‹ Histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 78 sur 109 · ATTAQUE CONTRE LA SECTION LEPELLETIER · texte numérisé non relu

ATTAQUE CONTRE LA SECTION LEPELLETIER

mencait à s'amasser aux abords de la section et dans la rue Vivienne. Un rassemblement de jeunes gens débouchait par le perron du Palais-Royal. Ainsi la troupe aurait eu à combattre en ayant et en arrière. Le général Menou trouva la position mauvaise et ne voulut ni compromettre ses soldats , ni commencer la guerre civile dans les rues de Parie, avant d'avoir reçu de nouveaux ordres.

11 arrêta le mouvement commandé par Laporte.

— « Je passerai mon sabre , dit -il, à travers le corps du premier qui sortira des rangs sans mon ordre. »

Puis il s'adressa au bataillon sectionnaire , l'engagea à se retirer et à laisser ses armes , promettant de faire aussi retirer les troupes. Cela sembla convenu et le général fit en effet sa retraite. Mais les hommes de la section Lepelletier auraient voulu se conformer à cette espèce de traité qu'ils ne l'auraient pu. Toutes les rues adjacentes s'étaient successivement remplies de gardes nationaux des autres sections accourus pour défendre leurs camarades. Il y avait peut-être vingt mille baïonnettes pressées autour de la rue Vivienne.

Pendant cette scène, la Convention était en permanence, attendant avec anxiété des nouvelles de ce qui se passait. Des bruits sinistres se répétaient dans les couloirs de la salle. — « Nous sommes trahis, » disaiton. — Chénier sommait les comités de rendre compte de l'état de Paris. — « Sachons, disait-il, si les royalistes doivent enfin plier devant la volonté nationale. »

Delaunay monta à la tribune : — « Vos comités ont pris dans la journée toutes les mesures pour faire exé-

cuter vos décrets. La section Lepelletier est investie de toutes parts. »

Cela n'était déjà plus vrai ; on cria au rapporteur : — ce C'est un mensonge ! »

Il convint que les troupes s'étaient repliées; mais il * ajouta qu'elles avaient reçu l'ordre de rétourner.

— « Menou est un traître, » disaient les uns. — « Il est impossible d'imaginer, s'écriait Louvet, le langage de bassesse du ci-devant baron de Menou à la section Lepelletier. Je demande que les comités examinent sa conduite. »

Louvet proposait son arrestation; mais il conjurait la Convention d'accorder une confiance entière à ses comités.

A quatre heures et demie du matin, Merlin de Douai présenta un projet de décret. — « Le général de brigade Barras est nommé commandant de la force armée de Paris et de l'intérieur. Delmas, Laporte et Goupilleau lui sont adjoints. Les autorités civiles et militaires sont tenues de lui obéir.

La séance fut suspendue.

La journée qui commençait devait décider du sort de la Convention. La victorieuse fermeté de la section Lepelletier avait élevé les espérances et le courage du parti de la Réaction, qui, pas plus à ce moment qu'à aucun autre, n'avait l'aspect chouan, ni royaliste. La générale fut battue pendant toute la nuit. Paris entier était sur pied. Les bataillons de la garde nationale étaient nombreux. Il eût mieux valu y choisir des hommes d'élite, décidés et intelligents, que de s'encombrer de masses qui donnaient plus d'embarras que de secours.

Tout se fit sans direction, sans plan, sans discipline.

