ADMINISTRATION MUNICIPALE DE PARIS
aussi exiger une convocation. Le conseil général n'avait point de réunions régulièrement fixées. Le maire, la majorité des administrateurs ou une délibération du conseil municipal savaient la faculté de déterminer sa convocation. Il comprenait non-seulement les quatrevingt-seize notables, mais le maire, les administrateurs et les membres du conseil municipal. C'était ce corps de cent quarante-sept membres qui était le redoutable pouvoir appelé la Commune de Paris. Le maire, comme il est facile d'en juger, n'y avait d'autorité réelle qu'en se conformant aux volontés de la portion délibérante.
La division de Paris en quarante-huit sections était iine causé de trouble encore plus infaillible. Tous les citoyens ayant droit de suffrage formaient l'assemblée de chaque section. Ils/ élisaient seize commissaires chargés de surveiller et dé s^econder au besoin un commissaire de police, électif aussi, de pourvoir à l'exécution des actes de la municipalité , et de donner au corps municipal des éclaircissements , instructions et avis. Le commissaire de police était l'agent et le délégué de ce comité, et y avait seulement voix consultative, lorsqu'il àe réunissait /ce qui devait être tous les huit jours au moins.
Lorsque cinquante citoyens demandaient la convocation de l'Assemblée générale de la section, le comité devait la réunir. Lorsque huit assemblées de section votaient pour qu'il y eût convocation dans toutes les sections de Paris, la municipalité était tenue de déférer à ce vœu.
Tant et de si fréquentes réunions pour élire de notobreux conseils ou des fonctionnaires ; tant de délibérations dont L'objet était déterminé, non par des
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lois réglementaires , : mais par la volonté de quelques citoyens ; tant de discussions publiques où il ne s'agissait point des intérêts réels de la commune^ ni de l'administration de ses affaires; tant de conflits de petites ambitions rivales et de noms propres mis en avant par des cabales opposées^ ne pouvaient manquer d'entretenir dans les sections, comme dans la municipalité centrale y une continuelle agitation. L'esprit de parti s'exaltait dans ces luttes quotidiennes et fermentait dans toute la population. L'assemblée de chaque section devenait un club. Déjà, lorsqu' avant la loi définitive, les sections s'étaient appelées des districts, on avait vu Danton s'emparer de la section des Cordeliers et y exercer son autorité déms^ogique. Là se pr^ paraient les soulèvements populaires et se rédigeaient les pétitions que des députations venaient signifier à l'Assemblée nationale.
D'ailleurs^ les agitateurs populaires auraient même pu se passer de ce système municipal, qui leur était si favorable. Un article de la loi portait ^ « Les citoyens actifs ont le droit de se réunir paisiblement et sans armes, en assemblées particulières , pour rédiger des adresses et des pétitions , sous la condition d'en prévenir la municipalité , et de ne pas députer plus de vingt citoyens pour apporter et présenter les adresses et pétitions. »
Peut-être des magistrats municipaux d'^opinion modérée et courageusement dévoués à l'ordre public auraient-ils pu prévenir ou arrêter cette agitation toujours croissante. Toutes les sections n'étaient pas livrées à l'influence révolutionnaire; le corps municipal ne se composait pas entièrement de factieux. Il y avait dans la garde nationale des bataillons, pleins
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de zèle pour la moparchie conâtilutionnelle. Mais Pétioa était maire, Maauel procureur général, Danton substitut, San terre commandant do faubourg Sainte Antoine. Le mouvement séditieux trouvât en enLet leurs amis des itispirateûrs et des complices.
Ainsi assurés de la complaisaiice et, au besoin, de la coopération de Tau tari té. municipale, les meneurs des JfLcobins et des Gordeliers n' avaient qu'à vouloir une émeute pour qu'elle se manifestât à un moment donné» La mine étjsiit chargée, il ne s'agissait que d*y mettre le feu. . i .
/ Au-dessous des coneiliabules politique^, au-dessous des hommes de tribune et de journaux et de leurs comités, où se préparaient, puis se décidaient les séditions^ était une classe subalterne : elle se compoeait dea sex^ents dé l'armée des insurrections; distribués dans les faubourg»^ et lés différents quartiers de la ville., en rapport avec les professions laborieuses, mêlés aux gens de mauvaise vie et de désordre, inspirés moins par des opinions politiques que par une activité perverse ou des habitudes crapuleuses, ils n'avaient besoin que d'un signal pour mettre en mouvenient une populacîe déchaînée.
Aussitôt après le renvoi des ministres girondins; là résolution fut prise d'exercer sur l'Assemblée et sur le roi une contrainte à main armée. L'exécution en fut concertée par les chefs des bandes populaires et les orateurs de la rue, réunis comme de coutume chez le plus important d'entre eux, Santerre, brasseur au faubourg Saint-Antoine, chef de bataillon de la garde nationale^ Il fut ensuite signifié au conseil gé-
» Déposition die La Reyivie- — Mém. de Ferrières.
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néfal de la commune que des citoyeus des faubourgs Saint-Antoînè et Saint-Marceau présenteraient à l'Assemblée nationale et au roi des pétitions relatives aux circonstances^ et planteraient ensuite un arbre dé la liberté sur la terrasse des Feuillants : les pétitionnaires demandaient rautorisàtion d'être en ariiies.
Le conseil dé la coTîimune, quel que fût l'esprit qui y prévalait) n'osa point autoriser cette violation ouverte de la loi:; les pétitionnaires déclarèrent hautement qu'ils se passeraient de cette, autorisation.
Le maire donna connai^ahce de la décision de la municipalité à l'administration départementale; elle n'avait manqué, en aucune occasion, de lutter avec courage, miàis sans puissance, contre le désordre. Leç administrateurs, sous la présidence du duc de La Rochefoucauld, ordonnèrent que le niaîre, la municipalité et le commandant de la garde nationale prendraient sans délai les .' mesures qui étaient en leuî* pouvoir pour empêcher toiit rassetnblement contraire à ta loi, et pour contenir où réprimer les perturbateurs du repos public.
Il y eut lin moment d'indécision parmi les chefs de l'émeute ; Chabot , membre de l'Assemblée, le plus violent des Jacobins , vint les assurer qu'ils seraient reçus à bras ouverts dans la séance du lendemain, et que l'on comptait sur eux.
Pétion^ pendant la nuit, proposa au département de faire acéompagner les pétitionnaires par la garde nationale régulièrement commandée, afin de prévenir tout excès. Les administrateurs comprirent que le maire voulait donner un caractère légal à cette niiahifestation et à tout ce qui pouvait s'ensuivre ; ils persistèrent dans leurs premiers ordres.
Pendant la séance du soir, le 19 juin, rA&semblée avait admis des citoyens de Marseille à donner lecture de leur pétition.
« Le jour de la colère du peuple est enfin arrivé : ce peuple qu'on a toujours voulu égorger ou enchaîner est las de parer les coups; il veut en porter et anéantir les conspirations i . La force populaire
fait votre force, employez-la; point de quartier; vous n'en avez point à espérer Le peuple veut absolument finir une révolution qui doit assurer son bonheur, son salut «t sa gloire ! »
Tel était le langage des pétitionnaires. On en était venu au point où il n'avait rien de trop étonnant. L'impression et l'envoi aux départements furent proposés, faiblement contestés et votés à une petite majorité.
