‹ Histoire de la constitution civile du clergéChapitre 19 sur 40 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

§ I. Excès des troupes républicaines en Vendée. — Rossigpiol. — Thirion à La Flèche brûle le cœur de Henri IV. ~ Acharnement de Lequinio contre les religieuses. — Il établit la Terreur à la Rochelle.

§ II. A Bordeaux , les partisans des girondins essaient inutilement de résister aux auteurs du 31 mai. — La Terreur à Bordeaux. — Insurrections de Lyon et de Marseille. — Le parti girondin écrasé dans toute la France.

§ III. Dans les départements du Nord, les proconsuls Collot d*Herbois, Carnot, Billaud-Varennes, André Dumont, etc., terrorisent et préparent Tabolition du culte. — Rapports de Théry, agent de la convention, sur Nancy et la Lorraine. — Il rend hommage au zèle et au dévouement des religieuses hospitalières.

L'insurrection vendéenne, dont la persécution religieuse avait été la seule cause, était réprimée avec une barbarie effroyable. Les armées républicaines ne cessaient de commettre les plus horribles excès, les proclamations et les lettres particulières des conventionnels en fournissent des preuves nombreuses. Ainsi, le 23 juillet, la commission centrale des députés envoyés près des armées, alors réunie à Tours, et composée de Richard président, Bourbotte, Ruelle. Philippeaux et MéauUe, adresse aux troupes une curieuse proclamation. D*abord elle traite Tarmée vendéenne avec le plus grand mépris : ce n*est qu'un ramassis de malheureux en sabots, armés pour la plupart de bâtons , et qu'il est impossible de comparer aux vainqueurs de Jemmapes ; et, cependant, ceux-ci viennent d*ètre battus par ces Vendéens à Yihiers.

« Savez-vous bien quel était le nombre de vos ennemis à cette dernière action? Ils n'étaient que six mille et vous excédiez de trois fois cette quantité... Les lâches qui vous déshonorent ne

peavent être les amis de la liberté , car ils sauraient mourir pour la défendre. Non, ils en sont les ennemis cachés, puisque ce sont «Qx-mêmes qui n'ont pas craint de s'assimiler aux brigands, en volant, pillant les propriétés des citoyens, en exerçant contre eux la violence, au lieu de les proléger, comme ils en avaient fait le serment. »

Le même jour, ils font encore une proclamation contre les fuyards , et ordonnent que, « dans le cas où de lâches soldats se livreraient à des excès et désordres contre les personnes et les propriétés , les citoyens et les gardes nationaux les repoussent par force et les arrêtent. Le 31 juillet, Pbilippeaux écrivait d'Ancenis au Comité*

M Les soldats sont encouragés au pillage et aux excès de tout genre, ils déshonorent la république et rendent notre cause odieuse. Depuis quinze jours, ils ont recruté plus de vingt mille hommes pour les brigands : maisons incendiées ou dévastées j meurtres de patriotes, violences brutales sur les femmes, jamais hordes barbares ne commirent d'excès plus atroces, La plupart des généraux, loin de réprimer ces attentats, en donnent l'exemple (1). »

La révolution avait, en effet, créé pour la Vendée plusieurs généraux aussi odieux quUncapables. Le fameux Rossignol fat un moment investi du commandement en chef par le comité de salut public. Cette nomination indigna même des jacobins très accentués, et deux commissaires Goupilleau^ de Fontenay, et Bourdon, de TOise, qui venaient tout justement de prendre le nouveau général en chef la main dans le sac, résolurent de le suspendre et de le mettre en arrestation pour avoir enfoncé des armoires, volé du linge, des effets et une voiture (2). Mais les autres commissaires prirent

(1) Archives nationales, AF, II, 272.

(2) Ils prirent contre lui Tarrété suivant : u Les représentants du peuple près l'armée des côtes de La Rochelle , délibérant sur l'arrêté du conseil général de la commune de Fontenay, du 23 de ce mois, et tor le procès-verbal rapporté par deux commissaires dé ladite commune, le même jour, par lequel il est constaté que Rossignol, cidevant commandant en chef de ladite armée, et des individus qui Tacoompagnaient ont, dans la nuit du 21 au 22 de ce mois, volé une voiture et une vache dans la maison de Lépinay Beaumont où la municipalité les avait logés, qu'ils ont également enfoncé des armoires, volé du linge et autres effets. Considérant que, si de pareils brigandages doivent être réprimés dans la personne d'un simple citoyen , il est encore plus important qu'ils le soient dans celle d'un homme qui commandait la force

T. ni. 33

514 C05STITDT101I CIYILE DC CLEBGÉ.

sa défense, d'autant plus chaudement que leur collègue Bourbotte s'était associé à ce pillage, et empêchèrent Texécution complète de Tarrèté. N*osant pas révoquer la suspension de Rossignol, ils le remplacèrent provisoirement par Santerre. Bourbotte qui était compromis dans cette affaire courut intriguer auprès du comité de salut public. Le 28 août, il fit à la convention un magnifique éloge de Rossignol, exalta son zèle patriotique, ses talents, sa modestie même, et prétendit qu'il avait combiné ses plans pour terminer la guerre en quinze jours, lorsque Bourdon et Goupilleau l'avaient destitué. Il accusa ses collègues d'avoir cédé uniquement à des préoccupations personnelles, et à des rancunes. Il n'essaya même pas de justifier Rossignol des accusations de vol qui étaient portées contre lui. Drouet, Lacroix, Taliien prirent sa défense. Tallien s'écria : a Non : l'assemblée sera plus juste, elle lèvera la suspension, et il sera beau de voir Rossignol sorti de cette classe tant dédaignée par la noblesse succéder à M. le duc de Bironl » Ce pauvre duc était bien récompensé de s'être rallié à la république et aux jacobins I Rossignol était alors très populaire, et un montagnard était compromis avec lui : aussi la convention leva la suspension de ce héros et rappela dans son sein ses accusateurs. Le triomphe du vaillant

armée : Arrêtent que ledit Rossignol et ses complices seront mis en arrestation pour être livrés au tribunal criminel militaire établi près l'armée des côtes de La Rochelle , à Niort. Chargent le général divisionnaire Chalbos de l'exécution da présent arrêté, de faire suivre et saisir la voiture et les objets volés pour servir de pièces de conviction, et d'employer la force armée en cas de besoin. Fait à Chantenay, le 24 août 1793. Bourdon, de TOise, et Ooupilleau, de Fontenay. » {Archives nationales, AF, U, 267.)

Bourdon et Goupilleau envoyèrent à la convention leur arrêté avec le procès-verbal qu'il mentionne, en lui déclarant que la nomination de Rossignol leur avait paru très étrange, et qu'ils avaient prié le comité de la rapporter. Us l'accusèrent aussi d'avoir poussé les soldats à Tindiscipline et au pillage. Mais Bourbotte, le compagnon et le commensal de Rossignol dans ces belles expéditions, obtint tout de suite l'appui et Choudieu et de Richard, et ils empêchèrent l'arrestation de Rossignol. Merlin et Rewbell les soutinrent. Lorsque cette affaire fut discutée à la convention , le discours de Lacroix donna lieu à un incident assez plaisant. Il déclarait qu'il était indispensable de rendre le général Rossignol à ses fonctions, lorsqu'un député lui cria : « Qu'a-t-il donc fait pour être général ? n Et Lacroix lui répondit avec un aplomb magnifique : « Eh ! dites-moi, vous, qu'est-ce qu'il n'a pas fait? »

général qui avait pris des chevaux, du linge, et des bijoux sur des absents était complet. Il fut introduit aussitôt avec son état-major, et la convention le couvrit d'applaudissements. Il la remercia d'avoir rendu justice « au patriotisme persécuté » et lui promit d'exterminer les brigands.

