CHAPITRE V
§ I. Violences commises contre les catholiques. — De nombreux départements appliquent le décret de proscription sans tenir compte du veto. — Les prêtres internés ou emprisonnés en masse dans la Loire- Inférieure, Maine-et-Loire, le Finistère, etc., etc.
§ II. Prêtres assassinés à Limoges, à Bordeaux. — Massacre de huit prêtres à Vans. — Nombreux assassinats de prêtres et de laïques suspects à Marseille et à Toulon.
S m. Les girondins, après avoir hésité, s'allient aux jacobins pour faire une révolution. — Décret supprimant les dernières maisons religieuses. — Révolution du \0 août. — Le décret qui déporte le clergé devient exécutoire.
Il importe maintenant de jeter un regard en arrière sur la situation des catholiques des départements , et d'étudier les préliminaires de la grande proscription de 1792. A partir du mois de juin , la persécution devient beaucoup plus violente : certains tribunaux, voulant se laver des accusations qui sont portées contre eux par les prêtrophobes , considèrent comme des perturbateurs les prêtres réfractaires qui exercent leur ministère, et rendent contre eux des jugements extrêmement sévères. Ainsi Tabbé de la Brunière, grand vicaire de Nîmes . fut condamné à deux ans de gêne pour avoir , au nom de son évêque destitué par la constitution civile , donné des dispenses de bans pour un mariage , et s'être ainsi immiscé dans les fonctions de son successeur. 11 fut détenu long:temps comme un malfaiteur, et, au bout de deux mois, son jugement fut cassé; il fallut le remettre en liberté, et il faillit être assassiné par une populace furieuse, qui l'attendait à la porte de la prison (i).
(1) « Rien n'égale, a-t-il dii. les dangers que j'ai courus dans ce dernier moment. Je restai trois heures entre la vie et la mort. ** (Trbinsr, Documents, t. II, p. 400.
lie tribanal criminel du départemcntde Tlndre condamne ^Q prêtre réfractaire qui avait exercé le culte, à deux ans de gÔDC, et à être exposé sur la place publique avec cet éfcriteau : « Prêtre séditieux ».
La masse du parti révolutionnaire regardait comme déolins de leurs droits, frappés ipso facto de toutes les incapaoilés possibles ceux qui n'acceptaient pas l'église constitutionnelle. Cette intolérance stupide donnait lieu souvent & des traits fort plaisants. Ainsi, la municipalité d'Écot addiressait, le 23 juin 1792, au district de Saint-Hippolyte, cette question burlesque:
« Une partie de nos concitoyens disent qae iaus les procès-Merde noê garde forestiers seront nuls et de nul effet, parce qu'ils kttmleiif point à la messe de notre nouveau curé. L'un d'eux y a dimanche dernier, mais, au reste, ils suivent leur opinion pour le calte et asabtent à la messe des vieux prôtres tant qu'ils peuvent. sera-t-il suffisant pour faire annuler leurs rapports? Ce sont de es et honnêtes hommes qui ont prôté le serment civique et ient se conformer aux lois de la nation. »
La municipalité n'en est pas bien sûre! Le district lui ré- ^nd que ces actes ne sont point nuls pour le défaut de esse constitutionoelle.
« On dit, ajoute-t-il, que le procureur de votre commune refuse I faire sur ces procès-verbaux les poursuites nécessaires; oh- -lui qu'il contrevient ainsi à son devoir (1). »
NoQs avons constaté bien souvent que les révolutionnaires e se contentaient pas de débiter des absurdités sur la siation légale des non-conformistes, mais qu'ils leur faiaient bien souvent subir les plus horribles outrages, les lus odieuses violences pour les punir de leur attachement l'orthodoxie, et les contraindre à venir à la messe constitionnelle. Ces outrages, ces violences redoublèrent encore â la suite du 20 juin. Le lecteur en jugera par l'extrait suivant d'une relation inédite d'un grand vicaire do Noyon, <]ai partit en exil à la suite du 10 août (2) :
* Dans les premiers jours de juillet 1792, enhardi pai* les scènes qui Tenaient de se passer à Noyon, l'intrus de la paroisse de Ba-
M) Sauzat, t. II, p. 266.
2} Archives nationales XVII, 96. — Ce manuscrit a été saisi par la polioetvec d'autres papiers un peu après le 18 brumaire.
bœuf, ayant invité à dîner, un jour de dimanche, plusieurs de ses confrères intrus, ces messieurs, au dessert, an*êtèrent de faire conduire àTéglise, par la ^arde nationale, les catholiques les plus prononcés de la paroisse, et de les forcer à promettre que, par la suite, ils viendraient aux offices de la paroisse. Ils font appeler le capitaine de la milice nationale, lui font part de leur projet, et celui-ci s'engage à les satisfaire pleinement. Il distribua son monde dans différents postes, et il en plaça surtout en embuscade sur le chemin de Babœuf à Noyon, vers le temps où il prévoyait que devaient revenir de la ville ceux qui étaient partis le matin pour y aller entendre la messe. Un père de famille nommé Maréchal et qui était à cheval, tombe le premier dans Tembuscade. 11 est aussitôt jeté à bas de sou cheval, traîné à Téglise jusque sous le crucifix placé entre la nef et le chœur. Là les gardes nationaux, sabre nu, menacent de le décapiter s'il ne promet sur-le-champ d'assister avec eux aux offices. Un des inU*ns, monté en chaire, animait leur fureur. Les cris, les menaces, et la vue des sabres nus, arrachèrent à cet infortuné une promesse que son cœur désavouait et qu'il ne tint pas.
« Dans l'instant môme, une autre troupe entre avec fracas dans l'église; elle y traînait son fils, homme marié, qu'elle avait été prendre dans sa maison. Il est conduit au pied de l'an tel, et là on exige de lui ce que son père venait de promettre. Il répond qu'on fera de lui tout ce qu'on voudra, mais que jamais il ne fera la promesse d'assister à leur office. On le frappe, on le maltraite, on lui courbe la tète, en le menaçant de l'abattre. Le père effrayé prend son fils par la main, le conjure de faire comme lui, mais il n'obtient rien. On lui coupe avec le sabre tous les cheveux, en les tirant avec violence, il souffre cette torture et force, par sa fermeté, ceux qui le tourmentaient à l'abandonner.
« Les autres catholiques de la paroisse n'ont pas été traînés à l'église comme ceux-ci, mais ils ont été insultés chez eux. Leurs meubles ont été brisés, leurs maisons découvertes en partie ; on les a menacés de les démolir s'ils s'obstinaient à ne pas venir à l'église, et ces menaces ont été répétées depuis. »
De pareilles scènes, depuis rétablissement de la constitution civile, avaient lieu dans tous les départements; beaucoup de paysans et de paysannes, de vieillards débiles, subirent , avec une constance et une fermeté admirables, les plus effroyables avanies. A Noyon , pendant le mois de mai précédent, lorsque les esprits étaient bien moins surexcités, Tabbé Achet, curé de Saint-Jacques, avait vu sa maison envahie par des soldats qui délibérèrent s'il serait lanterné ou promené sur un âne. Ils préférèrent la promenade. Le curé
HOLENCBS ET ILLÉGAUTÉS RÉVOLUTIONNAIRES.
i placé à l'envers sur Tâne, tenant la queue pour bride,
ec récriteau : « Prôtre rebelle et réfractaire à la loi », et
mené pendant plus de deux heures. Quelques jours
Tes , les soldats firent la même avanie à une femme ca-
oliqae de Pont-rÉv6que, village voisin de Noyon.