L'imprévoyance de ceux qu'on nommait conspirateurs était si grande, qu'ils n'avaient pas même pensé à choisir un général; ce fut la section du Théâtre- Français qui désigna un officier général nommé Danican. Il avait fait la guerre de la Vendée; mais comme les représentants Levasseur et Francastel furent mal satisfaits de son penchant à la modération, ils le destituèrent. Carnot le sauva du tribunal révolutionnaire. Peu de temps avant le 13 vendémiaire, il commandait à Rouen et venait de donner sa démission en protestant contre les décrets, lorsqu'ils avaient été présentés au vote de l'armée. Dans la nuit du 12 au 13, la section du Théâtre-Français, qui devait être cernée en même temps que la section Lepelletier, avait appelé Danican au commandement de son bataillon. Il arriva à temps pour défendre le Pont-Neuf. Sans le moindre combat, grâce à sa fermeté et après avoir parlementé, il décida les colonnes républicaines à se retirer. Quoi qu'on en pût dire à la Convention, la troupe et la plupart des officiers n'étaient point portés de bonne volonté à tirer sur les citoyens, ni à faire la guerre des rues.

Ce fut donc seulement le 13 au matin que le comité central, réuni à la section Lepelletier, nomma Danican général des sections.

Son avis fut de rester sur la défensive , et de combattre dans chaque quartier les colonnes que la Convention y enverrait. On n'avait ni canons , ni munitions, ni même de vivres. Les succès de la veille auraient dû enseigner que c'était la marche la plus raisonnable; ils avaient, au contraire, inspiré une

présomptueuse témérité. On n'écouta point Danicau , tant on se flattait que les soldats ne tireraient pas sur leurs concitoyens. Ainsi le général qu'on venait de choisir commença par inspirer quelque méfiance, ce qui n'ajoutait point à son autorité, déjà si incomplète. De son propre aveu, il était fort mal résolu et n'avait pas bonne espérance. Peut-être n'était- il pas habile ; mais assurément il n'avait pas le courage de la décision *.

Cette nuit fut employée pour la défense 4© la Convention mieux que pour l'attaque dont les sections formaient le projet. Menou fut mis en arrestation; trois des généraux qui servaient sous ses ordres furent destitués : Barras se constitua, de fait comme de droit, général en chef. Mais il n'avait nulle expérience ni de la guerre ni du commandement. Il retrouva dans les bureaux du comité de salut public un général dont il avait pu reconnaître le talent et le caractère au siège de Toulon. Le général Bonaparte, lorsqu'il était venu à Paris réclamer contre la privation de son grade, n'avait trouvé ni protection ni souvenir dans Barras ou Fréron. Ce n'étaient pas eux qui l'avaient défendu contre Aubryj ce n'étaient pas eu* qui avaient conçu de lui une grande idée. Pontécoulant, puis Le Tourneur de la Manche lui avaient accordé toute leur confiance , et il était devenu spécialement chargé de diriger les opérations de l'armée d'Italie. Ainsi, il avait été, d'abord sans titre officiel, ensuite comme attaché au bureau militaire , placé sous les ordres du comité de salut public.

Lorsque le général Hoche fut appelé à remplacer

1 Mémoires de Danican.

Ganclaux dans le commandement de l'année des côtes de l'Ouest, le comité lui donna pour commandant de l'artillerie le général de brigade Bonaparte 1 . Il refusa, maie non point parce qu'on l'envoyait comme général d'infanterie; cette offre avait été repûussée par lui depuis longtemps, à l'époque où Àubry gouvernait les bureaux de la guerre» Il est probable que le général Bonaparte avait le désir et la volonté de retourner à l'armée d'Italie; toutes ses vues étaient tournées de ce côté.

Le comité s'irrita d'abord , et, par un arrêté, « raya de la liste des officiers généraux le général Bonaparte, attendu son refus de se rendre au poste qui lui était assigné f . »

Lé mécontentement du comité de salut public ne dura pas longtemps. On voit, par une lettre du 1 7 fructidor du général Hoche, que le comité de salut public avait appelé près de lui le général Bonaparte ; en conséquence un autre officier général fut désigné pour commander Partillerie dans l'armée de l'Ouest.

