‹ Histoire de la constitution civile du clergéChapitre 21 sur 40 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

§ I. La proclamation du gouvernement révolutionnaire est suivie de nombreux supplices. — Exécution de Marie-Antoinette. — Les persécuteurs girondins décimés par leurs anciens alliés. — Supplice des vingt et un girondins , de M">e Roland, de Barnave , etc. — Horrible application de la loi des suspects. — Les lois de proscription contre les prêtres sont complétées. — Celle du 29 vendémiaire déclare les constitutionnels déportables sur dénonciation.

§ II. Le calendrier républicain. — Il devient tout de suite un instrument de persécution. — Des communes abolissent le culte, et portent à la convention les dépouilles de leurs églises. — Premières apostasies. — La convention, sans prendre un décret formel , encourage les communes à supprimer le culte. — Celle de Paris Tabolit en fait. — Son ignoble démonstration du 17 brumaire. — Gobel vient avec elle apostasier devant la convention. — Plusieurs prêtres députés suivent aussitôt son exemple. — Apostasies honteuses. — Scènes ignobles. — Pillages. — Fête de la Raison.

S ni. Mascarades sacrilèges. — Apostasies d'évêques et de prêtres constitutionnels ; — de ministres protestants ; — de juifs. — Des évéques et des prêtres intrus se mariei^t en assez grand nombre. — La loi du 25 brumaire amnistie les prêtres qui se marieront. — Celle du 2 frimaire assure une pension aux apostats.

§ IV. La convention commence à voir avec dégoût toutes ces profanations. — Robespierre déclame contre Tathéisme , et affecte de défendre la liberté religieuse contre les hébertistes et la commune. — La loi du 14 frimaire asservit tous les révolutionnaires à Robespierre et au comité de salut public. — Celle du 16 frimaire proclame hypocritement la liberté des cultes tout en maintenant la persécution.

Le décret du 10 octobre qui proclamait le gouvernement révolutionnaire fut immédiatement suivi de nombreuses exécutions. Le 16, Marie-Antoinette montait sur Téchafaud.

Après ce crime horrible, les tyrans de la France procédèrent à une immolation de révolutionnaires : vingt et un girondins furent traduits devant le tribunal de sang. On ne pouvait porter contre eux aucune accusation précise. Les

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insurrections de Normandie et du Midi avaient été fomentées par d'autres députés.

Au lieu de se retirer devant les envahisseurs de la convention et de chercher une retraite, ils étaient restés à Paris, croyant bien à tort qu'une insurrection départementale viendrait les délivrer. Du reste, ils s'étaient imaginé, dans leur naïve vanité, que, en mettant les choses au pire, leurs ennemis n'oseraient jamais envoyer à Téchafaud des hommes qui avaient tant fait pour la révolution, et dont le seul crime était d'avoir usé de leurs droits de députés. Mais leur condamnation était décidée d'avance. Pendant leur procès^ la convention rendit un décret qui permettait au tribunal d'abréger brusquement les débats et lui donnait le nom de tribunal révolutionnaire. Quelques girondins se montrèrent éloquents, mais, en général, leur défense manqua d'habileté et de dignité ; il y en eut qui se couvrirent de honte par des bassesses inutiles. En restant à Paris après le 31 mai, ils avaient montré la plus complète inintelligence de la situation ; leur attitude devantle tribunal révolutionnaire prouva qu'au dernier moment ils se faisaient encore d'étranges illusions. Le 31 octobre, ces persécuteurs acharnés furent envoyés à Téchafaud par ceux qui les avaient aidés à traquer les prêtres et à renverser Louis XVI (1). Quelques-uns d'entre eux, avant d'aller au supplice, abjurèrent la philosophie du dix-huitième siècle : ils furent assistés par l'abbé Lothringer. Cet .ecclésiastique était d'abord aumônier des hospices ; il eut la faiblesse de se laisser tenter par une place de vicaire épiscopal. Il se repentit bientôt, et dès 1792, il s'était séparé en fait de la communion de Gobel. Mais il n'osa point affronter les terribles conséquences d'une rétractation publique, et se sachant atteint par les censures canoniques qui lui interdisaient tout acte du ministère autre que la confession des mourants, il s'occupa exclusivement, pendant toute la durée de la Terreur, à porter les derniers secours de la religion aux moribonds des hospices, et aux condamnés du tribunal révolutionnaire.

(1) C'étaient Brissot, Gardien, Lasource, Vergniaud, Gensonné, Lehardy, Mainvielle, Ducos, Boyer-Fonfrède, Duchastel, Duperret, Cam, Valazé, Lacaze, Sillery, Fauchet, Lesterp-Beauvais, Boiiean, Antibonl, Vigée.

Les geôliers, qui le connaissaient comme vicaire de Gobel et ignoraient sa rétractation, le laissaient pénétrer dans les prisons. Il lui fut donné d*entendre les derniers aveux de plusieurs victimes célèbres de la révolution. Il assista Gustine ; Gorsas, exécuté le 7 octobre, reçut de lui les secours de la religion. On sait par son témoignage que les girondins Gardien, Sillery , Vigée se sont confessés au dernier moment, ainsi que deux autres de leurs collègues dont il ne connaissait point les noms. Les deux filles de Duperret ont assuré que leur père devait être un de ces deux inconnus. Malheureusement les chefs du parti, les auteurs de la persécution religieuse et de tant d'autres maux, paraissent avoir persévéré dans leur incrédulité. Mais Tabbé Lothringer affirme que Fauchet est mort en réprouvant ses erreurs :

M Pour Fauchet, je puis voua dire positivement qu'il a abjuré, non seulement ses erreurs sur la constitution civile, mais aussi ce qu'il a prêché dans le temps dans Téglise Notre-Dame, ce qu'il a débité dans son club dit la Bouche de Fer sur la loi agrake, le sermon de Franklin; qu'il a fait abjuration de toutes ses erreurs, qu'il révoquait son serment impie et son intrusion, après avoir fait profession de foi catholique, apostolique et romaine, ce qui occasionnait des murmures entre les gendarmes qui étaient présents. L'abbé Fauchet, après s'être confessé, a entendu lui-même à confesse Sillery. » AnncUes religieuses, tome IV.

Fauchet avait déjà manifesté son repentir devant Tabbé Émery et ses compagnons de captivité (1).

Le 6 novembre, le duc d'Orléans, que les girondins avaient tant dénoncé, était guillotiné avec un des leurs, Goustard,

(1) M. Beugnot, qui était emprisonné avec les girondins, a donné d'intéressants détails sur les derniers moments de leur captivité. « Fauchet avait uni par être un prêtre de bonne foi. Dans un moment où les hommes n'ont plus ni le moyen, ni le besoin d'en imposer, il proclamait sa ferme croyance en mettant sa conduite en harmonie avec ses principes. U protestait fortement contre les apparences du contraire que présentaient certaines parties de sa vie, et il s'attachait à persuader qu'il était sans reproches sur l'article où le public était habitué à lui ei^ faire davantage. Chaque jour, il disait son bréviaire avec piété, lisait l'Écriture sainte, et déclamait un chapitre de l'Imitation. » Il lisait constamment l'Apocalypse et prétendait y retrouver la révolution tout entière. « U faisait souvent des rapprochements si frappants et les développait avec tant d'éloquence ^ qu'il émouvait le froid matérialiste Gensonné, et que Prissot en restait stupéfait. » (Mémoires du comte Beugnot, tome I, p. 183.)

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qui avait violemment persécuté les catholiques de Nantes (1) ; et le 10, FÉgérie de la gironde, H"*' Roland, subissait le même sort. Son mari, qui avait trouvé une retraite sûre en Normandie, se suicida en apprenant son exécution. Le nom de ce vieillard vaniteux, et qui fit preuve d'une prètrophobie si obstinée^ mérite de figurer au premier rang sur la liste des persécuteurs révolutionnaires. Mais, bien qu'il pût se vanter d'être un des principaux auteurs de la déportation en masse du clergé et de l'abolition du culte catholique, il était devenu rapidement impopulaire dans le parti de la révolution, et, depuis le 31 mai, il était proscrit et traqué par ses anciens alliés et admirateurs, comme un de ces réfractaires qu'il avait proscrits avec eux. . Le 21 brumaire (il novembre), Bailly, qui avait été une des premières idoles de la révolution, et, au début, un persécuteur du clergé catholique, était traîné à l'échafaud, après avoir subi les plus lâches outrages de cette populace qu'il avait jadis trop ménagée. Le S4 (14 novembre) un des auteurs des massacres de septembre. Manuel, qui avait commis le crime inexpiable de revenir au parti de la modération, fut mis à mort après avoir entendu Fouquier-Tinville lui reprocher, avec une vertueuse indignation, sa participation aux massacres. Les 24 et 25, deux braves généraux, Brunet, commandant l'armée d'Italie, et Houchard, le vainqueur d'Hondschoote, général de l'armée du Nord, étaient guillotinés pour avoir mal compris les plans stratégiques des jacobins. Le 8 frimaire (28 novembre), l'un des hommes les plus éloquents de la révolution, l'un des principaux auteurs de la constitution civile et de la persécution religieuse, Barnave était condamné à mort avec Texministre Duport du Tertre. Barnave , qui montait à l'échafaud avec des hommes du parti girondin^ était leur victime. Proscrit parla gironde après le 10 août, pour avoir essayé d'enrayer la révolution, il était devenu la proie du tribunal révolutionnaire, qui avait, cependant, fait périr avant lui ses prescripteurs. Clavière, l'ami et le complice de

(1) Le duc d^Orléans fut assisté par l'abbé Lothringer et mounit en chrétien. Cet ecclésiastique a fait le récit de ses derniers moments dans une lettre écrite le 27 juillet 1797 à la duchesse d'Orléans, et iniérée dans les Annales religiettses, tome Y, p. 167.

Roland, renvoyé avec lui par Louis XVI et ramené avec lui au ministère après le 10 août, se suicida le 18 frimaire dans sa prison. G*est le tour des persécuteurs girondins : et les morts vont vite !

En quelques semaines, beaucoup de personnages illustres avaient péri sur Téchafaud; et bien d'autres attendaient dans les prisons leur arrêt de mort. Mais la tyrannie jacobine frappait aussi les existences les plus humbles. Pour Texécution de la loi des suspects, les terroristes avaient ouvert une foule de prisons nouvelles ; elles étaient déjà toutes encombrées par une foule innombrable de petits bourgeois, de petits marchands, d*ouvriers, de paysans. Les autorités jacobines avaient trouvé moyen d'étendre singulièrement la terrible loi des suspects. On suivait dans toute la France la fameuse instruction de Chaumette :

« Doivent être considérés comme suspects : 1° ceux qui, dans les assemblées du peuple, arrêtent son énergie par des discours astucieux, des cris turbulents et des menaces ; 2<* ceux qui, plus prudents, parlent mystérieusement des malheurs de la république, s'apitoient sur le sort du peuple, et sont toujours prêts à répandre de mauvaises nouvelles avec une douleur afifectée ; 3<* ceux qui ont changé de conduite et de langage selon les événements ; qui, muets sur les crimes des royalistes et des fédéralistes, déclament avec emphase contre les fautes légères des patriotes, et affectent, pour paraître républicains, une austérité, une sévérité étudiées, et qui cèdent aussitôt qu'il s'agit d'un modéré ou d'un aristocrate ; 4® ceux qui plaignent* /es fermiers^ les marchands avides, contre lesquels la loi est obligée de prendre des mesures ; 5° ceux qui, ayant toujours les mots de liberté, république et ^patrie sur les lèvres, fréquentent les ci-devant nobles, les prêtres, les contre-révolur tionnaires, les aristocrates, les feuillants, les modérés, et s'intéressent à leur sort; 6° ceux qui n'ont pris aucune part active dans tout ce qui intéresse la révolution et qui, pour s'en disculper, font valoir le paiement de leurs contributions, leurs dons patriotiques, leurs services dans la garde nationale par remplacement ou autrement; 7° ceux qui ont reçu avec indifférence la constitution républicaine, et ont fait part de fausses craintes sur son établissement et sa durée ; 8® ceux qui, n'ayant rien fait contre la liberté , n'ont aussi rien fait pour elle ; 9® ceux qui ne fréquentent pas leurs sections, et donnent pour excuse qu'ils ne savent pas parler ou que leurs affaires les en empêchent; 10® ceux qui parlent avec mépris des autorités constituées, des signes de la loi, des autorités populaires, des défenseurs de la liberté; 11*' ceux qui ont signé des

SSf mwifft'iig enoE m OMËeL

contre «rérohitioiinaîrcs, cm firfqvenfé des sodélés ou dm!» aotkmqnes; 1^ cesx qui sont reeonnns pour aroîr été, de manraife fol, partisans de Lafarette^ et tous eeax qui oot marcàé an pas de ehariire an Champ de Mars. »

Cette instniction fat sonie de point en point par les autorités réTolotîonnaires, et les innombrables prisons créées poor les sBspects jusque dans les plus petites localités forent remplies d'one foole bigarrée, de royalistes, de constitutionnels, de girondins et de braves gens qui ne s*étaient jamais occupés de politique. En outre, toute personne qui, pour un motif quelconque, s*était attiré la haine d'un membre du comité réTolotionnaire de sa commune, fut déclarée suspecte. Cette prodigieuse élasticité de la loi du 17 septembre, jointe à Tomnipotence des comités, amenait parfois des résultats singuliers et même assez plaisants. On vit des terroristes bien connus déclarés suspects et emprisonnés pour des rivalités, pour des querelles particulières.

Avec la loi des suspects ainsi interprétée, toute personne qui avait donné la plus faible preuve d'attachement au catholicisme pouvait être incarcérée. Mais la convention n'en continuait pas moins à perfectionner sa législation antireligieuse. La loi du 29 vendémiaire (SO octobre) rappelle et codifie, pour ainsi dire, les lois de proscription déjà portées contre les prêtres en les aggravant sur certains points. Tous les prêtres sujets à la déportation, pris les armes à la main, sur les frontières ou en pays ennemis, ou saisis avec des congés ou passeports émanés de chefs émigrés ou de chefs de rebelles, ou de commandants des armées ennemies, seront mis à mort dans les vingt-quatre heures sur l'ordre d'une commission militaire. «Ceux qui seront munis de quelques signes contre-révolutionnaires » seront traités de même. Il ne faut pas oublier qu'une croix, un chapelet, un bréviaire même pouvaient être ainsi qualifiés. Du reste, les déportés rentrés étaient déjà condamnés à mort par les lois du 1 8 mars et du 23 avril, et celle du 29 vendémiaire ne faisait que les rappeler en accélérant leur exécution. Ainsi l'article 5 décide que les ecclésiastiques arrêtés dans l'intérieur seront exécutés dans les vingt-quatre heures après que le tribunal aura déclaré qu'ils sont dans le cas de déportation. L'article 6 est extrêmement grave.

