‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 20 sur 88 · LETTRE D13 GÉNÉRAL LA FAYETTE · texte numérisé non relu

LETTRE D13 GÉNÉRAL LA FAYETTE

Il voyait le danger devenir de jour en jour plus imminent. Ami passionné de la liberté légale , dont il se regardait comme le fondateur, il se croyait aussi des devoirs de loyauté envers le roi. Il pensa que son nom y que sa position de chef d*une armée , qu'un reste de popularité pourraient encore exercer quelque pouvoir, et jque sa voix ne se ferait pas vainement entendre*

Il écrivit le 1 6 juin une lettre à TAssemblée ; il peignait la situation ; il rappelait les désordres séditieux et sanglants, qui étaient san$ cesse non-seulement impunis, mais encouragés; il indiquait les actes de la législature qui avaient attenté à la liberté et à la justice ; enfin il concluait en diâant ; « Que le pouvoir royal soit intact, car il est garanti par la constitution; qu'il soit indépendant,' car cette indépendance esf un des ressorts de notre liberté ; que le roi soit révéré, car il est investi de la majesté nationale ; qu'il puisse choisir un ministère qui ne porte le joug d'aucune faction ; que s'il existe des conspirateurs, ils ne périssent que par le glaive des lois. Enfin , que le règne des clubs, anéanti par vous, fasse place au règniB de la loi, leurs maximes désorganisatrices aux vrais principes de la liberté, leurs fureurs délirantes au courage calme d'une nation qui connaît ses droits et qui les défend. >>

La lecture de cette lettre produisit d'abord une impression vive ; la Gironde fut un instant étonnée ; mais lorsque les modérés demandèrent que la lettre fût imprimée et envoyée dans les départements, son ardeur se réveilla. D'abord, ses orateurs élevèrent dés doutes sur l'authenticité de cette pièce et parlèrent du général La Fayette avec de grands égards ; puis ils en vinrent

PROJETS BË SÉDITION. 5l

à prononcer le nom . de Cromwell ; ils obtinrent un ajournement.

Le renvoi des ministres, Ténei^ie imprévue du roi, la démonstration presque menaçante de La Fayette troublèrent les Girondins. La guerre devenait, pour eux, un motif plus grand d'inquiétude; ils se méfiaient des généraux ; ils supposaient entre là cour et les émigrés des relations intimes et un éoncert établi ; ils croyaient à des complots,' et ne savaient pas voir combien Tindécision et le désaccord dès défenseurs de Tordre et de la monarchia promettaient un succès facile à Taudace des révolutionnaires. Leura alarmes vinrent au point qu'ils pensèrent un instant à soulever Test et le midi de la France pour y fonder une république \

Mais ils ne s^arrêtèrent point à une telle chimère, et se décidèrent à employer les moyens qui , depuis un an, semblaient à leur libre disposition : les tumultes populaires et les attaques à force ouverte. Ils n'éprouvaient pas le moindre scrupule, pas la plus fugitive hésitation à rompre la paix publique, à risquer ces luttes sanglantes. Elles étaient devenues une détestable habitude ; les esprits y étaient faits et ne s'en étonnaient plus. La Gironde et les Jacobins ne se lassaient point dé louer les bonnes et patriotiques intentions des plus criminels séditieux. Ils avaient prononcé une amnistie pour les auteurs du massacre de la glacièi'e d'Avignon. Le récit en était si horrible que le secrétaire de l'Assemblée n'avait pu en achever la lecture, tant il était ému. Trois mois après, la justification des assassins était devenue une affaire de

* Mémoires de Barbaroux.

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parti, et la parole dé Vergniauçl vint appuyer l'opinion des plus violents Jacobins. Déjà commençaieni à affluer à Paris des commissaires venus de Provence pour mettre sous la protection de la Gironde les perturbateurs de Marseille et les chefs des bandes qui avaient envahi les villes d'Aix et d'Arles. A peine le parti modéré avait-il réussi à obtenir justice du meur*tre d'un inaii*e d'Éta.mpes,( victime de sa fermeté k défendre la libre circulation des grains et l'autorité des lois. On eut aussi à entendre des ôrMeurs qui excusèrent les soldats assassins de leur général Théobald Dillon. ,

Paris était livré sans défense à la séditipn. D'après les lois nouvelles , le pouvoir exécutif royal n'avait nulle action directe dans une commune pour y n^aintenir l'ordre public. Un ministre, ou une administration départementale, qui aurait pris une mesure de police pu donné un commandement à la force armée, eût été en prévarication. La faculté de prévenir ou de réprimer le désordre était exclusivemeat attribuée à l'autorité municipale.

Or, voici comment elle était composée à Paris : un maire, seize administrateurs; un conseil niunicipal de trente-deux mpmbres; un, conseil général de quatre-vingt-seize notables ; un procureur général et ses deux substituts.

Le maire était le président d'une administration collective de seize nxembres , dont chacun avait une attribution distincte. Le conseil inunicipal s'assemblait au moins une fois tous les quinze jours. Il était convoqué extraordinairement, si le maire le croyait convenable. La moitié des membres du conseil pouvait

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