Ces amateurs de promenades obligatoires sur Tâne , ces
es nationaux qui levaient leurs sabres nus sur la t6te
catholiques en les sommant de venir aux offices schisma-
'«qnes, et ceux qui les applaudissaient et se pâmaient de
re devant leurs exploits, ne pardonneront jamais au clergé,
aux fidèles, les lâches insultes qu'ils leur ont faites.
as la restauration , ces gens-là ne parleront que de la li*
lié de conscience et crieront contre le parti prêtre qui
ot j à les entendre, détruire cette précieuse conquête de
révolution et leur imposer des billets de confession ! Ce
nt ils l'accusent calomnieusement est pourtant peu de
ose i côté de ce qu'ils ont fait 1
Vers le 20 juin, avant même que l'invasion des Tuileries t connue, grâce à un mot d'ordre donné par les sociétés opolaires, les prêtres furent menacés et insultés dans Tcsqne toute la France , et plusieurs administrations pri* nt contre eux les arrêtés les plus violents. A Lyon, à Chan-8ur»Saône ils furent jetés en prison. A Dijon, on excita ^)ntre eux la populace, en lui disant que, dans les combats ni venaient d'avoir lieu aux frontières , on avait reconnu es prêtres morts parmi les cadavres des ennemis. Cette ^omnie était d'autant plus perfide, qu'un bataillon du déartement venait, disait-on, de subir une perte considérable ans une de ces affaires. Aussitôt les jacobins, exécutant les rdres qu'ils avaient reçus, firent la chasse aux prêtres, en datèrent un grand nombre et les emprisonnèrent dans ^^ séminaire de Dijon. Les autorités les laissèrent agir à lear guise. Du reste, ce département avait déjà pris, le 16 mars précédent, un arrêté très violent contre les prêtres. Le 26 juin le député Laureau réclama en faveur des ecclésiastiques arrêtés à Dijon :
« Je viens vous représenter les peines et la situation malheureuse ^ citoyens qu'une détention arbitraire a entassés, malgré leur âge *t leurs infirmités, dans une espèce de prison. Je n^examinerai pas s'ils sont coupables ou non, c'est Touvrage de la loi ; je de-
mande seulement qu'elle leur soit appliquée, et qull y ait on rapport prompt de leur affaire renvoyé au comité des douze. Parmi les prêtres qu'un ordre tyrannique a précipités dans le séminaire de Dijon, beaucoup sont accablés d'inûrmités et d'années. L*an d'eux, ancien directeur de l'académie, âgé de quatre-vingt-quatre ans, ne sortait plus depuis douze ans.
« Qu'ils soient jugés s'ils sont coupables, mais ne permettez pas qu'ils soient persécutés. N'agissez pas, avec ces hommes que vous avez accusés d'intolérance, en vous rendant tout à la fois injustes et intolérants. N'examinez pas s'ils sont de tel ou tel parti, s'ils ont telle ou telle opinion ; mais songez qu'ils sont des hommes et que vous êtes leurs juges... Chaque heure que l'innocent passe en prison est un reproche pour son juge qui connaît son innocence. Je demande que leur rapport soit fait dés demain. »
Mais la commission des douze ne songeait qu*à faire voter des mesures révolutionoaires. Du reste, si elle avait tenu à censurer les abus de pouvoir, il lui aurait fallu réprimander un bien grand nombre d'administrations.
À Nantes, le département avait décidé , le 5 juin, que les prêtres insermentés réunis dans la ville seraient retenus dans la maison de Saint-Clément; Tintemement était changé en emprisonnement. Ooustard annonça à rassemblée qu*i] avait fallu prendre cette mesure, pour empêcher le peuple de les mettre en pièces.
Le département de Maine-et-Loire, à la suite d'une pétition qui lui avait été présentée par les jacobins pendant le mois de mai, enjoignit à tous les ecclésiastiques non assermentés de se rendre à Angers. 11 leur interdit de s'éloigner désormais d'une demi-lieue de la ville, sous peine d'être enfermés au séminaire. Ils étaient obligés de comparaître régulièrement à l'hôtel de ville, à des heures indiquées, pour répondre à l'appel nominal. Ceux-là seuls en pouvaient être dispensés, dont un médecin désigné par l'administration aurait certifié l'état de maladie. L'ordre était pressant , et un bien court délai accordé aux prêtres pour venir à Angers de tous les points du département. Les routes étaient couvertes d'ecclésiastiques se rendant péniblement au lieu de leur internement, car ils étaient presque tous trop pauvres pour faire les frais d'une voiture quelconque. Les plus jeunes et les plus valides arrivaient les premiers , les vieillards se traînaient le long du
flOLBlfCÉS ET ILLÉGALITÉS RÉVOLUTIONNAIRES. 195
chemin, appuyés sur leurs bâtons; d^autres, grâce à la générosité des paysans, avaient pu s*entasser dans des charrettes. Des infirmes , des vieillards que la fatigue empêchait de continuer leur route, s'asseyaient sur les bords des chemins et suppliaient les passants de les conduire à Angers, et de leur épargner ainsi les mauvais traitements des révolutionnaires, qui ne leur pardonneraient pas ce retard forcé. On Toyait de jeunes vicaires donnant le bras à des curés octogénaires, et s'acheminant avec eux vers le lieu de leur internement. Du reste , dans un grand nombre de départements comme dans celui de Maine-et-Loire, les chemins conduisant au chef- lieu étaient couverts de prêtres qui allaient subir une détention illégale. Après le 10 août; les chemins qui conduisent aux frontières seront également couverts d'ecclésiastiques se rendant en exil.
Ces malheureux prêtres arrivaient en foule à Angers, avec fort peu d'argent, et dans la nécessité de se loger et de ▼ivre à leurs frais ; mais la charité des catholiques y pour- ^t. Beaucoup de familles leur offrirent le logement; devant on tel spectacle, des personnes qui jusqu'alors avaient pac- ^ aTBc la révolution , se sentirent prises de compassion et de honte, et leur donnèrent Thospitaliié. Au jour désigné, trois cents prêtres étaient internés à Angers. Mais un cer- ^ nombre de curés et de vicaires refusèrent d'obéir au département, pour ne point laisser les fidèles sans secours reli-
peux, et ces courageux ecclésiastiques, traqués par la force ^nnée et par les jacobins, menèrent désormais la vie des apôtres de la primitive Église.
La populace d'Angers, excitée par les clubistes, accal^lait d'outrages les malheureux internés. Ils étaient obligés de se rendre chaque jour à l'appel, entre une double lïaie d'énergumènes qui leur faisaient les plus horribles *>^anies. On leur avait laissé un semblant de liberté : c'était l^aucoup trop pour les prôtrophobes. Le 17 juin, les prêtres sont presque tous réunis pour l'appel , un détachement de gardes nationaux revenant d'une orgie faite hors de la ville sous prétexte d'un exercice militaire , s'élance sur les malheureux internés, les pousse pêle-mêle dans l'église des bénédictins, les y enferme, et va ensuite fouiller les maisons pour s'emparer des prêtres qui, prévenus de leur des-
sein, ne s'étaient pas rendus à Tappel. Des citoyens apportent aux malheureux captifs des lits et des matelas , mais les gardes nationaux les tiennent entassés dans la cour; on envoie des provisions : elles sont dévorées par les persécuteurs, et pendant deux jours les prêtres restent enfermés dans réglise, couchés sur les dalles, et subissent, en outrer toutes sortes d'avanies et de mauvais traitements.
