CHAPITRE XIV
§ I. Les défroqués Laplanche et Fouché attaquent Téglise constitutionnelle avec un acharnement tout particulier. — Laplanche terrorise Orléans, épure en public les autorités diverses, ainsi que le clergé constitutionnel. — 11 invite les intrus à se déprétriser. — Il impose aux citoyens des taxes énormes, tout en les accablant d'outrages. — Il terrorise Bourges. — Il y fait brûler en public les insignes sacerdotaux des réfractaires prisonniers. — De concert avec Tévéque intrus Tome, il protège les prêtres mariés, et désorganise systématiquement Téglise constitutionnelle .
§ II. Il envoie des commissaires parcourir les districts pour persécuter et lever des taxes arbitraires. — Tyrannie de ces agents.
§ m. Fouché proconsul dans les départements du Centre. — Il interdit d*abord le costume ecclésiastique. — Il enjoint aux prêtres de se marier dans le mois ou d'adopter un enfant. — Rapports de TagentDyannyëre sur Moulins et TAUier. — Il constate les sentiments religieux des populations. — Les suspects à Moulins. — Exécutions dans le département de la Corrèze.
§ IV. Persécution en Franche-Comté. — Exécution de l'invalide Vuillemin. — Exécutions de MM. Huot et Tournier, prêtres réfractaires. — Les catholiques emprisonnés en très grand nombre comme suspects.
§ V. Rapports sur Nîmes et le Gard par les agents Sabonadière et Feydel. — Dartigoyte, Paganel, etc., en mission dans le Midi. — Congrès de jacobins à Auch. — Ils font arrêter Tévêque constitutionnel Bartha comme trop modéré et trop religieux. — Tyrannie de Baudot et Chaudron-Rousseau à Toulouse.
Pendant là période comprise entre le 31 mai et rétablis-* sèment du gouvernement révolutionnaire, deux proconsuls battirent en brèche Téglise constitutionnelle avec un zèle tout particulier. C'étaient deux défroqués, Tex-bénédictin Laplanche et Tex-oratorien Fouché. Mais pourtant, malgré la rage iconoclaste dont ils étaient possédés, ils surent très bien suivre le mot d'ordre du parti. Au lieu d'attaquer de front réglise constitutionnelle, ils s'appliquèrent à la sup-
PRÉPARATIFS DE L'aBOUTIUN DU CULTE. 537
primer sous divers prétextes dans un grand nombre de localités, à épouvanter ceux de ses ministres quUls savaient lâches ou chancelants, et préparer ainsi des apostasies.
Laplanche avait été chargé, par décret du 26 août, de terroriser le Loiret et les départements voisins. Le 3 septembre, il réunit solennellement toutes les autorités d'Orléans dans réglise SaintrPaterne , pour leur faire rendre compte de leur républicanisme devant les clubistes. Le directoire et le procureur général syndic furent mis solennellement en accusation, pour avoir accueilli favorablement et publié une protestation de Bordeaux contre le 2 juin. Le prince jacobin Charles de Hesse était leur principal dénonciateur. Tous ces administrateurs furent rejetés, sauf un seul qui avait refusé de s'associer à cette démonstration. Un autre administrateur déclara qu'il s'était trompé, fit une rétractation très humble, et obtint, de cette façon, un vote de confiance. Mais cette platitude ne lui servit guère, car il fut éliminé définitivement à la séance du 22.
Le 9 septembre, autre séance solennelle : cette fois Iiaplanche ne se montre point avare de son éloquence :
a Moi aussi, je veux créer dans le département du Loiret une
petite armée révolutionnaire à Tinstar de celle de six mille
liommes que je lève dans Paris ; et vous aussi , citoyens , vous
entrez votre guillotine ambulante. Ce mot ne doit faire trembler que
le crime. La guillotine républicaine n'atteindra pas les sans-cu-
iottesy elle atteindra avec les sotarces de leurs vies, le fédéralisme des
4idministrateurs, les prévarications des magistrats, l'accaparement et
Vagiotage des négociants. Je sais que cette salle fourmille d*aristo-
crates, de banquiers, d'Anglais, et d'autres gens suspects qui
Tiennent épier dans ses actions la représentation nationale. Eh
l>ien, qu'ils m'entendent et qu'ils frémissent! DtU le damas national
^tbaitre cent tètes oriéanaises, à ce prix le département du Loiret
sera tranquille, les subsistances assurées, la malveillance anéantie
et la république sauvée... « Ici la salle retentit, d'une voix una-
nime, de Vive la montagne ! Vive l'armée révolutionnaire ! Vive le
représentant du peuple!... »
L'assemblée continue à épurer les autorités ; elle repousse une partie des membres du district. Au contraire, le maire et les officiers municipaux sont bien accueillis. On fait subir ensuite le môme examen patriotique aux membres du tribunal civil et du tribunal criminel, aux juges do
paix, aux commissaires de police, aux officiers et aux brigadiers de la gendarmerie du département. Le tour du clergé constitutionnel vient ensuite.
ce Le citoyen Laplanche (dit le procès-verbal) expose à la censure publiqne les ministres du culte salarié... Le peuple déclare à Tunanimité que Tévôque du département (Jarente) a sa confiance ; un citoyen demande pour quelle raison il habite Paris depuis plusieurs mois. Le citoyen Laplanche tranquillise le peuple sur cette absence, il annonce que Jarente est à Paris pour les Intérêts de la commune d'Orléans (i), qu'il assiste fréquemment à la convention nationale, et qu'il n'a de liaison qu'avec les députés montagnards..
a Le conseil épiscopal est mis ensuite aux voix. Soret était douteux. Quelqu'un rappelle son expulsion de la société populaire et décide contre lui la négative. Le môme doute avait lieu pour Fromental. R. rend hommage à ses talents, à sa philosophie, il demande seulement qu'il revienne dans le sein de la société populaire qu'il a trop longtemps désertée. »
Un des assistants prend sa défense, et obtient un vote favorable pour lui , et les vicaires Arnaud et Pilât, à qui Ton reproche uniquement de ne pas fréquenter la société populaire. Mais leur collègue Bourdon, présenté par un jacobin comme « fanatique et perpétuellement entouré de dévotes», est écarté pour ce motif de l'assemblée républicaine. Le même dénonciateur fait exclure Gauthier, en rappelant que « lors de rétablissement de la république, il parla pour rétablissement de la royauté ». Les vicaires Paris, Gérente, Septier, Rochaz, Perrin et Courcelles sont conservés àTunanimité (2).
Voilà un conseil épiscopal bien épluché. Il est vrai que rien n'est plus contraire à la constitution civile ; mais qui s'en inquiète maintenant?
Les œuvres de charité excitent les soupçons du proconsul. Il s'écrie : « Je jette les yeux sur une liste de dames et de demoiselles des pauvres I Comment peut-il en exister
(1) Et la résidence ? On sait quelles déclamations les auteurs de la constitution civile avaient faites contre les prélats non résidents ! Sous prétexte d*empécher ce scandaleux abus, la constitution civUe avait in> terdit aux évêques de s*absenter de leurs diocèses sans la permission des autorités locales. Quel changement! On trouve tout simple qu*im évéque aille s'établir à Paris, pour suivre les séances de la convention, et faire sa cour aux puissants de la révolution.
(2) Archives nationales, AF, II, 93.
encore? » U décide qu'elles cesseront leurs œuvres cbarita^ blés et qa*un bureau de bienfaisance s'occupera seul des pauvres.
Le conseil épiscopal a été épuré ; il faut maintenant passer en revue les curés constitutionnels d*Orléans. Laplanche profite de l'occasion pour déblatérer contre la Vendée, et inviter cette respectable assemblée à se montrer sévère, Barbazan, curé de Saint-Paul, Charles, curé de Saint-Paterne, sont déclarés indignes de confiance. Girard, prêtre de Saint- Paterne, est mieux traité. Pataud, curé de Saint-Marceau, est destitué. Les curés sont traités comme les vicaires épiscopauz;on n'abolit pas le culte expressément, mais on foule aux pieds la constitution civile ; il n'y a plus d'église constitutionnelle organisée ; elle est modifiée , bouleversée suivant le caprice des proconsuls.
Laplanche ne se contentait point de trôner et d'inspirer la terreur dans ces réunions solennelles : il faisait arrêter de nombreux suspects. Ses agents, entraînés par leur zèle, emprisonnèrent des individus que le proconsul lui-même trouva trop insignifiants. U écrivait, le 12 septembre, au eomité de salut public :
tf... Gomme la justice doit être la base des actions d'un représentant du peuple, je vous préviens, citoyens collègues, que j'ai menda provisoirement la liberté à plusieurs citoyens qui ne m'ont paru qu'indiscrets ou égarés. Suivant la gravité des délits, j'ai €sondanmé quelques-uns pour l'exemple à trois jours, à des se- Aiaines entières, et d'autres seront détenus jusqu'à la paix. Les prêtres surtout, étant les plus coupables, seront les moins épar- ^^és; mon intention aussi est d'envoyer dans les cures plusieurs ^caires épiscopaux, salariés à grands frais pour ne rien faire, ou pour faire le mal. »
Jamais ministre du temps des lettres de cachet no s'est joué de la liberté des citoyens avec cette désinvolture : et le comité de salut public lui adressait des félicitations et lui €lonnait carte blanche. « Les pouvoirs illimités, dont vous Ctes investi, autorisent les mesures de salut public que ^ous croirez nécessaires. » (19 septembre.)
Le 21 septembre, Laplanche écrivait encore qu'il avait fait relâcher des personnes injustement détenues :
« Les prisons ne seront pas vides pour cela; j'ai soin de faire
remplacer les sans-culottes que je délivre par les fanatiques et les aristocrates que j'incarcère. » (Archives, AF, II, 267.)
Mais à Orléans et dans bien d'autres villes, certains sansculottes dénonçaient avec tant d'ardeur, comme contrerévolutionnaires, leurs ennemis, leurs rivaux, ou leurs créanciers, qu'un pur comme Laplanche, pouvait très bien, en donnant ses ordres d'arrestation, commettre de véritables bévues.
Il résulte de la correspondance du proconsul que , pendant sa première mission dans le Loiret avant le 31 mai, il s'arrogeait déjà le droit de révoquer les curés constitutionnels. U avait ainsi destitué le curé de Ghavigny ; pendant sa seconde mission, il lui fit subir un examen devant sa paroisse. Mais le curé sortit vainqueur de l'épreuve, et Laplanche crut politique de le maintenir dans sa cure jusqu'à l'abolition très prochaine du culte.
Le 32 septembre, il tient encore une séance solennelle d'épuration. Cette fois il ne consulte môme plus ses clubistes qui sont censés représenter le peuple. Il parle et agit en despote qui dispose souverainement des fonctions civiles et des cures. Dans les précédentes séances, il a rabaissé et avili le clergé constitutionnel ; dans celle-ci il l'invitera à l'apostasie et au mariage, en lui donnant clairement à entendre que la prudence lui commande d'aller au-devant des volontés des jacobins avec une bonne grâce apparente, et de ne pas attendre leurs ordres formels.
Il commence par destituer le directoire du département, et en nommer un nouveau , qui sera présidé par Jarente. Il déclare que, s'il était présent, au lieu d'être retenu au lit par la maladie, il lui adresserait cette allocution :
« Jarente, oubliez que vous êtes évoque pour songer que vous êtes chef d'un département. Vous devez dépouiller entièrement l'ancien régime qui vous donnait le droit d'exister somptueusement sans rien faire ! Vous n'avez maintenant qu'une tâche à remplir, c'est celle d'un bon et utile citoyen... »
Ce discours injurieux pour le caractère épiscopal du nouveau président paraîtra un modèle de convenance et de modération auprès de l'allocution que le proconsul adresse ensuite au vicaire épiscopal Septier, nommé par lui procureur général syndic :
pr6pabatifs de l*abolition du culte. 541
« Vous avez . été prêtre, mais le poste que vous aller occaper eiige rabnégation formelle de vos premières fonctions. La con- Tention nationale, par un décret salutaire, vient de supprimer les Ticaires épiscopaux très largement payés pour ne rien faire. Vous allez recevoir un salaire plus honorable et plus mérité. Je vous requiers de renoncer au ministéi^e des autels pour vous livrer sans réserve à la douce jouissance de faire le bonheur de vos concitoyens ; et pour saper par leurs fondements les préjugés religieux, je vous invite à l'hymen. » {Archives nationales, AF, II, 93.)