En ce moment arriva une lettre du ministre de l'intérieur; il adressait à l'Assemblée l'arrêté du département de Paris. La lecture fut demandée; Vergniaud s'y opposa. Il voyait un renversement de l'ordre et des lois dan& cette intervention de l'Assemblée à des mesures de police. La lecture fut accordée, mais on passa à Tordre du jour. Personne n'ignorait cependant que le lendemain serait une orageuse journée.
Le 20 juin, vers midi, Rœderer, procureur général syndic du département de Paris, vint annoncer à l'Assemblée que les niesures prescrites par l'administration étaient restées sans obéissance; qu'un rassemblement d'^hommes armés s'avançait et allait demander d'être admis à la séance ; et qu'il était à craindre qu'une adresse ne fût ensuite portée au roi avec l'appareil de la force. L'administration croyait qu'il était dans éon devoir de faire connaître à l'Assemblée l'état actuel de la capitale. Le procureur général faisait remarquer
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que les râsdembletneBts armés étaient formellraient interdits par lesloia; que les autorités admiaistratives avaient eu soin de rappeler cette prohibition/ et que si rAssemblée admettait dans son enceinte des multitudes armées, ce serait sanctionner la violation des lois. Les administrateurs çt le procureur général furent admis aux honneurs de la séance, non sans les tumultueux outrages des tribupes publiques.
Yergniaud allégua que Vusage constant de 1* Asseoir blée avait été de recevoir des députations armées; qu'il eût mieux valu sans doute se conformer aux dispositions légales,, mais qu'on ferait injure aux p^éti* tionnaires parisiens en leur refusant un honneur qui^ jusqu'alors, avait été toujours accordé. Il ajouta que si on supposait que ce rassemblement faisait courir quelque danger au roi, l'Assemblée avait pour devoir de le partager; il proposait d'envoyer chez te roi une députation de soixante membres^ '...■>,
La discussion s'engagea; le parti modéré insista pour que les citoyens armé$ ne fussent pas reçus, et ne tint pas compte de la proposition d'envoyé soixante députés près du roi. Au milieu de ce débats à peine entendu parmi les clameurs des tribunes et les interruptions des députés, le président donna lecture d'une lettre de San terres commandant d'un bataillon du faubourg Saint- Antoine ; il demandait à être admis à la barre avec les habitsoits du faubourg Saint-Antoine : le rassemblement était aux portes de ta salle.
II avait commencé à se former àur la place de la Bastille, vers cinq heures du matin ; d^àbord il se composait d'un petit nombre, la plupart chefs plutôt que soldats des émeutes ; ils montraient quelque in-
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quiétude; Tarrèté du département avait été affiché et les intimidait; les plus ardents excitaient le8^aa->> très; Santerre surtopt s'efforçait de les rassurer; il leur promettait que la garde nationale n'aurait pas Tordre de s'opposer à leur marche, et que Pétion serait là.
Lorsqu'ils se mirent en mouyement, ila étuent environ quinîe cents. Cette troupe se dirigea par la rue Saint-Antoine y puis les rues de la Verrerie^ des Lombards y de la Féronnerie, et arriva ainsi dans la rue Saint-Honoréy qu'elle suivit dans toute sa longueur. De moment en moment cette foule désordonnée et furieuse se grossissait de recrues arrivant par les rue» transversales. Le faubourg $aint^Marce^u ' envoya son nombreux contingent.
L'insurrection marcha ainsi sans obstacles ni résistance parmi la population épouvantée, pendant trois heures. En face de la place Vendôme, sur le lieu occupé maintenant par la rue CastigUone, était alors le. long et étroit passage deç Feuillants, qui conduisait au Jardin des Tuileries. Les séditieux avaient renoncé au ^ojeft de planter leur arbre de la liberté devant les fenêtres du cbâfeau. Leurs chefs n'avaient pas voulu engager le combat , et la marche avait été réglée de manière à. ne point avoir de postes à forcer. Le passage bordait à droit^ le couvent des Capucins; pn entra dans la couri et ce fut là qu'on se mit à planter l'arbre. Pendant ce. temps-là, Santerre était venu à l'Assemblée demander l'admission des pétitionnaires. La salle des séances était, depuis qUe l'Assemblée constituante avait siégé à Paris, établie dans un vaste manège situé à gauche du passage, sur l'emplacement actuel de la rue de Ilivoli presque à Tendroit où ce passage entrait
dans le jardin des Tuileries, sur la terrasse des Feuillaiits. On descendait par quelques marches, du passage au niveau de là salle du manège.
La lettre de Santeîre fut accueillie par les applaudissements d'une parti© de F Assemblée, par les bruyants murmures de l'autre. Vergniaud insista fortement pour lai pi*opositioti qu'il avait déjà faite. Aamon voulut soutenir l'opinion contraire; oh l'interrompit en disant que les pétitionnaires étaient à là porte de îa salte, au nombre de huit mille.
(c Hiiit mille hommes attendent votre décision, » continua l'orateur, « vingt-ciûq millions de citoyens attendent pour savoir si le corps législatif autorisera la violation des lois. Je demande que les citoyens armés déposent leurs arnies. »
Guàdet répéta les arguments de Vergniaud; il était évident que la Gironde prenait l'émeute sous Son patronage. Un vote tumultueux autorisa l'admission des pétitionnaires.
Ils avaient pour orateur un nommé Huguenin, qui, six semaines plus tard présida le conseil de la commune pendant les massacres de septembre. « Nous venons vous assurer, dit-il, que le peuplé est debout, à la hauteur dés circonstances, et prêt à se servir des grands moyens pdui' venger sa majesté outragée. Les moyens de vigueur sont justifiés pat» la déclat^ation des droits de l'homme : résistance à l'oppression : quel malheur pour des hommes libres, de scToir réduits à la cruelle nécessité de tremper leurs mains dans le sang des conspirateurs !.... L'heure est arrivée; le sang coulera, ou l'arbre de la liberté qiie nous plantons fleurira ^n paix.
« Le pouvoir exécutif n^é8t]point d'adcord avec vous.
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Nous n'en voulons pour preuve que le renvoi des minisires patriotes.
. « Nous nou9 plaignons des lenteurs de la haute cour. Vous lui avez remis le, glaive de la loi , forcera* t-on le peuple à reprendre ce même gl^ive^ à venger d'un seul coup la loi outragée et à punir les coupables ainsi que les déposijLaires pusillanimes de Tautorité légale ?
t( Nous demandons à avoir Tboxineur de déGler devant vous, ^>
Cette, lecture fut fréquemment interrompue par les applaudissements des tribunes publiques. et du côté gauche. Le président essaya de. masquer la faiblesse et la condescendance de TAsseinblée, eu adressant une sage exkortation aux pétitionnaires et en leur rappelant les vrais principes de Tordre légal. Il fut permis au cortège de défiler dans la salle.
Une musique marchait en tète et s'arrêta sous la tribune du président; Santerre commandait la colonne; près de lui et comme lui ^ le sabre en main et des pistolets à la ceinture, on voyait le marquis de Saint^Hi^ruge,^ un gentilhomme du Maçonnais, que la Révolution avait trouvé dans la fange oti il s^était enfoncé par une vie de débauche; depuis, il n'avait pas manqué une occasioa de figurer dans les désordres et les crimes de la rue.
