‹ Histoire de la constitution civile du clergéChapitre 15 sur 40 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LE CLEH6É CONDAMIIÉ A MORT

I I*^ Procès de Louis XVI. — Honteuse défection des principaux giron-

^lîas. — * Votes des ecclésiastiques constitutionnels de la conrention.

i H- I.aes girondins, de concert avec les jacobins, votent l'établissement

^^ tribunal révolutionnaire, du comité de salut public, et d'autres lois

^•'•^ilstes.

' pl- I«es révolutionnaires, sous prétexte d'appliquer la nouvelle loi sur

'^t^t civil, veulent empêcher le clergé constitutionnel de rédiger des

^t«« et de publier des bans. -^ Us veulent surtout l'obliger à marier les

^"^Orcés et les prêtres. — Quelques évéques leur cèdent, d'autres font

^^*^ mandements en faveur de l'ancienne discipline. ^ Le conseil exé-

2^^^, par sa cauteleuse proclamation du 22 janvier 1793, impose à

2^^tise eonstitutionnelie les exigences des révolutionnaires. — Les

^^^^ues intrus hostiles au mariage des prêtres sont tourmentés par la

I 5^^>tntion. — A Paris, un prêtre marié s'impose à sa paroisse «

• Le gouvernement républicain cherche à envahir les États du pape. "^ ^ suscite des troubles à Rome. — Lettre insolente de Roland au P^X^«. — Mort de Basseviile. — La loi du 18 mars condamne à mort ^^ prêtres rentrés en France. — Celle du 23 avril déporte tous les '^^^tres non compris dans la loi du 26 août qui n'ont pas prêté le serla.^^* de liberté et d'égalité, et déclare déportables sur dénonciation

— qui l'ont prêté. — Peine de mort contre les récalcitrants. — Ainsi ^^'^t prêtre exerçant le culte en France est condamné à mort. — Consé- ^^«nces horribles de cette proscription. — Tortures affreuses endurées ^^^ les prêtres entassés dans des vaisseaux. — Ils meurent pour la

^ ï^epuifl la réunion de la convention jusqu'au procès de r|*^^îs XVI» les girondins, malgré leur impéritie, dominent la I ^ï^venlion, et par elle sont les maîtres de la France. Après

^ ^ortde Louis XVI, le pouvoir leur échappe. On peut dire ^^e le 21 janvier a tué la gironde, car il a é'carté d'elle tous

^Vix dont elle devait rechercher l'appui sans la réconcilier ?^^c les terroristes. Le procès de Louis XVI mit en pleine

^ïtiîère l'imprévoyance et l'incapacité des girondins; les

3i0 CONSTITUTION CHTILB DU CLERGÉ.

honnêtes gens, indignés, ne virent plus en eux que des ambitieux déçus, associés aux chefs des terroristes par une horrible solidarité.

Louis XVI ne fut mis en jugement que deux mois après la réunion de la convention. Partout à rassemblée, à la commune, dans les sections, dans les clubs, on parlait de son procès. Dans toutes les discussions, les démagogues concluaient au supplice de Louis XYI, et le réclamaient comme un remède infaillible à toutes les souffrances de la population. Les assignats sont dépréciés? La mort de Louis XYI les fera remonter ! Il n*y a plus de commerce? Aussitôt après la mort de Louis XYI, les marchands feront des affaires d'or! On souffre de la disette? La mort de Louis XYI ramènera Tabondancel On pille les grains, les pajrsans s'attroupent par milliers? Tout rentrera dans Tordre, si Ton verse le sang royal! A Paris, beaucoup de badauds et; de bourgeois naïfs finissaient par croire à ces absurdités et, tout en convenant que c'était une dure extrémité, disaient que, puisqu'il n'y avait pas d'autre moyen de calmer les esprits, il fallait sacrifier Louis XYI à la rage de ses ennemis, et à Ta prospérité du pays. Après le 21 janvier, tout ira encore plus mal, les jacobins attribueront la misère publique aux girondins qui leur résistent, comme ils l'ont attribuée à Louis XYI, et les mêmes bourgeois laisseront, toujours à regret, proscrire les girondins, dans l'espérance, toujours déçue, de l'apaisement des esprits et de la reprise des affaires I

Par la persécution religieuse qu'elle avait prônée et imposée au pays de concert avec la montagne, la gironde ^ avait profondément divisé les éléments conservateurs. Par -: sa conduite dans le procès du roi, elle devait se les alié — ner atout jamais. Elle crut en sacrifiant Louis XYI évitera une lutte terrible , et qui pouvait lui être fatale ; elle ne^ réussit qu'à se retirer de nombreuses chances de succès,^ sans apaiser le moins du monde la haine de ses ennemis.-» • Elle avait commencé par défendre le roi, elle le sacrifia pai calcul, et aussi par lâcheté et défaut de sens moral. NN sant jamais faire son devoir ouvertement, courageusementjK-^ elle essaya dans le procès de Louis XYI, comme toujourSc^ ^ d'arriver à son but par des voies détournées, mais elle s'j^ prit maladroitement, et ses calculs furent constamment dé-^

us CLERGÉ CONDAMNÉ A MORT. 341

joiaés. Les girondins, pour sauver Louis XYI et pour se sauver eox-mômes, car ils se sentaient dans un grand danger, n *a.yaient qu'à faire preuve contre les jacobins et la commune d'msDe énergie semblable à celle qu'ils avaient si tristement encEployée à faire adopter les lois de proscription contre e^ vz qui ne voulaient pas prêter un serment schismatique. ICjELlheureusement, ils rencontrèrent plus d'obstacles à défendre la justice qu'ils n'en avaient jadis trouvé à la violer, e^ dans ce r61e trop nouveau pour eux, ils devaient montr^er bien peu de fermeté et de constance.

le 6 novembre, Valazé, au nom de la commission des ^ûagtpquaire, et Mailhe, au nom du comité de législation, tous deux membres de la gironde, présentèrent les rapports (lui devaient servir de base au procès du roi. Le rapport de Vailué est violent et déclamatoire , celui de Mailhe est éminemment sophistique. H cherche à établir que Louis XVI P^nt ôtrejngé par la convention, ce que les modérés niaient formellement en invoquant la constitution de 179i . En effet, I& seule peine prononcée par cette constitution (chapitre II, *^<^on 1 , art. 6, 7 et 8) contre le roi dans le cas où il aurait '^t ce qu'on imputait à Louis XYI, était la déchéance. Or, ^^ le supposant coupable, la seule peine possible, la dé- ^^nee, lui avait été déjà appliquée. Le texte seul de * ^tîcle 8, qui déclare que le roi déchu ne pourra être jugé 9^e pour les actes postérieurs à son abdication, ôte toute ^^leur aux excuses que certaines personnes présentent en •^Veur des régicides. Le système de ces derniers a été développé par Mailhe dans son rapport, par Robespierre, ^int-Just, l'abbé Grégoire. Le peuple, ont-ils dit, est souve- ^*ti, la nation ne peut être liée par l'inviolabilité royale, con- ^y tutionnelle. La déchéance importe peu, car la constitution ^ ^té renversée et la prérogative royale a ainsi disparu. La ^Oixyention étant la représentation de la république fran- ^^se, n'a pas besoin des formes de la justice. Il suffit ^ ^^oser un pareil système I

A. la séance du 29 novembre, le girondin Faure porte l^^xir la première fois à la tribune l'idée de l'appel au peu- ^^^ . Les girondins pour la plupart ne voulaient pas que ^Viis XVI fût mis en jugement, mais simplement banni mesure de sûreté générale. Les jacobins ne voulaient

pas non plus de jugement, mais, pour un motif tout opposé. Louis XYI, suivant eux, devait être mis à mort sans qu*Q fût besoin de lui faire un procès en règle. Les girondins adoptèrent une opinion mitoyenne, et laissèrent entamer le procès, croyant qu'ils ménageraient ainsi les révolutionnaires avancés, et que, d'ailleurs, ils pourraient toujours sauver la vie de Louis XVI, lorsqu'elle serait sérieusement menacée. La gironde commit donc une grave erreur dès le début ; il fallait alors faire voter par la convention qu'il serait décidé sur le sort de Louis XVI par mesure de sûreté générale, et, ce premier point une fois décidé, elle aurait obtenu le bannissement à une très forte majorité ; les montagnards les plus furieux auraient seuls voté pour la mort sans procès, et le temps leur aurait manqué pour organiser des manifestations et terroriser les députés faibles et hésitants.

Le procès une fois engagé, la gironde ne manqua point de commettre de nouvelles maladresses , que d'éloquents discours ne pouvaient réparer. Les chefs avaient réclamé l'appel au peuple : c'était, en e£ret,le plus sûr moyen de rassurer les poltrons de la convention et de sauver la tète de Louis ; la montagne le sentait bien , aussi voulait-elle que d'abord la convention prononçât sur la question de culpabilité, puis sur la peine et, en dernier lieu, sur Tappel au peuple. Le girondin Fonfrède décida son parti à accepter que le vote eût lieu d'abord sur la culpabilité, puis sur l'appel, puis sur la peine. Cette prétendue transaction était complètement à l'avantage des jacobins, car la culpabilité une fois prononcée, tous ceux qui voteraient pour l'appel au peuple devaient être accusés de vouloir par ce moyen arracher un coupable à un juste ch&timent. Les chefs de la gironde auraient dû prévoir l'influence que cette accusation exercerait sur certains députés.

L'appel au peuple fut rejeté par 484 voix contre 283. Les girondins ne surent pas s'entendre ; plusieurs, qui devaient tenir bon jusqu'au bout et ne pas voter la mort , votèrent contre l'appel au peuple : les chefs du parti votèrent presque tous pour l'appel et manquèrent de cœur au dernier moment. Après avoir fait un admirable discours pour Louis XVI, Vergniaud, appelé l'un des premiers à voter, eut l'indigne l&cheté de prononcer un arrêt de mort que sa

conscience réprouvait : quelle funeste impression ce vote dut produire sur ces nombreux députés qui se croyaient à la veille de nouveaux massacres, et au fond désiraient vivement rencontrer un prétexte, un exemple qui pût les autoriser à ne prendre conseil que de leur poltronnerie 1

Sur m votants, 286 votèrent pour la détention ou le bannissement, 2 pour les fers, 46 pour la mort avec sursis, 26 pour la mort avec Tamendement de Mailhe (1), mais en déclarant leur vote indépendant de cette demande, et 361, c*est-à-dire la majorité pure et simple, pour la mort (2). Vergniaud et Guadet votèrent la mort avec un simple vœu pour un sursis. Brissot, Louvet votèrent la mort avec sursis; Gensonné, Barbaroux, Pétion, Lasource, Isnard, Buzot votèrent pour la mort sans restriction. Les chefs de la gironde eurent la honte de voir des hommes comme Gorsas et Blanuel montrer plus de courage qu'eux, et voter pour le bannissement.

Un sursis fut demandé par les modérés. C'était une manière indirecte de revenir sur la condamnation. Les girondins, après tant de défaites, dues à leur manque de discipline, ne surent pas encore se concerter. Brissot et Buzot rachetèrent un peu leur faiblesse en faisant de généreux efforts pour obtenir un sursis, mais Barbaroux combattit la motion de ses amis. Elle fut rejetée par 381 voix contre 310.

En sacrifiant Louis XYI, les girondins avaient cru se sauver. Leur crime prolongea seulement leur agonie du 21 janvier au 31 mai, et ne les empêcha pas de succomber, après avoir tout perdu, mais non pas « fors l'honneur ». Résister jusqu'au bout dans le procès de Louis XYI était pour eux le parti le plus honnête et le plus habile à la fois ; ils n'osèrent point le suivre. Ils voulaient sauver Louis XYI; ils étaient persuadés que son supplice était une monstrueuse iniquité et entraînerait d'effroyables malheurs; les discours

(i) C*est-à-dire en émettant le vœu qu'un sursis fût accordé au condamné, mais un tel TOte comptait pour la mort, à la différence de celui qui était donné avec la condition d'un sursis.

(2) Sur ces 361 Totants , il y avait cinq commissaires aux armées qui n'étaient arrivés que le 17 et qui, absents depuis un mois, n'avaient pas assisté aux débats!

344 CONSTITUTION CITILB DU GLBBAÉ.

qu*ils prononcèrent pour lui sont restés leur principal titn de gloire aux yeux de la postérité ; au moment suprême, ilt ont faibli , et après avoir prouvé que le prétendu jugemeQ réclamé par les jacobins n'était pas autre chose qu*un as sassinat, ils se joignirent aux assassins. Le crime du Si jan vier n'aurait jamais pu être commis sans leur pusillanimii et leurs faux calculs. Cette défection creusa un abîme enir eux et les modérés de toute nuance sans les réconcilier ave leurs ennemis. Us avaient au commencement essayé ouTei tement de sauver le roi ; les jacobins s'en souvenaient tro] pour tenir aucun compte de ce vote donné au dernier me ment. Encore s'ils avaient couru réellement à leur perte ei votant pour le roi, on pourrait les excuser. Il est beau d se dévouer, de mourir plutôt que de prononcer un arrêt d mort qu'on croit inique, mais il est difficile d'exiger d'ui grand nombre d'hommes un pareil héroïsme. Les girondin n'eurent pas le bon sens de comprendre que, si Louis XI! mourait sur l'échafaud, personne ne pourrait être épargna

Seize évêques et vingt-sept prêtres constitutionnels ta saient alors partie de la convention. Leurs votes sont inté ressants à connaître :

Un évêque, Grégoire, et un prêtre, Simond, étaient aloi absents par commission. Quatre évêques et vingt prêtres y< tèrent la mort sans condition formelle (1). Le reste s déclara pour la détention ou le bannissement. Louis XVI fi donc condamné à mort par la majorité du clergé constitu tionnel de la convention.

Lindet, évêque intrus et marié de l'Eure, Massieu, intru de l'Oise, Gay Vernon et Huguet, de la Haute-Vienne ( de la Creuse, votèrent la mort sans condition. Il faut dir pourtant que Huguet émit le vœu de Mailhe et qu'il avai précédemment voté pour l'appel au peuple. Ces quati évêques régicides devaient bientôt apostasier.

