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tional, la crainte unanime de l'intervention étrangère imposant à la patrie vaincue Tancieti régime et les vengeances de rémigration, étaient des textes destinés à éblouir ^ et à entraîner Topinion publique. De sorte qu'il semblait seulement qu'on traitât uoe question de temps, et que, hormis sur lesdélais, tous les membres de l'Assemblée fassent du même avis. Les arrière-' pensées dies promoteurs de la guerre ne pouvaient être dévoilées ; accuser leurs intentions , tout évidentes qu'elles étaient, celant pouvait être risqué; le combat n'était pas à armes égales.
Au club des Jatîobins, ils eurent à combattre une oppoirition différente ; c'est alors que commença une lutte qui, peu de mois après, devait être fatale à la Gironde. A cette autre tribune, Robespierre parla contre la guerre.'
Sans avoir acquis aucune importance, ni obtenu le moindre succès à l'Assemblée constituante dont il était membre^ Robespierre s'était fait remarquer : son nom était déjà répété. Avocat de province, il avait, selon les mœurs démette époque, recherché la repu* tation d'homme de lettres. Des prix remportés aux académies de Metz- et d'Amiens l'avaient laissé inconnu. Arrivé à l'Assemblée, il n'y avait gagné l'amiiié, ni même la bienveillance dé personne. Sans talent à la tribune, médiocre et ennuyeux dans la conversation; nourri de lieux conmiuns philosojphtques; froidement obstiné dans des exagérations qu'il défendait mal; exprimant par sa physionomie atrabilaire, plus encore que par son langage, la malveillance et l'en vie^ il suivait sa route> seul et sans se décourager. Pendant le cours de la première Assemblée, il avait psûié
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sur presque toutes les questions, sans paraître troublé par l'inattention et la dédain. Ses opinions avaient été constamment démocratiques, hostiles à toute au^ torité, à toute hiérarchie, sans jamais aucun souci de l'ordre public. Après la fuite de Varennes, il avait voulu que le roi fût mis en jugement; mais on avait remarqué qu'il avait attendu, non sans quelque inquiétude, Tarrestation du roi, pour manifester une opinion yiolente. La fermentation révolutionnaire qui commença dès lors, Texcita et l'encouragea; il régla sa, conduite et son langage en accord avec Brissot et Danton, autant du moins que le comportait son caractère triste et insociable. Entre eux avait été concertée la sédition du 17 juillet 1791, cette sédition, souillée de meurtres, qui rendit nécessaire l'application de la loi martiale.
Après TAssembléé constituante, Robespierre n'était phis éligible; Brisàot entra dans la nouvelle Assemblée. Les succès de la tribune et l'influence politique le plaçaient au-dessus de Robespierre. Dans cette concurrence de popularité, Robespierre chercha à se faire une place à part. Les Girondins voulaient la guerre; ils cherchaient à envahir le gouTernement ou à le détruire, s'ils ne le possédaient point. Robespierre sans se rapprocher ostensiblement des partisans de la monarchie, et en redoublant d'adulation pour le peuple, 86 déclara contre la guerre. Plus qu'il ne le disait, il en craignait le mauvais succès, et s'inquiétait de la liberté vaincue et opprimée, des réactions et des vengeances. Une guerre heureuse et triomphante ne l'alarmait pas moins. La gloire et l'autorité d'un général victorieux furent toujours pour lui un objet d'envie et d'épouvante^ Ce fut dans l'intérêt du peuple et de
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la Révolution qu'à la tribune des 4acobm& il combAttit la politique des Girondins et commença à accuser leurs visées ambitieuses.
Les négociations traduites chaque jour à la tribune ; les communications diplomatiques discutées avec la violence de l'esprit de parti et avec la volonté avouée d'amener une rupture ouverte; les préparatifs militaires commencés de part et d'autre; les insultés des orateurs défiant les cours étraugères, qui à leur tour Tépondaicnt par des menaces hautaines, fout précipitait à la déclaration de guerre, ainsi que les Girondins Favaieut espéré. Les armées avaient été réunies sur la frontière. Le maréchal Rochambeau, le maréchal Luckner, le général La Fayette avaient été
appelés à les commander.