« Les moyens de conyiction contre les prévenns, en cas de dénégation de lenr part, résulteront de la déposition uniforme de deux témoins que les prévenus étaient dans le cas de la déportation. »

Il suffira donc que deux clubistes ignorants et passionnés viennent déposer que le prêtre arrêté était déportable ; et il ne s'agit pas seulement d'une question de fait, mais aussi d'une question de droit, qui dans certains cas pourrait être appréciée différemment par des jurisconsultes ! Il est vrai que, si le prêtre arrêté a prêté sennent de liberté et d'égalité, et s'il n'en a pas sur lui la preuve authentique, les juges pourront lui accorder le délai strictement nécessaire pour l'obtenir ou le refuser « suivant les circonstances » (article 7), c'est-à-dire suivant leur bon plaisir. Il est évident que, si le prêtre arrêté leur est suspect, comme girondin par exemple, il sera tout de suite mis à mort, fût-il très constitutionnel. Dans le cas où le délai serait accordé, le comité de sûreté générale devra en être informé. Et encore, dans le cas où le prêtre produirait ce certificat de serment, l'accusateur public a le droit de prouver, tant par pièces que par témoins, qu'il l'a rétracté, ou qu'il a été condamné à la déportation pour incivisme, et de le faire condamner à mort, la preuve acquise. Mais, devant les commissions militaires et les juges des tribunaux épurés, il suffira de prouver que l'ecclésiastique en question a combattu le mariage des prêtres, pour faire admettre qu'un pareil fanatique s'est évidemment rétracté, et qu'il est frappé par les lois. L'article semble concerner seulement ceux qui ont dû prêter le serment de liberté et d'égalité, mais il pouvait être tourné contre des prêtres qui avaient dû prêter le serment de la constitution civile, car l'article 10 frappe formellement tous ceux qui ont rétracté ce serment; par conséquent, tout constitutionnel suspect pouvait être accusé de s'être rétracté, et fcondamné pour |ce crime. Les sexagénaires, les infirmes, les caducs seront reclus comme auparavant.

Sans doute les persécuteurs ont soif du sang des prêtres, mais ils veulent avant tout détruire la religion elle-même, en expulsant du territoire le dernier de ses ministres. Aussi l'article 14 invite tous les déportés rentrés qui sont actuellement en France, et qui ont, par conséquent, encouru la peine de mort, à se livrer aux autorités dans la décade. S'ils

obéissent à cette injonction^ ils ne seront pas goillotinés, mais expédiés à la Guyane française. Le délai expiré, la loi sera appliquée contre eux dans toute sa rigueur. Les jacobins espéraient que les prêtres rentrés saisiraient avec avidité cette occasion d'échapper au supplice, et abandonneraient ainsi les fidèles à eux-mêmes. Leur espoir fut déçu, les déportés rentrés continuèrent à s'exposer au martyre, pour ne pas laisser périr la religion ; quelques prêtres dont les retraites allaient être découvertes, et qui étaient sûrs de tomber bientôt dans les grifTes des persécuteurs, profitèrent seuls de cette disposition. Du reste, la vie des prêtres emprisonnés ou déportés n'était qu'une torture continuelle, presque aussi efTrayante que la guillotine.

L'article 10 rappelle toutes les catégories frappées par les lois précédentes ; les rétractés leur sont assimilés. La déportation, la réclusion, la peine de mort prononcées en vertu de cette loi, entraînent la confiscation des biens. On rappelle aussi que les prêtres déportés volontairement sont assimilés aux émigrés. Tout citoyen (article 18) est tenu de dénoncer tout ecclésiastique déportable, et recevra une prime de cent livres. Tout citoyen qui recèlera un prêtre déportable sera déporté comme lui ; c'est une disposition nouvelle : dans quelques mois, ce pieux receleur sera condamné à mort comme le prêtre.

Mais la loi du 29 vendémiaire n'est pas seulement un code de persécution contre les catholiques; elle contient, en outre, des dispositions nouvelles dirigées contre les constitutionnels. Elle a aussi pour but de les brider, de les terroriser en vue de l'abolition prochaine de leur église et des apostasies qu'on va leur demander. L'article 42 déclare que les ecclésiastiques, qui ont prêté le serment exigé par les lois des 24 juillet et 27 décembre 1790, pourront, comme ceux qui ont prêté celui do liberté et égalité, être déportés sur dénonciation pour cause d'incivisme faite par six citoyens, jugée par le département sur l'avis du district. Il ne s*agit plus, comme dans les articles précédents, de faire passer traîtreusement des constitutionnels pour rétractés ; cette fois, le clergé schismatique est assimilé à la catégorie la moins maltraitée du clergé catholique. Les événements ont marché, la déportation pour cause d'incivisme a été in-

ventée, il y a quinze mois, contre les prêtres non fonctionnaires, mais non constitutionnels ; maintenant les jacobins leur assimilent les constitutionnels qui veulent conserver un peu de christianisme. Ceux d'entre ces derniers qui désapprouveront timidement le divorce ou le mariage des prêtres, ou prêcheront les dogmes chrétiens comme auparavant, seront déportés sur la dénonciation de six prêtrophobes, les mêmes peut-être qui. Tannée précédente, les ont débarrassés des orthodoxes coupables de censurer leur adhésion du schisme.

Avec cette législation, les jacobins pourront décréter Tabolition du culte, et proclamer impudemment, au milieu d*un silence de mort, que la plus grande partie du clergé Taccepte et même s'en réjouit. Des évêques et des prêtres constitutionnels menacés de la déportation, abdiqueront lâchement leurs fonctions ; les moins poltrons s'abstiendront de tout scandale sans protester; le culte sera aboli, les églises profanées par d'immondes saturnales, et les prêtres qui ne s'associeront pas à toutes ces infamies se tairont pour éviter la déportation. Les laïques se tairont également pour ne pas être enfermés comme suspects, ou même traduits au tribunal révolutionnaire comme fauteurs de troubles. La révolution proclamera qu'elle a toujours respecté la liberté des cultes, que la raison seule triomphe ; aucune protestation ne s'élèvera, et la farce sacrilège aura été jouée 1

Déjà dans certaines parties de la France, l'orgie antireligieuse avait commencé. Le 1^' brumaire, un jacobin de Moulins annonçait à la convention que Tévêque officiait avec un bonnet rouge sur la tête au lieu de mitre, et une pique à la main au lieu de crosse, et que les pratiques chrétiennes étaient abandonnées ; il déposait sur l'autel de la patrie une croix d'or enrichie de pierreries et plusieurs marcs d'argent provenant de la spoliation des églises. André Dumont, Laplanche, Fouché faisaient des envois semblables et annonçaient l'abolition du culte dans leurs proconsulats. Les prêtres gagnés au parti dominant s'empressaient de se

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marier. Le 5 brumaire, les jacobins de Saint-Omer écriyent à la convention que quatre chanoines viennent d'épouser quatre filles pauvres. La convention applaudit avec transport, et décrète que cette lettre sera insérée au bulletin avec mention honorable. Le 9, les sans-culottes de Gorbeil envoient à la convention une grande châsse d'argent dont les reliques ont été arrachées, afin de la convertir en monnaie républicaine. Le 10, les officiers municipaux de la commune de Ris (Seine-et-Oise) se présentent à la barre ; ils déclarent que leur commune fêtait autrefois saint Biaise, mais qu'elle ne veut plus avoir d'autre patron que Brutus, et qu'elle s'appellera désormais Bourg Brutus. Ils off]:ent à la convention tous les objets précieux de leur église, en lui proposant de supprimer le curé comme inutile, et d'accepter la remise de son traitement ; ils demandent en môme temps la punition des accapareurs. Sur la proposition de Bazire, la convention leur accorde ce changement de nom, et renvoie les autres demandes au comité de législation.

La convention avait pour système de laisser les proconsuls, les autorités diverses, les clubs, les sociétés révolutionnaires proclamer l'abolition du culte dans les communes terrorisées, et d'accueillir avec une satisfaction manifeste les lettres qui lui annonçaient la fermeture des églises, et les députations qui lui apportaient leurs dépouilles; mais elle s'abstenait d'inviter formellement les autres communes à suivre leur exemple. Après avoir déclaré si hautement et à plusieurs reprises, qu'elle conserverait l'église constitutionnelle, elle ne pouvait décréter sa suppression, sans y être contrainte, pour ainsi dire, par la volonté hautement exprimée des populations. Elle attendit donc que le comité de salut public eût organisé dans toute la France, contre l'église constitutionnelle, des manifestations assez nombreuses et assez bruyantes pour l'autoriser à dire que le pays l'avait déliée de ses engagements. Mais elle ne cessait d'encourager les autorités et les clubs, qui comprenaient ses intentions, et préparaient les esprits à l'abolition du culte constitutionnel, en inventant des cérémonies et une sorte de culte nouveau. Son décret du 3 brumaire sur le calendrier républicain et le décadi a exercé une immense influence sur la marche de la persécution révolutionnaire,

car il a Bonrécu à la Terreur^ il a môme été regardé par beaucoup de modérés comme étroitement lié à la révolution, et a cessé seulement sous le consulat d'être un instrument de persécution.

Cependant, la convention n'était pas arrivée du premier coup à décréter son fameux calendrier. Elle avait pensé avec raison que, en bouleversant le calendrier grégorien trop empreint de christianisme, et remplaçant des noms de saints et les fêtes religieuses, par des noms de fantaisie et des fêtes civiles, elle préparerait les esprits à Tabolition du culte. Le 20 septembre, aussitôt après le vote de la loi des suspects, sans laquelle il n'était pas possible d'aborder une pareille entreprise, Romme présenta au nom du comité d'instruction un rapport très curieux. Après avoir violemment déclamé contre l'ère vulgaire (1), il invita la convention i faire un calendrier complètement nouveau, et à répudier l'ancien comme le produit de «l'aveuglement des hommes», et i renoncer « aux habitudes imbéciles de nos pères ». Il proposa, en conséquence, une nouvelle nomenclature des mois. L'espace compris entre le 21 mars et le 19 avril s'appellerait mois de la régénération, à cause du printemps ; le mois suivant s'appellerait réunion, à cause des assemblées primaires; les autres, pour rappeler la révolution, seraient : jeu de paume, la Bastille (14 juillet), peuple (10 août), la montagne, la république, l'unité, la fraternité, la liberté, la justice, régalité. Les mois sont de trente jours, plus cinq jours épagomènes, qui seront consacrés à des fêtes nationales et s'appelleront : de l'adoption, de l'industrie, des récompenses, de la paternité, de la vieillesse. Tous les quatre ans sera célébré le jour de la révolution.

CShaque mois sera divisé en trois décades. Voici les noms

(1) « Pendant dix-huit siècles, elle servit à fixer dans la durée les progrès dn fanatisme, l*avilissement des nations. » Verrait-on sur les mêmes tables gravées tantôt par un burin avili, tantôt par un burin fidèle et libre, les crimes honorés des rois, et Texécration à laquelle ils sont voués aujourd'hui, les fourberies religieusesement révérées de quelques prêtres , et l'opprobre qui poursuit justement les infâmes et astucieux confidents de la corruption et du brigandage des cours? Non. L'ère vulgaire fut l'ère de la cruauté, du mensonge, de la perfidie et de Tesclavage, eUe a fini avec la royauté, source de tous nos maux. » Dé" bat9 et décrets, octobre 1797, p. 66.

que Romme propose de donner aux jours et les commentaires dont il les accompagne. Le 1*' jour du niveau (symbole de régalité) ; ^^ du bonnet (de la liberté) ; 3« ife /a cocarde (couleurs nationales) : 4® de la pique (arme de Thomme libre) ; 5® de la charrue (l'instrument de nos richesses terriennes) ; venaient ensuite, avec des explications du m6me goût, les jours : 6 du compas^ 7 du faisceau, 8 du canon, 9 du chêne ^ iO ifo repos, Romme parait très content de son œuvre; il a cherché surtout ce qui convenait à Thomme des champs. Le niveau, a qui est devenu Temblëme caractéristique de notre révolution » commencera toutes les périodes. Il finit, comme il a commencé, par des injures contre la religion, et laisse voir très clairement que le calendrier nouveau n'est qu'un instrument de déchristianisation.

« Chez tons lespenples, le calendrier a été on talisman paissant, que les prêtres ont toujours su diriger avec succès pour s'attacher la classe nombreuse des esprits faibles. Chaque mois, chaque jour, chaque heure oifraient à leur crédulité de nouveaux mensonges. »

Le 5 octobre, la convention discuta le projet de Romme. Bentabole le combattit, parce qu'il rendait plus difficiles les rapports avec les autres peuples. Lebon s'opposa à l'ajournement. « Si le fanatisme , dit-il^ sut par ce moyen affermir son empire, pourquoi négligerions-nous de l'employer pour fonder la liberté?» La convention accepta la division de l'année présentée par Romme, mais recula devant les noms ridicules dont il avait affublé les mois et les jours. Duhem proposa une dénomination simplement ordinale. Romme, en vrai Prud'homme jacobin, lui objecta qu'en adoptant ce système, la convention n'imprimerait pas au calendrier « le cachet moral et révolutionnaire qui le fera passer aux siècles à venir. » Duhem répondit qu'un pareil calendrier pourrait servir un jour « de canevas aux sottises que des prêtres civiques et inciviques pourraient y attacher. N'avez-vous pas vu déjà les prêtres constitutionnels vouloir religionner notre révolution? »

La convention, qui avait adopté en principe les dénominations dites morales, revint au système de Duhem. Elle vota que l'année commencerait au 22 septembre, que les douze mois seraient appelés : le premier, le second, etc., et se-

raient suivis de cinq jours complémentaires. Chaque mois devait être de trente jours et divisé en trois espaces de dix jours appelés décades, et les jours des décades devaient être numérotés comme les mois.

Le décret du 5 octobre devint tout de suite un instrument de persécution. Nous montrerons plus loin comment Fouché et Dumont s'en servirent aussitôt après sa promulgation. Sans doute ce décret ne contenait aucune pénalité, mais, avec la loi des suspects, les autorités pouvaient punir sévèrement tous ceux qui ne Tobserveraient pas, ou seulement le critiqueraient.