La municipalité demande aux gardes nationaux d'expliquer leur conduite. Ceux-ci déclarent pompeusement quHls ont tous été chefs dans ce mouvement patriotique , et ont agi dans l'intérêt de la sûreté générale. Bnfin, le département prend, le 22 juin, un arrêté étrange, qui, suivant l'habitude constante des révolutionnaires modérés , ratifie tous les actes des persécuteurs, en blâmant platoniquement leur conduite. Après un rappel dérisoire au respect des lois, il ordonne que les nombreux prêtres détenus aux deux séminaires y soient traités le mieux possible ; il prescrit aussi aux autorités de redoubler de surveillance pour s'opposer (( à la désorganisation dont les progrès sont aussi rapides qu'effrayants ». La municipalité (article I") est chargée de nommer les employés et domestiques attachés aux deux séminaires qui viennent d'être convertis en prisons ; ils seront salariés aux frais des captifs. Toujours les battus paient l'amende! Les prêtres étaient fort durement traités. On en jugera par les articles suivants :
(( Art. 4. Lorsque les personnes du dehors auront à parler aux prêtres qui sont au séminaire, l'entrée ne leur sera accordée qu'individuellement, et l'entretien qu'elles auront avec ces prêtres sera surveillé par la garde nationale de service.
n Art. 6. Chaque prêtre qui aura des affaires particulières à traiter ou qui aura des demandes à faire pour ses propres besoins, aura la liberté d'écrire, mais il ne pourra le faire qu'en présence du commissaire, ou, en son absence, dans la chambre du coinmandant du poste,à l'effet de quoi, il luisera fourni, à ses frais, papier^ plume et encre. »
Ces malheureux prêtres, séquestrés au mépris de toutes les lois, n'avaient donc pas le droit d'écrire et de travailler dans leur prison. Les gardes nationaux montaient toujours la garde au séminaire et continuaient à les injurier et à les maltraiter tout comme auparavant. Us se plaisaient à paro^
dier devant eux les saints mystères, et à introduire dans le séminaire des ûUes publiques qui se joignaient à eux pour insulter les prisonniers.
Les prêtres résolurent d'user de tous les moyens légaux, et adressèrent une pétition à Tautorité supérieure. Roland, redevenu ministre après le 10 août, écrivit à la municipalité d'Angers :
« On me mande, messieurs, que les prêtres qui sont renfermés dans les deux séminaires d'Angers y éprouvent toutes sortes de vexations de la part de la garde nationale de cette ville ; qu'ils Tiennent d'éti*e mis, pendant six Jours de suite, à la paille, au pain et à Teau, et que plus de la moitié de ces prêtres sont âgés de soixante à quatre-vingts ans et infirmes. Vous sentez, messieurs, que si les circonstances difficiles dans lesquelles nous nous trou- Tons peuvent excuser des mesures extraordinaires contre des citoyens prévenus d'animosité envers la révolution, la justice et l'humanité exigent du moins que ces mesures ne soient aggravées par aacun acte particulier de persécution et de barbarie (1). )>
Naturellement, cette lettre si prudente ne produisit aucun e£fet sur ces gens-là !
A Laval, le 20 juin, une troupe de cinq cents jacobins réclame des mesures rigoureuses contre les prêtres. Le directoire fléchit devant les sommations de Témeute et fait enfermer les réfractaires dans deux couvents. M^'de Hercé, évèque de Dol, fut emprisonné avec eux. Tous les curés non remplacés durent se rendre à Laval ou se cacher. Il y eut alors dans cette ville plus de quatre cents prêtres détenus, sans compter les vieillards et les infirmes laissés dans des maisons particulières. Les aumônes des fidèles étaient leur unique ressource. La persécution fut encore généralisée pendant le mois de juillet, et les derniers prêtres traqués avec fureur. Dans plusieurs paroisses de la Mayenne, les habitants se réunissaient et chantaient leurs offices sans curé, comme ils pouvaient. Cependant, beaucoup de prêtres se cachèrent afin d'exercer le culte en secret. A Laval même, dix ou douze ecclésiastiques avaient trouvé des retraites sûres. Le département de la Sarthe fit aussi arrêter les prêtres par centaines. Dans les deux départe- Il) Blordibr LA.K0L0I8, Augcrs et le département de Maine de 1787 à IMO, t. iv, p. 2U.
ments de la Sarthe et de la Mayenne, six ou sept cents ecclésiastiques menaient une vie errante et bravaient les recherches des jacobins.
Le i" juillet, Tadministration du Finistère prit encore un arrêté de persécution portant que tout ecclésiastique non assermenté serait tenu, dans la huitaine, de prêter le serment civique sous peine d*être enfermé dans le château de Brest, et que les ecclésiastiques prisonniers resteraient détenus au château, à leur option, ou seraient immédiatement transférés sur les côtes d'Espagne, de Portugal ou dltalie. C'était Texécution de la loi frappée de veto! En outre, une prime de soixante-douze livres fut accordée à quiconque conduirait au district le plus voisin un prêtre non assermenté. Le département déclara, en outre, que les municipalités et les corps constitués qui se refuseraient à Texécution ponctuelle de cet arrêté inconstitutionnel, supporteraient personnellement tous les frais que leur refus ou leur négligence pourrait occasionner.
La municipalité de Brest se transporta au château le 2S juillet et demanda le serment aux détenus. Quarantedeux optèrent pour la déportation en Espagne, un pour le Portugal, quatre-vingt-quatre pour la détention, mais le district et la municipalité demandèrent leur éloignement (1). Plusieurs prêtres furent encore arrêtés par les jacobins qui parcouraient le pays pour leur donner la chasse et gagner la prime : ils grossirent le nombre des détenus du château.
Le directoire du Morbihan, qui persécutait les prêtres avec fureur, envoya au roi une diatribe contre eux au sujet du veto. Les départements qui avaient pris des arrêtés illégaux pour les emprisonner, avaient, disait-il, été dirigés par i< un saint enthousiasme ». Il accusait la secte non-conformiste d'une multitude de crimes, a de contrarier l'assiette et la perception de l'impôt », d'exciter la défiance <( en discréditant les assignats, dont elle ne se dissimule cependant pas la solidité {'i) ». Ce dernier trait est charmant.
(1) Levot, Brest pendant la Terreur, p. 34,
(2) Ce même directoire du Morbihan traita la liberté de la presse comme la liberté religieuse, et arrêta dans son ressort la circulation de treize journaux modérés. Le 31 juillet, rassemblée reçut communication
TIOLBIICBS ET 1LLÉGAUTÉ8 RÉVOLUTIONNAIRES. 199
directoire du Finistère accusait aussi les réfractaires d ^obstruer les canaux de la fortune publique. Les révolu- -Cîonnaires trouyaient très commode de rejeter sur les prô- ^^x*«s les maux qui affligeaient la France, et qui étaient dus à l^Qr impréyoyance et à leur impéri tie. A les entendre, il ^miIBsait d'emprisonner et de déporter le clergé, pour qu*il « fttt plus question nulle part ni de pillage des grains, ni « la rareté et de la cherté des subsistances, ni de la crise monétaire. Bientôt les prêtres seront déportés, et tout mari encore plus mal ; alors on dira qu'il faut attendre la ondamnation du roi. Après le Si janvier, les mêmes maux -^ront encore plus grands, la disette plus cruelle que jaillis : on mettra tout sur le compte des girondins, et lorsceux-ci seront renversés, on accusera leurs partisans ^^^orets et ceux de Pitt et de Gobourg, qui seront, suivant K^s besoins du moment, tantôt les hébertistes, tantôt les
XjCs prêtres qui ne s'étaient pas soumis aux arrêtés dépar- ^-^mentaux erraient dans les campagnes, poursuivis par les ^s^oobins. Un jeune prêtre du diocèse de Saint-Brieuc écrile 3 août 1792 :
«K Nous ne passons pas une semaine sans avoir quelque alerte.
ors on déniche, on toge dans les maisons ou les granges : on
touche dans le foin ou au pied d'un arbre , dans quelque bois
^<i«jié... Nous sommes continuellement harcelés et injuriés. Nous
^^*a.Tons garde de paraître dans les villes, ni même de nous mon-
'^ï^ersur les routes fréquentées. Les enfants nous accablent d'injures
^t. BOUS couvrent de boue, tandis que leurs pères nous montrent
1^ ballebarde et le sabre. »
-A Paris, les prêtres et les fidèles, grâce au directoire,
^l-aient moins tourmentés que dans un grand nombre de
^^partements. D'ailleurs, les révolutionnaires de Paris,
^ï*ès occupés à préparer le renversement de la constitution
^^ 1791, ne songeaient plus autant à la constitution civile,
^u moins pour Tinstant. Beaucoup de prêtres quittèrent
^onc la province pour venir à Paris se cacher dans la foule;
^Is prirent des métiers pour la plupart, afin de trouver leur
subsistance, de se mieux déguiser et d'exercer plus facile-
^« ion arrêté ; elle le renvojra, sans Timprouver, à la commission dei ^iagt et un.
ment leur ministère. Quelques-uns se firent porteurs d*eau; on en vit d*autres tirer du bois flotté dans les chantiers ; U y en eut qui devinrent jardiniers. L*un de ces derniers, étant occupé à travailler dans un jardin, y rencontra son évèque. Celui-ci le ût connaître à la maîtresse de la maison, qui le prit à sa table et en ût son aumônier (1). Le haut clergé, les fidèles organisèrent partout des souscriptions, tant pour les prêtres prisonniers que pour les fugitifs. A Paris surtout, les aumônes furent très abondantes.
