‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 4 sur 88 · XV · texte numérisé non relu

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mot / s*i}s avaient su €e qu'ils faisaient, Toccasion était belle : en onMls profité ? ont-ils mené à bien Tentreprise pour laquelle ils avaient bouleversé leur pays?

Serait-ce qu'ils avaient tenté Fimpossible et qu'ils s'attaquaient à cette force des choses que lineplie des passions ne sait jamais reconnaître? Serait-ce qu'une nation ne peut être violenunent arrachée à ses habitudes, A sajreligion, à sesr souvenirs ? Serait-ce qu'on ne peut détruire une société, et que, toute conquise qu'elle. paraisse, elle est plus vivace que ses oppresseurs?

Les hommes, qui s'étaient chargés de cette énorme t&che, ne pouvaient donc faire que faute sur faute, crime sur crime ; les obstacles qu'ils rencontraient , c'étaient eux-ofiêmes qui les avaient soulevés; les révoltes provenaient de leur tyrannie et de leurs exigences» Ils ne pouvaient faire la paix ni avec les ennemis du dehors, ni avec les citoyens opprimés dont ils avaient lassé la résignation. L'aversion et le désir muet de vengeance s'accroissaient de jour en jour.

Toutefois cette domination des révolutionnaires extrêmes, proposés aujourd'hui conrnie le modèle des réformateurs , ne fut point renversée par une méthode contre l'oppression ; la soumission demeurait incomplète ; la querelle s'engagea encore entre les fondateurs de la république. L'expérience fut poussée jusqu'à la fin. Cette république portait la mort dans son sein ; elle ne pouvait faire vivre ensemble les hommes qui l'avaient inaugurée. Les opinions révolutionnaires avaient eu leur libre cours; rien ne les avait arrêtées ni détournées;. Si rentreprise échoua , il faut en accuser la fausseté des principes et la perversité des passions, eu bien

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il faut reconnaître que Ie& ehers de cette faction furent ateugles, malhabiles et sans courage.

La seconde époque de la Convention produisit un îiouvel essai de république, conçu dans d'autres idées, avec intention honpète de préserver la société et de ne plus la livrer aux hommes qui voulaient la détruire. Comnient cette seconde expérience tentée de bonne foi tarda peu à démontrer que la constitution de 1795 n'aurait ni consistance ni dorée , c'est ce qui n'entre point dans Thistotre de la Convention , encore qu'on puisse y entrevoir pourquoi il en devdt être ainsi.

Ce livre n'aurait pas été publié sans la révolution de février ; la fausse appréciation des honunes , des opinions et des circonstances de la plus funeste époque dé nos troubles civils était sans doute un sujet d'affliction et une menace du prochain avenir suspendu sur nos tètes; mais lé public n'aurait pas pris un grand intérêt à cette controverse : il vivait dans la sécurité et l'indifférence. Les paradoxes historiques ne lui déplaisaient pas; il les trouvait ingénieux et piquants : l'histoire, portée dans |$i sphère de l'imagination, lui semblait une œuvre littéraire attraya:nte*

Maintenapt , ce qu'il a vu , ce qu'il a souffert , ce qu'il redoute l'a préparé peut-être à bien accueillir la vérité; il trouvera vraisemblable ce qu'il eût taxé d'exagération ou de préjugé; il reconnaîtra les symptômes de la maladie révolutionnaire, le même égarement des esprits , les mêmes chimères de l'orgueil , la même exploitation des passions populaires excitées pour servir d'autres passions, pour recruter une armée aux ordres de l'ambition, de l'envie et

delà haine; il trouvera les doctrines, les sophismes, les mensonges, récemment renouvelés, qui furent employés il y a soixante ans, et qui produisirent les guerres civiles, les séditions sanglantes , les assassinats juridiques et la ruine du pays , sans qu'aucune des promesses prodiguées par les prétendus amis du peuple ait été jamais accomplie, par eux.

Ces analogies ne devaient pas être recherchées ni mises en lumière avec affectation par Fwteur ; il convenait d'éviter toute allusion, d'oublier le présent, en s'occupant du passé, et de ne point donner à Fhistoire la couleur du pamphlet. D'ailleurs , si les opinions son^ semblables , si l'état moral des révolutionnaires dérive de leurs devanciers , les circon^ stances générales sont très-différentes.

