CHAPITRE XI
CHUTE DES eiROlTDIRS.
S I. La eonveation envoie dans les départements des oommisaaifes qjù les terrorisent et préparent une révolution nouvelle. — Bourdon de rOise et Lecarpentier en [Normandie font la chasse aux prêtres el dressent des listes de suspects. — Excès des soldats en Vendée. — Arrêtés atroces de Fouché. — Il établit à Nantes un trilnmal révoHitionnaire. — Lemailland et Guermeur font arrêter Les servantes des curés.
§ II. Le département d*Indre-et-Loire fait arrêter des suspects. — TalUen le modère un peu , et promet aux populations le maintien de Tê^ise constitutionnelle. — Le régime des suspects est établi aussi dans le nord de la France.
S III. Persécution en Alsace. — Suspects déportés à Tintérieur. — Rn Franche-Comté, les lois révolutionnaires sont appliquées avec beaucoup plus de rigueur à ceux qui ne vont pas à la messe constitutionnelle. — Arrêté de Collot -d*Herbois et de Laplanche à Nevers contre le costume religieux. — Dans tout le reste de la Franoe , les commissaires emprisonnent les religieuses, ainsi que de nombreux suspects royalistes et girondins, et lèvent des taxes arbitraires. — Cinq prêtres égorgés à Saint-Chinian.
§ rv. Lutte suprême des girondins et des jacobins à Paris. — Journées du 31 mai et du 2 juin. — Proscription des girondins.
§ V. Caractère et conséquences de la révolution du 31 mai. — > LJÉ girondins ont été, jusqu^à la fin, aussi persécuteurs que les jacobins. — Aussi leur tyrannie antireligieuse, a été Tune des principales cansM de r inertie des populations après le 31 mai.
Depuis le 21 janvier, les jacobins, devenus maîtres absolus de Paris, cherchent par tous les moyens à se débarrasser des principaux orateurs de la gironde, afin d'asservir complètement la convention, et par elle la France entière. Les girondins n'avaient plus aucun appui dans la capitale, mais ils comptaient sur les départements. Les jacobins résolurent habilement de désorganiser leur parti, afin de pouvoir exécuter ensuite sans danger à Paris le coup d'État qu'ils mé«
ditaient. Us firent donc décréter par la convention Tenvoi
dans les départements d'un grand nombre de ses membres,
comme commissaires chargés de veiller à Texécution des
lois révolutionnaires récemment votées, et de surveiller les
armées. Ces commissaires furent tous, sauf deux ou trois,
j)ri8 dans le parti jacobin, et sous le couvert d*une mission
patriotique et d*ordre public, ils travaillèrent très ouverte-
joent à préparer la révolution du 31 mai et le règne défini-
^tif des jacobins. Tous leurs efforts tendirent à terroriser,
ii briser les administrations favorables aux girondins, à en-
j^ober leurs partisans parmi les suspects, et leur enlever
3>ar avance tout moyen de résistance au coup d*État qui de-
'"Tait être exécuté bientôt à Paris.
Les commissaires étaient investis d'une autorité illimité ; la [convention ne prit point d*abord la peine de dé- '^rminer nettement ni leurs pouvoirs, ni les pays qu'ils devaient tjrranniser. On les voit gouverner à plusieurs le .xnème département, puis agir séparément, puis passer dans autre, sans être assujettis à aucune règle, et ne tenant »mpte que de leurs arrangements particuliers, ou des fan- ^laisies du comité de salut public. Le décret du 30 avril leur ^onna formellement des pouvoirs dictatoriaux, ils eurent :xiotamment le droit de suspendre et de destituer les généraux et les agents civils et militaires, et de traduire au tribunal révolutionnaire tous ceux qu'ils accuseraient de complot ou de conspiration. Avec la guerre aux girondins, la persécution religieuse fut leur principale préoccupation. Aussi est-il nécessaire d'étudier leurs arrêtés pour bien se rendre compte de l'exécution de l'horrible décret du 23 avrils et de la situation religieuse de la France au moment de la révolution du 31 mai (1).
De nombreux commissaires furent envoyés en Normandie dès le mois de mars 1793, pour jacobiniser cette province, sous le prétexte patriotique de veiller aux approvisionnement et à la défense des côtes.
(i) Le décret du 30 avril envoya en mission soixante-trois députés, •avoir : près Tarmée du Nord, Gasparin « Duhem , Delbrel , Carnot, Lesage-Senaut, Courtois, Cochon, Lequinio, Salengros, Bellegarde, DuqnesBoy, Cavaignac. Près l'armée des Ardennes, Delaporte, Hentz, De- ▼iUe , Milhaud. Près celle de la Moselle^ Soubrany, Maribaut-Montaut,
Un décret du 9 mars envoya d'abord Bourdon de l'Oîse et Lecarpentier dans le département de la Manche et les départements environnants : ces deux montagnards ignorants et grossiers s'entendaient parfaitement à révolutionner une contrée, c'est-à-dire à fomenter partout la délation, à exciter les passions de la populace, opprimer les consciences, et rançonner tous ceux qui possédaient ou étaient présumés posséder quelque chose. Lecarpentier, ancien huissier & Yalognes, Tun des premiers agitateurs; de cette ville, était particulièrement redoutable , car il connaissait parfaitement le pays qu'il était chargé de tyranniser.il se montra, du reste, tout à fait digne de la confiance que les montagnards lui avaient témoignée : aussi mérite-t-il d'être compté parmi les plus odieux proconsuls de la convention I
Ces deux terroristes donnèrent aussitôt la chasse aux prêtres ; et lorsqu'ils eurent fait un certain nombre de prisonniers, ils annoncèrent dans une proclamation, aux populations terrifiées, le sort qui les attendait.
<c L'ordre dans rintérieur était & la veille d*être troublé par des misérables qui se disaient les prêtres d'un Dieu de paix, d'un Dieu qui lui-même a prêché rôgalité et la fraternité sur la terre, mais qui voulaient en allumant le feu des dissensions civiles, armer le frère contre le frère. Tous ceux que nous avons pu découvrir, ar-
Maignet, Levasseur de la Meurlhe. Près celle du Rhin, RewbeU, Merlin de Thionville, Haussmann, Ruamps, Pflieger, Duroy, Louis. Laurent, Ritter, Ferry. Près celle des Alpes, Albitte , Gauthier, Nioche, Dubois- Crancé. Près Tarmée d*Italie, Barras, Beauvais (de Paris), Despinassy, Pierre Bayle. Près celle des Pyrénées-Orientales, Fabre (de l'Hérault), Leg^s, Bonnet (Hérault), Projean. Près celle des Pyrénées-Occidentales, Féraud, Isabeau, Qarreau, Chaudron-Rousseau. Près l'armée des cêtes de La Rochelle , Carra , Choudieu, Qarnier (de Saintes) , €k>upiUeau, Mazade, Treilhard. Près celle des côtes de Brest, Alquier, Merlin, Gillet, Sevestrc. Près Tarmée des côtes de Cherbourg, Prieur (de la Marne), Prieur (de la Côte-d'Or), Romme , Lecointre (de Versailles). Dans la Corse, Salicetti, Delcher, Lacombc-SaintrMichel. Dans le département de la Loire-Inférieure, Coustard. Les commissaires déjà en fonctions^ mais non compris dans cette liste , devaient reprendre leiur place à la convention. Sur ces soixante-trois commissaires, on ne comptait que deux girondins, Carra et Coustard. La montagne était si bien décidée à recourir à la violence contre la majorité de la convention qu*eUe n'hésitait pas à se priver de soixante députés dé&vorables aux girondins. En effet, la lutte n'était déjà plus sur le terrain parlementaire, et la montagne estimait avec raison que ces soixante commissairea lui seraient bien plus utiles en province que dans la convention.
rétés par les ordres de la convention nationale, qne nous représentons ici, vont être conduits à trois mille lieues de leur patrie , à rile de Saint- Vincent. Que tous les citoyens qui en connnaissent d'autres les arrêtent, les conduisent dans les prisons de leur district, sans distinguer le prêtre qui était tenu au serment de celui qui n'y était pas tenu, sans même distinguer celui qui s'est parjuré en faisant depuis peu le serment que son cœur a refusé pendant quatre ans (i). »
Le prix du pain était très élevé, et Ton redoutait la famine. Le 19 avril. Bourdon et Lecarpentier prirent prétexte de ces craintes pour rançonner les propriétaires.
« Nous, Bourdon et Lecarpentier, commissaires de la convention nationale dans les départements de la Manche et de TOme, requérons les administrateurs du district et de la municipalité de Valognes, de faire délivrer des exécutoires contre les riches, lorsque le prix du blé excédera les facultés des pauvres, qui seront calculées^ sur les journaux, et fixées dans une moyenne proportionnelle aux jours composant la semaine, et par les sommes prises sur les riches, d'indemniser soit en blé, soit en pain les nécessiteux ; leur recommandant de prendre ces mesures simultanément dans tout le district de Yalognes. »
On voit tout de suite à quels abus, à quelles extorsions, Tapplication de semblables arrêtés, confiée à des hommes violents, inhabiles, et souvent malhonnêtes, devait nécessairement donner lieu I
Mais ce n*était pas assez pour les proconsuls de faire la chasse aux prêtres, et de prendre des arrêtés vexatoires sous prétexte de subsistances. Il fallait, pour écraser les partisans des girondins imposer à la France Tabominable régime des suspects qui fut officiellement décrété quatre mois après. Le 5 mai. Bourdon et Lecarpentier réunissent à Coutances, en comité secret, les membres du département du district et du conseil général de la commune pour prendre des mesures de salut public « contre les personnes inciviques ou suspectées » et ,les soumettre aux représentants qui statueront définitivement.
Ce comité décida qu*il procéderait de la manière suivante ron dresserait d*abord une liste de suspects, et on en donnerait lecture au comité. A Tappel de chaque nom, le
(1) Archives nationales, AFII, 120.
président demandera si quelque membre du comité veut parler contre la personne désignée comme suspecte , et ensuite si quelque autre membre veut parler en sa faveur^ et signer sa réclamation, La personne ainsi réclamée par un des membres du comité obtiendra Tinsigne faveur de n*ètre point déportée hors du département. On suivit exactement cette manière de procéder. La liste des suspects contenait une soixantaine de noms, parmi lesquels on comptait an certain nombre de religieuses, que personne n*osa défendre. Mais il y eut des réclamations en faveur de quelques laïques, et elles furent plus nombreuses à la seconde lecture de la liste. Néanmoins trente-sept suspects dont personne n*avait osé prendre la défense, restèrent dénoncés aux rigueurs arbitraires des représentants. Elles ne se firent point attendre, car les deux conventionnels, dans un compte rendu de leurs opérations en date du 12 mai, annoncent qu'ils viennent, en attendant mieux, d*interner à Goutances quatorze ou quinze personnes très suspectes. On voit que le régime des suspects a été inauguré bienavantla fameuse loi, avant même le 31 mai.
Bonnet et Duroy furont chargés d'abord de rSure et du Calvados, Prieur de la Marne, Romme, Lecointre, Oudet, et ensuite Robert Lindet, vinrent les rejoindre avec des pouvoirs qui s'étendaient également sur les départements de la Manche et de TOrne.
Le 1 1 mai, à Évreux, Prieur, Romme et Lecointre, font une proclamation furibonde, pour ordonner aux propriétaires d'enlever à leurs frais de leurs maisons les derniers vestiges de la féodalité et de la royauté, sous peine d'être traduits au tribunal révolutionnaire. Ils se rendirent ensuite à Bayeux, où ils firent appel au zèle des sociétés populaires par des proclamations frénétiques. Dans celle du 19 mai, ils dénoncent les émigrés et surtout les prêtres réfractaires.
« Vous n'avez plus voulu de ces vampires qui suçaient le sang du peuple. Eh bien, pour s'en venger, ils veulent le répandre à grands Ilots ; ils veulent vous égorger, paice que vous avez voala être libres, et jouir des droits sacrés dont la Providence a fait le plus bel apanage de Thomme (1). »
(1) Archives nationales, AFII, 101 et suivants.
CHUTE DES GIBONDINS. 423
Ils décrètent à Bayeux une levée de 1 6,000 hommes pour Tarmée des côtes de Cherbourg, et font de leur côté la guerre aux cloches. Le 24 mai, ils arrêtent que dans les départements de TEure, de TOrne et du Calvados, les cloches seront fondues, et qu*on en laissera une seule dans chaque paroisse. On voit qu*ils devançaient la loi du 23 juillet 1793, comme celle des suspects.
Dans le Maine, la persécution religieuse était très active, et les autorités rendaient les prêtres responsables des mouvements insurrectionnels qu*elles avaient provoqués par leur brutale intolérance. Le 1" mars, le directoire de la Mayenne donne commission à un adjudant général de faire la chasse aux prêtres, il stimule le zèle des soldats, en leur rappelant la prime de cent livres accordée à quiconque arrêtera un réfractaire. Le 11 avril, ce département envoie onze prêtres à Bordeaux : on les fait passer par Tours où des volontaires veulent les assassiner; on les réunit à soixante-dix prêtres |du diocèse de Tours, et à douze de Blois ; on les entasse tous dans des charettes, et le 22 avril, ils partent ainsi de Tours pour Bordeaux : une troupe de furieux veut encore les égorger, mais heureusement, leur escorte fait son devoir, et les brigands sont repoussés. Plusieurs prêtres et plusieurs soldats sont blessés dans la lutte. Enfin ils arrivent à Bordeaux après un horrible voyage de quinze jours ; on les jette dans des prisons malsaines, puis on les entasse dans des vaisseaux, où presque tous moururent de misère ou de maladies.
Les commissaires Choudieu et Richard passèrent, en mars 1793, quelques jours au Mans. Dans une proclamation du 18, ils se plaignent « de la tiédeur vraiment incroyable » qui règne au Mans. Au point de vue religieux, la révolution était pourtant très avancée dans cette ville, et Ton pouvait pressentir Tabolition prochaine du culte. Le clergé constitutionnel s*éclaircissait par de honteuses désertions, et ses membres les plus recommandables étaient tracassés par les autorités civiles.