Huit autres évêques intrus, Thibaut, du Cantal, Fauchel du Calvados, Séguin, duDoubs, Marbos, de la Drôme, Case neuve, des Hautes-Alpes, Lalande, de la Meurthe, Sanado des Basses-Pyrénées, Saurine, des Landes, votèrent Tappi au peuple, la réclusion ou le bannissement, et le sursii

(1) Deux prêtres ajoutèrent à leur vote la proposition de Mailhe.

Wandelainconrt, intrus de la Haute-Marne, refusa d*abord de se prononcer sur Tappel au peuple, en invoquant, fort mal à propos, son caractère épiscopal qui ne lui permettait pas d*être juge en matière criminelle. Il vota ensuite le bannissement et le sursis. Royer, intrus de TAin» et Villars, de la Mayenne, votèrent contre Tappel au peuple, mais pour la détention et le sursis.

Voici maintenant les votes des prêtres : Ichon, ancien oratorien, député du Gers, vota contre Tappel au peuple et le sursis et pour la mort, ainsi que Ysabeau, ancien curé de Saint-Martin de Tours, député dlndre-et-Loire, Yillers, prêtre, et Fouché, ez-oratôrien, tous deux de la Loire-Inférieure, Monnel, curé , Roux, vicaire épiscopal de la Haute- Marne, Laplanche^ ex -bénédictin, vicaire épiscopal de la Nièvre, Poultier, ex-génovéfain, du Nord, Coupé, curé de Sermaise, de TOise, Duquesnoy, ancien moine du Pas-de- Calais, Gibergues, prêtre, Monestier, curé à Clermont, tous deux du Puy-de-Dôme, Sieyès, ancien vicaire général, de la Sarthe, Bassal, curé à Versailles, de Seine-etrOise, Musset, curé, de la Vendée, Lakanal, vicaire épiscopal de TAriège, Ghasles, chanoine d'Eure-et-Loir, Chabot, excapucin, vicaire épiscopal de Loir-et-Cher.

Audrein, vicaire épiscopal du Morbihan , vota Tappel au peuple et le sursis, mais la mort comme Maiihe.

Paganel, curé de Noaillac, député de Lot-et-Garonne, vota contre Tappel, pour la mort comme Maiihe, mais pour le sursis.

Plat Beauprey, prêtre député de TOme, vota Tappel au peuple, et la mort avec le sursis comme condition ; son vote ne fut donc point compté pour la mort. Il vota aussi le sursis lorsqu'il fut Tobjet d'une discussion spéciale.

Golaud de la Salcette, chanoine de Die,député de la Drôme, etBailly, de Juilly, ex-oratorien de Seine-et-Marne, votèrent rappel au peuple, la réclusion et le sursis. Ruault, curé dTvetot, de la Seine-Inférieure, Daunou, vicaire épiscopal du Pas-de-Calais, Moltedo, vicaire épiscopal delà Corse, votèrent contre l'appel au peuple, mais pour la réclusion et le sursis ; sauf le dernier qui tomba malade et ne put voter sur le sursis.

Les deux commissaires Grégoire et Simond envoyèrent

à la convention la lettre suivante datée de Ghambéry^ 14 jaiivier 1793 :

u Nous apprenons par les papiers publics que la convention doit prononcer demain sur Louis Gapet. Privés de prendre part à ces délibérations, mais instruits par une lecture réfléchie des pièces imprimées et parla connaissance que chacun de nous avait acqoise depuis longtemps des trahisons non interrompues de ce roi parjure, nous croyons que c'est un devoir pour tous les députés d'annoncer leur opinion publiquement, et que ce serait une lâcheté de profiter de notre éloignement pour nous soustraire à cette obligation. Nous déclarons donc que notre vœu est pour la condamna^ tion de Louis Gapet par la convention , sans appel au peuple, Noos proférons ce vœu dans la plus intime conviction» à cette distanee des agitations où la vérité se montre sans mélange, et dans la voisinage du tyran piémontais. »

Tout le monde interpréta cette lettre comme une approbation du supplice de Louis XVI , et Orégoire , lorsqu'il re« vint à la convention, jouit de tous les bénéfices du régicide. Mais plus tard, lorsque la terreur fut finie et la modération ft Tordre du jour, Grégoire, qui travaillait activement à relever réglise constitutionnelle, eut de nombreuses occasions de constater que sa qualité d*évêque régicide lui nuisait beaucoup auprès des populations qu'il essayait de rallier à son église. Alors il soutint effrontément qu'il n'avait jamais réclamé la mort de Louis XVI, et pour le prouver il osa invoquer le texte de sa lettre, où il demandait simplement la condamnation sans parler de la peine ; il invoqua aussi son discours du 1 5 novembre, dans lequel il avait dit de Louis XVI a qu'il soit jugé et puni : quant à moi, je réprouve la peine de mort, je demande donc que Louis soit condamné au supplice de vivre, qu'il soit abandonné à son repentir ». Ainsi sa lettre aurait dû être entendue comme demandant la condamnation à rexistence/

Il est inutile de faire ressortir l'absurdité et l'impudence de cette apologie. En janvier 1793, lorsqu'un député repoussait l'appel au peuple, et demandait la condamnation, sans ajouter à la réclusion ou à l'exil, tout le monde comprenait qu'il s'agissait de la mort, et Grégoire comptait bien alors être ainsi compris. Il suffit de constater l'intérêt évident qu'il eut plus tard , et comme homme politique et comme pontife directeur de l'église constitutionnelle, à ne

plus dire considéré comme un régicide. Cette audacieuse escobarderie est un des traits les plus curieux de ce singulier personnage, à la fois violent, et cauteleux, janséniste et réyolutionnaire , et surtout intrigant au suprême degré.

Louis XVI meurt comme un martyr, en pardonnant à ses lâches insulteurs et à ses bourreaux. Des révolutionnaires animés d'une haine horrible contre la royauté et la religion ont été contraints de s'incliner devant la dignité et la su« blime douceur du royal supplicié :

(c Je pardonne à mes ennemis. » Tous les tambours de Saiiterre (a dit Edgar Quinet} n'ont pa étouffer ces paroles ni les empêcher de retentir dans la postérité. Louis XVI seul a parlé de pardon du haut de cet échafaud, où tous les autres devaient apporter des pensées de vengeance et de regrets. Par là, il semble régner encore sur ceux qui vont le suivre dans la mort avec les passions et les fa< renrs de la terre. Lui seul parait en être détaché, déjà posséder le ciel, quand les antres se disputent jusque sous le couteau, des lambeaux de partis déchirés.

« Sanson eut beau montrer au peuple la tôte de Louis XVI, la tourner à tous les bouts de rhorizon, il n'avait décapité qu'un honmie, non un système I Et, à qui devait profiter ce spectacle? La monarchie y perdit moins que la république !... m

On ne peut porter la moindre atteinte à la gloire de Louis XVI, en déniant à Edgar Quinet le droit de soutenir qu'il tut seul à pardonner sur Téchafaud. A-tK)n besoin de rappeler que, chez lui, le pardon suprême était un acte de vertu bien plus admirable que chez tout autre?

Le 25 décembre précédent, Louis XVI déclarait dans son testament après sa profession de foi catholique :

« Ne pouvant me servir du ministère d'un prêtre catholique, je prie Dieu de recevoir la confession que je lui ai faite et surtout du repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom (quoique cela fût contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Église catholique, à laquelle je suis toujours sincèrement resté uni de cœur. »

Son acceptation de la constitution civile avait toujours pesé sur sa conscience. Il s'était laissé induire en erreur

par d'imprévoyants conseillers ; mais les événements prouvèrent bien vite qu'il aurait mieux fait de s'en rapporter à son propre jugement, et depuis ce moment , il lutta héroïquement en faveur de la liberté religieuse, sans espoir, sans aucune autre consolation que celle du devoir accompli.

Après la mort de Louis XVI , la lutte entre les girondins et les jacobins devient encore plus violente. Le 21 janvier même, en récompense de sa l&cheté, la gironde subit les injures de la montagne à l'occasion de la mort de Lepelletier, et Pétion lui-même, qui était quelques mois auparavant l'idole de la convention, est insulté et bafoué. Le ministre girondin par excellence, Roland, donne sa démission, croyant bien qu'elle va être refusée : la convention l'accepte. La gironde dispose de la majorité et, cependant, elle se laisse bientôt expulser, par un escamotage indigne, du comité de sûreté générale (1). Elle consent encore à ce que la procédure contre les septembriseurs soit suspendue et le 14 février, elle vote avec les jacobins, sur la proposition de Thuriot et de Duhem, une prime de cent livres à quiconque fera arrêter un émigré ou un prêtre déporté rentré , et autorise ses commissaires dans les départements à suspendre les fonctionnaires qui n'exécutent pas assez strictement les lois contre les émigrés et les prêtres. Elle laisse (5 et 7 mars) renvoyer de Paris les fédérés qui seuls pouvaient la protéger contre les violences de la rue. Le 9 mars, les révolutionnaires du club des cordeliers organisent une émeute autour de la convention et finissent par l'envahir. Danton et Carrier en profitent pour lui faire voter l'établissement du tribunal révolutionnaire. Parce qu'un heureux coup de main du ministre de la guerre Beurnonville a dégagé l'assemblée, les girondins paraissent croire qu'il n'y a plus d'émeute à redouter. Au lieu de profiter de la leçon et de faire revenir la convention sur le fatal décret qui lui a été extorqué, ils discutent sérieusement la constitution du tribunal révolution-

(i) Il aTait été décidé, le 21 janyier an matin, qne le comité de sûreté générale, où la gironde dominait, serait renonTelé le lendemain. Mais à la séance du soir, les jacobins Toyant très peu de monde à droite, inTOqnèrent le salut public et exigèrent, malgré le décret, le renouTeUement immédiat du comité. 294 membres seulement sur 749 prirent part au ▼ote. La Uste de la montagne passa natureUement tout entière.

naire, et quelques-uns d'entre eux attachent leurs noms à des dispositions odieuses. Ils acceptent parfaitement le décret du 21 mars qui établit un comité de surveillance de douze membres dans chacune des 36,000 communes de France. On sait quelle tyrannie épouvantable fut exercée par ces comités , connus dans l'histoire sous le nom de comités révolutionnaires. Les girondins ne soupçonnèrent point le danger d'une pareille mesure et le parti que les jacobins allaient en tirer contre leurs amis. Us s'associèrent aussi aux lois draconiennes qui furent rendues alors contre les Vendéens et les émigrés. Par la loi du 28 mars, tout citoyen, qui pouvait être soupçonné d'avoir depuis quatre ans passé un seul jour au delà des frontières,était tenu de se munir d'un certificat de résidence. S'il avait habité môme momentanément plusieurs communes différentes, il lui fallait un certificat de chacune d'elles. Tout Français actuellement présent devait justifier aussi d'une résidence sans interruption depuis le 9 mai 1792. Les certificats étaient délivrés par les conseils municipaux, mais les comités de surveillance usurpèrent bientôt cette attribution. L'omission d'une seule de ces formalités ou la malveillance d'un conseil municipal ou d'un comité de surveillance pouvait faire inscrire un homme qui n'avait jamais quitté la France sur la liste des émigrés, et le rendre passible de la peine de mort sur la simple constatation de son identité (1)1

Il fallait, dans une foule de circonstances de la vie, justifier d*un certificat de civisme ou d'une carte civique , délivrés suivant le bon plaisir des autorités.

La loi du 28 mars eut aussi un caractère fiscal très prononcé : les biens des émigrés étaient confisqués, leurs successions échues ou à échoir pendant cinquante ans acquises à la république (2).

(i] L^emigré arrêté sur le territoire français n'était traduit devant le tribunal criminel que pour la forme. L'accusateur public faisait, par deux témoins d'un civisme certifié , du domicile de Témigré ou des environs, eonstater qu'il était bien la personne portée sur la liste des émigrés ; et Faccusé était mis à mort dans les vingt-quatre heures sans qu'il pût y avoir lieu à aucun sursis, recours ou demande en cassation. Les parents ou amis des émigrés étaient réputés complices et punis des mêmes peines pour leur avoir simplement envoyé des secours pécuniaires (art.54).

(2) L'émigré était mort civilement; ses biens présents et à venir con-

Deux jours auparavant, le 26 mars, la convention avait ordonné le désarmement de tous les ci-devant nobles , cidevant seigneurs, prêtres non constitutionnels, leurs agents, leurs domestiques. L*article 2 avait, en outre, investi les conseils des communes, les directoires, à leur défaut, du droit de désarmer « les autres personnes reconnues suspectes ». C'est là le commencement de cette terrible législation des suspects. On ne s'attendait pas à trouver beaucoup d'armes cbez les personnes désignées par cette loi, mais le but de la convention était de répandre la terreur chez les modérés de toute catégorie , par de fréquentes visites domiciliaires. Les villes étaient déjà terrorisées; dans les plus petites communes, à partir de cette loi, les citoyens furent exposés avoir envahir leur domicile sous les prétextes les plus futiles.

La loi du 29 mars ordonnait que dans toute maison les noms, prénoms, âge, profession de tous les habitants seraient affichés à la porte.

On voit que les girondins ne manquaient point « d'énergie révolutionnaire » et qu'ils cherchaient bien plus à se concilier les terroristes qu'à se ménager l'appui des modérés, et, cependant, cet appui leur était indispensable.

Toutes ces fautes, et bien d'autres encore, étaient déjà commises lorsque la tentative avortée de Dumouries contre le gouvernement issu du 10 août mit la France en émoi. Danton avait été commissaire auprès de l'armée de Belgique, les girondins s'empressèrent de le dénoncer comme complice de Dumouriez. Mais ils n'avaient aucune preuve contre lui, et cette imprudente accusation ne servit qu'à Texaspérer et. aussi à resserrer les liens qui l'unissaient à Robespierre. Ils eurent encore la maladresse de faire votOT un décret qui détruisait l'inviolabilité des députés; leurs adversaires devaient, quelques semaines plus tard, le retour-

fisqués. L'article 3 confisque toutes les successions en ligne directe ott collatérale qui écherronc aux émigrés « pendant cinquante années à compter du jour de la promidgation du présent décret, sans que pendant ledit temps les cohéritiers puissent opposer la mort natureUe des émigrés ». Celui dont la mort est authentiquement prouvée héritera pendant cinquante ans au profit du fisc! C'était un toI manifeste au détriment dea co-héritiers qui n'avaient point émigré. En outre, la république surveillait les successions futures. Les parents des émigrés ne pouvaient ni vendre, ni hypothéquer leurs biens au préjudice de ses droits I

LE CLERGÉ GONDAMNâ A MORT. 351

ner contre eux. Us ne surent que menacer imprudemment les jacobins, et les fortifier dans leur résolution de proscrire les modérés de la convention.

