‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 36 sur 88 · PRÉLIMINAIRES QE L- INSURRECTION · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES QE L- INSURRECTION

néral tranquille et bon y mais il est Mgri et agité ^ et vous blanehisâez eeut^ qui sont la causée première de ses malheurs. Vous voulez réprimer le peuple ! Si le ciel se. chargeait de. punir le& coupables , c^est G^ur La Fayette, c'est sur te département de PariB^ c'eatçur taicoûr que tomberaient les premières vengeances. »

A de telles paroles^ s'élevêi'ent dé vives intej?ruptiORs. « Vous voulez agiter le peuple: •— Vous prêchez le massacre, —r C'est T Assemblée qui a acquitté La Fayette, i) ^

Isnard était sujet à s*enivirer de ses propres déclamations; il atténua ses expressions ^ protesta de: son respect pour les décisions de l'Assemblée, u Si elle me condamnait à mort y disait^l j je marcherais de niol^ nfiême au supplice. »

L'appel du maire de Paris ^déplaisait â la Giroiiâe; elle ne voulait pas qu'il se compromît dam;; un sens, ni dans un^ autre. Guadet demandait que le pouvoir exécutif fût interrogé pour savoir s'il avait lés moyens de maintenir la sûreté de l'empire.

Un député du parti jacobin ^^ Ghoudieu, imputa le trouble et le pér^l dé la situation à la faiblesse M: la majorité. (rCeux qui n^ont ^as le courage de regarder en face uï^ soldat factieux ne j^ont pas faits! pour s'occuper des girandes mesures qu'exige ence môtnènt le 3alut publié.; )) . •' '

Déjà une lettre du ministre de la justice ûvait informé l'Assemblée de la situation de Paris. c< Le mal est à son comble ^ écrivait-il, chaque jour il arrivé de nouveaux malheurs. J'ai déjà écrit huit lettres à l'Assemblée ^ pour là prier de donner. les moyens de réprimer éeux qui provoquent la multitude au crime; rien n*a été statué. L'Assemblée sait cpmment un

PRÉUmjlAlHES DE l'iUSURRECTIOII. 141

gmod nombre de ses membres ont été insultés^ poursuivis, frappés t des citoyens ont aussi été maltraités; il y en a eu de massacrés. — > Un prêtre a étéinis en^ pièces à la section du Roule '. — Le commandant de la garde nationale a été attaqué à coups de sabre. Ces attentats demeurent impunis; je les ai dénoncés au tribunal, mais les lois sont impuissarUtes. Le devoir m'oblige de vous déclarer que sans le secours le plus prompt du corps législatif, le gouvernement ne peut plus encourir de. responsabilité. >)

Rœdèrer, procureur général du département, fut introduit; il annonça que Tadmitiistration savait avec certitude que ce isoir même .le tocsin devait sonner pour rassembler le peuple, qui se porterait aux Tuileries.. En conséquence il avait été écrit au maire, afin qu'il eût à prendre toutes les mesuî'es nécessaires pour prévenir le désordre^ Il lui était aussi ordonné de rendre compte des dispositions quMl aurait prises.

Cette lettre avait été écrite à six heures du matin; en conséquence Pétion avait prié plusieurs officiers municipaux de se rendre à TAssemblée nationale, de là au château. S'il y avait un commencement dç trouble, le conseil municipal serait convoqué,, et le Conseil général de la conmiune se réunirait plus tard. Le commandant de la garde nationale était averti de renforcer les postes du château et de disposer des réserves. Eh outre il avait été autorisé à faire battre lé rappel. La réponse du maire se terminait ainsi : '

a La tranquillité publique sera-t>^lle maintenue ? Je Tignore. Il n'est personne dans les circonstances où

^* J<mmal de Paris, n« du 40 août 4792.

f 42 raÉLlMtNAlRfiS DB i'l|l8irRRBGTI0K.