Le 9 mai. Le Mans vit pour la première fois un prêtre catholique monter sur Téchafaud, c'était Pierre Bodereau, âgé de quarante ans, vicaire du Pré. Il fut en vertu de la loi du 18 mars traduit devant un. jury militaire pour être
resté sur le territoire français, quoique déporté par la loi du
26 août, et pour avoir soustrait des vases sacrés à la profanation et exercé le culte en secret. Il mourut tout à fait en martyr (1).
Les autorités du Mans semblaient s*étudier à prouver aux constitutionnels que leur temps était passé. Chaque jour, elles supprimaient quelque cérémonie du culte. Ainsi le conseil général interdit le pain bénit et défendit àTévôque intrus Prudhomme de paraître dans le chœur sur son trône épiscopal. Le 25 mai, Prudhomme, qui venait d'ordonner deux prêtres, eut la malencontreuse idée de fairB sonner les cloches. Aussitôt les autorités les firent descendre et les envoyèrent à la fonderie (2).
Fouché vint à Laval le 25 mars ; il n*y passa que deux jours, mais employa bien son temps en faisant de nombreuses arrestations. De Laval, il se rendit directement à Nantes qu'il était chargé de terroriser. A peine arrivé, le
27 mars, il adressa aux Nantais une grande proclamation dans laquelle il promettait à la garde nationale une solde pour ses heures de service. Les spectacles furent interdits, car les Nantais, suivant Fouché, ne devaient songer qu*à réprimer Tinsurrection vendéenne. Les troupes républicaines de Nantes laissaient beaucoup à désirer au point de vue de la discipline ; aussi Fouché et son collègue Villers, quelques jours après leur arrivée, adressaient une proclamation aux soldats et aux gardes nationaux, pour leur interdire le pillage. Nous aurons à enregistrer bien d'autres proclamations flétrissant Tindiscipline, les vols, les dévastations, les barbaries inutiles des troupes républicaines, et elles émaneront toutes de conventionnels, qu'il est impossible de suspecter de modérantisme ni môme d'humanité I Des hommes célèbres par leur violence, par leurs goûts sanguinaires, seront effrayés des excès des troupes et chercheront à les arrêter^ mais presque toujours leurs efforts seront infructueux.
La loi du 19 mars donnait des attributions très considérables aux tribunaux criminels dans les départements désolés par la guerre civile ; et celle du 7 avril les autorisait à se
(1) DoM PiouN, p. 257. — (2) Ibidem^ p. 265.
CHUTE DBS GIRONDINS. 425
transporter dans les chefs-lieux de district pour juger les rebelles. Pouché et Villers trouvèrent ces lois insuffisantes et établirent un tribunal révolutionnaire. Mais ils ne se bornèrent point à appliquer et à étendre la loi si rigoureuse du 19 mars, ils inventèrent des pénalités nouvelles. Le â8 avril, les deux proconsuls, sans slnquiéter de la convention, prirent un arrêté très grave, qui était, suivant eux, un supplément nécessaire de la loi du 19 mars. Cet arrêté créait des commissaires civils chargés d*accompagner Tarmée dans chaque commune suspecte, et de prendre contre ses habitants les mesures les plus rigoureuses :
« Ceux des pères de famille de ladite commune (art. 2) qui, dans les vingt-quatre heures de la publication, ne seront point rentrés dans leurs demeures et livrés à leurs travaux ordinaires seront réputés faire partie des rassemblements des brigands, et comme tels déclarés déchus de la propriété de leurs biens qui seront dès lors mis à la disposition de la nation.
On devait aussi se saisir de leur mobilier sur-le-champ. La loi si sévère du 19 mars ne prononçait la confiscation que contre les rebelles fusillés et les chefs tués. Fouché et Villers, de leur propre autorité, la décrétaient contre tous ceux qui étaient simplement soupçonnés !
Les enfants des absents ou brigands au-dessus de quatorze ans, tous les fils de famille, sans exception, non rentrés dans les vingt-quatre heures, étaient déclarés brigands, déchus de leurs droits à la succession de leurs parents, comme les émigrés : le tout, bien entendu, sans préjudice de Tapplication de la loi du 19 mars contre ceux qui seraient pris les armes à la main : Fouché ne voulait toucher à la loi que pour l'aggraver. Il eut la bonté de maintenir l'espèce d'amnistie accordée à ceux qui rentreraient dans les vingt-quatre heures, mais il ajouta une condition nouvelle, en exigeant qu'ils eussent déposé leurs armes dans les quarante-huit heures (1).
La ville de Nantes était en majorité républicaine, mais elle avait toujours incliné vers le parti girondin ; auss voyait-elle avec indignation les dénonciations continuelles des clubistes de Paris contre les modérés de la convention.
(1) Archives nationales, AFII, 265.
Fouché, fidèle à la tactique que les jacobins suivaient alors avec le plus grand succès, cherchait à endormir la vigilance des uns, et à intimider les autres. Dans ce but, il adressa le 7 mai aux Nantais, une curieuse proclamation :
« Ne vous laissez point effrayer sur les convulsions violentes qui agitent quelquefois la cité de Paris, elles sont la prolongation des combats de la liberté avec toutes les aristocraties... elles épurent Tatmosphère. Repoussez loin de vous ces demandes liberticides, ces calomnies virulentes qu'on vient de publier sous vos yeux contre nos frères de Paris... Jusqu'ici les Parisiens ne vous ont pas trompés sur la désignation de vos ennemis, comment croiriez-vons légèrement qu'ils veulent vous égarer aujourd'hui?... 11 est un principe sur lequel on n'a pas assez réfléchi et qui a été développé avec énergie par un orateur philosophe ; dans une république qni a un territoire immense, la cité où siège la représentation nationale a nécessairement l'initiative de rinsurrection contre les usurpateurs du droit du peuple. Et, s'il en était autrement, la liberté qui pour se sauver n'a souvent qu'un jour, qu'une heure, qu'un moment, serait à la merci des premiers tyrans (1).
« Républicains, la ville de Paris n*a d'autre crime aux yeux de ses détracteurs que d'agir pour le peuple, de penser que toat doit être fait pour le peuple, de croire à sa vertu et à ses mœurs, d'avoir armé son bras pour la défense de ses droits. »
Fouché, quelques jours après, céda la place à Merlin de Douai, qui vint à Nantes, par Rennes, le 17 mai, accompagné de Sévestre, Gavaignac et Gillet. Le fameux Ronsin» adjoint du ministre de la guerre, les avait précédés. Le tribunal révolutionnaire créé par Fouché aurait dû être supprimé en exécution de la loi du 15 mai, qui annulait toute création de tribunal extraordinaire faite sans rautorisation expresse de la convention. Mais les commissaires ne voulaient point se priver d'un moyen de terreur aussi précieux. Us prirent donc le 20 mai un arrêté déclarant que ce tribunal ne pouvait être considéré que comme une section nouvelle du tribunal criminel, et que, par conséquent, il n*était pas atteint par la loi du 15 mai. Ils renvoyèrent immédiatement juger les rebelles à Guérande où il resta en permanence plusieurs mois. Leur correspondance avec le comité de salut public renferme des renseignements assez curieux
(1) Archives nationales, AFII, 265.
sar l'état des esprits en Bretagne. Le 15 mai, ils lui écriraient de Rennes :
«c Nous partons demain ponr Nantes, ville où les jeunes gens velbsent de marcher, tandis que ceux d'ici se font tuer pour le (sic) cléliTrer des brigands qu'ils ont laissé criminellement se multiplier ^0Tant eux et qui sont dans un nombre et dans une attitude tellement formidables, qu'il faudra toute l'énergie de nos soldats, et 'toute Totre vigilance pour en purger la république. »
A peine arrivés à Nantes, ils se plaignent de la mollesse de ses habitants. S'il faut en croire leurs rapports, le zèle Térolutionnaire de cette garde nationale de Nantes, qui «yait si violemment imposé aux villages voisins des curés Sntrus» s'était singulièrement refroidi depuis que les camjiagnes étaient en insurrection ouverte, et qu*il fallait se iMittre sérieusement avec des troupes nombreuses de paysans exaspérés (i).
Merlin fut à Nantes le digne agent des jacobins, il prit mine multitude de mesures terroristes (ï) et, dès son arrivée, s*6iudia i briser le parti girondin et à terrifier tous les réimblicains modérés. On a dit avec justice qu'il fut à Nantes le précurseur politique de Carrier. Les administrateurs, €im étaient pour la plupart des girondins déterminés, lui tinrent tète fi'équemment. Peu de temps avant le 31 mai, Bierlin exaspéré de la résistance de Tun d'eux, s'écriait au milieu d'un dîner : « Bientôt toute la clique rolandine dis-
(i) Let commissaires écrivirent au comité de salut public que lors de leur réception par les autorités une discussion assez vive s*était élevée entra eux et le maire et les corps administratifs. Ces derniers prétendaient que les représentants avaient été trompés sur la situation du pays, c Ca qa*il faut, disaient les conventionnels, c'est arracher le drapeau blanc qui est là à Saint-Sébastien, allez Varracher : allez avec nous! AUons-y! Nous marcherons à votre tête », et ils se rendent sur le cours on la garde nationale devait être réunie, mais, « ce que nous avions pmaenti s'est réalisé; l'armée nantaise n'était composée tout au plus que de 906 hommes. Plusieurs bataillons étaient de 18 à 20 hommes, et sans drapeau. » Pour stimuler le zèle de la garde nationale, les commissaires firent une belle proclamation. Elle leur valut des félicitations • du comité, mais elle ne paraît pas avoir exercé une grande influence •or les Nantais. Archives, AF, II, 265.
(2) Le 28 mai, Merlin et Qillet approuvent un arrêté du département du Morbihan, décidant que la maison de Montméjan, chef de rebelles dans le district de Rochefort, sera rasée. Bientôt on rasera aussi les maisons des girondins.
paraîtra du sol de la liberté ; et bientôt cinquante mille Parisiens viendront mettre à la raison les Nantais et leurs défenseurs (1). »
Mais les « rolandins », dans leur lutte avec les jacobins» n'avaient garde do défendre contre eux ni les droits de la conscience, ni ceux de Thumanité : les girondins nantais avaient toujours été des persécuteurs acharnés; ils traitaient les prisonniers blancs avec une extrême cruauté. Dès le début de la guerre, la fusillade et la guillotine avaient fonctionné à Nantes. Pour démontrer Tabsurdité des accusations de faiblesse et de connivence avec Tennemiqui leur étaient constamment adressées parles jacobins, ils se montraient de plus en plus impitoyables pour les catholiques et les royalistes. On se débarrassait de beaucoup de prisonniers en les fusillant, mais, en outre, on abattait beaucoup de têtes, comme le prouve un lugubre arrêté de CSoustard constatant qu'une seule guillotine est devenue insuffisante ; il rappelle qu'un arrêté de Merlin et de Gillet du â6 mai a transporté le tribunal révolutionnaire à Guérande.
« Considérant que les maisons d'arrêt de Nantes regorgent de détenus et qu'il est urgent de vider ces maisons, considérant encore qae la guillotine, étant nécessaire à Nantes, ne peut être transportée à Guérande, et voulant lever les difficultés résultant de cet ordre de
choses... »
Il arrête que le tribunal révolutionnaire ira à Guérande^ et que le tribunal criminel ordinaire en fera les fonctions à Nantes et jugera les détenus d'après la loi du 19 mars, c'est-à-dire révolutionnairement. Mais comment se passer de la guillotine à Nantes ? L'article 4 de l'arrêté tranche la difficulté ; il serait trop long de faire venir une seconde guillotine de Paris, et « considérant l'utilité de l'exemple qui serait donné sur les lieux », Goustard décide que les condamnés seront fusillés comme s'ils avaient été jugés par une commission militaire (2). Et l'auteur de cet arrêté est un girondin dont la tête tombera bientôt!
La montagne, sous prétexte de veiller à la défense des côtes de Brest, avait envoyé dans la Basse-Bretagne Le Mail-
(1) Mkllinet, Histoire de Nantes, i. VII, p. 245.
(2) Archives nationales, AFII, 265 et suivants.
CHUTE DEâ GIRONDINS. 429
liapd et Guermeur. Le 5 avril, ils firent à Quimperlé une proclamation remplie de déclamations contre << les ci-devant nobles et les 'prêtres également féroces et sanguinaires i>. Le 27, ils prirent un arrêté qui ordonnait démettre Immédiatement en arrestation de nombreuses catégories de personnes suspectes, et, entre autres, les servantes des curés réfractaires. Cet arrêté est précédé de considérants -ftrès curieux (i).
ce Considérant que les dangers ont été préparés et comme amonœlës sur la tète des amis de la liberté et de Tégalité par les ma- KiŒuvres perfides de ces ôtres qui, peu dignes de la qualité d'homjmes, n'avaient d'existence que par les abus, ou d'importance que <ians une opinion égarée par des préjugés absurdes ou par une superstition de crédulité.
« Que les individus attachés par servilité, par habitude ou par m^^orance, & ces dominateurs du genre humain, que ceux qui, les snidns encore fiétries des chaînes de Tesclavage, regrettent les fers dont le génie de la liberté les a dégagés, sont aujourd'hui les prindpaux ressorts de la dégradation do l'esprit public ou du xnoins les canaux empoisonnés par lesquels circulent tant de prof>os et d'écrits, soit décourageants, soit propres à semer la haine, Ba défiance, la division et la discorde dans la république. »
En conséquence, ils ordonnent d'arrêter :
ic Tous les gens suspects, notamment les pères, mères, sœurs,
enfants des émigrés, des officiers de l'armée du traître Dumouriez,
leurs agents et receveurs ; les religieuses non volontairement sorties
de leurs covxents et les domestiques des prêtres déportés qui fuibitent
leur ancienne demeure. »
Les domestiques des nobles étaient déclarés suspects» pounjuoi n'aurait-on pas traité de même les servantes des curés proscrits? La révolution ne se contentait pas de sévir contre les êtres les plus humbles, lorsqu'ils osaient parfois manifester des sentiments généreux, elle les frappait impitoyablement, malgré leur silence, lorsqu'elle les soupçonnait de conserver ces sentiments au fond de leurs cœurs. Il est bon de remarquer en passant qu'elle a toujours persécuté le dévouement des serviteurs, et n'a jamais cessé de les inviter à dénoncer, à vendre leurs maîtres.