Barras trouva donc le général Bonaparte dans le bureau topographique \ Il se souvint alors du jeune officier d'artillerie et de ce qu'il lui avait vu faire à Toulon. Il le chargea de donner les ordres nécessaires pour presser l'arrivée des troupes et de déter-

1 Lettre de Hoche.

9 Mémoires de Bourrienne, an iv, 29 fructidor,; cette date est évidemment inexacte, ce doit [être : an m.

9 Mémoires de M. Fain : L'heure à laquelle le général Bonaparte fut officiellement nommé commandant en second est indiquée différemment dans la plupart des documents. — Les Mémoires écrits par M. de Montholon disent qu'au milieu d'une séance de la Convention, où Napoléon était présent, il arrangea, avec quelques représentants, que Barras serait général en chef et lui commandant en second. — La note

miner les postes où elles seraient placées pour la défense de la Convention. Tout se traitait avec une telle confusion, avec une telle précipitation, que Barr ras ne pouvait pas expliquer quelle était la situation et où serait le danger.

Menou venait d'être arrêté, et il était détenu dans une des salles du comité. Le général Bonaparte avait trop de sens pour croire qu'un général, plein de bravoure et de loyauté, eût trahi son devoir ou manqué de courage. Sans s'occuper des méfiances jacobines, il alla trouver Menou et se régla d'après les informations qu'il en reçut.

A ce moment la Convention n'était gardée que par cinq ou six mille hommes de toutes armes qui bivouaquaient dans la cour et dans le jardin ou qui dormaient dans les salles; encore fallait il comprendre dans ce nombre les gardiens de la Convention, la légion de police et le bataillon des patriotes *.

L'artillerie de position était encore au camp des Sablons, gardée seulement par cent cinquante hommes. Le reste était à Marly. Le dépôt de Meudon était sans aucune garde. Il n'y avait aux Feuillants que quelques pièces de quatre sans canonniers, et seulement quatrevingt mille cartouches. Les magasins de vivres étaient disséminés dans Paris.

Dans plusieurs sections, on battait la générale;

autographe imprimée dans les Mémoires de Bourrienne dit qu'il fut appelé à cinq heures du matin. M. Fa in , témoin oculaire, dit que le général Bonaparte avait pendant toute la nuit expédié des ordres au nom de Barras. L'auteur de cette histoire a entendu raconter au général Junot que le matin du 43, le général Bonaparte ne savait pas encore sa nomination de commandant en second.

1 Note du général Bonaparte imprimée dans les Mémoires de Bourrienne.

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celle du Théâtre-Français avait des postes au Pont- Neuf qu'elle avait barricadé.

L'artillerie des Sablons fut conduite aux Tuileries. On fit chercher, dans la gendarmerie et parmi les patriotes, les hommes qui avaient servi dans l'artillerie. On évacua l'artillerie de Marly sur Meudon , où l'on établit un atelier pour fabriquer des cartouches. On assura la subsistance de l'armée et de la Convention pour plusieurs jours.

Des canons furent placés aux Feuillants 1 afin de battre la rue Saint-Honoré ; des pièces de huit, aux débouchés des rues qui conduisaient de la rue Sainte Honoré vers les Tuileries ; trois obusiers , au Carousel * pour incendier les maisons d'où l'on tirait sur la Convention.

Le général Bonaparte n'avait encore transmis que des ordres donnés au nom de Barras ; il rentra chez lui, tard dans la nuit. Il demeurait alors rue Vivienne avec Junot, son fidèle aide de camp, qui ne l'avait pas quitté depuis Toulon; dès le matin, ils sortirent pour se rendre aux Tuileries; chemin faisant, le général Bonaparte regardait les préparatifs des sections; leurs colonnes qui débouchaient de toutes les rues autour du Palais-Royal; les positions qu'elles occupaient; il prenait en pitié tant d'impéritie, tant de présomption dans les projets, tant de lenteur dans l'exécution; il disait comment il aurait fallu s'y prendre pour s'emparer de la Convention, ce qui , selon lui, eût été très-facile.

