MADAME ROLAND
ges contemporains la montrent avec une élévation de sentiments, naturelle quoique emphatique; un esprit développé par les livres plus que par la conversation, exalté par la solitude de ses jeunes années; une fierté guindée et cependant noble; une grande pureté d'imagination et de conduite; la haine envieuse de toute supériorité, et un grand dédain pour ce qu'elle croyait au-dessous d'elte. Ainsi elle se trouva en sympathie avec des hommes gorgés d'orgueilleuse présomption, irrités contre une société où ils trouvaient les pretnières places prises, et ardents à la boulever^ sèr, sans scrupule et sans prévoyance.
Servan, nouveau ministre de la guerre, choisi par Dumouriez dans l'intention de se concilier encore mieux la Gironde, était homme de mérite et honnête homme, mais d'opinion exaltée. Â peine fut-il dans le conseil que son action et son influence s'employèrent à aider ses amis dans le projet de s'emparer du gouvernement, ou de renverser la monarcliie. L'Assemblée continuant à usurper tous les pouvoirs, avait prononcé le licenciement de la garde, qu'un article de la constitution avait affectée à la dignité et à }a sûreté du roi. Le duc de Brissac, qui la commai^dait, avait été mis en accusation devant la haute cour. Immédiatemeat après que le roi eut été privé du seul moyen de légitin[ie défense qui lui fût resté, Servan, sans consulter ses collègues, sans prendre les ordres du roi, présenta à l'Assemblée un projet de décret, d'après lequel chaque canton enverrait à la fédération du 14 juillet cinq gardes nationaux équipés. Ges fédérés devaient ensuite être réunis en un camp près de Paris. C'était mettre le salut du rot et la paix de la capitale à la merci d'une troupe san^ discipline, choisie et