Le 2 septembre, il fut encore question de Rossignol à la convention. Bourdon l'accusait d'avoir volé cinq chevaux (1). Mais les jacobins prirent chaudement sa défense, et l'affaire fut renvoyée au comité de salut public, c'est-àdire aux amis de Rossignol et de Bourbotte. Ces deux héros retonmèrent triomphalement en Vendée. Bourbotte à peine arrivé lança de Saumur le 8 septembre une proclamation qui avait pour but d'apprendre aux troupes républicaines à n'incendier les villages et les fermes que d'après une certaine méthode.

M Art. 1. Il est défendu à tout officier, sons-officier et soldat de Tarmée des côtes de La Rochelle, de mettre le fea à aucune ville, bourg, village, hameau, ou maison particulière et isolée sous prétexte que les brigands 7 ont logé, à peine d*être personnellement responsables des dégâts qui en résulteraient et poursuivis comme rebelles à la loi.

« Art. 2. Lorsque les troupes de la république seront entrées dans un pajs occupé par les brigands, et où ils avaient établi leurs Impaires, les généraux qui commanderont seront seuls maîtres de déterminer si le feu doit y être porté,

« Art. 3. Le pays ne pourra être incendié que sur un ordre écrit des g'énéraux, lequel ne pourra être exécuté que lorsque les subsistances, bestiaux, et autres objets utiles à la république et à ses armées, auront été préalablement enlevés par les commissaires attachés à la suite des troupes.

«c Art. 4. Dans le cas où les rebelles feraient résistance dans un lieu quelconque, et qu'il y aurait quelques difficultés à les en débusquer, les simples commandants de détachements pourront y faire mettre le feUy s'ils le jugent nécessaire et sous leur responsabilité (2). »

Lies trois premiers articles accordent aux généraux seuls Ce terrible droit d'incendier dont l'armée avait déjà tant

(i) DanB le résumé fait par le comité de salut public des lettres ensur cette affaire, on voit mentionnée, le 29, une lettre de Ross , qui se plaint de nouvelles persécutions, et le 30, une lettre de Ion qui l'accuse « pour avoir commis un vol de chevaux, joint la K^'&^re du propriétaire des chevaux dont il est question. » (Archives, id*) (2) Archives nationales, AF, II, 272.

abusé; maià, comme dans k plupart des décrets révolutionnaires, un dernier article renverse toutes les règles posées par le premier, et les remplace par l'arbitraire le plus absolu. Les chefs des plus petits détachements avaient pris rhabitude d'incendier villages, bois, moissons, sous les prétextes les plus futiles, souvent pour cacher les horribles excès qu'ils avaient commis, ou pour dissimuler leur lâcheté devant l'ennemi. Avec l'article 4, ils pouvaient, comme auparavant, commettre à leur aise toutes sortes d'atrocités, et ils ne s'en firent faute.

Bourbotte régularisait l'incendie , ses collègues de Nantes cherchaient à réglementer le pillage. Le Si septembre Philippeaux, Gillet et Turreau prescrivaient aux soldats de ne point piller ni saccager, mais de remettre tout leur butin. Ils promettaient une gratification de quinze livres à celui qui amènerait un cheval ou un bœuf, dix livres pour une vache, trois livres pour un veau ou un mouton.

Les lettres trop franches de Philippeaux sur les excès des généraux et des soldats républicains en Vendée excitaient une vive indignation chez les jacobins. Son collègue Ghoudieu en était exaspéré. Dans une lettre datée de Saumur le vingt-deuxième jour du premier mois, et résumée ainsi par le comité de salut public, il demande « que la conduite de chacun d'eux (des députés) soit scrupuleusement examinée... Que celle de Philippeaux soit examinée et qu'il offre de prouver que, s'il n'est pas fou, il est au moins suspect ».

L'armée était minée par la désertion. Carrier écrit de Rennes, le 11 septembre, au comité de salut public que^ pour faire revenir les conscrits réfractaires, il menace leurs parents (1). Il est assez content de Rennes : a la sans-culotte- )ne est à toute la hauteur de la révolution ». Il est moins satisfait de Brest et de Lorient; les députés fugitifs sont aux environs de cette dernière ville :

(1) Archives nationales, AF, II, 267. La liste serait très longue des pro* clamations tantôt mielleuses, tantôt menaçantes que les conventionnels adressèrent aux déserteurs. Les prétendus volontaires désertaient quelquefois en masse. Ainsi le 20 juin, Jard-Panvillier et Auguis prenaient à Niort un arrêté déclarant que les départements, « dont les bataiUons ont déserté en totalité ou en partie, sont autorisés d'assigner un contingentf pour former le bataillon de pionniers, à chacune des communes dont les déserteurs font partie. » {Iti., 266.)

« Cependant, rassurez-vous sur ma ferme résolution à écraser tous les conspirateurs ; je ne quitterai point la Bretagne que je ne les aie tous livrés à la vengeance nationale ou que son sol n'en soit purgé par une fuite que je ne pourrai empêcher. »

Le comité lui répondit aussitôt, en rencourageant à déployer sa vigueur contre les ennemis de la convention. Cette recommandation était bien superflue.

Thirion avait été chargé de terroriser le département de la Sarthe. Le 16 septembre, il adressait une proclamation aux commandants des bataillons républicains pour les engager à arrêter et conduire au Mans tous ceux qui leur paraissaient être les moteurs de Tinsurrection , et à ramener aussi des otages.

a Faites-en de même à Tégard des femmes et des enfants de ceux qui seraient absents de leurs foyers, et que vous présumerez être dans Tattroupement en rébellion. Ce seront les otages qui nous répondront de leur conduite. Si tout rentre promptement dans le devoir, nous les leur renverrons. Dans le cas de résistance de leur part, au contraire, nous prendrons des mesures poiar que les rebelles ne les revoient jamais (1). »

Les soldats républicains trouvèrent beaucoup plus simple d^égorger tout de suite les femmes et les enfants dans leurs villages. Ils en prirent tellement l'habitude qu*on les vit fréquemment massacrer les femmes et les enfants de patriotes qu'ils connaissaient bien pour tels I

Le même Thirion brûla publiquement à La Flèche le cœur de Henri IV (2) !

(1) Archives, AP, II, 138.

