‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 10 sur 88 · LOIS CONTBE LES ÉMIGRÉS · texte numérisé non relu

LOIS CONTBE LES ÉMIGRÉS

Ce fi3t dans cette disposition des esprits que la que?tion fut introduite à rAssemblée constituante, par une circonstance particulière^ Mesdames, tantes du roi, déterminées par des scrupules religieux, avaient voulu sortir de France. Arbitrairement , et cpntre le texte des lois, elles avaient été, sur leur route, retenues par les municipalités; il n'avait pas fallu moins qu'une décision de rAssemblée pour leur rendre la liberté de continuer leur voyage. /

Ainsi s'éleva la discussion sur l'émigration. Ce ne fut pas sans un sentiment de honte que les amis et les fondateurs de la liberté constitutionnelle virent mettre en question un de ces droits de l'homme qu'ils avaient pi*oclamés et qu'ils croyaient avoir garantis. A cette époque, le groupe qui s'était formé autour de Bar-* nave et des Lameth n'avait pas encore renoncé à la ^popularité et aux Jacobins; ils n'en étaient pas venus à désavouer Robespierre et Pétion. Le comité de constitution fut chargé de proposer une loi pour empêchei? l'émigratian.

Quelques jours après ^ le rapporteur, Chapelier, apporta un projet et conjura l'Assemblée de n'^n p^s même prendre connaissance; il avouait que, malgré de vains efforts, ils n'avaient pu découvrir aucune disposition prohibitive et pénale, qui ne fût évidemment contraire à la constitution et indigne d'une nation libre.

Alors s'éleva une l^elle et mémorable discussion. Les paroles dont Mirabeaii foudroya cette première tentative de tyrannie révolutionnaire, sont demeurées célèbres. Lecture fut néanmoins donnée de ce projet; il fut rejeté à l'unanimité; mais les comités reçurent la mission d'en proposer un autres

Quelques mois plus tard, après la fuite de Yaren-

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nesy rémigratioû était devenue plus ncmibreuse et son séjour sur la frontière avait pris un caractère plus hostile. Les comités proposèrent un autre projet: il était seulement fiscal et imposait une contribution extraordinaire sur les absents.

Ce n'était pas ainsi que voulaient sévir contre Té* migration les hommes ardents , plus démocrates que patriotes, a Nous demandons , disait Prieur de la Marne, un projet qui suspende sur la tète des coupables le glaive de la loi et des citoyens. » Du moins leur fallait-il la confiscation des biens. Mais Prieur, Barère, Pétion n'avaient plus alors pour auxiliaires Barnaye et ses amis. On se contenta de tripler la con<« tribution foncière des émigrés.

Au moment où TAssemblée constituante allait se retirer, lorsque les bons citoyens essayaient de croire à rinstallation d'un régime de liberté légale, des am-nisties furent généreusement accordées et la loi contre les émigrés fut abrogée ; c'était le jour où le roi venait dans l'Assemblée accepter et jurer la constitution.

Quinze jours après, dans la nouvelle Assemblée, une loi fut demandée contre l'émigration ; mais cette fois la question avait pris une toute autre gravité : elle contenait -toute la politique intérieure et extérieure. L'opinion publique a'était progressivement animée contre les émigrés; une déclaration signée à Pilnitz par l'empereur et le roi de Prusse, sur les instances du comte d'Artois, répandait la crainte d'une inter* vention des puissances étrangères; il était question partout de rassemblement» armés des émigrés sur la frontière; ils avaieut des agents qui tentaient d'entraîner les soldats à la désertion ; on répétait à Strasbourg, à Metz, et dans les villes de guerre, les menaçantes

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forfanteries des Français d'outre-Rhin; Les hommes sensés^ bien informés et d^ bonne foi, étaient loin de croire lé danger si pressant; ils savaient les hésitations des cours étrangères. Le manifeste de Pilnitz, malgré une apparence de menace, n'était qu'une satisfaction vaine accordée à regret aux importunités des princes émigrés; ils avaient pu eux*mèmes reconnaître, par ce mécompte, la froideur et Tindifférence de la Prusse, et surtout de T Autriche. Ainsi le gouvernement ne semblait nullement préoccupé des circonstanees qui alarmaient la nation entière. Le roi, sans demander, et même sans désirer le secours des armées euro* péennes, n'agissait nullement pour prévenir leur intervention. Il croyait que la menace d'une guerre, un com^ mencement de préparatifs, et quelques mouvements de troupes influeraient sur Topinion française et intimideraient l'esprit révolutionnaire. C'était se tromper beaucoup; mais il partageait cette erreur avec Adrien Duport et les Lameth qui, venus de la gauche de l'Assemblée constituante et récemment convertis à la conservation de la royauté, étaient devenus conseillers secrets des Tuileries.

Cette inertie, au milieu de Tinquiétude générale, donnait au parti révolutionnaire une excellente occasion d'accuser le roi et ses ministres d'une criminelle connivence avec les cours étrangères et les émigrés. C'était un moyen asstiré d'e&citer l'opinion et de répandre dans toute la France une méfiance hostile. £n proposant contre l'émigration des mesures violentes et tyranniques, on était certain que le roi les repousserait^ et que les amis de la liberté constitutionnelle, ceux qu'on nommait alors les Feuillants, refuseraient de s'y prêter. Ainsi on se donnerait pour auxiliaire

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rirritation patriotique^ qui commençait à s'écèaufFer, çt qui probablement déterminerait les sufifrages de cette portion de l'Assemblée nommée les indépen* dantSi IJne loi fut présentée et votée, qui folsait de rémigration un crime politique , qui prononçait la peine de moirt et la eonfiseation des biens, qui plaçait les princes français en première lig;ne parmi les coq« pables* Les Girondins se montrèrent avec ardeur et emportement dans cette discussion ; ce fut leur début dans la carrière politique, le premier gag& qu'ils donnèrent de leur amour pour la liberté.

A ce premier moment, et avant d'avoir acquis par leur succès de tribune uqc situation importante , ils recevaient leur direction des écrivains politiques , de Condorcet et surtout de Brissot. Ils commencèrent par être appelés les Brissotins.

Brissot, dès sa première jeunesse, avait, par néces^ site autant que par vocation, appartenu à cette litté* rature laborieuse ,.qui suppose plutôt la facilité à écrire que le loisir de la méditation. Disciple passionné de Rousseau, de Mably, de Raynal , il exagéra et poussa aux dernières extrémités leurs principes d^ trop ab* solus. Esprit faux aux fomies logiques , il ne recula théoriquement devant aucune conséquence, quelque absurde ou épouvantable qu'elle fût. Nul des écrivains, classés depuis sous le nom de socialistes, n'a rien écrit de pareil à de certaines pages de Brissot. On en pourrait indiquer d'autres, écrites aux mêmes épo* ques, en sens opposé , selon l'occasion ou la destina^* tion du livre.

Aucune renommée, aucun succès n'avait encouragé ses travaux; les entreprises et les publications qu'il

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