‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 3 sur 88 · IX · texte numérisé non relu

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aux conspirateurs qui voulurent exterminer la Convention , en vengeance du 7 thermidor , et à ce Babœuf qui complota d'abtmer la société entière dans la ruine et le sang.

M, Garât est le premier qui ait revêtu Robespierre d*une couleur romanesque et poétique; dans ses mémoires, il avait apprécié son caractère moral en l'appelant un monstre, et sa capacité politique , en disant qu'il n'était qu'un dictateur oratoire. Quand ses souvenirs du passé se furent changés en conceptions idéales , il compara Robespierre à Jésus- Christ. La conformité, du logement chez un menuisier , avec réducatiott du « Dieu nourri chez uh charpentier, » lui suggéra ce blasphème. Le goût des réhabilitations paradoxales et des idoles révolutionnaires s*est porté même sur Blarat ; il suffit pourtant de jeter les yeux sur un document contemporain quelconque, pour voir que ce fou sanguinaire ne fut jamais regardé alors que comme un charlatan de place, désavoué jsans cesse par les autres notables de la démocratie.

La séduction exercée sur les ennemis de la société , par une gloire qu'ils ont eux-mêmes fabriquée^ tient à une coinmunauté de passions et de doctrines ; ayant les mêmes haines, les mêmes mauvais vouloirs, ils pensent leur donner une sanction empruntée au passé. C'est ainsi que leurs devanciers prenaient leurs patrons dans l'antiquité de Rome et d'Athènes. Saint-^Just et Robespierre sont les firutus et les Aristides des révolutionnaires d'aujourd'hui ; mais un idéal de cinquante ans est plus discutable que des renommées de vingt siècles.

Toutefois les esprits, à qui plait la cause victorieuse

et qui voient dans le succès un jugement de Dieu, doi-

vent remarquer que les héros de la période oonventionnelle n'ont pas trouvé le moyen de réussir. Leur vie politique , dans sa courte durée, fut employée aux combats livrés pour détruire leurs ennemis. A peine les vainqueurs avaient-ils conquis le pouvoir qu'ils entraient en lutte contre leurs complices; de teUe sorte qu'il est à peine possible de constater Finstant fugitif où ils ont régné , et qu'on ne saurait même conjecturer quel établissement ils voulaient fonder, quelle ligne de conduite Us comptaient suivre « quelle digue ils auraient pu opposer au torrent qui les entraînait. Une ligne de Tacite dit toute leur histoire :

« Perniciem aliis ac postremum sibi invenere. »

L'auteur du livre qu'on va lire s'est proposé de rétablir et de cpmpléter la vérité des faits , d'éclaircir le nuage dont ils ont été enveloppés par l'esprit de système, par les passions politiques ou par les couleurs de l'imagination. Il est loin. d'avoir le talent que M. Garât exigeait d'un historien de la Convention , mais il a du moins l'avantage d'avoir pu voir l'aspect de la France à cette terrible époque. Sans appartenir à la génération qui prenait une part active aux luttes des factions, il se souvient des souffrances de la patrie , du deuil des familles décimées par l'échafaud et dépouillées de leur héritage; il n'a point oublié cette stupeur qui pesait même sur l'enfance, ni la misère publique qui était l'égalité d'alors.

La tâche qu'il s'est donnée comportait nécessairement des récits détaillés. L'appréciation des événements et des

hommes n'inspirerait aucune confiance , si elle n'était pas accompagnée de preuves , de témoignages , de pièces justificatiyes. L'histoire de la Convention est tellement devenue un champ de bataille pour des opinions préconçues, que la peinture, si elle n'était pas minutieusement exacte, serait regardée, non comme une copie de la réalité, mais comme une œuvre du peintre. Le récit ne devait pas être résumé et abstrait, sous peine de rencontrer de continuelles dénégations. Il importait surtout de mettre en scène les personnages , de les appeler eux-mêmes en témoignage dé leur caractère , de leurs opinions, de leurs projets, de ce qu'ils pensaient les uns des autres.

Le lecteur trouvera donc beaucoup de^ discours , de discussions, de rapports, d'exposés. On n'a point voulu connaître les hommes par leurs fruits; peut-être consentira-t-on à les juger par leurs paroles. L'histoire d'une assemblée se passe en grande partie à la tribune ; les discours sont souvent des actes. D'ailleurs n'avons-nous pas pris l'habitude de nous intéresser à ces dramatiques séances, à ces péripéties parlementaires, à ces tournois de la parole, à ces émotions ressenties à la fois par les acteurs et par le publie? Les drames de cette époque étaient d'un ititérêt plus poignant : il y allait de la tête pour les orateurs; il y allait du sort de la France. La guerre étrangère ^ la guerre civile, les proscriptions, rétablissement d'une tyrannie sanglante sortaient de l'urne du scrutin.