nous nous trouvons^ qui {unisse raisonnablement ea répondre; il n-est point de mesure qu'où puisse ga^ rantir pour, efficace. »

Depuis cette lettre reçue, le département avait eu connaissance d'un arrêté de la section des Quinze- Vingts, portant que si le. corps législatif ne prononçait pas avant minuit la déoliéànce du roi, le tocsin serait sonné^ la générale battue et. que le peuple se lèverait tout entier. Cet arrêté avait été envoyé aux quarantesept autres sections.^ Déjà on savait que deux sections S'étaient refusées à délibérer, et avaient déféré cet arrêté à- la ipiunicipalité et au département. De. nouveaux ordres avaient été adressés au maire ; il avait été mandé au département» Le commandant général de la garde Nationale y. était venu rendre un compte détaillé des dispositions qu'il avait réglées ; des réserves seraient placées au Carrousel et sur la place Louis XV.

Ec^derer finissait son rapport en dissmt : a Peut-;être ces mesures suffiront^lès .pour en imposer aux m^uyaises intentions qui tenteront de troubler rordre publie. » s . ^.

Pétion donna à peu près les mêmes détails ; lui aussi sembla, suf tout occupé de dégager sa responsabilité et de montrer que Tévénement ne dépendait pas de ses soins ^ ce qui était moiiis sincère de sa part que pour Rœderer. Il présenta^' sans bonne foi» de fort justes remarques sur les institutions auxqUeÙjas les lois nour velïeç avaient confié la préservation de la paix publique* (c Considérez de quelle nature est la force publique que nous $vous à notre réquisition # Cette force est composée de tons les citoyens ; elle est délibçrantei puisque tous les citoyens actifs, qui forment la garde nationale, composent aussi les assemblées de section; en aorte

PRiUMlNÀlRES D£ l'iIWURREGTIOH. f43

que la force publique de. trouve , coinnie tous les citoyens, divisée par leg opinions.; lia requérir^ c'est armer les citoyens, les uns contre les autres, La municipalité est donc persuadée que dans les circonstances critiques., on doit toujours employer les moyens de confiance et de persuasion.... C'çstsur le maire qu'pn rejette ordinaireâient la responsabilité des événements; mais Je saurai supporter celle que la loi m'impose, et on n'indiquera point à la municipalité une bonne mesure, qu'elle ne la prenne à rinstant. »- — C'était déclarer implicitement que la |;arde nationale ne serait pas appçiée« Pétion, en écrivant a l'administratioii départementale, que^ le commandant avait reçu l'ordre de faire battre le rappel, n'avait point dit la vérité.

Plus on approchait du moment où l'action i^Uait s'engager, plus les^Girondins hééitai^ntf ils voyaient maintenant qile cette terrible sédition, qu'ils avaient appelée et préparée, ne serait gouvernable par per^ jsonneBt qu'elle ne se bornerait point à intimider le roi et l'Assemblée. Ils. auraient. voulu reculer le moment fateiU Coqdorcet était rapporteur de. la quçistion de décjbéance;' il demanda que la discussion fût ajournée. (T Cette (ji^B^nde des fédérés et des sections avait été, disa^Ml, présentée imprudemment, injustement^. impoUtiqnement : elle peut perdre FEurope entière, la po&térité^ La constitution . ne parle point de dét chéance, mais d'abdication présumée. U faut réfléchir avec maturité, s'environner de lumière, consulter les pubticistes, appeler les conseils de toute t'Ëurope* » Le rapporteur proposa seulement un projet d'adresse au peuple , afin de lui apprendre où réside la vraie souveraineté et de le prémunir contre les mano&uvre^ qui pourraient l'égarer.

444 l'assemblée i^rotestë qu'elle j^'est plus libre.