On devine aisément l'impression que ce discours dut produire sur les prêtres constitutionnels comme sur» les populations ! Tout le monde comprit que, dans bien peu de temps, le culte serait aboli et le mariage imposé aux prêtres.
Ensuite Laplanche annonça solennellement à Septier, qu'il retrouverait sa pension de vicaire épiscopal, lorsqu'il lui faudrait quitter ses fonctions administratives. C'était une prime offerte aux prêtres qui voudraient apostasier et accepter des fonctions publiques. Le proconsul adressa ensuite une allocution ridicule à chacun des administrateurs nouveaux, et fit de nombreuses destitutions. Cette bourgeoisie, qui avait fait la révolution, et en avait perdu la direction par son imprévoyance et sa faiblesse, ne fut pas seulement ce jour-là chassée des fonctions publiques, mais lâchement insultée, conspuée, et, pour éviter la guillotine, il lui fallut dévorer en silence les outrages de cet odieux défroqué. On pourra se faire une idée des humiliations auxquelles elle était déjà réduite, par le discours que Laplanche adressa publiquement à un membre du tribunal de commerce qu'il venait de destituer :
« G...., la fortune aveugle vous a comblé de ses dons, mais pour un républicain, le premier trésor doit être l'estime de ses concitoyens. Le représentant du peuple sait que vous êtes aristocrate par intérêt, bien que la révolution vous ait prodigieusement enrichi. Vous, ainsi que vos pareils, rafûneurs, banquiers, négociants, ne pouvez reconquérir l'estime publique que par un sacrifice pécuniaire d'au moins quarante ou cinquante mille livres par tête, pour suhvenir soit aux besoins de Tindigent, soit à des achats de subsistances...
<c C...., le représentant du peuple détourne les yeux pour ne point voir l'altération qu'impriment à votre visage les convulsions de l'avarice ; en expiation de votre incivisme, en restitution des produits désordonnés de vos avides spéculations, je vous taxe révolution-
54â CONSTITUTION CIYILE DU CLERGÉ.
nairement à ane somme de cinquante mille livres, à verser cette semaine dans la caisse des subsistances... »
Et les clubistes qui entourent le proconsul crient avec transport : « Vive la république ! Vive la montagne ! »
Un autre membre destitué du tribunal de commerce reçoit aussi un compliment du même genre ; mais, comme il est moins coupable, il est taxé à vingt mille livres ; deux commerçants sont taxés chacun à six mille livres ; un greffier qui est aristocrate, mais a cinq enfants, paiera seulement cinq cents livres. Si ces taxes ne sont pas payées dans un certain délai, les contribuables iront en prison (1).
Laplanche proclame ensuite ce qu'il a décidé dans sa sagesse à regard des ministres du culte :
« Je conserve Jarente cvêque du département ; la nation vient de lui rogner un peu les ongles, et c'est bien fait. »
Le conseil épiscopal est supprimé, et les vicaires seront placés, s41s le méritent. Trois d'entre eux sont privés de leur traitement : les autres sont invités à devenir curés, mais i<je ks invite d'abord à faire en se mariant acte de civisme d, dit le proconsul. 11 annonce que les constitutionnels bien notés garderont leurs pensions. Il supprime les allocations ^^m faîtes au séminaire; d'ailleurs, le supérieur est en prison, «. m: le directeur vient, dit-on, de se marier, et le proconsul va j^'ï lui trouver une place. Les curés schismatiques de Saint- — -* Paul et de Saint-Paterne, déclarés précédemment indignes <^ ^^ de confiance, sont remplacés par des intrus encore plus ré^ ^^ Volutionnaires. A la place de Luzarche, cilré de Saint-Lau- — rent qu'il a destitué lors de sa première mission avec Gollot -M
(1) Ces bourgeois, ({ni ont tant crié contre Torgueil et rarro^ance delà «^3 noblesse, avaient-ils jamais souffert des nobles les plus sottement enti^ -"^ -i
thés de leur qualité, des affronts comparables à ceux-là? Et ces jacd
binS) ces dénonciateurs faméliques, ces membres de comités, qui entou
talent le proconsul, et dont il fallait aussi subir \eê outrages en silence, ne formaient-ils pas une aristocratie révolutionnaire, bien autrement in« ^^' solente et oppressive que l'ancienne? Lanjuinais avait dit à la tribune ^ue les commissaires avaient décrété, en quelques semaines, pluà d'emprisonnements arbitraires que l'ancien régime en trente ans ; ces bourgeois insultés et spoliés pouvaient dire aussi que Taristocratie nouvelle, en bien peu de mois, leur avait fait subir plus d'affronts et d'extorsions que l'ancienne n'en avait fait endurer à leurs ancêtres pendant bien des siècles I
PRÉPABATIFS DE L'ABOUTION DU CULTE. 543
d'Herbois, il nomme le prêtre Girard qui a été approuvé par la réunion populaire ; il remplace le curé de Saint-Euverte, qui vient de mourir, par Gérente, vicaire épiscopal. A SaintrMarceau, au lieu du curé Pataud qu'il vient d'expédier à TAbbaye comme complice des Vendéens, il met un autre vicaire épiscopal Fromental.
Il n'y a plus de constitution civile. Avant de décréter l*abolition du culte et d*exiger des apostasies, les jacobins expulsent des postes les plus importants les prêtres constitutionnels qui pourraient leur opposer quelque résistance, et les remplacent par de misérables poltrons, ou par des affidés prêts à faire tous les sacrilèges, toutes les apostasies qu'on leur commandera.
Un patriote comme Laplanche devait naturellement fer^ mer les yeux sur les délits commis par les révolutionnaires et entraver en leur faveur l'action de la justice. Il se vante, dans une lettre du 23 septembre, d'avoir assuré l'impunité à des individus qui, après avoir arrêté du blé, l'avaient vendu de force à un certain prix. Mais les coupables étaient de bons sans - culottes : pouvait-il faire autrement que i^anéantir la procédure dirigée contre eux? Il regarde cet odieux abus de pouvoir comme « un acte d'indulgence républicaine » (1). Après avoir bien terrorisé, emprisonné et taxé à Orléans, Laplanche se rend à Bourges. Le 27 sep-^ tembre, il réunit les autorités, décrète des mesures terroristes ; puis se livre à sa frénésie antireligieuse :
«... Après avoir rappelé que c'est dans la Vendée que le fana-» isme a semé l6s germes de la discorde ; que c'est à TinciVisme des >rètres insermentés que s'est allumé le flambeau de la guerre iivile ; que des scélérats de cette sorte, réunis à Bourges dans uil ■epaire où ils ne devaient songer qu'à se faire oublier, osent encore r endosser le rabat et y dire la messe et y chanter les vêpres : le Représentant du peuple arrête que les administrateurs et la muni* dpalité veilleront à ce qtte, à compter de demain, il ne s'y fasse incone de ces cérémonies de bacchanales, d'orgies pietisesi ou de latumales (ju*on airelle offices divins; qu'ils soient dépouillés dé x>at costume et des ustensiles dont ils se sert en t dans ces orgies j st qu'il leur soit donné des sarraults de toile. 11 ajouté qu'il se ^pose de terminer ses opérations par une fête civique adx
(i) Archives^ AF, II, 268.
citoyens, dans laquelle il y aura un autodafé , où seront jetées ces dépouilles misérables, restes du fanatisme et de Taristocratie (i). »
Ainsi, les prêtres entassés dans une prison ne pourront plus célébrer entre eux aucun office, et voici les autodafés qui commencent ! 11 ne s*agit encore que des ornements arrachés aux captifs, mais à la manière dont ce défroqué parle des cérémonies du culte, on voit que le tour de réglise constitutionnelle arrivera bien vite.
Laplanche annonce qu'il laissera une seule cloche à Bourges. Il déblatère contre les sœurs de charité « qui ne sont que des sœurs de discorde», parce qu'elles fanatisent. Si elles refusent le serment civique, on les remplacera par des mères ou femmes de soldats. Et les malades? En vérité, un Laplanche a bien d'autres soucis I • Le 5 octobre, il tient encore une séance pour avilir le
culte constitutionnel. Torné, évoque intrus du Cher et pré
sident du département, prélude dignement à son apostasie^^.e et à son mariage par un odieux rapport sur les dépenses duK:.^ u culte constitutionnel à Bourges. Ce factum est vraiment^ .M=it écœurant! U tourne en ridicule avec l'impiété grossière d'uirtK ^n jacobin delà dernière catégorie, les chantres, l'orgue, toutes les cérémonies du culte, et propose de réduire les dépenses^ qui s'y rattachent. Il propose également de supprimer troisr S: *iî paroisses de Bourges et de les réunir avec leurs fabriques S ' la cathédrale Saint-Étienne. On voit comment procèden* les jacobins. D'accord avec les jureurs prêts à apostasier, ilr suppriment presque complètement le culte constitutionne dans les villes, en le réduisant à une seule paroisse qu n'existera que pour la forme. Néanmoins, il faut encor» jouer la comédie pendant quelques jours; on va nomme: aux cures vacantes des prêtres raccolés partout, ou improvisés, et qui s'empresseront, à peine installés, d'apostasie; au premier signe.
MTl
« Le représentant du peuple (procès-verbal) a dit qu*il n'aimni pas les prôtres, mais que, d'après Topinion publique et la coininunicaiion qu'il a prise des conseils de l'évoque, les vicab'c^ de Ir*- ^ métropole lui ont paru à la hauteur de la rcvolulion. »
(1) Archives, Procès- verbal, AF, II, 93.
Voilà an beau certificat! Laplanche requiert ensuite Torné de les lui présenter pour certaines cures. Mais ce n*est pas assez :
« Le citoyen évoque ayant donné une nouvelle preuve de sa philosophie en conférant le même jour tous les ot^dres au citoyen Fenault, père de onze enfants, et dont les cheveax ont blanchi à Tombre de la Tertu , le représentant du peuple a nommé ce citoyen à la cure de Précy, et a dit qi^'il demanderait à la convention nationale une mention très honorable comme d*un exemple capable de faire tomber le bandeau de la superstition. »
Tome n'avait pas voulu rester en arrière de Marelles et de Porion ! Laplanche termina la séance en ordonnant la démolition du château de Mehun, orné de fleurs de lis, ainsi que du tombeau du duc Jean qui se trouvait dans les sou* terrains de la basilique. Le département du Cher est définitivement livré aux apostats et aux iconoclastes !
Le proconsul n'oublia point de lever des taxes révolution^ naires sur les riches et sur les patriotes suspects. Pour mieux pressurer le département, il chargea des commissaires de parcourir les districts, de taxer tous les suspects et de lui envoyer l'argent. Il les investit de pouvoirs exorbiiants. Dans une lettre du i octobre, il se vante de ses rapi^ nés au comité du salut public :
« Mes taxes révolutionnaires, sur les riches et les aristocrates seulement, contribuent singulièrement à remonter Topinion publique, et à encourager les patriotes du Cher comme ceux du Loiret. Demain, je ferai distribuer, sans qu'il en coûte rien à la nation, vingt livres par tête à plus de cinq ou six mille pauvres sans-culottes. Plusieurs sociétés populaires ont des dettes et des besoins. Eh bien, sans toucher aux sols additionnels du département, leurs dettes et leurs besoins seront satisfaits. Les pauvres honteux seront pareillement soulagés ; j'ai institué t/ne corne d'abondance habituelle en instituant une caisse révolutionnaire de bienfaisance. »
11 est impossible d'exposer avec plus de cynisme les conditions essentielles du gouvernement révolutionnaire. Emprisonner les gens en masse et leur extorquer leur argent; soumettre la France entière à Toppression de plusieurs milliers de sans-culottes, qui vivent tous dans l'orgie et la débauche, aux dépens des prisonniers et de toute la population honnête et laborieuse; voilà en quoi consistait réellement ce
gouvernement révolutionnaire, dont on nous a fait tant de panégyriques absurdes !
