FÊTE EN L'HONNEUR DES GIRONDINS
gouvernement ne réussissait à changer; cette opinion parisienne , qui ne cédait point aux exhortations , qui se montrait insensible aux ménagements, avec laquelle on ne pouvait négocier, inspiraient à la Con* vention le désir d'arriver le plus tôt possible à l'installation des pouvoirs nouveaux, à la session d'un autre corps législatif. Le terme du * 1 5 brumaire * qu'elle avait fixé parut trop éloigné; un nouveau décret l'avança de dix jours, et abrégea les forma* lités et les délais qui avaient été indiqués pour la vérification des opérations électorales.
Cependant le péril devenait chaque jour plus menaçant. Le 1 1 vendémiaire ', la Convention était solennellement réunie pour célébrer, selon qu'elle l'avait décrété, l'anniversaire de la mort des vingt-deux Girondins. Thibaudeau demanda l'ajournement de la fête. — « Nous serons, disait-il, la risée de l'Europe, si, en de tels dangers, nous employons notre temps a des cérémonies. Nous nous occuperons des morts quand nous aurons sauvé les vivants. »
Tallien répondit : — « Hier, je voulais m'opposer à cette fête; mais, puisque tout est préparé, il serait indigne de la Convention de ne la point célébrer. Cette solennité retremperait nos âmes , s'il était nécessaire. Je veux pleurer sur les mânes des Vergniaud , des Condorcet, des Camille Desmoulins. Tirons ensuite le glaive; les bataillons se formeront ici. C'est d'ici que nous partirons pour combattre la nouvelle horde de Charette. » — Tallien aurait pu pleurer aussi sur les mânes de Guadet et de Barbaroux qu'il avait en-
1 5 noverabrp.
■* % octobre.
326 RAPPORT DE DUWOU.
voyés à l'échafaud pendant sa. mission de Bordeaux.
Cette fêta, célébrée au milieu de la Convention inquiète et préoccupée des dangers qui la menaçaient , offrit un spectacle bizarre. L'orchestre du Conservatoire exécutait de funèbres symphonies en l'honneur des martyrs de la Gironde; le chœur chantait des hymnes patriotiques; et, dans l'intervalle de ces morceaux de musique, les orateurs montaient à la tribune , conversaient entre eux, faisaient des motions d'ordre sur les mesures à prendre ; les uns disaient leurs alarmes et les autres se montraient rassurés : Barras affirmait que, s'il y avait des dangers, ils étaient pour les conjurés.
Mais l'Assemblée devint plus attentive , lorsque Daunou, au nom du comité de salut public, vint rendre compte de ce qui se passait dans les sections ; il commença par un exposé de tous leurs actes depuis leur réunion et de la conduite qu'elles avaient tenue envers la Convention.
— « La souveraineté une fois transportée dans chacune des. assemblées primaires de Paris, il leur a paru tout simple de se déclarer en permanence, nonseulement jusqu'à l'organisation des pouvoirs constitués, mais jusqu'à l'entière exécution des arrêtés des sections. Vous savez que plusieurs des lois rendues par vpus ont été déclarées nulles par les sections.
ce Lorsqu'on se croit le pouvoir d'annuler les lois, il n'est pas étonnant qu'on intime aux fonctionnaires civils et militaires des ordres contraires aux dispositions prises par le, gouvernement.
« Vous avez refusé d'entendre une deputation de