Le département du Cher, après une odieuse diatribe, arrêta, le 3 août, que tous les insermentés séculiers ou réguliers, qui ne seraient pas nés dans son territoire, seraient tenus de s'en éloigner dans la quinzaine, s'ils ne prêtaient le serment civique. Ceux qui refuseraient de partir devaient être emprisonnés jusqu'à ce qu'ils eussent manifesté l'intention de sortir du département. Les curés ou vicaires remplacés par défaut de prestation de serment étaient éloignés à quatre lieues de leurs paroisses. Les prêtres nés dans le département devaient s'établir dans la maison de leurs parents ou de leurs frères et sœurs, pour être mieux surveillés.
Le 6 août, le directoire du Doubs ordonna l'arrestation et l'emprisonnement de tous les insermentés au séminaire de Besançon. A Lyon, la municipalité ordonna, le 7 août, l'arrestation de tous les réfractaires étrangers au département. Le directoire du département, réduit depuis quelque temps à l'impuissance, fit une sorte de protestation.
II serait beaucoup trop long de faire même la simple énumération des arrêtés illégaux pris contre les prêtres, soit par les départements, soit par les districts, soit par les municipalités de villes. Ces arrêtés de proscription peuvent être divisés en deux catégories : les uns sont précédés de diatribes infâmes, et toujours les mêmes, et proviennent évidemment des jacobins. Tous ceux qui ne portent pas cette marque sont le produit de la lâcheté; leurs motifs sont curieux à étudier: on voit que leurs rédacteurs ont sacrifié la justice à leur pusillanimité, à leur ambition. Mais, en s'appropriant les décrets des jacobins, ils ont
(1) Jaoer, rÉglise pendant la révolution, t. III, p. 257.
rougi d'adopter leur affreux jargon, et entrepris la tâche impossible de les motiver d'une manière quelque peu spécieuse; de là leur pathos, leurs contradictions continuelles!
On remplirait des volumes avec le récit des vexations que les insermentés durent subir du 20 juin au 10 août. Dans la moitié au moins de la France, les prêtres étaient emprisonnés ou internés en masse. Mais les révolutionnaires ne se contentèrent point partout de les priver de leur liberté et de les accabler d'avanies, ils en assassinèrent un certain nombre pendant cette courte période, et il devint évident qu'il fallait s'attendre à voir d'horribles massacres, et que la populace jacobine, qui avait déjà goûté du sang, le verserait bientôt à grands flots.
Dans plusieurs localités , les révolutionnaires célébrèrent la fête de la fédération en égorgeant des prêtres. A Limoges, l'abbé Chabrol fut victime de leur rage. Trois gardes nationaux s'étalent jetés sur lui, il leur résista énergiquement et terrassa deux d'entre eux, mais le troisième courut chercher du renfort au corps de garde, et trente furieux se jetèrent sur le malheureux ecclésiastique qui se défendit a?ec beaucoup de vigueur, mais tomba bientôt percé de Goaps. Ces vaillants grenadiers citoyens se vengèrent de sa résistance en déchirant son cadavre.
Deux sulpiciens, MM. Bravard et Lejeune, qui avaient dirigé le séminaire d'Avignon, s'étaient retirés chez le prieur de Noves, dans le département de l'Ardèche. Le il juillet, les jacobins se saisirent d'eux et les traînèrent avec sept autres prêtres dans les prisons de Vans. Le jour de la fête, on tire les prêtres captifs de leur cachot pour les forcer à prêter serment, ils refusent, et on les traîne trois par trois au lieu du supplice. M. Bravard marche le premier, tenant son bréviaire à la main et récitant avec le plus grand calme les prières des agonisants. On les somme de choisir entre la mort et le serment. M. Bravard, à genoux, refuse énergiquement, en offrant sa vie pour l'Église, le royaume de France et la conversion de ceux qui vont l'assassiner. U est
iOÎ CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ.
tué à coups de baïonnette, ainsi que ses compagnons. Les égorgeurs sommèrent encore une fois le plus jeune des ecclésiastiques, Tabbé Novi, vicaire d^Aujac, Âgé de vingthuit ans, de prêter serment devant les cadavres de ses confrères, et, pour ébranler sa constance, ils firent venir son père^ qui, frappé d'épouvante, le supplia de conserver sa vie et la sienne : « Je ferai mieux, lui répondit son fils, je mourrai digne de vous et de mon Dieu ; et il sera plus doux pour vous d'avoir eu un fils martyr, qu*un enfant apostat. » Le jeune prêtre tombe aussitôt grièvement blessé ; il se relève, présente de nouveau sa tête aux bourreaux, et reçoit un coup de hache qui l'achève .
Un ancien officier, Dusaillant, avait^essayé alors d'organiser une insurrection dans les montagnes de la Lozère et de TArdèche. Il fut défait. Un religieux, nommé Bastide, qui n'avait jamais été prêtre, fut le seul ecclésiastique mêlé à cette afiaire. Les révolutionnaires ,de ce pays se mirent néanmoins à égorger les prêtres en les accusant d'être complices de Dusaillant. Un chanoine d'Uzès, nommé Bastide, qui n'avait de commun que le nom avec le religieux, compromis dans cette échaulTourée, fut assassiné. U y eut au moins une vingtaine de victimes.