L'article 5 de l'arrêté détermine une prison pour tous
(1) Archives nationales, AFII, 26^ et suivants.
430 CONSTITUTION CIVILB DU GLEB6É.
CCS suspects. L'article 8 porte qu*il sera procédé au séquestre et à la vente du mobilier des domestiques des prêtres absolument comme pour les émigrés ; le produit * de la vente sera versé entre les mains du receveur du district qui en rendra compte à qui de droit. Ainsi donc, avant le 31 mai, avant le triomphe définitif de la montagne, deux obscurs montagnards pouvaient impunément disposer de la liberté et des biens des citoyens (1).
Les députés Rochegude, Prieur de la Marne et Oefermon avaient été envoyés en Bretagne dans le courant de mars 1793. Le 1*' avril, ils écrivaient de Saint-Malo, au comité de salut public, une lettre contenant des aveux très graves sur les fatales conséquences de la constitution civile.
«.... Ce fanatisme s'est plus ou moins répanda dans les campagnes, et dans quelques communes les officiers manidpaux sont dénoncés comme aristocrates parce qu'ils s'éloignent des prêtres constitutionnels. Sans la division élevée par les prêtres ^ on ne trouverait guère dans les campagnes que des patriotes. Noos avons regretté d'avoir à sévir pour des querelles de religion, mais l'inconvénient de laisser à la tête des communes de la côte des officiers municipaux contre lesquels s'élevait l'opinion publique, nous a déterminé à les suspendre par notre' arrêté n® 61... »
La rigueur des commissaires contre les prêtres et contre tous ceux qui étaient accusés ou soupçonnés de regretter Tancien régime ne servit qu'à exaspérer les campagnes ; leur despotisme indigna également les républicains des villes. Si les girondins n'avaient pas irrité aussi profondément les paysans par la persécution religieuse , et rendu presque impossible tout rapprochement contre Tennemi
(1) Par un autre arrêté du 6 mai , les mêmes procoosuls, intimement convaincus que la dénonciation est le nerf du gouvernement révolutionnaire, invitaient les citoyens à leur dénoncer les cachettes que les émigrés avaient pu faire , ou les dépôts qu'ils avaient pu confier à des amis, ou les biens immeubles qu'on aurait oublié de mettre sous séquestre. Naturellement, ils offraient aux dénonciateurs une prime assez forte, c'était le dixième du prix de vente des objets mobiliers qu'ils auraient fait saisir. Ceux qui feraient découvrir les immeubles reeeTraient le dixième de leur revenu jusqu'au jour de la vente et toucheraient ensuite le dixième du prix. (Archives nationales, AFII, 263 et suivants.)
Lie directoire du Morbihan avait déjà, avant les commissaires, dressé des listes de suspects assujettis à une résidence fixe et à des appels. La convention avait approuvé sa conduite le 28 mars.
CHUTE DBS GIRONDINS. 431
^^ommun, le jacobinisme n'aurait jamais pu s'implanter en Sreiagne et y faire d'innombrables victimes parmi les républicains comme parmi les royalistes.
En avril 1793, l'insurrection vendéenne avait déjà remporté des saccès sur la rive gauche de la Loire, et la convention ^Tait cru nécessaire d'envoyer plusieurs commissaires avec des troupes nombreuses dans les départements qui étaient jparcourus par les bandes insurgées, ou exposés à être en- ^▼ahis par elles. On avait opposé dès le début aux Vendéens des forces assez importantes, mais composées en grande partie de gardes nationaux et de nouvelles recrues. Une partie de ces soldats improvisés marchait à contre-cœur, les antres ne songeaient qu'à piller. A la séance du 26 avril, il fat donné lecture à la convention d'une lettre des adminisirateurs de Maine-et-Loire ; elle attestait l'exactitude des I>laintes que le général Berruyer lui avait déjà fait parvenir sur la conduite de ses soldats. Une partie de Tarmée, disait c^tte administration, se livrait au pillage, au viol, à l'incendie; les brigands avaient respecté les propriétés, les soldats €}ni Tenaient les défendre les dévastaient. Carra soutint que c^es accusations étaient exagérées et que de meilleures 'boupes étaient arrivées récemment. Néanmoins, il reconnut qae le général Ligonnier avait subi un échec, et fit sur les causes de sa défaite une révélation assez curieuse :
« J*ai été, dit Carra, témoin de la déroute de ]*armée de Ligonnier, et en voici la cause : c'est qu'elle était entièrement composée d'habitants des campagnes sans instruction militaire et sans armes, et ces paysans disaient au général : » Pourquoi Youlez-vous que nous allions tuer des paysans comme nous? »
Le môme Carra se trouvait à Saumur, en qualité de commissaire, lorsque les troupes commandées par le général Quétineau éprouvèrent une sanglante défaite sous les murs de Thouars. Ce désastre causa une grande panique, et il y eut dans le camp de la révolution un déchaînement uni-» versel contre ce malheureux général qui n'avait eu sous ses ordres que des troupes mal exercées et indisciplinées. On l'accusa naturellement de trahison et avec d'autant plus de fureur qu'il avait été réduit à faire une sorte de capitulation. Carra eut du moins le mérite de ne point s'associer
4Zi CONSTITUTION GlVItE DtJ CLERGÉ.
à ces injustes accusations et de rétablir les faits sous leor véritable jour ; le il mai, il écrivit à la convention :
« Que la véritable cause de la défaite de nos troupes dans cette occasion était, d'une part, la lâcheté habituelle des gardes nationales de campagne non exercées, et de l'autre, rentétement de la plus grande partie de son armée à vouloir s'enfermer dans les murailles de Thouars, au lieu de faire une retraite sûre vers Doué on sur Montreuil et Loudun. »
Quétineau lui a paru « malheureux et non coupable ». U se plaint vivement des agents subalternes de la convention. U a renvoyé à Saumur la femme de Quétineau, que le département dlndre-et-Loire avait fait arrêter et dont le seul crime est d'être la femme de son mari. U afQrme que ce général en se rendant a promis seulement de ne pas porter les armes contre les Vendéens , à moins d'échange ou d'autre arrangement, et finit par cette déclaration : -
c( J'ajoute que ceux qui sont venus débiter des calomnies contre lui sont précisément ceux-là, suivant le noble usage des lâches, qui ont déchiré eux-mêmes leurs habits dé garde national, crié : Vive le roi! et se sont mis à genoux pour demander leur grâce (1). »
Hais bientôt Carra fut proscrit, et le malheureux Quétineau condamné à mort par le tribunal révolutionnaire.
La prise de Thouars remplit d'effroi les prétendus volontaires qu'on dirigeait de force sur la Vendée (2). Bourbotte et
(1) Il raconte aussi à la convention un beau trait de civisme du général Quétineau : « Ayant appris la trahison de Dumouriez , dont on lui faisait un crime d'avoir été le protégé, il fit débaptiser sur-le-champ son enfant, qui avait eu le malheur de prendre le nom de Dumouriez , dans le temps que le traître passait pour républicain. » Archives nationales, AFII, 265. Il serait fort intéressant de savoir quel nom il avait substitué à celui de Dumouriez I
(2) La panique fut très grande. Le 7 mai, Carra écrit d^Angers « que les troupes désertent et sont insubordonnées, surtout la légion de Rosenthal, qui sans ordre a abandonné le poste de Montreuil et par là exposé le corps de Ligonnier à Saumur. » Archives^ ibid. Résumé du comité de salut public. — Auguis, commissaire dans le département des Deux-Sèvres , écrit le 1 1 mai qu'autour de lui tout le monde est en proie à ime panique véritable. Le même jour, Coustard écrit aussi que quatre cents hommes du 4« régiment d'infanterie ont abandonné armes, drapeaux , canons devant les révoltés, et qu'il va les faire juger à Nantes par une cour martiale.
u Tout va mal , écrivait à la convention Canclaux, commandant det troupes réunies à Nantes ; nos Volontaires refusent le combat on se font
Julien, de Toulouse, commissaires à Orléans, prennent le 9 mai un arrêté contre les fuyards qui « abandonnent lâchement leurs drapeaux », pour ordonner qu'on les reconduise à leur corps « qui fera justice de leur lâcheté » (1).
Le 15 mai, les représentants envoyés à Tarméè, des côtes de la Rochelle formèrent à Saumur une commission centrale de correspondance composée de Carra, Delaunay, Cboudieu et Dandenac, qui devait s'entendre avec les commissaires dispersés dans les départements voisins. Éclairés parle désastre de Thouars, ces députés essayèrent de ramener Tordre et la discipline dans Tarmée. Ils lui adressèrent le 20 mai une proclamation qui contenait toute une série de mesures énergiques. Mais les troupes s'étaient dès le commencement de la guerre adonnées au pillage, et des chefs indignes leur en avaient donné l'exemple. Les représentants avaient beau décréter des mesures sévères dans Tintérèt des troupes qui s'étaient souvent fait battre à cause die leur indiscipline, le mal était déjà trop enraciné (S).
iMittre honteiuement. Les enfants de Paris ont seuls Tenthousiasme national, les patriotes de ces provinces ne Tauront que lorsqu*on leur ^tcccrdera de brûler les châteaux et confisquer les terres à leur profit. 11 MmaX lûvr offrir le stimulant qui leur permettra de se dévouer à la "JPnnee. » Ce général n^avait pourtant rien de commun avec Ronsin et Rossignol, il constatait seulement la valeur morale de ses soldats.
(1) Archives, AFII, 265.
(2) Les Vendéens avaient relâché un certain nombre de prisonniers, «n leor faisant promettre solennellement de ne plus porter les armes contre eux. Creuzé-Latouche et Thibaudeau, dans une proclamation datée de Poitiers le 24 mai, adressèrent de nombreuses injures à ces Vendéens dont ils étaient bien décidés à ne pas imiter la générosité, et ordonnèrent aux prisonniers relâchés de ne point tenir leur parole. « S'il est des citoyens qui croient encore être liés par les serments qu'ils ont fait entre les mains des brigands vainqueurs, ce. sont des lâches ou des traîtres... Si les hommes qui ont resté quelque temps au pouvoir des brigands refusent encore de servir la patrie, qui les relève de leurs serments, qu'ils soient effacés de la liste des citoyens et traités comme suspects ; s'ils essaient de propager leurs perfides scrupules ou leurs écrits liberticides^ que la loi frappe aussitôt leurs têtes criminelles,,. » Archives, ibid.
434 CONSTITUTION dYlLB DU CLERGÉ.
Les administrateurs du département d'Indre-et-Loire avaient été très effrayés des premiers succès des Vendéens» et avaient craint un moment de les voir envahir leur territoire. Us en prirent prétexte pour soumettre le département à un régime de terreur. Le 18 avril, ils prirent un arrêté qui annulait les certificats de civisme délivrés jusqu'alors. Les notaires, les fonctionnaires salariés non élus, les avoués, hommes de loi, nobles, prêtres, devaient dans le mois solliciter un nouveau certificat, qui devait être concédé et par la commune, et par le district, et par le département. Les administrateurs dlndre-et-Loire ne se contentèrent point de prendre des arrêtés vexatoires et oppressifs ; ils firent, en outre, des arrestations si nombreuses que Tallien luimême, envoyé dans ce département et dans ceux de Tlndre et de Loir-et-Cher, en fyt scandalisé : par arrêté pris à Loches le 21 avril devant les corps administratifs réunis, il mit en liberté sous diverses conditions une grande partie des détenus (1).
Ainsi des conseils administratifs osaient de leur propre autorité emprisonner un grand nombre de personnes. Pendant les années 1791 et 1792, ils avaient pu traiter ainsi le clergé, avec Tapprobation tacite du pouvoir législatif. Après avoir illégalement attenté à la liberté des prêtres sous prétexte de salut public , ils en étaient venus naturellement à
(1) Il déclara que, après avoir vu les différents chefs d^accusation qui ont déterminé l'arrestation des personnes détenues dans le canton de Loches, « considérant que plusieurs de ces chefs d'accusation ne sont étayés d'aucune preuve, que parmi les détenus il y en a encore beaucoup qui n'ont pas été interrogés, et voulant concilier les principes de la justice et de l'humanité avec les intérêts sacrés de la république », il arrête : Article !•' : que dix-neuf personnes, dont deux femmes, seront mises aussitôt en liberté. Article 2 : que trois détenus resteront en arrestation jusqu'à la fin des troubles de la Vendée, à moins de charges nouvelles. Article 3 : quatorze , dont une femme, seront détenus qoinxe jours à la maison d'arrêt. Article 4 : pour seize autres, l'information continuera, elle sera renvoyée devant le comité de surveillance d'Indre-et- Loire, « pour recevoir une nouvelle extension ». Les élargis seront surveillés par leurs municipalités. Archives nationales, AFII, 265.
