‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 2 sur 88 · IV · texte numérisé non relu

IV

au souvenir d'un passé qui ne produisait plqs sur lui r^ffet sérieux de la réalité , mais qui lui paraissait comme la représentation d'un grand drame. L'affreux désordre qui avait troublé et affligé le ministre d<d 1793, excitait les émotions imaginaires du spectateur de 1820 : le poète ou l'artiste avait remplacé rhonune politique et Thistorien sincère. Empruntant à Pascal une éloquente contemplation de la créature humaine , Garât disait : « Quelle nouveauté! quel chaos! quel sujet de contradiction! quelle chimère est-ce donc que la Convention? Juge de toutes choses; amas d'incertitudes; gloire et rebut de l'univers; si elle se vante, je rabaisse; si die s'abaisse, je la vante; je la contredis toujours jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'elle est un jiipnstre incompréhensible. »

Non content de ce thème d'admiration où l'ordre social f où la justice et l'humanité , où le bonheur d'Une nation semblent oubliés , en présence de la grandeur et de la poésie du chaos, l'écrivain fait un portrait de la Convention :

« Convoquée pour tout renverser et pour tout construire , elle a dans son sein et parmi ses membres des ouvriers et des princes, dçs avocats et des procureurs, des chirurgiens et des médecins , des comédiens et des poètes , des magistrats et des philosophes, des honunes qui savent à peine lire et des hommes capables de donner de nouvelles perfections aux méthodes de Tesprit humain , des écrivains qui prêchent le meurtre et des écrivains qui conjurent la justice des nations d'abolir la peine de mort; les conditions et les rangs naguère séparés par les

barrières de tous les préjugés et de tous les orgueils font partie, au même titre, d'un conseil de législateurs suprêmes, de législateurs qui doivent donner des lois aux lois elles-mêmes. — Née au sein de tous les orages , loin de les conjurer, la Convention les nourrit et les multiplie autour d'elle et dans son propre sein; il semble qu'elle en fasse les éléments de son existence et de sa puissance. » — Et plus loin , celui qui signifia à Louis XVI son arrêt , l'appelle maintenant la fatale sentence ; il la déplore comme une iniqiiité et une faute politique : u Rien de ce que la Convention pouvait et devait faire , elle ne le fera; une fatalité plus aveuglé que toutes les fatalités des destinées humaines veut que la Convention prononce que Louis , déclaré inviolable, sera jugé ; qu'il ne sera jugé que par elle; que la sentence de mort sera exécutée presque à la porte des juges ; et ces sources de 'tant de divisions sanglantes ouvertes dans l'Assemblée vont faire entrer bientôt, dans le sein dé la Convention, les massacres errant sur la nation entière. »

Certes , il fout renoncer à toutes les règles de la raison humaine pour voir dans utie telle confusion la cause créatriée d'un édifice régulier et durable destiné à être Tabri d'une nation heureuse. Le Créateur fit sortir le monde du chaos ï ce ne fut pas le chaos qui , par sa propre vertu , enfania le monde.

Une grande nation , forte par son unité , animée d'un patriotique sentiment, apte aux travaux et aux dangers de la guerre, a résisté aux attaques des puissances européennes ^t a fini par les vaincre : Cette guerre , ce sont les révolu-

tionn^res qui l'avaient youlue et suscitée ; ce sont eux qui ayaient rendu d'abord la paix impossrible et la victoire sans rëspltat déânitif ; ce sont eux qui avaient mis la France dans la cruelle nécessité de sacrifier uii niillion d'hommes sur les champs de bataille; ce sont eux qui , par une administration anarchique, ont fait endurer à nos* armées tant de misères et de souffrances; ce sont eux qui auraient anéanti la discipline , si en face de l'enncimi et du danger elle ne s'établissait pas d'elle-même ; ce sont eux qui avaient créé d'autres armées, recrutées au. nom du désordre, pour tes employer contre les citoyens et dans la guerre civilç.