Les autorités de Bordeaux avaient enfermé un certain nombre d'ecclésiastiques à Château-Trompette. Les prôtrophobes de la ville cherchaient par tous les moyens possibles à exaspérer le peuple contre les prisonniers. Un des leurs lut publiquement à la Bourse une lettre fabriquée donnant avis aux patriotes que six cents prêtres et nobles qui s'étaient réunis dans un fort près de Saint-Malo pour favoriser une descente des Anglais, avaient été massacrés par le peuple. Cette excitation à l'assassinat n'eut que trop de succès. Deux prêtres, M. de Langoiran, vicaire général, et M. Dupuis, furent égorgés par un rassemblement d'une trentaine d'individus. On avait eu soin d'échaufTer les esprits par des placards ainsi conçus : « Langoiran est arrêté, on le conduira ce soir de Couderan à Bordeaux, on le recommande aux bons patriotes. » Le !23 juillet, le ministre de t l'intérieur fit part de ce double meurtre à l'assemblée. Bec — quey demanda qu'on rendît compte des poursuites. La con — duite des députés de la gauche dans cette courte discussion.^:
/ut tout à fait ignoble. Gârreau déclara que les poursuites
devaient être dirigées contre le pouvoir exécutif, qui n*avait
sanctionné les décrets contre les prêtres ; c'était le
'stème de Roland, et il devait recevoir dans peu de jours
l^s^^plns sanglants démentis. Ducos^ député de la Gironde,
monça des paroles dignes de Cou thon ou de Gollot d*Her-
)is :
ff Tai rhonneur d'annoncer à rassemblée que ces deux prêtres t semé le feu de la discorde. Ils avaient lassé par leurs complots patience du peuple. Le tribunal criminel n'a pas fait son devoir. y quand les tribunaux ne font point justice... je n'achève int, je demande qu'on passe à Tordre du jour. »
Ainsi DucoSy pour favoriser les ^assassins de deux prêtres, ^bite absolument les mêmes calomnies qui lui paraîtront i. odieuses dans la bouche des massacreurs de septem- . Telle était la morale des girondins : deux prêtres égor- *8 i Bordeaux, quelques autres par-ci par-là, cela ne vaut "wadment pas la peine d'en parler, d*autant mieux que ces ^^loits révolutionnaires stimulent le zèle de ceux qui tra- ^^"aillent à renverser à leur proflt Tétat de choses actuel, ais, si les assassinats sont commis par des gens décidés à supplanter, alors ils protestent au nom de Thumanité! L'assemblée, après quelques réclamations de la droite, «utrinfamîe de voter l'ordre du jour pur et simple. Toutes les fois qu'un crime lui était signalé, et qu'elle voulait en ^^moigner son indignation, elle renvoyait raffaire au pou- ^~oir judiciaire, en l'invitant à poursuivre activement les *^oupables (1). Dans des circonstances aussi atroces, lorsqu'on égorgeait partout, voier contrairement à ses habitu-
(l)Nous prendrons pour exemple, entre tant d'autres, le décret rendu f^ir rassemblée, le 27, quatre jours après ce vote qui équivalait à un en- ^onragement au meurtre. Un nommé Ballet, officier municipal d'Es- ^^^cs-Saint-Denis, district de Compiëgne, vint se plaindre à la barre des '^'iolences qu'il avait subies, ainsi que sa famille, de la part des officiers ^0 14» bataiUon de troupes légères. L'assemblée, sur la proposition du Jacobin Thuriot, renvoja la plainte au pouvoir exécutif, afin : !<> de char- ^r le juge de paix d'instruire une procédure contre les coupables; ^ d'en rendre compte à l'assemblée pour déterminer le genre de peine ^•rtté par ces officiers. L'assemblée n'eut garde de dire que cette affaire '^^S^rdait exclusivement le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, et de P**ter à Tordre du jour pur et simple. Il est vrai que la victime n'était ^^ un prêtre! [fiéhaU et décrets, juillet 1792, p. 380.)
des Tordre du jour pur et simple après une odieuse apologie des assassinats, c'était proclamer qu'elle donnait raison à Ducos et excusait les assassins , c'était désarmer la justice par avance !
M^ de Gicé, archevêque de Bordeaux, aimait beaucoup M. de Langoiran ; il fut profondément afQigé en apprenant cet horrible événement, et le déplora dans une lettre pastorale. Il profita de la circonstance pour déclarer combien il regrettait d'avoir apposé le sceau de Tétat à cette fatale constitution civile, et conseillé au roi do la sanctionner (i).
A Paris y le lendemain du 14 juillet, un ecclésiastique qui avait rétracté son serment fut pendu à un réverbère. L'abbé Chaudet, curé dans le diocèse de Rouen, fut d*abord jeté par une fenêtre, puis assommé.
Dans le Midi, les terroristes commirent d'horribles assassinats, et les prêtres ne furent point leurs seules victimes. A Marseille, le 23 juillet, Royer aîné, drapier, est d'abord traîné en prison par les brigands ; mais ceux-ci se ravisent, forcent sa prison sans rencontrer d'obstacles et le lanternent. Le père Nuyrate, minime, ancien professeur, et provincial de son ordre, qui avait une grande réputation de science et de sainteté, vivait retiré avec un autre religieux, le père Taxi. Mais il avait pour ennemi le maire de Marseille, Mouraille^ personnage sinistre, qui était un des chefs du parti violent. Les deux religieux furent arrêtés et traînés à l'hôtel de ville, devant le maire, par un bataillon de garde nationale. L'évêque constitutionnel Roux fit de
(1) « Je vous ai déjà entretenus de ces sentiments, mes très chert frères, et mes larmes avaient devancé mes paroles, et à Dieu ne plaise que je veuille pallier mes erreurs et mes fautes! Que sont les illuaiom de Tamour-propre devant les grandes pensées dont je puis pénétré!.. .Si vous avez rendu justice à mes intentions, vous avez dû gémir de ne pas voir éclater mon indignation et se déployer mon zèle contre les entreprises qui menacent la religion et la monarchie. Peut-être en esi-il parmi vous qui ont reçu du scandale. Ah! qu'ils apprennent, par mon exemple, à ne point placer trop de confiance dans les conseils de la prudence humaine... » Puis, il invite ceux qui, » séduits par des apparences trompeuses, ont pu trouver dans sa conduite des prétextes pour colorer leur rébellion », et qui n'ont pas refusé, comme lui, le serment, à ouvrir les yeux devant cette manifestation de ses sentiments. Cette lettre finit par une touchante exhortation à Tintrus Pacareau, le seul chanoine de sa cathédrale qui ait fait défection.
louables efforts pour les sauver ; il leur conseilla très sottement une apostasie qui aurait été fort inutile, car leur perte était résolae. Les brigands les entraînèrent dans la rue (on a assuré qu*ils avaient reçu de Mouraille un signal conveon}. Le père Nuyrate tomba percé de coups et fut ensuite lanterné; le père Taxi fut pendu immédiatement.
Les assassinats de Marseille ne furent pas commis en même temps^ dans un moment d'effervescence . Tous les deux ou trois jours, dans cette malheureuse ville, les brigands lanternaient quelqu'un ! Ils pendirent le perruquier oelon à cause des discours de ses pratiques royalistes. Le carrossier Bégon fut traîné devant Mouraille et pendu ensuite : mais ce malheurex était trop gros et trop lourd, la corde cassait toujours ; on finit par le tuer à coups de baïonnette avec de nombreux raffinements de cruauté. Son cadavre déchiqueté resta longtemps abandonné, sans que personne osât le relever. Le valet de ville Melon, le courtier Qiabert furent encore victimes des brigands.MM. CoudoUlet père et fils, de Salon, furent traînés en prison à Marseille, conduits devant Mouraille et ensuite pendus à la Cannebière. On allait à la Bourse, dit un contemporain, en passant sous des cadavres, et le meurtre quotidien était, pour ainsi dire, l'état normal du pays. »
On assassinait à Toulon avec la même fureur qu*à MarseiUe. Le 28 juillet, MM. Guérin, Maure, Roubaud, membres du district, Gazan, procureur syndic, furent sabrés et pendus par les clubistes que présidait le jacobin Silvestre de Paris. M. Reboul, arrêté avec eux, fut décapité. Le 30, M. Gantheaunie, juge, fut lanterné, ainsi que le geôlier des prisons du palais de jusUce. Le 31, les assassins se mirent à la recherche de M. Duboux, membre du directoire du département ; il se cassa la cuisse en essayant de leur échapper; les brigands se saisirent de lui et l'achevèrent sans pitié. Après le iO août, les assassinats continuèrent de plus belle.
I^s girondins, ralliés définitivement aux jacobins, et dé* ftireux de se faire pardonner leur tentative de défection^
travaillèrent avec une activité fébrile au renversement de la monarchie et de la constilution de 1791 .