. La foiile qui suivait présentait l'aspect d!une orgie ambulante^ d'une scène de carnavaK Les uns étaient armés de fusils; les autres de piques, de haches, de couteaux de boucherie; des femmes ivres dansaient.en brandissant des sabres. On voyait passer successivement le^ enseignes et bannières sous lesquelles avait cheminé le cortège le long des rues : c'étaient les tables
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dé la loi constitutionnelle; de» éeiit^uixait^Qa diverses inscriptions : Le peuple^est las de souffrit! La liberté ou ta mort / A bas le veto ! Tremble ^ tyran /Une culotte eii lambeaux surmontait ià légende Vivent tes sansculottes ! paroles que voèiféraient sans jcesse ces furieux. Pendant ce défilé , leur musique continuait à jouer les airs aux refrains sanguinaires, qu'on appelait alors patriotiques. En^n, on vit passer au haut d'une pique, un cœur sanglant pris sur Tétai d'un« boucherie, avec Tinscription : Cœur d'aristocrate,.
Lorsque finissait ce défilé, qui avait duré pendant deux heures, Santerre s'avança d*un air vainqueur, et présenta au président un drapeau. « Leîs citoyens du faubourg Saint-Antoine vous prient, dit-il> d-agréçr ce drapeau pour les marques d'amitié ([\xe vous ave^ bien voulu leur donner. » *
Pendant que lé cortège traversait ainsi la salle des législateurs, le passage des Feuillants s'était successif- Veinent rempli d'une populace accourue par cuf iosité ou par sédition. t^Ius de vingt mille personnes se pressaient dans cet étroit espacé. (In mur séparait alors la cour du manège de la terrasse des Feuillants, où règne maintenant une grille. Une porte ouvrait du passage s(ur la terrassé. Cette porte était fermée. Un bataillon de garde nationale était placé dans le jardin, et un canon braqué en face de rentrée. La cohue, qui s'était entassée et serrée dans le passage , voulait entrer dans les Tuileries , soit pour pénétrer au châ-^ teau , soit pour avoir de l'air et de la place; la garde restait fidèle à sa consigne ; le canon, aperçu à travers un guichet percé daûs la porte, eifrayait cette foule furibonde.
1)eux ofiiciërs 'municipaux avalent été chargés par
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le m|tire de se rendre aux Tuileries pour contenir et régulariser, en quelque sorte, cette tumultueuse démonstj*atioii ' ; ils se rendirent au château, en passant par les. cours , et demandèrent à parler au comman^ dânt. Le, roi voulut les voir; il leur demanda quelle était la situation de Paris» Ils répondirent qu'il s'agissait de eélél^rer Vanniversaire dja serment du Jeu de Paume , de planter un arbre de liberté et de présenter des pétitions à F Assemblée et au roi.
Le roi s'étonna qu'une telle perturbation de Tordre public lui fût présentée comme un acte simple et inoâensif. '
Un des municipaux répondit sans respect : « Mes collègues et moi, sire, nous avons remarqué avec peine que les Tuileries avaient été fermées lorsque le cortège s^était présenté. Le peuple, pressé dans le passage, témoigne d'autant plus de mécontentement qu'il a vu, par le guichet, du monde dans le jardin. Nousmêmes , no^ûs avons été très-a&ectés de voir du canon pointé contre le peuple. De telles mesures sont plus propreis à l'irriter qu'à le contenter. U QSt utgent que Votre Majesté donne l'ordre d'ouvrir la porte. »
Le roi hésita; mais, èur l'insistance des municipaux, il repartit 2 « J'y consens; mais vous ferez dé* filer le cortège le long de la terrasse , sans descendice dans le jardin, et il ressortira par la porte qui ouvre dans la eour du maînége. » '
Pendant ^ce temps-là, le défilé avait continué dan» i'Âesémbl.ée4 Le cortège* entrait du passage des Feuillants dans la salle ,^ et sortait par une porte qui conduisait danâ la cour du manégei L'intervention des
* Dépoaitioii de Mouoiiet..
64 ÉM&UTfi BU îiO JUm*
officiers piunîciçaux fit ouvrir Ja port.e jadis appelée . porte du Dauphin^ et la foule eptra par là ilau» le jardin y, taudis que le roi avait voulu j^: au contraire, que la populacÇ; sortît .par oette porte de la terrastse des Feuillants. . ^ .
Le$ deux courants de la foule pasaèreut doncle long du château. H ét^it gardé par des postes de g^irde national©:^ qui pe furent point attaqués , et les cor lorines populaires, après avoir traverse ainsi les Tui-? ierles, sortirent parla grille du Pont^Royalj .elles se présentèrent en^it© aux guichets du Carrousel. La garde natiouale voulut leur refuser le passage. JDes officiers > niuuicipîjiux se trouvèrent encore. là pour ordonner qu'on laissât passer les hommes armés ou non armés. ,
La place du Csu'rousel,, beaucoup moîn^ vaste ;alors que maintenant, fut bientôt enconabrée. La porte qui donnait entrée dans la cour du château ét^it gardée. jLTn débat s'engagea vivement; les séditieux, voulaient entrer de force; une partie des gardas nationaux se déclarait pour epx. Pes officiels municipaux essayaient quelque peu de calmer los assaillants; d!autres, au .contraire^ les encourageaient. A cétin&iant, parurent San terre et Saint-Huruge^ restés lés derniers dans TAsseinblée., Ils gpurmandèrent le peuple de ne pas avoir déjà pénétré dans le château : w Nous ne sommes venus que pour cela, » disaient-ils. r-^ « Je vais îaire. enfoncer Ja porte à coups de canon! » criait San terre. , Deux officiers municipaux ordonnèrent qu'elle fdt ouverte. Quelques officiers de la garde nationale voulaient en<;ore défendre le château, mais n'obtenaient aucune obéissance^ Les uns étaient troublés ou stupéfaits; les autres^ par lâcheté plus que par ppînion,
ÉHEUTE DU 20 JUlIf. 65
s'associaient à Témeate. Nul obstacle, nulle résistance ne se présenta pour arrêter , pour retarder cet assaut. Une pièce de canon fut amenée et roulée dans le vestibule, portée sur l'escalier , posée dans la grande salle carrée, nommée alors salle des gardes > depuis salle des maréchaux. Pas un garde national, pas un serviteur n'était posté dans 4'intérieur du château; pas une porte n'était barricadée' ou même fermée. Un nombre peu considérable d'hommes furieux, exaltés par les émotions de la journée, poussant des cris de : (c Vivent les sans-culottes! » des menaces contre le roi, d'infâmes injures contre la reine, se précipita dans le salon qui suit la salle carrée. Une foule curieuse se pressa sur leurs pas, indifférente, et comme étonnée de se trouver dans le palais du roi. Nulle colère ne les animait; nul respect ne les troublait. .
