Q LE ROI REFUSE SA SANCTION
colère et 4e persécution /Le serment civique avait été exigé seulement dçs prêtres qui exerçaient des fonctions salariées par TÉtat. On voulut Timposer aux ecclésiastiques à qui la loi avait garanti des pensions; en cas de refus , ils devaient être dépouillés de cette juste indemnité. Des mesures de police^ des pénalités spéciales annoncèrent un régime d'exception et Tabo* lition du droit conmiun. Le décret contenait même ïa menace de mesures ultérieures.
Ce ne fut pas seulement le roi qui^ d'après son opinion personnelle, refusa sa sanction aux décrets contre les émigrés et les prêtres. Les ministres lui conseillèrent d'user de son droit de veto : Duport et ses amis qui étaient souvent consultés, furent de cet avis. L'administration du département de Paris était à ce moment} non point investie d'un pouvoir réel, mais entourée de beaucoup de considération. Cette fonction n'ayant pas été interdite aux membres de l'Assemblée constituante, plusieurs des plus notables avaient été élus. Le duc de La Rochefoucauld, ami intime du général La Fayette, était président de cette adipinistration où se trouvaient MM. de Talleyrand, Germain Garnier, Desmeuniers, Desfaucherets et d'autres hommes honorés de l'estime publique. Us remercièrent; publiquement le roi d'avoir usé de sa prérogative* Le parti constitutionnel se plaça ainsi en présence du parti révolutionnaire. Le roi avait agi en vertu d'un pouvoir légal; il se refusait à exécuter deux lois d'exception , opposées à l'esprit et au texte de la constitution ; tout était correct, irréprochable dans cette détermination royalci
Mais, en de pareilles situations, la légalité n^eterce aucune puissance^ Lorsque les lois viennent de naître
LA DÉ€JtA|IATI01l DE GUERRE. 31
d'uae convulsion politique y Thabitude ne le& a point eonsacrées ; le respect -ne les entoure pas* Contestées ayant d'être écritee f elles sont un texte et rien de plus* Les adversaires qui les ont combattues ne s'avouent point vaincus; ils protestent ouvertement ou conspirent dans Tombre, espérant un nouveau combat et un meilleur succès.
Les dispositions de TAssemblée pe furent point modifiées; les révolutionnaires étaieiit enhardis; la portion moyenne d'où dépendait la majorité était de plus en plus incertaine et timide; les constitutionnels restaient courageux^ mais sans confiance dans revenir.
Ënbardis par le succès y les Girondins pressèrent les débats où allait être agitée la véritable question sur laquelle ils avaient placé leurs ambitieuses espérances; ils voulurent arriver à la guerre : toutes les cireoDstances contribuaient à la rendre inévitable^ ou du moinsils pouvaient avoir la certitude d'y entraîner TAssembléje et le roi.
Pour réfuter les méfiances et les accusations djss journaux et des orateurs^ il nesufiisait point d'adresser des notes aux cabinets étrangers et de se plaindre des espérances qu'ils donnaient ou laissaient aux émigrés, de la permission qui leur était accordée de s'assem-f bler en armes sur la frontière. Les pièces diplomar tiques y les communications confidentielles ont nécessairement, lorsqu'il s^agit d'éviter une rupture, un caractère de modération^ un style aristocratique, des formes de politesse. Ces ménagements ne pouvaient (convenir à des hommes étrangers à la conduite Hes affaires, et qui n'avaient encore appris les relations
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extérieures de la France que dans les clubs ou les cafés; il leur fallait un ton de^^hauteur, d'irritation et de menace 9 que leur semblait exiger Thonneur national; D'ailleurs les plus habiles ne voulaient point le succès des négociations ^ ils cherchaient à jeter le gouvernement hors des voies pacifiques ; c'était dans cette vue que les Girondins se montraient bruyants dans leur patriotisme et injuriaient les souverains de l'Europe, les traitant conpne de» ennemis vaincus et domptés.
Aussi les émigréâ plaçaient-ils leur espoir sur les passions et les projets des révolutionnaires; ils comptaient, pour allumer une guerre prochaine, sur les provocations agressives, bien plus que sur leurs instances, jusqu'alors peu écoutées par les cabinets étrangers.
Les ministres du roi n'appartenaient pas tous à une opinion. L'esprit de la constitution de 1791 ne rendait point cette précaution nécessaire; en isolant }e pouvoir exécutif, et en le tenant écarté d'un pouvoir législatif souverain, elle laissait à la volonté arbitraire du roi le choix de ses ministres. Les uns flottaient entre les habitudes prudentes de la diplomatie et la crainte de ne point satisfaire aux exigences de l'Assemblée et de l'opinion publique; les autres, plus récemment appelés dans le conseil comme moins exposés aux méfiances du parti exalté> se prêtaient plus volontiers à le satisfaire; ils se montraient prêts à décider la guerre et di^osés à l'entreprendre volontiers.
Le général La Fayette était manifestement appelé à y jçuer un grand rôle, et même avant qu'elle fût déclarée, le commandement d'une armée lui fut confié .^ 11 ne souhaitait point la guerre, mais il ne la, craignait
Là dâglàhation de guerre* 33
paS; et n'était point insensible à Tespoir de s'y dis» tinguer. En outre , il y voyait un moyen de sauver !Dette monarchie constitutionnelle qu'il aimait comme son œuvre. L'armée pouvait lui servii* à h défendre , non pas seulement contre les ennemis du dehors , mais contre les séditions intérieures.
A ce moment^ le comité qu'on appelait injurieuse* ment le comité autrichien , c'est-à-dire Duport et les Lameth ^ avait obtenu ^ autant que cela était possible, la confiance du roi et mènie de la reine; leurs projets 9 leurs directions n'étaient point entièrement adoptés^; il y avait d'autres intrigues, d'autres espérances, mais ils étaient fort écoutés. Suivant leur idée, lorsque l'intervention étrangère paraîtrait réellement imminente, l'esprit public se modifierait ; la situation intérieure ne serait plus la même. Alors, on pourrait saisir des chances favorables pour la délivrance du roi, pour des transactions, pour un retour à une constitution plus monarchique* Ainsi ils ne se montraient pas opposés à la marché qui. conduisait fatalement à la guerre. . Leurs intelligences avec les étrangers et leur désir de changer la constitution les séparaient du général La Fayette. Une antipathie déjà ancienne empêchait tout rapprochement.
Dans les grandes et solennelles discussions qui décidèrent la guerre, les nouveaux arrivants de la Gi^ ronde, Vergniaud, Guadet, Gensonné con^mencèrent à se faire connaître et applaudir. Leur renommée d'orateurs fut bientôt éclatante, et la majorité se laissait entiraîner à leur ardente parole. Leurs adversaires n'avaient à opposer que des . considérations de prudence et de raison, qui, à un tel moment, à une telle tribune, avaient peu de reteniissendent. L'orgueil na-* i. 3