‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 34 sur 88 · PBÉ;rABATlFS POUB L'iSISUBEfiCriOlf · texte numérisé non relu

PBÉ;rABATlFS POUB L'iSISUBEfiCriOlf

Louis XVI pour roi des Français et dbjare ses serments comme surpris à la foi publique. »

En conséquence, la section avait résolu de se porter tout entière dans le sein du corps l^islatif , pour lui notifier cette déclaration, se réservant, suivant la réponse qui iui serait &ite , de prendre telle détermination ultérieure quil appartiendrait. Ces mêmes citoyens de la section Mauconseil avaient adressé leur arrêté aux quarante-sept autres sections de Paris , et leur avaient donné rendez-vous au boulevard de la Madeleine, pour se porter sur TAssemblée.

Une telle déclaration était le commencement djx combat. L'Assemblée, tout abattue et domptée qu'elle était, subsistait encore; la Gironde elle«même reculait devant un désordre qu'elle avait appelé et préparé. Elle n'avait pas cessé d'espérer que ses auxiliaires seraient à la fois dociles à ses projets et terribles au gouvernement.

Cambon appuya la proposition qui fut faite d'improuver l'arrêté de la section, a Mettons tous nos soins» disait-il, à prévenir la guerre civile. On ne désire, dans tous les partis, rien tant que de voir les citoyens armés les uns contre les autres. 11 faut nous mettre sur la brèche et avoir le courage de tout dire pour prévenir un cboc entre les citoyens. 11 y en a peu qui sachent tracer la ligne de démarcation entre la liberté et la licence^ ou ce que j'appellerai l'usurpation de la souveraineté. Ne repoussons pas Je peuple ; calmons-le ; montrons-lui que certiains intrigants le poussent à sa ruine, en lui parlant sans cesse de sa souveraineté. » 11 concluait en demandant que laxsommission fît séance tenante un rapport sûr cet arrêté. Cela fut ainsi résolu*

MIÉPARATIFS POUR L*INSURREGflOX* 129

Ak)rs se présenta une députation de la àection deg Gravilliere ; celle-là se disait envoyée par trente mille citoyens du faubourg Saint-Antoine ; ^lle renchérissait sur l'arrêté de la section Maucoaseilr» Nous vous demandons de déclarer sur-le-champ qu'il y a lieu à accusation contre Louis XVI.. Nous vous laissons encore rhonneur de sauver la patrie ; mars , si Vous refusez de le faire , il faudra bien que nous prenidns le p^rti de nous sauver nous-mêmes. » ,

Stanislas Girardin s'indigna d'un tel langage. « Il faut, dit-il, que l'Assemblée nationale fasse respecter la souvei^aineté du peuple , ou qu'elle s^nsevelisse sous les corps des factieux. » On se borna à passer à l'ordrç du jour, et Vergniaud vînt, ^u nom de la commission 9 proposer le décret suivant :

(< Con$idérant que la souveraineté appartient à tout le peuple I et ^ non pas à une section du peuple; qu'il n'y aurait plus ni gouvernement/ ni constitution, si chaque citoyen, ou châquo section isolée de l'empire, pouvait délibérer qu'elle se dégage d'un serment qui lui déplaît, et qu'elle refuse obéissance à celle des lois ou des autorités constituées qu'elle voudrait ne plus reconnaître; considéraut que, si un amour ardent de la liberté a seul déterminé les citoyens a prendre cette délibération et à l'envoyer aux autres sections, il im* porte néanUioinfi à l'ordre social de réprimer des écarts qui pourra.ient avoir les suites les plus funestes ; L'Assemblée nationale' annule comme incotistitutionnel l'arrêté .de la section Mauconseil et invite les citoyens à se mettre en garde contre les intrigues de ceux qui, par la violatioin de la loi, cherchent à compromettre la tranquillité publique et la liberté elle-même, » Ce dér cret fut adopté à Tunanimité.

AdO MÉPABAtlFS jPOUa L^lNSUMllSCTIOll.

. Toutes les seçtioçâ de Paris n'étaient point entrsLînées dans les excès que suscitaient les conspirateurs, révolutionnaires. La 'section de la Chaussée d'Àotin, qui se nommait alors section Mirabeau> envoya à T Assemblée une.dépufatioQ de trente-huit jeunes hommes équipés et armési qui allaient partir pour Tannée. La section avait rejeté Tarrîté Mauconseil ; indignée en même temp^ de la proclamation du due de Brunswick, qu'elle qualifiait d'audacieuse et d'atroce , elle venait de pourvoir à Féquipement de ces trente-huit volontaires. Ils ne sollicitaient d'autre faveur que d'-étre placés aux postes les plus dangereux. L'enjtbousiasme patriotique et l'ardeur de défendre la France contre les étrangers et les émigrés i^'avaient rien de commun avec l'esprit de désordre et d'insurrection.