Un des chefs de légion de la garde nationale, Aclocque, fort dévoué à la monarchie constitutionnelle, pénétra jusqu'à l'appartement du roi; il frappa à la porte; c'était 4a première qu'il eût trouvée fermée. Le roi, la reine, leurs enfants, M'"* Elisabeth, plusieura des ministres , le maréchal de Mouchy , l'amiral Bongainville, quelques officiers, étaient dans cette chanibre, sans résolution et sans conseil. Aclocque dit au roi qu'il lui paraissait indispensable pour son salut, de se montrer au peuple. Le roi n'hésita point; il passa dans son cabinet avec sa sœur et les personnes qui se trouvaient avec lui. La reine, plus exposée que le roi aux fureurs des factieul, se retira dans ses appartements avec les enfants.
Le salon qui s'appelait cabinet du roi et qui a conservé ce nom, communique d'un côté à la galerie de Diane, de l'autre à la salle du trône, qui, dans ce I. 5
temp6-là était la chambre du lit> chambre^ d'apparat ou le roi n'habitait pas.; plus loin est le salon qui depuis longtemps a eu le àqm de salon de Ja paiic. Leà galles qui venaient après étaient déjà envahies . Le roi ^tta dans ce salon : un comxnandant de la garde naj;io0ale et quelques «grenadiers y avaient pénéfré et avaient fermé la porte du côté où arrivaien:t les séditieux, (c A moi quatre grenadiers de là garde natio-^ nale^ n s'écria le roi. (c N'ayez paâ peur^ » lui dit un de ces braves gens. c< Je n'ai pas peur, dit le roi; mettez la maiâ sûr mon cosur; il est. pur et trsliïquille. »
Les officiers avaient tiré leurs ss^brei^: Aclocque pensA qu'ils pourraient compromettre la sûreté du roi. Les grenadiers remirent leur arme dans le fourrçau. (C. M^sieurSy sauvez le roi> » disait M"^ Elisabeth en pleurant.
Xes hommes de l'émeute frappaient la porte à grands coups; déjà un des panneaux était enfoncé. Âcloque conseilla d'ouvrir; le roi répondit : <c Je le veux bien; je ne crains rien au milieu des personnes qui m'entourent^ » Le roi se plaça dans la profonde embrasure d'une des fenêtres et monta sur une banquette; les grenadiers se posèirent Au-devant de l'embrasure; te matrécbal dé Mouphy se tenait près du roi. i
W^. Elisabeth n'avait pu supporter de telles émo-= tiona. Elle était sortie pour aller retrouver la reine; des cris de mort contre T Autrichieiiine s'élevèrent de la foule^ qui conunençait à se précipiter dans la 'salle.' a Ils vous prennent pour la reine , lui ditK>n> —^ y Ahl ne les détrompez point , » répliqua^t-etle.
w Citoyens y » dit Aclocque avec fermeté aux pre-' miers qui approehèirent du roi^ « reconnaissez votre
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roi, respectez-le; k loi tous l'ordonne; nous périrons tons plutôt que de souffrir qu'il lui soit porté la moindre atteinte. —*Viv« la nation I vire le roi! n s'écria un des ojBîoierSy le dievalier de €anoIle. Ce eri n'eut pas d'écho.
La salle s'était remplie: d'une foule pressée; les hur-^ lementSy les atroces menaces , les injares grossières^ retentissaient confusément^^ A bas le veto! » s'écriait* on. « Rendez-nous les ministres patriotes. »
' Legendre^ un boucher, qui, depuis trois ans, figurait en tête de toutes les. journées de désordre, ami et lieutenaiit de Danton, et qui commençait à se faire un nom, imposa silence et s'avança vers le roi :
« Monsieur, » dit-il:
Le roi tressaillit à cet oubli de tout respect. \.
«r Oui, mcMBsieup, » continua le boucher^ « écoutez^ nous; vous êtes fait pour nojas écouter. Vous êtes un traître; vous nous avez toujours ti^ompés; vous nous tromper encore. Prenez garde à vous; là mesure est comble f le peuple est las d'être votre jouet. »
Alors il lut une pétition, signifiée au nom du peuple souverain, dont elle exprimait, selon Legendre, les griefs et la volonté, amas d'outrages et de menaées.
Le roi né témoigna nulle émotion : v le feriai ce que la constitution m'ordonne de faire ^ » répondit-il. • Les cris redoublaient, le tumulte devenait terrible, la salle était comble; à grand'péine les grenadiers préservaient l'embrasure où se tenait le roi. Les hènunes qui étaient veiius pour le tuer, car ce crime entrait dans le projet de quelques-uns/, essayèlfent
* Chronique dès cinquante jours. — Aveu de Legendre à Boissy d'AiiglaSà -^ Dénonciation contre Chabot. '
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de percer la foule pour arriver jusqu'à lui; l'un cherchait à l'attçindp.e avec une épée fixée au bout d'un grand bâton; un autre se précipitait vers la fenêtre, le sabre levé; un fort de la halle s'efforçait, en brandis^ sant aussi une arme. Les grenadiers écartaient les coups et repoussaient les assaillants. « Je suis votre roi; je ne me suis jamais éûarté de la constitution, » disait le roi. Ses. paroles se perdaient au^ milieu des clameurs furieuses..
Cependant on vit paraître un des officiers municipaux que Pétion avait chargés dé veiller à la sûreté du t^hâteau. Afin d'être vu et enten:du de cette foule serrée, il était soulevé sur les épaules de deux hommes; ses exhortations n'obtenaient ni le calme, ni le silence. ,
Un homme s -avança pannl cette cohue désordonnée , et inclina vers la fenêtre un long bâton surmonté d'un bonnet rouge. L'officier municipal, voyant, que le roi avançait la main, prit ce bonnet et le lui présenta; le roi le mit sur sa tête.
Cette abnégation sembla un grand triomphe à cette tourbe exaltée; des feris de : « Vive le roiî » se mêlèrent aux grossières paj'oles de contentement . et aux menaces réitérées.
En ce moment, après plus d'une heure d'angoisses, arriva Satiterre; les cris redoublèrent : w A bas le vçto! La sanction des décrets; le rappel des ministres ! » . . L'Assemblée avait levé la séance après le défilé, alors que les Tuileries n'avaient pas encore été envahies. Deux députés girondins, Is)iard et Yergniaud, arrivèrent de leur propre mouvemenjt. Isnard se nomma. Comme l'o^cier ^municipal, il n'avait pas d'autre tribune que les épaules de deux gardes natio-
naux; il tenta de calmer les séditieux; il leur parlait au nom de la loi, au nom de TÂssemblée; il demandait du respect pour Tautorité constituée ; on ne Vécoutait pas.