Le 3 brumaire (24 octobre), la convention acheva son œuyre. Fabre d'Églantine présenta un projet de complément du calendrier nouveau. Son rapport, beaucoup plus violent qtie celui de Romme, révèle bien mieux encore la véritable pensée des auteurs du nouveau calendrier, et leur ferme intention de chasser de la mémoire du peuple les souvenirs religieux dont le calendrier grégorien est rempli :

« Nous ne pouvions plas compter les années où les rois nous opprimaient comme un temps où nous avions véca. Les préjugés du trône et de TÉglise, les mensonges de l'un et de l'autre souillaient chaque page du calendrier dont nous nous servions. Vous avez réformé ce calendrier, vous lui en avez substitué un autre où le temps est mesuré par des calculs plus exacts et plus symétriques : ce n'est pas assez. Une longue habitude du calendrier grégorien a rempli la mémoire du peuple d'un nombre considérable d'images qu'il a longtemps révérées, et qui sont encore aujourd'hui la source de ses erreurs religieuses , il est donc nécessaire de substituer à ces visions de l'ignorance les réalités de la raison, et an prestige sacerdotal la vérité de la nature (i). »

Ge rapport contient les injures et les accusations les plus grossières, môme les plus ignobles, contre la religion. Les mois porteront certains noms (vendémiaire, brumaire, etc.) dont il explique longuement la raison d'ôtre. Les dix jours de la décade seront primidi, duodi, etc. ; le dixième, le jour de repos de Romme sera le décadi. A chaque jour, au lieu d'un nom de saint, sera attaché celui d'une plante ou d'un fruit, d'un minéral quelconque. A chaque quintidi est in-

(1) Débats et décrets, brumaire an II, p. 170.

scrit le nom d'un animal. Chaque décadi est marqué du nom d'un instrument ou d'un objet servant aux travaux de la campagne (1) :

« Les prêtres, dit Fabre, avaient assigné à chaque jour de l'année la commémoration d'an prétendu saint ; ce catalogue ne présentait ni utilité ni méthode ; il était le répertoire du mensonge, de la duperie, du charlatanisme. Nous avons pensé que la nation, après avoir chassé cette foule de canonisés de son calendrier, devait y retrouver en place tous les objets qui composent la véritable richesse nationale, les dignes objets sinon de son culte, au moins de sa culture, les utiles productions de la terre, les instruments dont nous nous servons pour la cultiver, et les animaux domestiques, nos fidèles serviteurs dans ces travaux, animaux bien plus précieux sans doute aux yeux de la raison que les squelettes béatifiés tirés des catacombes de Rome (2). »

Les cinq jours complémentaires seront des jours de fêtes appelés sans^ulottides : le premier jour, on célébrera la fête du génie, puis viendront celles du travail, des actions, des récompenses, et de Yopinion; ce dernier jour de Tannée, tout le monde aura le droit de critiquer les magistrats, les fonctionnaires, et de se moquer d'eux de toutes les manières avec l'impunité la plus complète.

(1) « Avec rapport précis, suivant Fabre, entre la date de cette inscription, et rutilité réelle de Tanimal inscrit. » Voilà une assertion bien hasardée I Le chien est inscrit au quintidi 5 nivôse (25 décembre) : quel rapport peutril exister entre cette date et son tUilité réelle? Le chat est au 25 du même mois (14 janvier). Pourquoi le chamois est-il au 15 messidor (6 juillet), et le chevreuil le 15 frimaire (6 décembre)? Parmi les animaux domestiques, il range la loutre et le griUon, qui ne sont point domestiques, et qu'on ne mange point.

(2) Pour que le lecteur puisse se rendre compte aisément de ce système, nous allons reproduire le premier mois (vendémiaire) de Tannée républicaine :

1" Décade. — Primidi 1, raisin. Duodi 2, safran. Tridi 3, châtaigne. Quartidi 4, colchique. Quintidi 5, cheval. Sextidi 6, balsamine. Septidi 7, carotte. Octidi 8, amarante. Nonidi 9, panais. Décadi 10, cuve.

2«.— Primidi H, pomme de terre. 12, immortelle. 13, potiron. 14, réséda. 15, âne. 16, belle-de-nuit. 17, citrouille. 18, sarrasin. 19, tournesol. 20, pressoir.

3«. — 21, chanvre. 22, pêche. 23, navet. 24, grenésienne. 25, bœuf. 28, aubergine. 27, piment. 28, tomate. 29, orge. 30, tonneau.

L'oie est le 5 brumaire, le cochon, le 5 frimaire, l'ellébore, le 11 pluviôse. Toutes ces sottises sont débitées avec un aplomb et un contenta* ment de soi-même qui dépassent tout ce qu'on peut imaginer.

Le calendrier républicain ainsi agrémenté fut accueilli avec le plus grand enthousiasme par tous les agents de la Terreur, qui bientôt déclarèrent les fêtes et dimanches supprimés, et interdirent aux chrétiens de les célébrer. Aussitôt que la loi du 3 brumaire fut connue , les poltrons, trop certains de Tabolition du culte, voulurent se donner le mérite de ravoir devancée, de nombreuses communes se mirent à dépouiller leurs églises, et certains prêtres abdiquèrent leurs fonctions, sans y avoir été formellement invités.

Le 12 brumaire, un curé écrit à la convention que, « fatigué d'enseigner Terreur et le mensonge », il renonce à sa cure. La convention applaudit. Elle accorde une mention honorable à la commune de Senlis, qui lui a apporté Targenterie de son église. Une députation de citoyens deTournan, district de Melun , se présente à la barre , elle lui apporte quatre calices et quatre patènes. Son orateur termine ainsi son discours :

et En venant ici, noas avons trouvé sur la route des vestiges de fanatisme qui nous ont causé une vive indignation ; c^étaient des croix de fer, des croix de bois. Nous avons pensé que celles de fer seraient plus utiles en piques et nous les avons enlevées. A Tégard de celles en bois, nous les avons renversées. »

La convention leur accorde la mention honorable, avec insertion au bulletin.

Les jours suivants, beaucoup de prêtres écrivent à la convention qu'ils renoncent à leurs fonctions, et qu'ils ont brûlé leurs lettres de prêtrise. Le 16 brumaire, la société populaire de Mennecy apporte à la convention les dépouilles de son église, et lui demande de décréter la suppression de son curé, et de l'autoriser à s'appeler Mennecy- Marat. Bazire invite la convention à déclarer que toute commune est libre de supprimer le culte qui ne lui convient pas. Cette proposition est couverte d'applaudissements ; aussitôt un décret est rendu, déclarant que sur la demande de la commune de Mennecy :

c( La convention passe à Tordre du jour motivé sur le droit qu*ont tous les citoyens d'adopter le culte qui leur convient, et de repousser les institutions religieuses qui leur déplaisent. »

Tout en évitant de rendre un décret formel, elle avait

592 CONSTITUTION GIVILB DU CLBR6É.

déclaré, en réalité, que les communes étaient libres de supprimer le culte constitutionnel, et dans les circonstances cette déclaration équivalait à un ordre. La convention n*entendaitpas abolir le culte par décret, elle voulait que les communes en prissent officiellement Tinitiative. Les municipalités n'étaient plus rien par elles-mêmes ; les représentants en mission ordonnèrent aux communes, gouvernées déjà par les jacobins, de supprimer le culte. Dans les autres > ils remplacèrent les administrateurs modérés par des terroristes, qui s'empressèrent d'abolir le culte en déclarant impudemment qu'ils se conformaient au vœu exprimé par ces communes terrorisées ; et la convention feignait de condescendre aux désirs des communes.

Dans la même séance du 16, une députation de Versailles annonce la mort de l'évêque intrus, Avoine :

« Le prêtre de Téglise romaine, évêqae du département de Seine-et-Oise , est mort ; souffrirez-vous qu'un autre prêtre lui succède?.. Après avoir brisé le sceptre, foulé aux pieds les couronnes, laisserez-vous subsister leurs orgueilleuses rivales la mitre et la crosse? L'aristocratie survivra-t-elle salariée par la nation qui les a toutes proscrites ? » (Bulletin de là convention.)

La constitution protège tous les cultes sans distinction, il en est qui n'ont point d'évêques ; pourquoi donc conserverait-on l'épiscopat? La convention décide que cette adresse sera insérée au bulletin avec mention honorable.

La commune de Paris avait déjà donné l'exemple aux communes de France, et préludé à l'abolition du culte. Son procureur syndic, Chaumette, avait péroré contre la publicité du culte constitutionnel, et la commune, faisant droit à ses réquisitions, avait décidé, le 23 vendémiaire (14 octobre), que les ministres d'aucune religion ne pourraient exercer leur culte en dehors des temples. De nouvelles cérémonies funèbres furent instituées, et les ministres des cultes en étaient formellement exclus. La commune, s'inspirant d'un arrêté pris récemment par Fouché, supprima les signes religieux dans les cimetières et les remplaça par la statue du sommeil. Non seulement tous les signes extérieurs du culte furent partout abolis, mais la commune, sur la proposition de Chaumette, prohiba la vente dans les rues de tout objet religieux « toutes espèces de jongleriesi tel-

les que les saints suaires, des mouchoirs de sainte Véronique, des ecce homo, des croix, des agnus dei, des vierges, etc., » et les assimila « aux drogues falsifiées. » Les croix furent enlevées ; les madones placées dans des niches à Textérieur des maisons durent céder la place aux bustes des deux saints de la république, Marat et Lepelletier.

La commune, après avoir ainsi déblayé le terrain, résolut d'organiser, dans la salle même de la convention, une démonstration antireligieuse tellement éclatante, que cette assemblée serait obligée de s'associer à ses jongleries antichrétiennes. Les montagnards attendaient que les communes se déclarassent pour Tabolition du culte : la commune de Paris pensa qu'une semblable démonstration, faite par les pontifes et les pasteurs de Téglise officielle, l'évoque de Paris en tète, aurait en France et en Europe un immense retentissement, et mettrait fin à toutes les hésitations. La convention, devant l'apostasie du clergé, ne. pourrait se refuser à prononcer l'abolition du culte , puisqu'elle serait réclamée, à la fois par ses ministres et par les communes. Le misérable Gobel était depuis longtemps l'esclave de la commune de Paris ; il crut sottement qu'en acceptant ce rôle infâme il se mettait à l'abri de tout danger.

Le 17 brumaire (5 novembre) fut choisi pour cette ignoble manifestation. La convention, afin de préparer dignement les esprits à la scène qui allait avoir lieu devant elle, entendit d'abord la lecture de l'abdication d'un nommé Parens, curé de Boississe-le-Berthaud (Seine-et-Marne) :

« ... Je suis prêtre, je suis curé, c*estrà-dlre charlatan; jusqu'ici charlatan de bonne foi ; je n'ai trompé que parce que moi-même j'avais été trompé ; maintenant que je suis décrassé, je vous avoue que je ne voudrais pas être charlataii de mauvaise foi ; cependant la misère pourrait m'y contraindre, car je n'ai absolument que les 1,200 Uvres de ma cure pour vivre. »

Il déclare qu'il n'y a de vrai que la religion naturelle, « que tous ces rêves, toutes ces momeries, toutes ces pratiques qu'on décore du nom de religion, ne sont que des contes de Barbe-Bleue. » Que la convention assure une pension suffisante aux ecclésiastiques qui auront comme lui la franchise de se retirer. Plus de prêtres/ c'est là sa devise : il soutient hypoci^tement que cela ne veut pas dire plus de T. m. 38

59i CONSTITUTION CITILE DU CLERGÉ.

religion, mais il reconnaît que ses paroissiens réclament un culte positif (l).

Léonard Bourdon convertit cette pétition en motion. Thuriot s'applaudit du triomphe de la raison sur le fanatisme, mais déclare qu'il ne faut rien brusquer et fait décréter le renvoi au comité des finances. Dans quelques jours, la convention adoptera le système du curé de Boississe, et accordera une prime aux apostasies.

Mais cette démonstration n'était que le prologue de la farce sacrilège où Gobel devait jouer le principal rôle. Le président Laloi annonce que les autorités constituées de Paris demandent à être admises par la convention, et qu'elles précèdent «le ci-devant évêque de Paris et son ci-devant clergé qui viennent, de leur propre mouvement, rendre à la raison et à la justice éternelle, un hommage éclatant et sincère... » Momoro, Lhuillier, Chaumetto, Pache, Gobel escorté de la plupart de ses vicaires, sont introduits sur-le-champ, et l'orateur de la députation explique à la convention le motif de cette démarche solennelle :

« Le département de Paris, la municipalité, les membres da conseil général de la commune, des citoyens des sociétés populaires, et quelques administrateurs de la Nièvre qui ont demandé à se réunir à nous, accompagnent dans le sein de la convention des citoyens qui demandent|à se régénérer et à redevenir hommes. Vous avez devant vous l'évéque de Paris, ses grands vicaires, le curé de Vaut^irard et plusieurs autres curés dont la liste vous sera remise. Conduits par la raison, ils viennent se dépouiller du caractère que leur avait donné la superstition. C'est ainsi que dans peu la républicjue française n*aura d'autre culte que celui de la liberté, de l'égalité et de Téternelle vérité : culte puisé dans le sein de la nature et ([ui sera bientôt le culte universel. »

Cette déclaration est accueillie par de vifs applaudissements. Aussitôt le principal acteur de cette pantalonnade, Gobel, coiffé du bonnet rouge et tenant à la main sa mitre, sa crosse et son anneau, obtient la parole :

« Né plébéien, j'eus de bonne heure dans l'âme les principes de liberté et d'égalité. Appelé par mes concitoyens à l'assemblée constituante, je n'attendis pas que la déclaration des droits de l'homme fût publiée pour connaître la souveraineté du peuple. J'eus plos

(1) Débats et décrets, brumaire, p. 238.

d*uDe occasion de manifester ce principe qui a été depuis la règle constante de ma conduite. La volonté du peuple fut ma première loi; la soumission à sa volonté, mon premier devoir; cette volonté m*a élevé au siège épiscopal de Paris. Ma conscience me dit que, en obéLssantan peuple, je ne Tai point trompé. J'ai profité de influence que me donnait ma place sur le peuple, pour augmenter son amour pour la liberté et Tégalité. Mais aujourd'hui que la fin de la révolution approche, ^aujourd'hui que la liberté marche à grands pas, que tous les sentiments se trouvent réunis aujourd'hui, qu'il ne doit plus j avoir d'autre culte national que celui de la liberté et de l'égalité, je renonce à mes fonctions de ministre du culte catholique. Mes vicaires font la môme déclaration. Nous déposons sur votre bureau nos lettres de prêtrise. Puisse cet exemple consolider le règne de la liberté et de l'égalité I Vive la république I »

L'enthousiasme se manifeste par les plus joyeuses acclamations. Gobel dépose sur Tautel de la patrie, sa croix, sa crosse, sa mitre, son anneau, et signe sa déclaration. Treize de ses vicaires épiscopaux apostasient avec lui. Ghaumette, le grand organisateur de cette démonstration, s*écrie que le jour où la raison reprend son empire, mérite une place dans les brillantes époques de la révolution, et demande à la convention de donner dans le nouveau calendrier une place au jour de la raison. Le président répond aux apostats :

« Citoyens qui venez de sacrifier sur l'autel de la patrie ces hochets gothiques de la superstition, vous êtes dignes de la république. Citoyens, vous qui venez d'abjurer l'erreur, vous ne voulez prêcher désormais que la pratique des vertus sociales, c'est le culte que l'être suprême trouve agréable, vous êtes dignes de lui. »

Le curé de Vaugirard, en déposant ses lettres de prêtrise, renchérit encore sur Gobel, et déclare qu'il se félicite de pouvoir enfin fouler aux pieds le privilège d'épouvanter les sots et de se faire respecter par les imbéciles. Les honneurs de la séance sont accordés aux membres de la commune et aux apostats. Les montagnards et le public des tribunes sont fous de joie. Conventionnels, jacobins, tricoteuses, se bousculent pour venir embrasser Gobel et ses vicaires. De toutes parts on demande l'accolade fraternelle pour Gobel ; le président la lui donne en déclarant que ce n'est pas à révoque de Paris, qui est maintenant un être de raison, mais au citoyen Gobel qu'il l'accorde, et les applaudissements redoublent.