Ce qui était spontané chez les uns est imité chez les autres ; conséquemm^it , les convictions sont moins ardentes. Mais, ce qui est surtout différent, c'est la disposition de Fesprit public. Lorsque, en 1792, la mcmarchie constitutionnelle fut assaillie et renversée par l'insurrec* tion, il n'y avait déjà plus de gouvernement, ou du' moins ii était dépouillé de la force nécessaire pour se défendre. Depuis trois ans on s'était accoutumé à le voir ainsi dés* armé ; on avait pris aussi l'habitude de se passer du bon ordre, de l'obéissance aux lois, du respect pour l'autoriié. 11 n'en est plus ainsi aigourd'bui ; la nation a appris, par une jouissance de cinquante ans , quels sont les avantages et les douceurs de la paix publique et de la sécurité ; elle aime l'ordre, surtout quand elle.craint de, le perdre; alors elle est toujours prête à se ranger à la suite de ses défen» seùrs. A cette époque , l'armée , sauvegarde la plus efficace ,

n'était ptas à la disposition des pouvoirs pid)lics pour réprimer les ennemis intérieurs; aujourd'hui, elle veille au salut du pays et tient en échec une autre armée, enrôlée pour rémeute et le désordre.

La plus grande et la plus heureuse dissemblance, c'est que le sentiment national et l'amour d'une vraie liberté n'ont pas de motif pour s'inquiéter d'une réaction et ne risquent pas d'être entraînés vers l'opinion révolutionnaire. Autrefois le territoire était menacé par les armées étrangères ; l'indépendance de la patrie était en question ; on s'alarmait dans la crainte d'une contre-révolution; on pouvait supposer qu'elle était vivement souhaitée par les classes que la Révolution venait d'atteindre ; de là des méfiances , des animosités qui égaraient même des hommes modérés et de bons citoyens, et en faisaient les auxiliaires ou les complices du désordre d'abord, de la tyrannie ensuite. 11 n'y a plus rien de pareil : aujourd'hui la question est posée nettement ; il s'agit du mécanisme de la constitution , du nom ou de la forme du gouvernement bien moins que du maintien de l'ordre social. L'égalité des droits est irrévocablement acquise ; les lois sont douces et libérales. Ce que demandent les révolutionnaires, c'est une autre société, par conséquent la dissolution de celle qui existe.

En 1792, la république se présenta d'abord sous un autre aspect ; il y eut des illusions sincères ; presque aucun des promoteurs de cette entreprise ne se rendait bien compte des conséquences prochaines où ils allaient être conduits ; ils croyaient réellement augmenter les libertés et distribuer, sans nul danger, des droits politiques plus étendus et plus

nombreux. Bientôt un parti» pour vaincre le parti contraire, eut besoin d'empfoyer les forces aveugles de la multitude : alors il devint nécessaire de prendre un autre mot d'ordre, et ridée de république devint inséparable d*un bouleversement social : la propriété et la famille furent attaquées; il ne restait plus qu'à choisir entre l'anarchie ou le servage des citoyens sous le joug des pouvoirs exercés ai^ nom de TÉtat. Au , milieu des malheurs publics , les doctrines n'étaient point remarquées ; elles s'exprimaient par des actes. On s'en prenait aux passions, à l'esprit de parti; on détestait les hommes sans savoir s'ils suivaient un système ; à peine le savaient-ils eux-mêmes.

Dans la situation actuelle , les doctrines , grâce à Dieu , s'expliquent et se proclament avant de passer à l'exécution. De part et d'autre on se tient préparé au combat. Pendant c«t armistice de la guerre civile, la controverse reste ouverte : la tribune et les libres discussions de la presse éclaircissent les questions , avertissent du danger : mais les adversaires de la société s'adressent à l'ignorance et aux passions , tandis que ses défenseurs se bornent à démontrer la vérité et la raison à ceux qui marchent déjà sous ce drapeau.

L'histoire de la Convention pourra ajouter les enseignements de l'expérience aux leçons éloquentes et sensées , qui ont signalé le caractère et les symptômes du mal. Quand et comment pourra-t-il être, non point guéri, car plus d'une génération s'écoulera avant que le principe en soit amorti , mais en voie de guérison? Ce ne sera point tant que la situation politique ne présente pas une assurance de calme et de durée. Les deux questions , de la société à conserver et du

gouvernement à établir, se trouvent encore une fois liées et conrondues ensemble. La république de 1793 reconnut qu'elle était incompatible avec la société française ; la republîque de 1848 n^a point tardé à confesser qu'il en était de même pour elle ; n'est-il donc pas naturel qu'on place si peu de foi et d'espérance en son avenir ?

BB hk

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