‹ Histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 79 sur 109 · SÉANCE OU 14 VENDÉMIAIRE · texte numérisé non relu

SÉANCE OU 14 VENDÉMIAIRE

des vainqueurs de Fleuras contre les satellites de Louis XVIII. H le croyait sans doute, tant était passionnée son aversion contre l'ancien régime, tant était crédule sa peur de le voir revenir ; mais, en vrai Girondin, il voulait rassurer l'opinion contre le retour de la Terreur. — • « Non, jamais l'affreux régime de Robespierre né pèsera sur notre patrie; qui donc aurait plus d'intérêt i le combattre que nous , si longtemps ses victimes ; que nous , ses vain-* queurs? »

Les Montagnards comptaient bien ne pas user de la victoire avec tant de mansuétude ; dans la séance du lendemain matin , quand on apprit que toutes les sections se soumettaient, que tous les rassemblements étaient dissipés , que la tranquillité était complètement rétablie à Paris, alors éclata leur ardeur de vengeance. Barras arriva triomphant : — « Le souverain de la section Lepelletier n'existe plus. Les lâches n'ont pas même voulu nous attendre. » ■

— « Il faut livrer au glaive des lois les chefs de la révolté , » disait Talot.

— « Un dix-août royaliste était préparé contre la Convçution; la section Lepelletier était le quartier général de la Vendée, » ajoutait Quirot. Toutefois il promettait grâce aux citoyens qui n'avaient été qu'égarés.

La proclamation de Louvet n'était plus suffisante pour tant de colère; Ghénier en fit voter une autre , où il n'y avait plus une parole contre les terroristes. — il fut décrété que le bataillon sacré avait bien mérité de la patrie pour avoir vaincu les royalistes ; une loi pénale fut portée contre les présidents ou secrétaires

des assemblées électorales qui signeraient des procèsverbaux contraires aux décrets des 5 et 1 3 fructidor ; c'est-à-dire qui constateraient une élection où les deux tiers des élus ne seraient pas des Conventionnels. Tel était en effet, avant la journée du 13, le projet des électeurs de Paris.

Cependant on arrêtait en foule les hommes inculpés d'avoir pris part à la rébellion , et on les amenait au comité de sûreté générale; là, après un examen sommaire, soit un membre du comité, soit même les employés du bureau les mettaient en liberté, ou ordonnaient qu'ils seraient détenus comme suspects. On demanda qu'aucune mise en liberté ne fût accordée avant vingt- quatre heures, afin d'avoir le temps de prendre des informations ; puis on alla plus loin : il fallait les mettre tous en lieu de sûreté.

Un représentant , nommé Pérard , Montagnard zélé, crut le moment favorable pour en revenir au régime dont la seule appréhension avait été le véritable motif de la révolte.

— « Le canon de la Bastille a de nouveau retenti , dit-il , il faut que la victoire soit utile ; il faut que l'exemple soit marquant ; il faut que tout ce qui a combattu les patriotes soit puni.... Décrétez que les comités de salut public et de sûreté générale nommeront une commission de trois membres, qui vous proposeront, séance tenante, des mesures relatives au passé et au présent. »

Les tribunes publiques étaient, comme de coutume, composées de Jacobins; la motion de Pérard fut trèsapplaudie. Les murmures furent presque unanimes parmi l'assemblée.

Chénier s'opposa fortement à une telle proposition ;

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