(2) Voici la lettre qu'il écrivit le 24 septembre au comité de salut public pour se vanter de ce glorieux exploit. « Je viens de faire brûler sur la place publique le cœur d*Henri IV et de Marie de Médicis, qui se trouvaient encore exposés à Tidolàtrie du peuple dans l'église du coUège de cette ville. Cette cérémonie impromptue s'est faite en présence de quelques bataillons de notre force armée et des autorités constituées. J*ai harangué la troupe, puis mis le feu moi-même au bûcher avec le général Fabrefond, aux cris redoublés de a Vive la république! Soient anéantis à jamais les tyrans avec la tyrannie! » J*ai fait voir que ce prétendu bon roi avait fait égorger dans les horreurs d*une guerre civile des millions de Français, pour soutenir ce qu'il appelait ses droits de naissance. Quant à Marie de Médicis, j'ai prouvé que cette Italienne avait au moins fait autant de mal à la France que l'Autrichienne Antoinette. » Voici la réquisition que ce vandale avait adressée aux autorités de la Flèche : « J'apprends qu'il existe encore dans cette ville des

518 coiiSTiTnnoH ciyile du clebgé.

Le comité de salut public envoya Lequinio à La Rochelle. Ge poste entre Bordeaux et la Vendée était de la {dos grande importance. Lequinio comprit parfaitement les intentions du comité , et se montra aussi impitoyable pour les girondins que pour les royalistes. A peine arrivé à La RocheUe, le S8 septembre, il se posa en véritable proconsul, déclarant que la convention Tavait revêtu comme les autres commissaires de pouvoirs illimités, « et c*est avec cette autorité suprême que j*existe en ce moment auprès de vous » . Après ce début dictatorial, il se livre aux déclamations de rigueur contre Pitt et Gobourg, et adresse aux girondins des accusations, fort mal placées sans doute dans sa bouche, mais qui ne sont pas toujours dénuées de fondement :

« Peot-on les regarder comme patriotes, ces hommes qui semblent n*être parrenns aux emplois que pour jouir des honneurs, se targuer d'an monstmeox orgueil et consommer les émoluments que la république y attache?...

« Non, quels qu'ils soient, ils ne sont que les ennemis de la liberté et de TégaUté, ce sont eux qui, le taw gcmfé d^mrgmil tmi tembU patriotes au commencement de la révobitkmj parce qu'Us votn laient abattre ceux qui leur étaient supérieurs^ mais ils ne roulaient pas faire descendre au-dessous d'eux le niveau de Fégalité. Ds étaient les patriotes du premier moment, ce sont les aristocrates d'aujourd'hui, ils se sont substitués à la ci-derant noblesse, ils en ont tous les vices. Les voilà ceux qui ont livré Lyon aux horreurs de la guerre civile, et Toulon aux Anglais ; ce sont eux dont il faut se défier partout ; car, pour flatter leur orgueil et grossir leurs trésors, ils vendraient la république à tous les despotes.

« Eh bien, citoyens, qu'ils se fassent enfin patriotes ou qu*ils deviennent l'opprobre de la société ! Le temps des ménagements n'est plus, un combat à mort se livre, il faut que l'aristocratie s'étouJETe en quelque coin qu'elle réside, il faut que le peuple soit libre et qu'il puisse user légalement de tous ses droits; f homme qui jouit (fune grande aisance, de qui la tient-il, si ce n*est du peuple qui a tracaiUi pour hà? Qu'aurait-U fait lui seul? Qu'il

restes de nos tjrans eonsacrés par la soperstitioii ; je riens requérir de les Caire disparaître dn sol de la liberté, et de les réduire en cendres snr la place publique à l'heure même. L'œil des Français libres Terra avec plaisir se consumer ces honteux monuments du fanatisme et de Tantique serritnde. ■ {Arekivet^ id., 26S.) Le comité de salut public le lelicite Tirement de eet acte de républicanisme « ... en faisant disparaître les restes de la rojanté , tous apprendrex au peuple à connaître ses droits et à aimer la république ■.

sache donc être juste et reconnaissant envers le peuple aux sueurs duquel il doit la fortune. Que l'homme auquel plus d'aisance a procuré plus d'éducation concoure lui-même à instruire ses frères, qu'il vienne au sein des sociétés populaires porter son tribut de lumières et de patriotisme. C'est là qu'il puisera les vrais principes de liberté et d'égalité... »

Il finit en déclarant qu'il faut absolument écraser Lyon, Marseille, Toulon, ces villes rebelles, et, désireux d*y contribuer pour sa part en écrasant le fanatisme et le fédéralisme dans les départements qui lui sont confiés , il édicté une série de mesures de sûreté générale. D*abord tout cercle, ou salon politique et littéraire, est interdit; la société des jacobins est seule maintenue. Voilà pour la liberté politique ! La liberté religieuse est depuis longtemps foulée aux pieds, mais il restait encore aux catholiques une bien faible ressource ; il faut la leur enlever :

« 11 est défendu aux ci-devant religieuses de se réunir au delà de six pour demeurer ensemble, et, dans tous les cas, les officiers municipaux sont chargés de veiller soigneusement à ce qu'il ne se passe chez elles aucun rassemblement ou cérémonie qui puisse tendre à entretenir les maximes du fanatisme, ou la haine de la révolution... » (ArchiveSy AF, II, 268.)

Cet arrêté ne défend point seulement aux religieuses de faire dire la messe chez elles. Dans Tétat actuel de la législation, tous les prêtres sont déportés ou emprisonnés; les ex-bénéficiers qui, sans se faire constitutionnels , ont cru pouvoir prêter le serment de liberté et d'égalité, sont strictement surveillés, et seraient déportés, s'ils disaient la messe aux catholiques. Les rassemblements ou cérémonies fanatiques, dont parle Tarrêté, sont tout simplement des réunions fort peu nombreuses qui ont encore lieu de temps en temps chez ces religieuses; on y prie Dieu, en l'absence d'un prêtre catholique, et l'on s'encourage mutuellement à persévérer dans sa foi : c'est ce dernier'reste de superstition que Lequinio veut détruire.

Il établit aussi une commission militaire chargée de juger d'après la loi du 19 mars les prisonniers vendéens. Ceux qui ne seront pas condamnés à mort devront être employés aux travaux publics, et enchaînés jusqu'à ce que la convention ait statué sur leur sort.

L*ariicle 12, en exécution de la loi du 23 juillet, ordonne aux autorités de ne laisser qu'une seule cloche dans chaque église. Un nouveau comité de surveillance est établi à La Rochelle. Les officiers ci-devant nobles des 60* et 110* régiments sont destitués. De nombreux fonctionnaires sont révoqués. L article 20 mvite les citoyens à fournir des lits à rhôpital. Sinon la commune désignera ceux qu'elle regarde comme les plus aisés, et leur imposera cette charge* Bn cas de refus, ces citoyens paieront une amende, et, s'ils sont en retard plus de vingtrquatre heures , l'amende sera égale à la valeur des objets requis.