Le 17 juillet, un arrêté municipal créait un bureau central de correspondance entre les quarante-huit sections ; il siégeait à Thôtel de ville et se composait de quarante-huit commissaires qui se prétendaient élus par les sections, mais, en fait, cette élection leur avait été surprise. Ces commissaires furent occupés pendant trois semaines à préparer rémeute et à généraliser le mouvement révolutionnaire. Paraissait-il dans une [section quelque motion incendiaire ? Elle était tout de suite envoyée aux autres par ce comité central et le vote en était enlevé par ses afQdés. Le mot d'ordre était donné de crier partout à la trahison et de réclamer la déchéance. Le !25 juillet, rassemblée déclara les quarantehuit sections permanentes : c'était les livrer aux jacobins I En effet, les hommes d'ordre n'allaient à ces réunions que dans la journée, car la nuit les rues n'étaient pas sûres (1). Rien ne fut épargné pour exciter les esprits, ni discours frénétiques, ni fausses nouvelles. Pour habituer la populace à se porter aux abords des Tuileries, on parlait avec plus d*insH stance que jamais de la prochaine évasion du roi, et Pétion en prit prétexte pour faire décider que désormais des gardes nationaux, pris dans tous les bataillons garderaient les Tuileries. Des hommes apostés disaient tout haut dans les groupes aux fédérés qui affluaient à Paris, sous prétexte de se rendre ensuite au camp de Soissons ; « Malheureux, où courez-vous? Pensez donc sous quels chefs il faudra marcher à l'ennemi, vos principaux ofQciers'sont tous nobles ; un La Fayette vous mènera à la boucherie. Eh! ne voyezvous pas comme, sous les persiennes des Tuileries, on sourit d'un rire féroce à votre empressement généreux et aveu-
(1) Au moment où il n'y avait dans la section que quelques citoyens endormis, les jacobins du quartier arrivaient, escortés par une populac* qui allait successivement occuper les tribunes de toutes les sections et intimider par ses clameurs les hommes paisibles : le vote était ainsi enlevé, la farce était jouée. On allait la recommencer dans la majorité des sections, et les meneurs venaient ensuite présenter fièrement à rassemblée ces motions incendiaires, comme Texpression sincère de la volonté du peuple. Aussi, des sections vinrent désavouer à rassemblée, au milieu des insultes des tribunes, les motions terroristes qu'elles étaient censées avoir adoptées la veille.
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le!»Billaud-Varennés parlait de grandes mesures à prendre, ^ dans les discours de Danton et de Robespierre, on voyait ^ji poindre, non seulement la journée du 10 août, mais r^^lles de septembre.
L*émeute, fixée d*abord pour le 26 juillet, ne put avoir ».^D ce jour-là à cause de l'inertie de la population. Elle it remise au 30, jour de l'arrivée des fameux Marseillais^ dat, pour la môme cause, être encore différée. On n'épar* it cependant rien pour rendre par avance toute rési- *&ance impossible. Ainsi la garde nationale fut désorganisée ^sicore plus par la suppression des compagnies d'élite, gé- ^ralement dévouées à la cause de l'ordre, et par l'introiiction dans son sein d'hommes à piques et de fédérés, cor écarter toute chance d'avoir à lutter contre certains itaillons dévoués à la monarchie constitutionnelle, on ^"^ait composé la garde des Tuileries d'hommes pris dans Vcm les bataillons et qui ne pouvaient compter les uns sur l«s autres. Les envahisseurs n'avaient qu'à se montrer. Ces l&^ros de la rue, ces vaillants enfonceurs de portes ouvertes Kie Toulaient risquer une attaque qu'après avoir acquis l'^tière certitude que la défense avait été préalablement d^rganisée par ceux-là mêmes dont le devoir était de leur résister (1).
DqSO juin au 10 août, la gauche de l'assemblée tourna tous ses efforts contre la royauté et négligea un peu la question ^gieuse. Le refus de serment à l'église constitutionnelle était pour elle un prétexte à persécuter, mais l'église constitutionnelle elle-même commençait à lui devenir à charge. 1« 19 juillet, elle fit décider que les palais épiscopaux accordés à ses prélats seraient vendus comme biens natio- Dîiux. Une indemnité de logement égale au dixième de leur traitement leur fut accordée en compensation. Le député Planchon fit observer inutilement que le prix de la vente de certains palais épiscopaux ne produirait pas un revenu égal à cette indemnité, et proposa, en conséquence, d'excepter de la vente ceux dont le prix ne s'élèverait pas
(1) Le 28 juillet, on communiqua à l'assemblée une affiche ainsi conçue : « Avis aux Parisiens. Quiconque fera feu sur le peuple ou ses chefs sera mis à mort sur-le-champ. Tous ceux qui se joindront à la colonne du peuple seront à FaUtH de tous les accidents, »
à 24,000 livres. Cette proposition si raisonnable fut repoussée ; rassemblée désirait moins faire de l'argent que vexer les évêques constitutionnels : la révolution commençait déjà à tourner contre ses intrus les mêmes procédés qu'elle avait employés au début contre les catholiques.
L'assemblée, qui était décidée à déporter le clergé tout entier, ne pouvait pas ne pas abroger les lois de la constituante qui permettait aux religieux et aux religieuses de vivre en commun. Le 31 juillet, le montagnard Lejosne demanda que leurs maisons fussent vendues. Thuriot appuya cette proposition et demanda qu'une pension fût allouée aux religieux et religieuses, obligés désormais de vivre isolément. Le côté droit protesta : Laureau fit un chaleureux discours en faveur des religieuses qu'on allait expulser de leur dernier asile, et demanda qu'on s'en tint aux décrets de la constituante. Fauchet^ que le récent décret sur les palais épiscopaux avait peut-être éclairé sur les nouvelles dispositions du parti révolutionnaire à l'égard de la constitution civile, parla, contre son habitude, avec modération. Il fit habilement valoir qu'en communauté, les religieux vivaient à peu de frais, mais qu'il faudrait leur accorder à chacun une pension d'au moins 500 livres, si un décret les contraignait à vivre isolément. Son collègue Lecoz s'éleva vivement contre cotte proposition :
« Il y a des religieuses, dit-il, qui avaient à se plaindre d'actes ai'bitraires ; elles n'ont pas plutôt été sorties du couvent, qu'elles ont regretté la vie commune. Vous donnez à la liberté toutes les livrées de la tyrannie. »
Le montagnard Gambon fut forcé de reconnaître qu*il était plus économique de laisser les religieuses réunies; mais cette considération touchait peu l'assemblée. Gomme le député Marans, elle pensait « qu'il fallait écarter des campagnes tous les foyers du fanatisme et de l'aristocra-* tie » 4 La discussion fut reprise le 4 août. Lecoz essaya en-^ core de parler en faveur des religieuses, mais les murmures couvrirent sa voix, et le projet fut adopté. Le 7, Gambon proposa de traiter les curés comme les évêques, en vendant leurs presbytères et leur donnant à la place une indemnité du dixième de leur traitement. L'exécution d'un pareil décret aurait soulevé le plus vif mécontentement dans les
TIOLBRCES ET ILLÉGALITÉS RÉVOLUTIONNAIBBS. 209
€::.ampagQes. La gauche trouva que Cambon Tayait compropar excès de zèle, et repoussa cette dangereuse propoitioD par la question préalable.
Le décret contre les religieuses portait qu*à partir du ^ octobre, leur pension serait de 500 livres pour celles Sées de quarante ans et au-dessous, de 600 livres jusqu*à oixante ans, et de 700 au-dessus de soixante ans. Mais les ligieuses qui, au 1*^ juillet, jouissaient d'une pension su- Prieure en vertu du décret du 8 octobre 1790, la conservef^aient avec faculté d'accroissement, à raison de Tâge, jus- ^ cf ii*au maximum de 700 livres.
Les religieuses occupées à soigner les malades, étaient provisoirement exceptées des dispositions du décret. Le traitement des sœurs converses était des deux tiers de celui des religieuses de chœur.