Déjà les Girondins avaient la main sur le pouvoir, plus pour le briser que pour Tes^ercer. Le comte de Narbonne avait été nommé ministre de la guerre ; le prunier, dans le conseil du roi, il avait parlé de 1^ guerre comme d'une détermination qui allait bientôt être réelle. 11 s'efforçait de tracer au rpi une ligne de conduite qui ne présentât plus prise aux méfiances de l'opinion; il lui promettait de reconquérir ainsi une autorité indispensable à son salut^ Son activité à préparer la guerre et à former l'armée lui avait obtenu un instant de popularité,
Le çômte de Narbonne voulut être en bonne intelligence avec les Girondins. Il essaya d'en gagner quelques-uns avec de l'argent. Peut-être fut-il trompé par les courtiers de corruption qui se chargèrent de négo-
• Rapport au roi , 28 février 4792.
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eier cette affaire. Sur la liste que plus tard il envoya à la Coovention se trouvait uu seul homme de ce partie Geusonué \ qui n'était pas regardé comme un homme vénal; les autres étaient de violents Jacobins. L'argent passa par les mains de Lacroix^ qui fut employé dans beaucoup démarchés semblables. Le ministre ne réussit pas mieux dans la séduction qu'il s'était flatté d'exercer sur Condorcet et Brissot , en leur témoignant de la confiance et flattant leur amour - propre. L'élégance, le chantie des manières, ont peu de prise sur les hommes que passionne l'esprit de parti et qui marchent ardemment à un but. Gomment les aurait* il persuadés? Il était loyal et sensé f il comprenait k guerre pour l'honneur du pays; eux la voulaient pour faire une révolution.
Bientôt après, ils n'eurent pas seulement des intelligences dans le ministère, ils le formèrent à leur gré. Le roi sacrifia le comte de Narbonne, dont la conduite et le langage étaient trop constitutionnels et patriotiques pour se concilier avec les projets et les espérances de Bertrand de MoUeville, ministre de la marine.
Le mécontentement public éclata tellement qu'il fallut renoncer à tous les autres ministres , et renouveler eit entier le conseil. Délessart, qui avait le département des affaires étrangères, fut mis en accusation par une de ces délibérations passionnées qui ne comportent ni gravité, ni justice. Sans examen, sans défense, les Girondins le traduisirent devant la haute cour nationale qui siégeait à Orléans; ils le destinaient à réchafaùd*, ce fut au massacre qu'ils l'envoyèrent.
Le roi demanda un ministère à la. Gironde. La
• Rapport de Brissot. — Discours de Vergniand.
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constitution ne permettait point aux représentants d'être ministres. lie parti , ne pouvant donner ses chefs, plaça des hommes de secondé Ugne. Pumourieas eut le portefeuiUa des affaires étrangères. Il n'appartenait à aucune opinion; homnle d'esprit et de capacité^ il avait fait la guerre de sept ans et s'était f^it remarquer par son courage, de même que dans la c6nquête de la Corse. Il avait été employé par le comte de Broglie et par la diplomatie occulte de Louis Xy> dans une mission en Pologne. Son activité de caractère et d'imagination, son désir d'être employé, son zèle à présenter des projets, lui avaient donné une attitude d'intrigant et d^aventurier. C'était un homme trèssupérieur en expérience et en bon sens aux Girondins qui le portaient au ministère; sa liaison avec eux n'avait été pour lui qu'un moyen d'arriver aux affaires. Ce fut ce cabinet qui amena le roi à déclarer la guerre , le 20 avril 1 792. Il vint à 1- Assemblée pour proposer, en grande solennité, cette détermination à laquelle, comme toujours, il se résignait tristement»
Les premières hostilités, que Dumouriez avait hiLtées dans l'espoir d'envahir facilement la Bëlgi(][ue par une attaque imprévue, commencèrent par des revers. Ils n'avaient rien de décisif sous le rapport militaire, mais manifestaient de terribles symptômes des dispositions de l'armée. On put croire un instant qu'elle était comme dissoute par l'indiscipline; qu'en un tel désordre la guerre était impossible, et que la France ne serait point défendue. On était entré en Belgique sur deux points différents. Chacune de ces attaques avait échoué sans combat; les soldats avaient crié à la trahison et s'étaient mis en déroute , entrât-
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na&t leu;rs officiers. Us en .massùcrèrent plusieurs^ ainsi qoa le général Théobald Dillon; des piisonniers de goeire furent égorgés.
« Je demimday écrivit le . ministre de la guerre à rAssemblée , une loi qui donne aux généraux Tassiirance de ne pas être masMcrés ni par leurs soldats révoltés y ni par des citoyens égarés. »
Cet anéantissement de Fautorité militaire , dernière sauvegarde de l'ordre social, était prévu, désiré mérae par les hommes qui avaient voulu U guerre et Tavai^it rendue inévitable. Pour eux, il s'agissait de renverser le gouvernement; les- armées bien commandées , une guéire défensive^ conduite avec prudence et suecè», auraient affermi le pouvoir que les révolutionnaires travaillaient à détruire. Les généraux, tout amis de la liberté qu'ils fussent, étaient des aristocrates ; ils ancraient employé leur gloire et leur influence à défendre là constitution monarchique contre les factieux. Ainsi, il fallait, avant tout, les ruiner dans l'esprit de la nation et des soldats : c'est à quoi s'employaient aeti^r vement les journaux, la tribune des- Jacobins et même les orateurs de rAssemblée.'