Le département de la Gironde avait envoyé à la convention les chefs du parti vaincu le 31 mai. Il était justement fier des triomphes oratoires de Yergniaud, de<iuadet, de Gensonné. Avant le 31 mai, il avait déclaré solennellement à la convention qu'il saurait défendre ses députés ; après la catastrophe, il essaya d'organiser contre la tyrannie jacobine une ligue départementale. Une commission populaire fût établie à Bordeaux, elle s'empara de tous les pouvoirs, mit la main sur des fonds appartenant à l'État, et décida la levée d'une force armée. Mais les Bordelais , pas plus que leurs députés, ne surent agir avec énergie et promptitude. Mathieu et Treilhard, envoyés par la convention, furent très mal reçus à Bordeaux et presque gardés à vue. Leurs proclamations en l'honneur du 31 mai et de la constitution nouvelle (1) ne produisirent aucun efTet. La commission populaire se déclara convaincue, d'après les explications mêmes de Mathieu et de Treilhard, que la convention avait été opprimée, que ses commissaires étaient, par conséquent, sans titre^ et les pria de déguerpir. Mathieu et Treil-

(1) Ilf les défendaient ainsi contre leurs détracteurs. « Ils vous disent que quelques députés n*ont point coopéré à cette constitution , comme si la constitution ne devait point tirer toute sa force du peuple qui la sanctionnera, comme si elle tenait son autorité de la convention qui Ta préparée, et comme si l'existence de rassemblée nationale dépendait de Tabsence ou de la présence de quelques individus. »

hard se rendirent dans les départements voisins où ils réussirent à entraver le mouvement girondin. Pendant que les Bordelais s'agitaient sans faire aucune entreprise sérieuse, les administrations qui les avaient d*abord soutenus, ou bien restaient dans Tinaction, en attendant un signal de Bordeaux, ou bien rétractaient leurs arrêtés, et la montagne mettait le temps à profit. Un décret du 6 août mit hors la loi les membres de la commission populaire. Deux nouveaux commissaires, Baudot et Ysabeau, se rendirent ensuite à Bordeaux , mais ils ne furent pas mieux reçus que leurs collègues, et durent se retirer après y avoir passé seulement trois jours dans une quasi captivité (1). Mais Texpulsion de ces commissaires ne fut suivie d*aucun acte énergique. La convention adressait continuellement aux Bordelais les plus terribles menaces, elle avait su faire le vide autour d*eux, et de plus ils souiTraient cruellement de la disette. Us finirent par renoncer à la lutte, et par former une municipalité provisoire qui s*empressa d*exécuter le décret du 6 août contre la commission populaire. Une députation de cette municipalité nouvelle vint annoncer à la convention la soumission de la ville et l'arrestation « des conspirateurs et des administrateurs oppresseurs » ; elle lut aussi l'adresse qu'elle avait envoyée à la commune de Paris pour la féliciter d'avoir fait le 31 mai. Les jacobins étaient maîtres de Bordeaux. La persécution des girondins ne leur fit pas négliger un instant la persécution religieuse ; le 29 septembre, Ysabeau prenait l'arrêté suivant :

« Considérant qu'il existe encore dans la commune de Bazas plusieurs prêtres réfractaires à la loi qui fomentent le fanatisme et entretiennent la division dans les familles;

<( Désirant soustraire cet objet de scandale et de trouble, et réduire les malveillants à Timpuissance de nuire ;

« Arrête que les nommés Bourriot, Drêche, Culture, Lafond,Lansac et Bauduer, prêtres insermentés, seront traduits sans délai par la gendarmerie nationale à la citadelle de Blaye, remis entre les mains

(1) Le 3 septembre, Baudot écrivait de la Réole à Jean Bon-Saint- André, le récit de sa malheureuse mission. Dans cette lettre, il accuse les partisans des girondins de vouloir livrer Bordeaux à TAngleterre, et prétend que les vaisseaux anglais sont tout près, et que Tor anglais circule dans la ville. {Archives, AF, II, 38.)

du citoyen Dormand, adjudant général, chef de divisioii commandant de la Tille et la citadelle de Blaye, pour par loi être déteoiis en tel lieu de sûreté qu'il Jugera convenabley jusqu'à ce qu'il soit pris des mesures ultérieures à leur égard. » {Ardùves, AF, H, 107.)

Ce prêtre défroqué occupait ainsi ses loisirs en préparant sa rentrée triomphale dans Bordeaux. Le 25 septembre, il écrivait au comité que ses collègues et lui attendaient mie escorte imposante, pour entrer dans cette ville rebelle, mais que, cependant, on avait arrêté des coupables :

... « Les sans-culottes en tiennent déjà un certain nombre, entre autres l'illustre Grangeneuve , et un homme que Ton soupçonne d'être l'aide de camp de Wimpfen ; nous vous adresserons à Paris tout ce gibier de guillotine. >* {Archives, id,)

Enfin Tescorte imposante arriva et les proconsuls vinrent terroriser eux-mêmes cette malheureuse ville. Leur arrêté du 7* jour de la 3* décade du i" mois (18 octobre) signé Tsabeau, Baudot, Chaudron-Rousseau, Tallien, détermine le régime auquel Bordeaux sera désormais soumis :

... « Considérant que l'époque de leur arrivée dans les mors de cette ville doit être celle de la punition de tous les traîtres ;

... « Que le seul moyen d'encourager les patriotes qui viennent enfin de sortir de l'apathie dans laquelle ils furent plongés pendant trop longtemps, c'est de fairejustice prompte et sévère des hommes perfides qui les ont trompés ;

... « Qu'il est temps de faire tomber sous le glaive de la loi les têtes des scélérats qui voulaient faire de Bordeaux une nouvelle Lyon, et faire courber ses habitants sous le joug anglais, en livrant la ville, le port et les magasins nationaux aux agents de l'infâme Pitt... »

Ils soumettent Bordeaux au régime militaire exercé sous leur surveillance directe. L*armée qui les a accompagnés est déclarée armée révolutionnaire; il lui sera adjoint un bataillon de sans-culottes bordelais, choisis tant par les sections que par le club ; le général Brune commandera cette armée ; un comité révolutionnaire est chargé de lui désigner les suspects :

« Art. 9. 11 sera sans délai nommé par les représentants du peuple une conumssion militaire composée de sept membres, chargée de reconnaître l'identité des personnes mises hors de la loi par les divers décrets de la convention nationale, et de les faire

exécuter dans les vingt-qaatre heares, ainsi que tous les émigrés rentrés sur le territoire de la république, et les prêtres qui ne se sont pas soumis à la loi de déportation. »

L*arrêté révoque, en outre, toutes les autorités, prescrit le désarmement, Tarrestation de tous les suspects, et met en réquisition les chevaux de luxe , harnais , selles , bottes , manteaux, tous les effets d'équipement et de cavalerie, en menaçant les receleurs des peines les plus graves. Les certificats actuels de civisme sont annulés ; des visites domiciliaires sont prescrites pour les subsistances. Un arrêté révolutionnaire n*est pas complet, s'il ne contient aucune extorsion. Les commissaires de Bordeaux n'eurent garde de manquer à cette règle :

Art. i9 « Conformément aux décrets de la convention nationale, tous les frais de Farmée révolutionnaire, et toutes les dépenses extraordinaires seront supportées par les riches, et surtout par ceux connus pour leurs sentiments inciviques et fédéralistes. '^^•■

a En conséquence, il sera fait un état de tous les particuliers et négociants qui devront contribuer au paiement de ces frais, et il leur sera adressé des réquisitions nominatives et de sommes déterminées qui devront être payées dans les vingt-quatre heures, sous peine d*exécution militaire et confiscation de leurs biens. » {Archiv, id,)