D'autres sections désavouèrent l'adresse présentée par Pétion et les actes des Gravilliers et de Maucônseih Ce qui se passa à L'Assemblée à rocc^sion de ia section des Filles-Saint-Thomas fut un témoignage de plus des haines et des discordes qui animaient Iqs citoyens ' les uns contre les autres. Une. dèputatipn était venue renier l'adresse présentée au nom de la commune de P$iriS| et assurait que les prétendus délégués de la Bection qui avaient concouru à l'adresse de la commune , n'avaient pas. été élus» ~ •

Les vociférations des tri|)unes publiques avaient souvent interrompu cette déclaration. Vaublatic réclMia contre ee désordre et demanda 1-évacuation des tribunes. , Le tumulte passa dans l'Assemblée. Les députés modérés quittaient leur place et voulaient sortir de la salle. Vaublanc continua courageuse^ ment : « le prie monsieur le président de rappeler sévèrement à leur devoir les^ membres de l'Assemblée

PRilPÀllATIPS FOUR l'iNSCRBBCTION. 131

qui répondent a des clameur» par des clameurd plus indécentes encore. Si les cris continuent^ je ferai, non pas av€c çolère> niais froidement, la motion de quitter Pari94 Cette déterfnination ne sera point inspirée par la crainte; le courage d*nn représentant n*est point tel que le courage d*un soldat. Son devoir est de con^* server sa lihèrté, sans laquelle la Ubert^ du peuple ne subsiste plust Vous ferei^.donc acte de courage en quittant Parié, si les tribunes continuent à insulter la souvéraifieté nationale et les lois constitutionnelles. Je demande que la commission fasse deitoain un rapr port sur la police des tribunes. » Cette proposition fut adoptée.

Les $cteà des sections Màuconsej! et des GrayiUiers n'appartenaient pas aux- projets de la Gironde, mais

Tadresse de la^ commune, solennellement présentée par Pétiou, était concertée avidc ses amis. Elle venait d^être désavouée par la section des Pilles<rSaint-*Tbomas. Brissot demanda la parole : « La section des Filles-^Saint^Thomas, dont je suis habitant^ renfermé deux .partis : Tun respectable , est composé de patriotes /.de ces hommes que Ton Résigne sous le nom de sansHïulottes; raûtrè qui est la portion gangrenée de la section, est composé de financiers ^ d'agents de change, d'agioteurs,. qui ont nui aux succès de la liberté |iluB ^6 les armées prussiennes et autrichiennes; O'^est de cefoyer^de contre*révolution qu'est Sortie la réclamatiou qu'on vient dé lire. Les commis^ sairesqui ont concouru à l'adresse delà municipalité demandent à 6tre entendus. »

Dans ce discours de Brissot se retrouvaient cette provocation d'envie et de haine adressée aux pauvres centre les riches, <ïet appel à la guerre civile et au

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renversement de la. dociétéj que plus d^une fois il avait déposés dans ses livres et ses pamphlets. Chénier, rédacteur de Tadresse municipale ^ et frère d'André Cbénier^ entra avec CoUot d'Herbois à là tête de cette nouvelle députation. L'orateur parla moins du fait en question que de la publicité qu'il proposait de donner aux assemblées de section. Alors elles se composaient des. citoyens ayant le droit de vote. Les pétitionnaires voulaient le suffrage univei*sel, et en attendant iU demandaient que la section délibérât en présence de tous, ssuis la distinction de cens établie par la constitution.

Le lendemain y le vœu du suffrage universel se rétrouva dans la longue listedes volontés impérieusement signifiées à T Assemblée , au nom des fédérés et des Marseillais qui, avec un grand nombre d'habitants de Paris, s'étaient réunis au Champ dé Mars. Lenrs délégués au nombre de vingt entrèrent dans la salle avec une bannière -surûiontée d'un bonnet rouge, et portant pour légende : « Suppression du pouvoir persécutif. » La parole fut accordée à leur orateur.

Faisant appel à là déclaration,; des droits de l'homme, il argua de nullité tous les décrets rendus par l'Assemblée nationale depuis I9. fuite de Varennes^ et demanda, que Louis XVI fût censé avoir jabdiqué la couronne. Ensuite il témoigna la volonté que les assemblées primaires fussent soudain convo*^ quéespour confirmer la déchéance et élire une convention nationale; que tout citoyen qui n'était ni errant, ni vagabond y qui payait une contribution publique, qui avait la pï^opriété sacrée de. son travail, qui fg-isait un service quelconque pour défendre la patrie, fat ad* nlisà voter; que tous lesétàt^^-majors de l'armée fussent

ACQUITTEMEUtT BU GÉNÉRAL Li FAYETTE* 1^3

licenciés ; qu'aucun noble ue pût être général en daef; que La Fayette fût mis en aceusation ; qu'une levée d'i^n homme sur dii. fût ordonnée ; que les ministres patriotes fussent réintégrés ; qu'on renouvelât toutes les administrations départementales ; qu'on rappelât tou9 les ambassadeurs et les agents française l'étranget ; qu'il fut fait des lois sévères contre l'usure et le monopole qui sont des assassinats moraux; qu'on destituât tous les commandants de place!