Le 4 octobre, Laplanche visita les suspects enfermés dans le couvent de Sainte-Glaire, et leur enleva tous les effets qu'ils avaient apportés avec eux. Dans son rapport au conseil général, Torné raconte que le représentant avait trouvé des malades dans un état pitoyable sur la paille, et les réfractaires bien couchés, et ayant quelquefois trois matelas. Us les avaient apportés, mais c'était un motif de plus pour les leur prendre.
(( A ce contraste déchirant, le représentant du peuple , rempli d'indignation, et faisant réflexion que ces individus méprisables, du sein de la mollesse, ne formaient que des vœux pour la contrerévolution et le malheur du peuple, a fait porter sur-le-champ les linges et les matelas au dépôt, et a laissé les mauvais prêtres sur la paille... »
Il ne faut pas oublier que la convention fournissait aux suspects la prison toute nue, et qu'ils avaient dû faire transporter de chez eux tous les meubles et effets dont ils se servaient; et que, en outre, les prêtres reclus étaient tous des vieillards ou des infirmes, jugés incapables de subir la déportation. On pourra ainsi apprécier la méchanceté hypo
crite des deux apostats. Non content de traiter les reclus^ss mis avec une rigueur barbare, le proconsul les volait audacieu — .mjxsèment. Si les malades manquaient de tout, c'était bien la^st Mb. faute des révolutionnaires qui avaient désorganisé les hos — ^sspices et mis la main sur leurs ressources. Les réfractaire^E^ ^^^s furent donc mis sur la paille ; quant aux malades, rien ne*^ ^^® prouve que ce vol ait servi à leur soulagement.
Il ne faut pas croire que ces excès aient eu lieu seulement dans les villes importantes, dans les chefs-lieux de mission* Ce serait commettre une grave erreur. Dès le commence— ^^-f ment de la révolution, une foule de petites localités, de vil—X -^"' lages même, furent opprimés par une poignée d'agitateurs^ ^^^'' presque toutes les petites villes et les bourgs furent affligée d'une société populaire qui faisait marcher à son gré les
autorités locales. Aussitôt après la chute des girondins, récume de la société était partout montée à la surface^ et les jacobins, soit par intimidation, soit par ruse, soit par violence, avaient absolument envahi toutes les fonctions, et faisaient peser sur les citoyens paisibles la plus abominable tyrannie. Mais, depuis les lois sur les suspects, il fallait emprisonner, pressurer, taxer avec méthode; et les commissaires de la convention, qui ne pouvaient être partout, déléguaient leurs pouvoirs à des subalternes qui allaient terroriser tous les districts. Leur mission, comme celle des députés, avait deux faces : ils devaient traquer, écraser les prêtres, les nobles, les fédéralistes, mais, en même temps, réprimer chez les jacobins de petite ville et de village toute velléité d'indépendance, les réduire à commettre leurs rapines et leurs crimes d'une manière uniforme, en renonçant à toute initiative et attendant docilement les ordres du comité de salut public, qui voulait tenir dans sa main toutes les forces révolutionnaires de la France, et regardait comme un ennemi bon à guillotiner le jacobin indiscipliné et désobéissant.
Laplanche se servit avec succès de ses délégués (1). Us
(1) Les commissions données par Laplanche à ses subalternes étaient rédigées sur le modèle suivant : « Nous, représentant du peuple, délégué par la convention nationale dans le département du Cher et autres, Considérant l'impossibilité dans laquelle nous sommes de parcourir tous les districts de ce département. Considérant, néanmoins, le besoin pressant dans lequel se trouvent les patriotes d*étre secondés par l'énergie révolutionnaire; Considérant que Tesprit public dans les districts de ce département ne peut être tiré de léthargie que par une secousse vigoureuse; Nous, en vertu des pouvoirs illimités dont nous sommes investi par la convention nationale, nommons le citoyen Carré, médecin à Bourges, à Tefiet de se transporter sans délai dans le district de Château- Meillant, et lui déléguons les pouvoirs nécessaires pour destituer les administrateurs civils et militaires, qui sont anticiviques, faibles, négUgents ou prévaricateurs , et pour les remplacer provisoirement ; l'autorisons à taxer révolutionnairement les riches , à sévir contre les mauvais prêtres, et à mettre en force partout les patriotes et les républicains contre Toppressiou de Tégolsme , du modérantisme, du fanatisme et de TaHstocratie. Sans entrer dans des détails particuliers sur la mission dm citoyen Carré, nous lui confions Texécution de toutes les mesures générales indiquées dans notre proclamation et le règlement qui raccompagne en date du 27 courant. 28 septembre 1793. {Archives^ AF, II, 93.) Cette proclamation rappelle des lois révolutionnaires qui doivent être très rigoureusement appliquées.
518 C05STITUTI05 CIVILE DU CLEl&É.
avaient reçu de lui tout pouvoir pour faire le mal. Us justifièrent la confiance du proconsul.
Le â octobre, le commissaire Carré exhibe ses pouvoirs au district de Chàteau-Meillant qui va bientôt s'appeler Teille-Grand, et entre immédiatement en fonctions. 11 prend solennellement des arrêtés sui- un grand nombre de sujets, mais n*a garde d'oublier qu'il est chargé de taxer révolutionnairement les honnêtes gens du district et d'envoyer leur argent à Laplanche. .\ussi. le I octobre, il institue une caisse de bienfaisance destinée naturellement à faire vivre les sans-culottes dans l'oisiveté, et désigne les citoyens qui devront la remplir : il demande en tout 6.100 livres: un citoyen particulièrement mal noté en fournira 4.000 à lui tout seul, deux autres sont taxés à 600 livres, un à 300« un à iOO, un à 150. un à 100. tn.-kis à 50. en tout onze cilovens pressurés et qui seront jetés en prison, s'ils n'ont pas payé dans la huitaine. Suivant l'exemple de son digne patron. Carré favorise les prêtres mariés et les apostats des deux sexes, comme le prouve Tarrêté suivant du I octobre :
' La citorenne Marlt^-Ar.ne-Soîaiîc^ C... il-*ievant relicieitse , aojoord'hai femm? du citoyen Charie^ P-..,T:cAir? de cette paroisse, désirant remplir dan* cette TÎlJe la place d'instiiatrice de la jeunesse de son sexe, se^t présentée poor pn^ler serment en cette qualité : le cilC'jen drircuè Va re<çne et /'a ifiçitt^ ^ trsnrwntirt a us <U\**, l'esprit de lihenê e: de rr:«nMi:ajii5me dont eiîe leur a donne j exeraple, et de Hur f:v^{ etvhfr ^i-: f-in In constiUttk-n qui doit faire Je l^onbcar de la r-'-nirition fcturt- 1 . »
Ainsi le devoir des institutrices est d'enseigner aux petites filles le républicanisme et la constitution de 1793 ! Cctnune Laplanche. Carré ne prc^cède pas d'un co'up à l'abolition du culte constitutionnel ; mais il le réduit constamment, et familiarise les populations avec l'idée de sa disparition prochaine : ainsi la messe de l'hûpital est supprimée :
»... et poor ne rien îa.is5*r do ce qui pourrait encore entretenir le fanatisme reîifioux parmi na* haitiUint«, et réduire le mite catholique fi p'jb iw^titvtic'n p^ùmifin^. ie «.apprime la messe qu'on cèlf-hrail touf le* jours dans crMe chapelle de Ilïôpital , ainsi qne le trailement dn citoyen curé p;"*iir celîr desserte, r
(1) Arckipesy AF. U. SC.
Ce dévot de la primitive Église ordonne, en outre, de faire disparaître et de la chapelle et de Thospice tout ce qui peut rappeler Tancien culte. Quant aux besoins religieux des malades, il ne s*en inquiète aucunement. N'est-il pas dans les saines doctrines de la révolution ? Les modérés, qui avaient fabriqué Téglise constitutionnelle , s'étaient-ils inquiétés de la conscience des malades ? Ne leur avaient-ils pas imposé le clergé schismatique ? Le malade des hospices devait accepter le culte et le prêtre de TÉlat; maintenant l'État ne veut plus de culte ni de prôtre, il faut qu'il s'en passe I Au point de vue de la révolution, rien n'est plus logique !
Les jacobins avaient l'impudence de proclamer bien haut que le produit de leurs extorsions devait être employé en œuvres de bienfaisance. Ils eurent soin d'en donner une fraction aux pauvres sans-culottes, et aux sociétés des jacobins, comme Laplanche l'a déclaré lui-môme ; ils firent aussi, pour la forme, quelques distributions aux pauvres véritables qui se trouvaient dans la plus cruelle misère, depuis que la révolution avait supprimé, et les corporations, et toutes les œuvres charitables qui s'occupaient d'eux. Carré décida que dans le district de Ch&teau-Meillant, les femmes de volontaires au-dessous de quarante ans recevraient 3 livres par semaine, et celles au-dessus de cet &ge 4 livres ; les enfants au-dessous de quinze ans devaient recevoir 15 sous par semaine, les pères et mères infirmes ou âgés de soixante ans, 4 livres chacun, mais 6 livres pour les deux, s'ils vivent ensemble. Nous ne savons si ces allocations ont été régulièrement payées.
Un autre agent, nommé Labouvrie, fut envoyé dans le district de Vierzon. Le 2 octobre, il réunit les autorités et les clubistes du chef-lieu, épura les fonctionnaires et déclama contre le clergé. Il décida que Vierzon, comme Bourges, ne conserverait qu'une seule paroisse. Il déblatéra contre le costume ecclésiastique, et interdit aux prêtres de porter désormais la moindre marque distinctive de leur état:
«c Arrêtons que nous dénonçons aux bons citoyens comme suspect, tout prêtre qui portera désormais un costume tenant à celui die l'ancien clergé, et qui conservera la chevelure ronde. »
Il décida, en outre, que les cloches seraient enlevées aux
églises, et annonça qu'il allait lever une taxe sur cinq classes de citoyens, savoir : l"" les aristocrates royalistes et fanatiques ; 2" les modérés ; 3** les égoïstes. Inutile de dire que les injures ne furent point épargnées à ces trois premières catégories, mais il en gratifia particulièrement la quatrième, qu'il appela celle « des riches avares qui s'étant engraissii de la misère publique doivent rendre à la classe indigente, ce quils ont rapine sut* elle par leur bassesse » . La cinquième classe était celle des républicains aisés. Quatre-vingt-une personnes furent pressurées. Il y eut trois taxes de 20,000 livres chacune, six de 10,000; la plus basse de toutes est de 20 livres; après vient une taxe de 150 livres, et; deux de 200. Quatre contribuables, qualifiés seulement de « riches patriotes », furent taxés : le premier à 4,000, le second à 3,000, lo troisième à 2,000, le quatrième à 500. Un autre individu qualifié « bon citoyen » dut néanmoins payer 600 livres. Cinq patriotes vinrent faire des tirades qui furent très <^s ss goûtées du commissaire, et obtinrent pour récompense de^^ le se taxer eux-mêmes un peu plus tard.
Labouvrie, en jacobin consciencieux, parcourut le terri -2"*î-
toire peu étendu du district de Vierzon, pressura toutes les^^^es communes importantes, prépara Tabolition du culte, e^^^^ ^^ la réalisa presque dans quelques-unes (1). Le 10 octobre iE se rendit à Gaçay, où il tint une séance solennelle , déclam contre les richesses, supprima une des paroisses , interdif^ aux prêtres tout costume religieux, et fit descendre le^^^*^ cloches. II se déclara franchement iconoclaste en ordonnant' -C^ ^^ aux municipalités du canton de détruire les chapelles, le»^-** statues des saints et leurs niches, enfin tous les signes exté-^-^-^^ rieurs du culte.
Après avoir épuré les autorités, il établit sa taxe révolutionnaire. Elle s'éleva à 1,600 livres et frappa dix-huit personnes ; la plus forte taxe est de 600 livres , les quatre plus «^ ^^ faibles sont de 50 livres chacune. En échange, il fit, bxlm nom de la caisse révolutionnaire qui était entre les mains de Laplanche, des promesses magnifiques à Thôtel-Dieu et au bureau de charité. La société des jacobins devait recevoiiE
(1) Il est à croire que Carré parcourut aussi son district dans le méma but, mais nous n'avons retrouvé de sa mission que les pièces concemanr le chef-lieu.