Yergniàud le fut un peu davantage ; mais cette voix éloquente, qui savait si bien agiter rAssemblée, ne réussissait point à apaiser la populace. Elle continuait à crier : ce Rappelez les ministres ! » '
Un heure s^était encore écoulée dans ce èumulte> sans que Tissue en pût être prévue. Santerre disait: u Qu'on me laisse faire^ je réponds de la famille royale. >) Pétion emtra ; salué de grands applaudissenients ;. il était accompagné de Sergent/ son compatriote et son ami, ami aùJssi de Danton, préparateur habituel des émeutes , et sans doute de celle-ci. *
« Sire/ditPétioii, je viens d'apprendre la situation dans laquelle voUis êtes. —Cela estétonnant, répliqua le roi; îl y a deux heures que cela dure. » Le maire l'assura qu'il n'avait rien à craindre et que le peuple voulait le respecter. C'est dé quoi, malgré sa popularité, Pétion ne pouvait guère répondre. On le hissa, domme lea orateurs précédents , sur les épaules de deux grenadiers, et il esôaya de parler au milieu des clameurs: « Citoyens^ dit-il, vans venez de présenter votre réclamation au représentant héréditaire de la nation. Le roi verra, dans, le calme et la réflexion, ce^ qu'il doit faire, il ne pourra se dispenser d'acquiescer au vœu du peuple. » '
Les cris, les menaces ne cessaient point. Un jeune homme pénétra jusqu'auprès du roi. (c Sire, au nom des cent mille hommes qui m'entourent, je vous demande la sanction des décrets et le rappel des minis-
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très patrioteiai ; • sinoti vous périrei,. — Vous vpuB écarter de ialoi, iépoïkàit le roi ; écoutez, lel; magistrals du peuple* I)
Pétion demeurait immobile et froid; un des ofil* eiers municipaux lui dit eàfiu : << Monsieur le maire, prenez-y garde, c'est ^ par Pévénement qu« votre conduite sera appréciée. JDi^étioH se décida à parler encore: (c Vous ne voulez pas, dit-il, que vos magistrats soient compromis et injustement accusés. Je vous le répète, citoyens,. retirez-voUs; ne donnez pas occasion mx ennemis du bien public d'envenimer vos respeo tables intentions. » Sergent demanda alors qv^ les portes qui conduisaient à la galerie de Diane, en traversant la chambre du lit et le cabinet' du roi, fussent ouvertes; afin q;ue la foule pÛt s'écouler et descendre par l'escalier du pavillon de Flore. « J'en ai donné l'ordre, dit le roi; le peuple pourra avoir le plaisir de voir tous les appartements. » Le maire répéta plus fortement l'ordre de se retirer. On était allé cher^ cher la sonnette dé l'Assemblée et Sergent l'agitait. Le < silence fut' enfin obtenu. « Le peuple a fait ce qu'il devait faire, disait Pétion. Vous avez agi avec la • dignité et la fierté d'l;tommes libres. En Voilà assez; que chacun J3ci retire. »
Le rasseihblement commençait à «odiir^ toujours en vociférant des injuries et des menacies et criant : « Vive Pétion! » En même temps quelques gardes nationaux empêchaient la foule amoncelée dans les salles précé* dentés de pénétrer plus avant et de venir remplacer ceUe qui s^en allait de l'autre côté. Ainsi la salle. où était le roi restait moins encombrée. Alors se présenta une députation de vingt^'^juatre meinbrôs de l'Assem*blée. Elle s'était réunie extraprdinairement sur la
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elaqiëur publique, cpii aononçait que les* jours du rpi étaient en danger. , > ^
: Un député, Brunk, dit au roi : « Sire^ T Assemblée nationale nous envoie vers tous pour nous assurer de la .situation où est votre personne, pour protéger là liberté eonstitutionQelle dont' tous . déTez jouir, • et pour partager tos dangers. ...
.— Je Kuis reconnaissant de la sollicitude de l'As* semblée, r^ondit le roi; je suis tranquille au milieu des Français. >i
Âdocqpe, voyapt que le tumuke s'apaisait et que la salle était à peu près libre, pro^^osa au roi de se re^ tirer; entouré de députés et de gardes nationaux, il passa dans* la chambre du lit. Une partie de la foule TaTait occupée depuis que. les portes aTaient été du*vertes; il fallut U contenir avec. quelques efTorts^ Une porte dérobée , à la droite du lit, communiquait avec, les appartements iutériefurs ; elle fut ouverte;- le roi se hâta, et elle fut aussitôt refennée. Il était huit heures du soir.
C'était, dans la salle appelée le cabinet dû roi,, que la reine, M'"'' Elisabeth^ le Dauphin et Madame royale, s'étaient réfugiés. Les appartements de la reine avaient été aussi forces à coupa de haebe et envahies.. Là, le désordre avait été plus violent, les séditieux animés d'une i:age pluà féroce; ils voulaient la reine niorte ou viTC ; ils la cherchaient partout, reuTersant les paraTents, bouleTorsant les lits, criant d*inf&ittes paroles. Ceci se passait au moment où le roi et la reine se séparaient.
Ainsi, lorsque les portes furent ouTertes, les gens, de rémeute apei^çurent à TimpréTU dans le cabinet du roi, ia reine et ses enfants gardés par un triple
72 ÉMEUTE DU 20 wm.
rai^g d€s grenadiers du bataillon . des FiUes-Saint- ThomaSy prêts à mourir pour la défendre. ^ Faites place, leur coi9Bianda Santerre, il faut que le peuple voie la reine ; » et il se plaça prèsd-elle, 'demère une table qui, lui servait de reHipart.
Un homme^. sortant de la foule^ dpnûa à la reine un bonnet rouge; elle le plaça sur la tête de son fils. Après quelques instailts, Santejre prit pitié d^ Tenfaût, que la chaleur étoùffaity et le délivra de cette coiffure. Santerre disait aux passants qui traversaient la salle: «Regardez la. reine et le prii>ce royal. »
Une femme, qui se trouvait parmi cette çohue^ s'arrêta en face de la reine et lui adressait d'horribles injul*es. « Que vous âi-jefâit? dit là reine^— Vous foites le malheur de la nation^ — Oiivous trompe, je suis la femme de votre roi, la mère dé votre DiàupbiQ* Je suie Française' et n'ai point d'autre patrie.^ Je yeux Vivre et mourir en France. J'étais heureuse quand le peuple m'aimait. »)
La pois^arde fut émue ; elle s'attendrit et pleurait à sanglôtSt « Qu'a donc cette femme? disait Santerre; elle est iyrè ; faitesrla- passer.^ ». ^
Enfin, à huit heures et demie du soir, il fut possible à la reine d'aller retrouver le roi. Les angoissés, les inenaces de mort avaient duré cinq heures.
L'Assemblée, s'était déclarée en pennancence jus-* qu'au rétablissement de la tranquillité publique. Dumas était arrivé du château ému et effrayé du spectacle qu'il avait eu sous le& yeux, des -fureurs dont il avait été témoin. « J'ai vu le roi, disait'ilf il ne pouvait plus se faire entendre. On l'a menacé, assailli: on l'a avili ; je l'ai vu un bonnet rouge sur/la tète. L^ Assemblée se doit à elle-même de mander le commandant de
ÉMBUTK w 20 juiy. 73
la garde nationale et de lui donner deâ ordres pour la sûreté du roi. Vous êtes responsables devant la posté* rite. »
^ L'émotioB de Dumas ne fut point partagée par la majorité ; il fut interrompu : on lui criait qu« c'était calomnier le peuple» Isnard attesta qne tout se passait dans l'ordre^ que le peuple atait présenté une pétition : que le roi avait voulu lûi-mème faire ouvrir les poiles> et se trouver au milieu du peuple ; qu'il avait, de son gré, pris le bônûet roùge.
Un autre Girondin, Laspurce, demandait qu'on ne fît paraître aucune in({ùiétude pour la sûreté personnelle du iou Une seconde députation fut pourtant envoyée afin de veiller aussi sur le prince royal et «les daines qui étaient près de lui. » Puis l'Assemblée passa à l'ordre du jour.