CHUTK DES GIRONDINS. 435
décider que ce môme salut public les autorisait à arrêter tout citoyen réputé dangereux, et ils avaient rempli les prisons de laïques, dont quelques-uns avaient, peu de temps auparavant, applaudi à ces attentats, parce qu^alors les prêtres seuls en étaient victimes. Uattitude de Tallien n'est pas moins caractéristique. Ce représentant du pouvoir suprême ne songe pas à redresser les abus, ni les empiétements des autorités inférieures; il vient uniquement substituer l'arbitraire du proconsul conventionnel à la tyrannie des autorités locales : il met en liberté sous certaines conditions, il ordonne des détentions arbitraires, soit pour un temps, soit jusqu'à la fin de la guerre, se substitue aux juges et distribue des lettres de cachet I La gironde se débat encore à Paris, mais le jacobinisme prend possession de la province et lui applique la loi des suspects qu'il n'oserait pas pour le moment présenter à la convention. Qu'on s'étonne après tout cela, de la facilité avec laquelle la France parut accepter le 31 mai et le joug de la montagne I
Le 13 avril, aussitôt après son arrivée, Tallien et son i^ollègue Goupilleau de Fontenay, avaient fait une proclamation dans laquelle ils déclamaient contre les prêtres caiholiques, en affectant de les appeler mauvais prêtres, parce <fu*ïLs étaient appelés les bons prêtres pmr les campagnards restés fidèles à l'orthodoxie.
fc Méfiez-vous de ceux qui ont tenu à ]*ancien régime, ils ne peuvent pas être les amis du nouveau... Ne souffrez pas que vos femmes, vos enfants, aient des relations avec ces mauvais prêtres qui, au nom d'un Dieu de paix, prêchent le meurtre et sèment la division au sein de vos familles... »
Il invite ensuite les citoyens à respecter les propriétés nationales qui sont trop souvent dévastées , et leur rappelle qu'elles n'appartiennent pas à une commune, mais à la nation entière.
c( Les dégrader, les piller, ou en persécuter les acquéreurs, c'est miner la nation et la forcer à faire banqueroute (souligné dans l'original)... Citoyens, la convention nationale s'occupe constamment de votre bonheur, elle suit les traîtres avec courage, elle les fait punir; elle vient de décréter que le riche contribuera aux charges de TËtat dans une proportion supérieure à celle du pauvre. Le$ Iriens communale vont être partagés^ Vous garderez vos bons
436 CORSTITBTION CtTlLE DD CLEBCt.
(soulignés) prêtres constitutionnels; eolin, elle fera pon tout ca (p'elle pourra afin d'adoucir son sort, et ce sera faitra, »
Le moindre défaut de cette proclamation est di d'odieux appels à la cupidité et à la haine des ch rieures : elle est empreinte de la plus détestable h Parfaitement initié aux plans des jacobins, T; foire l'éloge des constitutionnels et garantir le m leur culte; bient&t on verra ce que vaut cette solennelle. La proclamation finit dignement par ( « Guerre aux mauvais prêtres, aux aristocrates, et
Les commissaires envoyés dans le nord de la Frt trèrent le plus grand zèle à créer des catégories d( et 1 remplir les prisons. Le 1" avril 1793, Caraot i Sénaut prenaient un arrêté très significatif:
I' Autorisons les administrateurs du département du lais & prendre les mesures que la nécessité pourra leui même ft faire mettre en état d'arrestation les citoyens suspects de manœuvres contre-révolatiomiaires. »
On voit que ces représentants, bien que vi théâtre de la guerre, et chargés surtout de veille soins de l'armée, n'oubliaient point de terroriser. Il cependant, beaucoup à faire pour procurer le i aux troupes, pour approvisionner les places fortes tre en état de défense et arrêter la désertion. Les tants réunis écrivaient de Lille, le 31 mars, au c •alut public une lettre qu'il a ainsi résumée :
o Delacroix, Gossuin, Robert, Merlin, annoncent le ( total en munitions de guerre, troupes et subsistances, d se trouve la place de Lille menacée d'être nouvellemen par nos ennemis,., assurent que Poche est seul la coûte mumenl, et qu'ils craignent que nos autres places ùo soient dans le même état (1). »
(l) Archivet tiatùmatu, AFII, 232. — Les déierUnra devi pltu en plus nombreux. Le procèa-Terbal d'une réunion leu commiBiairea A Douai, le 12 mai, pour conféiw sur tes l'armée, contient des renseignemenu inléreiianU sur ces improTïgës, qui, d'aprtia la légende réToIulionnaira, aursJsnt i vement composés de patriotes armés des pins hautes vertns, des soldats d'éliW, an prenant l'uniforme. •■ Un membre a
Depuis TarrÔté du 1*' avril, on mettait en prison tous ceux qui passaient pour suspects. Ce n^était pas encore assez. Les autorités locales , peut-être d'accord avec les commissaires, qui voulaient leur laisser prendre Tinitiative d'une pareille mesure , décrétèrent le Si mai la déportation des suspects à Tintérieur , et le 25 les représentants en mission :
«... Confirment et maintiennent les mesures de sûreté' générale prises par les administrations du Pas-de-Calais et du Nord, les autorisent à faire transporter dans Tintérieur, notamment aux châteaux de Ham et de Doullens, les personnes détenues comme suspectes. » Sxqnt : Lesage-Sénaut, L. Courtois, Delbrel, de Bellegaade, Gasparin (i).
Encore un arrêté qui traite les laïques absolument comme on traitait les prêtres en 1791. On a mis deux ans à peine pour en arriver là !
Camot et Duquesnoy suivaient Tarmée de plus près. Nous avons retrouvé une proclamation qui leur fait honneur. Les soldats français avaient commis à Fumes d*odieux excès. Ces deux commissaires flétrirent énergiquement leur conduite , et donnèrent Tordre de livrer et les voleurs et les receleurs à la rig:ueur des lois.
«... L'univers saura donc que des Français, que des républicains ont oublié les lois et leur serment, qu'ils ont résisté au cri de l'honneur, outragé la nature et violé les droits de l'homme ; quel
<{ne, loin de cesser, la désertion deyenait tous les jours plus effrayante ; que, malgré les précautions prises pour faire arrêter ceux qui abandonnaient leurs drapeaux et rentraient dans Tintérieur, un grand nombre d'entre eux trouvaient néanmoins des moyens , soit de ruse^ soit de violence, pour échapper à la vigilance des gardes établis, que plusieurs d*entre eux étaient porteurs de faux congés ou billets d*hépital , que ces citoyens rentrant dans l'intérieur souvent avec leurs armes, n'osant pas se retirer dans le lieu de leur domicile , crainte d'y trouver la honte et le mépris qu'inspire leur lâcheté, pourraient se répandre dans les départements désolés par les insurrections et y grossir le nombre des rebelles. Sur ces observations, il a été arrêté que, à partir du 1«' juin prochain, aucuns billet d'hôpital et congés absolus ou limités ne pourront être expédiés que sur des formules imprimées et avec toutes les formalités pre8crite8,M'ailIeur8, par les lois,et qu'il sera écrit à la convention pour rinviter à rendre contre les déserteurs une loi dont l'application effraye par des exemples prompts et sévères, au milieu des camps mêmes, les UcIms qui seraient tentés d'abandonner leurs drapeaux. » Signé : Duhbm, Cou&TOU, Dblbrbl, LsQumio, Lbsaob-Sbnaut. {Archives, AFU, ibidem.) (1) Archives, ibidem.
triomphe pour nos ennemis I Quel prétexte pour oalomnier la réTolation! (4)... »
Malheureusement, ils oubliaient qu'ils avaient eux-mômes par leurs proscriptions , fourni aux ennemis de la révolution d*excellents motifs, non pas de la calomnier, mais de l'accuser très justement.
Les députés Delaporte , Hentz , Deville envoyés dans les Ardennes, commencent par établir le f avril un comité de surveillance à Sedan. Ce comité sera composé de trois membres élus par le conseil général de la commune, d'un membre élu par le district, et d'un membre élu par la société populaire. Us annoncent hypocritement que ce comité sera dissous, lorsque l'ennemi sera à dix lieues de la frontière. En attendant, il est autorisé à mettre en arrestation les perturbateurs et les suspects, sauf à en référer au conseil gé« néral du département. Le A mai, les commissaires, « informés des bons effets que cet établissement a déjà produits», portent à dix le nombre des membres du comité, et étendent singulièrement ses attributions :
u Art. 5. Le comité de surveillance aura le pouvoir de faire arrêter sur-le-champ tous ceux qui oserai eut proposer la royaaté ou qui machineraient directement ou inâtredement pour préparer .es esprits à Tacceptation d'un roi, au renversement de la liberté et de régalité, tous ceux qui auraient trempé dans la conspiration de Dumouriez ou dans tout autre complot contre la liberté nationale.
u Art. 6. Il fera traduire au tribunal extraordinaire (de Paris) les prévenus ci-dessus après interrogatoire et information préalable.
« Art. 7. Il fera déporter hors du département et à la distance de vingt lieues dans rintérieur ceux qui, par leurs discours ou leurs actions seraient suspects de manœuvres contre-révolutionnaires.
o Art. 8. Les membres de ce comité ne pourront prendre leurs arrêtés qu'après avoir délibéré au moins au nombre de cinq; leurs arrêtés seront exécutés par provision, et ils pourront requérir la force publique pour leur exécution, lorsqu'elle sera nécessaire (2). »
Les commissaires ne pouvaient s'arrêter en si beau chemin : le 15 mai, ils établirent aussi un comité de salut public de quinze membres à Mézières. Des officiers accusés de royalisme, ou simplement dénoncés par leurs inférieurs
(1) Archives, AFII, 232. — [2] Jbidem, 87.
furent renvoyés à vingt lieues des frontières. Un arrêté signé Hentz et Deville chargea des commissaires de visiter en présence du directeur de la poste , et les lettres qui devaient partir pour Tétranger, et celles qui en venaient.
Les riches furent naturellement pressurés. Le 25 mai, un arrôté signé Milhand, Deville, Séb. Delaporte et Hentz prescrivait de saisir pour Tarmée tous les chevaux de luxe avec leurs harnachements. L'article 5 est ainsi rédigé :
« Les districts, les municipalités, les comités de surveillance feront passer dans huit jours au département et au comité central une liste des riches qui habitent leur territoire respectif, et la taxe des emprunts patriotiques qu'on peut exiger à raison de la fortune de chaque individu porté sur cette liste. »
L*article 7 fait donner à Tarmée par les citoyens aisés de grandes couvertures , ou de la toile propre à faire des tentes. On voit qu'au 31 mai le département des Ardennes était déjà très révolutionné.
A Orléans, le fameux Léonard Bourdon s*enivrait chez l^évôque constitutionnel de Jarente, insultait des gardes nationaux qui ne le connaissaient pas, se faisait arrêter par eux oomme un vulgaire ivrogne , puis les accusait d'avoir voulu 1 "assassiner, et les faisait guillotiner.
Il se rendit aussi à Dijon, et là de concert avec son collègue Prost, il devança de six mois la loi des suspects, car, le 1*' avril 1793, les commissaires ordonnaient aux administrateurs du district de faire sur-le-champ des recherches dans les ci-devant châteaux, dans toutes les maisons suspectes, dans toutes celles qui seraient soupçonnées de servir de retraite à quelque contre-révolutionnaire, et les autorisaient à faire ouvrir les portes et requérir la force armée toutes les fois qu'ils le jugeraient convenable. Us leur prescrivaient, en outre, une foule de mesures inquisitoriales , entre autres :
« Hs feront arrêter les ci-devants seigneurs, les domestiques attachés à leurs personnes, les prêtres insermentés, et toutes les personnes suspectes laïques ou ecclésiastiques (1). »
Tous les citoyens absents de leur commune devaient être inscrits sur la liste des émigrés , à moins qu'ils ne prou- Ci) Archives, AFUi 135.
vassent leur présence en France dans le délai d*un mois à partir de la dénonciation. Comme cette dénonciation restait presque toujours inconnue, on inscrivait par vexation, sur les listes d*émigrés, une multitude de personnes qui n^avaient jamais quitté la France.
Dans TÂlsace , déjà si éprouvée par la constitution civile, les représentants en mission exercèrent un terrible despotisme. 11 faut, cependant, reconnaître que quelques-uns d'entre eux essayèrent d'arrêter les dilapidations des jacobins locaux : ainsi, le 11 janvier 1793, Couturier Hûlh, Dentzel nouvellement arrivés dans ce pays posaient une série de questions à l'administration du Bas-Rhin ; nous relèverons celles-ci.
ce... N'existe-t-il pas dans le district des sociétés de monopoleurs qui accaparent entre eux des domaines nationaux, sans que d'autres puissent réussir à s'en faire adjuger; et n'cst-il pas vrai que ces accapareurs revendent en détail ces biens dont ils retirent des bénéfices exorbitants?
«Ne se trouve-t-il pas dans ces associations souvent des administrateurs qui les favorisent et participent aux bénéfices (1)? »
Des associations de ce genre existaient à peu près partout, on verra plus loin, combien leur organisation était forte dans certaines contrées. Mais les commissaires s'occupaient surtout de persécuter les modérés. Le il février, Couturier et Dentzel écrivent à la municipalité de Strasbourg que l'esprit public est affaissé dans le département du Bas-Rhin, et pour le relever , ils lui ordonnent d'expulser de Strasbourg seize personnes, dont le procureur de la commune, son substitut précédemment suspendu, un officier municipal, deux gazetiers, et un prédicant. Ces bannis ne pourront se retirer ni dans le département du Bas-Rhin , ni dans celui du Haut-Rhin, ni dans le district de Bitche. De plus, la municipalité devra intimer l'ordre à cinq autres individus d'être plus circonspects à l'avenir. Le maire Dietrich accusé de conspiration était déjà arrêté depuis longtemps. Le 16 fé-
(1) Archives, AFII, 135.
CnUTB DES GIRONDINS. 441
mer, les commissaires ordonnent encore à la municipalité de surveiller une centaine de personnes et d'enjoindre à sept autres de tenir une conduite plus prudente.
Us n'oublièrent point la chasse aux prêtres. Le 12 février, ils transportent le directoire du district de Benfeld à Barr, parce que Benfeld est une ville trop peu patriote « ancienne résidence du cardinal de Rohan entièrement dévouée au fanatisme et à raristocratie».Ils rappellent dans leur arrêté que, le 13 septembre précédent, le département a suspendu plusieurs administrateurs du district, qu'ils ont été réélus et que, aussitôt, les prêtres déportés sont rentrés en foule. Pour ne pas s'exposer à une nouvelle réélection qui leur parait assurée, ils suspendent les membres du district en déclarant qu'ils ne pourront être réélus jusqu'à ce que la convention en ait autrement ordonné, et nomment euxmêmes des administrateurs nouveaux. Us enjoignent à ces derniers « de porter une attention sévère et une surveillance des plus actives sur les prêtres perturbateurs qui ne rentrent sur le territoire que pour y allumer la guerre civile ». On voit combien les commissaires redoutaient la force du sentiment catholique dans cette contrée.
Golmar eut bientôt ses proscrits comme Strasbourg. Le 10 avril, le conseil général de la commune présentait aux commissaires Louis et Pfliéger une liste de vingt-six suspects à déporter. Ils étaient presque tous hommes de loi ou artisans, et pas un n'est désigné comme appartenant h la noblesse. Le même jour, les commissaires prirent un arrêté qui les déportait à Besançon.