Un duel à mort étaiè donc engagé entre la gironde et la minorité montagnarde. Cette dernière était plus unie que jamais, elle s'appuyait sur la commune, sur le club des jacobins, sur les bandits de toute espèce que le désordre avait attirés et retenus à Paris ; elle savait ce qu'elle voulait faire et était bien décidée à ne reculer devant au- . cun crime. La fameuse devise de Danton : « De Taudace, de l'audace, et toujours de l'audace», était bien celle des jacobins, mais ils connaissaient leur faiblesse numérique et savaient qu'ils ne pourraient jamais en venir à leurs fins, si le pays n'était pas complètement désorganisé, terrifié, et si, par une série habilement calculée d'escamotages et d'usurpations, tous les pouvoirs ne passaient pas dans leurs mains.

Les girondins venaient de dénoncer sans preuves Danton et Lacroix, comme complices de Dumouriez. Robespierrci dans la séance du 3 avril, lança la môme accusation contre le comité de défense générale, où dominait l'élément girondin, et demanda la mise en accusation de Brissot, qui était considéré comme le chef du parti. II est fort probable qu'il ne comptait pas réussir en ce qui concernait Brissot, mais il lui importait de préparer les esprits, par de continuelles dénonciations contre les girondins , au coup d'État <]u'il méditait. Il remporta du moins, contre le comité, un succès complet et assez inattendu, car au lieu de se défendre, ce comité courut au-devant des mesures que ses ennemis réclamaient, et demanda à la convention, par l'organe disnard, de lui substituer un comité d'exécution, composé de neuf membres et chargé de remplir les fonctions attri-> buées jusqu'alors au conseil exécutif. Telle est l'origine du fameux comité de salut public. Cette proposition, applau-» die par Bfarat, souleva de vives protestations, et ne fut pas adoptée immédiatement; mais les jacobins ne se découragèrent pas pour si peu. Us voulaient, pendant que l'armée se battait aux frontières, en créer une autre, qui fût absolument à eux. Danton demanda, le 5 avril, qu'il tù% établi dans chaque grande ville une armée révolutionnaire

aux frais des riches. Ainsi la populace allait être année et payée pour ne rien faire, si ne n'est exécuter les décrets de proscription lancés par ses meneurs. Les girondins votèrent cette proposition : après avoir renvoyé leurs partisans, ils armaient leurs ennemis !

Le 5 avril, Danton déclara, comme il Tavait déjà fait la veille des massacres de septembre, qu'il fallait accélérer la justice révolutionnaire à cause du grand nombre des coupables; la convention décida, sur sa demande, que Taccusateur public pourrait désormais, sans décret préalable de la convention, traduire un citoyen au tribunal révolutionnaire appelé, alors, tribunal extraordinaire. Le règne sanglant de Fouquier-Tinville commença donc dès le 5 avril 1793.

La gironde avait encore une grande faute à commettre, elle combla les espérances les plus ambitieuses de ses ennemis en faiblissant sur la question du comité de salut public. L*un de ses chefs, Isnard, fit voter^ le 6, un projet de décret instituant un comité de salut public de neuf membres, ayant des fonds à sa disposition, et investi des pouvoirs les plus exorbitants. Placé au-dessus des ministres, ce comité avait le droit de susprendre leurs arrêtés, « de prendre dans des circonstances urgentes des mesures de sûreté générale extérieure et intérieure », qui seraient exécutées provisoire-

(1) Le 2 avril, Albitte avait demandé en ces termes la suppression de la commission de six députés près le tribunal révolutionnaire et du décret préalable de la convention : u S*il s'agissait de juger des faux monnayeurs, je consentirais à ce que Ton suivit toutes les formes, mais quand il s'agit de punir des conspirateurs, il n'y a plus de formes à suivre. » Au lieu de s'indigner, la gironde consentit à la suppression de la commission des six députés. Trois jours après, Danton réclamait encore la suppression du décret préalable. Ainsi les deux garanties qu'elle avait instituées à côté du tribunal révolutionnaire allaient disparaître! Barbaroux eut du moins le courage de s'opposer à cette suppression. Danton, joignant, suivant son habitude, l'hypocrisie à la scélératesse, s'écria : « Vous voulez sans doute que le peuple ait enfin justice. Vous voulez sans doute prévenir dans leurs effets destructeurs les vengeances populaires. » En effet, il est infâme d'organiser régulièrement le massacre avec quelques simagrées judiciaires, sous prétexte d'empêcher le peuple de massacrer ; mais vraiment les expressions manquent pour exprimer l'horreur et le mépris que l'on ressent, en voyant cet aifrenx système, prôné par Danton, l'organisateur des massacres de septembre, qui affecte d'en redouter le renouvellement et pour l'éviter propose une série d'assassinats judiciaires I

ment II pouvait lancer des mandats d*amcner ou d'arrêt contre les agents d'exécution, sans en rendre compte à la coiiTeation. C'était une dictature véritable.

Chaque séance de la convention était donc marquée par uoe nouvelle faute des girondins, par l'adoption de quelque décret révolutionnaire destiné à les écraser. Grâce à eux, le régime de la Terreur était organisé en avril 1793. Les jacobins, de concert avec la commune, s'efforçaient par des dénonciations continuelles de familiariser les peureux de la convention et la population parisienne avec l'idée de proscrire les principaux girondins. Tous les jours, ils adressent à la convention des sommations de plus en plus menaçantes. Le 8 avril, de soi-disant délégués de la section ^uconseil vinrent lui demander, dans le plus insolent langage, la mise en jugement des principaux girondins : la convention « devait les dépouiller d'une inviolabilité deve- >^ueliberticide », et appeler le glaive de la loi sur la tête de <^s inviolables. Elle eut la bassesse d'accorder à ces pétitionnaires les honneurs de la séance! Le 10, Robespierre, « son tour, réclame la proscription de ses rivaux du haut ^^ la tribune. Le 15 , de soi-disant commissaires apportent encore une pétition demandant l'expulsion de vingt-deux Rirondins. Ceux-ci, le 20 avril, la font déclarer calomnieuse, '^^is leur situation n'en fut aucunement améliorée : la po- ^^lation de Paris faiblissait de plus en plus devant les terro- ^tes, et déjà la convention était moralement investie.

^ous avons dû indiquer le plus rapidement possible les

5*^&rès du régime révolutionnaire avant et après le 21 jan-

I ^^t*^ pour donner au lecteur une idée du milieu dans lequel

* ^ prêtres catholiques ou constitutionnels et leurs fidèles

^îent obligés de vivre. Il importait aussi de montrer que

^^ ardents persécuteurs de la législative ont été aussi des

Politiques ineptes, qu'ils ont précipité la France dans l'a-

^^tie, et mérité ainsi la réprobation des esprits les plus in-

^^ttérents à la liberté religieuse.

T. ui. 23

m CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ.

Après le crime du 21 janvier, les catholiques sont encore plus violemment opprimés à Paris et en province ; girondins et jacobins font trêve pour persécuter, et travaillent avec un touchant accord à emprisonner et déporter tous les prêtres catholiques. Mais le caraclëre antichrétien de la révolution se dégage tous les jours davantage. Uéglise constitutionnelle est assez mal traitée ; autant la révolution, pendant les premières années, a mis d'affectation à ne paa effaroucher les fidèles, à ne pas déranger leurs habitudes par des innovations, autant elle est pressée maintenant de rompre avec les anciens usages et de tout bouleverser. Elle ne veut pas encore détruire l'église constitutionnelle, mais elle entend Ih perfectionner dans le sens de Danton. Elle lui impose tous les jours des exigences nouvelles, la loi du divorce et le mariage des prêtres amènent de nombreux conflits, et le clergé constitutionnel , malgré l'humilité de son attitude, en sort toujours amoindri.

L'assemblée législative avait, par la loi du SO septembre 1792, sécularisé complètement les actes de l'état civil. Il était impossible au clergé constitutionnel de s'inuniscer dans leur confection, quand bien même il en aurait eu la ferme volontés Dans la société française moderne, il est acquis maintenant que le mariage religieux est parfaitement distinct et indépendant du mariage civil. La loi n'impose nullement la bénédiction nuptiale à celui qui vient de se marier à la mairie; Car elle n'est qu'un acte purement religieux et surérogatoire au point de vue civil : mais, comme cette bénédiction ne modifie en rien la situation légale des époux, la loi no s'en mêle nullement. L'Église rédige donc son acte pour elle, fait des publications pour elle, a des exigences canoniques, uniquement obligatoires pour ceux (|ui veulent le mariage religieux. Aussi les libéraux actuels paraissent-ils croire de très bonne foi que la loi du 20 septembre 1792 a produit ce résultat dès l'origine. 11 n'en est rien pourtant. Les auteurs de cette loi et ceux qui l'ont appliquée les premiers ont entendu faire plus qu'enlever les actes de l'état civil au clergé constitutionnel. Ils ont voulu que le prêtre, dans son église, fût privé du droit de faire Certains actes religieux qui ne préjudicicnt nullement à l'exécution pleine et entière de la loi civile. Ils ont voulu

LE CLERGÉ CONDAMNé A MORT. 355

empêcher l'Église d'avoir sa législation canonique, d'être une véritable société religieuse.

Le divorce venait d'être établi en France. Les constitutionnels, pour la plupart, ne voulaient pas admettre un époux divorcé à contracter un second mariage. Les révolutionnaires voulurent imposer le divorce à leur église et lui en faire accepter et consacrer les conséquences, parce que, suivant eux, il n'y avait point de mariage religieux.

Partout les directoires et les municipalités prétendaient obliger les curés constitutionnels à ne plus tenir aucun registre des sacrements, à ne plus publier de bans, et à ne considérer le mariage à l'église que comme une simple formalité. Les curés demandèrent aux évêques constitutionnels de leur tracer une ligne de conduite, et ceux-ci leur ^pondirent par des lettres pastorales. Quelques intrus cédèrent complètement aux exigences des révolutionnaires ; d^autres leur résistèrent, et eurent le courage de prohiber *® divorce et le mariage des prêtres. Us ordonnèrent en ^^An^e temps aux curés de tenir des registres des sacrements. ^ y en eut qui faiblirent sur certains points, et tinrent bon s^xr certains autres. Il serait bien trop long de rendre ^^oxnpte de tous ces mandements, nous donnerons seule* ''^^ut de courts extraits des lettres de trois évêques, qui peuvent être regardés chacun comme représentant l'un de trois groupes d'intrus.

lettre de Massieu, évêque constitutionnel de l'Oiseï futur apostat, caractérise très bien ^attitude de ces ][^trxis, qui étaient décidés d'avance à sacrifier tout reste de ^tianisnle aux exigences révolutionnaires. Dans ce man- *ïàent du 26 novembre 1792 (i), il invite ses curés à l'ob* ^"ation complète de la loi sur l'état civil ; et il entend par r" ^ne soumission entière à toutes les innovations reli-

^ ses des révolutionnaires. Il distingue, cependant, pour la '^^■^e, ce qui est civil de ce qui est religieux; et leur dit

^ujet des baptêmes : « Nous croyons que vous pouvez , {^rendre note. » Mais, pour que l'autorité civile ne puisse ^^X offusquer, les parrains et marraines ne signeront que

^ v^) Il s*intiti]le « par la miséricorde divine et réleclion du peuple, ^^^% la communion du saint^siège apostolique, évêque du département

s'ils le requièrent, et mention en sera faite sur le registre. Il permet simplement aux curés de prendre ces notes, mais ne leur prescrit rien, et les laisse se débattre avec les municipalités; en réalité, il ne donne cette permission que pour ne point scandaliser une partie de son clergé et de son troupeau par ses complaisances révolutionnaires. Quant aux mariages, ils n'auront lieu qu'après rentier accomplissement des formalités civiles (1); il ordonne aux curés de demander seulement à ceux qui réclament la bénédiction nuptiale s'ils font profession de catholicisme. Ainsi pas de question sur le divorce. Quant à l'acte, les curés seront libres^ « lorsque les parties le demanderont », de prendre note (< de leur union sacramentelle, mais ils n'admettront la signature d'aucun témoin ». Il n'y aura plus de publication de bans, comme les révolutionnaires le désirent. Il n'a garde de s'expliquer sur le divorce, afin de ne point détacher de lui une partie de son clergé, mais son silence môme prouve que, sur ce point si important, il cède complètement aux révolutionnaires. Évidemment, si les curés refusent le mariage aux divorcés, ce sera à leurs risques et périls.

Pour la forme , il exhorte les fidèles à recevoir le sacrement de mariage en état de grâce après s'être confessés, et à ne point se marier en avent ou en carême. Il ordonne à son clergé de se conformer à la loi civile, quant aux empêchements, et de ne plus lui demander de dispenses pour aucun empêchement canonique au mariage. Il ne sera plus dressé aucun acte de décès. On voit que, si Massieu n'accepte pas ouvertement le divorce et le mariage des prêtres, c'est uniquement pour ne pas soulever son clergé contre lui, et qu'il les admet implicitement.

Tout autre est le mandement de Fauchet du 28 novembre. Le lecteur connaît déjà la partie de ce mandement concernant le mariage des prêtres. Il n'est pas moins net, en ce qui touche la tenue des registres des paroisses. Fauohet proteste de son respect pour la loi sur l'état civil, mais « ces dispositions purement légales ne touchent en rien à vos intérêts religieux ». Pour être admis aux sacrements, il faut prouver qu'on est baptisé; pour être marié, il faut prouver

(1) La loi du 20 septembre ne disait rien sur ce point.

qu*on est libre de tout engagement matrimonial. Il ordonne, en conséquence, de tenir des registres de paroisses comme on le fait partout depuis le concordat; on publiera des bans pour prouver qu'il n*y a point d'obstacle antérieur au mariage. En réalité, Fauchet et les constitutionnels opposés aux innovations révolutionnaires réclamaient ce régime de séparation complète entre l'Église et l'État qui existe maintenant au point de vue de l'état civil.