Mais une seconde scène d'apostasie a élé préparée. La commune et Gobel ont pris l'initiative; plusieurs [membres ecclésiastiques de la convention vont se déclarer illuminés par ce sublime exemple, et se montrer les dignes collègues de Gobel. Quelques prêtres députés s'élancent vers la tribune, ils sont devancés par Gouppé de l'Oise, ex-curé de Sermaize, ancienprésident du district de Noyon. Il déclare qu'il a renoncé depuis longtemps au service des autels , et qu'il fait à la patrie le sacrifice de son traitement. Villers, autre prêtre député, abdique ses fonctions. L'évêque intrus Lindet, qui est déjà venu, il y a près d'un an, présenter sa femme à la convention, déclare suivre l'exemple de Gobel :

« J'ai été, dit-il, nommé par mes concitoyens évoque du département de l'Ehire, je n'ai jamais enseigné le fanatisme ou le charlatanisme ; selon mes lumières et mes moyens, la raison a toujours parlé par ma bouche. Lorsque j'acceptai la place que j'occupe encore, je le fis parce qu'à cette époque le salut de ma patrie exigeait ce dévouement de ma part. Tout le monde sait avec quel zèle j'ai combattu les fanatiques et les superstitieux. Si je suis encore au poste où je crois avoir fait triompher la raison, c'est parce que j'ai voulu suivre la marche de l'opinion qui m'y avait placé. J'abdique aujourd'hui parce que le moment de le faire est arrivé, parce que les esprits sont mûrs. »

Plusieurs autres députés déclarent immédiatement renoncer à leur caractère sacerdotal, en insultant grossièrement la religion dont ils ont été les ministres. Mais cette démonstration n'est point dirigée contre la seule église constitutionnelle, considérée comme un repaire de fanatisme et de superstition, parce qu'elle renferme encore trop de catholicisme; c'est le christianisme lui-môme que les jacobins veulent bafouer. Pour eux, le protestantisme n'est aussi que fanatisme et superstition, parce qu'il a conservé trop de christianisme. Un député, ministre protestant mal famé quant aux mœurs, spéculateur éhonté, Julien de Toulouse, éprouve aussi le besoin de renier sa religion.il déclare qu'il a été indifi'érent à tous les cultes^ et qu'il s'est appliqué surtout à prêcher « le tolérantisme le plus absolu. » Il couvre Gobel de louanges :

a Peut-être serait-ce le moment de reconnaître que les ministres protestants ne furent jamais que des officiers de morale ; mais, il

faut en convenir, dans tous les cultes il y a du plus au moins, un peu de charlatanisme (i). » (Vifs applaudissements.)

11 déclare qu*il a été vingt ans ministre protestant, mais qu'il va cesser d'en exercer les fonctions, et qu'il ne veut avoir désormais « d'autre temple que celui de la loi, d'autre dieu que la patrie, d'autre évangile que la constitution républicaine. » Gomme il ne veut être sur aucun point en arrière des constitutionnels, il termine ainsi son discours :

« J'avais, comme Gobel, des lettres qui m'imprimaient un caractère prétendu sacré ; elles ne sont pas ici, je les appellerai, je les déposerai sur Tau tel de la patrie, et j'espère que mes collègues en feront un autodafé. »

On lit aussi une lettre de l'évêque intrus Gay Vernon, qui abdique scandaleusement. Mais cette scène d'apostasie est tout à coup interrompue par un incident caractéristique de l'époque. Amar, au nom du comité de sûreté générale, demande à la convention de décréter que personne ne pourra sortir de la salle ni des tribunes. Il s'agit évidemment de proscrire un député. La convention fait garder ses portes, et Amar, au nom du comité, réclame un décret d'arrestation contre Lecointe-Puyraveau pour des motifs singulièrement futiles, mais, en somme, aussi sérieux que ceux dont on s'était servi pour guillotiner les vingt-deux et emprisonner les soixante-treize. L'accusé se défend avec fermeté. Bazire fait habilement sentir à la convention qu'il ne faut pas procéder aussi sommairement contre des députés : chacun redoute d'être à son tour proscrit par les comités, la convention décrète unanimement qu'il n'y a pas lieu à délibérer, et lève la consigne. Deux prêtres députés font leur apostasie. Grégoire, qui vient d'entrer dans la salle, est invité à suivre leur exemple :

« J'arrive en ce moment dans l'assemblée, dit-il, et l'on vient de m'apprendre que plusieurs évoques avaient abdiqué. S'agit-il de renoncer au fanatisme ? Cela ne peut me regarder, je l'ai toujours combattu, les preuves sont dans tous mes écrits, qui respirent la haine des rois et de la superstition. Parle-t-on des fonctions d'évéque ? Je les ai acceptées dans des temps difficiles, et je suis disposé à les abandonner quand on voudra (2). »

(1) Débats et décrets, brumaire, p. 251.

(2) Moniteur, p. 200. Grégoire a soutenu plus tard que sa réponse

Plusieurs hypocrites lui crièrent qu*on ne voulait forcer personne. Thuriot lui dit de consulter sa conscience pour savoir si la superstition était utile au progrès de la liberté et de régalité.

Grégoire a prétendu plus tard que son refus avait excité une tempo te épouvantable, et que les plus affreuses menaces lui avaient été faites ; mais alors il avait pour système de se poser en héros et en confesseur de la foi, et jamais ce jacobin janséniste, qui entendait si bien la réclame, n*a reculé devant une exagération ou môme un mensonge utile à sa [secte ou à lui-môme. Son discours était courageux, et surtout habile ; mais celui qu*il a donné plus tard pour le seul vrai, paraît fabriqué après coup; l*intrus de Bloisa certainement esquivé l'apostasie avec beaucoup de présence d'esprit, mais son attitude à la séance du 17 brumaire ne l'autorisait nullement à crier par-dessus les toits qu'il avait confessé Jésus-Christ. Sans doute, sa conduite présenta un très heureux contraste avec celle de la plupart des prêtres do la convention, et elle aurait été louée sans réserve, si Grégoire, par esprit de secte et par vanité personnelle, n'avait pas fait tant de forfanteries.

Lalande, évoque intrus de la Meurthe, abdiqua le lendemain, en exprimant à la convention le regret de n'avoir pas assisté à la séance de la veille, où la raison triompha do Terreur; et déclarant qu'il avait voulu donner sa démission, un an auparavant, mais qu'il était resté pour combattre le fanatisme et les prétentions extravagantes de la cour de Rome ; il remit ses insignes épiscopaux.

Pendant plusieurs jours, la convention reçut des députations de républicains lui apportant les dépouilles des églises, et de nombreuses lettres d'évôques ou de prêtres constitutionnels qui suivaient l'exemple de Gobel.Le 18, Levasseur de la Sarthe, voyant une députation d'une commune de Seine-et-Oise offrir les vases sacrés de son église, demande la mention honorable, afin que les autres prennent modèle sur elle. C'est d'autant plus nécessaire, dit-il, que dans le

avait été inexactement reproduite. Il aurait, s'il faut l'en croire, déclaré qu'il pouvait renoncer à son traitement, mais non à son caractère d'évéque qui no lui avait pas été donné parla convention^ protesté contre les accusations de superstition et de fanatisme, et invoqué la liberté des cultes.

district de Goncsse qu'il vient de parcourir, il n'a pas trouvé « assez d'esprit public. ^ A Luzarche, notamment, un prêtre avait fanatisé les habitants, o Des mesures sévères » ont ramené le calme. Cela voulait dire tout simplement qu'un prêtre constitutionnel et une commune n'avaient pas voulu spolier leur église, et qu'on les avait traités en criminels et en conspirateurs. Du reste, Levasseur prétendait avoir ramené ces citoyens égarés en leur parlant le langage de la raison ; la mention honorable fut décrétée, et les communes ainsi averties. Le même jour, des militaires des Invalides viennent en grande solennité, au son du tambour, remettre à la convention des malles pleines d'or et d'argent provenant des églises, « dépouilles de l'hypocrisie, hochets de superstition. » Séguin, intrus duDoubs, annonce comme Lalande, qu'il n'a accepté l'épiscopat que pour seconder la révolution. Maintenant que le fanatisme est anéanti, il va redevenir simple citoyen pour ne plus prêcher que la morale et la soumission à la république. Lombard-Lachaux, ministre protestant dans le département du Loiret, suit l'exemple de Julien de Toulouse. Depuis dix-sept ans, il a toujours prêché les maximes de la raison et de la morale; il renonce à son ministère, et ne veut plus être que citoyen.

Dans la séance du 19, la convention reçoit encore des députations qui lui apportent les dépouilles des églises. On lui donne lecture d'une longue lettre du curé de Binos de Luchon qui abdique honteusement :

« Citoyens législateurs, entendez la voix d*un prêtre qui a vécu quarante ans dans son métier; il y renonce aujourd'hui avec plaisir. J'étais de bonne foi, et je ne crains pas que des souvenirs amers me suivent dans ma retraite. Je ne prêchai que la fraternité jamais la sottise des dogmes. Mon village n'est qu'une famille d'amis, que je ne confesse plus, mais que je conseillerai toujours : aussi ne veux-je plus être comme curé, j'abjure ce titre devant la raison. La morale universelle est devenue mon évangile, et désormais je ne parlerai que d'elle, de la patrie, et pour sa liberté; je Tai promis hier à la messe que j'ai dite pour la dernière fois. Puisse mon exemple être imité! » {Débats et décrets, brumaire, p. 264.)

Puis il invite la convention à ne ménager aucun préjuge, déclame , en vrai jacobin , contre le fanatisme , et abandonne généreusement sa pension ; mais comme il est sans

fortune, il lui demande « le moyen d'avoir dans une retraite du pain et du lait. » Rommc demande que les originaux de toutes ces démissions soient conservés précieusement, comme des monuments utiles à l'histoire de l'anéantissement de la superstition en France. Thuriot voudrait que le credo du curé do Binos et toutes les professions de foi de ce genre fussent traduits dans toutes les langues ; ces deux propositions sont décrétées.

L'cx-capucin Chabot, devenu vicaire épiscopal de Grégoire, apostasie et déclare renoncer à toutes les pensions qui lui sont dues ; il termine ainsi :

« Je fais tous ces dons sans peine et je le puis en vérité, car j*ai pour femme une bonne républicaine dont le travail, réuni au mien, suffirait à notre existence, si le bien qu'elle possède était nécessaire à la patrie. Quant à mes papiers, citoyens, je ne puis les déposer sur le bureau; dès longtemps j'en ai fait un autodafé, comme dès longtemps ma raison s'est éclairée sur les erreors religieuses. (Applaudissements.)

Chabot avait raison de dire qu'il ne faisait pas un sacrifice en abandonnant ses pensions, car il avait gagné beaucoup d'argent dans des spéculations scandaleuses , qui allaient être bientôt divulguées. Deux prêtres suivirent son exemple. Le comité révolutionnaire de Nemours offrit l'or et l'argent de son église « dorit le luxe contrastait trop fortement avec la simplicité du sans-culotte Jésus. »

Pendant cette séance, le député Osselin fut envoyé au tribunal révolutionnaire, pour avoir aidé à cacher une femme émigrée. C'est le premier montagnard proscrit, bien d'autres le seront dans la suite.

Les sections et un grand nombre de communes suivirent l'impulsion qui leur avait été donnée le 17 brumaire. La convention reçut une foule de députations qui venaient processionnellement apporter les dépouilles des églises, en faisant une ignoble parodie des cérémonies religieuses. Des jacobins, revêtus de surplis, d'aubes, de chasubles, de chapes, se présentaient à sa barre en chantant des chansons sanguinaires et obscènes, et dansant la carmagnole : ils lui faisaient hommage des calices, des ostensoirs, des statues en or ou en argent, et lui adressaient des discours qui, en dépit de leur frénésie antireligieuse, étaient moins

remarquables encore par leur impiété que par leur sottise. Ils venaient défiler devant les députés, en portant sous un dais les bustes de Marat et de Lepelletier, et parodiant les cérémonies de la Fête-Dieu. La" convention passait une bonne partie de ses séances à contempler ces ignobles saturnales et à féliciter leurs auteurs. On lui apporta ainsi une grande masse d'or et d'argent, mais ces offrandes ne profitaient guère au trésor public. D'ordinaire, les spoliateurs s'abstenaient de faire constater par les autorités compétentes la valeur des dons qu'ils apportaient; la convention qui leur accordait les honneurs de la séance avec mention honorable au bulletin, ne constatait pas davantage la valeur de l'offrande qui venait de lui être faite ; ainsi rien n'empêchait ces patriotes de détourner à leur profit une partie des dépouilles des églises, soit avant de se présenter à la barre, soit pendant le trajet de la convention à la Monnaie ; il n'y avait en effet aucun moyen sûr de prouver leur culpabilité. Bien des municipalités, bien des comités révolutionnaires dépouillèrent les églises, beaucoup moins encore par fanatisme antireligieux que par cupidité, et ne virent dans ces démonstrations sacrilèges qu'un moyen assuré de faire fortune. Certains vols furent dénoncés immédiatement, et, le 26 brumaire , lorsque déjà beaucoup de vases sacrés avaient été déposés, la convention rendit un décret ordonnant aux communes de faire inventaire des objets précieux qu'elles lui envoyaient, et aux inspecteurs de la salle d'en délivrer un récépissé. Mais ces prescriptions arrivaient un peu tard ; il fut constaté après thermidor qu'elles avaient été mal exécutées (1).