Presque au moment où le 31 mai s'accomplissait à Paris, une démonstration tout opposée réussissait à Lyon. Les modérés de cette ville, qui venaient de battre le parti jacobin, n'étaient nullement disposés à se soumettre aux révolutionnaires de Paris, et à subir les vengeances de leur digne ami Ghalier, le Marat lyonnais. La montagne leur envoya Robert Lindet qui ne put rien obtenir d'eux et les vit en sa présence prêter le serment des partisans des girondins : (( Unité et indivisibilité de la république, haine aux anarchistes, représentation nationale tout entière ». Une commission populaire et républicaine de salut public fut établie. Sans déclarer positivement la guerre à la convention, les Lyonnais montrèrent par leurs actes qu'ils ne se croyaient plus tenus à lui obéir, depuis qu'elle avait subi l'épuration du 2 juin, et refusèrent de se conformer au décret qui, pour protéger les terroristes de Lyon, ordonnait

aux autorités de cette ville d'envoyer au tribunal révolutionnaire les procédures commencées contre eux. La convention rendit plusieurs décrets contre les Lyonnais. Mais ceux-ci ne se laissèrent point intimider et leur tribunal criminel condamna à mort le fameux Chai ier avec Tun de ses complices nommé Riard. Cette condamnation devait servir de prétexte à d*horribles tueries. Les commissaires Reverchon et Laporte adressèrent de Mâcon le 22 juillet une proclamation aux Lyonnais. Elle mérite d*ètre examinée de près, car elle fait connaître les raisons que les vainqueurs du 31 mai, dans des circonstances aussi critiques, mettaient en avant pour justifier leur coup d'État :

Les Lyonnais veulent la représentation nationale libre et entière. Les commissaires soutiennent qu'elle l'est, puisqu'elle leur apporte la constitution. Peut-on dire qu'elle n'est pas entière, parce qu'elle a lancé un décret contre des criminels? Mais le titre^de représentant ne saurait assurer l'impunité. On ne veut pas reconnaître les décrets rendus depuis le 31 mai, parce que les girondins n'y ont point participé, mais pendant une certaine période, près de deux cents membres de la convention étaient en mission, et l'on n'a pas contesté la validité des décrets rendus en leur absence. N'est-il pas de principe que deux cents membres présents peuvent délibérer et prendre des décrets? Eh bien, le dernier appel nominal, qui est bien postérieur au 31 mai, a constaté la présence de six cents membres, et l'on voit arriver les suppléants de « ceux qui ont lâchement abandonné kur poste. » Ce dernier trait est adorable !

U...NOUS étions sous le poignard des assassins, disent les prévenus pour se justifier de s'être soustraits à un jugement légal. Mais on doit leur répondre : Quel est celui d'entre vous qui ait reçu jusqu'à ce jour la moindre égratignure? Lepelletier a été assassiné pour avoir voté la mort du tyran que vous, prévenus, avez voulu sauver... Vous avez fui, dites-vous, pour ne pas être assassinés, mats ceux de vos complices qui sont en ce moment détenus à Paris y ont-ils été assassinés ? Répondez I

« Trois cent mille hommes armés ont pris les armes le 31 mai pour sauver encore une fois la liberté, et pas une goutte de sang n'a été versée. Sans l'insurrection des Parisiens, la France était perdue j et Ton ne peut assurer que, huit jours plus tard, il eût été possible de la sauver. )> {Archives nationales^ AF, II, 137.)

Les deux commissaires ne font que ressasser les déclamations de Marat qui, avant le 31 mai, disait aux girondins : «Vous dites qu'on en veut à vos têtes I Êtes-vous assassinés? non; hé bien, vous êtes des calomniateurs. » Mais ces mensonges impudents n'en imposaient point aux Lyonnais. A Grenoble, Dubois -Grancé et Gauthier armaient des troupes et lançaient contre eux de violentes proclamations :

«... Qu'ils avouent un fait connu, c'est qu'ils ont reçu il y a quinze jours de Pitt, par la voie de Genève, quatre millions en or pour servir leur Infâme révolte (Archives nat, AF, II, 84.) »

Les deux députés auraient été bien embarrassés de fournir la moindre preuve à Tappui de cette accusation : mais Taplomb dans la calomnie est la première vertu du jacobin. Us avaient imprimé en lettres majuscules en tête de cette proclamation du 25 juillet « un roi, des nobles, Tesclavage, voilà ce qu'on veut ».

Les députés Rouyer et Brunel avaient agi en conciliateurs et obtenu la rétractation du premier arrêté contre le 31 mai et l'acceptation de la constitution. Mais les Lyonnais voulaient garder leurs administrateurs et ne point tomber sous le joug des jacobins ; de son côté, la montagne voulait en finir avec ce foyer dangereux d'opposition, et traiter les Lyonnais comme les Parisiens. La guerre était donc inévitable. Les deux conciliateurs Bouyer et Brunel furent dénoncés le 2 août par Ghabot comme complices des fédéralistes, et la convention rendit un décret contre eux.

Les Marseillais avaient été battus par les troupes de la convention, et les Lyonnais ne pouvaient plus espérer une action commune avec les girondins du Midi. Le 8 aoôt, Dubois-Grancé et Gauthier arrivèrent aux portes de Lyon avec une armée assez nombreuse, et sommèrent ses habitants de se rendre à discrétion avec leurs armes, de subir les autorités nouvelles imposées par les commissaires, de payer une indemnité, de reconnaître et exécuter les décrets rendus depuis le 31 mai, en un mot, de se sounpiettre complètement à la montagne ; ils lui firent en échange de cette soumission absolue des promesses vagues dont rien ne garantissait l'exécution, et que la convention pouvait très bien désavouer. Les Lyonnais aimèrent mieux lutter jusqu'au bout.

Marseille essaya aussi de résister aux vainqueurs du 31 mai; la Provence était très agitée. Les observaieurs envoyés par la convention lui écrivaient que dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Yar, des Basses- Alpes, des Alpes-Maritimes , on repoussait les assignats et que les campagnards étaient les plus furieux. A Toulon, la liberté avait été rendue au culte catholique. Le nombre do ceux qui refusaient de reconnaître les décrets rendus depuis le 31 mai était très grand, et les observateurs reconnaissaient que cette opinion prédominait à Marseille et à Toulon. Beaucoup de personnes soutenaient même qu'il fallait nommer une autre convention chargée de réviser les décrets rendus depuis le 31 mai, et une commission qui jugerait les auteurs de ce coup d'État. Aucun membre des trois assemblées qui s'étaient succédé depuis la révolution ne serait éligible ni à cette convention, ni à cette commission.

Malheureusement les Marseillais ne réussirent point à organiser dans la Provence et le Gomtat une insurrection sérieuse; le petit corps de six mille volontaires qui marchait vers Lyon fut battu par les troupes de la convention commandées par le général Garteaux. Cette défaite entraîna l'occupation d'Avignon. Le 24 août^ la petite armée marseillaise fut défaite à Septènes, et les troupes républicaines occupèrent Marseille. La convention n'avait plus dans le Midi que Toulon à réduire. Mais cette ville était tout à fait exaspérée contre elle; deux jacobins, Sévestre et Dussaud, y avaient été mis à mort : les conventionnels Pierre Baille et Beauvaisy étaient prisonniers ; ils avaient dû, le jour de l'ouverture des sections, marcher processionnellement, un cierge à la main , et assister à une grand'-messe et à un Te Deum, Toulon, jadis si révolutionnaire, voyant la défaite du parti girondin, proclama la monarchie constitutionnelle et se livra aux Anglais par peur des terroristes.