Tel était le programmé des Cordelière et des Jacobins i de Danton et.de Robespierre , comme l'adresse dé la commune avait été le manifeste de la Gironde* Le préisident répondit : «' Les représentants du peuple n'o^t d'autres pouvoirs que ceux qui leUr sont donnés par la constitution. « On voulut le rappeler à l'oï^dre, pour avoir exprimé une opinion, au lieu de répondre seulement par la formule: a VAsBemblée examinera votre pétition. » Puis les fédérés furent adnns aux honneurs de la séance.

Évidemment tout était prêt pour l'attaque ; lesr meneurs de l'insurrection attendaient et demandaient le signal. Pétioïi hésitait encore, il n'était pas as&uré du succès. D'àilleurâ là Giroùde persistait dans son projet d'obtenir, en intimidant l'Assemblée^ la mise en ac-> cusation de La Fayette, la déchéance et la captivité du roi. '

Le 8 août, Jean de Bry, au nom de la comnaission, fit un rapport qui concluait à l'accusation du général La Fayette. Lé récit de Gnâdet et la conversation de l'archevêché avaient reçu dé trop clairs démentis pour que le Tapporteùr y insistât beaucoup. Une lettre de La Fayette à Luckner, lettre avouée^ devint le corps du d^lit. « Je ne puis me soumettre en silenceà la tyrannie

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qu'exereènt des fectieux sar rAssemblée aatioûde et sur le roi> en faisant sortir Tniie de k eonstitution, . en mettant l'autre en danger de sa déstractien pelitique et physique. » C'étaient ces paroles de. la lettre» qui, sdon la commission^ constituaient la preuye d'un complot.

Dne accusation de cette nature nepourait être,, disait le rapporteur, assujettie aux garanties judiciaires ; elle avait nécessairement le caractère. pôIitiq^e• « Le véritable délit de La Fayette, c^est d'avoir voulu opposer une. minorité orgueilleuse,, qu'il appelle les honnêtes gens, à la majorité de )a nation.— Il s'est donc rendu coupable d'avoir fomenté une gu^re oivil^. À l'égard de çé délit la loi ost /flairé, c'estàvouis à l'appliquer. »

Avant que la discussion commençât, Pastoret aji-r nonçavque l'accusation avait été votée dans la commission à la majorité d'une -«eule voix, huit contre sept. Vàublaiic prit la défense du général La-Fayette ; son discours fut courageux et éloquent; il reporta l'ae* cusation sur les clubs et lés comités, qiii faisaient, arriver de tous les points de la France de^ pétitions,'deQ fédérés et des gardes nationaux. Jl parla de fô gloire du général, augmentée par la haine honorable des aristocrâte3 et des factieux ; il dit que, dans la noble sitoatiori où s'était placé La Fayette, il n'avait past d'autre asile que là liberté: Yaublanc termina par une citation de Condorocitj, où l'éloge de La Fayette avait éfé écrit par une vive admiration.

L'Assemblée restait impassible ; les convictions étaient formées d'avance, ou pour parler plus exacte-: ment , chacun avait pris sa résolution y la solennelle gravité de la délibération.pesait sur toutes les opinions. On n'avait pas besoin.de discours ; on voulait voter.

ACOinTTEilBNT DU GÉNÉIIAL LA rATBItB. 135

Brisgôt. avait dit la veilie à un ami du générai La Fàvette : (cJ'acQuseiai demain rhoiïime,i{ue j'estime le plus. » Il avait un discours tout fait ; il voulut parler. U. examina longuement la éotiduite militaire de La Fayette^.discuta les mouvements de son année » disant qu&6^il n'y avait pas eu trahison^ ily avait incapacité; A ce propos , il dta Tamiral Byng , ctfndamné à mort po^ur avoir manqué de vaincre;^ par assimilation de l'ignorance à la mauvaise Tolonté.^^^ Avoir paru- devant TAssemblée, pour y porter le vœu de son armée, était le second chef. d'accusation. *-^ S'être inquiété pour la vie du roi lorsque. FAssemblée nationale était prête à s'ensevelir avec lui, était un outrage au pouvoir légis^ làtif : et un troisième* grief. -^ Le quatrième consistai^: à avoir écrit la lettre où il demandait la répression dea dub^ y dpnt le patriotisme etsut le seul crime' et dont sans doute La Fayette redoutait la surveillance. N'a*^ vaitnl pas provoqué la guerre civile en excitant les bonnètes^ gens et 1-arméé ccmtrç ces réunions, organes de la majorité des citoyens? Puis, Brissot revenait aur le récit de <ïuadet pour en établir la vraiseniblânce ;. d'ailleurs la letti^e citée par le ràpporteui^ était une preuve plus évitlénte encore.

Le discours finissait en donnant la preuve des sen^ timents qui avaient inspiré raçcusatioui C'était une sorte d'appel à l'ostracisme; ((Le sort delà France ne dépend pas des talents d'un, seul bozmne; sa force est dansksa constitution^^ lar conétitution est dans le mot égalité. ... Là où domine le régime militaire , il n^y a plus de liberté, et ce .n'est, pas avec le ae^durs de telshonunes qu'une constitution libre s'établit* «••Mais comment remplacer, dit-on, ces officiers générç^ux; car ils sont expérimentés> C'est avec cette crainte qu'on

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