Gratien, intrus de la Seine-Inférieure (i), personnifie cette fraction du clergé constitutionnel qui, tout en étant au fond du cœur très attachée à l'ancienne discipline, n'osait pas résister très ouvertement à la révolution. Plus régulier, comme prêtre, que Fauchet, il professe les mêmes opinions religieuses, mais il les défend avec beaucoup moins de courage. Il veut qu'on tienne des registres doubles des actes de baptême, et qu'ils soient signés des parrains et marraines. Ennemi du divorce, il essaie de se faire pardonner son opposition, en faisant aux révolutionnaires de grandes concessions sur le mariage. Dans sa lettre du^l9 octobre, ri distingue le sacrement du contrat civil, mais déclare qu'il lui est subordonné. Les curés déclareront aux époux qu'ils entendent conférer la grâce du sacrement.

M Que le sacrement n*a d'autre effet que de sanctifier leur union et de leur conférer la grâce pour accomplir les obligations que leur impose cette union, sans rien ajouter au nœud qui les lie l'un à l'autre, et qu'ils ne prétendent pas les marier comme s'ils ne l'étaient pas. »

Du reste, les curés suivront le rituel ordinaire et béniront l'anneau, sans dresser aucun acte de mariage religieux. Ils doivent déclarer valables les mariages civils.

tt Usant néanmoins des ménagements qu'exigent la charité et famour de tuniié pour ceux qui ont été longtemps dans une opinion contraire et n'en sont pas encore détrompés. »

Le doucereux Gratien veut ménager à la fois, et les révolutionnaires qui le trouveront trop arriéré , et bon nombre de ses collègues et de ses curés qui le trouveront trop mou.

(1) n •*intitiile « par la providence divine et dans la communion du taint-siége apostolique, évéque du département de la Seine-Inférieure. » 11 ne parle pas de son élection.

358 COnSTITUTION GIVILB DU CLERfiÉ*

Il semble insinuer à ses praires qu'ils pourront se dispenser de pr6cher cette doctrine ; il leur en fournit môme des pré* textes.

Ensuite il cite des textes de Tévangile et de saint Paul contre le divorce, et le condamne très nettement.

M Nous ne pouvons donner la bénédiction nuptiale en quoi consiste le sacrement de mariage, ni accorder Tabsolution dans le tribunal de la pénitence h ceux qui auraient usé de la tolérance du divorce, mais nous devons bien nous garder de blâmer les lois qui le tolèrent. »

On voit par cette dernière phrase qu'il voudrait se faire pardonner son opposition au divorce. Elle est, du reste» très sincère, car il recommande à la fin de son mandement plusieurs écrits sur Tindissolubilité du mariage.

Gomme Massieu, il déclare qu'il ne faut plus faire d*actes de décès.

Gratien ne dit rien sur le mariage des prêtres. Il est pourtant impossible qu'il ne lui soit pas hostile, mais la condamnation qu'il a prononcée contre le divorce parait lui avoir coûté un trop violent effort pour qu'il lui fût possible cette fois de traiter encore cette terrible question.

Les évoques constitutionnels étaient donc divisés sur l'application do la loi du 20 septembre 1792 telle que les révolutionnaires la comprenaient. Le pouvoir civil , voyant que la grande majorité de cet épiscopat était au fond du cœur hostile à ces innovations, résolut de lui signifier une interprétation officielle de cette loi. Le 22 janvier, le conseil exécutif provisoire fit une grande proclamation intitulée « sur la rédaction des actes de l'état civil ». Mais, en réalité, elle allait beaucoup plus loin, puisqu'elle ordonnait au clergé constitutionnel d'admettre le divorce, et d'abandonner toute la législation canonique concernant le mariage. En voici la première partie :

« Dans un gouvernement libre, les hommes sont égaux devant la loi , quelles que soient leurs opinions religieuses, quel que soit leur culte ; ainsi leur état civil doit être établi d'une manière uniforme. Sous le règne des abus, on avait laissé passer aux prêtres le droit de dresser les actes destinés à constater les naissances, mariages et décès des catholiques. Le décret du 20 septembre 1792 y a remédié, il a voulu que ces actes pour tous les citoyens indistinctement,

LE CLERGÉ COimAMIfé A NOBT. 359

fasÊ^ni reçoB et consenrùs par les municipalités, et que tous les registres dans lesquels ils avaient été inscrits jusqu*à cette époque, fassent transférés des églises paroissiales, presbytères et autres dépôts, dans la maison commune de chaque municipalité. Il a défendu expressément à toute personne de s*immiscer dorénavant dans la tenue de ces registres. Il a ordonné que le mariage contracté entre deux personnes ne serait précédé que d'une seule publication. Cependant, au mépris de ce décret, plusieurs évoques de la républiqaey sons prétexte de constater Tétat religieux des catholiques romains, ont enjoint aux curés de leur juridiction de tenir un registre double, dans lequel ils inscriraient les baptêmes, les mariages et les sépultures des catholiques, Tun pour rester toujours en leur pouvoir et Tautre pour être déposé dans le secrétariat épiseopal. Us ont, de plus, défendu d'accorder la bénédiction nuptiale à ceux qni refuseraient de se faire proclamer dans l'église. Une telle détermination des évoques est contraire à la loi, et cette ▼iolation ne peut être tolérée.

^ C'est pourquoi le conseil exécutif, considérant que les fonctions

des prêtres se réduisent à Texercice du culte et qu'ils ne peuvent

BOUS aucun prétexte s'immiscer dans les fonctions civiles ; considé-

i^ut qne les actes de naissance, de mariage et de décès, sont des

^^=tea civils; que les préires n'ont pas plus le droit d'assujettir à la

A»niit<|e (fini prooês^erbal, les cérémonies de baptême et de mariage

^^^^ etux de la pénitence et de tous les autres sacrements; que ce se-

'^t enehainer la liberté des citoyens que de soumettre leurs actes

^^^Sieux à cette formule ; que, d'ailleurs, le décret du 20 septem-

i 792 le défend en termes exprès, puisqull dit, article 6, titre V,

^Ue, aussitôt que les registres courants auront été clos ou arrêtés

Portés dans la maison commune^ les municipalités recevront les

^s de naissance, mariage et décès, conserveront les registres,

^ti'inhibitions sont faites à toutes personnes de s'immiscer dans

'nue de ces registres et la réception de ces actes; considérant

l'article 3 de la section II du titre IV du même décret porte

^ ^ le mariage ne sera précédé que d'une seule publication qui sera

-^ ^^^ par l'ofQcier public », que, d'après cela, toute inscription, toute

^^^*^ïication, ordonnées et faites par les évoques et les curés, sont

,^^^^ insurrection contre la loi qu'ils ont juré de défendre et de

^^^^tenir. »

^ ^-*. conseil exécutif va prononcer deux prohibitions bien

^^%inctes : 1* de tenir aucun registre; 2" de faire aucune

ilication do mariage. Ces deux prohibitions concourent

'aitement au même but. Le conseil voit dans la tenue

registres et dans les publications une double violation

la loi, et, pour la justifier, il met en avant des arguments

360 CONSTITUTION CITILE DU GLKRGÉ

aussi contraires aux lois et aussi ridicules que s*il s*agissait d'infliger une vexation à des prêtres réfractaires.

Les actes de naissance, de mariage, de décès, dit le conseil, sont des actes civils : donc les prêtres ne peuvent s'imtniscer dans leur rédaction. Mais le clergé constitutionnel n*entend pas du tout faire concurrence aux municipalités et, d'ailleurs, ceux qui se présenteraient avec des actes de réglise seraient renvoyés à la municipalité pour se procurer une expédition légale. Le clergé tient note de ces événements à un point de vue exclusivement religieux. Déclarer (( que les prêtres n'ont pas plus le droit d'assujettir à la formule d'un procès-verbal les cérémonies de baptême et le mariage que ceux de la pénitence et de tous les autres sacrements » , c'est s'immiscer dans les affaires spirituelles et débiter, en outre, une énorme sottise. La réception de certains sacrements doit être constatée nécessairement dans l'existence d'un chrétien. Il est indispensable de constater qu'une personne a reçu le baptême, car ce sacrement ne peut se réitérer, et il faut l'avoir déjà reçu pour être admis aux autres. De même pour le sacrement de mariage, car il ne peut être réitéré qu'à la condition de prouver qu*on est libre d'un premier lien. Mais c'est justement cette constatation que le conseil exécutif, dans l'intérêt du divorce et du mariage des prêtres, veut rendre impossible. Il n'admet pas que l'Église puisse imposer des conditions quelconques aux époux : pour lui, le mariage religieux n'est pas seulement surérogatoire au point de vue légal , il constitue un empiétement intolérable sur les droits de l'État, et la législation canonique sur le mariage, malgré son caractère purement facultatif, doit être proscrite comme délictueuse. Le mariage à l'église n'est qu'une simple formalité religieuse. Deux époux, en règle avec la loi civile, demandent au prêtre de bénir leur union , il doit la bénir bien vite , sans s'inquiéter s'ils sont divorcés ou s'ils sont seulement baptisés. La triple publication faite à l'église montre aux populations qu'il existe un mariage religieux; elle peut faire connaître les divorcés. Le conseil la défend hypocritement comme un empiétement! Les articles de la loi du 20 septembre, qu'il cite à Tappui de sa thèse , ne visent absolument que les formalités à suivre par l'officier de l'état civil, et soutenir que des notes prises

LE CLERGÉ CONDAMNÉ A MORT. 36i

par des prêtres , que des publications ne gênant en rien les formalités civiles, « sont une insurrection contre la loi qu*ils oaC juré de défendre et maintenir », c*est interpréter avec one mauvaise foi évidente, et la loi du 20 septembre et la loi du serment.

1^6 conseil exécutif après ces beaux raisonnements, adresse au clergé constitutionnel les injonctions suivantes :

«« An nom de la nation, le conseil exécutif provisoire fait défense

à tous les évéqnes de la république, d*ordonner aux curés, vicaires

et «.utres iHrètres du culte catholique, et à ceux-ci de dresser, sous

^elqoe prétexte que ce soit, des actes de baptême et de sépulture,

do poblier aucun ban de mariage, d'entreprendre rien qui soit con-

If^Lljre an décret du 20 septembre, relatif au mode de constater

l*^t^t dvil des citoyens, comme aussi d'exiger, avcmt de donner la

^^9^édktkn nuptiale, des cùnditions que cette loi ne commande pas;

leixjT ei^oint de se borner dans Tadministration des sacrements de

b&f^tême et de mariage aux cérémonies purement religieuses; en-

j^^âxmt également à tous.les évêques qui, dans leurs mandements, se

'^^xat écartés de ces principes, de les retirer sur-le-champ, et défend

^ 'tc^Qs les ecclésiastiques de les mettre à exécution sous peine d*être

Poiau^niris comme réfractaires à la loi. Recommande aux corps

^^^-caunistratifs de veiller à Texécution de la présente proclamation,

^ €3e la notifler à Tévêque de leur ressort; de Tinscrire sur les re-

^^^%n8 de leurs délibérations, de la faire imprimer et afficher et de

*^ transmettre aux municipdités de leur arrondissement, pour la

'^^^'^ifier de même aux curés de leur commune et la faire publier et

«Ainsi donc le conseil interdit toute rédaction d'actes, Xjte publication de bans, et, en outre, « d'exiger, avant de 7 ^^^ nner la bénédiction nuptiale, des conditions que cette loi 20 septembre) ne commande pas » . Le conseil pose ici principe absolu qui entraine des conséquences très S^^^ves ; car il en résulte nécessairement :

•i* Qu*on ne peut demander aux époux s'ils appartiennent ^ ^es cultes différents ; 2* S*ils sont baptisés ;

3* Qu*on ne peut même leur demander s'ils se sont con- ^58és,puisque la loi du 20 septembre ne le « commande pas » ; 4** Enfin que le curé est forcé de bénir le mariage des orcés et des prêtres s'ils le requièrent. G*est pour introduire dans l'église constitutionnelle le ^Worce et le mariage des prêtres que le conseil exécutif

enjoint au prêtre de ne rien demander de plus que rofQcier municipal, de se borner dans Tadministration des sacrements de baptême et de mariage aux cérémonies purement religieuses. Ainsi le prêtre devra, sur-le-champ, sans au* cune démarche préliminaire^ bénir les époux : — Le mariage est purement civil, et la révolution n*admet pas de mariage religieux : on est libre de ne pas se marier devant le prêtre, mais le prêtre n^est pas libre de ne pas marier, même quand sa religion le lui défend formellement : — Il ne doit s*inquiéter que de la loi civile, et, s*il plaît à la convention d'introduire la polygamie, il devra marier les gens autant de fois qu'ils le voudront. Pour le conseil, le prêtre n'est qu*un bénisseur banal : et même la bénédiction nuptiale ne doit pas être prise au sérieux par les chrétiens; ce n'est qu'une pieuse et inutile formalité. On fera bénir, si l'on veut, son récent mariage, comme on célèbre des noces de cinquantaine. Le prêtre bénit les époux mariés civilement qui viennent devant lui, comme il bénit des croix, des images pieuses, ou des cierges ! Cette bénédiction ne se distingue plus de celle que le prêtre, quand il y est appelé, donne aux édifices nouvellement construits, aux bateaux neufs, etc« Ainsi la révolution ne se contente plus des empiétements de la constitution civile ; elle refuse hautement d'admettre que rÉgliso, si modifiée qu'elle puisse être, constitue une société religieuse, ayant ses doctrines, ses règles, ses coutumes. Elle continue toujours à violer les droits de la conscience avec la plus répugnante hypocrisie. Cette proclamation est faite pour imposer le divorce, et, bien que la loi du 20 septembre Tait proclamé, bien que les révolution* naires aient réclamé ouvertement en sa faveur, bien que les évêques, dont les mandements sont censurés par la proda* mation, en aient parlé ouvertement, le conseil omet son grief le plus important contre Téglise constitutionnelle ; il évite soigneusement de prononcer le mot de divorce! Il ne parle pas davantage du mariage des prêtres, condamné ouvertement par plusieurs mandements, et qui le préoccupe tout autant que le divorce. La révolution commence seulement à persécuter Téglise constitutionnelle ; le conseil exécutif ne veut pas soulever Tindignation des populations en avouant le véritable but de sa proclamation. Pour détourner

LE GLBRGé CONDAMNÉ A MOBT. 363

Tattontion des naïfs, il feint de maintenir simplement la sécularisation des actes de Tétat civil, tandis que, en réalité, il détrait sournoisement tout reste de discipline ecclésiastique et d'indépendance religieuse.