Peu après, Pétion eiitra avec un cortège de municipaux, salué par les applaudissements des uns et Vindignation des autres. 11 parla, du zèle que les magistrats avaient mis à accomplir leur devoir, « Quelques personnes <en ont douté, disait-il, et cela m'a été fort* sensible ; le roi a été plus juste ; il coùnaît mieux les Français ; il sait combien, depuis trois ans, sa personne a été respectée ; lisait que les magistrats du peuple veillent sans cesse pour assurer au roi de la constitua tion le respect qui lui convient. »
Péjtion continua longtemps sur ce ton, expliquant comment la municipalité, afin de ne pas laisser mar^ cKcfT quarante mille hommes sans chefs, leur en avait donné et ainsi légalisé la mesure ; en sorte que les citpyens ne manquassent pas à la loi. « Plusieurs citoyens, se sont transportés dans les appartements du roi, ils sont coupables, sans doute, mais ils n'ont
74 'état des bsprits At»BÈ8 ^«20 luin.
iDsulté' persoDDe; le roi n^a eu aùçuiiemént à se plaindre des citoyeiis qui- ont défilé devant lur. »
Cette apologie donha complète .satisfaction aur Jaoé^ bina et à la Gironde. Pétibn fut non-àenteniént protégé eontre les interruptions des wodéré», mai» èndiouriagé par .de fréquents applaudissements ; la • municî^alHé fut admise aux honneurs dé la séance. ^ •
La iseconde députation revint ; elle avait trouvé le iroi réuni àsafamitle. Dès que la foule avait été eeoitléef^ et les passages libres^ la reine était accourue auprès dé lui; elle se jeta à ses pieds, avec ses' enfants f il les tint longtemps embrassés ; M^' Elisabeth pleurait ; la reine ûe pouvait étouffer des cris^ de douleur. Cest au inilieu de cette JBcène qu'arrivèrent lés députés. Lareine leur montra les portes enfoncées, les meubles' brisés : elle parla des dangers qui avaient menacé le roi, des outrages qu'elle -avait reçus. ÈHé était émue, et s'apercevant que Merlin de Thionville, Cordelier et Jacobin des plus violents / avait les larmes aux yeux. « Vous pleurer, dit-elle, dé voir lé FOi et «a famiUe si cruellement traités par un peuple qu'il a toujours voulu rendre heureux. » Le républicain repartit : « Oui^ madame, je pleuré Sur les malhei^rs delà mèra de famille, mais point sur le roi, ni la reine ; je hais les roifr et lés reines. >>
Lés députés invitèrent le roi à prendre du repos.* C'était après avoir constaté que le château était complètement évacué et que le calme était rétabli, qu'ils venaient rendre comptéde leur mission à TAssemblée.
Cette journée dé désordre et d'effroi 'était finie ; elle n'avait pas un résultat prononcé, mais elle était un symptôme de la situation et elle l'aggravait. Les Gi-
ÉTAt vn$ t%¥tim APRÈS LIS 20 itm. 75
rondins Avaient rêvé une insurreetion calme/ docile^ s'wrètant au ^point qui leur epnyçnaît; Pétion avait voulu la revêtir d'un aspeet de dignité populaire; aes amis et lui se trouvaient chargés de la responsabilité d'uii9 orgie infâme; la bataille était perdue pour eux.
Les Gordeliers, Danton, Chid)ot et leurs amis avaient peut-être pensé au meurtre du roi et ailx bâtards du lendemain, qui leur eût donné unje république ou un cbaogement de dynastie ; mais cette sorte de oonspir rateuiîs, «e fiant, aux assassins qu'ils lançaieat, ne leur ordonnaient pas expressément le.orime; ils tàebaiei]^ même de ne poioct le trop savoir d'avance; il y eut aussi mécompte pour eux> ou du. moins c-'était partie remise*.
S'il y uvait çu .quelque accord parmi cette immensf majorité- de bons citoyens que le désordre affligeait et épôuvaptait ; si l'Assemblée avait eu de la dignité et de rénérgie, l'impressipa produite sur l'esprit publie par ces déplorables scènes aurait pu déterminer une réaction^ (i'inaltéràble patience du toi^ son courfige de victime, inspiraient l'ândignatiou' contre les misérar blés qui Vavaient abreuvé d'outrages, et ausj^i contre les hommes dont ils avaient reçu les inspirations; une profonde pitié avait ému les cœurs. Mais pour faire renaître espoir et confiance^ c'était Vénergie ett'actioQ qui auraient été uécessaires.
Cependant le parti modéré tenta un eflfortdaus l'Assemblée ; il soutint d'abord un inutile décret qui prescrivait qu'à l'avenir aucun rassemblement armé ne serait admis dans la salle: puis fut faite la proposition d'ordonner au ministre de la justice d'informer contre les auteurs des attentats de la veille, De vives contra^ dictions s'élevaient contre rorateur, quand arriva une
76 ÉTAt DBS BSPRITS àPRÈS LE 20 JUllf.
lettre dii roi, contre*signée du mmistre de la justice. Le roi engagesût rAssemblée à rechercher les causes du désordre et à prendre les mesures nécessaires pour assurer Pinviôlabilité et la liberté constitutionnelle du représentant héréditaire -de la nation. La lettre du roi et la proposition de Dayerhoult furent renvoyées à une commission no^nmée pour examiner les circonstances relatives à la sûreté générale. On lui remit aussi un Irapport lu par le ministre de Pintérieur qui exposait comment le ministère et l'administration dépal'tementale avaient donné des avertissements et des ordres non exécutés par l'autorité municipale.
La séance fut encore troublée par l'avis que donnait le procureur syndic du département : un rassemblement armé marchait sur le château. Peu après, on sut que Pétion l'avait empêché d'aller plus avant. Luimême vint en rendre compte à l'Assemblée et recevoir les applaudissements de ses amis.
Le maire de Paris se rendit ensuite chez le roi : (rSiréy dit-il, nous avons appris qu'un rassemblement se portait vers le château, nous venons vous informer que ce sont des citoyens sans armes qui veulent planter un mai. Je sais^ sire, que la municipalité a été calomniée, mais sa conduite sera connue de vous. — Elle doit l'être de toute la France, répondit le roi. Je n'accuse personne en particulier; j'ai tout vu. — Elle le sera, repartit Pétion, et sans les mesurés prudentes, que la municipalité a prises, il aurait pu arriver des événements beaucoup plus fâcheux. » Le roi voulut répliquer ; Pétion^ sans l'écouter, continua : u Non pas pour votre personne ; vous pouvez bien savoir qu'elle sera toujours respectée. » Le i^oi^ peu accoutumé à se voir couper la parole, dit d'une voix
ÉTAT DBS ESiPRlTS APRÈS LE .20 JmH* 77
forte : u Taisez-vous! » H y eut an instaot de silence, (c Est-ce la respecter, reprit le roi, que d'entrer en armes chez mpi, de briser mes portes, de forcer ma garde? — Sire, je connais Tétendue de mes devoirs et de ma responsabilité. — Faites votre devoir ; vous répondez de là tranquillité de Paris; adieu« » Et ii tourna le dos à Pétion. , ^ ^
Cet éclair de fermeté, les récits avidement écoutés du calme qu'avait montré le roi, de- sa résistance passive^ mais sans peur, produisirent un effet sensible sur l'opinion parisienne. Le parti modéré, soutenu par cette disposition, encouragé par un succès de majorité dont il avait perdu l'habitude. Se trouvait rallié et prêt. à commencer la lutte.