La gloire qu'on a voulu décerner à la Convention se rapporte presque entièrement à la défense du territoire ; quant à l'ordre public, à la législation , à la liberté, À la prospérité du pays , au bien-être de la population , il ne peut en èh*e question. Une assemblée tenue sous la crainte continuelle des émeutes et se décimant sans cesse; une constitution dont l'essai n'a pas été fait pendant un seul jour; une autre qui a été brisée avant d'avoir duré deux années, et quia disparu dès que la France a voulu retrouver l'ordre et le calme ; des lois de proscription et dé spoliation dirigées contre la propriété et la famille ; l'anéantissement du commerce accompli par des mesures que dictaient les séditions de l'ignorance et de Pintérêt malentendu; la disette pendant deux années; tels furent les bienfaits d'un gouvernement qui, uniquement pour se maintenir contre un mécontentement général, pour se défendre contre le soulèvement de populations irritées, employa et imagina les mêmes moyens qui avaient servi à l'établir : les extermi-

nations juiûdiqùes , les massacres, les emprisonnements innombrables.

Mais on ne s'est pas contei^té d'admirer la grandeur du spectacle , « Textraordinaire et incompréhensible « des personnages, de se complaire aux émotions qu'inspirent tant de mouvement, tant d'énergie, tant de passions déchatnées , tant de souffrances répandues sur tout un peuple , et de traiter les malheurs de nos pères comme une belle et terrible tragédie ; On a voulu nous imposer un sentiment de reconnaissance pour la tyrannie ex^cée au milieu de ces hasards sanglants ; après avoir attribué les crimes à une nécessité fatale, à la force des choses, on a prétendu qu'il fallait en faire honneur à une politique habile, à de nobles et grandes vues , à des systèmes qui devaient donner à l'humanité un bonheur inconnu.

Il faudrait savoir d'abord quelles œuvres a laissées la Convention; ce qui nous reste de ses lois^ quelles institutions elle a fondées ; quelles libertés nous lui devons. Nous gardons un souvenir reconnaissant pour la génération qui produisit }es cahiers. des états généraux, qui établit l'égalité des droits, la représentation nationale , la libre déhbération sur les affsures publiques ; qui voulut faire de Vexercice du pouvoir , non pas un droit mais un devoir ; qui proclama que la sofuveraineté a pour titre l'intérêt général. Mais les hommes à qui ces biens ne suffisaient pas , et qui , par amtrition, par envie, par chimérique orgueil^ ont travaillé à détruire une société pour en fonder une autre, ces hommes qui conmiencèrent leur entreprise par l'insurrection pour la continuer par les égorgements et les échafauds , qui ont

égaré et trompé les classes laborieuses en Içur témoignant une hypocrite sympathie , qui ont vainement essayé d'écrire en code leurs maximes politiques ^ et de donner une forpie de gouvernement à leurs passions , qu'ont-ils fait, sinon abolir toutes Içs libertés, afin d'établir leur spouvoir? Quelles nuBurs avaient-ils installées dans la France civilisée? A quelles idées accoutumaient-ils les esprits ? A quels spectacles formaient-rils les imaginations? De longues années ont été nécessaires pour guérir Jes maux qu'ils, avaient £fûts, pour rapprendre au pays ce qu'étaient le bon ordre; lasécu-^ rite, le libre développement de Tactivité hummne, le bienêtre et la prospérité.

De l'admiration pour cette assemblée qui ne fut point la même pendant six mois consécutifs, qui présenta des phases si diverses, et qui fut successivement enirainée par des opinions si contradictoires , les sectaires , héritiers des passions révolutionnaires , ont passé au culte des hommes qui les ont mises en pratiqua et les professaient comme principes. Us ont entrepris des réhabilitations dont la génération, qui avait vu à Tœuvre ces grands hon^raes politiques^ se serait fort étonnée. Jamais jugement ne fut plus incontesté ; jamais témoignages ne furent plus unanimes ; les. conâpliées commentes victimes, les appréciations éclairées comme Tinslinct populaire s'iK^cordèrent dans leur détestatton et leur mépris pour ces tribuns despotiques. On peut lire tout ce qu'en ont dit et écrit des orateurs et des écrivains froidement impartiaux ou qui portaient eux-mêmes une large part des responsabilités révolutionnaires. Pour trouver Tadmiration de Robespierre et de Saint-Just , il faut s'adresser

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