DÉCLARATION DU DANGER DE LA PATRIE
si le délit a été commis. Vous n'êtes que dépositaires du plus beau droit, celui de juger le premier fonctionnaire public. .. Je demande au nom du peuple et pour le roi lui-même, qui doit le désirer, que sa conduite éprouve un rigoureux examen. Je demande que si vous proclamez que la patrie est en danger, vous discutiez solennellement si le danger vient du roi. »
Les conclusions formelles de Torateur étaient la mise en accusation du ministère, la déchéance du roi, la dictature de TÂssemblée et la déclaration du danger de la patrie.
Se conformant aux ordres de T Assemblé^, lés ministres vinrent rendre un compte détaillé de la situation de leurs divers départements. Le ministre de la guerre donna surtout des informations très-étenduea sur Tétat des armées, sur les dispositions qui avsdent été prises, sur les ressources qui devaient être espérées. Les ministres terminèrent leur rapport en donnant leur démission .
Le lendemain, sur le rapport d'Hérault de Séchelles, une proclamation, adressée aux citoyens français, annonça que la patrie était en danger; une adressé à Tarmée, où un appel était fait à son courage et à sa discipline, fut aussi proposée et votée. Aucune mesure politique ne fut adoptée ni même discutée, comme conséquence de cette solennelle déclaration. La majorité de VAssemblée n'était pas> non plus que le public, disposée au renversement de la constitution et de la monarchie, que voulaient les Girondins. Il n'y avait même aucun accord possible entre les deux factions jacobines. L'une voulait 3'emparer du gouvernement; l'autre ne cherchait que le désordre au hasard de ce qui en pourrait sortir ; de sorte que les projets des
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uns étaient sans cesse compron^îs et dérangés pa]r les démonstrations. excessives des autres.
C'est ce qui fut encore prouvé, par raccueil que re* çut à FAssemblée une pétition de la municipalité de Marseille; beaucoup d^autres, inspirées aussi pa,r des opnions furieuses^ étaient chaque jour acceptées et applaudies ; celle-là avait passé les bornes.
Elle demandait Tabolition de la royauté, (cll était bien temps, disait-elle, que la nation se gouvernât elle-même; puisque d'après les droits de l'homme, écrits dans la constitution, tous. les citoyens étaient également admissible^ à tous les emplois, comment les Constituants avaient-ils pu établir que la royauté serait déléguée héré'ditairement? Les natiotis ne sont pas ^ites pour être ainsi sacrifiées. Un tel article dans la constitution était infâme et criminel. Puis, quoi de plus contraire â Fégalité, qu'ion roi inviolable; tout citoyen doit être sous le glaive des lois. Pourquoi le roi.enserait-il exempt!... Ainsi,, législateurs, si vous voulez être quelque chose et répondre au vceu de la nation, abrogez une loi qu'elle ne peut plus souffrir. »
Les tribunes remplies de fédérés applaudissaient ; n^iis l'Assemblée se leva presque unanimement ; . de toutes parts on réclamait la punition des signataires de la pétition. Quelques voix essayèrent de deman* der l'ordre du jour ; d'autres le renvoi à une commission. Un député de Marseille j fort connu alors, Martin, à qui Mirabeau avait fait en 1 789 une réputation de patriotisme et qu'il avait surnonmié le juste, monta à la tribune : « Cette adresse audacieusement criminelle suffirait, disaiUl, .si elle n'étajt pas désavoijée, pour déshonorer à jamais Marseille ; » il aSirmait qu'elle
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était r<BUvre de quelques £pLCtieux dont h ville supportait le joug en gémidsant.
Les tribunes publiques interrompaient lorateur par leurs vociférations ;^ le président ne pouvait leur imposer silence; mais nul dans F Assemblée n*éleva la toix pour excuser lès signataires de la pétition; elle fut renvoyée à la commission^ chargée de rendre compte de la situation du pays.
Les fédérés qui arrivaient pour célébrer le 14 juillet, envoyés par les clubs de chaque département, étaient bruyants et désordonnés , ils avaient d'intiines rapports avec les perturbateurs habituels de la paix publique. Le gouvernement et Tadministration de Paris ne disposaient plus de moyens suffisants de po* Kce et de défense. Les troupes de ligne avaient rejoint Tarmée; un décret avait dissous l'état-major de la garde nationale, suspect de conserver quelque attachement pour le général La Fayette ; de quotidiennes d énonciations exigeaient le licenciement des compagnies de grenadiers et de chasseurs , composées de citoyens qui se connaissaient entre eux et s'étaient choisis daiis la commune intention de maintenir lé bon ordre.
