ABRITÉE DES MARSEILLAIS
révolutionnaires et ^a haine crédule dont les masses populaires avaient été échauffées. Dq6 foule confuse se précipita à la barre de rAssemblée au nom de la seetion des Quatre*Nations; ils criaient vengeance : leurs pères, leurs frères, leurs enfants, avaient été empoisonnés dans les hôpitaux militaires. « €e ne sont point des plaintes, ce sont des hurlements que nous poussons vers vous. Ah! si nous n'avions pas eu tant de patience; si nous les avions exterminés jusqu'au dernier, la Révolution serait achevée et la patrie ne serait pas en danger. Nous attendons vengeance de vous. -^ Oui ! oui ! vous Taurez, » répétaient de nombreuses, voix parmi l'Assemblée.
Il s'agissait d'un fait dont l'Assemblée avait déjà connaissance ; elle avait envoyé au camp de Soissons trois commissaires pour vérifier l'état des approvisionnements, et la conduite de Tadministration militaire^ dénoncée tous les jours par les fédérés, qui composaient ce commencement de corps d'armée. Ces commissaires étaient spécialement chargés de s'informer comment il se pouvait faire que des morceaux de verre se fussent trouvés dans le pain de quelques soldat».
C'était le sujet des hurlements de la section des Quatre-Nations : voilà ce qui excitait la sympathie des Jacobins dé l'Assemblée. Pour 'tout homme sensé et de bonne foi, il était clair que ce devait être un ac^ cident. Aussi les Girondins, qui, de moment en moment, se troublaient davantage, de cette exaltation populaire, excitée par un parti où ils n'avaient nulle autorité, voulurent prendre leurs précautions et ne se pas associer à cette absurdité.
Lasource engagea les citoyens à se méfier des agents
de la cour, qui, se jouant des alarmes crédules de la population y cherchait à Tagiter et à produire le désr. ordre » afin d'avoir à le réprimer.
Le lendemain, une lettre des^«ommÎ88aire8 apprit à r Assemblée que la boulangerie militaire avait été éta<blie à Soissons dans une vieille église, et que des enfants ayant cassé une vitre en jetant des pierres , des firagmçjnts de verre étaient tombés dans le pain. c< 11 nV.a pas eu de crime médité, mais une grande négligence, et ce n'est point la seule que nous ayons àdénoQçer. » Carnot, qui envoyait ce rapport , crai* gnait de justifier trop Tadmimstration.
Maintenant que les Marseillais étaient arrivés et, qu'à vrai dire , ils étaient maîtres de Paris , il n'y avait plus à compter sur un moment de répit. La catastrophe devenait imminente. Les Girondins espéraient encore la gouverner et en régler les conséquences ; mais ils n'étaient pour rien dans ce qui était préparé.
Le comité insurrectionnel, délégué par la réunion qui s'assemblait secrètement dans une salle des Jacobins, avait d'abord été composé de cinq membres seule* ment^ gens obscurs dont les noms sont restés ignorés, quoiqu'on les retrouve en explorant les documents contemporains. Tout se passait alors comme il arrive toujours dans les occasions semblables. Des hommes subalternes, plus ardents ou plus pervers que les chefs dç parti , s'étaient chargés d'exalter des combattants recrutés dans la portion infime de la populace,: et parmi ceux que leurs délits ou leurs désordres ont eUssés^hors-de la. société; ils les avaient sous leur dir^tion et devaient les lancer à l'assaut, lorsque les conspirateurs habiles jugeraient que te moment
t22 pRÉPÀRÀTif^ po€R L'iNSt}iitt7;eri(>N.
de Jeter le dé étsait t^eiwi, se réservant de paraître quand la partie çerait gagnée.