1 Au coin de la rueCasIiçlîone.

9 Cette place était alors beaucoup moins étendue qu'elle ne Ta été depuis.

A peine entrait-il dans le jardin par la terrasse du château, que Barras, qui le cherchait, remmena au comité, où il fut reconnu commandant en second de Tannée de Paris. Ils allèrent ensemble visiter tous les postes. Le général Bonaparte s'occupa surtout de placer les batteries au débouché des rues et en face des ponts.

L'intention évidente de la majorité de l'Assemblée et des comités était de ne point engager le combat et d'attendre l'attaque des sections , en se préparant à la repousser avec vigueur de manière à ne point laisser de doute sur le succès. La matinée se passa ainsi. Les bataillons sectionnaires s'avancèrent sans trouver de résistance, s'établirent à Saint-Roch, et suivirent la rue Saint-Honoré jusqu'à l'hôtel de Noailles 1 , qu'ils occupèrent aussi. Là, et sous les galeries du Théâtre-Français au Palais-Royal , étaient leurs principaux postes ; ils s'avançaient même, par la rue de l'Echelle, jusqu'à une place qu'on appelait alors le Petit-Carousel. Les avant-postes parisiens essayaient de parlementer avec les officiers de la ligne, qui ne consentaient à aucune conversation.

Cependant le général Danican et les gens raisonnables n'avaient pas plus que la majorité de la Convention l'envie de commencer la guerre civile. Les Tuileries étaient maintenant bien gardées; des batteries enfilaient toutes les rues. Si les sections avaient eu des chances de succès la veille au soir et pendant la nuit, le moment était passé. Danican écrivit donc au comité de salut public que les Parisiens avaient

1 La rue d'Alger a été ouverte sur remplacement de l'hôtel de Noailles.

pris les armes uniquement contre les Terroristes, dont la Convention venait de s'entourer; que s'ils étaient rassurés contre la menace d'être livrés aux Jacobins et aux massacreurs , ils rentreraient dans l'ordre : — « Je prie, je conjure, disait-il, les comités, au nom de la patrie et de l'humanité, -d'épargner le sang français; de mon côté je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter l'horreur d'une guerre civile; si elle a lieu, vous en serez responsables envers la France et aux yeux de la postérité. »

Cette proposition donna aux modérés de la Convention quelque espoir d'empêcher de si grands malheurs. — « Tout ce qui préviendra l'effusion du sang sera honorable, disaient-ils ; il ne s'agit pas de donner satisfaction complète aux sections; mais il y a peutêtre des concessions qu'on pourrait faire ; les esprits sont exaspérés, nous devons les calmer. » — Tallien, Louvet, Sieyès, Dubois-Crancé s'opposaient à toute négociation ; mais ils n'avaient point la majorité dans cette réunion des comités, qui se composait de quarante députés présidés par Cambacérès. On convint qu'une nouvelle proclamation instruirait les Parisiens des motifs qui avaient déterminé la Convention à armer plusieurs citoyens lorsqu'ils étaient venus s'offrir pour la défendre. « Si de mauvais citoyens se sont glissés parmi eux , an les fera sortir et l'on accueillera les réclamations. »

Ce projet d'adresse fut porté à l'Assemblée, où il fut accueilli par des murmures. En ce moment la majorité croyait la Convention menacée et ne voulait pas qu'on perdît des moments précieux pour repousser la sédition. Barras et le général Bonaparte avaient fait porter des fusils et des gibernes dans

les pièces attenant à la salle, pour armer les représentants; ils attendaient à chaque moment Tin* vitation de se défendre en personne contre les insurgés.

Lanjuinais osa parler contre la proposition de rejeter l'adresse. — « On n'aurait pas dû, disait-il, rapporter avec tant de précipitation le décret qui avait ordonné le désarmement des Terroristes. » — Des murmures Pinterrrompirent. D'autres ne furent pas mieux écoutés que lui, lorsqu'ils parlèrent des assassins et des brigands enrôlés comme patriotes de 89.