Le 20 brumaire, un des plus illustres fondateurs de la révolution, mais qui depuis sa nomination à la convention paraissait uniquement préoccupé de se faire oublier, Tabbé Siéyès fit son apostasie :

« Citoyens, dit-il, mes vœux appelaient depuis longtemps le

(1) Le même jour, un autre décret ordonnait au comité de sûreté générale de vérifier, s'il y avait eu un déficit de trois cents pièces d'or ou de toute autre valeur sur les sommes offertes par le département de la Nièvre, et comptées à la Monnaie le 18 brumaire, daJis le transport de la Monnaie à la trésorerie, et enjoignant au comité d'en poursuivre les auteurs, {Débats et décrets^ brumaire, p. 359.)

triomphe de la raison sur la superstition et le fanatisme : ce jour est arrivé, où je m'en réjouis comme d'un des plus grand3 bienfaits de la révolution française. Quoique j'aie déposé depuis un grand nombre d'années tout caractère ecclésiastique, et qu*à cet égard ma profession de foi soit ancienne et bien connue, qu'il me soit permis de profiter de la nouvelle occasion qui se présente pour déclarer encore et cent fois s'il le faut, que je ne connais d'autre culte que celui de la liberté, [de VégalUé, d'autre religion que l'amour de l'humanité et de la patrie. J'ai vécu victime de la superstition, jamais je n'en ai été l'apôtre; j'ai souffert de l'erreor des autres, personne n'a souffert de la mienne. Nul homme sur la terre ne peut dire avoir été trompé par moi ; plusieurs m'ont dû d'avoir ouvert les yeux à la vérité ; au moment où ma raison se dégagea saine des tristes préjugés dont on l'avait torturée, l'énergie de l'insurrection entra dans mon cœur dès cet instant, et si j'ai été retenu dans les chaînes sacerdotales, c'est par la même force qui comprimait les âmes libres dans les chaînes royales. »

Gomment se fait-il donc qu^il ne se soit pas déprôtrisé déjà? Pour Texpliquer, il déclare que, depuis sa nomination à la constituante, il ne s'est plus regardé comme prêtre, et qu'il ne peut déposer ses lettres de prêtrise, parce qu'il les a depuis longtemps anéanties : il renonce à ses pensions (1).

Ceux des hommes de 89 qui n'étaient pas proscrits songeaient uniquement à se faire pardonner leur existence force do platitudes.

Les sections s'empressèrent d'exécuter les ordres de 1

commune. La section de la Réunion déclara qu'elle avait fai un autodafé des confessionnaux. Celle de Mucius Scevol annonça pour le prochain décadi, l'inauguration des buste: de Marat, de Lepelletier et de Scevola sur le maître autel d Saint-Sulpice. D'autres sections prirent des résolutions an logues.Mais la commune ne se contentait pas de rabolitio du culte, elle avait la prétention de le remplacer par des c rémonies purement révolutionnaires. Sur le réquisitoire d Chaume tte, elle décida que Notre-Dame deviendrait le te pie de la Raison, et institua une fôte pour tous les jours (■- e décadi. La Raison remplaçait le Christ, le décadi remplaça ^t le dimanche. Le maire et les officiers municipaux devaieim. €, chaque décadi, se rendre dans le temple de la Raison, y li Tre la déclaration des droits, la constitution, annoncer les no^J-

(1) Débats et décrets^ bnunaire, p. 273.

LE CULTli: DE LA RAISON. 603

velles de l'armée, et faire un prône jacobin suivi de chants patriotiques. Une bouche de véritéy imitée de la fameuse bouche de dénonciations de Venise, serait placée dans le temple de la Raison, et le jour de la décade, on devait lire les dénonciations qu'elle contiendrait.

La première fête fut célébrée le 20 brumaire (10 novembre), la femme de Momoro représenta la déesse Raison ; elle était armée d'une pique, coiffée du bonnet rouge, vêtue d'une draperie blanche, avec un manteau bleu, et portée sur un siège antique entouré de lierre. Les bustes de Marat et de Lepelletier étaient portés triomphalement derrière la déesse. Les autorités de Paris se présentèrent à la barre, et Dufourni, leur orateur, invita la convention à fêter la nouvelle divinité.

« Représentants du peuple, la race humaine est enfin régénérée ; enfin le culte de la raison a succédé aux grimaces du fanatisme . Vous avez décrété que la ci-devant église métropolitaine de Paris serait désormais le temple de la Raison. On y célèbre aujourd'hui une inauguration de la statue de la Liberté. Représentants, le peuple vous y attend. Venez au milieu de lui, mais venez-y en masse pour faire voir que ce sacrifice, nouveau aux yeux de Tunivers, n'est point un sacrifice partiel, mais bien le résultat du vœu de la majorité de la nation. »

Le président Laloi répond que la convention a besoin de se consulter. Le temps se passe; on vieht annoncer que la cérémonie est achevée. Néanmoins Thuriot demande que la convention se rende au temple de la Raison pour y chanter l'hymne de la liberté. Suivant lui, cette démarche est du plus grand intérêt, et la convention doit prouver, par un acte formel, que l'opinion ne l'a point devancée dans la destruction des préjugés. La convention vote la proposition de Thuriot et s'associe officiellement aux saturnales de la commune. Des volontaires, beaucoup plus ardents à profaner les églises qu'à combattre les ennemis , entrent dans la salle, les uns portant des ornements d'église au bout de leurs piques, comme trophées, les autres revêtus de chasubles et de dalmatiques par-dessus leurs uniformes. L'un d'eux se place à la barre et annonce que le détachement de l'armée révolutionnaire qui va défiler devant la convention a arrêté dans sa marche tous les fanatiques et contre-révo-

Ml cagpsmmy^ otoe dt cieké.

hitîon^,tTr^ du département de FOise, et plus de cent prêtres •jfii :=:t été ruiersés iChantillT. Ds apportent une partie de* di^Z'Ulll^ ce l'é^è^rhé de Senlis, et ils ont ramassé en roote i->f nuT^rs d'argent : on lear accorde mention honorable de lecr conduite avec insertion an bulletin. Des sectîon« rî^t-mfrt^ décent solennellement. Enfin, on annonce que la fête de la Rai$'>n est terminée et que le cortège demande à être admis dans la salle. La déesse fait son entrée an mîlien des acclamations des tribunes. Ghaumette prend la parole :

c Tous {'arez Tn« citorens Iési5lateiirs, le fanatisme a Iftché prise, il a abandonn'ê' la plac^ qnll oecapait à la raison, à la justice, et la Térité : 5e5 yeux louches n'ont pu soutenir l*éclat de la lumière. Il s'est enfui, cous nous sonunes emparés des temples qu*il nou abandonnait, nous les arons résénérés. Aujourd'hui, le peuple d Paris s'est transporté sous les routes gothiques frappées si longtemps de la Toix de l'erreur, et qui, pour la première fois, ont re — tenti du cri de rérité. Là, naus arons sacrifié à la liberté, & l'égalité à la nature; là, nous arons crié : Fire la montagne^ et la montagn< nous a entendus, car elle renait nous joindre dans le temple de 1; Raison. Nous n'arons point offert nos sacrifices à de belles i & des idoles inanimées. Non, c'est un chef-d*œuYre de la natui^ "i* que nous arons choisi pour la représenter, et cette image sacrée ^ a enflammé tous les C4£urs. Un seul rœu, un seul cri s*est fait en- ->* tendre de toutes parts : le peuple a dit p/ti5 de pré^s, plus dieux que ceux qu^. la nature nous offre. Nous, ses magistrats , nou arons recueilli ce rœu, nous rous rapportons; du temple de 1 Raison nous renons dans celui de la Loi, pour fôter encore la liberl Nous rous demandons que la ci-derant métropole de Paris so consacrée à la raison et à la liberté. Le fanatisme Ta abandonné et les êtres raisonnables s*cn sont emparés : consacrez leur p priété. » {Décrets et débats, brumaire, p. 279.)

Le président félicite le peuple de Paris de la victoire qu' vient de remporter sur la superstition, et déclare que, rassemblée n*a pu assister à la cérémonie, c'est uniqn ment à cause de Timportance de ses discussions, et qu*el se propose d'aller dans le temple de la Raison chant rhymne de la liberté. La convention invite la déesse à s'a seoir auprès du président, ce qu'elle fait au milieu des a plaudissements frénétiques des montagnards et du peup des tribunes. « Le président, les secrétaires, lui donnent baiser fraternel. » Merlin convertit en motion la deman

de Ghaumette, et la convention décrète que Téglise métropolitaine est désormais convertie en temple de la Raison. Ainsi la démonstration préparée par la commune avait complètement réussi. La convention était sortie de son hypocrite réserve et avait solennellement approuvé Tœuvre antireligieuse de la commune. Mais elle allait s'y associer encore plus étroitement, en se rendant au nouveau temple avec le cortège de la déesse. Sur la demande de Bazire et de Thuriot, elle lève la séance, se môle à cette foule ignoble et va chanter avec elle l'hymne de Chénier dans Notre-Dame profanée.

Les révolutionnaires organisèrent de semblables fêtes et commirent les plus ignobles profanations dans toutes les villes, et môme dans un grand nombre de villages. Ces orgies antireligieuses ont été flétries, môme par certains terroristes; Robespierre et ses amis ont déclamé plus tard, avec une vertueuse indignation, contre ces mascarades sacrilèges, qu'ils avaient laissé faire sans la moindre protestation. Cependant certains écrivains, toujours pressés de plaider les circonstances atténuantes pour les actes les plus ignobles et les plus absurdes de la révolution, ont présenté de singulières excuses en faveur de Ghaumette et de sa bande : M. Thiers (tome V, p. 205), a fait sur la fôte du 20 brumaire ces étranges réflexions :

c( On voit sans doute avec dégoût ces scènes sans recueillement, sans bonne foi, où un peuple changeait son culte sans comprendre ni Tancien ni le nouveau. Mais quand le peuple est-il de bonne foi? Mais quand est-il capable de comprendre les dogmes qu'on lui donne à croire? Ordinairement, que lui faut-il? De grandes réunions qui satisfassent son besoin d'être assemblé, des spectacles symboliques où on lui rappelle sans cesse l'idée d'une puissance supérieure à la sienne, enfîn, des fêtes où Ton rende hommage aux hommes qui ont le plus approché du bien, du beau, du grand, en un mot, des temples, des cérémonies et des saints. Il avait sur des temples la Raison, Blarat et Lepelletier. Il était réuni, il adorait une puissance mystérieuse, il célébrait deux hommes. Tousses besoins étaient donc satisfaits, et il n'y cédait pas autrement qu'il n'y cède toujours, »

Il faudrait un chapitre entier pour relever les erreurs de fait, et réfuter les déplorables doctrines contenues dans ce passage. D'abord, l'illustre historien ofl'ense singulièrement

la vérité, en disant que le 20 brumaire le peuple changeait sa religion. Non, le peuple, ce jour-là, n'a pas plus changé sa religion, qu'il n'a égorgé les prisonniers en septembre 1792. Les massacres de septembre furent l'œuvre d'une bande de scélérats et non du peuple ; la fête du 20 brumaire fut célébrée par ces mômes septembriseurs. Une immense capitale attire toujours à elle les éléments les plus impurs de la nation ; il s'y forme, en dehors du véritable peuple, une populace qui est traitée ofûciellcment de peuple par les chefs révolutionnaires, occupe le pavé dans toutes les occasions solennelles , et usurpe les droits du peuple véritable qu'elle opprime et foule aux pieds. Ce prétendu peuple, après avoir égorgé en septembre 1792, hurlé autour de Téchafaud du 21 janvier, pillé les boutiques le mois suivant, envahi li convention au 31 mai, insultait tous les jours les \ictimes du tribunal révolutionnaire, et allait au temple de la Raison, crier, danser, et contempler cette déesse de théâtre dans son léger costume. Il s'y trouvait sans doute avec lui des badauds qui étaient venus là uniquement pour satisfaire une sotte curiosité ; mais, en vérité, est-il possible do voir dans cette cohue et dans cette mascarade un peuple et un changement de religion? Tous ces clubistes, soldats de Ronsin, cordeliers, tricoteuses, échappés de tous les bouges de la capitale, pouvaient-ils ôtre comptés sérieusement parmi les fidèles du catholjcisme avant le 20 brumaire?