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PRÉPARATIFS DE L'aBOLITION DU CULTE. 551
2,000 livres ; il est permis de croire que ce dernier don fnt le seul sérieux.
Le 13 octobre, notre homme se dirige sur Mehun ; il y prend les mômes arrêtés contre le culte ; le curé constitutionnel du lieu déclare se démettre de ses fonctions, pour rejoindre ses quatre frères qui sont à Tarmée. Labouvrie lui décerne publiquement des éloges, et le remplace par le curé d'une paroisse voisine qu'il annexe à celle de Mehun. Il établit ensuite une taxe révolutionnaire de 18,035 livres sur huit personnes seulement : deux sont taxées à 6,000 livres, une à 4,000, une à 1,200, une à 500, une à 300, une à 20, une à 15 livres. Bien entendu, à l'exemple de son patron Laplanche, il accole au nom de chacun de ces contribuables quelque épithète injurieuse. Il fait ensuite des libéralités. Il distribue d'abord 1,650 livres à quelques individus qualifiés vieillards infirmes. Trois patriotes, qui sont censés avoir fait des sacrifices pour la république, reçoivent 100 livres chacun. Le commissaire de l'assemblée primaire reçoit 600 livres, un autre patriote 200. On voit que les jacobins locaux sont bien traités. Mais tout cela ne fait que 2,750 livres, et il en a touché 18,035, différence 15,285 livres destinées à la caisse de Laplanche. Le comité de salut public avait ses raisons pour centraliser ainsi la Terreur.
Le 17 octobre, Labouvrie se rend à Neuvy-sous-Barajon,y proscrit le costume religieux, fait descendre les cloches, et gourmande les municipaux à cause de leur tiédeur. Il met à la retraite le curé, âgé de quatre-vingts ans, et le remplace par un vicaire marié, « considérant que c'est dans les campagnes surtout qu'il faut des ministres du culte instruits et au-dessus des préjugés religieux ». On voit qu'il suit fidèlement le système de Laplanche.
U'déclare que les riches patriotes doivent contribuer aussi à la taxe révolutionnaire. Décidément, c'est un parti pris de flatter les plus basses passions ; le patriote qui a le malheur d'être riche doit être aussi une éponge à presser au profit des sans-culottes fainéants ; seulement on l'exploitera moins que les modérés. Labouvrie lève une taxe de 5,000 livres sur douze personnes ; un propriétaire riche, avare, aristocrate, paiera 1,500 livres; un autre, qualifié modéré, subira la même taxe. Sur les douze contribuables, huit sont quali-
fiés patriotes : aussi, sur les 5,000 livres, ils n'en payent à eux tous que 1,000. Onze citoyens ont Tadresse d'aller eux-mêmes au-devant de la taxe, ils donnent en tout 630 livres : le délégué les comble d'éloges. Il donne ilO livres aux gardes nationales de Neuvy, Nançay et Vauzeron. 300 livres devront être employées en réjouissances. 120 livres seulement sont répartie; entre .trois infirmes, en tout 830. L'excédant, qui dépasse 4,000 livres, sera remis àLaplanche.
Le 20 octobre, Labouvrie va pressurer Suvy. Il ordonne la démolition des tours qui forment la porte de la ville, parce qu'elles rappellent la féodalité ; il destitue et arrête le curé constitutionnel, qu'il remplace par un vicaire métropolitain, et supprime une paroisse. Le pays n'est pas riche, aussi le commissaire se contente d'une taxe de 1,105 livres frappant«9' ^t vingt-quatre personnes ; les deux taxes les plus élevées sont..9^ .mX de 200 livres, la plus basse est de 15. Il impose, en outre, ^ ^, quatre curés : deux à 300 livres, un à 200, le dernier à 150.» Mais un gros propriétaire est accusé d'avoir acheté les bien^ d'un émigré afin de faciliter son départ. Labouvrie proflt^^S^ te de l'occasion pour lui extorquer 20,000 livres. Il annoncer :r=^ce pompeusement des secours aux infirmes et aux pauvres ^ ^s. Une première liste contient une distribution de 350 livres ^ ^3S, une seconde en porte 575. Il est fort possible que ces pré-^^-^étendus pauvres fassent partie des cinq à six mille sans- ^ -^^sculottes que Laplanchc se vante d'avoir secourus. Labouvrie ii ri( fait cadeau de 200 livres à la garde nationale, de 150 à Is I - ^' force publique qu'il a amenée avec lui, et emporte le reste ^> J «^^
Nous avons suivi pas à pas ces ignobles personnages, c ^^:^ * ^ donné, d'après leurs propres récits, le détail de leurs perse- ^^^^ cutions et de leurs extorsions, afin de montrer comment les ^ ^ ^^ habitants des petites localités étaient traités par les jacobins. Les individus les moins en évidence par leur positioirx sociale, s'ils jouissaient d'une petite fortune, étaient commo les autres, forcés de fournir, sous peine de prison, des cou— ^^^^^ tributions qui se renouvelaient sans cesse; et ils s'estimaieni ^^ ^^ encore bien heureux d'être laissés en liberté. Un peu plus^ «-^ * ^ tard, la prison des suspects sera la résidence normale de^^^^^-^ prétendus riches. Laplanchc a merveilleusement organisée ^ ^ '* la Terreur dans son proconsulat. Un délégué vient terroriserï^ ^^ ^^ dans chaque chef-lieu de canton, dans chaque commune^> £:^3(
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importante; il y récolte de Targent et donne pour la forme quelques secours à des pauvres qu*on n*ose plus assister de peur d*ètre traité d*aristocrate, d*affilié aux anciennes corporations; il fait des cadeaux aux agents jacobins et à la troupe qui raccompagne , et renvoie des sommes considérables au proconsul qui, grâce à cet argent, domine complètement les jacobins locaux. Il possède déjà des moyens terribles de se faire obéir, mais on sait quUl a aussi beaucoup d'argent à sa disposition, et qu'il le distribue à sa fantaisie; cela sufSt pour que cette tourbe famélique se prosterne devant lui. Tous ces Brutus, tous ces Scevola de bourg et de village, vont encombrer Fantichambre du proconsul^ pour lui vanter humblement leurs services patriotiques, dénoncer leur voisinage et mendier une gratification.
Fouché fut peut-être encore plus prompt que Laplanche i installer le régime de la Terreur dans toute sa tyrannie et à détruire Téglise constitutionnelle. Ces deux proconsuls procèdent presque de la même manière. Laplanche est peutêtre plus insolent, mais la méchanceté de Fouché est encore plus raffinée. Tous deux, du reste, eurent le mérite de devancer leurs collègues et de faire jouir leurs* départements, avant tous les autres, des bienfaits du jacobinisme poussé à ses dernières limites.
Le 29 juillet, Fouché remit au directoire de la Nièvre le décret de la convention du 24 juin qui le chargeait, ainsi que Méaulle, Philippeaux et Esnue Lavallée, de requérir les citoyens du Centre et de TOuest de marcher contre la Vendée. Ils s'étaient arrangés entre eux pour confier à Fouché l'Aube, la Nièvre, la Côte-d'Or, TAllier et le Loiret. Le soir même, le directoire décida que des visites domiciliaires seraient faites par des gardes nationaux choisis parmi les sans-culottes, et qui recevraient 40 sous par jour. Fouché vit aussitôt tous les révolutionnaires à ses pieds (1) et se
(1) Le 10 août 1793, sa femme accoucha d* une fiUe àNevers; les autorités célébrèrent cet événement avec beaucoup de solennité. Sous l'ancien régime, on n*en aurait pas fait davantage pour une princesse de sang royal.
livra à toutes ses fantaisies. Le 24 août, il prend un arrêté ordonnant de marier six filles pauvres , vertueuses et patriotes, avec de braves républicains volontaires du !•' bataillon de la Nièvre qui se seront signalés par leur courage contre les Lvonnais révoltés. Des commissaires seront nommes pour inviter les riches à faire des dots ; l'arrêté contient sur ce sujet de longues tirades vertueuses et jacobines. Uu second arrêté, du â9, fixe la dot des jeunes filles à 4,000 livres, ce qui fait en tout 24,000 livres à extorquer : quant aux maris, ils seront choisis par leurs camarades. Les habitants du département de la Nièvre auraient bien désiré que Fouché se contentât de faire des arrêtés ridi cules ; mais le proconsul était bien décidé à les pressure et à les terroriser; le 25 août, il lançait contre les riches un effroyable proclamation :
« Plus de trêve, plus de paix avec ceux qui ont conçu rexécrabl projet d'empoisonner le peuple par des substances corrompues ou Vaffamer en créant la disette au moment où la nature vient do couvrir avec abondance la terre de ses dons... Riches égoïstes! svous êtes sourds aux cris de Thumanité, si vous êtes insensibles aux angoisses de Tindigent, écoutez au moins les conseils de intérêt ! Hâtez-vous de consommer par votre générosité une rév lution que la nature des hommes et des choses doit nécessaireme amener. Entrez dans l'insurrection générale de tous ceux qui sou^ frent contre ceux qui oppriment; que votre superflu expie les crim de l'opulence; qu'il fasse disparaître l'inégalité révoltante entre jouissances nmlLipIes, et les privations excessives du pauvre (4).
Après une telle proclamation, les dons prétendus volon taires arrivèrent naturellement en masse, et Fouché put ré pandre une pluie de largesses sur son armée d'espions et d sbires. Néanmoins, il fit des réquisitions de blé, et dans un nouvelle proclamation du 24 septembre, il accusa encor les riches d'accaparer les subsistances et de faire durer 1 J famine, et leva des taxes (2).
(1) Archives nationales^ AF, II, 28. Le 20, Fouché écrivit à la converx lion « que la république a le droit de s'emparer du superflu du rich s'il n'est pas employé exclusivement à soulager le pauvre », et il ajou' avec une odieuse hypocrisie : « Cette mesure de salut public est ausK une mesure personnelle de sûreté pour le riche, contre la juste indign:? tion du peuple qui ne peut tolérer l'excès de sa misère. »
(2) 11 institua aussi une garde spéciale de deux cents bons répubL
iché fut un des proconsuls les plus zélés pour Tabode réglise constitutionnelle, mais il se montra au déout aussi hypocrite que les autres. Ainsi, de concert (on digne collègue Legendre, il faisait, le 4 septembre, ipos dé la guerre, une proclamation dans laquelle il dit qu*en France « le culte catholique est conservé dans sa pureté primitive, et la morale évangélîque qui en a base n*a reçu aucune atteinte ». Avant de décréter ition de Téglise constitutionnelle; il eut soin de faire raltre tout signe extérieur rappelant son existence. , le 16 septembre, il décide avec le département :
oe toDs les prêtres qui seront trouvés revêtus de Tancien ne, et même avec Thabit, la veste, la culotte noire, seront -champ mis en état d*arrostation ; charge les bons citoyens cécation du présent. »
Biques jours après, le mariage est imposé aux prêtres: •ectoire de la Nièvre :
rrête, sur la réquisition du citoyen Fouché, représentant du 3, du 23 de ce mois, que tout ministre du culte ou autre prêtre mné par la nation, résidant en ce département, sera tenu, e délai d'un mois, à compter du joar de la publication du it arrêté^ de se marier, ou d'adopter un enfant, ou d'entretenir rrir à sa table un vieillard indigent; que, faute d'adopter Tun ( deux partis , il sera censé avoir renoncé à Texercice de ses DUS , dont il demeurera déchu ainsi que de sa pension dont , à &poque, il cessera d'être payé. » {Archives j AF, II, 128.)