L'article 6 trahissait les intentions nouvelles des révolutionnaires :
« Les religieux ou religieuses, les ci-devant ecclésiastiques catèoliqoes pensionnés, ainsi que les ministres du culte salariés par ^ naiion qui se marieront, conserveront leurs pensions et traitements. »
Certains évèques constitutionnels étaient déjà en lutte ^^ec le parti révolutionnaire au sujet du mariage des pvè- ^res. Cette disposition si grave, insérée sournoisement dans un décret fixant les pensions des religieux et des religieuses, va créer de sérieuses difficultés. Les évêques diront ?ne, si la loi conserve son traitement au curé qui se marie, ^Ue ne les oblige pas à leur conserver sa cure. Les révolutionnaires crieront à la superstition, à l'intolérance, jusqu'à ce qu'une loi formelle imposable mariage à l'église ^Constitutionnelle bien peu de temps avant sa suppression. On proposa même d'augmenter de 100 livres la pension des ecclésiastiques qui se marieraient. Mais l'assemblée ne voulait pas montrer aussi maladroitement le bout de l'oreille; elle écarta bien vite cette demande par la question préalable.
Les religieuses (article 12) pouvaient, en se séparant, emporter le mobilier de leur chambre, mais l'article 13 décide qu'il ne pourra, sous aucun prétexte, être touché à largenterie et biens communs, vases et ornements d'église, T. m. t*
et que les municipalités s'en empareront. L'assemblée voulait en faire de Targent, et surtout empêcher qu'ils ne fussent livrés aux réfractaires.
L'article 14 ordonne aux directoires de districts de convertir en monnaie toutes les cloches et l'argenterie des maisons religieuses. Enfin, l'article 15 met immédiatement tous les bâtiments en vente.
L'assemblée avait enfin commencé, au mois de juih, à s'occuper d'une loi sur l'état civil. En décrétant que les registres seraient tenus désormais par des officiers publics laïques, elle ne fut point dirigée par une pensée de tolérance, bien au contraire I L'assemblée ne voulait pas seulement régler le mode de constater les naissances, les mariages, les décès; elle tenait bien plus encore à efi'acerle caractère religieux du mariage, à créer une législation radicalement opposée à la loi religieuse; il était naturel qu'avec de pareilles intentions, elle enlevât la tenue des registres aux prêtres constitutionnels; la loi nouvelle, dans l'intention de ses auteurs, devait servir à décatholiser encore plus et la France et Téglise constitutionnelle. La sécularisation de l'état civil fut donc votée en principe, mais l'assemblée ne se pressa point de terminer cette loi, qui aurait afi'ranchi les catholiques de l'obligation légale de se marier devant les intrus. Cette conséquence de la sécularisation des actes l'avait longtemps fait hésiter, mais elle comptait bien mettre les catholiques dans l'impossibilité d'en profiter, par l'exécution impitoyable du décret qui, pour l'instant, était frappé de veto. Si le clergé réfractaire, déporté ou emprisonné, était mis dans l'impossibilité de conférer les sacrements, peu importait alors que les catholiques fussent plus libres légalement à l'égard des intrus; car, faute de prêtres, ils ne pourraient pas se marier suivant leur religion, et leur situation ne serait nullement améliorée par la loi sur l'état civil. Cette loi ne pouvait donc fonctionner d'une manière satisfaisante pour les révolutionnaires, qu'après la mise à exécution du fameux décret de proscription ; aussi ne songèrent-ils sérieusement à la mettre en pratique qu'après le 10 août^ lorsque le clergé fut exilé en masse du territoire français» Le manifeste impolitique et absurde du duc de Brunswick
fournit aux jacobins des nouveaux prétextes pour calomnier encore le roi, La Fayette, tous les modérés et se déclarer les seuls défenseurs de la France contre l'invasion étrangère. Louis XYI fit désavouer officiellement ce manifeste à la séance du 3 août; néanmoins, le girondin Isnard débita contre lui une violente philippique (1). A peine était-il descendu de la tribune, que Pétion, à la tète d'une députation nombreuse, vint lire une pétition rédigée à rhôtel de ville par la réunion des quarante-huit prétendus commissaires (S) de sections sous la présidence de Collot d'Herbois. Cette réunion de conspirateurs demandait audacieusement la déchéance du roi, un pouvoir exécutif Dommé provisoirement par l'assemblée et la convocation d'une convention. Le 10 août, ce programme sera exécuté de point en point! L'assemblée, à qui les pétitionnaires demandaient de prononcer sa propre déchéance presque aussitôt après celle du roi, les reçut assez froidement. Le 4 août, sur le rapport de Yergniaud, elle annula, comme inconstitutionnelle, une délibération de la section Mauconseil, qui déclarait ne plus reconnaître Louis XVI pour roi et invitait les autres sections à l'imiter. Mais le mot d*ordre était donné ; les révolutionnaires demandaient ouvertement la déchéance du roi et la mise en accusation de La Fayette, et ceux-là mêmes qui refusaient de s'associer ouvertement à ce mouvement, le favorisaient en secret.
Le 8, l'assemblée délibère sur la mise en accusation de La Fayette; Brissot la réclame avec beaucoup de violence; Vaublanc défend le général avec habileté et énergie, et la mise en accusation est rejetée à près de deux cents voix de majorité. Le parti violent paraît donc complètement battu au point de vue parlementaire : mais la législative n'a plus aucune influence; son rôle est fini. Au sortir de la séance, plusieurs membres de la droite sont insultés et maltraités ; leur vie est menacée : le lendemain, de nombreux députés
(i) Déjà, dans la séance du 17 juillet, des fédérés avaient demandé la mise en accusation de La Fayette et la suspension du roi.
(2) Parmi ces conunissaires on trouve Legendre, Fabre d'Eglantinef Lhttillier, Léonard, Bourdon, Henriot, Joseph Chénier, Tallien, Huguenin, etc. Le parti girondin y est représenté par Pache, alors confident intime de Roland, et par Louvet j Fauteur de Fàublas. (Mortimer Ternaux i L II, pp. 171 et 417.)
exposent les outrages qu'ils ont reçus et les dangers qu'ils ont courus la veille, et sont à chaque instant interrompus par les éclats de rire des tribunes. La droite a beau réclamer des mesures de sûreté, sommer le président de la faire respecter par les tribunes, celles-ci continuent toujours à Tinsulter, et les députés de la gauche les soutiennent.
Il n'entre pas dans notre plan de raconter en détail cette fatale journée du 10 août, sur laquelle ont passé plusieurs alluvions de mensonge, suivant Theureuse expression de Michelet qui a vu, comme tant d'autres, la paille dans l'œil de son voisin sans voir la poutre dans le sien. M. Mortimer- Ternauxa restitué à cette révolution son véritable caractère :
« Cette unanimité des sections se levant comme un seul homme pour renverser la monarchie constitutionnelle, nous verrons qu'elle n'a jamais existé : cette liste de trois cents prétendus délégnés du peuple en insurrection , nous verrons qu'elle est fausse ; ces pleins pouvoirs remis par le peuple entre les mains de ses sauveurs, nous verrons comment ils furent obtenus et par qui ils furent donnés ; à des descriptions de luttes gigantesques où l'on nous représente des masses profondes montant héroïquement à l'assaut des Tuileries, nous opposerons purement et simplement le chiffre des morts et des blessés {{).,, »
Et il prouve victorieusement tout ce qu'il avance.
De prétendus délégués des sections (â) se fout nommer pendant la nuit par quelques affidés, s'installent à ThOtel de ville vers deux heures du matin, prennent Tallien pour président, Huguenin pour secrétaire, et dirigent le mouvement. La commune légale et la commune insurrectionnelle siègent simultanément pendant quatre heures. Mandat, commandant de la faible garnison du château, est attiré
(1) Histoire de la Terreitr, t. II, p. 215. Le nombre des morts et des blessés du côté des assaillants ne s'élève tout au plus qu'à cent soixante, d'après le curieux travail fait par M. Mortimer Ternaux (t. II, p. 492) sur des documents fournis par l'insurrection elle-même. La loi du 25 octobre 1792 avait accordé un crédit de 400,000 livres à distribuer aux proches des fédérés tués le 10 août, et une pension de 363 livres aux fédérés gravement blessés. On a pu constater ainsi le très petit nombre des tués et des blessés.