Cette préiïccupatiôn de philosophe et d'académicien , au moment où chacun écoutait déjà si le tocsin ne se faisait pas entendre , {)puvait paraître âingulière. !Uné discussion sans suite et sans objet suivit la lecture de te projet d'adressé, Guadet et Vergniaud renouvelèrent leurs récriminations contre lé vote de la veille. Le parti modéré protesta que T Assemblée n'était plus libre et rie pouvait plus délibérer. A travers un débat confus, la protestatioii fut mise aux voii et votée. Il n'en est resté trace dans aufeun document authentique*. L' Assamblée se sépara à huit heures du soir, sous cette impression de terreur et de désespmr.

Après la séance, Pétioh fit appeler dans lin deâ bureaux de l'Assemblée Chabot, Bàzire et Merlin de Thiônvillé. C'étaient les amis de Danton; on les nommait le^triumvirat des Cordeliefs. Pétion savait que de là partirait le signal de l'attaque, et, de même que ses amis de la Gironde, il ne voulait point jouer iine aussi grosse partie* « Vous aurez donc toujours une mauvaise tête, dit-il à Chabot; conintieritl vous "avez annoncé hier aux Jacobins que vous sonnerie? lé tocsin! Brissot et ses amis promettent dé fairér prononcer la déchéance; je né veux point de mouvement; il faut que l'Assemblée prononcef. -^ Ce sont des intrigants, repartit Chabot, ils avaient promis aussi le décret contre L'a Fayette. L'Assemblée ne peut sauver le peuple, et vos aniis ne le vçulent pas. Le tocsin «era sonné ce soir dans le faubourg. » Pétion, avec un ton de suffisance et d'autorité, ajouta ; wSi'vous avez de

' Le Moniteur ne contient point ^ fin de cette séance; les autres journaux la rapportent incomplètement. Le Logogràphe est plus exact. — Méra. du général la Fayette.

RROJETS POUR SAUVER LE ROK t45

rinflueQce dans le faubourg , j'en ai dans la ville; je vous arrêterais — C'est vous qui serez arrêté, » répliqua. Chabot. Ils se quittèrent.

Les OirondiQS ne furent pour rien dans les diapositions . prises par le qomité de l^insurrectiori ; les mesures étaient réglées depuis le 2 août; chacuii se ren^ dit au poste qui lui était assigné. Barbaroux lui-même^ qui avait fait venir les Marseillais à Paris, ne les dirigeait plus ; il nç réclama point un rôle aetif dans l'entreprise et pensa que la prudence ne le lui permettait point *.

Pend;ant les jourç qui précédèrent le moment fatal, les hommes principaux du parti ipqdéré et les amis raisonnable^ de la cause du roi ne se faisaient pas illusion; ils voyaient tout le danger. Montmorin^ Bertr9>nd de ' Molley ille , LaUy-ToHendal , Clermont-Tonnerre , après en avoir conféré,, demeurèrent convaincus, comme peU était évident depuis plus d'une année, qu'il n'y. avait qu'un seul moyen de salut, Tévasion du roi. Elle lui était sans cesse proposée; plusieurs projets a;vaient été conçus; il pouvait compter sur le dévouement des personnes qui se chargeaient ^e l'exécution. M. de Narbonne.et M°* de, Staèl s'étaient offerts ; le duo de Liancourt proposait mie combin$(i*' son dont le succès était probable.

Montm.orin conjura, les larmes aux yeux, le roi de ne point se perdre, de ne point livrer à l'insurrection sa couronne et sa vie? H obtipt un consentement qui ne persista que pendant quelques heures.. Le lendemain matin, 5. ;août, le roi fit dire qu'il aimait mieux

' Mémoires de Barbaroux. -

446 PROJETS PèUR «AUVER LE ROI.

s'exposer à tou3 les périls que de commencer la guerre civile.