Une proclamation du roi fat le premier signal de cette tentative d'un retour offensif. Le langage avait une énei^ique dignité. « Si ceux, qui veulent jenver* ser la mionarchie ont besoin d'un crime de plus, ils peuvent le commettre. Le roi donnera jusqu'au deriiier moment l'exemple du courage e.t de la fermeté, qui seuls peuvent sauver l'empire. »
La municipalité elle-même obéit aux dictées de Topinion ; le maire publia une adresse aux habitants de Paris, où sç trouvaient ces paroles : (c Couvrez de vos armes le roi de la constitution ; environnez de respect sa personne ; que son asile soit sacré. »
Les chefs des faubourgs ne furent pas intimidés ; ils firent imprimer et placarder un projet de pétition : a Nous nous levons une seconde fois, disaient-ils, nous, lés homipies du 1 4 juillet, pour remplir le plua saint des devoirs et dénoncer un roi faussaire, indigne d^'occuper plus longtemps le trône. Nous demandons que le glaive de la justice frappe sa tête. »
7$ tïAT m!& ESPRITS . APHto Lfi 20 iUlN/
. Cette provoeatioa eut peu d'effet, ^ même à^s les faubourgs. MontcûiI> tninistre de l'intéTieur^ qpi témoin gnait un courage et up dévouement ii^aperçùs dansnne telle tempête, apporta à rÂssemblée celte publication iqieendiaire ; il la produmit en . preuve d^s d^gei^ qui inenaçaient le roi et la paix publique ; il rendit compte des mesures de précaution ordonnées pat* l'ad^ ministration dépai^teihentale: (c Le sort dé la France est dans vos mains, ajoutaitle ministre ; il dépend peut-être 4es résolutions que vous prendrez aujourd'hui. »
Nonobstant quelque opposition des. JaeobinB; Texposé di> sinistré (ut renvoyé à la commission, et il fut ordonné qu!elle ferait son rapport le sqir même*
Elle proposa un déereft dont les considérants expri^ paient i'indignation dç TAss^mblée contre les; provocations jcriminélleis. Comme L'autorité exééutiv0 ap^ partenait aux magistrats, le projet se bornait à leur recommander de défendre la constitution et rinvida-
bitité du représentant héréditaire d^ la nation. Lè^s boiw citoyens étaient au«$i invités à réunir lèurfe efiEorts à ceux des. autorités pouï* maintenir la tranquillité publique^
Bientôt se succédèrent les adresses et les pétitionsf aoriyant des départeiiients ; la plupart étaient d%neviolence injurieuse etmenaçante; quelques-unes. allaient jusqu'à demander la déchéance du roi; d-àqtres, venues d'Aniiens, d'Arras, de Rôuen^ d'Évréùx, n^anifestèrent des sentiments apposés avec une certaine' énergie, mais les opinions modérées ne compwtaient pas le fracas de paroles des révolutionnaires. Deux pétitions lignées, a Paris, l'une par huit mille, l'autjre par vingt mille citoyens ^ témoignaient des dispos itiQns de la bourgeoisie et du haut commerce de I^ris,
IiE ûiniMÂL^ LA FAYETTE' DEVANT L^AftSEMBLÉr. 79
qui s*effirayaîent chaque joiu* davantage des dangers qui menaçaient la monarchie constitutionnelle.
Lorsque le général La Fayette apprit dans son camp la journée du 20 juin, il apprécia toute la gravité de la situation et se résolut à unfi importante démarche; il BrtiysL à Paris et demanda par écrit qu^il lui fût permis de ^enir présenter à r-Assemhlée Thommage de son irespect. Il fut admis et la parole lui fut accordéel II commença; par dit'a qu^il venait avouer et maintenir sa lettre du 16 juin. C'était pour ce motif qu'il était sorti de Thonorable remi>art que Taffection de ses troupes forniait autour de lui ; une circonstance plus grave l'avait aussi détenniné. Les violences commises le 20 juin excitaient ^l'indignation et les alar-^ mes de tous -les bons citoyens^ et particulièrement de l'armée; il venait exprimer les sentiments de ses braves compagnons- d'armes.
Pariant ai^si; il ajoutait: « Au nom des soldiats et de tous lés bons Français qui aimant leur pays, sa liberté, son repos et les lois qu'il s'est données, je puis dire, sians craindre d'être désavoué par aucun d'eux, que le moment est venu de gai*antir là constitution des atteintes qudconqueis que tous les partis i^'efTorcent de lui porter; quUl faut assur'er la liberté de l'Assemblée nationale, celle dû roiy son indépéndince et sa dignité. Il eat teînpç enfiii de tromper les espérances des mauvais citoyens, qui attendent des étrangers le rétabliseement de ce . qu'ils appellent la tranquillité publique, et qui ne serait <|u^un honteux et insupportable esclavage. Je supplie rÂssemblée d'ordonner que tes instigateurs des délits et des violences commis le 2(^>jmn aux Tuileries seront poursuivis et punis comme
&D LE OÉMÉRAL LA FAYETTE DEVANT l'asSEM^LÉE.
criminels de lèse-nation ; de détruire utie sectls qui envahit la souversdneté , et dont les débats publics ne laissent aucun doute sur les atroces projets de?, hommes qui la dirigent. Je la supplié, en mon nom et. ïiu nom de tous les lionnêtes gens du royaume, de prendre des piesures efiic^^ces pour îajire respecter les autorités constituées, particulièrement là vôtre et celle du roi, et de donner à Uarmée Fasôurance que la constitution ne recevra aucune atteinte dans Tintérieur, tandis que ies braves Français prodiguent leur sang pour la défense des frontières, v
Le général La Fayette s'attendait sans doute à imposer dâ'Vantage; sa renommée, la grandeur de son rôle dans la Révolution, sa position de chef d.'armée, la gra^vité d'une telle démarché avaient dû lui faire espé^ rer un;puissa,nt effet de sa présence et de son discours. Pour qui .connaissait bien la disposition des esprits, il y eut, au contraire, lieu de s'étonner du r^ste de respect qui le défendit, au premier moment, contre les colères des hommes de la nouvelle révolution.
Il fut admis aux honneurs de la séance; on demanda le renvoi de son discours à la. commission qui avait été chargée de reconnaître et d'e|:aminèr la situation du royaume, et qui déjà était saisie de la lettre du général. Guadet s'opposa à ce renvoi. Il parla d'abord sans passion et sembla éviter Içs formes del'ac-^ çusation; piiis prenant un ton de raillerie, il s'étonna de voir un général quitter son armée et abandonner la défense du territoire pour venir régenter l'Assemblée et lui apporter l'opinion des honnêtes gens etjd'uuB. armée qui, sans doute, n'avait pas été appelée à délibérer. 11 conclut en demandant que le ministre de la guerre fût interrogé pouf savoir s'il avait accordé uii
LE 6ÉNÉRÀL LA FÀÏETtE DE V AN T L ASSEMBLEE. 81
congé au général La Fayette, et que la commission s'^expliquât silr le daûger d'aecorder aux généraux le droit de pétition.