. arrêté est du 25 septembre . C'est le premier de cette le série d'arrêtés infâmes qui imposèrent le mariage au §. Avons-nous besoin de faire remarquer combien était 3ire Talternative imposée aux prêtres par les arrêtés genre ?Lfes jacobins voulaient les forcer à se marier, ar donnaient très bien à entendre que le mariage seul eraitleur tranquillité et les préserverait de la prison, eurs, il n'était pas possible à beaucoup de prêtres, ivaient pour unique ressource une petite pension
et imposa une taxe sur trente-huit personnes, sous prétexte de yesecours des pauvres et des familles de volontaires. La plus forte Bt de 60,000 livres, il y en a une de 50,000 , une de 20,000, une DOO, six de 10,000, la plus petite taxe est de 300 livres ; viennent e deux taxes de 500, trois de 1,000. (Archives, AF, II, 28.)
fort mal payée, de se dispenser du mariage en nourrissant un enfant ou un vieillard ; et quand bien même cette dépense n*aurait pas excédé leurs moyens, il était facile d^. prévoir qu*on trouverait bien vite un prétexte pour leui couper les vivres en refusant le certificat de civisme et 1< paiement de leur pension, ou bien pour les détenir commi suspects et les contraindre ainsi au mariage. En réalité, h prêtres infirmes ou âgés étaient seuls libres de faire ceti option.
Fouché terrorisa aussi le département de TAllier, mai^ celui de la Nièvre fut le centre de ses opérations. Il avait précédé dans TAllier par un agent nommé Diannyère, part le i8 mai avec le titre et les appointements (360 livres pai mois) d'observateur, et des pouvoirs étendus dans les dépai tements de la Nièvre, de la Creuse et de TAllier. Ses lettre:, contiennent des renseignements précieux sur la situatioi religieuse de ces deux derniers départements.
Le 5 juin, il envoie au ministre de l'intérieur un rappoir^ «rt détaillé sur le département de TAllier. Le peuple y est igncc^ orant ; (c comme Tignorance est la base des religions, il e^^ ^st religieux ». Aucun ecclésiastique ne s'est marié; le peupl.K'^G est très hostile au mariage des prêtres.
« Dans les districts de Donjon et de Moulins, ils ont presque to prêté serment, tandis que, dans ceux de Gannat, de Gusset, d^^ ^^ Montiuçon de Gérilly, les prêtres sermentés ont été peu breux. Les curés sermentés lisent et prêchent les lois nouTelles. — je ne les crois pas assez éclairés pour être républicains ; mais je 1^ ^ ^^ crois intéressés, mais je crois qu'ils commencent à comprendim: -^^ que la conservation de leur traitement dépendra des services qu'i Mi " rendent ou rendront à la révolution. Gitoyen ministre, diaprés c^ ^ que je vous ai dit, vous voyez qu'ils ne sont pas à négliger. C-^ ^ qui se passe actuellement dans le district de Montmaraut vieE^:^^^^ encore à l'appui de mon opinion. Les curés de ce district, un se^ -^^^ '^^ excepté, ont prêté serment, et, cependant, le peuple y est teliemem^^*^ fanatisé, tellement opposé à la révolution que, s'il avait un chef, il s * ■ révolterait contre les lois nouvelles; voilà ce que m'ont assuré • l'évêque, et le président du département de l'Allier, et plusieuc autres personnes également dignes de ma confiance. Ginq eu ont été arrêtés sans trouble, il est vrai, mais les colons n'en so pas moins endoctrinés par d'autres prêtres aussi perfides... »
11 accuse ensuite ces constitutionnels d'avoir prêté se^ ^3^-
PRÉPARATIFS DE l'aBOUTION DU CULTE. 557
dent avec rautorisation de Tarchevèque de Bourges, afin de romper les autorités. Les républicains faisaient circuler partout des contes de ce genre, afin d*exciter la tourbe des lubistes contre les constitutionnels qui voulaient conserver B reste de catholicisme.
Le 7 juin, il écrit de Moulins que des curés ne publient as le mandement de Tévèque constitutionnel, et sont, par onséquent, suspects :
«... les processions de la fête nommée Fête-Dieu ont été brilmtes, même à Moulins; aussi le conseil du département a-t-il lontré wie assez grande philosophie, en arrêtant qu'il n*y assistelit pas en corps, et une condescendance raisonnable, en accordant es canons et de la poudre. »
Le 9, il envoie un autre rapport sur la situation religieuse. ette fois il parle du « catholicisme papiste » :
«c Les mécontents qui sont restés étaient, pour la plupart, reliieux avant la révolution ; et ils le sont, par conséquent, encore. tuxquine rétaieni pas le sont devenus. Tous ont fait corps avec les rètres non assermentés ; tous allaient à leur messe tant que les lanoines, moines et autres prêtres auxquels on ne demandait pas
serment ont pu la dire, et actuellement aucun d'eux n*y va. On ^ure que, k dix heures du matin, ils se prosternent tous du côté de 9me, et s'unissent d'intention avec le pape qui dit la messe exprès mr eux. » {Archives, AF, II, 128.)
Tous les mécontents qui appartenaient à Tétat militaire it émigré. Depuis le 10 août, les prêtres sont tous ou dé- >rtés ou reclus. La loi qui oblige les parents d*émigrés à ibiier les districts a débarrassé les campagnes de partims décidés de la religion, qui ne cessaient de stimuler le de des curés. Cependant, il redoute les conséquences de ur réunion dans les petits chefs-lieux de district. Les au- •rités de Moulins, qui ont une force armée à leur disposi- 511, devraient mieux surveiller et moins arrêter. « Ces arstations mal motivées, dans un département où chaque dividu est connu de presque tous les autres individus, lisent à ceux qui les ordonnent. » Il se plaint aussi de nsalubrité de la prison et déclare que « de bons répuicains ne doivent jamais outrager l'humanité » . Parmi les religieuses, les unes sont retirées chez leurs irents, les autres vivent deux ou trois ensemble et con-
S$^ oaiRinvifcg ciTii£ m: clkké.
tinsHit acUst que posâbk U fie de coavent. Les reli- ^euse^ hos]iîUlières «ont encore à lli6pital.
Le f$ join. il umonce qoll a oonyoqaé ravant-veille h six ««ctionf de Moulins et leur a demandé d'indiqaer chacnne lecr? ^aspects :
« Deox ODt àé^dirt çalj n y en arait point à Moulins, et qae le: p«rEOcin«sdél«ov«$rétaiait iojnslenientideiix ont déclaré qa*ell< DP conijaisçakiit ^jini dans l«ar enceinte ancnne personne im|Trrti — w^ t les deux anir» ont dnionoê plusieurs indindos, et mardi la mi dpalîtê a d^emiê des mandata d'arrêt contre trente et une pei sonnef : tontes sont mécontentes de nos rérolations ; tontes ont d< amis on des parrats parmi les émigrés, mais pen sont dangerei ce sont, poor la plaparL, des êtres nais, des êtres sans moyens phj si4pies, intellectnels ou pécnniaires; enfin une d'elles est absent depms p7>è5 d'an an. »
Les autorités ont montré pen de zèle, les suspects réce ment arrêtés ont été conduits dans une prison salubre :
« n serait k soahaiter qae les personnes suspectes qai ont é^^^èté arrêtées aupararant, et 'qui sont dans une prison étroite et m< saine, y fassent aussi. »
n aToue encore que certaines arrestations sont le résult^HUt de Tongeances particulières, et que plusieurs municipalit^Mlés prévariquent dans la recherche des suspects. Le 4 juilW et, il envoie un rapport sur les religieuses de Thôtel-Dieu. Ell^ les sont au nombre de vingt-trois, assez âgées pour la plupa^^nrt.
Gnq sont infirmes, six au-dessus de soixante ans, cinq «u-
dessus de cinquante, et plusieurs autres approchent de -cet âge. Elles ont quatre converses, dont deux infirmes, et [. jjIusieurs aides étrangères à Tordre. Quatre d'entre elles apj tenaient à des couvents supprimés; elles paient pensi* Elles sont catholiques papistes ^ car elles ne vont plus messe depuis qu'il n'est plus possible d'entendre celle réfractaires, mais elles ne font pas de propagande parmi malades. « L'aumônier, leur curé, leur évoque, pcrsonna^ a^w très difficiles en fait de religion, ne se plaignent pas d'elles ^* ' Elles ont avancé à l'hospice une somme de 25,000 li^^res sur leurs dots depuis la révolution; Dyannyère ne le ait pas expressément, mais il est à croire que l'existence àe cette dette a beaucoup contribué à les faire maintenir dâiîs l'hôpital. Il faut, du reste, rendre justice à cet agent: on tie
trouve dans son rapport aucun trait de cette hostilité brutale et grossière contre les religieuses, qui était alors à la mode chez les révolutionnaires.
Le il août, il rend compte de la fête civique qui vient d*ètre célébrée en Thonneur de la constitution. A son grand étonnement, les autorités ont môle aux démonstrations politiques des cérémonies religieuses ; mais il n*a pas cru devoir s'y opposer :
«... Tévêque constitutionnel a dit la messe; on a proclamé l'acte constitutionnel ; le maire de Moulins a prononcé un discours patriotique; on a chanté un Te Deum, on a chanté des couplets patriotiques, on a brûlé de vieux parchemins, de vieux papiers. Personne ou du moins presque personne n*a réclamé contre la messe et le Te Deum, n'a pensé, ou du moins n*a dit hautement qu'ik étaient anticonstitutionnels ; ainsi vous voyez que les vrais principes de la liberté n'ont pas encore fait de grands progrès dans la ville de Moulins, que l'instruction la plus commune manque aux habitants. Enfin Moulins, ayant à peu près quinze mille âmes, a, par conséquent, trois mille hommes en état de porter les armes dans une fête; et, cependant, il n'y en avait pas mille; il n'y avait pas cinq cents spectateurs en comptant les hommes et les enfants, et, cependant, la ville de Moulins a accepté la constitution à l'unanimité, n [Archives nationales, FA, 551.)
Ainsi, de l'aveu même de ce commissaire, cette fête civique était célébrée sans le moindre entrain , et les autorités de Moulins, en y mêlant des cérémonies religieuses, qui allaient être proscrites jusqu'en 1802, avaient prouvé qu'elles ne désiraient aucunement l'abolition du culte.
Le 27, Pouché vint terroriser Moulins.* Il visita la société populaire et déblatéra contre la faiblesse de ceux qui laissaient subsister des signes de superstition, contre l'égoïsme des riches, des propriétaires, des fermiers. Il déclara que son fameux arrêté sur le mariage obligatoire des prêtres serait appliqué dans l'Allier, et ordonna la destruction des signes religieux. Il prescrivit, en outre, aux boulangers de ne faire qu'une seule qualité de pain^ à trois sous la livre. Il organisa un comité de surveillance de quinze membres, à 3 livres par jour, et une armée révolutionnaire aux dépens des riches. Dyannyère, dans un rapport du 2 octobre, rend compte de la visite de Fouché, et fait part au ministre de ses craintes sur les résultats delà persécution du clergé,
qui excite. le plus vif mécontentement chez les paysans. Dans le département de la Gorrèze, le 19 septembre, la guillotine fonctionna pour la première fois. Le tribunal crimineljugeant révolutionnairement, se rendit à Uzerche pour faire tomber la tète d*un pauvre ouvrier de soixante-cinq ans, Pierre Besse, dit Picharou(i). Les classes inférieures souffraient horriblement de la misère, et ce brave homme avait commis le crime abominable de dire que les temps étaient bien durs. Il fut condamné en application de la loi du 4 décembre 1792, comme ayant prêché le rétablissement de la royauté, et on fit tomber sa tête pour apprendre aux classes inférieures qu'elles devaient souffrir en silence. Le 27, deux prêtres, Pierre Labrac, curé de Ghampagnac , et Gabriel Bouin, curé de Saint-Palais, dans le Lot, furent exécutés à Tulle en vertu de la loi du 18 mars.