Les départements qui s'étaient inclinés sans résistance devant la révolution du 31 mai, n'en furent pas moins terrorisés parles commissaires de la convention. Les fonctionnai-

res y furent destitués, les prêtres traqués, les républicains modérés emprisonnés comme suspects avec les royalistes et les catholiques.

GoUot d'Herbois et Isoré, chargés de terroriser le département de rOise, se rendent le 5 août à Noyon ; ils réunissent toutes les autorités, leur font subir un véritable interrogatoire sur leur conduite pendant la révolution, et leur enjoignent d'exécuter strictement les lois révolutionnaires. Les autorités, craignant de s'exposer à la colère des proconsuls se mirent aussitôt à faire la chasse aux prêtres et à leurs adhérents. On arrêta vingt-neuf chanoines, plusieurs curés et vicaires, ainsi qu'un grand nombre de catholiques, et on les entassa dans le séminaire (1). A la fin du mois, beaucoup de prêtres, parmi lesquels se trouvaient dix-sept chanoines, furent conduits au château de Chantilly dont on avait fait une prison pour les suspects.

Le 8 août, les deux commissaires vinrent à Beauvais. Après avoir reçu les autorités , ils allèrent visiter la société populaire , et Isoré proclama devant les frères et amis que la ville avait été jusqu'alors trop dominée par l'esprit feuillantin , et qu'il était absolument nécessaire de la sansculottiser. Us se mirent aussitôt à dresser des listes de suspects; les plus favorisés devaient être gardés à vue chez eux par des jacobins sans ouvrage moyennant cinq livres par jour , les autres envoyés au château de Chantilly ; le 17 août, les proconsuls créèrent un comité de salut public chargé d'exécuter la loi du 11 août sur les suspects, et le 27 , quarante et un suspects de Beauvais, arrêtés déjà depuis deux jours, furent expédiés à Chantilly, après avoir subi les plus rudes traitements. Des comités de salut public furent établis le 26 à Compiègne , et le 27 à Noyon. La Terreur était bien et dûment organisée dans l'Oise (2).

(1) Archives nationales, AF, II, 130.

(2) Dans son intéressant ouvrage : Le Château de Chantilly pendant la révolution (Paris, 1872), M. Alex. Sorel a donné la liste des suspects qui furent détenus dans ce château, depuis le 17 août jusqu^au mois d'octobre. Pour le district de Beauvais, on expédie, le 17 août, 41 personnes, hommes, femmes et enfants ; 15, le 1" septembre ; 18, le 11 et 20, le 30. Le district de Chaumont pendant cette période, envoie 28 suspects ; celui de Crépy, 21 ; de Compiègne, 44 ; de Noyon, 84 ; de Clermont, 47, plus une quarantaine de suspects de diverses communes.

Les départements du nord de la France étaient iyramiisés par de nombreux commissaires chargés officiellement de s'occuper de Tarmée du Nord. Jusqu'alors les prêtres étaient généralement autorisés à payer des remplaçants pour la garde nationale. Le 19 juin, Desacy, Delbrel, Duhem prirent à Arras un arrêté précédé d'une série de considérants injurieux, pour les contraindre à monter la garde eux-mêmes (t).

Billaud-Yarennes et Garnot firent une tournée dans le Nord, pour intimider les partisans des girondins et épouvanter les esprits crédules en leur attribuant les projets les plus affreux. Malheureusement pour leur mémoire, les autorités locales tenaient soigneusement procès-verbal de toutes les absurdités qu'ils venaient leur débiter d*an ton d'oracle , ce qui nous permet d'en donner un échantillon.

« Extrait des registres de délibération da district de Saint-Omer. Séance du 3 août i793, Tan 2 de la répablique une et indivisible.

a On allait entrer dans la discussion des mesures de salât pablic, lorsque les citoyens Billaud-Yarennes, Niou et Garnot, représentants du peuple sont entrés en chambre accompagnés d'un nombreux cortège : Un grand et vaste complot, dit Ton deux, était sur le point d'éclater , tout était combiné pour perdre la république ; les conspirateurs étaient répandus depuis Bordeaux jusqu'à Lyon, de Lyon jusqu'à Nantes, ils donnaient la main à la Vendée : leur infâme projet était de livrer nos armées aux tyrans coalisés, et si la valeur de nos armées, comme il arrive quelquefois, eût triomphé de la trahison de nos généraux» ils devaiaU faire sauter nos places fortes, au moyen de mèches phosphoriques. Citoyens, le croiriez-vous ? Le volcan qui devait vous engloutir avait son foyer dans Saint-Omer; cette trame impie, dont les ramifications embrassaient toute la république, vient d'être découverte. Des mesures de sûreté générale ont été prises. Ce qui nous console, ce qui nous prouve le patriotisme des autorités constituées, c'est qu'aucun membre n'a trempé dans cette criminelle conspiration. Nous vous remercions du zèle et de l'énergie que vous avez développés dans ce moment de crise. Vous pouvez rassurer vos concitoyens, les projets liberticides ont été déjoués, et la république vient encore une fois d'échapper à ses cruels ennemis. » {Ai'chives nationales, D, § 3, 31.)

Le président du district lui répond dans le même style, les représentants lui donnent, ainsi qu'à ses collègues, un

(1) ilrcM've^, AF, II, 131.

nouveau certificat de civisme, et se retirent. Le conseil décide ensuite qu'il fera la chasse aux conspirateurs et décrète Farrestation de vingt personnes.

Élie Lacoste et Peyssard travaillèrent aussitôt à établir la Terreur dans le département du Pas-de-Calais. Le tribunal criminel jugeant révolutionnairement prononça plusieurs condamnations capitales, entre autres , celle de M. Poulain, chanoine d*Arras, qui s'était réfugié en Belgique après les massacres de septembre, et qui fut mis à mort comme émigré, rentré d'après la loi du 26 mars. Le S septembre, Peyssard, Lacoste, et Duquesnoy établirent dans toutes les communes de plus de mille âmes des quatre départements du Nord, du Pas>de-Calais^ de l'Aisne et de la Somme des comités chargés d'arrêter les suspects. Lacoste et Peyssard ne se contentèrent point de persécuter le clergé réfractaire. Par arrêté du 8 septembre, ils déclarèrent Saxnan,curé d'Hénin, et Sérivé, curé de Fourrières, destitués et mis en arrestation « pour leur conduite intolérante et anticonstitutionnelle » . Ces deux curés avaient probablement continué à prêcher des doctrines que la constitution civile avait respectées, mais que les conventionnels traitaient alors de fanatisme et de superstition (1).

Lies commissaires de l'armée du Nord, dans une lettre qui fut lue le 1*' septembre à la convention, annonçaient que les prisons de Lille regorgeaient de suspects, et demandaient C]u*on désignât pour eux un vaste local. Ces hommes-là, diraient-ils, épuisent des subsistances de la plus haute impor- ^nce pour la ville.