R9.môD répliqua par un courageux éloge du général La Fayette : souvent interrompu, il fut souvent applaudi; la séance devint tumultueuse) les apostrophes injurieuses se croisèrent. Le parti modéré avait repris de Tespéranceet du courage. Il obtint une majorité, d'abord douteuse et contestée; puis finit par remporter d'une centaine de voix.
La Fayette reconnut par cette séance qu'il n'y avait point à compter sur l'énergie de l' Assemblée, et qu'il lui fallait cherchei: ailleurs la force. Le roi devait^ le lendemain, passer une revue de la garde nationale; La Fayette lui démanda de^ l'accompagner, en lui disant que àon projet était, après que le roi se serait retiré, de parler à la garde nationale et de l'exhortera défendre avec dévouement la constitution et l'ordre public. Le roi l'écoula avec bienveillance, mais avec réserve, s:an8 contredire ni approuver sa proposition. Dèà le jour même, la reine, qui ne craigi^ait rien tant que d'avoir recours .à La Fayette, fit donner avis à Pétion et à Sw terré de ce qui se préparait pour le lendemain. Pétion contremanda la revue.
Ayant manqué cette occasion solennelle, le général La Fayette réunit chez lui quelques-un» de ses anciens officiers, chefs de la garde nationale; il leur peignit la situation, les dangers du pays, la nécessité de réunir tous leurs efforts contre Tanarchie et de rendre côBur à la majorité timide de l'Assemblée : à peine leur inspira-t^ri une vivacité passagère. Jl retourna à son armée, consterné de tant d'imprévoyance et
dMnertie.
82 TRISTESSE , DE L^OPINfO^ PUBLIQUE.
Ces symptômes funestes ne signifient ppînt que l'opinion générale fût aucunement eh sympathie avec les factions révolu tionnaires^ ni disposée à les seconder par sqn concours* Un sentiment de tristesse et d'efi&oi se répandait de plus en plus parmi les classes de citoyens qui avaient aceiieilli avec reconnaissance Tespoir d'un régime de liberté et d'égalité devant la loi; Tordre public leur paraissait compromis ; la coq-' fiance dans l'avenir était perdue; le commerce et rindustrie commençâ.ient à souffrir. La noblesse qui n'avait pas émigré et qui m voulait p^s de contrerévolution, le haut colnmerce, la classe nombreuse des propriétaires^ toutes les familles pieuses, s'épouvantaient du bouleversement dont la société était mer nacée, La masse du vulgaire, à qui la forme du gou^ vernement est assez indifférente , ne demandait qu'à se rallier aux défenseurs du bon ordre. .
Mais quels pouvaient être ses défenseurs? tiette majorité de la nation, dont l'opinion se rapportait surtout à la préservation de ses intérêts, ne pouvait ^m se donner une organisation et des chefs; elle n'en connaissait point d'autres que le gouveriiement : or, il n'existait plus de gouvernement; les ïniiiistres que le roi avait choisis,^ les honamies qui le conseillaient, lijiî répétaient vainement que de. tous lejs moyens de détruire un empire il n'en est pas de plus infaillible que l'inertie de l'autorité supérieure; qu'il lui fallait choi<^ sir, prendre confiance d^ns un des partis qui voulaient la monarchie constitutionnelle; qu'il trouverait ainsi un appui dans l'opinion publique .et un véritable dévouement dans les ministres qu'il appellerait à son con-* seil. Afoisrien ne pouvait arracher au rpi une décision pleine et sincère. L'interven^tioli des puissances auxi-
TRISTESSE DE l'opIKIO^ PUBLIQUE* 83
Haires des émigrés lui donnait au nïôins autant d'alannes que d'espéranoeç. Il s'inquiétait même de la situation où il se trouverait place par leur succès : cependant il ne cherchait aucun autre moyen de salut; il semblait se résigner à rabaissement de la royauté ^ comme aux malheurs dé la nation. Le désordre deVenait chaque jour plus menaçant ; et cependant le roi mettait encore sa principale espérancedans les hasards qui en pourraient sortir.
D'ailleurs quels secours lui oS^'ait-on? Le général La Fayette ne pouvait arrêter le torrent révolutionnaire qu'en s'emparant d'un grand pouvoir; son carac*tère^ seâ illusions^ sa foi consciencieuse dans ToBuvrè constitutionnelle étaient invariables. S'il eût réussi à préserver la monarchie^ le roi aurait été strictement assujetti à des institutions et à dès mœurs républicaines. '
Duport etLameth présentaient des conditions moins dures| ils souhaitaient sincèreinent et croyaient iur di^pensable le rétablissement d'une autorité royale suffisante pour maintenir l'ordre; public; y faire concouirirlés démonstrations hostiles des puissances étrangères était leur principale idée. Au contraire La Fayette ^n av^it horreur ; sur ce point il était conforme à l'opinion, générale, qui se soulevait à la seule pensée de l'ancien régime rétabli à l'aide des armées étrangères. Le. parti modéré de l'Assemblée cessait d'être royaliste, lorsqu'il soupçonnait un tel projet.
Le roi venait d'e9sayer les Girondins, et n'avait pas tardé à reconnaître rihcertitudè de leur direction, leur manque d'expérience politique et.de liberté d'esprit* Us s'étaient montrés incapables et de mauvaise foi.
Ainsi le roi et les bons citoyens se voyaient sans
84 AMBItlON BES bmONDINS.
moyens de défense; le sort de la France était lîvré.aux chances du hasard ou plutôt aux: inévitables progrès du désordre.
Si le parti modéré était divisé en fractions inconciliables il n'en était pas autrement parmi lés irévôlutionnaires ; ils entraînaient le pays dans TanarchieV et elle régnait parmi eux; ils «e précipitaient non vers un but, 'mais sur une pente rapide; ils marchaient sans idées arrêtées, sans projet déterminé.
On pouvait sans injustice accuser les. Girondins de vues anibitieuses et de prétentions à exercer le pouvoir; ils avaient eu des relations, soit àvouéies, soit secrètes avec le roi; ils lui avaient donné des ministres; leur colère s'était allumée, lorsque lèùrâ amis étaient sortis du conseil. Les projets qu'ils forEûaient n'allaient d'abord qu'à les y faire rentrer et à obtenir pa? eux une domination complète. Plul3tard ilé passèrent jusqu'à la déchéance ; il leur fallait un régent et un gou^ vemeur du prince royal choisis par eux. lia république qui apparaissait dans leurs journaux et kurs conversations ne prenait point placé encore dans leurs des*seittô politiques ; mais en même temps, ils ne reçu-laient devant aucun langage, aucun acte, aucun complot, pqur se maintenir au niveau de la popula-rite; ils voulaient, à tout prix, être ce qu'ils n'ont jamais été, lés chefs de la grande faction révolutionnaire.
Dans un temps paisible, les ambitieux aspirent à exercer une autorité régulière, conformément aux opinions qu'ils professent; ils travaillent à réaliser leurs idées de politique et d'adniinistration, à acquérir un« honorable renommée^ à agrandir leur position' ou