(2) Les agitateurs se firent nommer dans la nuit du 9 au 10, lorsqu^il n'y avait plus dans les sections que quelques individus endormis sur les banquettes. Ainsi six individus nommèrent trois délégués au nom de 1,500 citoyens dans la section de TÂrsenal.
dans an odieux guet-apens et lâchement assassiné. La coin« mune insurrectionnelle met alors la commune légale à la porte et, d'accord avec Pétion, le fait consigner par six cents hommes (1), pour qu*il puisse écrire à rassemblée une lettre désespérée et continuer son ignoble comédie. Louis XVI, se voyant abandonné par une partie de la garnison, suit le malheureux conseil de Rœderer, et se retire à rassemblée avant d'être attaqué.
En réalité, le château ne fut pas pris, mais abandonné : la populace, qui voulut Tenvahir après le départ du roi, fut mise en fuite par une simple décharge. Louis XYI envoya de l'assemblée Tordre d'évacuer les Tuileries , et les émeutiers ne pénétrèrent dans son palais que lorsqu'ils furent certains qu'il était vide. Il n'y avait plus de résistance, les Suisses se retiraient à travers le jardin, lorsque les insurgés vinrent s'embusquer derrière les arbres et tirer bravement sur eux. Us continuèrent pourtant et se divisèrent en deux colonnes : l'une se dirigea vers l'assemblée où elle remit ses armes, ce qui n'empêcha pas les hommes à piques d'égorger un grand nombre de soldats désarmés, pendant qu'ils regagnaient leur caserne : l'autre colonne se dirigea vers le pont tournant, mais cernés et fusillés de lous les côtés, et chargés par les gendarmes qui avaient passé à l'émeute , ceux qui la composaient périrent presque lous. Ainsi ces malheureux soldats ne succombèrent point dans un combat véritable, ils furent assassinés pour la plupart. Plusieurs assassinats furent commis en dehors de Taction , et dans les circonstances les plus atroces. Avant le combat, le journaliste Suleau fut égorgé avec plusieurs personnes. Carie , chef de bataillon de la garde nationale qui avait montré de l'énergie au 20 juin, et M. de Clermont- Tonnerre, ancien membre de la constituante, furent lâchement assassinés, bienjqu'ils n'eussent en aucune façon pris part à la lutte. Les prétendus vainqueurs du 10 août n'an* nonçaient que trop bien les massacreurs de septembre.
Pendant ce temps-là , l'assemblée composée, en grande partie des complices des émeutiers, perdait son temps en vaines discussions et feignait de se croire menacée. Elle céda
(i) C'est Pétion lui-même qui, après ie 10 août, s'en est Tante!
21 i CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ.
facilement aux vœux des vainqueurs qui la bloquaient, Huguenin vint, au nom de la commune, lui dicter ses volontés :
« Le peuple qai nous envoie vers tous nous a chargés de vous déclarer qu*il vous investissait de nouveau de sa confiance ; mais i! nous a chargés en même temps de vous déclarer qu'il ne pourrait reconnaître pour juge des mesures extraordinaires auxquelles la nécessité et la résistance à Toppression Font porté , que le peuple français réuni dans ses assemblées primaires. »
Ainsi la commune insurrectionnelle daignait non pas reconnattre, mais renouveler le mandat de l'assemblée, pourvu qu'elle lui laissât le champ libre et qu'elle s'en allât bientôt. .Guadet, qui préside, lui répond avec une platitude admirable et, pour lui rendre sa politesse, reconnaît officiellement la commune usurpatrice, en invitant ses envoyés à retourner à leur poste. Mais immédiatement sur la motion de Bazire, l'assemblée la confirme par un décret formel. Elle vote une nouvelle formule de serment, des pétitionnaires arrivent et s'indignent que l'assemblée n'ait pas encore prononcé la suspension du pouvoir exécutif, (c Apprenez, disent-ils, que le feu est aux Tuileries , et que nous ne l'arrêterons qu'après que la vengeance du peuple sera satisfaite. » Les jacobins menacent, les girondins s'effraient. Bientôt Yergniaud, d'une voix altérée, annonce qu'il va c( avec douleur » et sans réflexions, présenter au nom de la commission extraordinaire, une mesure rigoureuse que les événements ont rendue indispensable : le peuple français sera invité à former une convention nationale, le chef du pouvoir exécutif est suspendu provisoirement de ses fonctions. La commission extraordinaire doit présenter dans ce jour, en même temps que le nouveau ministère, un projet de décret de nomination du gouverneur du prince royal. Cette dernière disposition prouvait que les girondins n'avaient pas encore renoncé à établir une régence qu'ils exploiteraient à leur profit (1); c'était à la fois naïf et mala-
(1) L'ancienne coounission des douze, transformée depuis le 29 mai, au lieu de chercher à maintenir la constitution, préparait des décrets pour la révolution prochaine. Elle s'était occupée de la minorité du roi, dans la prévision d^une abdication forcée. On lit, en effet, dans son procès-verbal de la séance du 3 août au matin :
• M, Vergniaud a la le travail dont il avait été chargé sur ia déchéance.
droit. Bientôt les jacobins , devenus leurs ennemis mortels, leur reprocheront avec la dernière violence d'avoir voulu conserver la couronne au fils de Louis XVI, et les poursuivront de cette accusation devant le tribunal révolutionnaire. Les ministres sont mis en arrestation, les scellés apposés sur leurs papiers ; le ministre de la guerre d*Abancourt est décrété d'accusation et envoyé aux prisons de la haute cour; Roland, Servan et Glavière sont rappelés au ministère par acclamation, les autres ministres sont nommés au scrutin. Sur S84 votants, Danton obtient 222 suffrages pour le ministère de la justice, Monge 154 pour celui de la marine, Lebrun 109 pour les affaires étrangères, le décret de proscription contre les prêtres est déclaré exécutoire. L'assemblée comptait 749 membres, dont 630 avaient pris part, l'avant-veille, au scrutin sur La Fayette ; mais le 1 0 août, 284 membres seulement, pas même deux cinquièmes de cette assemblée bloquée par l'émeute, sanctionnent par leurs votes le fait accompli. La révolution du 10 août n'a pas été ratifiée par l'assemblée législative mais par un croupion!
Hlf. Condorcet et Vergniaud ont été nommés aa scrutin pour présenter séparé- Bent à la commission un travail relatif aux mesures à prendre avant et après la déekéanee du roi, dans le cas où rassemblée serait obligée de prononcer cette déchéance.
«Ha été lu trois projets de décrets par MM. Condorcet, Lacépède et Pastoret, sur Védueation du prince royal mineur, et sur celle du roi mineur.
« Après quelques observations, la discussion sur ces trois projets de décret a Até ajournée à demain matin. »
Mais les événements se succédaient rapidement les uns aux autres : lei procès-verbaux des séances suivantes ne portent point trace de cette diicassion. On y voit seulement que le 6 août, Condorcet présente un rapport « sur les bases de la souveraineté, » et Gensonné parle sur la déchéance, et que le 7, la commission a discuté encore sur la déchéance. Le prooës-verbal du 8 août au matin, qui est le dernier, porte que Condorcet a lu son rapport et qu*il est chargé de faire le lendemain un rapport général préparatoire « sur les mesures à prendre concernant la déchéance ».
Les modérés avaient déserté cette commission et les girondins, restés maîtres du terrain, préparaient la révolution du 10 août. On voit par les procès-verbaux qu'ils faisaient venir fréquemment les ministres à la commission, sous prétexte de conférer avec eiu ; ils les contraignaient ainsi à leur fournir des renseignements qu'ils avaient soin de transmettre aussitôt aux émeutiers pour rendre par avance toute défense impossible. (Archives nationales ÀFX, 1.)