Un acte récent venait de porter un coup plus funeste eneoreà la subordination de l'armée^ Après la sédition militaire qui, au mois d'août 1790, avait ensanglanté la ville de Nancy, et qui fut réprimée par la garde nationale et les troupes restées fidèles à leur devoir, les soldats suisses impliqués dans la révolte,, avaient été jugés par leurs tribunaux militaires, conformément aux capitulations. Les condamnés furent envoyés aux galères à Brest< L'amnistie> décrétée par. l'Assemblée constituante , ne leur avait pas été appli-
quée> parce qu'ils étaient hors de la juridiction et des lois françaises. La question fut présetitëe à la ïiouveUe .Assemblée; les orateurs du côté gauche sbâgeaient bien moiuÉ à traiter de la compétencc/qu'à proclamer l'innocence de ces soldats malheureux: On voulut oublier que le niotif de la sédition avait été une réclaniiatiori d'argent y et que, pour ce motif, s'était engâgéun combat où avaient péri de braves officiers et des citoyens de la garde nationale. La répression avait été accomplie soùs les ordréiB du marquis de Bouille : c'en était assez pour qu'il fût le vrai coupable, et les révoltés dignes de louange. Il n'y avait pas deux ans que, sur la proposition de Mirabeau , l'Assemblée consti*tuante avait déclaré que le général, les soldats et la garde nationale, s'étaiBut glorieusement acquittés de leur devoir. On pouvait voir encore dans la salle le buste de BeBilles , ce brave officier, qui a^vait péri sous les balles dés séditieux, au moment où il se plaçait devant un canon pour les empêcher de tirer sur leurs camarades. Ce buste avait été reçu avec solennité par l'Assemblée. Des tableaux et des monuments avaient été ordonnés pour célébrer le patriotisme et le dévouement des défenseurs de l'ordre et de la discipline.
Non contents d'avoir obtenu cette amnistie, les Jacobins voulurent glorifier les soldats étrangers qui avaient versé le sang des citoyens et des soldats français* Sortis dû bagne> ils trouvèrent dans chaque ville, sur tour passage, des fêtes préparées par les soins des sociétés populaires. 11 fut même résolu que leur triomphe deviendrait, à Paris, une pompeuse et menaçante manifestation. Un comédien, destiné à une célébrité sinistre, CoUot d'Herbois, se chargea de régler cette
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cérémonie ; la Gironde s'empressa à'Qh accepter le pro^amme. Pétion, le maire de Paris, en favorisa rexécution. Parmi les incidents révolutionnaires qui se succédèrent sans intervalle ^ en cette année 1792, aucun n'avait encore excité parmi les gens de bien une indignation aussi vivement manifestée. Les controverses de la presse sont un curieûi témoignage de - Tétat dés esprits à ce moment. Ce fut presque le der*-* nier signe de libre énergie des opinions vraiment libérales et patriotiques. Un courageux anii de la liberté et de la raison, André Chénier, publia d'éloquentes réclamations, et sa muse fut inspirée de toute la verve de l'indignation et du mépris.
Mais ce qui consomma cette œuvre de désordre, ce fut lé voté de rÂssemblée. Sur la proposition do Couthon, les Suisses furent admis aux honneurs de la séance. Un déphté , dont le frère avait péri à Nancy, Gôuvion , déclara qu'il ne voulait plus siéger dans la salle où étaient honorés des assassins ; il partit pour l'armée et se fit bravement tuer quelques semaines après.
Toutefois, l'Assemblée n'entendit pas, sans frémir, la lecture à'un passage du journal de Marat. Ce fut Beugnot qui le porta à la tribune : ((Comment aurez-vous une armée, disait-il, comment aureas-voua tin gouvernement, lorsque - des écrivains qui s'intitulent patriotes vouent les généraux à la mort , ie roi au mépris, les représentants de la nation à l'insulte I » Alors il hit cette citation : (t. il y a plus de six mois qtie j'avais prédit que vos généraux trahiraient la nation, qu^ils livreraient les frontières. Mon espoir est que l-armée ouvrira lea yeux et qu'elle sen-