DÉCLARATION DE BUREAU DE PUSY
décret qui m'a mandé, j'aurais dédaigné de me justifier des imputations perfides de quelques folliculaires. »
11 expliqua les opérations militaires combinées entre les généraux^ et comment M. de La Fayette ayant à expliquer au maréchal Luckner les motifs d'un mouvement qui n'avait pas été prévu, s'était trouvé obligé, non-seulement de lui écrire, mais de lui envoyer un officier supérieur , afin de répondre à toutes les questions et de concerter ce qui devait être résolu. La lettre du général La Fayette fut produite, ainsi que la réponse du maréchal. Une seconde mission de Bureau de Pusy fut justifiée de la même manière et par des témoignages écrits. La correspondance des deux généraux prouvait jusqu'à l'évidence quel avait été le motif réel de leurs communications. Bureau de Pusy termina son discours en défiant les calomniateurs de résister aux preuves qu'il avait présentées. «Sans autres armes que la vérité, je les poursuivrai, disait-il, et je les dépouillerai du manteau hypocrite de probité et de patriotisme sous lequel ils se déguisent. »
Le général La Fayette avait écrit à l'Assemblée ; sa lettre de quelques lignes se terminait par ces mots : « Je suis interpellé sur un fait : ai-je proposé à monsieur le maréchal de marcher avec nos armées sur Paris? Je réponds en quatre mots fort courts : cela n'est pas vrai : » Le maréchal écrivait de son côté : (r Jamais proposition de marcher sur Paris ne m'a été faite. »
Enfin Hérault de Séchelles, un des six députés qui assistaient au dîner de l'archevêché, déclara que le maréchal ayant beaucoup de difficulté à s'exprimer en français, il était possible que ses expres- I. 8
114 AEHIVÉE DES HARSEILLAIS.
sioDB eussent été mal entendues; mais quant à lui, il se rappelait les paroles suivantes : «La Fayette m'a fait faire par Bureau de Pusy des propositions horribles. » L'évidence dès preuves^ et plus encore Téloquence militaire de Bureau de Pusy avaient produit une vive impression mr TAssemblée. Laàource et Guadet répliquèrent avec une injurieuse vivacité, mais sans produire aucune preuve de leur assertion. Bureau de Pusy fut admis aux honneurs de la séance et fort applaudi par le parti modéré .et par les ihdépendants. L'affaire fut encore renvoyée à la commission.
Le lendemain advint un incident nouveau, qui devait avoir de graves suites. Les Marseillais, que Barbaroux avait mandés , arrivaient à Paris; il accourut au-devant d'eux, jusqu'à Charenton; avec une joie expansive, il les embrassa comme des frères qui venaient combattre pour la Révolution*. Un repas amical réunit leurs chefs avec plusieurs Jacobins , qui étaient venus à ce rendez-vous. Bourdon de l'Oise, ami de Danton > Fournier T Américain, déjà célèbre dans les insurrections et les massacres et qui allait le devenir davantage encore ; un nomîné Héron d'une réputation à peu près pareille et servant habituel de Marat. Tels étaient les hommes avec lesquels Barbaroux s'était mis en relations amicales. Par 6es opinions et ses espérances, il appartenait toutefois aux Giron* dins et i| \tl*availlait pour l'accomplissement de leurs projets.
Les Marseillais étaient destinés à agir dès le lendemain. On comptait, par cette promptitude, surprendre
' Mémoires de Barbarom. *
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les Tuileries sans défense , n'avoir point de combat à livrer, pas de sang à verser. Les hommes des faubourgs, les habitués des émeutes devaient^ au nombre de quarante mille., se porter jusqu'à la place de la Bastille, au-devant de leurs frères de Marseille. De là, suivant la rue Saint-Antoine, on aurp.it pris facilement possession de THôtel de Ville où Ton avait de grandes intelligences ; on y aurait installé un nouveau corps municipal, et prenant les canons de la garde nationale, on aurait marché par les quais jusqu'aux Tuileries; alors, campant dans le jardin, on aurait bloqué le château sans chercher à y pénétrer. L'ordre le plus strict devait être maintenu. Les Girondins voulaient une insurrection sainte et majestueuse, comme la liberté. La volonté du peuple devait être proclamée; l'Assemblée serait invitée à garder la nation française de tout domno^age. Ainsi on aurait, selon l'événement, obtenu soit la satisfaction de tous les griefs , soit la suspension ou la déchéance du roi. L'espoir des Girondins était que par la terreur , ils forceraient la cour à se jeter dai^s leurs bras et à chercher asile dans leurs ta^nts e]t leur popularité \.
Ce .prograi;nme ne pouvait être exécuté sans avoir pour complice San terre, qui était alors le général des insurrections. Pétion avait aussi un rôle nécessaire quoique jxis^ctiff Saptérre avait promis les quarante mille honimeSé Le lendemain les faubourgs restèrent calmes.4^ A peine deux cents fédérés et quelques gar4e8 nationaux armés de piquer vinrent*ils au'-devant des Marseillais^
Quatre jours auparavant , le 26 juillet, lorsque les
' Rœderer. — Chronique des cinquante jours.
1l6 ARRIVÉE DES MARSEILLAIS.