Peu importe la présence, au milieu de cette tourbe révolutionnaire, de nombreux individus qui, poussés par une badauderie incurable , et aussi par la peur d'être enfermés comme suspects, regardaient passer ce cortège, comme ils regardaient naguère les processions. Ce qui était là, ce n'était pas le peuple, mais quelques milliers de bandits entraînant à leur suite des troupeaux d'esclaves. Cependant, M. Thiers, afin d'excuser un peu l'orgie du 20 brumaire, traite avec un mépris incroyable ce môme peuple devant lequel il s'incline d'habitude. Le culte de la raison est sans bonne foi; mais « quand le peuple est-il de bonne foi? » Voilà bien une parole de lettré révolutionnaire, donnant par système le nom de peuple à cette populace qui fait les émeutes dans la rue. Pour les politiques de cette catégorie, ce peuple n'est qu'une brute qu'il faut amuser, flatter quand on est dans

Topposition, et réprimer parfois quand on occupe le pouvoir; toutes les religions lui sont bonnes, car il ne voit en elles que dévalues parades. « Les besoins du peuple (oui, du peuple des septembriseurs) étaient satisfaits... et il n'y cédait pas autrement qu'il n'y cède toujours..» Que pour ces genslà, les cérémonies du culte ou celles de la Raison soient indifférentes, et qu'elles aient sur eux la môme inefficacité morale, nous n'avons garde de le contester. Mais, on ne saurait trop protester contre cette manie révolutionnaire do prendre l'écume de la société pour la société elle-même , et les odieuses bouffonneries du 20 brumaire pour un changement de religion accepté par la nation I

La commune, qui avait pris l'initiative du mouvement, recevait, comme la convention, des apostasies à ses séances. Le 19 brumaire, « un ministre du culte catholique (dit le Moniteur du 21) dépose ses lettres et, sur sa demande, fut autorisé à substituer au nom d'Érasme celui d'Apostat. » Dans la môme séance, plusieurs sections déclarent abolir le culte, et la commune les invite à dépouiller leurs églises. « Sur la demande de Chaumette, le conseil arrôte que ses arrôtés révolutionnaires et antiecclésiastiques seront traduits en langue italienne et ensuite envoyés au pape pour le guérir de ses erreurs. » Le 22, elle ordonne debi'ûler les reliques. Les sections du Muséum et des Champs-Elysées lui annoncent qu'elles ont brûlé les objets et les livres religieux. Sur la réquisition de Chaumette, elle ordonne la destruction des saints qui ornent le portail de Notre-Dame. Elle demande aussi que les clochers soient abattus, parce qu'ils blessent l'égalité {Moniteur du 24). Le 22, des protestants viennent déposer sur le bureau quatre coupes d'argent, «les seules pièces d'argenterie, disent-ils, qui servaient à leur culte; tous les rangs confondus buvaient dans ces coupes l'égalité, la fraternité, compagnes inséparables de la liberté, » et ils débitent une ignoble apostasie. « Je n'ai point, ajoute l'orateur, de lettres de prêtrise à sacrifier sur l'autel de la vérité. On ne connaît pas dans ma terre natale ces

absurdes diplômes. » Le président les félicite en disante qae si une religion pouvait être conservée, c'est celle qui se rapproche le plus des principes d'égalité, » mais que tout reste de fanatisme doit maintenant disparaître.

Pendant plus d'un mois, la convention accueillit des déclarations d'apostasie , et écouta avec componction les récits des iconoclastes. Le 21, Massieu, député et évèque de l'Oise, abdique etannonce qu'il va épouser la fille du maire de Givet ; le curé intrus de Saint-Thomas d'Aquin envoie sa démission de la prison de Bicôtre , pour se rendre la convention favorable. Villers, délégué par elle avec deux de ses collègues, pour assister à une fête civique célébrée à Issy en l'honneur de Marat et de Lepelletier, lui annonce que le curé d'Issy, le curé et le vicaire de Vanves, ont abdiqué leurs fonctions au milieu de l'enthousiasme général, des cris: « Vive la république, vive la nature, vive la raison! » et que bientôt, « il n'y aura plus d'autre religion que la véritable, la pratique des vertus sociales. »

Une députation des sociétés populaires et de plusieurs sections de Paris vient, au nom de la raison, demander qu'on ne salarie plus les prêtres, « que la fainéantise et l'erreur ne soient plus aux gages d'une nation laborieuse et éclairée. » Chabot les félicite et demande l'insertion de cette adresse au bulletin avec mention honorable. Thuriot, qui a montré tant de zèle pour compromettre la convention dans le culte de la Raison, déclare que « trop longtemps la nation française a salarié l'armée contre-révolutionnaire du fanatisme, » mais il invite la convention à ne pas trop se presser de supprimer le traitement des prêtres, de peur qu'il n'en résulte « des impressions contraires à la liberté ; » il l'engage à se montrer généreuse à l'égard du clergé, et pourtant à s'occuper de mesures provisoires, en attendant que l'opinion publique ait définitivement résolu cette question. En réalité, Thuriot conseille à la convention de supprimer le culte, mais de garder des pensions aux prêtres complaisants, et ce système sera bientôt adopté.

Dans la môme séance, la convention reçut l'abjuration d'un grand nombre de prêtres. Déjà des catholiques et des protestants avaient apostasie devant la déesse Raison : des juifs se sentirent pris d'une noble émulation, et vinrent dé-

poser sur Tautel de la patrie Targenterie d'une de leurs synagogues (1). Nous n'en finirions pas si nous voulions raconter toutes les mascarades sacrilèges qui furent accueillies par la convention. La commune de Saint-Denis, devenue Franciade, eut le talent de se distinguer entre toutes. Elle envoya, le 22 brumaire, à la convention une nombreuse députation portant les images en argent et en vermeil des saints et des rois qui étaient dans son église. Les porteurs forment le cercle dans la salle ; ils ont parmi eux un âne revêtu des habits sacerdotaux, leur orateur commence par citer les deux fameux vers de Voltaire :

Nos prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense ; Notre crédulité fait toute leur science,

et débite un long et ridicule discours, dans lequel il déclare qu'on ne pouvait mieux faire escorter cet envoi que par le maire de cette commune, « qui le premier de tous les prêtres du district a sacrifié à la philosophie les erreurs sacerdotales, en se déprêtrisant et se mariant. »

Le même jour, les sans-culottes de la section des Gravilliers sont admis à la barre. La bande arrive au son du tambour, quatre sapeurs, revêtus de chasubles et le sabre sur l'épaule, ouvrent la marche, l'avant-garde et une grande partie de la section les suivent dans la même tenue, « la musique exécute un air d'église, le plus triste qu'on ait pu choisir, chacun avait un air contrit. » Mais tout à coup elle attaque l'air de la carmagnole, et les jacobins se mettent à gambader. Derrière eux on porte un dais, des croix, et le buste de Marat : l'orateur de la députation est sous le dais, il annonce à l'assemblée que sa section, « persuadée que le ministre de la Raison doit être pur comme son culte, a chargé un jeune enfant, dont l'âme n'est ternie encore d'aucun préjugé, d'exprimer son vœu, » et ce malheureux enfant donne lecture de l'apostasie de la section. On avait

(1) L*orateur de la députation dit à la convention : « Le peuple Israélite a toujours connu son bonheur par des lois très sages émanées d*une montagne. Aujourd'hui, un petit nombre de ce peuple, demeurant à Paris depuis quelques années, ayant un petit temple, faubourg Saint- Germain, le dépouille pour en faire une offrande au sein de la montagne. » (Bulletin de la convention.)

déjà Todieuse habitude de mêler des enfants aux saturnales révolutionnaires, et de leur faire débiter des infamies. Les jacobins, revêtus d'ornements, se sont placés dans différentes parties de la salle ; ils jettent alors leurs chapes et leurs chasubles, et les font voler jusqu'à la barre en criant : « Vive la république, vive la montagne, ça irai» et, pour compléter la cérémonie, deux prêtres de la section des Gravilliers viennent apostasier. Le 30, la section de rUnité fit une démonstration semblable, et envoya un enfant débiter des blasphèmes en son nom (1).

Le 23 brumaire, la convention accueille avec bonheur de nouvelles apostasies. Pour accélérer et régulariser un si beau mouvement, elle prend le décret suivant sur la proposition de Thuriot :

» Toutes les autorités constituées sont autorisées à recevoir des ecclésiastiques et ministres de tout culte la déclaration qu*ils abdiquent leur qualité.

« Les listes certifiées de ces déclarations seront tous les quinze jours envoyées au comité d'instruction publique. »

Le 22, la société populaire de Clermont-sur-Oise présenta à la convention un prêtre et une religieuse qui venaient de s'unir par le mariage ; Tex-religieuse avait représenté la liberté dans une cérémonie publique (2).

Déjà les évêques députés Gay Yernon, Lindet, Massieu, Séguin, Lalande, avaient apostasie. Leur collègue Thibault du Gantai les imita. Huguet, intrus de la Greuse, fit parvenir son apostasie le 20 frimaire, en s'excusant sur son état de maladie de ne pas Tavoir envoyée plus tôt. Le conventionnel Ghasles écrivit le 27 brumaire à la convention, qu*il n'avait jamais été prêtre « de cœur ni d*esprit. »

(1) Beaucoup de communes suivirent cet exemple et leurs délégués m présentèrent à la convention, au son du fifre et du tambour et couverts d'ornements sacerdotaux.

(2) De nombreuses communes des environs de Paris vinrent apostasier dans le courant de brumaire. Ainsi le 19, celles de Bercy et de Sèvres (Seine-et Oise), et Nemours. De Vaugirard, le 20; de Viarmes et Bercy, près Paris, le 21 ; Saint-Denis, le 22 ; Saint-Germain, Yerre (district de Brunoy), Crète, Gennevilliers, Châtillon, Fontenay-sur-Oise , Thiais, Lagny, le 23. De Montlhéry, La Chapelle, Saint-Cloud, Orsay, Boulogne, Belleville, Fontainebleau, Soisy-sous-Étiolles, le 24; Villiers-le-Bel, Charly (Aisne), Mauchamp (Seine-et-Marne), Niverny (Eure), Étiolles, Saint-Maur, Clamart, Brunoy, le 26. {Débats et décrets^ brumairo.)

Ruâult, député de la Seine-Inférieure, apostasia le l'^' frimaire. Des évoques intrus, qui n'étaient pas députés, suivirent cet exemple. MaroUes (Aisne) , Primat (Nord) , Pelletier (Maine-et-Loire), de Jarente (Loiret), Minée (Loire- Inférieure), Héraudin (Indre), Molinier (Hautes-Pyrénées), Diot (Marne), Savines (Ardèche), Lefessier (Orne), Panisset (Mont-Blanc), Deville (Pyrénées-Orientales), Torné (Cher), Pontard (Dordogne), Porion (Pas-de-Calais), Prudhomme (Sarthe), Laurent (Allier), Joubert (Charente), Dumouchel (Gard) , abdiquèrent leurs fonctions. Pour quelques-uns d'entre eux, cette abdication ne doit être considérée que comme un acte de grande lâcheté ; mais il y en eut qui essayèrent de rivaliser avec Gobel, déclarèrent avec le plus affreux cynisme qu'ils avaient été .toute leur vie des imposteurs, et prodiguèrent de telles insultes et de telles calomnies à la religion dont ils avaient été les ministres, qu'il est impossible de ne pas les regarder comme d'ignobles apostats. Massieu, Torné, Pontard, Minée, surent dépasser tous les autres en infamie. Torné écrivit à la convention :

« Et moi aussi, j'étais philosophe, quoique évêque. Si je ne disais pas autrefois mon secret, non plus que les prêtres du paganisme, c'est que le peuple était trop superstitieux et le gouvernement trop inquisiteur... J'ai mis, dans mon département, le culte en état parfait de réclusion. J'ai défendu tout développement, tout commentaire du CredOy toute controverse, en un mot, sur les questions religieuses; et j'ai donné à la morale évangélique le privilège exclusif d'être enseignée dans les temples. Si je n'ai pas franchement déchiré le voile qui couvrait une théorie aussi mensongère que mystérieuse, c'est qu'elle servait d'introduction et de véhicule à des vérités morales d'une grande utilité publique ; j'imitai en ce point la sagesse du créateur, qui, par les illusions de l'œil, ne trompe l'homme que pour faire son bonheur. » (Bulletin de la conoentimy 1"' frimaire.)

Tout le reste est dans le même goût. Mais, pour satisfaire complètement les jacobins, un apostat devait se marier. Plusieurs évèques intrus suivirent l'exemple que Lindet et Pontard leur avaient déjà donné avant l'abolition du culte. Torné, Massieu, Porion, de Jarente, Laurent, Joubert, Dumouchel, Minée se marièrent. Louis Loménie de Brienne, digne coadjuteur de son oncle, abdiqua aussi ses fonctions et se maria ; mais il n'en fut pas moiqs guillotiné (1).

(1) Le comte de Brienne et Tex^cardinal, son frère, s'étaient faits jaoo*

En résumé, vingt-sept évoques constitutionnels abdiquèrent leurs fonctions avec scandale. Plusieurs autres, comme rintrus de la Haute-Saône, Flavigny, comme son collègue Brendel du Bas-Rhin (i), se laissèrent extorquer une démission qui équivalait presque à une abdication.

Dans le second ordre du clergé constitutionnel, les apostasies et les mariages furent très nombreux (2). Grégoire évalue à près de deux mille le nombre des prêtres mariés. Ce chiffre paraît assez vraisemblable. Mais il ne faut pas oublier que la plus grande partie des prêtres ordonnés à la hâte par les évoques intrus pour occuper les cures vacantes, abandonna le ministère ecclésiastique et se maria. Le nombre de ces défroqués, dont la défection n'a rien de surprenant, doit bien s'élever à quelques centaines. Néanmoins,, tout en tenant compte de cette catégorie d'apostats, il fau reconnaître que de nombreux prêtres ordonnés avant 1 révolution ont apostasie et se sont mariés ; mais nou démontrerons dans le cours de notre récit, en examinan les actes des commissaires de la convention, que la peur d la guillotine a seule déterminé une partie considérable d ces apostasies et de ces mariages (3).

Jte

bins et avaient pris le bonnet rouge. Mais la guillotine battait monnaies sur la place de la Révolution; leur immense fortune, qu'ils avaient cru sau— ver en s'avilissant, devait les perdre. Ils furent déférés au tribunal révolu — tionnaire. L'ex-cardinal mourut subitement : les uns ont dit, par suit^ des mauvais traitements qu'il subit lors de son arrestation, les auire ont prétendu qu'il s'était empoisonné. [Mémoires du comte Beugnot.) Sonr:^^ '^ frère et son neveu furent guillotinés.

(1) Le 1«' frimaire, Baudot écrit de Strasbourg, en rendant comp des apostasies : « L'évoque même, sans s'expliquer clairement sur l'abjuration de ses erreurs, a renoncé à toutes les fonctions qui pouvaient lefl propager. » (Moniteur du 8.)

(2) Le Moniteur et surtout le Bulletin de la convention relatent assez grand nombre d'apostasies et de mariages. Ainsi le Bulletin d 25 brumaire parle du mariage du curé constitutionnel d'Ingrande ave une citoyenne ci-devant noble et religieuse de Fontevrault. Dans cehii d 21, une religieuse apostate, mariée à un sans-culotte de Soissons, envoie le document qui constate ses vœux, pour qu'on le brûle comme Xewt. lettres de prêtrise. Le Bulletin du 11 frimaire relate aussi le mariagi^ d'un curé du district de Sancerre et d'une religieuse; celui du 16 co tient une liste de 74 prêtres du district de Provins qui ont remis le lettres, du 28 brumaire au 7 frimaire.