Les catholiques de la Franche-Comté subissaient une horrible persécution. En mai 1793, Tinvalide Vuillemin fut exécuté à Pontarlier. Son arrestation remontait au 29 novembre 1792. Afin de seconfessçr, il avait passé la frontière de Suisse ; au moment où il la repassait, il fut arrêté avec trois jeunes gens imberbes qui avaient précédemment émigré et qui, fatigués de la vie qu'ils menaient à l'étranger, avaient tenté de rentrer secrètement en France. Il fut accusé d'avoir facilité leur retour. On trouva dans son portefeuille des copies de lettres qu'il avait écrites à son beau-frère pour le dissuader de suivre les ofïïces du curé constitutionnel; et lui prouver que les catholiques, en ne les suivant pas, usaient tout simplement de la liberté de conscience. On trouva aussi sur lui des lettres de prêtres déportés, et d*un émigré qui s'exprimait avec beaucoup d'animosité sur le compte de la révolution. Il déclara, ce qui était évident, ne point connaître ces jeunes gens, et leur avoir seulement în-
(i) Scènes de la révolution dans le bas Limousin, par le comte de Seilhac; il faut lire, p. 526, le récit du procès et du supplice de ce malheureux.
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diqué le chemin. Pour se défendre d^ètre allé un instant en Suisse, il fit valoir que tons les jours les paysans, à cause de leurs travaux et de nécessités diverses, passaient la frontière. Après une longue détention, il comparut devant les juges (1) qui le condamnèrent à la peine capitale. Il mourut héroïquement, en refusant l'assistance du prêtre constitutionnel et criant : Vive la religion I vive le roi !
Les ecclésiastiques qui exerçaient le culte en cachette étaient traqués partout, réduits à se réfugier dans les forêts et dans les cavernes. Les jacobins réussirent à s*emparer .d'un des réfractaires les plus zélés, Tabbé Huot. On lui demanda s'il avait reconnu Tévêque constitutionnel. «Non, je ne Tai pas reconnu pour mon évêque, répondit-il; en ce moment même, à la veille de mourir à cause de cela , je ne voudrais pas Tavoir reconnu. » Il déclara qu'il portait le corps de Jésus-Christ enfermé dans une pyxide . Le président du district de Saint-Hippolyte qui Tavait interrogé n'osa point commettre une profanation, et fit enlever la pyxide par un prêtre constitutionnel.
Le département décida le 30 juin qu'un jury militaire (loi du i8 mars) serait réuni à Saint-Hippolyte. Mais il éprouva des difficultés à le composer, et, d'ailleurs, cette parodie de la justice inspirait une répugnance très visible
(1) Sauzat, tome III, p. 236. L'auteur a fait des observations très graves sur ce jugement. Le président posa cette question au jury. Comme ?• chef. A t-on composé des écrits tendant à propager le fanatisme? Vuiliemin est-il convaincii d'être l'auteur de ces écrits? Ainsi l'on osait demander au jury de décider si laccusé avait commis un crime, en dissuadant par lettre son beau-frère de suivre les offices constitutionnels I Le jury fit une réponse affirmative sur les deux chefs. Le tribunal acquitta sur le second, parce qu'aucune loi ne punissait ce prétendu délit. Le président le savait très bien. Pourquoi donc avait-il posé cette question? On peut craindre qu'il n'ait voulu grossir ainsi aux yeux des jurés une accusation mal étayée, car l'article 4, 2« section, titre V, du code pénal, ne punissait que l'entrée de véritables révoltés armés , et le président transformait en un corps d'armée de révoltés, trois enfants déserteurs de l'émigration dont on n'osa punir que le plus âgé ! Il est certain que l'importance illégale donnée par la justice dans ce procès aux lettres de Vuiliemin en faveur du catholicisme , et le motif religieux de son absence en Suisse, ont causé sa perte , bien plus que ses rapports avec les trois fugitifs de Témigration. On voulait frapper de terreur ceux qui traverseraient la frontière pour exercer leur culte, et leur montrer par un éclatant exemple, qu'on ferait tomber leurs tètes par une accusation politique.
à beaucoup de personnes ; il fut donc décidé que rexécution aurait lieu à Besançon.
La captivité de Tabbé Huot donna lieu à une scène des plus émouvantes. La belle-sœur du procureur de la commune, jacobin forcené,était mourante ; elle supplia son beaufrère de lui laisser recevoir, avant d'expirer, les derniers sacrements d*un prêtre qu'elle estimait, et de lui amener Tabbé Huot. Ses instances furent si vives que ce jacobin se laissa toucher, et lui amena lui-même le prêtre qui allait bientôt recevoir le martyre. Il fut pour ce fait traduit devant le tribunal criminel, mais acquitté après cinquante jours de détention.
Peu de temps après Tarrestation de Tabbé Huot, le 23 juillet, un jeune ecclésiastique, Tabbé Tournier, tomba entre les mains des persécuteurs ; il fut conduit à Besançon, enchaîné avec un malfaiteur, après avoir subi les plus odieux traitements.
Les auteurs de la constitution civile avaient bien souvent parlé de faire revenir la religion à la primitive Église ; leurs décrets devaient ramener réellement Téglise de France à ces premiers siècles du christianisme, où des défenseurs intrépides de la vérité confessaient leur foi devant des persécuteurs et des bourreaux : ces temps héroïques, ils les avaient fait revivre, mais pour la gloire de ceux-là mômes qu'ils avaient voulu opprimer et avilir I
Voici les principales réponses de Tabbé Tournier à Renaud, membre du conseil général, qui l'interrogeait :
Demaîide, Depuis votre rentrée, avez-vous exercé les fonctions de votre ministère ?
Réponse, Je les exerçais de temps en temps , à roccasion , soit en disant la messe, soit en confessant, soit en communiant, mais je n'ai ni marié ni enterré.
D. Teniez-vous note ou registre des baptêmes que vods faisiez (1)?
R. Je les portais sur des feuilles volantes; cependant, j'ai enre-
(1) Sauzat, tome IV, p. 135. Cette question, si secondaire en apparence dans une affaire de mort, montre quelle importance les jacobins attachaient à ce que les ecclésiastiques ne tinssent aucun registre des sacrements. Il ne faut pas oublier que les républicains Tinterdisaient aussi aux intrus, et que cette absurde prohibition fut maintenue jusqu'au concordat.
nÉPARATlFS DE l'ABOLITION DU CULTE. 563
gisiré on baptême sur le registre que tenait Tabbé Conrtat.
D. Avez-vous exercé ces fonctions dans plusieurs districts ou communes?
« Je les ai exercées dans les cantons de Morteau, Nods, Yercel, Orchamps et le Russej. »
La loi de sang qui condamnait à mort les prêtres coupables d'avoir exercé leur culte était appliquée à Besançon pour la première fois. La fameuse parole des révolution naires aju début de la persécution : « Nous ne ferons point de martyrs », recevait le démenti le plus écrasant qu'il fût possible d'imaginer : les esprits les plus naturellement obtus, et les plus ahuris par les déclamations révolutionnaires, ne pouvaient pas ne pas le reconnaître; aussi le fanatisme antireligieux, pris dans ses propres pièges, vou-. lait absolument inventer quelque prétexte politique à cette condamnation. Dans cette pensée, les juges insinuèrent à Tabbé Tournier, comme moyen utile de défense, de dire qu'il n'était pas rentré pour exercer le culte^ mais que, manquant de tout dans son exil, il était revenu en France dans l'espoir d'y trouver quelque moyen de subsistance sans être découvert. Us l'auraient, malgré cette déclaration, condamné comme prêtre déporté rentré, car la loi était formelle, mais ils comptaient Texploiter pour soutenir que sa condamnation n'était point un acte de persécution. Mais l'abbé Tournier était trop courageux et trop clairvoyant pour tomber dans ce piège.
a Non, messieurs, dit-il, ce n'est point ce motif-là qui m'a fait rentrer en France; je n'éprouvais point d'autres besoins dans le pays où je m'étais retiré que celui de venir au secours de mes compatriotes, de soutenir et consoler les uns, d'éclairer et ramener les autres, de prêcher la foi catholique, d'administrer les sacrements, de me rendre fidèle à ma vocation, de remplir, en un mot, le ministère dont Dieu a daigné m'honorer (1). »
Cette noble réponse confondit les magistrats révolutionnaires. Celui qui l'interrogeait crut spirituel d'en dénaturer le sens pour lancer une plate injure au clergé proscrit :
<c Mais si vous avez cru que la nécessité de remplir votre ministère vous obligeait de rentrer en France, pourquoi tous les prêtres
(1) Sauzay, tome IV, p. 136.
déportés n*y rentrent-ils pas? Ils sont donc infidèles à leur vocation. »
Le martyr lui répondit avec beaucoup de sang-froid :
<( Dans les moments de la persécution, dans ces beaox jours de rÉglise militante, pour que sa gloire et son triomphe soient complets, il doit y avoir des prêtres dans les prisons, il faut qull y en ait sur Téchafaud, il faut qu'il y en ait en exil. »
Il fut condamné à mort, ainsi que Tabbé Huot, le 7 octobre 1793. Un vicaire constitutionnel vint les trouver, ils lui répondirent qu'ils ne voulaient pas laisser après eux le scandale d'avoir accepté le ministère d'un schismatique, et qu'ils s'assisteraient réciproquement. Le clergé constitutionnel se réunit, et déclara que, malgré leur refus, un de ses membres les accompagnerait. Un jeune prêtre récemment ordonné, nommé Gaseau, fut choisi au sort : il ne fit, du reste, que les suivre de loin.
Comme la guillotine voyageait dans le département, il fut décidé que les deux prêtres seraient fusillés (1). La vue de ce double martyre produisit sur le prêtre Gaseau une telle impression, qu'il se rétracta peu après, et mérita ensuite, sous le directoire, d'être déporté en Guyane.
Le 28 avril 1794, le département fit payer aux patriotes qui avaient arrêté l'abbé Huot la prime de 100 livres, plus 60 livres d'indemnité pour frais de déplacement.
Les catholiques qui refusaient d'assister à^la messe constitutionnelle étaient, dans beaucoup de localités, soit jetés en prison, soit consignés chez eux. Le président du comité révolutionnaire de la petite commune de Ghaffois prit les mesures les plus graves contre les catholiques coupables de ce crime. A Pontarlier, des autorités décidèrent le 27 juin que 128 femmes réfractaires à la messe de l'intrus, dont 41 ex-religieuses et 87 laïques, seraient consignées à domicile. Dans cette longue liste de recluses, on ne retrouve pas un seul nom aristocratique. Le 10 septembre, les autorités
(1) Une seule guillotine était insuffisante pour les besoins du moment. Un arrêté du 6 octobre du commissaire Bernard de Saintes « requiert Tadministration du département du Doubs de faire faire, dans le plus bref délai, une nouvelle guillotine pour remplacer celle qui voyage dans les montagnes. » Archives^ AFII, 98.
PRÉPARATIFS DE L'aBOUTION DU CULTE. 565
réunies de cette ville envoyèrent 14 personnes au fort de Joux, mirent en réclusion les religieuses^ avec i6 hommes et 77 femmes, et décidèrent, en outre, que 119 femmes et filles seraient recluses les jours de dimanches et de fêtes (1) : Partout les prisons étaient pleines de personnes coupables d*avoir a mal parlé des prêtres constitutionnels et avoir été en relation avec les fanatiques. »
La commune de Mouthier, où Tesprit catholique était très vif, ne s'était pas jointe à celles qui avaient formé Tinsurrection dite de la Petite Vendée (2) ; elle avait même marché avec les républicains contre les insurgés. On vint, cependant, arrêter chez elle comme suspects 19 hommes et 51 femmes comme coupables, soit d*être parents de prêtres réfractaires, soit de leur avoir donné asile, soit d*avoir tenu des réunions religieuses dans leurs maisons ou colporté simplement des pétitions en faveur de la liberté de conscience. Voici les motifs de détention de quelques-uns de ces suspects :
« Jeanne-Françoise Gamard, femme de Jean-Baptiste Mercier, ne respire que le retour de son frère, curé déporté, et le rétablissement des monastères.
« Richard Guignet, frère de deux prêtres déportés, a annoncé souvent des brefs d'excommunication, et il n*a assisté aux assemblées de la commune que lorsque les fanatiques faisaient les élections à leur gré.
« Nicolas Lambert, très fanatique, n' a accepté des fonctions publiques que lorsqu'elles étaient occupées par des fanatiques.
(1) Sauzat, tomes IV, V, passim.
