‹ Histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 102 sur 109 · PASSAGE DU RHIN · texte numérisé non relu

PASSAGE DU RHIN

la guerre contre l'Autriche et à ne traiter qu'avec des ennemis vaincus et soumis, voulut commencer tout aussitôt une campagne agressive : Tordre fut donné aux deux armées de passer le Rhin. C'était une entreprise difficile. A aucune époque le gouvernement n'avait laissé les armées dans un pareil dénûment ; elles manquaient de tout. Le désordre des finances était devenu tel qu'on ne savait comment pourvoir à aucune dépense. La dépréciation des assignats faisait de si rapides progrès que toutes les transactions commerciales étaient devenues difficiles et hasardeuses. Ni le vendeur, ni l'acheteur ne savaient au moment où le marché se concluait quelle était la valeur réelle de la monnaie que l'un donnerait et que l'autre recevrait. Le moindre délai dans le payement changeait les conditions du marché, tant l'assignat avait perdu de valeur pendant cet intervalle. Comme l'administration conventionnelle n'employait d'autre moyen de sortir d'embarras que d'émettre encore des assignats, cette détresse croissait par une progression effrayante. Cambon imprimait que pendant les seize mois où il avait dirigé l'administration des finances , les dépenses s'étaient élevées à trois milliards , tandis que depuis dix mois on avait dépensé vingt-trois milliards.

L'état des finances et la détresse de l'administration militaire auraient dû détourner le gouvernement d'entreprendre une guerre active. Déjà au mois de mai, à l'époque où l'on aurait pu entrer en campagne, les deux généraux s'étaient judicieusement opposés au projet de passer le Rhin et avaient lutté contre les instructions envoyées par Aubry et Letourneur, alors chargés de la correspondance militaire. Leurs

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