. La reine devait être pour beaucoup dans cette détermination ; lés projets d'évasion étaient fondés sur \e concouria du général/ La Fayette et sur le maintien dé la constitution* C'en était asi^ez pour que la reine iie voulût en admettre aucun ; elle prenait d'autrëjs conseils-, elle se fiait à d'autres iuformations. Parmi ceux qui l'entouraient et qu'dle écoutait plus volontiefs ,. on croyait qu'en <50ntînuant à donner de l'argent à Danton, qui venait çncore de recevoir cinquante mille écusy à Santerre ou à d'autres ;^ en essayant le même genre d'influence sur Bàrbarouii et les Marseillais, il serait possible d'empêcher bu du moins de retarder l'insurrection. Ainsi le temps se passerait; lé duc de. Brunswick avancerait; et, comme on se flattait qu'il rencontrerait peu ou point de résista^cëy on calculait sa niaréhe» on disait ses étapes, ou comptait les jouts.. D'ailleur$ ne pouvait*on pas se confier au cour2|;ge des Suisses, dés gardes nationaux dévoués et des fidèles gentilshoinme$ prêts a se sacrifier pour sauver Iç roi? N*était^il pas vraiseinblable qu'une foule désordonnée, inhabile à toute disposition militaire, qui croyait ne trouver aucune résistance, serait facilement re* poussée et découragée? Cette victoire, qu'il faudrait rendre complète et pousser à bout, n'aurait-^lle pas des conséquences décisives et la situation politique n'en serait-elle paô entièrement changée? La reine et ses chevaleresques défenseurs se berçaient de telles espérances, niais sans certitude, dans vivacité de sentiment; les pronostics funestes ne pouvaient êtreécar^. tés. Alors elle se résignait à avoir de cruels moments à passer; toutefois, son imagination n^arrivait pas aux

iNsua&EGTrOfï m 10 aodt. 147

dernières extrémités d'une révolution déchaînée; la majesté souveraine pouvait être méconnue et outragée, mais il.y ^ tels attentats qui ne seraient jamais osé6« Ainsi elle répondait à un aide de camp du générai La Fayette^ qui s'affligeait de lui voir une si funeste résiDlutiôn : « Noua sommes bieà reconnaissants envert votre général; mais, ce qu'il y aurait dé mieux pour noudy serait d'être enfermés, pendant deux mois dans une tour. M

Rien ne pouvait vaincre cette rancune et cette répu^ giiance de la reine contre La^Fàyette. MT Elisabeth, ({ui, pendant longtemps, avait partagé tes mêmtss préventions, aurait eu confiance dans ses offres de secours; mais elle n'était pas mieux écoutée que les sages amis de la monarchie' et du roi. .

Enfin le moment prévu avec tant dç certitude était arrivé; il n'y avait plus un doute possible; l'attaque allait commencer. Les délibérations des Jacobins et des Cordeiliers, la permanence des sections, les rassemblements qui se formaient, les groupes sur les places pùbliqiies, les affichés de provocation et de menace^ les journaux du. soir criéi^ dans learues : tout annonçait que lé signal allait être donné ; le roi en était informé. Les ministres n'ignoraient rien de ce ' qui se passait ; mais il résultait dé la législatioti constitutionnelle que les autorités, supérieures pouvaient donner des commaildeinents à l'autorité municipale , la blâmer, la suspendre, tandis qu^elles n'étaient pas autorisées i requérir directement la forcé pul>lique.

Vers onze hepres du soir, le roi fît appeler Pétion^ il rendit compte de l'état de la ville, et semblait trèsrassilré^ « J'espère^ disait^il> qu'il n'y aura rienj j'ai