Cette proclamation fut publiée partout, et les autorités se mirent en devoir de contraindre le clergé constitutionnel à robsenrer. Le 11 février, un décret de la convention ordonnait on rapport sur Tordre donné par Tévêque des Bouchesdo-BhAne aux curés de sa juridiction, de tenir des catalogues pour inscrire les noms des personnes auxquelles ils auront conféré les sacrements. La convention poursuivit plus vivement encore sa campagne en faveur du mariage des prêtres. A la séance du 32 février, le curé de Champ- Debout dans le CSalvados, se plaignit des persécutions qu'on lui faisait éprouver pour s*6tre marié. Lecointre déclara que ces persécutions étaient Teffét de Tinstruction pastorale de Fiudiet contre le mariage des prêtres, et demanda que le coiuité de sûreté générale fftt saisi de cette affaire. Maure (de l*Yonne) s'écria : a Je ne vois pas pourquoi Fauchet, qui a des maîtresses, voudrait empêcher les autres de prendre unelémme. » Un fougueux girondin, Lehardy, déclama viol^nunent contre ceux qui s'opposaient au mariage des prô« ^ et au divorce, et soutint, ce qui était malheureusement ^géré, que cette dénonciation pouvait s'étendre à presque ^Usles évoques. « En vain, dit-il, vous auriez réprimé le ^Ddale des réfractaires, nous n'aurions fait que changer ^^ fanatisme. » Sur sa proposition, la convention vota que ^ question ainsi généralisée serait soumise à Texamen du ^^Oaité de législation. Un député proposa la réduction du ^itement des évêques. Une telle mesure était évidemment P'^maturée, il fallait jouer la comédie encore quelque temps. ^ murmura, et la convention passa à Tordre du jour, ^^nchet ne se laissa point abattre par ces dénonciations ^^ ces injures, et continua courageusement sa campagne ^^'ïitre les innovations religieuses. Il publia, dans le yoMrwfl/ *^* amis, une lettre que l'ancien membre du comité des ^^Itcs, Durand-Maillane, avait écrite le 6 février au mini- '^'^^ de la justice pour réfuter le système inauguré par la Proclamation du conseil.

l^urand-Maillane fait dans cette lettre l'éloge de sa chère

constitution civile, et prétend qu'elle a débarrassé la reli^ gion de ses abus « sans altérer la foi ni la communioD romaine », mais il déclare que la constituante n*a jamais voulu introduire le divorce en France. Elle a seulement considéré le mariage comme contrat civil, ses lois, ses règlements ont été faits en conséquence, et ne visent en aucune façon le mariage religieux. Par conséquent, rautorité spirituelle, représentée d'après lui par les seuls évèques, car la constitution civile défend de recourir au pape, «c a conservé ses droits entiers ». Les évèques sont indépendants.

« C'est à eux de distribuer les sacrements, de juger de Taptitude ou de l'indignité spirituelle et intérieure de ceux qui les demandent. Tout ce qu'ils font à cet égard n'intéresse pas la société, les citoyens n'ont point à se plaindre comme citoyens. »

Rien ne les force à être catholiques : ceux qui ont fait constater leur mariage par TÉtat ne peuvent lui demander d'intervenir dans les questions religieuses I Qu'ils s'arrangent avec révoque constitutionnel I Après avoir invoqué Tintervention de l'État pour établir sa constitution civile, Durand- Maillane, afin de prolonger son agonie, se voit dans la nécessité de repousser cette intervention, et d'emprunter aux catholiques leurs arguments contre la constitution civile elle-même. Suivant lui, les ministres, loin d'être autorisés à se plaindre de la conduite indépendante des évèques, devraient plutôt veiller à ce qu'ils ne fussent pas troublés dans leur liberté spirituelle. Il constate que la loi du 20 septembre ne prescrit nullement de se marier à la municipalité avant d'aller à l'église. Il soutient qu'il serait très imprudent de toucher à la constitution civile, comme certains députés le désirent, et que l'adoption de ces projets irréligieux pourrait irriter à la fois et les Français et les nations voisines.

Fauchet déplore aussi la situation religieuse de la France, et dénonce les odieux desseins des athées (1). Mais les ré-

(1) Il écrivait le 16 février dans le Journal des amis : « L*état actuel de la religion en France est un état de crise extrême, et la révulsion des consciences pour repousser l'oppression sera terrible. » Mais le royalisme n'en profitera point, la religion est républicaine ; et il fait là-desaat une tirade. Puis il revient à la persécution : « Considérez Teffroyable aveuglement des athées qui veulent dominer en France et persécater avec une tyrannie qui se montre chaque jour plus insolente... « Mais les

\alutioiuiaires étaient bien décidés à perfectionner la constitution civile. Le 5 mars, Philbert, intrus des Ardennes, et Périeff intrus du Puy-de-Dôme, furent dénoncés à la convention comme s*opposant au divorce et au mariage des prôires. Philbert fut mandé à la barre, le vicaire épiscopal Âudrein essaya de parler en sa faveur, mais la convention, sans tenir compte de son zèle révolutionnaire, lui imposa brutalement silence. Le 15 mars, Gambacérès, au nom du comité de législation, proposa de censurer le mandement de Philbert. Lehardy demanda une loi générale contre tous ceux qui blâmeraient au nom de la religion le divorce et le mariage des prêtres. Lasource insista sur la nécessité de ne pas alarmer le fanatisme.

•c Ne croyez pas qu*en matière de religion le peuple soit partout à 1^ hauteur de vos principes. La proposition de suppression du sa.l^ire des prêtres, la profession d'athéisme faite à la tribune par '^cob Dupont, les applaudissements, indiscrets que lui donnèrent ^^dqoes membres, nous ont fait plus de mal que les années •"^«^emies. »

3Li*assembIée ordonna Timpression du rapport du comité,

^t, décida seulement que Philbert resterait à Paris sur pa-

'^Ic jusqu'à la décision de son affaire, et que la garde qui

^^3^t été donnée à ce dangereux conspirateur serait tenue

^^ se retirer. Le 18 avril seulement, le comité de législation,

'^ {présenté par Gambacérès, eut la pudeur de reconnaître

î^i^aucune loi ne punissait encore le prétendu délit commis

P^r Philbert, mais, avec la logique ordinaire des prôtropho-

^^ s, il déclara que, en attendant cette loi, la convention ferait

*^i^an de le censurer publiquement, et elle rendit un décret

^^^^orme à cette proposition. Les girondins ne songèrent

'^^Uement à défendre leur collègue Fauchet, qui avait été

^*^::ilemment attaqué dans la convention pour le même motif

e Philbert, et montrèrent autant de zèle que les mon-

^[uards pour imposer le mariage des prêtres à Téglise

^ ^^ ustitutionnelle.

ï^éanmoins la convention conservait toujours à cette

ne prendront pas « Tathéisme atroce et libidineux pour la sainte tige philosophie. » Comment pourraient-elles « ne pas frémir d*hor- -V de ce qu*on leur présente sous le nom de liberté le despotisme le P>Vxii diabolique qui ait jamais existé sur la terre? »

église son caractère officiel. Certaines administrations avaient assujetti au service militaire les jeunes prêtres constitutionnels, qui avaient Tàge de la réquisition. Le 23 mars, la convention rendit le décret suivant :

(c La convention nationale déclare qu'elle n'a pas entendu comprendre dans la loi dn recnitement les évéqaes, carés et vicaires salariés par la nation, et, en conséquence, décrète que ceux qui, ayant concouru au recrutement, se trouveraient au nombre des citoyens qui doivent marcher, seront libres de rester ou de revenir à leur poste. »

Au lieu de déclarer nettement qu'elle affiranchit les prêtres constitutionnels du service militaire, la convention leur accorde une option dans des termes assez singuliers. Au fond elle aurait désiré voir ces jeunes ecclésiastiques abandonner leur état. Du reste, plusieurs curés, ordonnés très rapidement parles évoques intrus afin de prendre les places des réfractaires, s'étaient dégoûtés de Téglise officieileydont ils pressentaient Tabolition, et étaient partis volontairement pour Tarmée. Les évêques, qui manquaient deprêtres, désiraient naturellement faire revenir ceux qui n'étaient pas volontairement partis, et la convention ne voulait pas encore assujettir malgré eux ces prêtres à la réquisition, ponr ne pas accréditer le bruit de la suppression prochaine de Téglise officielle.

Le tèle de Fauchet pour le célibat ecclésiastique le fit comprendre dans la première liste de proscription. Les terroristes parisiens étaient d'autant plus furieux contre lui que, dans leur ville même, il avait énergiquement soutenu l'ancienne discipline.

Aubert, ce même vicaire de Sainte-Marguerite qui s*était marié et était venu, le 12 mai 1792, se présenter avec sa femme à la barre de la législative, s'était, grâce aux révolu* tionnaires violents, maintenu dans ses fonctions , malgré l'indignation de cette partie de la paroisse qui avait continué à suivre les offices des jureurs. Il osa dire à l'assemblée que le faubourg Saint-Antoine était venu le complimenter de son mariage. Ses véritables paroissiens déclarèrent qu*il en avait menti, et, de concert avec le curé et les autres ecclésiastiques constitutionnels, demandèrent la destitution d'Aubert et dii prêtre sacristain Bernard qui l'avait marié.

jacobins poussèrent des cris d'indignation. Mais les paroissiens constitolionnels de Sainte-Marguerite ne voulaient point de prêtre marié, et Aubert fut hué à Tautel. La section de la rue de Mon treuil s'occupa de cette grave affaire : Aul)ert vint plaider sa cause devant elle, et opposa à son café la constitution, « ce second évangile qui ne reconnaît pl-tis de vœux contraires à la nature » .

section prit un long arrêté par lequel elle prétendait la constitution autorisait le mariage des prêtres, que c'était a un moyen sûr de rétablir la religion et les mœurs d. Eïlle déclara : 1* improuver en tout point la conduite incon- U££miiatmeUeûn curé (i) et de ses adhérents ; 2* que, « MM. Aube x*t et Bernard n'ayant jamais été plus dignes deTestime «^ de la confiance de leurs concitoyens, ils les maintiendrx>nt de tout leur pouvoir dans leurs places respectives , et l^s défendront contre tous les eiforts des fanatiques et des i^^Jveillants » ; 3^ que cette délibération sera envoyée à (^ofcel, à son conseil, et aux autres sections de Paris.

Gobel était trop lâche pour essayer de tenir tête aux révolutionnaires sur une question aussi brûlante. Il laissa Aubert ®^ Semard se disputer avec leur curé et officier à Sainte- ^^rguerite au grand scandale de leurs fidèles. Le curé ^^Vita Fauchet, dont le mandement contre le mariage des P^^tres avait fait grand bruit, à venir prêcher dans son ^Klise. Fauchet se rendit à son invitation, et s'appliqua dans *^>xi sermon à réfuter la doctrine, que « le mariage des P^^Qtres n'étant pas défendu par la constitution, on n'avait P^'S le droit de repousser les prêtres mariés », et montra ?^^^elle menait aux conséquences les plus absurdes i

^ «« Mes frères, je dois vous prévenir que Ja religion défend bien

choses que la constitution vous permet. Par exemple, la consti-

n ne vous défend pas de vous faire juifs ou musulmans, mais

.j conscience vous le permet-elle? La constitution ne vous dé-

~^^d pas de manger des viandes les vendredis et samedis, mais

conscience vous le permet-elle? La constitution ne défend pas

ti

^^ ^nariage des prêtres; mais votre conscience vous le permet-elle?

C i) Considérant que, d'après la conduite personnelle du curé et le

*^^Adale pubUe causé avec tant d'affectation par ses pénitentes , on est

^^^déà croire que sa signature ne fut mise à la tète de ce libelle que

^^Hune un piège tendu à la bonne foi et à la simplicité de ses paroissiens.

368 COnSTITUTION CmLE DU CLRRGÉ.

En temps de révolution, rien n'est plus mal accueilli que le simple bon sens. Fauchet devait en fournir la preuve une fois de plus. Les partisans du mariage des prêtres Taccablèrent dlnjures, et Aubert lui répondit par un furieux libelle :

« C'est avec ces misérables sophismes, Fauchet, que, contre ta con* science, tu veux faire entendre qa'un prêtre ne peut pas se marier, quoique la loi le lui permette! C*est avec de telles armes que tu cherches à enchaîner sous le joug honteux des préjugés les vainqueurs de la Bastille et les ennemis implacables des préjugés. Ils sont indignés contre toi, Fauchet! Nous savons, disent ces vertueux citoyens, que la loi ne défend pas absolument à Gaude (Fauchet) de quitter quelquefois son poste pour aller débiter ailleurs des cafarderies, mais sa conscience le lui permet-elle? La loi ne lui défendait pas d'être le vil panégyriste de l'assassin du peuple, mais sa conscience le lui permettaitelle ? La loi ne lui défendait pas de blanchir le ministre Narbonne, mais sa conscience le lui permettait-elle? Enfin ils disent que la loi et la conscience me permettent d'avoir une épouse honnête, mais que ta loi et ta conscience te défendent, Fauchet, la fornication et Tadultère... »

Aubert resta donc vicaire ; plus tard il fut élu, suivant le singulier mode établi par la constitution civile, curé de Saint-Augustin. Gobel lui donna l'institution canonique, et poussa même la lâcheté jusqu'à l'installer lui-même avec beaucoup de solennité. La femme du curé, en grande toilette, occupait une place d'honneur dans le chœur de l'église. Ceux qui se préparaient au culte de la déesse Raison et à la spoliation des églises étaient dans la jubilation ; les constitutionnels qui tenaient à leur église étaient consternés. Les curés constitutionnels de Sainte-Marguerite, Saint-Séverin, Saint-Paul et Saint-Sulpice , Lemaire^ Leblanc-Beaulieu , Brugière et Mahieu, rédigèrent une dénonciation contre Gobel, comme ayant manqué à tous ses devoirs d'évêque. Mais cette dénonciation, ils ne savaient à qui l'adresser. Dans la constitution civile , le pape n'était rien ; le traître Gobel n'avait point de supérieur. Ils prirent le parti de dénoncer l'odieuse conduite du métropolitain de Paris à tous les évêques constitutionnels de France. Sauf quelques éloges donnés à la constitution civile, cette réclamation, en faveur du célibat ecclésiastique, et contre la conduite de Gobel, est très bien rédigée. Ils se déclaraient convaincus que la disci-

LE CLB16É CORDAMné A MORT. 369

ine sur le mariage des prêtres (c ne saurait ôtre renversée ^f détruite en France sans entraîner en môme temps la I>crte de la religion catholique ».