Le comité^ s'était adjoiQtsticcés^ivetnentqiijBilqiies hommes destinés à exercër^une influence^ acti'v^e on à prendre un commandement pamii leis combattants : WesteVmann, aventurier alsacien ^ déjà familier avec la tactique des émeufes , déveué à Danton' et d'une vaillance téméraire f/ Fôiïrf^iér rAmérieain ; te Pcrtô^ nais Lazeuski ; Sahterre ; Alexandre^ chef du faubourg SaintrMarcèau. ; Carra^ le journaliste, aussi ardent r^ volutionnaire r qu'aucun / dés autre^*^ Non-seillement ]f5s Girondins étaient étrangers è^ ce pouvoir exécutif de l'insurrection; inais les hommes importants parmi les véritables' résrolutioni^airesj, Danton , Robespierre, Marat) restaient à TéeaTt, tdtrt en: se tenant au courant d^s mesures d'exécution:
Pétion avait placé les Marseillais dans une caserne du JeiubQUrg Saint-Honoré. Ce quartier était trop éloigné des lieux où lés rassemblements devaient se former, où l'émeute devait commencer; ils n'étaient pas aBsez^ sous la main des t^befs du mouvement et pouvaient encore agir sous la direction deô Girondins. Barbaroux V qui les avait appelés à Paris> conservait une certaine autorité sur eux: Les amis de Danton j^ Frèrôn et Pànié , entamèrent une négociation pour que les Marseillais fussent, easernéâ auprès du club de» Cordeliers. Barbaroux, dont les idées étaient coriformés aux opinions dé M*^ Roland , de Brissot , de Pétion, avait en. même temps d'^intîmeô rapports avec les plus effrénés Jacobins, avec les hommes qui allaient mettre la main à l'œuvre. Il était leur complice, sa^s bien savoir quel était leur complot. Il &'était lié avec Marat; les horribles propos qu'il lui enteiiiiait pro-
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férer, les appels à d'immenses massacres, tant d*au« daee mêlée à une Hsible pôltronnerie> étonnaient souvent Barbarôut; mais il savait, aiùsi que le disait M"^ Roland y « que dans les révolutions , les plus actifs ne isolât pas toujours les plus purs; il faut iâisser faire ceux4à; mais Tobjet du mouvement atteint , il faut se dépécl^er de rétablir Tordre, pour éviter la dissolution \ » Barbaroux se résignait donc à la société de Mandat; il pensait que ses discours sanguinaires n'étaient pas Fépanchement d'une âme atroce, mais uu délire de l'esprit. Il tâchait de donner des consola-^ tionè à cette tête dérangée. ,
C'était le moment de savoir, avant cf'agir, quel but on se proposait et ce qu'on voulait faire. Marat avait des idées si étrangement désordonnées qu'il écrivit et voulut faire imprimer quelques pages pour' appeler la colère dés Ms^rseillais , non s-ur la cour, mais sur r Assenablée ; Barbaroux empêcha celte publication .
Robespierre était plus grave et plus Réservé. 11 voulut avoir une conversation avec Barbaroux, qui lé trouva pénétré' d'un orgueil porté jusqu'à l'adoration de lui-même. Robespierre se vanta d'être pour beaucoup! dans le mouvement révolutionnaire. « Mais il s'arrêtera, di^àit-il, si un homme extrêmement popu* laire ne s'en déclare pas le chef et ne lui împi^lme pas une accélération nouvelle. »
Un ami de Barbaroux, comme lui préposé à la conduite des Marseillais, répliqua aussitôt: ce Je ne veux pas plus d'un dictateur que d'un roi. » La conversation se termina ainsi. Mais les amis de Robespierre la reprirent plus tard, pour expliquer qu'il s'agissait
* Mémoired de M"*' Roland. — Mémoires de Barbaroux.
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seulement d'une dictature de circonstance et temporaire; puis ils parlèrent avec dédain des prétentions ambitieuses qu'araient aussi Brissot.et Pétion.
Le point important de la négociation ne présenta nulle difficulté; les Marseillais furent casernes auic Cordeiiers ; dès lors ils passèrent aux ordres dé Pan ton.
. Tout étant ainsi disposé, une députation de fédérés pouvait, le 3 août, venir dans TAs^emblée et parler en ces termes : « Noua vous demandons une réponse catégorique : pouvez-vous QOûs. sauver, oui ou non? Le peuple est levé ; il veut sauver la chose publique et vous sauver avec elle, » Â ce. même moment un message du roi venait porter les esprits à un plus haut degré d'excitation.
Depuis quelques jours circulait à Paris une proclamatioQy qui restera à jamais célèbre, la proclamation du duc de Brunswick, cette insolente menace adressée à la nation par le généralissime des armées qui venaient envahir le territoire et dicter des lois à la France. Oq y }isait entre autres paroles : (c Les gardes nationaux, qui combattront les troupes des alliési seront punis comme rebelles à leur roi et perturbateurs de la paix publique. Les généraux , officiers et soldats , sont sommés de se soumettre au roi» leur légitime souverain. Les administrateurs seront responsables sur leurs biens et leur tète de tous les délits qu'ils ne se seront pas efiforcéç d'empèchei* dans leur territoire. Les habitants des villes, bourgs et villages, qui ose*raient se défendre contre les troupes des alliés, seront punis selon la rigueur du droit de la guerre; leurs maisons seront démolies et brûlées. La ville de Paris et tous ses habitants sans distinction sont tenus dç se
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soumettre, de rendre au roi sa liberté, de lui assurer l'inviolabilité et le respect, devoirs des sujets envers leur souverain. Leurs majestés impériale et royale rendent personnellement responsables, pour être punis militairement^ sans espoir de pardon, les membres de TAssemblée nationale, du district, de la municipalité, de la garde nationale et tous autres qu'il appartiendra. Si le château des Tuileries est forcé ou insulté, s'il est fait la moindre violence, le moindre outrage à leurs majest;és ; s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur couservation , à leur sûreté, à leur liberté, les souverains alliés déclarent, sur leur foi et parole d'empereur et de roi, qu'ils en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, ^en livrant la ville de Paris aune exécution militaire et à une subversion totale., »
 peine cette proclamation fut-elle connue à Paris et reproduite par les journaux, qu'elle excita une indignation universelle. Le sentiment patriotique fut sincère et animé ; sur ce point les nuances d'opinion s'effaçaieiit dans l'unanimité nationale.