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envoyé dés commissaires pour persuader aux rasseoir blemenfs de se. séparer. » Mandat^ commandant générai de la gardé nationale, homme dévcmé^tçourageux, arriva et se plaignit dé ce que les administrateurs de la police lui avaient refusé de la poudre, « Vous n'étiez pas eii règle pour en avoir ^ » répandit le maire. Deux jours avant , ces mêmes administrateurs avaient) en déspbéissànt aux ordres du département^ distribué cinq mille cartouches à balle aux Marseillais. Mandat n'avait pas même reçu, rautorisatipn de battre le rappel. Comme Pétion avait éc^it au directoire du département qu'il avait d^iiné cette autorisa-» tiojiy copie de sa lettre fut remise k Mandat. Le maire n'avait nulle envie de se trouver compromis envers Tinsurrection 9 s'il y en avait une; ainsi/ au lieu.de rester auprès du roi et d'être pour quelque chose dans les projets dé défense , il se promena longtemps dans le jardin avec Roederer, en témoignant respéranée que la nuit se passerait sans bruit; puis il revint au château y mais il resta au bas dù^rand escalier et ne monta point chez le roi. . ^

Pendant ce temps l'Assemblée nationale s'était dér çlarée en permanence; la niunicipalité ne voyant pas révenir Pétion, envoya une députâtion pour se plain-^ dre de ce qu'il était retenu au château. Cela était vrai; les gardes nationaux des FilleB-Saint-Thomas, dans Içur zèle pour la défensçdu roi^ craignaient une trahisooet ne voulaient pas que Pétion quittât les Tuileries. 11 resta quelque temps assis sur les marches de l'escalier, sans qu'on lui montrât beaucoup d'égards , et entendant même des menaces> Le roi, informé de ce qui se passait, ordonna qu'on laissât à Pétion toute sa liberté. Les gardes nationaux ne lui permirent pas de se rendre

INSURRECTION DU tO AOUT. 149

à TÂ^semblée avant qu'il eût donné expresi^ément l'ordre de repousser la force par la forcé *.

Pétion rassura ses amis et ne porta point de trèsvives plaintes de ce qui venait de se passer. Puis, sans revenir aax Tuileries reprendre sa voiture qu'il avait laissée dans lacour, il se rendit à pied à la commune.

De moment en moment on venait rendre compte au roi des progrès de Tagitatiôn. A minuit trois quarts on entendit le tocsin ; les fenêtres du château étaient ouvertes; on écoutait avec plus de curiosité que d'effroi le lugubre signal; puis arriva la nouvelle qu'un rasse^lblement d'environ quinze cents hommes du faubourg Saint-Antoine était prêt à marcher avec du canon. ^ ■ ' ■

Vers deux heures et demie ^ les rapports étaient morns alarmants; les rassemblements n'étaient pas encore nombreux; les faubourgs ne se mettaient point en marche* Le roi et sa famille commencèrent à se rassui'er; puis on sut que le maire était de retour à l'Hôtel de Ville et que Manuel ^ le procureur généi'àl de la conimune, avait donné l'ordre de retirer les canouB plaqéâ paî ordre de Mandat sur les ponts y pour empêcher Farrivée des rassembleinents de la rive gauche; Lés administrateurs du département se rendirent au château et se tinrent en conférence avec les ministres.

L'inquiétude était loin d'être en proportion avec le danger; le roi essaya d'aller dormir; la reine resta dans le cabinet. Il était environ trois heures du matin; on ouvrit une fenêtre; le t^iel commençait à rou-

* tt. d'Aubier, témoin oculaire, voûtait revenir de la Haye pour déposer de cette circonstance dans le procès du roi.-

150 iiisimftECTieif bu 10 aodt.

gir« «Ma sœur, dit M"* Élisabetfa, venez donc voir lever Taurore* »

Mandat était resté an châtean. La manicipalitéy dont officiellement il devait recevoir les ordres, lai fit par deux fois commander de se rendre à FHôteLde Ville; il voulait rester près du roi; il y voyait son véritable devoir; peut-être était-il averti par quelque funeste pressentiment. Rcederer pensa qu'il pourrait être plus utile auprès du maire, doat leç intentions ne Ini avaient point semblé mauvaises ; il conseilla à Mandat d'aller le retrouver.