(2) Très peu de temps avant rabolltion du culte, les jacobins du Doubs s'étaient mis à imposer Téglise constitutionnelle avec une telle rigueur, qu'au moment de la levée d'août plusieurs communes de la montagne se soulevèrent. Cette insurrection fut réprimée avec beaucoup de cruauté; le tribunal criminel et la guillotine furent successivement transportés à Omans et à Maiche ; 43 malheureux furent condamnés à mort, 20 déportés en Guyane, 40 condamnés à la détention, et 380 détenus comme suspects. (Sauzat, tome IV.) Le bourreau demanda un supplément de salaire, et le 21 brumaire le directoire du Doubs, 'considérant « que l'exposant a employé quarante-huit jours aux exécutions qui ont eu lieu dans les montagnes, » les dépenses qu'il a faites, la nécessité dans laquelle il s'est trouvé d'avoir un valet et un cheval, etc., lui accorde 384 livres d'indemnité, à raison de 8 livres par jour, mais ne le dispense pas de payer les frais du transport de la guillotine que la loi du 13 juin met à sa charge. Le proconsul Bassal approuva l'arrêté, sauf cette dernière disposition. Archives, ÂFII, 98.
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PRÉPABATIF8 DE l'aBOUTION DU CULTE. 567
nn petit village du comté de Neofchâtel nommé les Braquins, un de nos prêtres expatriés dit la messe tous les dimanches dains une ferme écartée où un grand nombre de nos gens vont secrètement; des officiers municipaux même sont soupçonnés d'y assister... Gomme ces endroits sont écartés et isolés dans les montagnes, il faudrait qu'un bon citoyen de ce district fût autorisé à choisir quatre vrais sans-culottés pour former des patrouilles sans armes ni signe distinctif. Ils espionneraient ensemble ou séparément, parcourraient la frontière et surveilleraient incognito tes villages et hameaux de l'extérieur comme de Tintérieur (1). »
n proposait naturellement ces braves sans-culottes. Le département fût ravi de cette dénonciation et fit espionner encore plus les catholiques des frontières. Quelques jours après 9 dans trois communes mal notées, les officiers municipaux étaient destitués, et de nombreux suspects mis en arrestation.
La possession d'écrits de polémique religieuse était imputée à crime dans toute la France ; parfois même on était persécuté pour bien moins encore. Ainsi le 8 octobre deux anciennes religieuses. H""*" d*Orival et Bégrand, étaient condamnées à trois mois de prison par le tribunal correctionnel Se Besançon « pour avoir été trouvées détentrices de papiers inciviques tendant à exciter le fanatisme. » Ce crime n'était point prévu par la loi , mais on n*y regardait pas de si près, lorsqu'il s'agissait de fanatiques. Ces objets inciviques étaient des cœurs de Jésus et Marie et un cantique dans lequel on demandait des jours meilleurs (2).
Le nombre des suspects non ecclésiastiques arrêtés immédiatement à Besançon en exécution de la loi du 17 septembre s'éleva à deux cent trente et un (3). La persécution religieuse fit émigrer plus de trois cents paysans dans le canton de Neufchâtel : révoque constitutionnel Séguin, qui d'abord s'était montré hostile au 31 mai, publia ensuite une brochure dans laquelle il s'avilissait complètement devant les vainqueurs. Il préluda à son apostasie en laissant les autorités disloquer son église à leur aise.
(1) Sauzay, tome V. — (2) Idem, p. 206.
(3) Beaucoup d*eDtre eux sont arrêtés comme fanatiques, plusieurs S01U ce grief politique « d'avoir été infectés de la crasse de la plus puante, de la plus dégoûtante aristocratie. » Idem, t. IV, pp. 206, 495.
Le comité de salut public envoya dans le Midi deux observateurs, Feydel et Sabonadière, dont les rapports contiennent des renseignements assez complets sur la situation religieuse.
Sabonadière était originaire de Nîmes ; il avait été, s*il faut Ten croire , ministre protestant des réfugiés français à Londres. Il avait aussi voyagé en Amérique. Chargé de faire des rapports sur les départements du Var, des Basses-Alpes, et des Alpes-Maritimes, il jugea à propos de passer par Nîmes , mais les autorités de cette ville étaient très mécontentes de la révolution du 31 mai qui venait d'avoir lieu quelques jours auparavant, et elles le retinrent jusqu^à nouvel ordre ^ ainsi que son camarade Feydel, en leur imposant l'obligation de se présenter une fois par jour devant elles. On leur laissa pourtant toute liberté d'écrire à Paris. En attendant la réponse du ministre de l'intérieur , Sabonadière, qui jouissait de beaucoup de libert^ observait tout à son aise , prêchait dans les temples protestants de Nîmes et des environs, et rédigeait des rapports. Il se déclara content de Tesprit qui régnait dans la partie occidentale du district de Nîmes, et dans le district de Sommières où les protestants étaient nombreux, mais très inquiet, au contraire, de la partie orientale du district de Nîmes où les catholiques étaient fanatisés, suivant lui, à un degré inouï. Le district d'Uzès est bon, sauf une partie gangrenée par les prêtres réfractaires retirés à Russon et Montpezat et « dans les bois qui les environnent ».
La population de Nîmes est mal disposée pour la convention, Tesprit y est dépravé à un tel point que cette violente animosité entre les aristocrates et les premiers partisans de la révolution qui amena les scènes sanglantes de juin 1790 a maintenant disparu. Il déclare avoir fait tout son possible pour rallier les protestants aux auteurs de la révolution du 31 mai.
« Je montais en chaire, et y prouvais aux protestants que tout indiquait et exigeait une acceptation franche et loyale , et sans
PRÉPABATIFS DE L*ABOLinON DU CULTE. 569
réserve, de notre constitation, et conTaincn qu'un très grand nombre n*en était éloigné que parce qu'ils ne la connaissaient pas, je m'attachai à leur faire sentir l'obligation où ils étaient d'en faire un examen réfléchi et impartial. En un mot, je ne négligeai rien de ce qui était en mon pouvoir pour les arracher à un aveuglement funeste pour eux et pour la chose publique, malgré que cela m'exposât à tous les traits du fanatisme et de la malveillance ; je n'ignorais pas que la curiosité 7 attirerait une infinité de personnes qui n'assistaient pas ordinairement à ces exercices (1)... »
On voit que ce prédicant était, en chaire^ beaucoup plus préoccupé de la constitution de 93 que de l'évangile. Il constate la triste situation du schisme constitutionnel. Ses églises sont fort peu suivies ; il reconnaît qu'il ne faut pas Tattribuer seulement à l'indifférence religieuse, mais que €c Tayersion que l'on avait pour les curés constitutionnels et pour la révolution y contribuait ici davantage. »
« Pendant tout le séjour que j'ai fait dans le département, je n'y ai entendu parler que d'un seul prêtre marié dans le district de Sommières. Il est vrai que quelques-uns me communiquèrent le dessein où ils étaient de le faire bientôt »
Sabonadière ajoute que la loi sur l'état civil est observée, et le nombre des émigrés peu considérable. Les biens nationaux sont dilapidés. Lorsqu'il est arrivé à Nîmes, il était impossible de faire passer des assignats. Hais, depuis quelque temps, on a peur de la convention, et ils circulent bien plus facilement. Il prétend avoir contribué à ce résultat.
Le ministre fit cesser la surveillance dont il était l'objet et le chargea d'observer le département du Gard. Dans un rapport du 31 juillet, il assure que la majorité des protestants est favorable à la révolution. Le 31 mai a été accepté dans ce pays , non parce que ses habitants sont jacobins , mais uniquement parce qu'ils ont eu peur de la convention.
<c Parmi les catholiques, il y a aussi beaucoup de patriotes, mais il est de fait qu'un très grand nombre sont très éloignés de l'être, et il est aisé d'en juger par le nombre de ceux qui suivent leurs curés ou les prêtres assermentés, et qui ne cachent même pas leurs sentiments à cet égard. Car, quoique l'esprit de la religion soit très affaibU et presque nul , il est une classe de gens qui ont retenu cette dévotion qui s'allie avec l'incrédulité et qui tient à des dispositions
(1) Archives nationales, FA, 551.
570 CONSTITUTION GIYILE DU €LBR«É.
singulières du cœur hnmaiu, et qui ne manqueraient pas la messe et les ofQces^ surtout le dimanche, s'ils pouvaient les entendre d'no prêtre réfractaire. D'autres même qui n'allaient jamais à l'église, avant la révolution, font très souvent une ou deux lieues pour entendre ou faire semblant d'entendre une messe dite à la bftta et clandestinement. »
A Ntmes comme à Lyon, comme dans toutes les Tilles de manufactures, 'Tindustrie a énormément souffert : la vie matérielle est devenue d*une cherté excessive; les ouvriers en soie, et les tisserands qui forment une partie importante [de la population n*ont pas reçu une augmentation de salaire proportionnelle au renchérissement des subsistances (1).
Feydel envoya aussi des rapports détaillés sur Ntmes et ses environs. Ses renseignements concordent avec ceux de Sabonadière. Dans un rapport du 14 septembre, il donne des détails sur la situation religieuse du pays. Les catholiques sont dirigés par le prêtre Paullian, ex-jésuite, qui n*a pu être déporté à cause de son âge. Il habite Handuel, d*où il exerce une grande influence dans tout le département. Les protestants, en général, sont républicains. L*esprit des négociants de Nîmes est mauvais ; Feydel déclame contre eux.
Les prêtres constitutionnels portent encore Thabit ecclésiastique. «L'évêque (Dumouchel) se conduit différemment: je Tai vu en frac brun à une cérémonie patriotique. » Le peuple salue encore respectueusement les ecclésiastiques; il a même conservé du respect pour la noblesse. On voit encore dans les campagnes des châteaux féodaux avec leurs tours, ce qui met Feydel fort en colère. Les paysans ont toujours rhabitude de dire notre seigneur, et non notre ci-devant seigneur, quelle que soit leur opinion sur la religion. A la fin du rapport, il dit au ministre. « Pensez à Paullian » ; on voit qu'il voudrait le faire arrêter. « Il y a encore quelques constitutionnels (politiques) de 1791 ; mais ils ne sont pas
(1) Malgré ses opinions révolutionnaires, Sabonadière reconnaît parfaitement que la révolution s'est attiré une multitude d'inimitiés en lésant de nombreux intérêts. « A cette classe nombreuse de personnes que leurs souffrances seules rendent mécontentes et inquiètes, il faut joindre celle des capitalistes et des gens à revenus fixes, qui s'étend par toute la république, lésés évidenmient dans leur fortune et dans leurs revenus par des paiements illusoires. » Archives, ibidem.
dangereux » il parle d'eux avec dédain comme de gens qui: ont besoin d'être éclairés (1).
Dans le midi de la France les conventionnels Monestier, Gavaignac, Pinet, Dartigoyte, et bien d'autres, faisaient à la fois la chasse aux catholiques et aux prétendus fédéralistes, et préparaient l'abolition de l'église constitutionnelle. Le 9 juillet, Paganel dénonça à la convention Barthe, l'intrus du Gers, comme un factieux qui parcourait le département pour le soulever; le 18,1a convention destitua plusieurs administrateurs de ce département et traduisit Barthe à sa barre. Il était devenu odieux aux révolutionnaires, parce qu'il s'était opposé au mariage des prêtres.
L'arrivée de Dartigoyte dans le département du Gers fut le signal de violentes démonstrations jacobines contre le culte. Les sociétés populaires tinrent à Auch les 22 et 23 septembre, une réunion qu'elles qualifièrent de congrès fraternel. Trente-deux sociétés y furent représentées. Le congrès s'occupa beaucoup de la question religieuse : Dartigoyte se croyait encore obligé d'afi'ecter une certaine modération, mais il'était bien décidé à persécuter l'église constitutionnelle, et en dessous main il excitait les jacobins à faire de scandaleuses démonstrations coàtre les prêtres ; il voulait avoir l'air de céder à un mouvement irrésistible de l'opinion publique.
Le 22 septembre, le citoyen Lantrac présidait le congrès. ' Le citoyen Dutaya, député de la société populaire de Condom, monta à la tribune et se déclara « chargé expressément de demander l'arrestation de Barthe, évêque du Gers, sa destitution et sa déportation. » Plusieurs autres députés firent la même demande, et la réunion décida à l'unanimité : 1^ que les députés du peuple actuellement à Auch seraient invités à mettre Barthe en arrestation et à le transférer hors du département ; 2*" qu'il serait fait une adresse à la convention pour demander sa destitution et sa déportation.