(3) Ainsi le Bulletin du 24 frimaire contient une lettre d'André D mont, datée d'Abbeville, 10 frimaire, qui montre comment les procon

La convention, qui laissait abolir Téglise constitutionnelle en détail, hésitait toujours à proclamer sa suppression. Le S5 brumaire, on lui proposa d*établir un hospice dans révèché de Paris devenu inutile par l'abdication de Gobel. Gambon demande aussitôt que cette mesure soit généralisée et qu*on s*empare des églises et des presbytères. La convention décrète qu*on emploiera au soulagement de l'humanité souffrante les églises et les presbytères des communes qui auront renoncé au culte public. Elle hésite à décréter une confiscation générale. Elle aime mieux encourager les préires à Tapostasie et au mariage, et dans ce but elle prend, le 29 brumaire, le décret suivant :

«c Art. i«'. Les ministres du culte catholique qui se trouvent actuellement mariés, ceux qui, antérieurement au présent décret, auront ré^lé les conditions de leur mariage par acte authentique, ou seront en état de justifier de la publication de leurs bans, ne seront point sujets à la déportation ni à la réclusion, quoiqu'ils n'aient fias prêté le serment prescrit par les lois des 24 juillet et 27 novembre <790.

ce Art. 2. Néanmoins, en cas d'incivisme, ils peuvent être dénoncés et punis conformément à la loi du 30 vendémiaire dernier.

tf Art. 3. La dénonciation ne pourra être jugée valable^ si elle n*est faite par trois citoyens d'un civisme reconnu par la société populaire ou les autorités constituées. »

Le prêtre qui se mariait était considéré comme ayant fourni la meilleure garantie de son apostasie, et satisfait dans la mesure du possible aux exigences de la révolution. Aussi la convention amnistiait complètement les réfractaires qui se mariaient. Mais cette loi ne fut guère appliquée. On cite à peine quelques exemples de prêtres qui consentirent à se marier pour éviter une mort certaine, ou une captivité plus atroce que la mort. La convention se montrait disposée à tout pardonner aux prêtres qui se marieraient ; ses proconsuls exploitèrent cette disposition bien connue, pour contraindre les constitutionnels au mariage. Il ne faut pas oublier qu*avec la loi des suspects, un proconsul était maître de jeter tout prêtre constitutionnel en prison :etque,en

mariaient les prêtres : « Sur la montagne je fis le mariage d'an ci-devant prêtre qui, après les méditations que je lui fis faire dans les maisons d arrêt, sentit tout Todieux du rôle de charlatan qa*il avait joué. »

614 coHsnrmoN aniB du clsibé.

racmsant de fuuitîsine, il pouvait non seulement le fair déporter, mais le livrer sans défense i un tribunal ou à un commission révolulionnaire. La répulsion d'un constitution nel pour le mariage devenait, contre lui, le prétexte d*un accusation de fanatisme, accusation compliquée de roya

lisme ou de fédéralisme suivant les circonstances ou le ca -

prîce du commissaire, et qui le menait à Téchafaud. U étair -Mi donc tout i fait i la discrétion du proconsul, qui le poussait pour ainsi dire^ au pied de la guillotine, et alors lui<pffrait 1 vie et la liberté, pourvu qu'il se mariât immédiatement, système de déprètrisation organisé par la loi du 29 brumain ^ "o fut étendu aux constitutionnels ; et les proconsuls les em — ^prisonnèrent en grand nombre, avec Tintention bien arrèté^^ ^ de leur offrir plus tard le mariage et la liberté, lorsque lenrF^ -^ forces morales auraient été suffisamment brisées par une dur^^^^ captivité et la crainte continuelle de la justice révolutionnaire. Beaucoup de terroristes mirent ce plan infernal à cution, et obtinrent de la sorte un grand nombre de maria

Il est bon de noter que la loi du 29 brumaire, tout e amnistiant les prêtres qui se marient, permet de les dépo ter pour incivisme. Depuis la loi du 29 vendémiaire, prêtres constitutionnels étaient soumis à cette législatior •^n atroce. Ainsi, tous les prêtres mariés restaient sous la sukt ^^ veillance des jacobins ; malgré leur apostasie, un danger te rible était suspendu sur leurs têtes. Les jacobins craignaie que certains prêtres, après avoir apostasie pour obtenir liberté, ne reprissent ensuite leur ministère en cachette aussi voulaient-ils les tenir toujours à leur discrétion.

Le 30 brumaire, la convention ordonna de placer. da chaque bureau les bustes des deux saints du jour, Marat Lepelletier. C'était un nouveau succès pour la commun La convention recevait toujours des abdications. Le 2 f i maire, le prêtre député Ysabeau, commissaire à Bordeaui^^ -^' lui écrivit qu'il ne pouvait ui envoyer ses lettres de prêtris^p* -^^ parce qu'il les avait perdues dans un naufrage sur la Loire^^*^ que, du reste, s'il avait accepté une cure, c'était uniquemerr*^ '" pour empêcher un feuillant de l'occuper. La convention*^ *° depuis quinze jours, avait perdu une grande partie de s^^^* séances à recevoir des mascarades sacrilèges, et à écou d'ignobles apostasies; aussi beaucoup de députés,

--er

des plus terroristes, qui en avaient été ravis le premier jour, pouvaient à peine dissimuler leur dégoût. D'ailleurs, ces ignobles scènes étaient organisées par la commune, ses émissaires venaient constamment à la barre de la convention se faire applaudir des tribunes, et la montagne ellemême commençait à craindre d'être bientôt éclipsée par la bande d'Hébert et de Ghaumette. Merlin fit observer que la lecture en séance des abdications des prêtres prenait beaucoup de temps, et la convention décida qu'elles seraient renvoyées au comité de l'instruction publique, et que les noms des apostats seraient inscrits au bulletin. Mais les partisans de l'abolition du culte devaient remporter dans cette séance un avantage signalé. Forestier, au nom de deux comités réunis, présenta un projet de loi, accordant une pension aux prêtres qui abjureraient, et à ceux qui, du consentement de leurs communes, conserveraient leur caractère et leurs fonctions. Mais la pension des derniers était plus forte. Ce projet ne faisait pas l'affaire de ceux qui voulaient abolir le culte ; aussi fut-il vivement attaqué. Merlin le déclara absurde, comme favorisant le fanatisme; mais il reconnut qu'il fallait bien accorder « une indemnité à ceux qui avaient pris un état toléré par les lois anciennes, et qui ne savent aucun métier. » D'ailleurs, la convention ne devait point « mettre la conscience aux prises avec l'estomac. » Danton et Cambon appuyèrent le projet, en soutenant qu'il ne fallait pas irriter le fanatisme. Sur l'avis de Thuriot, il ne fut plus question des prêtres qui n'abjuraient pas, et le projet fut ainsi transformé :

« Art. !•'. Les évoques, curés et vicaires qui ont abdiqué ou qui abdiqueront leur état ou fonction de prêtrise, recevront de la république, par /orme de secours annuel, savoir : ceux qui sont actuellement d'an âge au-dessous de cinquante ans, la somme de huit cents livres ; ceux de cinquante accomplisjusqu'à soixante-dix accomplis, celle de mille livres, et ceux de ce dernier âge, la somme de douze cents livres. »

Les articles 2 et 3 règlent le mode de paiement : ces secours ne sont pas susceptibles d'accroissement en passant d*un des trois âges déterminés à Tautre.

Pour ne pas violer scandaleusement les engagements qu'elle avait pris, la convention avait évité de décréter for^

mellement la suppression du traitement des ecelésiastiqne& qui n'abjureraient pas, mais la prime accordée aux apostate ^ et le silence gardé par elle sur les prêtres fidèles i leur ractère furent interprétés comme consacrant implicitemei Tabolition du culte, déjà supprimé en fait dans un gran« nombre de communes. Le conseil général de la commun^^'^ de Paris avait décidé, la veille, « que les ossements et gue -nilles trouvés dans la boite, c'est-à-dire dans la chAsse d^^ e sainte Geneviève, seraient brûlés en place de Grève, pour ^r y expier le crime d'avoir servi à propager rerreur, et ^^ à entretenir le luxe d'une foule de fainéants. » Le procès— «2verbal de dépouillement devait être envoyé à toutes les^ ^^s sections et au pape. Dans beaucoup de villes, les jacobins, ms suivirent cet exemple ; les reliques furent brûlées et jetées:, au vent. Mais la convention, fatiguée et écœurée , ne voulai plus entendre parler des iconoclastes et des apostats. 6 frimaire, un prêtre étanl venu abjurer à sa barre, Dantoi s'écria que le temps de la convention était précieux, et ré clama l'exécution du décret du 2, en termes assez méprisants

a II ne faut pas tant s*extasier sur les démarches d'hommes q suivent le torrent... Je demande qu'il n'y ait plus de mascarad antireligieuses dans le sein de la convention. Que les individ qui voudront déposer sur l'autel de la patrie les dépouilles d églises ne s'en fassent plus un jeu ni un trophée. Notre missi n'est pas de recevoir des députations qui répètent toujours I mêmes mots. 11 est un terme à tout, même aux félicitations. »

Robespierre partageait son dégoût pour ces manifest2^^3tions ignobles. On verra bientôt comment il sut les exploîn iter contre certains terroristes qui le gênaient.

Depuis que les girondins avaient été guillotinés, et leu partisans vaincus^ le comité de salut public, devenu maStr absolu de la convention, mais de plus en plus dominé pa Robespierre, se regardait comme le véritable gouvernemea de la France. Ce petit groupe de terroristes avait même 1 prétention de s'éterniser au pouvoir. Aussi voyait-il ave^^ dépit la commune de Paris empiéter constamment sur la

LE CULTE DE Là RAISON. 617

convention, et sous prétexte d'arrêtés, décréter de véritables lois qui étaient aussitôt adoptées par une multitude de communes. Elle venait de prononcer elle-même Tabolition da culte, et de se mettre à la tête de la révolution , en reléguant la convention au second plan. Le comité entreprit donc une campagne contre ces révolutionnaires indisciplinés qui, soit à Paris, soit dans les départements, rendaient la révolution grotesque aux yeux des étrangers, et Toulaient eux aussi la diriger. Les prescripteurs des fédéralistes commencent à se dévorer entre eux. Le 28 brumaire, le comité de salut public adressait une circulaire aux sodéiés populaires pour leur demander la liste des citoyens les plus propres à occuper les fondions, et il profitait de la circonstance pour leur dénoncer certains révolutionnaires :

« L'intrigue a sticcédé au fédéralisme; ainsi, c'est toujours le même sordide intérêt personnel qui, sous des formes diverses, se montre avec confiance, qui défie avec audace, et qui menace d'usurper les fonctions publiques.

« Éloignez de ces listes indicatrices tous ces hommes froids, égoïstes ou indifférents à la révolution républicaine ; la loi d'Athènes les eût frappés de mort. L'opinion nationale les frappe, parmi nons, de mort politique. »

En attendant mieux, bien entendu; et ce ne sera pas long! On ordonne encore d'éloigner de ces listes ceux <c qui ont incliné vers le fédéralisme, ou qui ont donné le plus léger regret à la royauté (i). »

Le même jour, le comité faisait décréter d'arrestation les dépotés Bazire, Chabot , Delaunay d'Angers et Julien de Toulouse, accusés d'avoir fait de honteux tripotages, et surtout d'avoir falsifié un décret moyennant une somme d'argent. La guerre était donc déclarée aux révolutionnaires indisciplinés et compromettants. Au club des jacobins, Robespierre attaqua vivement Hébert, qui pouvait être alors regardé comme le chef du parti de la commune. Le 1"' frimaire, il se posa hypocritement en défenseur de la liberté religieuse compromise par les révolutionnaires qui venaient d*abolir le culte avec tant de scandale :

« Est-il vrai encore que la cause de nos maux soit lo fanatisme? (1) Débats et décrets, frimaire an II, p. 162.

Le fanatisme, il expire, je pourrais même dire qa*il est mort... Vous avez peur des prêtres. Ils étaient naguère fort attachés à leur ministère, quand il leur valait soiiante-dix mille livres de rente; ils l'ont abdiqué, dès qu'il ne valait plus que six mille. Ooil Craignez, non pas leur fanatisme, mais leur ambition ! Non pas rhabit qu'ils portaient, mais la peau nouvelle qu'ils ont revêtue I Craignez, non pas l'ancienne superstition, mais la nouvelle et fausse superstition qu'on veut feindre pour nous perdre.

u Que des citoyens, animés par un zèle pur, viennent déposer sur l'autel de la patrie les monuments inutiles et pompeux de la superstition, pour les faire servir au triomphe de la liberté I La patrie et la raison sourient à ces offrandes; mais de quel droit Taristocratie et l'hypocrisie viendraient-elles mêler ici leur influence à celle du civisme ? De quel droit des hommes, inconnns jusqu'à ce jour dans la carrière de la révolution, viendraient-ils chercher, au. milieu de tous ces événements, les moyens d'usurper une fauss» popularité, d'entraîner les patriotes mêmes à de fausses mesures^ et de jeter parmi nous le trouble et la discorde? De quel droil viendraient-ils troubler la liberté des cultes au nom de la liberté, et attaquer le fanatisme par im fanatisme nouveau? De quel droil feraient-ils dégénérer les hommages solennels rendus à la y^ pure, en des farces éternelles et ridicules?

« On a supposé qu'en recueillant les offrandes civiques, la conven. — tion avait proscrit le culte catholique; non, la convention n^a poin ^ fait cette démarche et ne la fera jamais. Son intention est de main. — tenir la liberté des cultes qu'elle a proclamée, et de réprimer ecm même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler Tordra public. Elle ne permettra pas qu'on persécute les ministres paisibles des autres religions, et elle les punira avec sévérité toutes les fois qu'ils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens, et pour armer les préjugés ou le royalisme contre la république.