Toutefois la célébration du 44 juillet se passa sans tumulte. Péfion avait été rendu la veille à ses fonctions de maire* Il fut le héi^os de la fête ; les rues où marcha le cortège et le Champ de Mars retentirent des cris de 2 «Vive Pétion I »
Le roi avec sa famille s*était d'abord placé au balcon de rÉcole militaire; il descendit ensuite, avec les ministres, pour se joindre à TAssemblée nationale et mareha, ayant à sa droite le président, sans escorte
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militaire, vers l'autel de la patrie qu'on avait élevé sur* une large estrade au milieu du Champ de Mars, C'était là que le roi et les députés devaient renoilvelel* le senn^ût à la constitution « Une foule désordonnée d'hommes 9 armés de piques, en Teste ou les bras nus, s'étaient emparés de Festrade. Il fallut que le roi et l' Aèsemblée se tinssent plus bas que les gradins qui mon* talent à cette plàte-forme 6t à TauteL Le serment fut prêté parmi les cris de : w Vive Pétion ! » les clameurs contre le roi et la constitution, leà injures contre Là Fayette et la musique qui jouait rair de : « Ça ira. » On entendait pourtant quelques acclamations de : (ç Vive le roi ! » partant des compagnies dé la garde nationale dévouées a la monarchie constitutionnelle. Au milieu de te tumulte menaçant, le roi monb*a cette sérénité de résignation, cette contenance ferme et passive qui n'imposait nul respect à la^rossière populace ameutée contre lui, et qui pénétrait de douleur et dé découragement tous les gens de bien ; ris s'attendrisâaient sur le sort qui attendait le roi et la France et qui chaque jour paraissait plus inévitable. Ainsi se passa cette pompe nationale, et l'on se trouva heureux (qu'elle eût été si paisible.
La présence Aes fédérés à Paris avait augmenté la fermentation et précipitait le cours dès événements. Ces honimes occupaient en masse led tribunes de l'Assemblée, obstruaient les abords de la salle , interrom^ paient lès orateurs, pesaient sur les délibérations. La situation devenait dBrayante; la partie séditieuse de la population de Paris s'échauffait de plu^ en plus ; la faction révolutionnaire sentait sa force; il lui fallait bien en user ; car ce û'était pas une armée disciplinable; *oti ne la commandait qu'à la condition d'être
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eDtraîné par elle. Dans une des saltes des Ja(2.obin8 siégeait 9 pendant les heures de nuit, un direetoire secret qui réglait les mouyements de chaque journée^ et se concertait avec les chefs de clubs ou les meneurs des sections, en attendant la grande journée (l(a Tinsurrection.
Les adresses, les députations^ les orateurs pétitionnaires rendaient tumultueuses toutes les séances de TÂssemblée : le langage qui, trois jours auparavant, scandalisait la majorité était outre-passé sans susciter une contradiction de la part des modérés et recevait Jes encouragements des députés jacobins. La déchéance du roi, la dictature de T Assemblée, tel était le but qui bientôt devait être atteint ; en même temps les révolutionnaires s'irritaient contre le principale obstacle. qui pouvait les arrêter ; ils voulaient détruire le général La Fayette.
C'est qu'en effet, il était préoccupé de la pensée de sauver le roi, non point par religion monarchique^ car ses affections étaient pour la forme républicaine, non point par dévouement, pour ce prince, dont il n^attelidait nulle reconnaissance et à qui il ne pouvait se fier, mais par devoir envers, son pays, envers la liberté et pour épargner à cette Révolution, qu'il, avait tant aimée et servie, Taffront de porter de si funestes conséquences. Ainsi le général La Fayette, comme le disaient les Jacobins, conspirait contre eux; mais il voulait que sa conspiratiqn fût constitutionnelle, légale, irréprochable, sans diminution d'une seule liberté, sans dictature d'un jour; il subordonnait ses projets à de scrupuleuses formalités.
Par une disposition nouvelle des coj'ps d'armée et