La persécution était extrêmement violente dans le département de l'Aisne; d'après le relevé officiel, cent soixantedeux ecclésiastiques avaient émigré ; vingt-trois s'étaient «léportés volontairement; cent dix-neuf avaient été déportés ^n vertu de la loi du 26 août 1792; cinquante-huit étaient :Kreclus, et cinq étaient détenus comme suspects. Il ne faut oublier que la constitution civile avait au début obtenu ce département un assez grand nombre de serments, prêtres condamnés à la réclusion subissaient leur peine Laon, où ils étaient traités de la manière la plus barbare.

(1) Archives, AF, II, i31.

530 CONSTITUTION OTILB DU CLBlGé.

Le district, dans on arrêté du 16 janvier 1793, constata, en autorisant le paiement de leur arriéré de pension, qu'ils étaient absolument sans ressources et exposés à mourir de faim. Une autre délibération du 12 juillet prouve encore qu'ils étaient dans le plus affreux dénuement : les autorités locales, qui n'étaient pas suspectes de partialité en leur faveur, faisaient le tableau le plus affreux de leur prison (1). L'évêque constitutionnel MaroUes avait ordonné on grand nombre de prêtres ignorants ou indignes; pour flatter les jacobins, il s'avisa de conférer la prêtrise à un homme marié ; les évêques constitutionnels n'avaient pas jusqu'alors osé commettre une pareille infraction aux règles de l'Église. Aussi ce nouvel exploit de Marolles fut-il célébré avec enthousiasme dans tous les clubs : son collègue Porion, du Pas-de-Calais, suivit son exemple, et reçut les mêmes applaudissements, et la société populaire de Calais présenta le 26 juin à la convention l'adresse suivante :

t< Vous avez applaudi à la conduite décidée de l'évêqae de l'Aisne, imposant les mains à un honnête père de famille. Légis' lateurs, vous apprendrez avec plaisir que dans le même temps l'évoque du Pas-de-Calais élevait au sacerdoce un citoyen, père de plusieurs enfants, et jouissant de Testime due à la probité ; vous apprendrez avec plaisir que ce même prélat est décidé à appeler au ministère du culte public tous les hommes manés et vertueux qui lui seront adressés par les conseils généraux des communes. Nous vous demandons de décréter que les lois qui prescrivent le célibat soient abolies, et que les évêques ne pourront plus ordonner à l'avenir que des citoyens fnariés. C'est le moyen le plus sûr de régénérer les mœurs sans lesquelles il n'est pas de gouvernement durable. »

Dans le département de la Somme, André Dumont remplissait les prisons de suspects. On le vit à Péroune, dans l'église Saint-Fursy, monter sur l'autel pour déclamer à la fois contre Dieu et contre les suspects, et prêcher en même temps la tyrannie et l'athéisme. Voici comment ce persécuteur accompli, vrai type du tyran qui se plaît à insulter ses victimes, rendait compte de ses opérations à la convention :

« J'ai à peine le temps de vous écrire. Je crois que tons les (1) E; Flkuuy, Lcclcrfjfé de l'Aisne et la révolution. T. II, p. 14.

ci-devants ducs, comtes, vicomtes, marquis et leurs familles sont dans ce pays. D'arrestation en arrestation, j'extirperai ce chancre, et ce département, une fois mis au vif, ne demandera plus que des soins.

ce Soixante-quatre prêtres insermentés vivaient ensemble en une superbe maison nationale au milieu de cette ville. J'en ai été informé; je les ai fait lier deux à deux; je les ai fait traverser ainsi la ville pour les enfermer en une maison d'arrêt. Cette nouvelle espèce de monstres, qu'on n'avait pas encore exposés à la risée du peuple, a produit ici un bon effet : les cris de Vive la république! retentissaient dans les airs, à côté de ce troupeau de bêtes noires. Indiquez-moi la destination que je dois donner à ces cinq dou- 2aines d'animaux que j'ai fait exposera la risée publique; c'étaient des comédiens de garde qui étaient chargés de l'escorte... »

Cette ignoble lettre fut lue à la séance du 9 septembre. Ce même jour Dumont fit jeter en prison Desbois, Tévêque intrus de la Somme, parce qu'il était hostile au mariage des prêtres.

Jusqu'à cette époque, les terroristes, tout en préparant l'abolition de Téglise constitutionnelle, tenaient encore pour la plupart à sauver certaines apparences. Mais ^ la patience commençait à leur manquer, et plusieurs d'entre eux commirent des profanations publiques. Ainsi le vieux Riilh, envoyé par décret du 18 septembre dans les départements de la Marne et de la Haute-Marne, réunit à Reims une ridit:ule assemblée de vieillards, déclame devant eux contre le fanatisme, et n persuadé que les documents reçoivent tine nouvelle force de l'exemple et de la pratique», il se fait apporter la sainte ampoule conservée précieusement j>ar le sacre des rois, et la brise au milieu des applaudissements des jacobins (1). Naturellement cet] ennemi du fana- 'tistne fit aux prêtres la chasse la plus active. Riilh put se %ânter avec raison d'avoir été le précurseur des célèbres Iconoclastes de la Terreur.

Les départements de l'Est étaient couverts de troupes à ^i^usede la guerre; ils ne firent, après le 31 mai, aucune déimonstration en faveur des girondins. Darche, commissaire

(1) U écrivit à la conventioa qu*il lui envoyait les morceaux par la «^Ûgence, et, ceci est caractéristique de Tépoque, « il les a envelo^és 1118 une chemise destinée pour les volontaires, et qui atteste les fraudes fournisseurs, n (Débats et décrets^ octobre 1793, p. 138.)

agent observateur du comité de salut public (1)^ lui écrivait de Bar-le-Duc, devenu Bar-sur-Omain, que dans ce pays Ton avait été un peu étourdi par le 31 mai, mais que la plupart des autorités se ralliaient à la convention. Les populations de l'Est étaient favorables à la révolution modérée, mais, tout en blâmant au fond du cœur Texpulsion des girondins, elles ne voulaient s'exposer à aucun danger pour leur cause. 11 résulte des rapports de Théry, l'un des agents les plus intelligents du comité, que le même esprit prédominait dans le département de la Meurtbe. 11 avait été envoyé le 15 juin par Garât, ministre de l'intérieur, comme commissaire observateur dans les départements de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges. Le 27 juin il. fait parvenir au ministère un rapport sur les subsistances. Le 29, il envoie un autre rapport sur Nancy. Il trouve que l'esprit y est très bon pour une ville aussi remplie d'institutions de l'ancien régime ; l'aristocratie y est complètement écrasée, et les nobles qui se trouvent encore dans cette ville en sont réduits à dissimuler leurs sentiments. Du reste, deux commissaires de la convention ont déjà procédé à l'arrestation de la plupart d'entre eux; cette mesure a produit une vive agitation dont les conséquences seront peut-être graves. Le prix des denrées est excessif; il est, en général, plus que triple du prix ordinaire; quelques-unes ont subi une augmentation encore plus considérable. 11 insiste sur la diffi* culte d'appliquer la loi du 4 mai, et donne aussi des détails intéressants sur la situation religieuse de cette contrée.