Fidèles à leur culte,les paysans de l'Alsace récitaient leurs prières en commun autour des croix et devant les chapelles ornées d'images. Les plus odieuses violences contre les catholiques étaient tolérées et encouragées par les autorités révolutionnaires; ainsi à Hochstatt, les 20 et 21 mai, sous les yeux de la municipalité, onze familles qui n'allaient pas à la messe constitutionnelle furent pillées, et quelques personnes blessées; à Grandcour, des volontaires envahirent une maison où se trouvaient des prêtres catholiques et l'un d'eux fut tué en s'enfuyant (1).
(1) Vbron-Rkyillb, Révolution dans le Haut-Rhin, p. 101.
A Besançon , les autorités , tout en persécutant vivement les réfractaires , travaillaient avec beaucoup de zèle à la dissolution de Téglise constitutionnelle. Un bénédictin passé au schisme, dom Mougin, s'était marié le 19 février dans cette ville. Le 26, la municipalité déclara qu'elle refusait tout certificat de civisme, c'est-à-dire tout traitement, aux vicaires épiscopaux jusqu'à ce qu'ils eussent donné un avis favorable au mariage des prêtres. Elle ordonna en môme temps au procureur de la commune de poursuivre les ecclésiastiques qui oseraient s'opposer à l'exécution d'une loi quelle qu'elle fût , c'est-à-dire qui auraient l'audace de dire soit en chaire, soit même en conversation, que l'Église défend aux prêtres de se marier et aux fidèles de divorcer (i).
Le 26 mars, la convention avait décrété le désarmement de tous les suspects. On en profita pour faire subir aux catholiques de nouvelles vexations. Les campagnes n'étaient pas sûres, et la police était très mal faite, car on employait surtout la gendarmerie à traquer les émigrés , les prôires réfractaires et leurs prétendus complices. Ceux qui habitalent des maisons ou des fermes isolées avaient besoin de quelques armes pour tenir au moins les maraudeurs en respect; du jour où ces armes leur étaient publiquement enlevées, ils étaient, pour ainsi dire, livrés à la discrétion des malfaiteurs. Mais les jacobins ne voulaient pas autre chose. La commune catholique de Belleherbe avait été désarmée tout entière; on n'avait fait aucune exception en faveur des autorités locales qui étaient aussi accusées de fanatisme. Le maire exposa au département comment le district de Saint-Hippolyte avait accueilli sa réclamation.
«... Je n'ai pas été peu surpris ni mortifié de m*entendre dire par le président du district : « Vous n'aurez ni ftisils ni piques tant que vous n'irez pas à la messe, » J'ose espérer une décision plus juste de votre directoire. Ce serait une grande erreur de distinguer les bons citoyens des mauvais par ceux qui vont à la messe ou par ceux qui n'y vont pas. Cette erreur serait plus grande encore aujourd'hui... Celui qui s'abstient d'aller à la messe, parce qu'on lui a fait croire qu'il ne pouvait y aller sans ofi'enserDiea,ne mérite pas plus d'être privé de ses armes pour sa défense que celai qui, avec la même croyance, va à la messe pour se ranger du parti le
(i) Sauzay, tome III, p. 551 •
plus fort, et obtenir des places qu'on ne donne plus, dans ces montagnes» qa'à ceux .qui vont à la messe, ou que celui qui, éloigné des églises depuis longtemps par irréligion, ne les fréquente acgourdliui que pour s'autoriser à molester ceux qui ne les fréquentent pas... »
Si Ton accuse les habitants de sa commune d'être des fanatiques, comment qualifiera-t-on les constitutionnels et leurs procédés envers les catholiques ?
... u Parmi les prêtres actuels, il y a au moins autant de fanatiques que parmi les précédents : ce sont de vrais fanatiques ceux qui, an lieu de prêcher la paix, s'occupent à exciter la fureur des factieux et des anarchistes contre des citoyens paisibles qui veulent profiter de la liberté accordée aux opihions religieuses. On m'a dit à Saint-Hippolyte que, si nous voulions obtenir la restitution de nos armes, il fallait demander un prêtre constitutionnel. Serait-il possible que, pour obtenir un acte de justice, il fallût exposer une commune aussi paisible que la nôtre à des troubles et des divisions directement opposés à l'esprit de la révolution?... »
Mais les habitants de Belleherbe n'avaient pas voulu de prêtre constitutionnel, leur cause était perdue d'avance ; le directoire répondit :
M Qa*il était de notoriété publique que, de tout temps comme actuellement, la généralité des habitants de Belleherbe se trouvait subjuguée par le fanatisme opiniâtre, et que, en conséquence, il avait été légalement procédé au désarmement (i). »
Aux yeux de la convention, tous ceux qui jne vont pas à la messe constitutionnelle par scrupule religieux, sont suspects au premier chef, et doivent être traités comme tels. Le aiarché que le district de Saint-Hippolytc proposait au maire de Belleherbe : « Allez à la messe constitutionnelle, et vous ne serez pas désarmés, » a été offert bien souvent à cette époque. Les autorités étaient investies de pouvoirs illimités quant aux subsistances, quant à la police rurale ; jamais en aucun temps on n'a été plus soumis, pour ses intérêts, pour sa subsistance, pour sa sûreté, au bon plaisir d'une multitude de tyranneaux ; et tous ces gens-là ne songeaient qu'à vexer, qu'à blesser dans leurs intérêts, ceux
(!) S4UZAT, tome III, p. 677.
qui n'allaient pas à la messe constitutionnelle, en'attendant que le droit leur fût donné de les emprisonner en masse.
Forestier et Faure avaient été envoyés dans les départements du Cher et de rAllier pour surveiller la levée des soldats.Us firent tout de suite des arrestations. Quelques troubles eurent lieu dans certaines communes à Toccasion du recrutement ;• Forestier et son collègue en profitèrent pour faire prendre les mesures les plus tyranniques. Le 18 mars, le département, présidé par révoque constitutionnel Torné, décida que les portes de Bourges seraient fermées, que la ville serait parcourue par [des patrouilles , que personne n'en pourrait sortir sans passeport, et qu'aucun passeport ne serait accordé soit aux prêtres, soit aux ci-devant- privilégiés, soit aux agents et domestiques d'émigrés, et à tous suspects d'incivisme : tous les prêtres et ex-privilégiés devaient être désarmés ; cinq prêtres et deux autres suspects furent mis en arrestation. Il était impossible de s'arrêter en si beau chemin. Le SO mars, le directoire, sous prétexte des mauvaises nouvelles qui arrivaient de la Vendée, ordonna de faire encore des visites domiciliaires, et de dresser des listes de suspects, et le S3, sur la demande des jacobins, il décida par mesure générale l'arrestation de tous les prêtres et ci-devant nobles du département. Néanmoins, les femmes, les filles et les enfants mâles au-dessous de quatorze ans, étaient encore laissés en liberté.
Petijean et Monestier, envoyés dans la Creuse et le Puyde-Dôme, yjfaisaient une chasse très active aux religieuses et aux prêtres. Le 22 avril, ils réunissent avec une solennité ridicule le conseil général et les autorités de Guéret, pour leur déclarer que la présence de dix-huit religieuses hospitalières dans THÔtel-Dieu de cette ville constitue un abus, car elles sont trop nombreuses pour les malades. « Leur existence, contraire à la loi, retarde de beaucoup l'accélération et les progrès de l'esprit public dans cette cité. » Us ordonnent, en conséquence, qu'elles soient expulsées le 25 du mois prochain, et leur imposent, en outre, de nombreuses vexations.
Le même jour, ils prennent un arrêté qui déporte Antoine Belezzi, prêtre réfractaire, curé de Saint-Junien-la-Bruyère,
CHUTE DBS GIRONDINS. 44S
dislrict de Boorganeuf. Le 23, autre arrêté qui, cette fois, déporte douze prêtres et condamne sept autres à rester en réclusion à Guéret, à cause de leur âge et de leurs infirmités. Deux prêtres des départements voisins sont renvoyés à leurs districts. Le prêtre Jean des Authiers, quoiqu'il paraisse avoir satisfait à toutes les lois qui peuvent le concefnery est retenu, par mesure de sûreté générale, à la maison de réclusion de Guéret, jusqu*à ce que la convention décide de son sort, parce qu'il est né noble, a possédé un bénéfice, et s*est trouvé à Paris au moment du 10 août.
GoUot d^erbois et Laplanche étaient chargés de ranimer le patriotisme dans le département de la Nièvre : aussi le iO avril, sur la réquisition des deux commissaires qui accusent les ex-religieuses de fanatiser le peuple, le directoire du département arrête :
« Qae toutes les filles ci-devant religieuses, de quelqae ordre et sons quelque dénomination qae ce soit , ensemble les ci-devant sœurs des hôpitaux, hospices et maisons de charité, qui sont actuellement en résidence dans la ville, ne pourront sortir ni de jour m de nuit des maisons qu'elles habitent ordinairement, à peine d*ôtre mises en état d'arrestation (1). »
Ordre était donné de saisir immédiatement celles qu*on rencontrerait hors de leurs maisons. Les proconsuls mettaient tout simplement les religieuses en prison chez elles. Depuis leur arrivée dans le département de la Nièvre, les commissaires avaient déjà fait tant d'arrestations que la prison était devenue trop étroite, et, par un arrêté du 9, ils avaient prescrit à l'administration de rechercher un local plus vaste. Ainsi donc^ s'ils se sont contentés de mettre les religieuses en arrestation chez elles, il ne faut pas en faire honneur à leur humanité.
Ces deux jacobins établirent tout de suite ces procédés terroristes qu'on croit généralement n'avoir été mis en usage qu'après la chute des girondins. Le li avril au soir, ils tinrent une séance solennelle dans Téglise de Nevers. Us y avaient convoqué toutes les autorités administratives et judiciaires et les chefs de la garde nationale. Les fonctionnaires qui ne se présentèrent point en costume, et avec leurs
(1) Archives, AFII, 128.
insignes particuliers, furent sévèrement réprimandés. Les proconsuls firent subir aux diverses autorités un interrogatoire en règle sur une foule de points. Us ordonnèrent solennellement diverses mesures de sûreté, entre autres le désarmement des suspects. Ce terme « suspect » avait déjà un sens très étendu dans leur pensée, car le procès-verbal de cette séance extraordinaire constate c( que les citoyens commissaires ont arrêté de faire désarmer totts ceux qui faisaieni venir des journaux aristocratiques (i)... »
Le 16 avril, ils prennent un arrêté très important contre le costume religieux.
« Considérant combien il importe à la tranqnillité publique de maintenir non seulement Tanéantissement déjà décrété des corporations religieuses, mais surtout de faire disparaître à jamais tous les costumes dont l'effet immédiat est d*en rappeler le souvenir, d'en retracer Timagc ou de faire penser qu'il existe encore chez un peuple libre une caste privilégiée qu'on distinguerait par un costume particulier ;
« Yu l'article 9 du texte de la loi du 18 août 1792 ;
« Voulant exterminer enfin Vhydre du fanatisme et détruire irrévocablement tous signes ou costumes de ralliement contre-révolutionnaire... »
Tout costume ecclésiastique est interdit hors les temples ou les fonctions de ministre du culte salarié. Le moment n'est pas encore venu d'abolir l'église constitutionnelle; mais on l'emprisonne dans ses temples.
Les prêtres constitutionnels du département de la Lozère, se voyant repoussés partout, demandent aux autorités de recourir aux moyens les plus rigoureux pour contraindre les catholiques à accepter leur ministère. Quelques-uns d'entre eux restaient éloignés de leurs paroisses où ils n'avaient pas un seul adhérent, et assuraient aux autorités que leur vie n'y serait pas en sûreté. Les commissaires Gleizal et Servière prirent le 3 avril un arrêté qui ordonnait l'application des lois contre les prêtres et les émigrés. Les prêtres, élus par le peuple aux places de curés et de vicaires, étaient tenus de se rendre dans la huitaine à leurs postes.
(1) Archives nationales, APII, 128. — Ils ne tinrent pas seulement à Kevers des séances de ce genre; le 26 avril, il y en eut une semblable à ChÂteau-Chinon.
L*arr6té déclarait qu*ils seraient protégés énergiquement, que les chefs de la garde nationale et les officiers municipaux seraient personnellement responsables des accidents qu'ils auraient pu prévenir : en outre, « les citoyens qui ne se seront pas opposés auxdites menaces, insultes, ou voies de fait, seront traités comme complices, et leurs personnes et leurs biens répondront de tous les événements qu*ils auraient pu éviter ». Il ne faut pas oublier qu*alors on considérait comme insulte, menace, voie de fait, une dénégation très calme de l'orthodoxie du curé constitutionnel, de la légitimité de ses pouvoirs, et même le simple fait de ne pas aller à sa messe. L'arrêté prescrivait encore une foule de mesures rigoureuses en faveur des intrus, mais il leur ordonnait de se rendre dans leurs paroisses où leur présence était pour le moment jugée utile à la république, sinon ils étaient déclarés déchus de leurs fonctions.
Les commissaires devaient soutenir Téglise constitutionnelle, en apparence ; ils eurent soin presque tous de ne pas commettre des profanations trop scandaleuses avant le triomphe définitif de la montagne. Cependant, Bernard de Saintes et Guimberteau, envoyés dans le département de la Charente, n'eurent point cette prudence, et prirent un arrêté qui mérite d'être mentionné. « Instruits qu'il existe dans rétendue du district de Pons, plusieurs cercueils en plomb, enfouis depuis plusieurs années, en terre, pour satisfaire à Forgueil des ci-devant grands, » ces commissaires, prenant pour prétexte que ce plomb serait utile à Tarmée, ordonnèrent, le 8 mai, au district, de faire déterrer ces cercueils et de s'en emparer, ainsi que de plusieurs objets (1).
