‹ Histoire de la Convention nationale (volume 2)Chapitre 95 sur 109 · DÉMISSION DE SIÉYÈS · texte numérisé non relu

DÉMISSION DE SIÉYÈS

Le lendemain, on donna lecture, dans l'un et l'autre conseil , d'une lettre de Siéyès. — « Citoyen président, je reçois l'avis que vous voulez bien me donner de ma nomination au Directoire exécutif. Quelles que soient ma sensibilité et ma reconnaissance pour cette haute marque de confiance , je ne puis vous faire d autre réponse que celle que j'avais faite d'avance à ceux de mes collègues qui m'avaient parlé de leur dessein de me porter à cette place. Je les avais assurés que dans la supposition où je serais nommé, je n'accepterais point. Je me vois à regret obligé de répéter cette déclaration d'une manière solennelle. Sans doute je me dois à ma patrie. Mes services et ma vie lui sont consacrés dans le poste que j'occupe et où le vœu bien prononcé de mon pays m'a replacé de nouveau. Je croirais, je l'avoue, trahir mes devoirs si je le quittais, malgré la conviction intime et certaine que je ne suis nullement propre aux fonctions du Directoire exécutif.

« Ma détermination n' est pas du nombre de celles où il faut se soumettre au vœu de la majorité. Je ne puis faire abstraction de ma propre opinion, de mon propre jugement. Après m'être consulté avec toute la maturité dont je suis capable, il m'est impossible de croire que l'intérêt de mon pays soit d'appeler à une place où l'on doit rallier toutes les confiances, un homme qui précisément depuis le commencement de la Révolution a été constamment en butte à tous les partis, à tous sans distinction. Ma véritable place est déjà marquée au conseil des Cinq-Cents. Mon choix est fait : j'y reste. »

C'était parler de soi avec une altière solennité; mais Siéyès avait raison de dire qu'il ne pouvait

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