Un message du roi arriva à l'Assemblée, porté par tous ses ministres. C'était une assurance nouvelle de ses inleùtions. Après avoir parlé des efforts qu'il avait tentés pour maintenir la paix, le roi protestait qu'il n'avait négligé aucun moyen pour assurer le. succès de la guerre. « Si l'événement n^a pas encore répgndu aux espérances de la nation, ne devons-nous pas en accuser nos 4^^^^^^i^s intestines?. Mais la nation verra croître mes efforts avec ceux des puissances ennemies;,... J'ai accepté la constitution. Depuis ce mo« ment, je me suis fait une loi d'y être fidèle. J'ai fait ce que j'ai dû ; c'est atssez pour le cœur d'un homme
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d^ bien* Jamais on ne me verra composer sur la ^oire ei les intérète de b nation, ni recevoir la loi des étrangers oo eelle d'un parti. C'est à la nation .que je me dois; je ne fais qa!un avec elle. Je maintiendrai jusqu'à mon dernier soupir l'indépendance nationale. Let dangers personnels ne sont rien auprès des dangers publics. Ah ! qu'est-ce que les dangers personnels pour . un roi à qui on veut enlever l'amour du peuple? C'est là qu'est la véritable plaie de mon cœur. Du jour peut-être le peuple saura combien son bonheur m'est cher, combien il fut toujours et mon seul inté* rét et mon premier besoin. Que de chagrins pourraient être effacés par la plus légère, marque de son retour! » ^ ,
Tout cela était vrai; mais d'autres sentiments, d'autres regrets, d'autres espérances étaient vrais aussi ; il n'y avait point fausseté, ni trahison, mais une faiblesse de caractère, une indécision de jugement qui succombaient sous la fatalité d'une situation accablante. Ce furent les adieux, les dernières paroles.que Louis XVI adressa à la nation, qu'il n'osait plus appe* 1er son peuple.
Le message du roi ftit entendu avec de fréquentes interruptions. Docos^ et ^ard en prirent occasion pour renouveler d'odieuses imputations^ L'impression fut refusée^
' Alors^ entra Pétion à la tète d'une députation; il apportait une .adresse du cojiseU général de la commune de Paris. C'était un long acte d'accusation contre te roif il se terminait ainsi : « Leî chef du pouvoir exécutif est le premier ehidnon dé la chaîne contre-révdiu'* tionnaire; il semble participer aux complots de Pilnitz. Son nom- lutte chaque jour contre celui de la nation;
PRÉFAHATIFS lH>UR L-'lNSUARBCTlON. 127
son tiom est un sigHal de discorde, entre te peuple ejt ses ixi€^istrats , entre le? «oldats et leurs généraux* Loin çle.s'ètre opposé par aucun acte formel aux enne* tois du dehors et de Fintérieur, sa conduite est un acte formel et perpéluel de désobéissance à la constitutipu. Par un reste d'indulgence» nous saurions désiré pou-voir vous demander la suspension, de Louis XVI» tant qu'existera le danger de la patrie; mais la constitution B'y oppose. Louis XVI invoque sans cesse ta constitution; nous Tinvoquons à notre tour et nous vous demandons sa déchéance.... Cette grande me* sure une fois portée» noUs demandons que des ministres solidairement responsables» choisis par l'Assem* blée natiQqalè/mais borsde son sein» nommés à haute voix, exercent provisoirement le pouvoir exécutif» en attendant que la volonté du peujple » notre souverain et le vôtre» soit légalement prononcée dans une convention nationale» aussitôt que la sûreté de TÉtat pourra^ le permettre. »
L'adresse de la municipalité fut accueillie par les frémétiq^ies^ applaudissements des tribunes; elle, fut rehvoyée.àla eoipmission. ' .
Grangéueuve voulait que la question de d^chéa^nce fàt diseulée dès le lendemain; elle fut ajournée au &aout. ■ ,
-' Bès le lendemain la section Mauconseil envoya à TAs^emblée ui^ arrêté pris par mx cents citoyens qui avaient déUl>éré sur les dangers de la patrie.. « Considérant l'iniqtie perfidie du pouvoir exécutif ;^ qu-il est imposàiblie de sauver la llberfé par la constitution ; que IjOuîs XVI a perdu la confiance de la nation et que les pouvoirs constitués n'ont de.' force que par ropinion» là section déclare qu'elle ne reconnaît plus