«... Les lois relatives aux prôtres insermentés ont été toutes exécutées dans ce département; depuis ce temps, la tranquillité n'a

(1) Le comité de salut public, pour faciliter le coup d'État qu'il méditait, avait, dans les premiers mois de 1793, suivi Texemple qui lui avait été donné Tannée précédente par la commune de Paris, et envoyé des commissaires observateurs dans les départements. Il prit, le 3 mai (cette date est significative), un arrêté qui leur assignait 500 livres par mois. Ces agents devaient le renseigner sur la situation politique et religieuse des départements, sur le caractère des fonctionnaires élus et le degré de résistance qu'ils étaient capables d'opposer aux empiétements du comité et de la montagne. Après le 31 mai, ils furent chargés de rendre compte de TefTet que ce coup d'État avait produit dans les départements, ei/àe dénoncer toute velléité de résistance. Mais les députés commissaires voyaient ces agents de mauvais œil^ et, le 28 août, ils furent tous rappelés. Quelques-uns d'entre eux ont envoyé des rapports très complets.

plus été troublée à cet égard. On surveille les prêtres constitution' nels avec beaucoup de soin. On a cm ces précautions nécessaires pour s'assurer de leur exactitude à lire à leurs paroissiens les lois et écrits pati'io tiques. Je serai plus à portée, au reste, d'examiner leur conduite en parcourant tout le département. J'ai insisté avec beaucoup de force pour qu'on tint la main à l'exécution des lois qui leur interdisent l'exercice des fonctions civiles. Un seul prêtre (souligné dans l'original) dans la ville de Nancy, s'était marié, mais le peuple ayant manifesté ouvertement son improbationf ce prêtre, qui était vicaire d'une paroisse, a cru devoir se retirer (i). »

Le 6 juillet, il envoie un rapport détaillé sur les établissements de charité de Nancy. Les vertus et le dévouement des religieuses hospitalières arrachent les éloges lés plus Yifs à cet émissaire d'un parti qui va proscrire en France les derniers restes du christianisme, et emprisonner ces religieuses, dont il a utilisé longtemps le dévouement, tout en les accablant d'outrages et de persécutions :

ce Je les ai tous examinés (les hôpitaux) avec le soin et l'intérêt que Ton doit à des objets de cette importance. Il me serait diffidie, citoyen ministre, de vous faire connaître combien sont respectables le zèle et l'activité de ces femmes, et avec quel ordre Traiment admirable ces maisons sont entretenues, et les malades, les enfants ou les vieillards confiés à leur surveillance sont soignés. C'est là qu'on apprend tout ce que peut le véritable amour de l'humanité, et quels miracles produit une économie qu'elle dirige. La plupart de ces maisons ont perdu la moitié ou les trois quarts de leurs revenus, et je n'ai pas vu qu'un seul de leurs malades pût s'en apercevoir. Je ne balance pas à le dire. Il n'y a que des femmes élevées dans cet état et décidées à y consacrer leur vie entière qui puissent se livrer aussi efficacement à tant de soins minutieux et importants (souligné ainsi). Il semble que toutes celles qui s'y consacrent dans ces divers hôpitaux ne soient animées que par la sensibilité qui dirige leurs moindres démarches.

M Un objet bien digne de fixer toute votre attention, c'est de trou-

ver les moyens de conserver pour l'avenir la régie de ces établisse^

ments à ces mêmes femmes, de veiller à ce qu'elles soient successive^

ment remplacées par d'autres élevées à la même école, et livrées

exclusivement aux mêmes fonctions sans contrarier l'esprit et les

dispositions de la loi qui anéantit les maisons religieuses. »

Ce dernier trait est vraiment impayable! Vaincu par Té- Tidence, cet agent de la montagne rend le plus éclatant

(1) Archives, FA, I, 550. — Id, le rapport suivant.

hommage aux vertus des religieuses, et reconnaît qu*il n'est pas possible de continuer leur œuvre à moins d*avoir été élevé à la même école ; mais la passion révolutionnaire, et aussi la nécessité de ne pas irriter des prôtrophobes qui lui pardonneraient bien difficilement sa franchise, Tobligent à se contredire de la manière la plus [grotesque. U avoue que la vie religieuse seule peut produire ce dévouement et ces vertus indispensables au soulagement de Thumanité, et il n*en demande pas moins la suppression de la vie religieuse ! Telle a été depuis, sauf de bien rares exceptions, la logique de tous les révolutionnaires violents et modérés. Ces derniers reconnaissent parfois les services inappréciables que rendent les ordres religieux, et que seuls ils peuvent rendre, Eh bien, ces esprits logiques voudraient à la fois faire bénéficier la société des dévouements produits par l'esprit religieux, et^ en même temps, anéantir cet esprit qui en est la cause unique! De même que l'agent Théry voulait ménager le comité de salut public, ils veulent ménager le parti révolutionnaire, et sans souci de la logique et de l'intérêt social, ils épousent ses haines, et répètent complaisamment ses sottes déclamations contre cette vie religieuse dont ils constatent les merveilleux effets.

Dans une autre lettre du 12 août, datée de Yézelise, Théry rend compte de la situation politique de la Lorraine. Il assure que le patriotisme est grand dans les campagnes, (( on n'y aurait pas fait la révolution, mais les habitants ont déjà prouvé qu'ils savaient la défendre et en jouir ». Il craint pourtant que le zèle de ces campagnes si patriotes ne finisse par se refroidir à cause des charges énormes dont elles sont écrasées. Les corvées réclamées pour l'armée tuent Tagriculture; les chevaux meurent; les cultivateurs découragés veulent abandonner leur état, et pourtant la récolte est belle. Le patriotisme des habitants des villes s'exhale plus vivement en paroles, et beaucoup d'intrigants dangereux s'agitent dans les clubs.

La révolution s'obstinait toujours à opprimer la conscience des malheureux Alsaciens, et à les ruiner en leur imposant les assignats. Le 13 juin, les trois corps administratifs de Colmar, réunis aux députés Louis et Pflieger, prenaient en faveur des assignats, et contre le numé-

raire un arrêté dont voici les principales dispositions :

tf Art. 1. Le numéraire sera exclu du commerce, et celai mis en circulation, saisissable partout où il se trouvera dans les places ou sur les voies publiques. Il sera échangé contre une égale sommo en assignats et versé dans la caisse des receveurs de districts qui en tiendront compte. Sont exceptés de la présente disposition les paiements au-dessous de dix sous.

<t Art. 2. Les personnes, sur lesquelles on saisira du numéraire de la manière prescrite en Farticle \ , seront déclarées suspectes d*incivi8me et d*aristocratie, et comme telles, sujettes à la rigueur de la loi du 2 juin présent mois. »

Louis etPflieger permirent aux suspects déportés à Besançon, de revenir dans leurs familles sous la surveillance de leurs municipalités (16 juillet). Il y eut des troubles assez graves dans les cantons de Guebviller et dlssenbeim. Hilhaud et Lacoste adressèrent, le 10 septembre aux insurgés, une proclamation émaillée de déclamations « contre la vermine aristocratique », mais, en somme, assez modérée pour répoque. Une insurrection sérieuse en Alsace, tout près du théâtre de la guerre, aurait pu entraîner les plus graves 4^nséquences ; il était imprudent d'exaspérer les mutins, ^elle est, sans doute, la cause de cette modération relative.

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