«c II est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l'athéisme lui-même. Tout philosophe, tout individu peut adopter là-dessus l'opinion qui lui plaira; quiconque voudrait lui en faire un crime est un insensé ; mais Thommc public, le législateur serait cent fois plus insensé qui adopterait un pareil système. La convention nationale l'abhorre. La convention n'est point un faiseur de livres et de systèmes. Elle est un corps politique et populaire. Uathéisme est aristocratique.,, Lldée d'un grand être qui veille sur l'innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est populaire. »

Robespierre eut sans doute le mérite de se faire résolument le champion du déisme contre Tathéisme brutal

Hébert, de Ghaumette et de la commune, mais il faut ^connaître qu'il les combattit de la manière la plus hyporite et la plus déloyale. 11 employa contre les révolutionaires qui avaient encouru sa disgrâce quelques-unes de )8 calomnies qui avaient eu déjà tant de succès contre les irondins. Il les accusa d*ètre soudoyés par Tétranger qui, après lui, entretenait en France une armée d'agents bien lus dangereux que ses soldats sur les champs de bataille. G*est une armée d'espions, de fripons stipendiés qui s*int>duisent partout, même au sein des sociétés populaires. » obespierre dénonçait toujours sans jamais se lasser, ersonne ne pouvait savoir mieux que lui combien il était icile de perdre un homme, en l'accusant impudemment et onire toute vraisemblance d'être un conspirateur et un gent de l'étranger. Anacharsis Clootz, l'un des prôneurs les lus ardents du culte de la Raison, l'offusquait particulièredent; il le dénonça aux jacobins comme un homme qui Inait avec les banquiers conspirateurs , leur rappela qu'il tait Prussien, et se moqua du rôle qu'il venait de jouer:

•c II est une dernière crise dont il pourra se vanter. Je venx parler n mouvement contre le culte, mouvement gu», ménagé avec raison t lenteur, aurait pu devenir excellent, mais dont la violence pouvait ntralner les plus grands malheurs. »

Robespierre, malgré ses protestations de tolérance, ne damait pas au fond l'abolition du culte, mais réprouvait enlement les scènes ignobles qui l'avaient accompagnée. Lprès thermidor, un des chefs des modérés, Boissy d'An- (las, fera une déclaration analogue. Glootz, accusé par Robespierre d'être l'ami des conspirateurs, d'avoir organisé ivec Gobel une honteuse mascarade, et de jouir de cent aille livres de rentes, fut chassé de la société des jacobins, iss hébertistes furent un peu effrayés. IjO 3 frimaire, la commune avait pris un arrêté ordonnant : 1^ que tous les lemples de tous les cultes seraient fermés; 2^ que les irdires seraient responsables des troubles religieux ; 3^ que 4>us ceux qui oseraient demander la réouverture des églises ;eraient déclarés suspects ; 4* que les comités révolutionnaires seraient invités à surveiller les prêtres; 5^ qu'il serait Tait une pétition à la convention pour exclure les prêtres

de tout emploi public et des manufactures d'armes. Mais le 5, Ghaumette fit rétracter cette dernière disposition, comme empêchant injustement des citoyens de gagner leur vie. Le 8, il détermina la commune à une palinodie bien plus complète, en lui faisant déclarer que, par cet arrêté, elle n'avait pas entendu porter atteinte à la liberté religieuse, ni défendre aux divers cultes de se réunir dans des locaux loués et entretenus à leurs frais. Ghaumette déclara qu'il ne sollicitait point cette décision par faiblesse ou par politique, mais parce que les ennemis de la révolution voulaient l'engager dans de fausses démarches.

« Si nous empêchons les catholiques d*exercer leur culte publiquement et avec Tayeu de la loi, des êtres bilieux iront s'exalter et conspirer dans les cayemes. »

La commune renonçait à ses farces sacrilèges, mais le culte n*en était pas moins aboli pour les constitutionnels comme pour les catholiques. Robespierre n'invoquait la liberté de conscience que pour discréditer la commune dont il voulait détruire l'influence politique, avec l'étrange pontificat qu'elle s'était arrogé. Cependant, la convention paraissait encore vouloir marcher sur ses traces. Le 5 frimaire, elle sanctionna le culte rendu depuis longtemps àMarat par les plus hideux terroristes, et décida sur le rapport de Chénier que le corps de l'ami du peuple remplacerait au Panthéon celui de Mirabeau.

Malgré cette concession aux partisans de la commune et aux cordeliers, Robespierre et le comité de salut public, bien décidés à tenir le parti révolutionnaire tout entier sous une discipline de fer, firent voter à la convention le fameux décret du 14 frimaire, qui amplifiait encore celui du 20 octobre sur le gouvernement révolutionnaire. La convention se déclara centre d'impulsion et de gouvefmement, mais, en réalité, le pouvoir fut confisqué par les comités. Les autorités départementales furent à peu près annihilées ; la loi nouvelle ne leur accordait que des attributions purement économiques. La convention, les comités de salut public et de sûreté générale, les représentants en mission, avaient exclusivement le droit d'élargir les citoyens arrêtés. Défense était faite aux autorités constituées de délibérer ou

de se réunir eu dehors du lieu ordinaire de leurs séances. Les communes, les comités révolutionnaires devaient correspondre régulièrement avec les districts. Les procureurs syndics des districts et les procureurs des communes étaient remplacés par des agents nationaux. Les agents des districts devaient écrire tous les dix jours aux deux comités. Les comités révolutionnaires de Paris ne pouvaient plus correspondre avec la commune, mais seulement avec le comité de sûrelé générale. Toute armée révolutionnaire autre que celle établie par la convention était licenciée. Le comité de salut public, exclusivement chargé de la diplomatie, de la guerre, de la surveillance de tous les fonctionnaires, gouvernait despotiquement la France.

Ainsila Terreur se centralisait tous les jours davantage. Les auteurs de la loi du 14 frimaire, sous le spécieux prétexte de mettre fin aux intrigues des administrations fédéralistes, avaient ruiné complètement le jacobinisme local. Les comités sont maîtres absolus. Il n*y a plus en France d'autorités locales, mais de simples agents d'exécution, humblement prosternés devant un groupe de dictateurs, qu'on appelle le comité de salut public, et parmi ces dictateurs, il en est un qui réussit presque toujours à imposer sa volonté, c'est Robespierre !

Non content d'avoir, par la loi du 14 frimaire, diminué l'importance de la commune de Paris, il voulut mettre fin à ce culte de la Raison qu'elle avait inauguré avec tant de scandale. Le 15 frimaire, Barère présente à la convention, au nom du comité de salut public, un rapport sur les progrès de la raison, sur la chute de la superstition. Il rappelle que la convention a accepté les dons des sectateurs de la raison sans prendre aucune décision, et propose un projet de loi qui repousse toute religion dominante, proclame la liberté entière des cultes, et invite les citoyens à ne s'occuper que du salut de la chose publique. Robespierre déclare que la France court un immense danger. Les puissances étrangères veulent susciter des troubles en France au nom de la religion et, dans ce but, elles ont exploité très habilement les excès de zèle de certains révolutionnaires antireligieux.

« Depuis que ce mouvement a été imprimé, il s'est fait une émi-

gnration considérable da Midi dans la Suisse. Plusieors commanes où le fanatisme n*exerce pas son affirenx despotisme, mais où, cependant, on trouve mauvais que des autorités, que la force armée viennent commander de déserter les autels, et de mettre des ministres du culte en arrestation à cause de la qualité dont ils sont revêtus, ces communes ont fait entendre des réclamations.

« Le mouvement que Ton a imprimé sur le culte catholique t donc eu deux grands objets : le premier, de recruter la Vendée, d'aliéner les peuples à la nation française et d'employer la philosophie à la destruction de la liberté ; le second, de troubler dansllntérieur la tranquillité publique, et de distraire tous les esprits, quand il est nécessaire de les recueillir pour asseoir les fondements inébranlables de la révolution. » {Débats et (lécreto,'frimaire anll, p. 216.

Il déclare qu'à la tète de ce mouvement on trouve des émissaires de Tétranger et des ministres protestante. Il font absolument éclairer les patriotes et les mettre en garde contre des insinuations perfides, <c empêcher ces exirawh gances réfléchies ; ces folies combinées avec maturité, et parfaitement coïncidentes avec des plans de contre-révolutm. »

Cambon soutient le même système : il ne faut pas que les communes se mêlent des questions religieuses ; que la force armée empêche Texercice d'un culte ; mais les prêtres réfractaires ne peuvent profiter de cette tolérance, ceux-là ne peuvent sans danger pour la révolution exercer le culte pédant qu'elle durera. Cette phrase devait passer à Fétat d'axiome révolutionnaire jusqu'au 18 brumaire.

Le comité de salut public corrigea son projet d'après les observations de Robespierre, et le lendemain la convention le vota. Par ce décret du 16 frimaire, elle défendit « toutes violences ou menaces contraires à la liberté des cultes, » et prescrivit aux autorités de se renfermer dans des mesures de police et de sûreté publique, en déclarant qu'elle n'entendait déroger en rien aux lois ni aux mesures de sa* lut public rendues contre le clergé réfractaire, et contre tous ceux qui <c tenteraient d'abuser du prétexte de la religion pour compromettre la cause de la liberté, » c'est-à-dire contre les prêtres constitutionnels qui voudraient prêcher encore l'ancienne religion.

On voit que la loi du 16 frimaire n'était pas autre chose qu*une nouvelle tartuferie de Robespierre» Il ne lui suffisait plus d'être le membre le plus puissant du comité de salut

public, il voulait devenir le chef officiel du gouvernement, et se faire reconnaître comme tel par les puissances étrangères. Il savait bien qu'elles n'entreraient jamais en, rapport avec des terroristes compromis dans les immondes saturnales du culte de la Raison. Mais, s'il coupait court à ces scandales, 8*il écrasait le parti qui les avait organisés, il grandirait singulièrement dans l'opinion de la France et de l'étranger; on cesserait de le confondre avec les autres jacobins et on le considérerait comme un politique sérieux, comme le maître de la révolution. 11 avait eu soin de présenter au comité et de faire voter (15 frimaire) une adresse en forme de réponse aux manifestes des rois ligués contre la république. La -convention ordonna que cette réponse fdt affichée dans ions les districts, et lue avec le décret du 16 frimaire, au plus prochain jour de décadi, dans les assemblées de communes on de sections par les présidents et officiers municipaux. Ainsi Robespierre s'était fait choisir par la convention pour répondre aux puissances étrangères, et cette loi du 16 frimaire, assez habilement rédigée pour produire de l'effet à l'extérieur, était proclamée son œuvre, et les étrangers pouvaient être tentés de voir en lui le chef reconnu de la révolution, et de dire qu'après tout c'était encore l'esprit le plus sage et le plus politique de la convention.

Dans cette réponse, Robespierre, suivant son habitude, vomit les plus grossières injures contre les rois, et se met à plat ventre devant le peuple qu'il sait si bien abuser et opprimer. « Honorer la divinité et punir les rois, c'est la même chose. » 11 défend surtout la révolution d'être irréligieuse et s'indigne de cette accusation ; « la morale était dans les livres des philosophes, nous l'avons mise dans le gouvernement des nations. » Puis il s'adresse aux peuples qui font la guerre à la France et prétend que leurs tyrans la calomnient impudemment :

« Vos maîtres vous disent que la nation française a proscrit toutes les religions, qu^elle a substitué le culte de quelques hommes à celui de la divinité ; ils nous peignent à vos yeux comme un peuple idolâtre ou insensé. Ils mentent : le peuple français et ses représentants respectent la liberté de tous les cultes et n'en prescrivent aucun. Ils honorent la vertu des martyrs de Thumanité sans engouement et sans idolâtrie ; ils abhorrent l'intolérance et la

e& cuBsamiTKW citilb du clergé.

cfcs quelque prétexte qu'elles se couvrent. Ds condam- Mnauffomes du pkihsophisme comme les folies de li fit comme les crimes du fanatisme. Vos tjrans noos fmeiqmes irrégHlarités inséparables des monyements orafjotB çramie réroiation ; ils noos impatent les effets de letin doctrines et les attentats de leurs émissaires; toat ce qae h rrvointma française a produit de sage et de soblime est l'onTrage m arapie. tout ce qai porte on caractère différent appartient à 305> •amemi»: In» k» hommes raisonnahles et magnanimes smd es mni es. ks r^pm&Sqm, Ums Us êtres perfides et eorrampus sont di M .'^KtwR 'it m tifrfsms, » {Débats et décrets, firimaire an II. p. 273.)

Cest aînâ que Robespierre défend la réTolotion de toute •rum^cité avec les aateors des saturnales de la Raison. Tant ce qui parait manyais en elle ne loi appartient pas; les pgvolntinnnaires compromettants sont des royalistes déguisés« oa éas agents de l'étranger. C'est impudent, absurde, mais très smple. et très péremptoire pour les imbéciles! Aussi ce système de défense est-il encore employé par les rêvolntioaiiaires contemporains. Robespierre, dans le rapport i^ précède son projet d'adresse, avait déclaré « que les mdines hommes attaquaient ouvertement tous les cultes et encoorageaient secrètement le fanatisme. » Si les jésuites avaieai existé alors, il n'aurait pas manqué de dire que Qtaamette et Hébert étaient leurs agents !

Ce< dénonciations impudentes et venimeuses s'adressaient c'\':Iusivement aux Français, Robespierre n'espérait pas eno-^re convaincre les étrangers par ses phrases : il leurnotifiait >ealement.au moyen de cette adresse, qu'il était le chef de Id révolution. Son but immédiat était le renversement delà oommone. U avait fait voter la loi du 16 frimaire non pas pour arrêter les apostasies (on continua toujours à les solliciter et même i les imposer), mais pour empêcher qu'elles eusc>eat lieu au bénéfice de la commune. En inventant le culte de la Raison, elle s'était placée au-dessus de toutes les municipalités de France ; elle avait un moment éclipsé la c\?ttvention; il fallait absolument enrayer ce mouvement âthêiste qui faisait de la commune de Paris le centre de la^ r^olution, et rejetait dans l'ombre et le comité de salut pttbUc et la convention. Mais l'église constitutionnelle ne «itwi point profiter de la défaite de ses profanateurs ; ell^ moins condamnée par Robespierre que par l^^

hébertisies. Ceux-ci Tavaient scandaleusement renversée : Robespierre, tout en réprouvant leur conduite pour la forme, était bien décidé i ne pas relever les ruines qu'ils avaient faites, mais i tourner vers le culte qu*il comptait établir ce mouvement antichrétien qu'ils avaient suscité. Les prêtres devaient toujours apostasier, mais avec d'autres formes; on devait toujours spolier les églises, mais sans brait, sans mascarades, par mesure administrative. Sur les ruines faites par le culte de la Raison, celui de l'Être suprême allait bientôt être installé. Mais les réfractaires devaient toujours être guillotinés ; les constitutionnels récalcitrants à l'abdication et au mariage, maintenus en prison, les fidèles des deux cultes tout au moins déclarés suspects, s'ils paraissaient les regretter. Seulement, le déisme persécuteur de Robespierre aura pris la place de l'athéisme non moins persécuteur d'Hébert et de Chaumette.

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