Chénier s'étonna qu'on eût écouté les demandes des sections en révolte. « — Aucune transaction n'est possible. 11 n'y a point d'autre honneur pour la Convention que la victoire ou la mort. Quand elle aura vaincu elle saura distinguer les hommes égarés d'avec les coupables. S'il y a des assassins, ils sont parmi les révoltés. »

— « Mais c'est la guerre civile ! s'écria Lanjuinais. — « C'est toi qui fais la guerre civile » lui disaient quelques représentants. — Il voulut monter à la tribune. De toutes parts on criait : « A bas! » On ne le laissa point parler.

11 était quatre heures après midi. On entendit crier aux armes. Les militaires et les citoyens armés qui étaient dans les salles allèrent se ranger en bataille.

— « En séance ! à vos places ! » dit le président. Plusieurs représentants sortirent pour se mêler aux bataillons. Les autres se placèrent sur leurs bancs dans un profond silence et une solennelle attente. Bientôt on entendit le bruit de la fusillade et du canon qui semblaient rapprochés de la salle.

— « Que tous les représentants du peuple restent à

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leur place ! Recevons la mort avec l'audace qui appartient aux amis de la liberté et aux fondateurs de la République. » Ainsi parlait Legendre. — Leur courage était mêlé d'effroi, mais leur contenance restait calme et ferme , quoique triste. Quelques-uns sortaient le sabre à la main, pour aller se joindre aux combattants.

Le canon et la fusillade qu'on avait d'abord entendus du côté de la cour du Manège, semblaient maintenant arriver du Petit-Carousel sous les fenêtres du Comité de sûreté générale.

Une voix à l'extrémité de la salle, appela les membres de la Convention qui étaient médecins ou chirurgiens pour panser les blessés. Baraillon et quelquesautres se rendirent sur-le-chaifap à ce devoir. Un grand nombre de femmes de représentants, qui assistaient à la séance , allèrent offrir leurs charitables soins. Madame Tallien ne fut pas la mqins empressée. Peu de moments après, on commença à dire que les rebelles étaient repoussés. Un drapeau, qui venait de leur être enlevé, fut présenté à la Convention.

EnQn, vers sept heures du soir, à la nuit tombante, Merlin de Douai monta à la tribune; sa voix était émue et presque éteinte : — « Je viens vous annoncer le succès des défenseurs de la République contre les révoltés. Ce n'est pas sans douleur que je vous en parle, puisqu'il a coûté du sang français. » — Alors il raconta que plusieurs rebelles s'étaient avancés vers le poste du Comité de sûreté générale, pour parlementer et en criant : « Vive la République! Vive la Convention ! » et qu'au même instant, par une infâme trahison, le feu avait commencé.

Soit que Merlin fût mal informé, soit qu'il jugeât

à propos d'imputer la première attaque aux rebelles, les autres récits ne reproduisirent pas cette circonstance.

Les premiers coups de fusil avaient été tirés des fenêtres d'une maison de la rue Saint-Honoré située entre la rue du Dauphin et l'hôtel de Noailles. Par qui fut donné le premier signal du combat ? C'est ce qui n'a jamais été su avec certitude. Chaque parti a imputé cette malheureuse initiative au parti contraire. Le désir impatient de voir commencer le combat qu'avaient montré les zélateurs de la République révolutionnaire, Chénier, Louvet, Dùbois-Craneé , Barras surtout ; leur opposition passionnée aux négociations que les comités voulaient essayer autorisèrent les soupçons qui se portèrent sur eux. M. Thibaudeau, sans doute bien informé, a écrit: — « Ces coups de fusil eurent pour but de faire cesser l'irrésolution des comités et d'empêcher qu'ils consentissent à quelque transaction qui aurait , évidemment amené le triomphe des sections. Le général Bonaparte laissa mémo croire que c'était lui qui avait fait tirer. » — M. Lacretelle raconte que le premier coup de fusil fut tiré par Dubois-Crancé. — M. Real , qui écrivit un récit du 1 3 vendémiaire sous la dictée de Barras et de Tallien , dit emphatiquement : « Génie de la liberté, tu veillais encore pendant que le gouvernement délibérait ! »

La bataille se trouva tout aussitôt engagée sur beaucoup de points à la fois. Déjà, sans combat, le bataillon Lepelletier eommandé par un ancien garde du corps nommé Lafond avait soit en parlementant) soit par son évidente supériorité de nombre, fait évacuer le Pont-Neuf où commandait le général G art eaux. Lés

deux quais et le jardin de l'Infante étaient occupés par les sectionnaires.

