‹ Histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 91 sur 109 · SCRUTIN D'ÉLECTION · texte numérisé non relu

SCRUTIN D'ÉLECTION

la pensée de soustraire à la peine de mort les crimes politiques ne s'était point présentée aux philanthropes révolutionnaires.

Baudin des Àrdennes, homme sincère dans ses utopiques illusions , après avoir dit :- — « La raison publique demandait l'abolition de la peine de mort comme celle de la royauté : c'étaient deux fléaux qui pesaient également sur l'humanité , » ajoutait :

— « Tout contre - révolutionnaire est en état de guerre avec la société ; elle peut ôter l'existence à celui qui a attenté à la sienne. » — Il consentit que l'abolition fût remise à un temps qui était vraiment indéfini.

- 11 était deux heures et demie ; aux termes du décret, rendu quatre jours auparavant, la séance devait finir à une heure. On fit souvenir le président de son devoir. — « Je déclare , dit-il , que la séance est levée. Union, amitié, concorde entre tous les Français ; c'est le moyen de sauver la République. *

— Il oubliait la formule indispensable qu'il aurait dû prononcer ; Thibaudeau la lui rappela.

(( La Convention nationale déclare que sa mission est remplie et que sa session est terminée. » — Des cris de Vive la République! se firent entendre de tous côtés.

Le pouvoir législatif et souverain de la Convention

avait cess.é; mais elle avait encore à s'acquitter d'une

fonction qui lui importait plus que toutes les lois

( qu'elle venait de voter , d'une fonction qui , depuis

deux mois , était sa principale pensée. Pour se l'être

> attribuée , elle avait suscité une opinion publique

puissante ; elle avait provoqué des résistances qu'il

vi. *

422 scrutin d'élection.

avait fallu vaincre à main armée ; le sang avait coulé pour le maintien de cette prérogative.

Non-seulement les assemblées électorales avaient dû choisir les deux tiers de leurs députés parmi la Convention , niais elle s'était réservé le pouvoir de choisir sur une liste supplémentaire, formée dans chaque département, les députés destinés à remplir les vides que laisseraient les élections multiples.

Or, ces élections multiples avaient été nombreuses. Lanjuinais avait été élu dans soixante-treize départements, Boissy d'Anglas dans soixante-douze, Pelet dB la Lozère dans soixante et onze, Pontécoulant dans trente-trois, Thibaudeau dans trente-deux; d'autres, appartenant au parti modéré, avaient aussi été honorés de cet hommage éclatant, décerné par l'opinion publique. Cette libre manifestation était pour beaucoup dans l'irritation envieuse de Tallien, et aussi dans les inquiétudes des représentants qui voulaient avoir place dans le gouvernement. Comme quelques-uns des représentants réélus en plusieurs départements avaient fait connaître leur option avant la clôture des assemblées électorales, ils avaient été remplacés; de sorte que pour compléter les cinq cents conventionnels qui devaient entrer au Corps législatif il manquait seulement cent quatre députés.

Ce fut donc pour choisir ces cent quatre collègues sur la liste supplémentaire que la Convention se forma en bureau électoral. L'opération eût. été compliquée, si tout n'avait pas été convenu d'avance dans une réunion d'environ quatre cents conventionnels. Ainsi trois scrutins successifs suffirent pour terminer ce triage. En définitive, au delà du nombre de cinq cents prescrit par les décrets, pas un con-

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