Les députés Bouyer et Brunel, envoyés dans les départements voisins des Pyrénées pour veiller aux besoins des troupes occupées contre l'Espagne, encourageaient aussi les profanations. Le 28 mai, ils écrivaient de Perpignan au citoyen Rey, administrateur de THérault :
« Nous avons vu, citoyen administrateur, par vos deux dernières lettres que vous ne cessez de vous occuper essentiellement du salut de la chose publique ; vous faites payer atix morts le tribut qu^Us doivent à la liberté pour le bonheur de leurs enfants* Caisses,
[{) Archives nationales, ÂFII, 26ô.
reliquaires, conduits ^ tout vous est égal, lorsqu'il s'agit du salut de la république, et vous avez raison (i)... »
Et ils lui adressent les plus grands éloges.
La Terreur régnait déjà dans le Roussillon. Les commissaires et les administrateurs avaient, suivant Tusage, invoqué les nécessités delà guerre, pour pressurer les habitants et faire des arrestations arbitraires. Le 5 mai 1793, ils levaient un nouveau bataillon de huit cents hommes avec une solde et des gratifications particulières mises à la charge des suspects.
« Considérant que ces aristocrates, ces égoïstes, ces sybarites efféminés qui ont joui jusqu'à ce jour des agréments que procurent les richesses, sans partager les dangers d'une révolution dont ils recueilleront tout le fniit, doivent principalement concourir aux indemnités qui sont dues à ceux qui exposent leur vie pour les défendre.
« . Art. o. La somme qui sera nécessaire pour pourvoir à ce paiement sera levée tous les mois par forme de réquisition sur les aristO' crates ou égoïstes riches notoirement connus pour leur incivisme on leur indifférence au salut de la patrie (2). »
L'arrêté porte l'approbation de Fayau, Letoumeur, Gaston, Brunel, représentants réunis à Perpignan. Ce bataillon était probablement bien plus destiné à servir d*armée révolutionnaire qu'à combattre les Espagnols.
On se mit aussi à arrêter des suspects. Le 18 mai, le procureur général syndic annonce aux députés qu'il va en expédier trente-deux à la citadelle de Montpellier. Il envoie encore une liste de dix-huit suspects qu'il va faire arrêter. On compte parmi eux des hommes appartenant aux professions libérales, des marchands, de très petits bourgeois.
Les représentants Mazadc^ Ysabeau, Neveu établirent, le 8 avril, à Pau un comité de salut public chargé de dénoncer les suspects et de faire la chasse aux prêtres. Le comité voulut naturellement violer le secret des lettres ; pour lui en donner la facilité, le représentant Baudot prit, le 3 mai, un arrêté ordonnant :
«... que toutes les lettres qui vieiidront de Vétranger, à qui qu^elks soient adressées, et celles de France qui seraient adressées à des
(1) Archives nationales, D, § I, 34. — (2) Ibid., 35»
nobleSy à des prêtres et à toutes autres personnes suspectes seront remises aux ordres du procureur syndic avant d'être remises à leur adresse (i). »
Les députés Chaudron, Rousseau et ^Projean, associés à Baudot, ne figurent pas comme signataires de cet arrêté, mais ils ont donné des ordres pour son exécution. Le 5 mai, nn arrêté signé par ces trois députés ordonne au directoire de mettre en réclusion par mesure de sûreté générale toutes les personnes suspectes.
Dans les départements du Gard et de THérault, les jacobins persécutaient les catholiques avec fureur. Le 9 mai, cinq prêtres et religieux, porteurs de passeports réguliers d'après les lois de la convention, furent égorgés à Saint-Ghinian par des volontaires. Voici les faits que les commissaires envoyés à Saint-Chinian par le district de Saint-Pons ont constatés dans leur procès-verbal. Les autorités du lieu leur ont déclaré :
«... que cinq ci-devant moines ou bénôficiers du district d'Alby, munis chacun d'un passeport pour se rendre à Genève, avaient été arrêtés parla garde, conduits à la maison commune, et que tous les efforts de la municipalité n'avaient pu les sauver de la fureur d'un grand nombre d*effrénés qui les avaient immolés à coups de sabre et de baïonnette, dans la salle du conseil de la maison commune; qu'ils araient été ensuite dépouillés de leurs vêtements, et jetés nus par la fenêtre dans la rue; que tous leurs effets avaient été pillés par les assassins et leurs complices, qu'il n'avait pu en être rien sauvé, et que plusieurs officiers municipaux avaient failli subir le même sort. Un d'eux n'échappa à quelques coups de sabre et de baïonnette qui étaient jetés sur lui qu'en se jetant à la renverse ; un antre fut blessé au bras et à la main d'un coup de poignée de sabre ; le maire et l'officier de police, qui avaient montré une grande énergie et vivement invoqué le respect, avaient été enlevés avant la fin de cette scène par des citoyens qui avaient voulu les soustraire à la mort. Get événement est dû en très grande partie aux volontaires de deux divisions qui se trouvaient de passage dans cette ville (1). »
On avait fait courir le bruit invraisemblable que ces prêtres portaient une trentaine de mille livres en or. ABéziers, les autorités prévenues, disent les administrateurs de Saint- Ci) Archives, AFIi, 133. — (2) Ibid., D, § I, 35.
450 CONSTITUTION CITILB DU CLBRGÉ.
Pons, ont annoncé que parmi les volontaires qui venaient d'arriver, plusieurs avaient été fouillés, et qu^on avait trouvé sur eux des pièces d'or et des objets tachés de sang. Il est probable que ces malheureux proscrits étaient parvenus à dissimuler aux agents de Tautorité quelques pièces d'or qui leur étaient nécessaires pour vivre à l'étranger.
Voici les noms des victimes : Simon-Ange Nadeau, cordelier, cinquante-quatre ans; Gaspard Yérian, Jean^Jacques Sarsac, prêtres d'Alby; Antoine Boyer, prêtre religieux augustin ; François Alric, prêtre dominicain. Une procédure fut commencée contre les meurtriers, mais nous n'avons pu en découvrir le résultat.
Dans le département du Gard, les catholiques persécutés se réunissaient secrètement comme aux temps de la primitive Église, et les autorités locales les traquaient avec fureur. Le 18 mai, un arrêté du département constate qu'il y a eu des rassemblements à Sainte-Anastasie, Blanzac, Dions, la Galmette ; qu'on se réunissait surtout dans une ancienne église de la commune de Sainte-Anastasie, et qu'on y racontait de prétendus miracles. Cet arrêté suspend, comme complices de ces rassemblements, la municipalité et le conseil général de Lussan, et les remplace par une commission patriote de dix-neuf membres qui sera nommée par le district d'Uzès. Le maire, le procureur de la commune, un officier municipal, le maître d'école sont mis en arrestation ; Tarrèté menace, en outre, de la rigueur des lois ceux qui formeront de pareilles réunions (i).
Le 23 mai, autre arrêté du conseil administratif du Gard au sujet de rassemblements religieux suscités par un capucin dans la commune d'Allègre. Deux commissaires sont chargés de s'emparer de lui , ainsi que des maires et officiers municipaux qui l'auraient favorisé.
La majeure partie du clergé du Dauphiné avait, par un faux calcul, prêté serment à la constitution civile, espérant ainsi anéantir les calomnies de ses adversaires, et amener les révolutionnaires de bonne foi à prendre une attitude différente à son égard. Son espoir avait été complètement trompé, et beaucoup d'ecclésiastiques s'étaient rétractés
(l) Archives, D, § I, 35.
solennellement; d'autres avaient refusé de reconnaître les évèques constitutionnels. Ces derniers restèrent fort longtemps dans leurs paroisses^ car Ton manquait de sujets pour les remplacer, et Ton craignait en même temps le mécontentement de leurs paroissiens. Les patriotes des campagnes eux-mêmes, sauf quelques énergumènes, trouvaient souvent que le curé en avait fait assez en prêtant serment, et s'inquiétaient peu de son attitude à Tégard de révoque constitutionnel. La loi de déportation du 26 août devait enlever à leurs paroisses les curés orthodoxes qui n'avaient pas encore été remplacés. Il y en eut pourtant à qui cette loi ne fut pas appliquée, car le département de la Drôme prenait, le 8 avril 1793, un arrêté qui assimilait aux réfractaires les prêtres assermentés coupables d'avoir refusé de le mandement de l'évêque constitutionnel, et déclarait, conséquence, la loi du 26 août 1792 applicable à vingtcinq curés et vicaires « qui, ayant prêté le serment,n'ont pas ^oulu reconnaître l'évêque constitutionnel du département cle la Drôme, en refusant délire et publier son mandement » . Trois autres ecclésiastiques, contre qui ce grief n'est pas surticulé, et mentionnés simplement comme réfractaires, 9ont encore exilés par cet arrêté. A Grenoble, le 25 mars, on fit des visites domiciliaires qui aboutirent seulement à l'arrestation de trois personnes, dont un prêtre. Mais, le ^6 avril, les commissaires Amar et Merlino ordonnèrent l'arrestation des suspects notoires et de ceux qui seraient dénoncés par six patriotes, et établirent deux prisons séparées pour les hommes et pour les femmes. Trente-trois personnes furent mises en arrestation, mais quatre-vingtdix autres, prévenues à temps, avaient pris la fuite.
A Lyon, girondins et jacobins étaient prêts à se jeter les "uns sur les autres. A Marseille, à Aix, à Toulon, en Provence les passions étaient encore plus violemment exci- ^lées. (1). Les autorités étaient sans force, surtout pour le
(1) Les autorités d*Aix écrivaient, le 6 mai, aux commissaires de la ^M>iiTention que , dans l'espace d'un mois, les prisons d*Âix avaient été forcées cinq fois pendant la nuit par des hommes masqués et huit prisonniers accusés ou déjà condamnés avaient été assassinés. Ces malheu- ^revoi n*étaient pas détenus pour faits politiques, ils avaient été victimes ^6 haines personneUes. Archives, AFil, 90.
bien, et les honnêtes gens, ne se sentant point protégés, en venaient quelquefois à imiter les révolutionnaires et à se faire justice à eux-mêmes. Les rapports des conventionnels Moïse Bayle et Boisset attestent que cette contrée était livrée à la plus effroyable anarchie : dans les cantons voisins de rOuvèze, des brigands et des assassins parfaitement organisés se livraient impunément à tous les forfaits.
c< Outre des assassinats multipliés, les propriétés des malheureuses victimes étaient pillées, les biens nationaux dilapidés, et vendus au-dessous de leur valeur. Si un acquéreur se présentait sans être d'une certaine coalition, et qu'il voulût couvrir Tenchëre, des hommes sortaient alors de leur "poche une corde savonnée, dont ils le menaçaient pour lui apprendre que c^était le cordon fatal qui terminerait ses jours (i). »
Les commissaires avaient recueilli ces renseignements à Montélimart, où ils avaient été contraints de se retirer. Les vingt-quatre sections de Marseille, voyant la tournure que prenaient les événements à Paris, avaient fait une espèce d'insurrection, et établi un tribunal populaire chargé de juger en dernier ressort les criminels qui lui seraient dénoncés. Le domicile des commissaires Bayle et Boisset avait été envahi pendant la nuit, leurs papiers saisis, et ils avaient dû quitter Marseille dans les vingt-quatre heures. Us s'établirent à Monlélirtiart, où ils prirent, le 2 mai, un arrêté qui cassait ce tribunal extraordinaire, ainsi que le comité central établi par les sections. La convention s'occupa, le 12 mai, de cette grave affaire, et malgré les efforts de Marat, Barbaroux fit décider que l'exécution de l'arrêté des commissaires serait suspendue, jusqu'à ce qu'on eût entendu les députés des sections de Marseille, et le rapport du comité de salut public. Mais le tribunal fut supprimé le 18 mai. Les commissaires envoyés pour préparer* le 31 mai avaient complètement échoué à Marseille. Le parti jacobin essuya aussi à Lyon une grande défaite le 29 mai. Malheureusement, les conventionnels en mission n'avaient que trop bien réussi dans le reste de la France à briser le parti républicain modéré et à préparer le triomphe du ja-
(1) Archives, AFII, 90. — Il» se défendent d'avoir protégé le duc d'Orléans; ils n'en ont parlé « que comme d'un Sardanapale réunissant à l'ambition du trône tous les vices sans aucune vertu, n
cobinisme. Us avaient associé habilement le parti girondin à leurs persécutions contre les prêtres et les catholiques, et annulé complètement les autorités locales, en s*arrogeant une dictature complète. Ils avaient, en outre, destitué de nombreux fonctionnaires girondins pour mettre des jacobins à leur place , englobé beaucoup de révolutionnaires modérés parmi les suspects, et glacé d'effroi les partisans des girondins. Il faut reconnaître que le coup d'État du Si mai a été préparé (le longue main et avec une grande habileté.
A Paris, la commune et les montagnards prenaient ostensiblement leurs dispositions pour envahir la convention ^▼ec plus de succès qu*au 9 mars. Le peuple des tribunes .9iccablaitd*outrages les députés partisans delà gironde, soit pendant la séance, soit à la sortie. La convention était tous les jours avilie et dégradée par ces énergumènes qui étaient soutenus par la montagne. La situation était devenue tellexnent grave qu'un seul moyen du salut s'offrait aux giron- <lins : la translation de la convention hors de Paris. Ils écrivaient à leurs amis de province qu'ils étaient sous le couteau. Au lieu de s'entendre avec les membres de la plaine sur la translation de la convention dans une ville plus sûre, ils en firent simplement un sujet de menace et «Le bravade. Us attendirent jusqu'au 18 mai pour adopter un plan quelconque de défense. Ce jour-là, Guadet, après avoir Hétri la conduite de la commune , demanda la réunion à Bourges des députés suppléants. La gironde paraissait enfin déterminée à tenter quelque chose ; Barère le comprit et "vint se poser en conciliateur ou plutôt en endormeur. Il incita la convention à créer une commission de douze membres chargée de prendre des mesures de sûreté générale et de surveiller les autorités. Les girondins, abandonnant la proposition de leur orateur, se rallièrent à celle de Barère. C'était faire preuve d'une imprévoyance déplorable. En créant cette commission, la gironde adressait à ses ennemis une vaine menace. La convention n'avait qu'une puis-
sance morale, et ne disposait d'aucune force qui pût la protéger, tandis que la commune son ennemie avait sous ses ordres la police et la force armée. Il aurait fallu fournir à la convention une protection efûcace. Au contraire, la commission des douze, investie législativement d'immenses pouvoirs, était absolument incapable de défendre la convention, et même de faire exécuter ses ordres. C'est ce que fiarère avait bien calculé.
