LETTRE DE ROLAN& AU ROI
composée exprès pour aider^ par son inaction au sa révolte, les conspirations tramées ouvertement contre la monarchie constitutionnelle. Ce décret fut adopté^ malgré les efforts du parti modéré. La Gironde avait résolu de ne plus garder aucun ménagement envers le roi, de le dompter en Ini faisant peur, ou d'arriver à la déchéance 4
Un autre décret, inspiré par Tintolérânce irréligieuse qui était peut-être le* plus vif de tous les sentiments révolutionnaires , prescrivit la déportation de tous les prêtres qui ne se soumettraient pas au serment. Ce décret, destiné aussi à braver la conviction intime du roi, fut, comme le premier, présenté à sa sanction. En même temps, Roland lui remit une lettre que sa femme avait écrite. Après avoir exposé les mécontentements et les agitations populaires , après les avoir attribués à la complaisance trop grande du roi pour un entourage ennemi de la Révolution, après avoir, dans des formes assez respectueuses, indiqué comment ses sentiments personnels et ses relations privées n'étaient pas conformes à son langage public et officiel, le ministre ajoutait ces paroles menaçantes et prophétiques:
« La France est parvenue à Tépoque de sa révolution qui doit en assurer le triomphe par de prompts succès . ou le préparer par de. longs malheurs. Ce triomphe est immanquable* Mais, ou la génération présente en sera ttooin^ Où elle rachètera, pour la suivante, d'une partie de son sang. Dans le premier cas^ Votre Majesté partagera la jouissance de la victoire et de la paix : dans le second, elle n'évitera point les malheurs communs ; eh! qui sait les victimes qu'ils pourraient faire? »
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La lettre fut d'abord remise au roi, elle devait rester un secret entre lui et son ministre. La question qui divisait le conseil et troublait le roi, c'était la sanction des deux décrets sur le camp des fédérés et la déportation des prêtres. Cette nouvelle armée lui semblait formée contre son pouvoir et sa sâreté. Une mesure durement pénale , infligée hors de la loi et de la justice) à des hommes dont il approuvait et respec<^ tait la scrupuleuse conviction , lui répugnait encore davantage. Roland, pour forcer son consentement, lui fit, en plein conseil et à haute voix, lecture de sa let^ tre ; il Favait même rendue plus inconvenante et plus déclamatoire.
La résignation du roi était à bout ; il lui fut impos* sible d'endurer tant dé menaces et dlnsolences d'un ministre qui, sur les fonds de son département, payait des journaux et des placards hostiles à son autorité et à sa personne K II ne voulait pas non plus conserver Servan, qui présentait à T Assemblée des projets de décrets sans l'avis du conseil et sans l'approbation royale. Clavière, ministre des finances, professait' les mêmes opinions et soutenait sans cesse ses deux col« Làgues.
Le roî désira conserver Dumouriez, Lacoste et Dn^ ranthon. Dumouriez mîit pour condition que les deux décrets seraient sanctionnés ; il ne les approuvait point, mais la résistance du roi lui paraissait dangereuse. En prenant le portefeuille die la guerre, il promettait de former le camp des fédérés, en telle sorte que les mauvais desseins de ses auteurs seraient dé-
^ VLéùï, de LoaTet; — - Mém. de Barbaroux.
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joué$. Quant aux prêtres, on avait vtellemient réussi a exciter contre eux Tirritation populaire» <|u'ils n'étsàent pas en sûreté ^contre de séditieuse^ violences^; les éloigner, c'était peut-être les sauver.
Le roi se laissa persuader. Les trois ministres fu<* rent renvoyés; ils écrivirent à TA^semblée; Sefvan disait qu'au li^u d'être soutenu et protégé dans ses efforts pour faire triompher les armes françaises, il avait.reçu sa démission, inais que sa conscience rassurait qu'il n'en devait pas moins compter sur les bontés de l'Assemblée. Roland envoyait une copié de sa lettre au roi, à laquelle il cherchait à donner un suiecès retentissant.
L'Assemblée décréta que les ministres emportaient les regrets de la nation.
Le roi avait remis son sort entre les mains de Dumouriez. En lui supposant l'habileté et l'audace d'un grand homn^e d'État, il était impossible de croire qu'il sortirait vainqueur de la lutte formidable, où il s'engageait. Personne u' avait en lui la nioindre confiance ; il n'était d'aucun {>arti ; on ne lui savait aucune opi^ nion* Il avait voulu se concilier les Jacobins, au point de se coiffer d'un bonnet rouge dans une de leurs séances; il avait tenté de s'appuyer sur laOiron^e; il avait flatté le roi d'espérances < impossibles à réaliser. La Fayette et les généraux n'avaient nulle estime pdur son caractère, et peu de foi dans ses talents. Les La*^ meth, qu'il venait de supplanter dans la confiance incertaine «t douteuse du roi, travaillaient contre lui; les modérés de l'Assemblée n'avaient jamais rien concerté avec un homme qu'ilsregardaient comme peu sûr. Les indépendants , qui décidaient de la majorité , ne pouvaient être un appui. De jour en jour , ils étaient