Mais ceux qui soutenaient de pareilles doctrines étaient

censés de fanatisme. Aussi les jacobins demandèrent-ils

Fauchet fût proscrit, avec vingt autres girondins, comme

^^onpable de royalisme et de fanatisme. À la séance du

9C avrils il leur répondit avec beaucoup d*énergie (1). Après

^Toir démontré qu^il s*est toujours conduit en républicain

iK^lé, il repousse ainsi Taccusation de fanatisme :

« Je suis un fanatique I La cour des Tuileries, la cour de Rome,

l«s aristocrates et les réfractaires ne le croyaient pas I Mais à quoi

^nfin se réduit mon fanatisme ? A professer la religion dont je suis

M.m ministre. Je serais un bien lâche scélérat si j'avais accepté le

xministère d'une religion dont les principes ne seraient pas dans ma

^^onsdence. Quel est Thomme que j*ai persécuté ou cherché à mo-

l.«8ter pour la sienne ? Je me borne à de simples déclarations des

principes de notre culte et des règles religieuses de notre sacerdoce,

j« fais mon devoir, et je le fais avec une circonspection pleine de

Prisme. Non seulement je prêche comme il est nécessaire la son-

Snission à toutes les lois impératives, mais j'établis et développe

^ans mes instruetions la sagesse des lois permissives qui intéressent

la religion. Je ne touche pas en la moindre cbose à la liberté du

otoyen ; je me borne, comme je le dois, à inviter le catholique à

consulter dans les permissions de la loi civile sa propre conscience,

^ à en suivre librement les religieuses impulsions. Le fanatisme,

citoyens, je le vois du côté des persécuteurs, qui veulent ôter aux

ministres des religions la liberté d'un enseignement qui respecte

'tontes les lois, et aux citoyens la liberté d'une croyance qui épure

la morale...

« Vous avez poussé, aussi loin que la puissance législative pouvait s*étendre, l'indépendance de chaque citoyen pour toute espèce de religion. Chacun peut ne point en avoir du tout, ou suivre celle qui lui plaît, pourvu qu'elle ne s'élève pas contre les lois et contre la liberté des autres. Or, le catholicisme ne s'élève contre aucune loiy contre aucune liberté. Les divorcés et les prêtres peuvent se marier légalement s'ils le veulent, ils peuvent omettre l'observation de toute abstinence, abjurer tous les dogmes, ne suivre aucune règle religieuse, ou en adopter d'étrangères à la religion qu'ils

(i) Journal des Débats et décrets, avril 1793, pp. 473 à 478. Il énumëre let sarvieat qu'il prétend avoir rendus à la révolution et attaque violemment le duc d'Orléans : « La réputation d'Orléans était couverte de boue ; je 1*7 ai «nfonoé pins avant, »

professaient! Liberté tout entière. Mais cette religion est libre aussi de ne plus les considérer comme ses ministres on ses fidèles; autrement ce serait le dernier degré de la tyrannie et de la démence , que de prétendre obliger on culte à avoir pour ministres, ou à regarder comme ses croyants, des bommes qui n'en professent ni les dogAies ni les principes... »

Mais la constitution civile qui le créa évoque a-t-elle fait autre chose?

Il proteste ensuite contre ces députés qui vouent tous les cultes à la proscription et déclarent « que les prêtres sont mûrs comme les tyrans ». C'est ainsi qu'on a exaspéré les Belges. Il prétend que sa lettre pastorale, si violemment incriminée comme fanatique, « rattache à la révolution beaucoup de citoyens qui s'en détachaient par crainte de voir la religion perdue ».

Il était aussi injuste de l'appeler fanatique que de l'appeler royaliste, mais dans le langage révolutionnaire du moment, il méritait parfaitement cette double qualification. Un évêque constitutionnel,. qui blâmait ouvertement le divorce et le mariage des prêtres^ était évidemment un odieux fanatique ! Un membre de la convention qui flétrissait les massacreurs de septembre et voulait tenir tôte à la commune de Paris, ne pouvait être qu'un royaliste I

La révolution, tout en faisant une guerre sournoise à l'église constitutionnelle, n'oubliait pas de persécuter la véritable Église. L'exécution impitoyable du décret du 26 avril 179â n'avait pas apaisé la fureur des prôtrophobes, ils auraient voulu anéantir la foi catholique, et ils savaient parfaitement qu'elle était plus vivante que jamais dans les cœurs des fidèles, et que de nombreux ecclésiastiques bravaient tous les dangers pour exercer leur ministère en cachette. On soufi'rait les plus grandes avanies, on bravait les dangers les plus afi'reux pour rester dans la communion du pape. Aussi les révolutionnaires étaient-ils animés d'une haine féroce contre le souverain pontife. Ce n'était pas assez de le brûler en effigie, ils désiraient ar-

demment envahir ses États, s*emparer de lui et le traiter comme un évêque français. Lorsque le pape serait captif, le sacré collège dispersé, Rome révolutionnée, l'abomination de la désolation dans le lieu saint, alors seulement, pensaient-ils, les catholiques seraient partout consternés, découragés, et la révolution définitivement victorieuse de la religion. Depuis les premières discussions de la constituante sur la constitution civile , les révolutionnaires n'avaient pas cessé d'insulter le pape à la fois comme chef des chrétiens et comme souverain temporel, et d'exciter publiquement son peuple à la révolte.

A peine le gouvernement républicain était-il établi que ses chefs se mirent à chercher les moyens d'envahir les états romains. Aréna, commissaire du gouvernement, envoyait de Nice le 24 octobre 1792 , à Brissot qui dirigeait le comité diplomatique , un plan d'envahissement de l'Italie ; le général Anselme, qui était alors à Nice, devait d'abord se diriger sur Rome , puis remonter vers le Milanais, et pren* dre à revers les Piémontais et les Autrichiens. Ce plan avait beaucoup de succès parmi les révolutionnaires girondins ou jacobins qui étaient alors maîtres des destinées de la France.

« Anselme, écrivait Aréna, pense que la Républiqae doit envoyer une armée à Rome pour disperser la cour qui nous fait une guerre bien plus dangereuse que celle des Prussiens et des Autridiiens (i). »

Il y a du vrai là-dedans, mais cette guerre, c'était la révo« lotion qui l'avait déclarée et constamment entretenue, et loin d'y renoncer, elle venait de la rendre inexpiable, en égorgeant des centaines de prêtres et déportant près de cinquante mille curés et vicaires, Aréna ajoutait :

w Voyez Lebrun, faites-vous communiquer le plan et tâchez de décider le conseil à y consentir. Jamais la France n'aura une plus belle occasion pour se débarrasser de la cour de Rome, pour y installer un évéque, et pour donner le mouvement à une insurrection générale. »

S'agissait-il d'un antipape ou d'un simple évéque consti*^ tationnel, intronisé par la protection du couple Roland? 11 est fâcheux qu^Aréna ne s'explique point plus clairement»

(I) Mortxusr-Tbrnaux, tome V, pp. SO'et suiv«

37i COIISTITUTIOII CnriLB DU CLSBGÉ.

J>a flotte de Tamiral Truguet devait seconder les opérations militaires d* Anselme ; le 25 octobre, on lui ordonnait de se tenir prêt à attaquer le pape.

« Le conseil exécutif rappelle au contre-amiral Truguet les différents griefs que la république française a contre le pape de Rome et la part que cette monstrueuse puissance a prise à la coalition des tyrans contre notre liberté, sans énumérer les sourdes intrigues, et les brefs imbéciles avec lesquels il a voulu allumer dans notre sem la guerre civile et de religion. Le conseil cbarge le contre-amiral Trugaet de châtier en passant le pape et son sacré collège, et de les ramener au sentiment du respect qu'ils doivent à la république française. »

Ainsi Roland et les autres ministres étaient parfaitement persuadés de Tauthenticité des brefs, puisqu'ils la reconnaissaient dans une pièce confidentielle, et voulaient en tirer une vengeance éclatante , et les mêmes hommes soutenaient impudemment aux catholiques de France que ces brefs étaient faux I Est-ce que les évoques et les ecclésiastiques constitutionnels, dont plus de quarante en leur qualité de députés étaient en rapport avec le conseil provisoire, pouvaient avoir le moindre doute sur les brefs? Cependant, Fauchet, Grégoire, etc., à la fois députés liés avec les ministres et chefs de réglise constitutionnelle, soutenaient impudemment qu'ils étaient faux.

Certains Français établis à Rome avaient pour système de s'y conduire comme dans une ville de France, d'insulter la religion et le gouvernement pontifical. Dans le courant du mois de novembre 1792, deux élèves de l'école française, ayant commis une incartade de ce genre, furent mis en prison. Les révolutionnaires en firent grand bruit, et le gouvernement français fit insérer dans le Moniteur une lettre très insolente au souverain pontife. Elle avait été rédigée par M"* Roland :

« Le conseil exécutif provisoire de la république française au prince évéque de Rome.

u Des Français libres, des enfants des arts, dont le séjour à Rome y soutient et développe des goûts et des talents dont elle s'honore, subissent par votre ordre une injuste persécution. Enlevés à leurs travaux d'une manière arbitraire, enfermés dans une prison rigoureuse, indiqués au public et traités comme des coupables, sans qu'aucun tribunal ait annoncé leur crime, ou plutôt lorsqu'on ne

peat lear en reprocher d'autres que d^avoir laissé connaître leur respect pour les droits de Thumanité, leur amour pour une patrie qui les reconnaît, ils sont désignés comme des victimes que doivent immoler le despotisme et la superstition réunis.

« Sans doute, s*il était permis d'acheter jamais, aux dépens de rinnocence, le succès d'une bonne cause, il faudrait laisser commettre cet excès. Le règne ébranlé de Tinquisition finit du jour où elle ose exercer encore sa furie, et le successeur de saint Pierre ne sera plus un prince, du jour où il Taura souffert. La raison a fait partout entendre sa voix puissante. Elle a ranimé, dans le cœur de l'homme opprimé, la conscience de ses devoirs avec le sentiment de sa force. Elle a brisé le sceptre de la tyrannie, le talisman de la royauté. La liberté est devenue le point d'un ralliement universel, et les souverains chancelants sur leurs trônes n'ont plus qu'à la favoriser pour éviter une chute violente. Mais il ne suffit pas à la république française de prévoir le terme et Tanéantissement de la tyrannie de l'Europe ; elle doit en arrêter l'action sur tous ceux qui lui appartiennent. Déjà son ministre des affaires étrangères a demandé l'élargbsement des Français détenus à Rome. Aigourd'hui son conseil exécutif les réclame au nom de la justice, qu'ils n'ont point offensée, au nom des arts que vous avez intérêt d'accueillir et de protéger, au nom de la raison qui s'indigne de cette persécution étrange, au nom d'une nation libre, grande et généreuse qui dédaigne les conquêtes il est vrai, mais qui veut faire respecter ses droits, qui est prête à se venger de quiconque ose les méconnaître, et qui n'a pas su les conquérir sur ses prêtres et sur ses rois pour les laisser outrager par qui que ce soit sur la terre.

M Pontife de l'Église romaine, prince encore d'un État prêt à vous échapper, vous ne pourrez plus conserver cet État et l'Église que par la profession désintéressée de ces principes évangéliques qui respirent la plus pure démocratie, la plus tendre humanité, l'égalité la plus parfaite, et dont les successeurs du Christ n'avaient su se couvrir que pour accroître une domination qui tombe aujourd'hui de vétusté. Les siècles de l'ignorance sont passés ; les hommes ne peuvent plus être soumis que par la conviction, conduits que par la vérité, attachés que par leur propre bonheur. L'art de la politique et le secret du gouvernement sont réduits à la reconnaissance de leurs droits et au soin de leur en faciliter Texercice, pour le plus grand bien de tous, avec le moins de dommage possible pour chacun.

« Telles sont aujourd'hui les maximes de la république française; trop juste pour avoir rien à taire, même en diplomatie, trop paissante pour avoir recours aux menaces, mais trop fière pour dissimuler un outrage, elle est prête à le punir, si les réclamations paisibles demeuraient sans effet.

374 CONSTITUTION CtYILB DU CLSEGÉ.

c( Fait aa conseil exécatif, le 23 novembre 1792, l'an I*' de la rèpobliqne française. Roland, Monge, Clavière, Lebran, Pachei Garai. Par le conseil, Grouvelle, secrétaire.

La minute de cette lettre n*existe pas, dit-on, aux archives des affaires étrangères; il esta croire que Roland tranchant du potentat s*occupa seul de cette affaire. Du reste, la lettre de Philaminte Roland fut, contrairement aux usages diplomatiques , imprimée avant d*avoir été remise au gouvernement pontifical.

Kellermann écrivait le 29 novembre à la convention : « Je vais reporter sous vos auspices aux anciens Bomains, la liberté exclue depuis si longtemps de ce pays », mais bientôt on reconnut les nombreux inconvénients de ce plan d*invasion, et il fallut bien y renoncer.