Dartigoyte (dit le procès- ver bal) , monte ensuite à la tribune; et propose plusieurs mesures pour remédier aux maux qui affligent la république : ces mesures sont l'emprisonnement des ex-nobles et de tous ceux qui ont participé
(1) Archives nationales y FA, 551.
572 CONSTITUTION CITltE DU CLERGÉ.
aux délibérations girondines du mois de juin. Pour le clergé officiel, son programme est encore plus radical.
«... Il a dit ensuite qu'il ne fallait point relever le fanatisme après raToir abattu. Il s'est plaint à ce sujet de quelques yicaires épiscopaux qui mêlent la religion aux actes civils. II a proposé de faire aux prêtres Vinvitation de se marier, de desUtuer cetue qui ne seraient pas mariés après un temps moral i d'obliger ceux âgés de soixante ans d'adopter un enfant (1) et d'inviter les sociétés populaires du département à ne reconnaître que des prêtres mariés. Lan trac a ensuite développé les mesures proposées par le citoyen Dartigoyte, et il a ajouté que les girondins ne pardonneraient pas plus la révolution du 31 mai que les aristocrates celle de 1789, qu^U fallait les chasser à vingt-cinq lieues du département, »
Ensuite le conventionnel Monestier, prêtre défroqué , fit un discours dans le même goût, et le député des jacobins d*Enauze demanda «la destitution des prêtres qui ne seront pas mariés dans trois mois. » Le congrès prit plusieurs décisions terroristes, et vota sur le mariage des prêtres deux résolutions : N® 5, que les sociétés populaires éclairent le peuple touchant le mariage des prêtres ; N^ 6, que tout prêtre non marié dans les six mois sera exclu de la société.
Au sortir de la séance, les commissaires de la convention prirent un arrêté solennel pour exécuter contre Barthe la mesure dont les jacobins avaient, d*accord avec eux, pris rinitiative. Cet acte d'accusation contre un schismatique très zélé, mais qui ne voulait pas aller jusqu'à Tapostasie, est tout à fait caractéristique de l'époque. »
(( Attendu la dénonciation faite par la société populaire et montagnarde de la ville d'Auch réunie avec les commissaires des sociétés républicaines du département du Gers, contre la conduite de Barthe, évêque de ce département;
« Attendu que ces dénonciations portent manifestement sur des faits et des délits qui, au nom et aux termes de la loi, peuvent amener sa légitime destitution ;
« Attendu que tous les patriotes s'accordent à présenter ledit Barthe comme très dangereux pour son influence, et très suspect par ses principes fédéralistes;
(1) Archives nationaleSy AFII, 98. C*est absolument le système que Fouché adoptait le 25 septembre et qu'Albitte et beaucoup d*autres mirent un peu plus tard en vigueur avec un ensemble parfait. Les montagnards s'étaient évidemment concertés à Tavance.
« Attendu que déjà les sociétés de Lectoure et de Gondom ont dénoncé Barthe et ont demandé son éloignement et sa destitution ;
« Après en avoir conféré avec le procureur général syndic et le conseil général du département du Gers, qui nous ont déclaré que ledit Barthe était un homme suspect et dangereux ;
« Nous, représentants du peuple, réunis dans la ville d'Auch, chef-lieu du département du Gers, arrêtons que ledit Barthe sera sur-le-champ mis en arrestation , et ensuite conduit par la gendarmerie nationale dans une des maisons d'arrêt ou de réclusion de la ville de Mont-de-Marsan, chef-lieu du département des Landes ; chargeons les procureurs généraux syndics des départements du Gers et des Landes de veiller à l'exécution du présent, chacun en ce qui les concerne.
« Fait à Auch le 22 septembre au soir. Tan 2 de la république une et indivisible. J.-B. Monestier du Puy-de-Dome, J. Pinet aîné, Dartigoyte, représentants du peuple. » Archives, AFII, 98.
Dans la séance du 23 septembre, il fut encore question des prêtres, et les conventionnels eurent soin encore de lancer les jacobins en avant et de se cacher derrière eux. Un des frères et amis, prenant la parole au nom de la commission nommée près du représentant, déclara que ce dernier croyait ne devoir rien assumer sur lui , et que l'aristocratie ne tarderait pas à exciter la compassion sur le sort des prêtres fanatiques. La réunion invita, sur sa demande, le département à séparer les prêtres âgés de moins de soixante ans des vieillards et des infirmes , et à les tenir dans une étroite captivité « en attendant le moment favorable de faire sortir librement de la république ceux qui ne sont pas sujets à la déportation , et d'exporter ceux qui doivent l'être. »
Un jacobin déclara « que ces monstres reclus » ont à la nouvelle de la prise de Yalenciennes dansé la farandole. Ce conte excita naturellement la plus vive indignation , et il fut décidé qu'ils seraient dénoncés au tribunal révolutionnaire. Cette accusation n'avait pas une ombre de vraisemblance ; d'ailleurs tout le monde savait que beaucoup de reclus étaient vieux et infirmes , mais plus les accusations contre les prêtres sont absurdes , plus elles ont chance de réussir dans notre pays, et les inventeurs de la farandole le savaient par une longue pratique.
Les départements du Lot, de Lot-et-Garonne, et de la
Dordogne étaient inspectés alors par un observateur nommé Tronche. Un de ses rapports daté du 30 septembre contient des détails sur la situation des campagnes. Les paysans sont, généralement, favorables à la révolution , mais ils ont la taxe des grains en horreur, et le déclarent très ouvertement. 11 n'est pas très satisfait du clergé officiel.
(( Les prêtres qui ont une si grande inflaence sar ropînion du peuple ne prêchent pas assez à mon gré les vérités politiques dont ils devraient remplir leur prône. J'en ai, cependant, vn qui mettaient beaucoup d'ardeur à propager les principes de liberté et d'égalité. 11 m'a paru aussi que parmi ces derniers, il y en avait de disposés à entrer dans le dessein de la convention en partageant leur destinée avec une femme. Les préjugés des habitants des campagnes, qui s'accoutument difficilement au mariage des prêtres, en retiennent plusieurs dans le célibat. J'ai entendu dire à des paysans fanatisés sur ce point qu'ils croiraient pécher en allant à la messe d'un prêtre marié. Ceux-ci étaient de bonne foi, mais j'en ai trouvé dans la classe appelée ci-devant comme il faut, qui cachaient leur aristocratie sous un voile religieux... les grands propriétaires fonciers tremblent pour leurs propriétés , et cette crainte diminue, à ce qu'il m'a paru, dans beaucoup d'endroits leur amour pour la révolution. Us font les mêmes plaintes que le pauvre agriculteur au sujet de la taxe des grains; à cela près, le plus grand nombre m'a paru révolutionnaire (1). >
Il est, néanmoins, forcé d'avouer que les marchands réclament sérieusement la liberté du commerce; que, malgré la cherté des journées d'ouvriers, on manque de bras, à cause des levées d'hommes. L'agriculture souff^re beaucoup et l'on craint pour la récolte de l'année prochaine, car « les terres ne sont pas trop bien préparées. »
La guerre avec l'Espagne était fort utile aux jacobins du Midi, car elle leur servait de prétexte à lever des taxes extraordinaires et à commettre toute sorte d'extorsions. De plus, ils avaient grand soin d'accuser d'intelligence avec l'ennemi tous ceux qui leur déplaisaient. L'armée des Pyrénées-Orientales était, comme toutes les autres, décimée par la désertion. Les commissaires Bonnet et Fabre écrivaient de Perpignan, le 26 août, que la levée des réquisitionnaires n'avait pas eu lieu sans difficultés, et que ces
(1) Archives nationales, FA, 551.
FRéPABATlFS DE L'aBÔUTION DU CULTE. 575
jeunes soldats s'étaient soulevés en grand nombre, avaient maltraité des patriotes prononcés, et insulté les autorités. Le tribunal criminel de TAude en avait condamné vingttrois à huit mois de détention , mais plusieurs s'étaient évadés, et sollicitaient des places dans Tadministration de l^armée. Les représentants pour retrouver les coupables déclarèrent nuls les certificats de civisme délivrés jusqu'alors et défendirent d'employer dans les bureaux des hommes qui ne seraient pas en règle avec la réquisition.
Oa a fait un nombre infini de tirades sur l'admirable élan de 9S et de 93; il n'en est pas moins vrai, et tous les documents l'attestent, qu'il y avait alors énormément de réfractaires à la réquisition, ainsi que de déserteurs, et que les administrations étaient encombrées de jeunes gens qui voulaient éviter de porter le fusil. Ce dernier abus existait dans toutes les armées, et excitait des plaintes innombrables ; on ne cessait de le flétrir, on entassait arrêtés sur arrêtés, et les plaintes recommençaient toujours.
Les lois sur les assignats étaient appliquées avec beaucoup de rigueur. Ainsi, le 12 septembre, Fabre prenait à Perpignan un arrêté dont l'article 1 est ainsi conçu :
« Tout citoyen qui sera convaincu d'avoir donné ou reçu du noméraire sous quelque prétexte que ce puisse être, sera dénoncé à l'accusateur public, poursuivi et jugé d'après les formes prescrites pour le jugement des crimes contre-révolutionnaires (1). »
Celui qui aurait connu l'existence d'une infraction de ce genre, sans en dénoncer l'auteur, devait être poursuivi comme complice. Le 16 septembre, le directoire de la Haute- Garonne adopta cet arrêté.
A Toulouse, les commissaires Baudot et Chaudron-Rousseau jetaient en prison les partisans des girondins (2), et
(1) Archives, AFII, 104.
(2) Le 29 juin, ils mirent en arrestation les principaux administrateurs. 1,6 8 août, ils flétrirent hautement Tantique institution des capitouls, ^t enjoignirent à tous ceux qui avaient exercé cette fonction de leur Remettre immédiatement leurs portraits avant le 10. Ce jour-là, tous les litres ainsi que les portraits des capitouls conservés à Thôtel de ville, au Nombre de 473, furent brûlés. Cet autodafé fut bientôt suivi de nombreuses arrestations.
décrétaient les plus odieuses extorsions. Le 27 septembre, après avoir déclamé contre les riches, ils arrêtaient :
« Art. 1. Deux commissaires seront nommés par la société populaire de Toulouse dans chaque section pour désigner dans leur arrondissement respectif ce que chaque citoyen riche peut fournir en chemises, bas, souliers, manteaux, roupes, guêtres, chapeaux, bottes, cols, selles, brides, et tous les autres effets propres à Téquipement des défenseurs de la patrie tant à pied qu'à cheval. » Archives, AFII, i04.
Ces commissaires devaient faire leur rapport dans les trois jours : ceux qui étaient chargés de taxer les districts du département devaient présenter les leurs dans la huitaine. Ces jacobins recevaient une indemnité : il n*en était pas question pour les propriétaires des objets enlevés.
Baudot et Chaudron-Rousseau écrivaient le 8 octobre à la convention qu'ils avaient fait arrêter déjà plus de 1500 suspects dans les départements de la Haute-Garonne et de TAriège (1).
Déjà le 8 avril 1793, les commissaires Mazade, Tsabeau et Neveu avaient créé à Pau un comité de salut public chargé de dénoncer les suspects et les catholiques. Le 12 septembre, Monestier donna juridiction à ce comité surtout le département. 11 en avait déjà établi un semblable à Tarbes le 12 août. Le régime de la terreur était bien installé sur la frontière d'Espagne.
(1) Ils annoncent en même temps que le marquis de Binos, émigré, a été mis à mort à Saint-Qirons. Le 9, Chaudron-Rousseau écrit de Toulouse à Prieur de la Marne, au comité, que les maisons de réclusion sont pleines de nobles, de fanatiques, de fédéralistes, et que, pour se débarrasser des réclamations des parents , les commissaires désirant les conduire à l'intérieur. « Tout le pays de Foix était fanatisé I La guiUotine a joué à Foix et à Saint-Girons^ et cela va... » Àixhives, AF, 11,104.