La commission des douze fut entièrement composée de girondins. Mais, par leur manque de discipline, ils avaient laissé leurs ennemis s'emparer du comité de salut public; et ce comité, qui était investi du pouvoir exécutif, allait, sous l'influence de Danton, susciter à la commission des douze des obstacles continuels, et jouer constamment le jeu des conspirateurs, tantôt par ses actes ^ tantôt par une inertie calculée.
Les douze, prévenus des complots qui étaient ourdis publiquement, en pleine mairie, contre la convention, firent des efforts inutiles pour les déjouer. La situation était trop compromise. Le maire Pache, dans ces circonstances, réussit merveilleusement à donner le change aux crapauds du marais. La conduite de cet intrigant, qui venait d'être chassé honteusement du ministère de la guerre, fut particulièrement ignoble. Le maire de Paris, au 31 mai, se conduisit à l'égard de la convention comme Pétion, le maire girondin, s'était conduit au 10 août à l'égard de Louis XVI. Tous deux montrèrent la même duplicité, la même hypocrisie; et le maire du 10 août fut une des victimes du maire du 31 mail
La commission des douze fit arrêter le fameux Hébert, alors substitut du procureur de la commune et l'un des meneurs du complot. La commune et les jacobins jetèrent les hauts cris, une députation vint sommer insolemment la convention de remettre Hébert en liberté. Le président Isnard répond : « La France a mis dans Paris le dépôt de la représentation nationale, il faut que Paris le respecte. Si amais la convention était avilie, si jamais, par une.de ces insurrections qui, depuis le 10 mars, ne cessent d'environner la convention nationale et dont les magistrats ne nous ont jamais avertis que les derniers... » La gauche inter-
CHUTE DBS GIRONDINS. 455
rompt violemment. Isnard, poussé à bout, reprend son discours au milieu d'une véritable tempête, et lance aux jacobins ces paroles mémorables :
« S*il arrivait qu'on portât atteinte à la représentation nationale, je TOUS le déclare au nom de la France entière^ Paris serait anéanti; bientôt on rechercherait sur les rives de la Seine si cette ville a existé. »
Puis, comme s'il eût voulu irriter tout le monde, le président girondin ajouta :
a Non seulement la vengeance nationale tomberait sur les assasdes représentants du peuple, mais aussi sur les magistrats qui 'auraient pas empêché ce grand crime. Le glaive de la loi, qui déoutte encore du sang du tyran, est prêt à frapper tout audacieux ai tenterait de s'élever au niveau de la représentation nationale. »
Ces menaces imprudentes devaient faire le plus mauvais ffèt sur la population de Paris. Danton ne laissa pas échaper une occasion aussi favorable ; à son tour, il accusa ses dversaires de vouloir faire dévaster la capitale par les déariements. Une autre tempête éclata bientôt à cause d'un xcès de zèle du ministre Gohier, qui avait fait arrêter, penla nuit, deux conspirateurs désignés par la commission, protesta contre cette irrégularité, mais on ne lui en tint ucun compte. Le lendemain, 27 mai, à Touverture de la , Marat fait valoir ce nouveau grief, accable la commision d'injures et, suivant son habitude, traite les girondins de ^[Calomniateurs qui prétendent qu'on en veut à leur vie, bien u^ils n'aient pas reçu la plus légère égratignure. Aussitôt es amis des prisonniers paraissent à la barre et demandent a cassation de la commission et l'envoi de ses membres au ribunal révolutionnaire. Robespierre et Danton suscitent tumulte épouvantable ; les montagnards agissent comme forcenés. Basire se précipite sur le président Isnard, t Bourdon de TOise menace de l'assassiner. Lorsque le me est un peu rétabli, Barère reprend son rôle d'endor- Garat, ministre de l'intérieur, vient, en digne comde Pache, déclarer que la convention n'a rien à crainre et que les membres de la commission des douze ont imagination frappée. La nuit arrive, la salle de la convenon est envahie par de nombreuses députations de saûs- T. m. 29*
bi^
i56 CONSTITUTION CITILE DU CLERGÉ.
culottes, armés ou non armés qui viennent demander la liberté des prisonniers et se mêlent aux députés. Ceux-ci, soit fatigue, soit dégoût, avaient en grand nombre quitté la séance. A minuit, les deux suppôts de Danton, Lacroix et HérauUSéchellcs , se chargent d'enlever le vole. Lacroix convertit en motion les demandes des pétitionnaires ; Héraut, qui préside, met aux voix l'élargissement des prisonniers et la suppression de la commission des douze. Après un vote dérisoire auquel prennent part les émcutiers assis sur les bancs des députés, il déclare les deux décrets adoptés et lève la séance.
Mais les jacobins avaient compté sans le courage de Lanjuinais. Dès l'ouverture de la séance du !28, l'intrépide député protesta énergiqucment contre Todieuse violence de la veille et réclama la nullité des votes. Après une discussion orageuse dans laquelle Legendre menaça Lanjuinais de le jeter en bas de la tribune, et malgré la défection de quelques girondins, la convention rétablit la commission des douze, mais elle n'osa pas aller jusqu'au bout. Sur la proposition de Fonfrède, elle prononça l'élargissement des prisonniers, et fléchit une fois de plus devant les fureurs jacobines.
Alors, les terroristes renouvellent la comédie du 10 août et forment un comité de prétendus commissaires de sections qui donnent un baptême révolutionnaire au conseil général de la commune. Celui-ci, se regardant comme investi d'un pouvoir dictatorial, nomme l'ignoble Ilenriot commandant de la garde nationale, fait saisir les lettres à la poste et ordonne larrestation de certains amis de la gironde, entre autres Cla\ière et Lebrun, tous deux ministres en exercice.
Le récit détaillé de trois journées des 31 mai, 1" et 2 juin nous entraînerait trop loin. D'ailleurs, comment oserionsnous refaire une histoire si admirablement traitée par Mortimer-Ternaux ! 11 sufOt de rappeler brièvement au lecteur comment les jacobins procédèrent pendant ces trois jours pour bloquer la convention et se défaire des girondins, comment les persécuteurs se proscrivirent entre eux. L*histoire impartiale doit reconnaître que, jusqu'au dernier jour, les girondins et les jacobins restèrent unis pour exécuter lmr9 lois de persécution, pour jeter l'insulte et la menace
aux populations opprimées qui réclamaient un peu de cette liberté de conscience dont ils parlaient avec tant d'emphase. Le 93 mai, au moment où la gironde essayait de se débattre contre les jacobins, elle laissait voter sans opposition une adresse aux Corses, remplie d'injures contre le catholicisme, et annonçant que la convention était décidée à persévérer dans la persécution religieuse :
«... Gtoyens, une des plus fortes armes de nos ennemis, c'est le fanatisme. L*antique alliance de la tyrannie et du despotisme sacerdotal semble s'ôtre resserrée au moment où nous avons osé attaquer de front ces deux fléaux du genre humain. Les prêtres se sont chargés de tromper ceux que les armes des rois ne peuvent vaincre, mais leur hypocrite langage ne vous séduira point. Vous savez que, toujours prêts à trafiquer de ceux dont ils ont égaré la conscience, si vous les écoutez aujourd'hui, demain ils chercheront «jnel tyran leur paiera plus cher le pouvoir de vous opprimer. La déclaration des droits vous assure la liberté de vos opinions et de votre ^mite. Ne craignez pas que nous voulions jamais y porter atteinte;^ suais Dieu a fait les hommes pour la'liberté, et les prêtres, qui con« ^pirent avec les tyrans, ne sauraient être ses ministres. »
Le 36 mai, la convention vote une adresse aussi insensée «t aussi fanatique aux départements do l'Ouest, qui s'é- ^ftaient soulevés uniquement à cause de la persécution religieuse. Elle fait semblant de croire qu'ils se sont insurgés ^^aniquement pour demander un roi, et leur envoie des ^:3éclamations sur les bienfaits de la révolution, contre les ^*^ois en général, et contre Louis XVI en particulier. Après voir insulté sa mémoire et fait Tapologie du 21 janvier, lie aborde ainsi la question religieuse :
« Vous désirez conserver votre religion? Mais qui a tenté de ous l'enlever, de gêner vos consciences? Vous a-t-on proposé de ien changer dans votre croyance, dans les cérémonies de votre ulte? Non. On vous a privés de ceux que vous regardiez comme les uls ministres légitimes? Mais n'ont-ils pas justifié par leur connite celte rigueur trop nécessaire? Ces hommes qui vous prêchent ujonrdliui le meurtre et le pillage, sont-ils les véritables ministres *un dieu de paix, ou les vils satellites des despotes ligués contre otre patrie? Ce ne sont point vos prêtres qu'on a éloignés de vous, e sont d'hypocrites et sanguinaires conspirateurs!... Infortunés, onune on vous trompe ! Les prêtres, qui se disent les seuls catholignes, sont payés par l'or de l'Angleterre protestante... m
Jusqu'ici, c*est bien le langage de persécuteurs impudents et sanguinaires; mais comme la plupart des documents révolutionnaires qui ont rapport aux questions religieuses, cette adresse Unit par des tartuferies dégoûtantes :
« Abandonnez au fer de la loi ce vil amas d'esclaves iusolents, de prêtres bypocrites... Jurez avec nous de maintenir la république, jurez de ne plus employer vos armes que pour la défendre, de purifier par ce noble usage ces armes que la rébellion, le crime ont souillées; montrez-vous, par votre baine pour la royauté, dignes de reprendre le nom de Français : alors vous ne trouverez plus que des frères dans la république entière qui arme à regret pour vous punir, qui, prête à vous écraser de toute sa puissance, pleurerait sur des succès achetés au prix de votre sang.
A Alors, si des scrupules agitent encore vos consciences, souvenez-vous que la liberté des cultes est une des conditions nécessaires d'une constitution républicaine; déposez vos inquiétudes, vos craintes, vos griefs, dans le sein de vos représentants; ils vous écouteront avec cette indulgence qulls doivent à l'infortune et à Terreur; en vous maintenant ^vec justice dans vos droits à la liberté religieuse, ils sauront garantir avec fermeté la sûreté et la liberté du peuple français indignement menacées au milieu de vous par des prêtres imposteurs, et par de lâches transfuges (1). »
Ainsi, c'est bien entendu : à des gens qui se sont soulevés pour ne pas subir Téglise constitutionnelle et pour réclamer leurs prêtres, la convention répond qu'elle leur garde précieusement et pour toujours cette môme église constitutionnelle, et qu'elle livrera leurs prêtres « au fer de la loi». Il est impossible de croire que les conventionnels aient pu se faire la moindre illusion sur les résultats de cette proclamation. Us étaient évidemment décidés à vaincre l'insurrection vendéenne par le fer et le feu. Tels sont les adieux que la gironde expirante fit aux catholiques de France.
Le 31 mai, après une scène d'envahissement, semblable à celle du 27, la convention bloquée, épuisée, plie devant Robespierre, et sur la proposition du comité de salut public, dont Barère est l'organe, vote tout ce qu'on lui demande^ c'est-à-dire la suppression de la commission des douze, et la confirmation d'un arrêté de la commune qui crée une armée révolutionnaire payée quarante sous par jour et diri-
(1) Débats et décrets, mai 1793, p. 424.
gée contre la représentation nationale. Les jacobins, par tactiqae, n'ont pas réalisé le môme jour toutes leurs menaces; on crie à la conciliation, et beaucoup de modérés, sans se préoccuper du lendemain, croient sottement que c'est fini.
Le 1*' juin, la convention a la faiblesse de voter une adresse qui glorifie l'insurrection. Le soir, Pache et Marat font tenir à l'improviste une séance où se trouvent seulement une centaine de jacobins prévenus à l'avance. Ils décident, toujours sur la proposition de Barère, l'homme aux honteuses transactions, que le comité de salut public fera, dans les huit jours, un rapport sur les girondins dénoncés. Il ne reste plus qu'à obtenir le lendemain leur condamnation définitive. Aussitôt, la commune se déclare en permanence, fait arrêter M""" Roland à la place de son mari, organise son armée révolutionnaire et commence déjà, pendant la nuit, à bloquer la salle de la convention.
A l'ouverture de la séance du lendemain, une députation vient demander l'arrestation des députés dénoncés. L'assemblée n'est pas encore assez terrifiée, elle renvoie la pétition au comité de salut public; alors, les pétitionnaires se retirent en criant : « Aux armes, sauvons la patrie I » Les girondins, pour la plupart, ne sont pas venus à la séance ; réunis chez l'un d'eux, ils attendent les événements, plusieurs de ceux qui sont à la séance parviennent à s'esquiver. Les couloirs et les tribunes de la convention sont remplis d'énergumènes. Henriot, avec ses quelques milliers de sans-culottes soldés, bloque les alentours de la salle; derrière lui sont les sections en armes qu'on a convoquées, elles font masse et ne savent rien de ce qui se passe. M. Thiers a dit très justement que sur quatre-vingt mille hommes qui étaient là, soixante-quinze mille ne prenaient aucune part à Tévènement. Mais, ainsi que l'atteste un document non suspect, le journal des séances des jacobins, les énergumènes des deux sexes qui bloquent la convention ont pour consigne de ne laisser passer aucun député avant que l'assemblée n'ait satisfait aux demandes de la commune.