Ainsi donc, le pape n'avait pas été seulement insulté en France dans des émeutes populaires avec la connivence des autorités, il Tavait été, en outre, par le gouvernement laimôme. Quelque temps après, un malheureux événement causé par les provocations révolutionnaires amena une rupture complète entre la république et le gouvernement pontifical. Le consul français à Rome, par Tordre de son gouvernement, voulut faire arborer sur sa maison Técusson de la république, au moment môme où ce gouvernement, à Marseille et à Paris, avait laissé insulter de la manière la plus ignoble les insignes du gouvernement pontifical. Celui-ci refusa de laisser poser Pécusson avant qu'on lui eût fait réparation des outrages qu*il avait reçus. Le 1 2 janvier 1793, un officier de marine^ de Flotte, vint porter à Basseville, secrétaire de la légation de Naples, qui faisait Toffice de chargé d'affaires à Rome, les dernières instructions du gouvernement. Ordre formel lui était donné de placer dans les vingt-quatre heures Técusson sur la maison consulaire, sans tenir compte d'aucune défense. La population de Rome était extrêmement surexcitée, et depuis longtemps des rassemblements se formaient autour du consulat. Le lendemain Basseville et de Flotte, refusant d*écouter personne, môme le consul de France, sortent en voiture et vont braver rémeute. Ils sont assaillis à coups de pierres, et se réfugient chez un négociant français, la garde vient les protéger, mais les émeutiers sont plus nombreux; la maison est

envahie de force, et Basseville est assassiné. Ces furieux pillent et brûlent la maison ainsi que Tacadémie de France, courent sus aux Français, dévastent leurs propriétés et finissent par piller les juifs. L*émeute dura deux jours, et ne put ôtrearrôtée que par un grand^déploiement de forces.

Les révolutionnaires français, si habitués à faire des émeutes contre leurs adversaires politiques, accueillirent ces nouvelles avec une rage indicible. Le conseil exécutif demanda à la convention les moyens de se venger « de l'insolent hypocrite de Rome qui outrage et désole le genre humain depuis trop longtemps » . La convention poussa des hurlements de rage, plusieurs de ses membres crièrent qu'il fallait brûler le Vatican, mais pour l'instant, il ne fallait pas songer à persécuter le catholicisme dans Rome (1). La révolution pour s'en dédommager fit encore un furieux effort contre le clergé et les catholiques français.

Le 18 mars, la convention décida que tout citoyen était tenu dans la huitaine après la publication du décret, de dénoncer et faire arrêter les émigrés et les prêtres dans le cas de la déportation. L'article 2 est ainsi rédigé:

tf Les émigrés et les prêtres dans le cas de déportation, qui au- Tont ét6 arrêtés dans le délai ci-dessus, seront conduits de suite dans les prisons du district, jugés par un jury militaire et punis de mort dans les vingt-quatre heures. »

Voici bien une vraie loi de sang! Celle du 26 août 1792, ne punissait le déporté rentré que de dix ans de détention ! Cette nouvelle loi fut immédiatement appliquée avec une extrême rigueur. Plusieurs prêtres furent mis à mort pour avoir exercé le culte,avant le 31 mai, lorsque le parti girondin luttait encore énergiquement à Paris , et prédominait dans la plupart des administrations de province ; et ils étaient fusillés ou guillotinés en vertu d'une loi sur laquelle giron-

(i) Pendant les premiers mois de la république , les révolutionnaires rêvaient rétablissement de ce régime dans tous les pays de l'Europe. Une députation de la société constitutionnelle de Londres vint, le 2 novembre 1792, féliciter la convention de ses victoires en Belgique. Grégoire, qui présidait, lui répondit : « Sans doute le moment approche où les Français iront féliciter la convention nationale de la Grande-Bretagne, » On voit que les émigrés, dont on s^est tant moqué, n'étaient pas seuls à M bercer de folles illusions.

376 CONSTITUTION CIVILB DU GLEEG6.

dins et jacobins étaient tombés d*accord. Mais bientôt le clergé tout entier allait être condamné à mort.

On sait que, par la loi du 26 août 1792, tous les ecclésiastiques, évêques, curés, vicaires, que rassemblée constituante avait assujettis à prêter serment à la constitution civile, et qui Pavaient refusé, étaient bannis du territoire français. Les infirmes et les sexagénaires étaient seuls exceptés de cette proscription, mais, afin de les empêcher d*exercer leur ministère, on les enfermait au chef-lieu du département dans une maison commune. Mais il restait encore une catégorie nombreuse de prêtres que cette loi n'atteignait pas, c'étaient les religieux, les membres des chapitres et des établissements supprimés qui , à ce titre, touchaient une pension , et n'avaient pas été assujettis au serment de la constitution civile. Depuis le 26 août, beaucoup d*entre eux s'efforçaient d'exercer le ministère à la place de leurs confrères exilés. La loi du 15 août 1792 les avait astreints à prêter le serment de liberté et d'égalité , s'ils ne voulaient perdre leurs pensions. Quelques-uns avaient cru pouvoir le prêter. La convention voulut accomplir son œuvre , en proscrivant aussi tous les membres du clergé non paroissial. Le 19 mars, Gambon demanda leur déportation en masse.

« L'assemblée législative crut qu'il y aurait de rinhumanité à se défaire de la horde fanatique des prêtres réfractaires, en les envoyant dans l'Amérique comme je l'avais proposé, elle les fit déporter sur nos frontières, et ces ennemis publics saisissant les circonstances opportunes ont rapporté chez nous tous les maux dont nous gémissons. Je renouvelle ma proposition, et je demande la déportation en Amérique. » (Débats et décrets, mars, p. 226.)

Le 23, Lehardy reprit cette proposition et demanda que tout ecclésiastique ci-devant séculier ou régulier, frère lai ou convers qui n'aurait pas prêté serment de liberté et égalité, fût déporté. Tallien fit observer que dans tous les départements qu'il avait parcourus , les autorités avaient fait enfermer tous les prêtres non constitutionnels et soumis les parents des émigrés à trois appels par jour. Il demanda à la convention de décréter ces mesures. Ces odieuses propositions furent renvoyées au comité de législation et les 21-23 avril, la convention vota sans la moindre difficulté le décret de proscription présenté par Lehardy.

M ÂET. i^'. La convention nationale décrète que tons les ecclésiastiques régalien, séculiers, frètes conoers et lais, qui n'ont pas prêté le serment de maintenir la liberté et l'égalité conformément à la loi du 15 août 1792, seront embarqués et transférés sans délai à la Guyane française. »

Ainsi les frères portiers et cuisiniers seront déportés tout comme les évoques des diocèses supprimés , les abbés, les chanoines. La convention ne cherche pas à réduire le nombre des déportés, car aucun serment postérieur au 23 mars précédent (article 3) ne doit être admis. Une pratique déjà longue de la persécution avait appris aux proscripteurs qu*il fallait faire peu de cas des serments arrachés par la peur. Les ecclésiastiques frappés par cette loi, étaient déjà punis par la perte de leurs pensions, mais on voulait qu'il ne restât plus en France de prêtres catholiques capables de dire la messe et de confesser en cachette. Aussi les ecclésiastiques qui avaient prêté le serment de liberté et d'égalité, serment dangereux, mais non schismatique, avaient-ils, en réalité, bien peu de chances d'échapper à la déportation. Ceux qui seraient coupables d'incivisme, c'est-à-dire ceux qui, après avoir prêté serment en considération du caractère vague de la formule, voudraient néanmoins agir en prêtres catholiques, devaient être déportés sur la dénonciation de six citoyens jugée par le directoire du département sur l'avis du district (article ï). Évidemment, la révolution, en imposant à certains ecclésiastiques le serment de liberté et égalité, n'exigeait pas d'eux une garantie politique, mais l'abstention complète de leur ministère, une véritable abdication de leur état. Les sexagénaires et les infirmes devaient être enfermés au chef-lieu. Les ecclésiastiques déportés qui rentreraient en France seraient punis de mort dans les vingtquatre heures comme les prêtres bannis par la loi du 26 août. Cette fois la persécution était bien complète. L s prêtres restés en France furent aussitôt empilés dans des, prisons malsaines, puis conduits à Rochefort pour être entassés à fond de cale dans des vaisseaux, où ils subirent les souffrances les plus horribles et les traitements les plus bmtauz. Les jacobins ne doivent point porter seuls dans l'histoire la responsabilité de tous ces actes de barbarie. Les girondins, peu de temps avant d'être proscrits par

eux, s'appliquèrent à compléter avec eux Thorrible loi du 26 août 1792, et ne voulurent pas se souvenir que, en la votant» ils avaient rempli de victimes les prisons de Paris, et s'étaient faits les imprévoyants pourvoyeurs de ces assas* sins de septembre, qu*ils ne cessaient de flétrir, et auxquels ils s*alliaient, cependant, pour proscrire les derniers débris du clergé I

Dans toute la France, on se remit à arrêter les prêtres en masse pour exécuter la loi du 23 avril. Quand les prisons furent bien remplies, on conduisit les malheureux prêtres par centaines, sur de nombreuses charrettes, à Bordeaux, à Blaye, à Lorient, à Nantes , à Rochefort pour les empiler dans des vaisseaux. Il n'était pas possible, à cause de la flotte anglaise, de les déporter en Amérique, mais on pensa avec raison que la cale d'un vaisseau serait pour eux la prison la plus dure. A Rochefort, les prêtres furent d*abord enfermés les uns dans des couvents, les autres dans un vieux vaisseau, le Bonhomme-Richardy servant d'hôpital aux galeux. Us étaient mêlés aux galériens, mais ceux-ci, bien mieox traités, avaient des lits qu'on leur refusait; plus tard, les vaisseaux le Washington et X^sDetxx^ Associés^ furent désignés pour leur servir de prison et de tombeau (1).

Sur les DeuX'Associis quatre cent quarante prêtres étaient parqués dans un étroit espace, séparé de la partie réservée aux matelots par une cloison armée de quatre canons chargés à mitraille et dirigés contre eux. Ils étaient tellement serrés, qu'ils ne pouvaient ni remuer, ni s'asseoir, presque tous contraints de rester debout et immobiles toute la journée. La nuit, ils étaient encore plus entassés dans l'entrepont, car il n'y avait guère que 44 centimètres de largeur pour chacun, et à peine 66 centimètres au-

(1) On conduisît à Rochefort 76 prêtres de l'Allier, 3 de TAube, 4 da Calvados, 23 de la Charente, 13 de la Charente-Inférienre, 9 du Char, 27 des Côtes-du-Nord, 21 de la Creuse, 62 de la Dordogne, 6 du Doahs, 9 d'Eure-et-Loir, 29.du Finistère, 2 d'IUe-et-Vilaine, 1 de la Loière, 2 de la Manche , 5 de la Marne , 3 de la Haute-Marne , 48 de la Meurihe, 119 de la Meuse, 7 du Mont-Blanc, 7 du Morbihan, 45 dé la MoseUe, 1 de la Nièvre, 8 de l'Orne, 36 de Sa6ne-et-Loire, 3 de la SarUie, I de Seine-et-Marne, 81 de la Seine-Inférieure, 2 des Deux-Sèvres, iO de la Somme, 33 de la Vienne, 89 de la Haute-Vienne, 15 des Voeges, 15 de l'Yonne.

^essi:m.s de leur coq>s étendu. L*un des prisonniers, Tabbé àe lA. Briche, a raconté en détail leur supplice.

« F'i^farez-yous on obscar et ténébreux cacbot, de cinq pieds six pouctts de haut dans sa plus grande élévation, garni dans tout son poorionr de piacets ou lits de camp. C'est en partie sur ces placets qoi couchait le plus grand nombre d'entre nous, mais si serrés et ^ F^^eiséSy que nos bras sortaient nécessairement sur le corps de noiToisins, et que nous ressemblions parfaitement à des harengs ^ eaqne. Les autres étaient étendus dans le milieu du cachot sur P^osieurs lignes et ne laissaient aucun espace vide, en sorte qu'ils ^^'îeat nécMsssairement foulés aux pieds par ceux qui voulaient ^'^rder les placets, outre que plusieurs avaient à leur proximité et même touchaient immédiatement les puants baquets qui servaient de latrines à près de quatre cents hommes durant dix à onze heures de nuit. S'ils n'avaient pas de placets au-dessus de ^^isï tête, ils avaient, ce qui était pis encore^ des hamacs portant ^^tMx hommes chacun et, par conséquent, très affaissés et incom- OAodant excessivement ceux qui étaient au-dessous, lesquels leur ^®i*Taiant le plus souvent de marchepied pour s'élancer dans leur eoadie douloureuse. C'était dans cet affreux caveau que tous les '^^n, à on signal donné, nous allions nous entasser péle-méle, ^^^^r^éhaot notre place à tâtons. Nous eussions crié au secours, '^^■^dn le dernier soupir, qu'on ne nous eût donné ni secours ni aide. Qa*oii juge si la perspective de ces affreuses nuits devait nous ^^^yer. Anssi, leur approche seule nous glaçait d'épouvante ! Quel *^Pplice, grand Dieu ! Quand ce n'eût été que l'air fétide et cor- PompQ ^i 1^3 exhalaisons infectes et empoisonnées qui sortaient de ^ lien empesté, et qui, dès l'entrée vous saisissant vivement * odorat, vous portaient au cœur! »

^ l4*encombrement était si grand qu*il était impossible d*ar- ^ver à sa place sans marcher sur les corps des prisonniers. ^u inanquait d*espace pour se déshabiller, et Ton étouffait ^e chaleur; les malheureux captifs, au bout de très peu de ^mps, étaient inondés de sueur.

^ On ne s'imagine pas combien ces sueurs étaient excessives, et

I^^Vait-il en être autrement, étant pressés au point où nous l'é-

^ot^l Qq^ excès de presse alla si loin, que malgré toutes les me-

^^*^^s que les officiers nous faisaient, le sabre nu à la main, pour

?^^^ obliger à nous serrer encore davantage en nous mettant sur

j c<lté, il vint un temps où il ne fîit plus possible à aucun confrère

^® Wonver place parmi nous. Que fit alors un de nos officiers, qui

*^^lt désigné à un déporté nouveau venu sa place, dans le quartier

^^ j'habitais? « Puisqu'ils ne veulent pas te faire place, lui dit-il.

