‹ Histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 101 sur 109 · TRAHISON DE PICHEGRU · texte numérisé non relu

TRAHISON DE PICHEGRU

de cette honteuse négociation, non pas avec les mêmes détails, ni dans lé même esprit, mais les circonstances principales ne sont point différentes. Pichegru proposa au prince de (londé de faire passer le Rhin à une colonne française qui se réunirait au corps des émigrés ; puis ils reviendraient réunis ensemble proclamer le gouvernement royal. Il donnait pour certain que toute son armée serait entraînée dans ce mouvement, que les places fortes ouvriraient leurs portes ; on marcherait à grandes journées sur Paris avec le renfort de quelques bataillons autrichiens, s'ils étaient nécessaires.

Les indécisions et les méfiances du prince, son embarras d'avoir à traiter avec un général républicain ; le désir de prendre un rôle plus important et de trouver une occasion de gloire militaire; Tinquiétude de son entourage qui ne voulait de contrerévolution que si elle était complète et sans concessions; la volonté obstinée des Autrichiens qui ne consentaient à servir ce projet qu'à la condition d'occuper Strasbourg et Hûningue; l'argent donné par M. Wickham, l'envoyé anglais; la froide fermeté de Pichegru à ne point changer le seul plan dont il regardait le succès comme probable ; en résumé, l'impossibilité de prendre une résolution et de rien risquer : tel était l'épisode qui se passait sur les bords du Rhin, pendant que les mêmes incertitudes, la même impuissance de résoudre et d'agir se manifestaient à L'île d'Yeu.

Ces vains pourparlers se continuèrent longtemps et ne furent découverts que beaucoup plus tard. Les comités et les républicains qui dénonçaient sans cesse des conspirations imaginées par leur inquiète

TRAHISON DE PÏCHEGRU. 441

méfiance ou racontées à leur crédulité, en les attribuant aux orateurs des sections de Paris , ne savaient pas que le général le plus empressé à faire accepter la constitution et crier « Vive la République ! » les vendait au chef de l'armée des émigrés.

Rien ne pouvant être conclu, Pichegru ne changeait aucunement de conduite. Nul mouvement militaire , nulle relation avec la politique intérieure ne décelaient les pensées de trahison qui le préoccupaient. Il avait toujours été grave et silencieux ; sa physionomie prit alors une expression sombre et triste. Jamais il n'avait été confiant ni communicatif avec son état-major et les généraux qui servaient sous ses ordres ; toutefois il demandait auparavant des informations, il écoutait des conseils et savait les mettre à profit. Maintenant il s'enveloppait dans un& complète taciturnité ; ainsi les opérations militaires étaient moins bien combinées et surtout exécutées avec moins d'élan et moins d'ensemble '.

Les armées françaises étaient restées aussi inactives sur la rive gauche, que les Autrichiens sur la rive droite. Il y avait eu seulement quelques combats autour de Mayence; puis la reddition de Luxembourg après un blocus de sept mois avait rendu disponible l'armée de Sambre-et-Meuse. Jourdan pouvait maintenant s'étendre jusqu'à Mayence et combiner ses mouvements avec Pichegru qui réunissait sous son commandement les deux armées du Rhin et de Rhinet-Moselle.

Le comité de salut public s'étant résolu à continuer

1 Mémoires du maréchal Sàint-Cyr.

Page 1