Les conventionnels perdent tout courage ; ils ordonnent au comité de salut public de faire immédiatement un rapport sar les députés dénoncés. Bientôt, Barère vient le présenter; le comité ne veut pas proposer l'arrestation des giron-
dins, mais il a Tinfamie de les inviter à se suspendre euxmêmes dans leur propre intérêt. Ainsi, ce pouvoir chargé de défendre la représentation nationale, après être resté pendant toute la crise dans une inertie systématique, s'humilie devant Tinsurrection et lui livre ceux qu'elle poursuit; il sait très bien, en effet, que cette suspension ne les sauvera pas. Mais rabattement est si grand que personne n*o$e plus résister. Les girondins présents à la séance s'abandonnent eux-mêmes et ne montrent ni dignité ni courage. Isnard, qui, par ses bravades intempestives, a tant compromis son parti, déclare se suspendre lui-même pour mettre fin à la crise. Fauchet, Lanthénas, Dusaulx l'imitent. Seuls, Barbaroux et Lanjuinais luttent courageusement. Celui-ci déclare que la convention n'est pas libre, et qu'il n'est pas libre de donner sa démission :
(^.. La convention est assiégée, les canons sont dirigés contre elle; des consignes criminelles vous arrêtent malgré vous aux portes de la salle ; tout à Theure on vient de faire charger les fusils contre vous, il n*est pas permis, sans risquer sa vie, de se montrer seulement aux fenêtres... »
Il n'y avait pas d'exagération dans ces paroles : l'investissement était complet, les députés qui voulaient sortir étaient repoussés, frappés même, et lorsqu'ils venaient se plaindre à la convention, la montagne ricanait et les traitait de menteurs. Mais bientôt les choses en viennent à un tel point que certains montagnards se demandent si la commune ne veut pas se débarrasser de la convention tout entière, afin de régner seule. On espère, par une démarche solennelle, conquérir les dispositions do la foule. Sur la proposition de Barère, l'assemblée en masse, sauf Robespierre, Marat et leurs fidèles, exécute sa fameuse promenade dans le jardin des Tuileries.
Mais Henriot et ses ignobles soudards lui barrent le passage en réclamant la proscription des girondins. Les députés ne peuvent sortir, ni par la place du Carrousel, ni par le jardin. Les sans-culottes armés gardent toutes les issues, et les empêchent d'éclairer les sections armées sur les véritables intentions de la commune. Marat somme les députés de revenir dans la salle. Abreuvée d'insultes, la convention rentre, la tête basse, humiliée, déshonorée.
Quelles singulières ressemblances entre la chute de Louis XVI et celle des girondins I Toutes deux furent amenées par la coalition de la commune et de la n^inorité ; pour toutes deux, les mômes moyens furent mis en usage, et les mêmes incidents se reproduisirent jusque dans les efforts tentés pour conjurer le danger .Le matin du 1 0 août, Louis XVI perd tout espoir à la suite de Taccueil qu'il a reçu dans sa triste promenade aux abords des Tuileries. Le ^i juin suivant, ceux qui l'ont renversé font un essai semblable avec un semblable résultat, et sont proscrits presque immédiatement.
La majorité de la convention, même dans les derniers jours, a soutenu les girondins. Elle Ta bien prouvé en éta-' blissant d'abord la commission des douze, puis en la rétablissant le 28 mai et en subissant un siège véritable de trois jours avant de céder. Mais les membres de la plaine, se voyant ainsi bloqués et abandonnés, se décident à capituler. En face du décret qu'ils doivent rendre , ils tâchent de s'illusionner et d'atténuer ses conséquences. Us veulent se persuader que les girondins seront seulement suspendus et qu'ils ne courent aucun danger sérieux. Ils les livrent comme ceux-ci ont livré Louis XVI, et ont recours aux mêmes sophismes pour excuser leur lâcheté. Vingt députés sont mis en arrestation chez eux; ce sont : Gensonné, Guadet, Brissot, Gorsas, Pétion, Vergniaud, Salles, Barbaroux, Ghambon, Buzot,Birolcau, Lidon,RabautSaint-Etienne^ Lasource, Lanjuinais, Grangeneuve, Lesage, Lehardy, Louvet, Valazé, avec les ministres Lebrun et Glavière.
Les membres delà commission des douze, c'est-à-dire Kervélégan. Gardien, Rabaut Saint-Étienne, déjà compns dans la première catégorie, Boileau, Bertrand, Vigée, MoUevaut, Henri Larivière, Gomaire, Bergoing, sont proscrits. Fonfrède et Saint-Martin sont épargnés comme s'étant opposés aux mesures qui ont irrité les jacobins. Pour le premier, ce n'est qu'un simple sursis. Isnard et Fauchet, ayant offert de se suspendre, sont internés seulement à Paris.
La volonté de la commune est exécutée, ou va lui demander de lever la consigne qui tient la convention captive; elle l'accorde généreusement, et les malheureux députés, bloqués depuis douze heures, peuvent enfin retourner chez
46J C05STITCn05 CITILE DU CLEIGÉ.
enx. Danton, Robespierre et Manit sont maintenant les maîtres absolus de Paris et de la conTention. Bientôt Os le seront de toute la France.
Certains apologistes des excès de la révolution affectent de répéter que, le 31 mai et le !2 juin, pas une goutte de sang ne fut versée. G*est une misérable équivoque! Sans doute, pas une goutte de sang ne fut versée , mais parce que tout combat était impossible ! La convention avait-elle une force armée à sa disposition? D*ailleurs, ne fallait-il pas éviter que le décret de proscription contre les girondins parût trop évidemment Teffet d*une violence matérielle? Gomme Ta si bien dit M. Thiers, c les girondins, une fois mis en arrestation chez eux, il ne restait plus qu'à les faire monter sur réchafaud, et c'était peu difficile. » 11 ne faut pas oublier qu'une partie des proscrits avait déjà réussi à se cacher. Quoi qu'il en soit, les jacobins n'attendirent pas longtemps pour faire ce qu'on les loue de n'avoir pas fait le 2 juin. Le 28 juillet, dix-huit députés fugitifs furent mis hors la loi, soixante-quinze, qui avaient signé une protestation secrète, furent plus tard jetés en prison; cinquante-sept furent proscrits le 3 octobre, et le 31, vingt et un d*entre eux étaient guillotinés. Indépendamment des trente-neuf membres de la convention à qui le 31 mai coûta la vie, combien de généraux, d'administrateurs, de fonctionnaires furent mis à mort sous prétexte de fédéralisme ! Comment oser dire que le 31 mai et le 2 juin n'ont pas fait répandre de sang? Si la tvrannie révolutionnaire a fait un nombre immense de victimes jusqu'au 9 thermidor, les auteurs du 31 mai doivent en supporter la responsabilité!
La population de Paris laissa faire le 31 mai comme elle avait laissé faire le 10 août et les massacres de septembre. La grande majorité de cette foule qui composait les sections armées était hostile aux terroristes ; mais les affaires étaient arrêtées, les vivres à un prix exorbitant ; cette masse de Parisiens qui, au point de vue politique, vivait au jour le jour, sans essayer de prévoir, se laissa persuader qu'il fal-
lait avant tout mettre fin à cette crise, qu'ainsi la constitution, sur laquelle on discutait si longuement, serait bientôt terminée, les affaires, les travaux reprendraient, le prix des denrées baisserait, etc. Et que fallait-il pour arriver à ce résultat? Supprimer la commission des douze qui n'était qu'un brandon de discorde ! Et le bon bourgeois laisse faire le 31 mai. Mais, le lendemain et le surlendemain, l'agitation continue! C'est la faute des girondins qui ne veulent pas accepter ce qui a été décidé le 31 mai : tant qu'ils resteront à la convention, on ne sera jamais tranquille! Il faut' donc faire de la conciliation! Après tout, que demande-t-on? Qu'on les mette en arrestation chez eux ; on aura ainsi la tranquillité, et au bout de quelques semaines, lorsque les passions seront apaisées, la Jconstitution finie, la prospérité revenue, ils seront certainement remis en liberté! Est-ce qu'il faut prendre Marat à la lettre? Et, le lendemain du 2 juin^ le bon bourgeois se disait que, après tout, les girondins avaient fait bien du bruit, et que la montagne et la commune n'étaient pas si méchantes ; qu'on pouvait bien recommencer le 10 août; et le tour était joué I
Les girondins avaient compté sur l'insurrection des départements ; c'était une illusion ; ils n'avaient pour eux que la fraction la plus honnête, mais la moins bien organisée du parti révolutionnaire; d'autre part, ils s'étaient aliéné tous les conservateurs par leurs tergiversations continuelles, par leur vote contre Louis XVI, que certains d'entre eux rappelaient avec une affectation aussi maladroite qu'odieuse, parles lois terroristes qu'ils avaient acceptées, et surtout par la persécution religieuse. S'ils succombèreiit, ce ne fut pas, quoi qu'on en ait dit, pour avoir été trop modérés, mais, au contraire, pour avoir trop flatté les passions subversives. Nous ne saurions trop le répéter, parce que l'histoire a été singulièrement faussée sur ce point: on aurait grand tort de confondre la cause des girondins avec celle de la révolution modérée. En fait de gouvernement ou plutôt d'oppression révolutionnaire, ils étaient presque toujours d'accord avec les jacobins, mais ils voulaient dans la pratique conduire la révolution avec moins d'extravagance et de cruauté. Us se résignaient trop aisément à laisser verser le sang, mais ils ne voulaient pas qu'il y eût un
trop grand nombre de victimes. Une institution révolutionnaire ne les révoltait pas, parce qu'elle était odieuse et immorale en elle-même, parce qu'elle violait les principes les plus sacrés ; ils ne la combattaient que si les jacobins devaient la pousser jusqu'à ses dernières conséquences, et en profiter seuls. Leur attitude avait été pitoyable pendant les journées de septembre. Lorsqu'ils ne craignirent plus les violences des septembriseurs, ils les flétrirent avec une louable énergie. Néanmoins, si le nombre des victimes avait été moins grand, si les massacreurs n'avaient assassiné que des prêtres, il est permis de croire qu'ils ne se seraient pas séparés de Danton et de la montagne, et que, au lieu de réclamer la punition des égorgeurs, ils auraient, tout en faisant certaines réserves, voté pour eux une amnistie, comme ils l'avaient fait pour les assassins d'Avignon. Comparés à Robespierre et à Danton, les girondins paraissent modérés ; mais qu'on les place seulement en regard de ce Lafayette tant bafoué, tant dénoncé par eux,etqui, pourtant, n'était guère le champion de l'ancien régime, alors ils paraissent ce qu'ils sont réellement, des exaltés, des utopistes, des persécuteurs! Parler de réaction, à propos de ces hommes qui, jusqu'à la fin, ont voté avec les jacobins les mesures les plus violentes, non seulement contre ceux qui pouvaient regretter le passé, mais contre le parti constituant de 89, c'est blesser la vérité et offenser la raison.
Néanmoins le droit était pour eux au 31 mai. La convention, alors seul pouvoir régulier, fut forcée de subir la plus odieuse épuration, et il est souverainement regrettable que la France ne se soit pas levée tout entière pour châtier les auteurs de cet attentat. Mais, si le pays ne comprit point toute rétendue de la révolution du 31 mai, ce fut bien la faute des girondins î Ils avaient de concert avec les jacobins établi un tel régime d'arbitraire et de terreur, qu'on ne regardait plus comme possible un redoublement de tyrannie. En fait de prêtrophobie, ils avaient toujours égalé les jacobins. Dès le début, les Fauchet, les Isnard et tant d'autres girondins avaient réclamé la persécution religieuse, en véritables énergumènes ; et ils avaient réussi à abolir complètement le culte catholique. Les plus enragés cordeliers n'avaient, au point de vue antireligieux, aucun re-
proche à leur faire. Si, pour réveiller la valeur des soldats qui combattaient aux frontières, il était nécessaire, comme on Ta insinué, de proscrire tous les modérés, de jeter en prison des révolutionnaires comme Barnave, d'avoir à Paris un tribunal révolutionnaire et un Fouquier-Tinville investi d*un droit d'accusation illimité et sans contrôle , le 31 mai était bien inutile, les girondins avaient fait tout cela ! Si, pour donner du cœur à nos fameux volontaires, il était nécessaire que des milliers de prêtres fussent entassés dans les prisons ou dans les pontons, qu'il fût impossible à un ecclésiastique de faire, dans toute l'étendue de la France, le moindre acte de son ministère, sous peine de mort, le •31 mai était encore inutile : tout cela, les girondins l'avaient déjà décrété, et il a été presque impossible aux jacobins, algré toute leur bonne volonté d'aggraver leurs lois de ersécution. Après le 3i mai, de nombreux mouvements ;^arurent près d'éclater ; les vainqueurs eurent un moment ^1 *épou vante ; mais le pays hésita; il crut seulement à une 9.utie intestine dans le parti révolutionnaire, et ne se leva oint en faveur d'hommes qui ne lui inspiraient aucune onfiance ; car, s'ils étaient proscrits, ce n'était point pour voir lutté contre les lois horribles qui venaient d'être votées ar la convention. Si les girondins avaient été un peu oins révolutionnaires, un peu moins persécuteurs, le 31 mai ût été accueilli par un immense soulèvement. Pour nous, qui avons blâmé énergiquement leurs innom* râbles défaillances, leurs mauvaises actions, nous croyons «rmement que la proscription des girondins doit être onsidérée comme un des crimes les plus odieux de la révolution. A ceux pour qui Robespierre, Danton, Marat, sont es demi-dieux, nous n'avons rien à dire ! Nous exprimeons seulement notre surprise de voir des historiens, qui étrissent les crimes de la Terreur, plaider les circonstances tténuantes pour le 31 mai. Eh quoi ! demanderons-nous à es sophistes, parce que le régime de la Terreur se serait arlèté en juin 1793; parce que Marie-Antoinette et Madame lisabeth n'auraient pas été guillotinées; parce que la pro- Ince n'aurait connu ni les tribunaux révolutionnaires, ni es commissions militaires, ni Carrier avec ses noyades, ni oUot et Fouché avec leurs mitraillades, ni Joseph Lebon,
466 CONSTITUTION CIVILK DU CLEBGÉ.
Maignet et tant d*autres scélérats ; parce que Fouquier-Tinville n'aurait pas eu le temps de faire périr un poète comme André Chénier, des savants comme Bailly et Lavoisier, des généraux comme Gustine, Westermann, Bouchard, Biron, des orateurs comme les girondins, des hommes politiques comme Bamave, Thouret, Chapelier, etc., la France auraitelle été moins heureuse? La proscription des girondins fut donc un grand crime et un malheur de plus. Les fatalistes, les partisans du fait accompli, devraient bien le reconnaître, car le triomphe de la gironde eût procuré à notre pays les avantages de la révolution de thermidor, et Teût sauvé de la période la plus sanglante de la Terreur, ainsi que du règne des thermidoriens.