité infime. Lors de

élection du maire de Paris, suij^ cent soixante mille électeurs, il ne s'en

^'^^tenta pas plus de quatorze mille au scrutin, et les candidats jacobins,

jj^'^'ques semaines après les journées de septembre, bien que leurs amis

v'^Posassent de tous les moyens de propagande , ne purent réunir plus

* ^inq mille roix.

à faire traîner jusqu'au 2 décembre les opérations électorales que, du reste, la loi rendait extrêmement longues et compliquées. Malheureusement^ les jacobins profitèrent du découragement et de Tincurie des Parisiens, et il n'y eut à peu près qu'un votant sur vingt électeurs; la commune du 2 décembre ne valut guère mieux que la commune insurrectionnelle du 10 août. Ainsi tout à Paris tournait au plus mal pour les girondins ; leurs ennemis acharnés étaient maîtres de la municipalité, la convention avait tout à craindre pour la liberté de ses délibérations; c'était une raison de plus pour organiser sérieusement une garde qui pût la protéger contre un coup de main. La seule idée d*unc force armée indépendante de la commune et mise au service de la convention , arrachait des cris de fureur aux jacobins : évidemment la formation d'une pareille garde bouleversait tous leurs plans. Dans beaucoup de villes de province où le parti girondin dominait , on était fort inquiet sur le sort des députés modérés; les administrateurs leur envoyaient des adresses pour les supplier de tenir bon contre la commune, contre Robespierre et Marat; ils avaient, en outre, fait partir pour Paris afin de les protéger, un certain nombre de gardes nationaux fédérés. Mais les girondins, au lieu de profiter de l'initiative de leurs amis et de constituer par un décret formel cette garde, dont la nécessité était si évidente, se livrent à de vaines déclamations. Grâce à la maladresse de leurs attaques, la personnalité de Robespierre acquiert bien vite une immense importance ; les violents (1) se groupent autour d'elle et attaquent les girondins à leur tour.

Ceux-ci, au lieu de se servir des armes qu'ils ont dans les mains, caressent des projets dangereux et chimériques. Ils ont laissé passer le moment d'annuler des élections^ faites en violation de la loi, mais ils espèrent se débarras—

(1) Sous la constituante, on accusait les nobles de mettre eux-méme^ le feu à leurs châteaux pour calomnier le peuple. Bazire soutint deyanr la convention qu'ils étaient les auteurs des massacres de septembre; m Tentendre, c'étaient « des royalistes, échappés aux visites domici- ^ liaires et incapables de quitter Paris à cause de la fermeture des bar " rières, qui, sous le masque du patriotisme, avaient fomenté tous le germes de troubles , et dans Tespoir du pillage suscité des désordre « affreux. » (5 novembre.)

ser des montagnards les plus fougueux en les soumettant & l'ostracisme des assemblées primaires. Le 9 décembre, Ducos lit des pétitions qui réclament cette épuration ; aussitôt Guadet s'élance à la tribune , plaide éloquemment cette thèse, et la convention vote d'enthousiasme sa proposition. Mais plusieurs députés réfléchissent aux conséquences de ce vote et font partager leurs défiances à la convention. Guadet et ses amis, au lieu de maintenir énergiquement ce décret, cherchent à l'atténuer , hésitent, se rétractent presque; la convention revient sur son vote, et la gironde se trouve avoir subi une grave défaite et démasqué inutile* ment tous ses plans (1).

Néanmoins elle cherche encore à éliminer ses adversaires, en les dénonçant individuellement. Pour faire reconnaître ce droit d'ostracisme, elle s'attaque d'abord à Philippe Égalité. Le 16 décembre, Buzot monte à la tribune :

« Un grand acte de vengeance nationale va bientôt s'accomplir. La justice, trop longtemps effrayante pour le faible, va s'appesantir enfin sur la tête des rois, et consacrer son glaive à la défense de l'égalité ; le trône est renversé, le tyran ne sera bientôt plus, mais, prenez garde I le despotisme vit encore. »

Après ce début digne de Robespierre, il parle longuement des Tarquins, et finit par demander que tous les parents de Louis XYI soient exilés après son supplice : « Vous allez l'immoler à la sûreté publique, vous devez à cette sûreté le bannissement de sa famille (â), » et il insiste pour que la famille d'Orléans soit comprise dans cette proscription, à cause du caractère de son chef, du rôle qu'il a joué au début de la révolution , de son immense fortune, et de son nom I

« Le nom de Bourbon pour les puissances étrangères, jalouses de nous donner on maître afin de s'assurer un allié ; celai d'Égalité, pour le9 Français faciles d toucher, et dont le choix singulier fait nmargyer ajoutant plus son objet qu'il affecte de le cacher. »

n demande donc que Philippe et ses fils « aillent porter aillears que dans la république le malheur d'être nés près

Xi) Cet ostracisme des assemblées primaires sera bientôt réclamé au profit ezelusif des sections parisiennes. (1) Débais et décreUf novembre 1792, p. 278.

338 CONSTITUTION GIVILB DU GLEBGÉ.

du trône ». Louvet et Lanjuinais appuient cette proposition. Lanjuinais déclare en commençant qu*il n*est pas « étonné d'entendre demander la tète du ci-devant roi ; car cette tète, toute déshonorée qu'elle est, peut-être encore un obstacle aux projets des ambitieux ». Puis il lance contre Égalité, et ceux qui s'opposent à son bannissement, les insinuations les plus perfides. Les jacobins, qui ont deviné le but véritable de cette proposition, la combattent énergiquement et ré* pondent que Tostracisme devrait être prononcé contre Roland. Après un tumulte épouvantable, la convention, qui d'à* bord inclinait vers la proposition de Buzot, décrète que tous les Bourbons qui ne sont pas détenus au Temple devront sortir de Paris dans trois jours, de la France, dans huit jours, mais qu'elle décidera dans quarante-huit heures si Philippe ci-devant d'Orléans peut être compris dans ce décret. Eki réalité, la convention n*avait rien décrété, et les girondins, qui n'avaient pu emporter le vote immédiatement, étaient battus. Les jacobins, qui déblatéraient avec fureur contre ce système d'ostracisme, étaient bien décidés à rappliquer le plus tôt possible à leur profit.

On veut; disait Robespierre aux jacobins, nous faire chasser Égalité, afin de pouvoir ensuite renvoyer les vrais patriotes et les vrais amis du peuple. La tactique des girondins avait été immédiatement devinée. Les jacobins organisèrent aussitôt un pétitionnemcnt général et des manifestations con* tre le décret du 16 décembre. A la séance du 19, les girondins faiblissent encore et consentent, par l'organe de Pétion, à ce que ce décret soit ajourné après le jugement du roi. Cette fois encore, leur défaite était complète. Ils avaient seulement réussi par leurs déclamations continuelles à faire des hommes célèbres de Robespierre et de Marat. Au lieu d'obtenir des décrets énergiques, ce qui n'aurait pas été^ difficile, ils avaient cherché maladroitement à ezpnl leurs adversaires, et leur avaient fourni un magnifique suje de récriminations et de représailles.

Le duc d'Orléans n'eut pas à se féliciter davantage du sultat de cette journée. Si les girondins, ses ennemis, avaien réussi à l'envoyer en exil avant le procès du roi , ils lui au raient sauvé et la vie et Thonneur !

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