Marseillais n'étaient pas encore arrivés, une vaste émeutfe concertée et préparée par les comités des Cordeliers et des Jacobins avait avorté par l'inertie et même la résistance de Sanlerre et surtout de Pétion, à qui plus tard ce fait fut reproché.
Étaît-ce qu'il se réservât pour une occasioiî où le succès paraîtrait plus certain? Ou bien avait-il, ainsi que Santerre, reçu quelque rançon payée par la liste civile , ce qui n'était point rare. Pétion lui-même n*était pas à l'abri dé semblables soupçons \
Vers ce temps-là, comme la liste civile s^ était épuisée à tant de corruptions , sans que lé roi fut désabusé de cet inutile et honteux moyen , il chargea Bertrand de Molleville d'emprunter cinq cent mille francs au procureur général de l'ordre de Malte, le commandeur d'Estourmel. Dans «les premiers jours de la captivité du Temple, la reine disait : « De quoi nous a servi cet argent ? Les sommes que nos amis ont distribuées à Lacroix, Pétion et autres les ont-elles empêchés de nous trahir ?»
Ceux qui spéculaient ainsi sur les craintes et la duperie de la cour continuaient à servir leur parti et ne le trahissaient pas; ils n'avaient point de scrupule. « C'est autant de pris sur Vennemi, >) disait Danton.
Le cortège des Marseillais parcourut les rues de Paris sans être destiné ce jour-là pour une insurrection ; mais il était bruyant et désordonné. Tous portaient des cocardes en laine; chemin faisant, ils rencontrèrent de paisibles citoyens dont la cocarde était formée
* TouroiigeoD. — Mémoires du général La Fayette. — Bertrand de Molleville. - Hue. .
ARRIVÉE DBS MARSEILLAIS. 117
avec des rubans ^ 11 leur parut que les couleurs nationales, lorsqu'elles étaient sur la soie, devenaient un signe d'aristocratie. Un passant , insulté par eux, ne voulut pas quitter sa cocarde; ils le maltraitèrent. Une boutique où étaient en vente des cocai^des semblables fat saccagée.
Semant ainsi le trouble sur leur passage, les Marseillais arrivèrent aux Champs-Elysées, où un dîner \eut avait été préparé par les soins de Sànterre. Dans un jardin voisin , des gardes nationaux du bataillon des PetitsrPères , au nombre d'environ quarante, étaient réunis aussi en un repas. Une rixe s'éleva d'abord à travers la palissade qui séparait les deux jardins; des pierres furent lancées par les Marseillais. Puis,. après le dîner, lorsqu'ils sortirent, la que)*eUe recommença dans les Champs-Elysées, s'anima de plus en plus et devint une véritable bataille, que Santèrre tenta vainement d'apaiser. Un lieutenant de la garde nationale, nommé Duhamel, agent de change, fut tué à coups de sabre, dans la rue Saint-Florentin, en se défendant avec un pistolet qui ne fit point feu. Le bataillon des Filles-Saint-Thomas s'assembla pour venir secourir ses frères d'armes; la générale fut battue. Toutefois on parvint à faire cesser le désordre.
Dès le soir même, une députation de gardes nationaux se présenta à l'Assemblée pour demander justice. « Nous sommes tous, dirent-ils, dévoués à la défense de la liberté; nous n'avions fait aucune insulte â la constitution. Cependant nous avons été assaillis d'une grêle de pierres; six cents furieux sont
' Journal de Paris, 2 août 4792. — Lettre de M. HegnauU de Salnt- Jean-d'ÂQgely.
1 tS ABR1VÉE DES MAR&ErLLAIS.
tombés sut nous, à coups de sabre et de pistolet; ils ont assassiné un de nos camarades. — Tant mîéûx! » s'écria ijne voix dans les tribunes publiques. -^ « Nous vous demandons justice ! le sang de ûos frérès crie vengeance! La garde nationale de Paris vous a bien défendus. Vous ne verrez point de sang-froid commettk'e/sôus vos yeux, de tels assassinats. ))
Ihtert*ompué souvent par les huées dès tribunes^ ladéputatian obtint néanmoins les honneurs de. la séaiice; mais on vit entrer aussitôt d'^autrés gardes nationaux apportant un récit différent. Ils étaient de garde au château des Tuiïerieô, et avaient vu le roi et la reine donner des marques d'intérêt aux blessés qui cherchaient asile dans le palais. Cette déposition était destinée a atténuer la première, ei à faire supposer que les ptaignarits' étaient des royalistes et des chevaliers dû poignard, qui avaient provoqué les Marseillais. Un député parla dans lé même sens, comme témoin oculaire. L'Assemblée passa: à Tordre du jour, motivé sur ce que la justice devait avoir son cours ordinaire.
Le lendemain^ des pétitions furent encore présentées en opposition les unes aux autres. Le 3 août, une députatiob des Marseillais eux-mêmes viût d'un ton impérieux demander la déehéanc.e du roi, et parmi les griefs il liiî était reproché dé se faire le défenseur bfiicieux deâ grenadiers dés Filles-Saint-Thbmas. Le ministre de la justice avait en effet ordonné, au nom du roi , des poursuites contre leîs auteurs de ces crîihi-^ nels désordres. '
Plusieurs députés du parti jacobin certifièrent que les Marseillais diraient Texacte vérité^ L'Assemblée resta froide et consternée. Il y avait complète évidence