Le combat le plus vif et qui décida la journée se passa près de la Convention. Les rebelles postés à l'hôtel de Noailles et dans presque toutes les maisons de la rue Saint-Honoré tiraient par les fenêtres ; les balles atteignaient les troupes rangées dans la cour du Manège et sur la terrasse du château . Le poste important des sections dans ce quartier, c'était Saint-Roch. Gomme la rue du Dauphin, alors beaucoup plus étroite que maintenant, n'est point en face de l'église , la batterie de l'armée conventionnelle ne portait que sur l'extrémité du perron. Quand elle avait fait son feu , les sectionnaires descendant les marches, fusillaient les canonniers et les colonnes qui débouchaient de la rue du Dauphin ; ainsi plusieurs attaques furent repoussées. Sur ce point où combattit très-vaillamment le bataillon des patriotes, ils perdirent un assez grand nombre des leurs. Le général Berruyer qui les commandait eut un cheval tué sous lui.

Mais lorsque la nouvelle arriva que la colonne de Lafond avait été dispersée par les batteries du pont Royal. où elle avait voulu arriver par le quai Voltaire, et que les attaques tentées par les rues Saint-Nicaise et de l'Échelle sur le Carrousel étaient repoussées, le nombre des défenseurs de Saint-Roch diminua. L'espoir ne soutenait plus les courages. 11 n'y avait là que des combattants volontaires sans chefs et sans discipline. Le combat de la rue du Dauphin n'était plus soutenable, et la rue Saint-Honoré resta au pouvoir des républicains.

Ce fut à ce moment que Merlin de Douai vint anvu 23

354 journée ©u 13 Vendémiaire.

noncer à la Convention qu'elle était sauvée et victo* rieuse.

Cependant on combattait enfcbrej dent pofetea opposèrent une derrière résistance j on fut obligé de oanonner le Théâtre-Français -du Palais*Royal dotait les colonnes furent coupées ou entamées par tas boulets* En face de la rue du Coq où était jadis la barrière des Sergents quelques hommes des «ections» grâce & l'obscurité de la nuit, firent croire pendant quelque* moments qu'il était nécessaire d'aknener l'ârtilleriè pour les détoger.

A neuf heures et demie , Barras vint annoncer que tout était terminé. -^ ce Des meilleurs postes sdnt en notre pouvoir , et *i ce qui reste de ces misérables ne se rend pas à l'instant* ils éprouveront bientôt le sort de ceux qui ont déjà succombé. »

Les tribunes publiques voulurent applaudir. L'As» semblée fut unanime pour réprieker cette joie que ne devait pas admettre la victoire dans une guerre civile*

— « Si ce jour est heureux pour la République, t'est un jour de deuil pour l'humanité. »

J. Debry proposa l'insertion du rapport de Barras au Bulletin. Thibaudeau demanda l'ajournement

— « La Convention doit à ia France un compté authentiqua > non-seulement de cette jourèée Mais de celles qui la suivront *> -— U indiquait attasî les crain* te* q*ue lui inspiraient les triomphateurs «t laissait prévoir ia réekttoce <qu'il comptait leur opposer.

Louvet proposa une adresse aux France. C'était le récit de la lutte des sections contre l'assemblée et de là bataille sanglante qui venait de la terminer. Il répétait ce qu'il avait dit si souvent depuis deux mois : cette rébellion était un complot royaliste f un combat

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