PROJETS DU GÉNÉRAL LA FATETTE
un mouvement de troupes concerté entre les généraux, une colonne appartenant à son armée devait passer à vingt lieues de Compiègne* Ce château royal était compris dans le rayon constitutionnel où le roi pouvait légalement foire son séjour^ Selon le projet dii général La Fayette^le maréchal' Luckner et lui auraient été appelés à Paris pour la fédération. Alors/ le roi accoiïipagné des deux généraux, se serait rendu à rAssemblée et aurait annoncé son intention d*aller passer quelques jours à Compiègne, ainsi qu'il en avait le droit. Il y aurait trouvé des gardes nationales fidèles et deux régiments commandés par Lalour-Maubourgi Ainsi entouré,. le roiy dans toute sa liberté, aurait fait une proclamation interdisant aux princes, ses frères, et aux émigrés d*all6r plus avant. II aurait en même temps déclaré qu'il se tenait prêt à marcher luimême contre tes armées étrangères , si l'Assemblée le trouvait bon.
La Fayette croyait en toute sincérité que le roi, après une telle manifestation, aurait pu rentrer à Paris aux acclamations de tout le peuple et régner désormais sur la France calme, heùreusevèt libre.
Le roi ne voulut point essayer ce projet; il résista aux ipstanees de quelques serviteurs dévoués qui ne voyaient pas un autre moyen de le sauver; leurs supplications t)e furent pas écoutées. Ce n'est pas que le roi soupçonnât la loyauté du général La Fayette; ce n'était pas non plus qu'il discernât ce qu'il y avait d'illusion dsuis de telles espérances* C'était plutôt la crainte du fiuccès qui préoccupait le roi et surtout la reine, ainsi que leur entourage aristocratique. Voir les résultats de la Révolution triomphalement çonfitmés^^ la constitution douée d'une existence réelle et durable; c'était une
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pensée qui ne leup était point supportable; a Nous savons bien^ disait-qn, que M. de La Fayette saavera le roi 9 niais il ne sauvera point la royauté* » La reine se souvenait que Mirabeau, peu avant sa mort, lui avait annoncé que si la guerre survenait, La Fayette voudrait tenir Iç roi prisonnier dans sa tente. D'autres fois la reine, songeant au 6 octobre, disait.' « Il serait trop fâcbeux pour nous de lui devoir deux fois la vie.. »
Quant aux espérances que le roi pouvait placer^ soit sur une intervention comminatoire des puissances étrangères, soit sur la contre«*révolutîon. à main armée accomplie de concert entre les émigrés et une armée d'invasion, il y entrevoyait de tels dangers que sa répugnance à d'autres projets ne tenait point à ce motif. Il avait nécessairement des relations secrètes avec ses frères ; mais il voulait bien ptutâ^t les arrêter dans Texécution de leurs desseins que s'y associei^. La reine, plus animée; et plus mobile que le roi, ne rejetait pas cet espoir de salut ; le danger, lorsqu'il n^était pas actuel et menaçant, ne Teffrayait pas; elle était téméraire à le braver et i l'aceroître. L'aveugle-* ment et la présomption étaient plus complets encore parmi les serviteurs fidèles et empressés qui accouraient pleins de dévouement pour défendre le roi. Ils lui sacrifiaient, non saus peine, le point d'honneur qui les entraînait à l'émigration. Sand organisation, sans armes, sans uniformes, dispersés dans Paris, sans vouloir s'incorporer aux bataillons royalistes de la garde nationale , ils recevaient des cartes pour en^ trer au château et attendaient l'ordre et le signal d'y accourir si quelque péril menaçait le roi ; ils venaient faire leur cour et ne recevaient ni consigne, ni direc-
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lion* Étrangers par leur position et par leurs pr^ugés à toutes les eirconst^nces du moment, ils compro^ mettaient par leur langage et leur exagération la cause qu'iU venaient servir* C'étaient en:^ que le peuple ap*pelait les chevaliers du poignard* Le baroq de Vio^ Hïesnil, qui leur fut d'abord indiqué pour eh^f, pensait comme eux, « qu'une bonne émeute sentit l'occasion du triomphe delà royauté/..)} , Trois bataillons de gardes suisses restaient pour la défense du château; un décret de l'As^mblée ordonna qu'il en. serait conservé un seulement; les deux autres deyaienjt se rendre à l'armée. Dans la garde nationale^ quelques compagnies étaient fermement disposées à défendre . le roi constitutionnel. Mais le 20 juin avait montré quelle cause, voulait servir la grande masse de*cetté milice civique et ce qu'OQ en pouvait attendre pour la défense de .l'ordre public. Elle comprenait maintenant des milliers d'homnies sans uniforme, armés de piques et recrutés par les comités de sections.
. Clest ainsi que de part et diantre les forces étaieni comptées comme à la veille d'une babille. Mais l'ar^^ mée du parti révolutionnaire n'était pas encore au complet.
Le 20 juin avait paru aux Girondins une mutinerie mânquée, une insurrection sans force et sans but*; elle avait été suscitée, mais non pas conduite par eux. Afin de la gouverner selon leurs vues et leurs projeté, ils vouiilrent aVoir une troupe à leurs ordres, qui leur
* Mémoires du général La Fayette.
Mémoires de Barbaroux.