Toute histoire ne saurait avoir d'intérêt si elle n'a point

d*unité. L'écrivain cherche toujours à mettre en spéciale évidence un certain ordre de faits, dont les atutres sont l'accessoire et l'entourage. Les utis ont écrit l'histoire des souverains et des guerres; les autres Thistotre des institutions, Thistoire de la civilisation ou des lettres ; dans les biographies, Fintérêt se concentre sur un personnage : une grande et vaste pensée coordonne l'œuvre de l'historien qui écrit une histoire générale.

L'auteur s'est ici proposé d'écrire Thistoire des opinions et des partis : c'était un motif de plus pour ne point leur prêter d'autres paroles que les leurs. Eh outre, il était curieux et important de présenter le tableau des mcËurs de cette époque ; la grossièreté et la violeniee du langage devaient, autant que possible, être produites en nature et sans crainte de choquer la délicatesse du lecteur. On s'est trop accoutumé à solenniser lé monde révolutionnaire , à lui prêter une gravité philosophique ou une pompe oratoire qui ont été usitées seulement à' la tribune de la Convention, et encore pas toujours. Cette dignité officielle , qu'on a reproché aux historiens d'avoir ^ introduite dans la peinture des temps barbares , serait encore moins conforme à une époque où le respect de toutes choses et de soi-même était aboli. Marat ou Danton ne peuvent parler en vers alexandrins que dans une tragédie.

Il était surtout essentiel de reproduire les diseussions qui se rapportaient aux questions de philosophie politique, 'aux déclarations des droits , aux institutions constitutionnellèis. C'est là surtout que les déductions logiques arrivent^ aux

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dernières extrémités. Le caractère propre de Topinioil révolutiotoaire , c'est de ne tenir nql compte des traditions et des mœurs d!une nation » de ne point connaître de droits acqms, de dédaigner ou de proscrire les conditions d'une société qu'ciHe veut détruire. 11 est curieux de remarquer conunenty en suivant cette voie , on arrive à la souveraineté de Findividn et à la subordination de tous les droits politique^ au droit suprême d'insurrection.

Le mécanisme du gouvernement, la difficulté de diviser les pouvoirs après avoir reconnu la souveraineté absolue du peuple , les essais bizarres tentés pour rendre réelle et pratique l'action de cette souveraineté ou pour donner une apparence à la fiction du suffrage universel, étaient des questions où il fallait faire entendra les puttlicistes et les orateurs de la première république.

La législation révolutionnaire est dé même un monument de glande signification : les codes qui réglèrent le sort des émigrés et des prêtres, la loi des suspects, la confiscation, le divorce , la reconnaissance légale des enfants naturels , devaient trouver place dans une histoire de la Convention.

Le tribunal révolutionnaire a eu aussi sa législation, mais elle n'appartient pas aux annales juridiques.

Il ^tait nécessaire de montrer la formation successive du gouvernement conventionnel, etlespouvoirç se concentrant, non-seulement en droite mais en exercice dans une représentation nationale décimée et incomplète, pour passer bientôt aux mains dq comité de salut public .

L'administration militaire ne pouvait être omise., puisqu'on voulait apprécier la part véritable, que la Convention

a prise dans la glorieuse, défense du territoire. On a aussi cherché des motife d-admiration dans Tadministration des finances; ses actes nedevaient pas être négligés, ponplus que rinflàence qu'ils ont pu avoir sur la fortune publique et la prospérité du pays.

En somme, quelle que soit la multiplicité des questions diverses que fut appelée à traiter une aàsemblée qui, ayant tout aboli, avait tout à régler, toutes ces questions ve-

naient se confondre dans le grand problème qu'elle était appelée à résoudre.

La Convention , ou pour parler d^uné façon plus générale et plus exacte ^ les i^évolutionnaires qui avaient détruit la monarchie constitutionnelle, avaient à établir en France upe république. Les périls et les difficultés qu'ils rencontraient provenaient d'eux-mêmes. Ils avaient voulu la guerre ; ils avaient déchaîné l'insurrection et l'avaient ac« ceptée pour maître. Ils avaient brisé tous les ressorts de l'administration. Du reste, nulle opposition ne s'élevait contre eux , du moins bors dé leur propre sphère. La soumis* sion était complète , la peur avait rendu toutes les opinions muettes, toutes les volontés dociles ; bientôt la victoire des armées leur vint en aide.

Ainsi les républicains étaient entre eux ; jamais législateur ou fondateur d'empire n^eu^t une puissance si absolue. S'ils eussent été réunis en une seule pensée , s'ils avaient sincèrement voulu la même chose , s'ils avaient été disoi« plinés par une croyance unique et sincère; s'ils avaient aimé leur {»atrie , et non point une patrie chimérique ima- ^née selon les intérêts ou les opinions de chacun ; en un

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