380 GONSTITUTIOH CIYILB DU CLERGÉ.

jette-toi en travers sar leurs jambes, » et il se retira. Quand nous lear faisions entrevoir Timpossibilité de loger parmi nous ces noiiveaux venus, ils répondaient tantôt que ceux qui périraient feraient place aux autres, tantôt : Vous en verrez hUn d'autres; s^U en meurt vingt, nous en ferons venir quarante.,,

« Pour purifier l'air, on nous régalait tous les matins d*iine fumigation de goudron. Cette opération consiste à plonger dans nn petit tonneau plein de cette matière, deux on trois boulets ronges ; ils produisaient une fumée épaisse et d'une odeur forte et Acre ; aussitôt chacun de nous de tousser, de cracher, jusqu'à extinction, que Ton fût enrhumé, pulmonique, asthmatique, n'importe, il fallait respirer cette fumée irritante, dût-on cracher le sang, dûtron rendre l'âme, au milieu des efforts et des convulsions qu'elle oce^ sionnait. >»

En conduisant les ecclésiastiques dans leurs vaisseaux, on avait fouillé leurs valises et enlevé la plus grande partie de leurs effets. Les vêtements qu*on leur laissa furent bientôt usés et infectés de vermine : il leur fallut passer un hiver très rigoureux avec ces haillons qui ne les couvraient plus; et jamais on ne leur accordait de feu. fiien moins heureux que les galériens, ils n'avaient ni matelas ni paille pour leur servir de lits, aussi ceux qui n'étaient plus jeunes, ou qui n'avaient pas une santé très robuste, mouraient presque tous.

« Cette mortalité fut aussi en partie l'effet de la petite quantité et surtout de la mauvaise qualité des aliments qu'on nous donnait. On ne nous servait presqu'à cette époque que des salaisons et du biscuit. Or, tout le monde sait que le biscuit et les salaisons engendrent le scorbut. Nous mourions de faim... Nos aliments étaient le plus souvent des gourganes ou fèves de marais bonillies dans l'eau et pleines de charançons ; le bouillon en était noir, c'était la soupe aux charançons ! On nous en servait régulièrement tons les soirs. Souvent aussi elles faisaient notre dîner; elles n'étaient jamais cuites à raison de leur vétusté. Les premiers jours, la plupart les jetaient à la mer. Après quelques mois, nous dévorions les gourganes comme si elles eussent été un manger exquis. Nous mangions debout, les pieds constamment dans l'eau, et noos n'avions qu'un petit couteau à manche de bois entre dix... Nous prenions nos repas en des lieux pleins d'immondices, tous ceux d'une même table dans le même plat ou gamelle de bois, toujours lavée à l'eau froide, et souvent nullement lavée à défaut d'eau. Les sains mangeaient avec les malades, les scorbutiques avec ceux qoi n'étaient pas encore atteints de cette maladie... »

Pendant le jour, les prisonniers étaient rassemblés sur le pont dans un étroit espace, et trop empilés pour pouvoir marcher : dans la belle saison le soleil les brûlait ; dans la mauvaise, ils étaient exposés à toutes les intempéries. La nuit, on les renfermait dans Thorrible prison qui a été déjà décrite. Le dernier des mendiants eût méprisé les haillons qu*ils portaient, mais quand Tun d*eux mourait, chacun réclamait une partie de ces lambeaux pour se couvrir.

« L*ane de nos cruelles souffrances, dit encore M. de La Briche, c'est qae nous étions littéralement dévorés par la vermine. On n*a pas d*ldée de Tinconcevable quantité de poux qui nous couvraient nuit et jour... Notre grande occupation, dès que nous étions libres de monter sur le pont et dans Tintervalle de nos repas, était de donner la chasse à ces ennemis du corps humain... Enfin, que dirai-je de plus, quelques femmes charitables de Saintes, qui, lors de notre arrivée dans cette bienfaisante cité, eurent le courage de lessiver gratuitement notre linge, comparaient la vermine qui resta au fond du cuvier, au riz qui s'accumule au fond du vase où on le lave avant de le faire crever. Ces détails, je Tavoue, sont repoussants au suprême degré, mais il faut bien que le lecteur ait le courage d'apprendre ce que les confesseurs de la foi, aidés de la grâce, ont eu le courage de supporter.

« Gomment peindre maintenant ces mêmes hommes, lorsque la contagion commença à se répandre parmi eux? Il en tombait malades chaque nuit jusqu'à dix, douze et au delà. Et de quelles maladies, bon Dieu ! C'était le scorbut, nous en étions presque tous atteints, et quelques-uns en étaient proprement rongés. C'étaient des plaies horribles à voir et qui, restant le plus souvent sans pansement, devenaient nécessairement mortelles. C'étaient des fièvres malignes et inflammatoires qui vous jetaient tout de suite dans un état de surdité, de stupeur, d'insensibilité. C'étaient surtout des fièvres chaudes qui rendaient furieux des hommes naguère doux comme des agneaux. Un vieux chirurgien de Rochefort qui vint nous visiter disait que, si on eût mis un chien dans notre cachot, dés le lendemain il serait devenu enragé. Les deux chaloupes destinées à recevoir nos malades ne suffisant plus, il en restait sur le bâtiment un grand nombre. i>

Bt les nombreux malades étaient traités avec la plus horrible barbarie :

« Dans le grand hôpital, soixante malheureux prêtres, étendus à demi nus sur le plancher nu, aussi pressés que nous l'étions sur le vaisseau même, froissés par un roulis presque continuel, ayant souvent la moitié du corps dans l'eau que la chaloupe recevait de

382 CONSTITUTION CIVILB DU CLBRGÉ.

toutes parts, sans remède et, pour ainsi dire, sans médecins, sonrent môme sans tisane à défaut d*eau douce, formaient le spectacle le plus déchirant pour des cœurs sensibles. Lors de rétablissement dn petit hôpital de mer, les malades étaient restés trois jours sans ean, sans feu, sans remèdes, quoique TofOcier de santé y vint journellement* Le premier infirmier, indigné qu*il prescriylt des remèdes et des tisanes qu*il savait bien ne pouvoir leur être adminislrés, prit sur toi de demander s'il venait insulter Thonnéteté ou porter des remède^ aux malades. Quoiqu'il cherchât aussitôt après à réparer cette impnidcnte sortie, on le conduisit à bord des Deux-Aêsodés, et là il fut décidé qu'il avait mérité la mort, mais qu^tm préférait l'envoyer au grand hôpital pour qu'il y mourût plus lentement... La nuit, nous n'avions pcûnt d'infirmiers, point de boissons, pas même de lumière; les malades qui croyaient avoir assez de forces pour se traîner aux baquets tombaient sur leurs voisins, à demi morts, ou s'égaraient dans leur trajet et finissaient par se laisser tomber au hasard à l'endroit où ils se trouvaient, c'est-à-dire sur qael* qu'un de leurs confrères à qui la douleur arrachait des cris déchirants... Il n'était pas rare d'en trouver à la pointe du joar deux on trois qui avaient ainsi rendu le dernier soupir dans l'obscurité de la nuit. Une fois il en périt jusqu'à quatorze en vingt-quatre heures, tant du Washington que des Deux- Associés... »

Aussi les malades attendaient-ils la mort comme une délivrance ; mais pieusement, sans impatience ni révolte, en vrais confesseurs de la foi. Écoutons le récit d*im autre déporté, Tabbé Rousseau :

c( Au milieu de cet abandon complet, de cette misère profonde,^ nos malheureux frères ne levaient les mains vers le ciel que po demander miséricorde en faveur de leurs bourreaux. Un câlm parfait régnait dans tous les esprits, la sérénité de leur flme élaîV^ peinte jusque dans leurs yeux, on n'entendait ni plaintes ni mur» mures. D'un bout du vaisseau à l'autre on les voyait, au contraire se consoler, s'encourager mutuellement par l'espérance prochaine du bonheur qui les attendait, et quand le trépas était venu consommer leur sacrifice, on découvrit sur le corps d'un très grana nombre, des instruments secrets de pénitence, des chaînes de fe des cilices.

« La mort, qui chez les peuples les plus barbares command une sorte de respect et de commisération, devenait pour nos reaux l'objet d'une joie féroce... Aussitôt qu'un de nos confrère mourait sur le vaisseau hôpital, on hissait au haut des mâts pavillon tricolore, pour annoncer à l'équipage des cette heureuse nouvelle. A l'instant les cris de vive la vive la sainte montagne! se répétaient dans tout le bâtiment;

L6 CLKRGÉ CONDAMNÉ A MORT. 383

faisait voler les chapeanz en s*écriant : ce Voilà un scélérat de moins, quand donc verra-t-on périr le dernier? » En entendant ces cris, je ne pouvais croire que j'étais parmi des hommes I »

On avait probablement choisi les officiers et les matelots de ces vaisseaux, car ils traitaient les malheureux prisonniers avec la dernière inhumanité, et s'étudiaient à leur faire les plus lâches insultes. Un jour le capitaine du Washington voyant plusieurs prêtres prier à voix basse : t Eh quoil fanatiques, je crois que vous invoquez votre Jésus? G*est en vain que vous 'priez ce coquin-là, il ne saurait vous retirer d'ici. » Le capitaine des Deux-Associés, revenant de faire une orgie avec celui du Washington, disait aux prfttres de son navire en les raillant sur leur misère: « Quoi donc, scélérats, vous ne riez pas? Votre Jésus dit pourtant qu*on doit s*estimer heureux quand on souffre. Goûtez donc et savourez votre bonheur (1). »

Go supplice de tous les jours dura près de deux ans. Les malheureux prisonniers passèrent ainsi deux hivers, et celui de 1794 à 1795 fut extraordinairement rigoureux. Et la souffrance morale venait nécessairement s'ajouter à leurs tortures physiques. Ils étaient condamnés à l'inaction la plus complète. Leurs chapelets, leurs crucifix, leurs bréviaires leur avaient été enlevés. Il leur était même interdit de prier ostensiblement ! Toute conversation était espionnée, on était puni des fers pour avoir dit un mot latin. Dans une situation aussi physiquement tourmentée, la méditation était impossible; ils étaient livrés à un horrible ennui, quelques-uns en perdirent la raison, et furent pris d'un délire furieux. Ils en étaient littéralement réduits, pour passer leur temps, à rapiécer leurs guenilles et à se débarrasser de leurs poux. Gette dernière occupation ne leur faisait jamais défaut; plusieurs, en proie à d'intolérables démangeaisons, se firent des plaies qui, faute des soins les plus indispensables, devinrent mortelles. Il y en eut chez qui cette vie produisit l'engourdissement moral le plus complet, et qui finirent par perdre la mémoire au point d'oublier mfime l'oraison dominicale I

Sur huit cent vingt-sept ecclésiastiques déportés à Ro-

(i) GhmxoN, /et Martyrs^ tome I, p. 363.

384 CONSTITUTION CITILB DU CLBRGft.

chefort, deux cent quatre-vingt-cinq seulement survécurent, cinq cent quarante-deux périrent au milieu de ces horribles tortures! Il était bien plus commode de se débarrasser des prêtres, par de semblables moyens, que de recommencer des massacres comme ceux des Carmes et de Saint-Firmin. Cette manière de procéder avait pour les révolutionnaires le triple avantage de ne point causer autant de scandale, d*ôtre encore plus meurtrière, et de faire souffrir davantage leurs victimes.

On envoya à Bordeaux et à la citadelle de Blaye, les ecclésiastiques de TAveyron, de la Corrèze, duPuy-de-DAme, de la Haute-Loire, du Cantal, d*Indre-et-Loire, de la G6ted*Or, du Rhône, du Yar, de TAin, TAriège, de la Mayenne, de la Gironde, et des départements voisins. Us y furent bientôt entassés au nombre de neuf cents au moins. Ds n*avaient point de paille pour se coucher, on leur donnait du pain noir pour nourriture avec de Teau corrompue, et quelques bouchées de viande, mais seulement les vendredis et les samedis pour mieux humilier le fanatisme! A Blaye, ils furent entassés, les uns au fort de Ttle du Pâté, les autres au petit cône de la citadelle ; ils y habitaient des souterrains obscurs oit Teau découlait des voûtes, et où ils couchaient sur la terre humide. On leur donnait si peu de pain noir, et d*une si mauvaise qualité, quUls furent réduits à dévorer le peu d'herbe qui poussait dans cette île sablonneuse. Une fois ils restèrent trois jours sans pain, et plu- sieurs moururent de faim (1). Us étaient aussi dévorés par 'la vermine.

Trois mois après la chute de Robespierre, on les fltd travailler comme des forçats , rouler des pierres , et ce fui pour eux un adoucissement à leur situation; mais déji deux cent cinquante avaient succombé. Les survivants furent ensuite embarqués sur trois vaisseaux qui devaient les conduire en Guyane, mais ils furent bientôt ramenés Bordeaux et à Blaye, et les fièvres firent d*énormes ravages^ parmi les malheureux prisonniers. L*un des déportés ^ M. Colas-Dubignon, supérieur du petit séminaire de Bour-^ ges, a caractérisé la vie des prêtres à Rochefort et à Blay^ '

(i) GuiLLON, tome I, pp. 387 et suiv.

LE CLBB6£ CONDAMNé ▲ MORT. 385

d*une manière vraiment sacerdotale : « Nous fûmes, a-t-il dit, les plus malheureux des hommes et les plus heureux des chrétiens. »

Ainsi le clergé paroissial avait été exilé en bloc, par le décret du 26 août 1792, et tout prêtre, rentré en France, était, depuis le décret du 18 mars 1793, mis à mort sur la simple constatation de son identité.

Les autres ecclésiastiques étaient condamnés, par la loi du 23 avril, aux tortures dont nous avons essayé de donner seulement une idée. Ceux qui ne se soumettaient pas à Texécution de cette loi étaient également punis de mort.

Tout ecclésiastique catholique qui exerçait le ministère était donc condamné à mort, et bon à exécuter dans les vingt-quatre heures.

Cette législation épouvantable est antérieure au 31 mai, elle est Tœuvre des révolutionnaires dits modérés aussi bien que des jacobins, et lorsque ces prétendus modérés reviendront au pouvoir, ils se garderont bien de Tabolir.

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