Bientôt Rœderer fut appelé à donner un autre con^ seil; les esprits commençaient à se troubler; l'alarme devenait plus pressante; la reine lui demanda ce qu'il lui semblait à propos de faire en de telles ciitsonstan^ cesr^ Il répondit qu'à son avis le roi et sa famille devaient se rendre à l'Assemblée nationale, ce Vous proposez de conduire 1^ roi chez ses . ennemis, » dit Dubouchage, ministre de la maritie. a La majorité a été hier de deux cents voix contre l'accusation de M. de La Fayette. Au reste je propose le moindre danger, » répondit Rœderer; La reine dit alors d^un ton d'autorité : r< Monsieur, il y a ici des forces; il est temps de savoir enfin qui l'emportera du roi et de la constitution ou d'une faction.

— Madame, repartit Rœderer, en ce cas, il importe de prendre deà dispositions pour la résistance. »

Mandat n'y était plus ; en son absence, le conmiandement appartenait à Lachesnaye, chef 4e bataillon dans, la garde nationale, et qui avait fait partie de la garde constitutionnelle du roi. On lui demanda s'il avait pris des n^esures pour empêcher les rassemblements d'arriver jusqu'au château. U dit que oui; puis

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il ajouta d-ùa ton de mauvaise hiimeur : a Madame/ le9. appartements sont encombrés de gens de toute espèce; ils gênent beaucoup lé service; ils empêchent d'arriver librement jusqu'au roi : cela rebute la garde nationale, -r-- C'est* mal à propos^, reprit vivenaent la reine; je réponds de tous ceux qui sont ici; ils mai^hérônl devant, derrière, dans les rangs, comme vcTus voudrez'; ils sont prêts à tout ce qui sera nécessaire ; ils sont des hommes sûrs. »

Le roi avait espéré, pendant les premières heures de la nuit, que le château ne serait pas attaqué ; maintenant il n'y avait plus à se tromper; on devait songer à se défendre.

Les moyens de résistance ne pouvaient donner aucune assurante. Le parti révolutionnaire, qui avait habituellement dominé réassemblée, avait pris soin d'écarter du roi toute sauvegarde efiicace. Environ huit cents Suisses , d'après l'autôrisatioa donnée par Pétion, étaient venus de leur caserne de Courbevoie; ils n'avaient point d'artillerie. Un certain nombre de gendarmés , recrutés parmi les gardes françaises qui avaient, au 14 juillet^ mardhé contre laBastille, étaient placés aux' diverses issues du château. Leurs offieiers étaient honorablement fidèles à leur devoir; les sôl<dats recevaient d'autres influences. La garde nationale n'ùvaltpas fourni^plus d'un bataillon; les compagnies des Filles-Sairit-T^omas et des Petita-Pères étaient les seules sur lesquelles il fût possible de compter; d'aile leUj's les gardes nationaux n'avaient dans leur giberne que trois coups à tirer. Les canons, placés pour défendre l'entrée des cours et la porte du château, étaient servis par les artilleurs de la garde î>ationale, dpnt la sympathie pour lès séditieux était connue d'avance.

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Le commandant général Mandat avait été envoyé a l'H6tel de Ville , avant d'avoir pris ses dispositions^ avant de les avoir fait connaître. Nul ne savait à qui obéir; personne n'avait cette autorité militaire indispensable pour élever lés courages et inspirer le dévouement. .

A ce peu de forces militaires s'ajoutait cette réunion de gentilsbommes dont les ennemis du roi avaient fait tant de bruit, dont la présence déplaisait à la garde nationale et qui peut-être avaient inspiré à la reine et à son entourage une confiance téméraire.

Le roi voulut savoir combien étaient venus de ces fidèles serviteurs, qui devaient accourir au bruit du tocsin. On avait voulu lui persuader qu'ils seraient sept ou huit mille; il s'en trouva cent vingt \ L'absence du plus grand nombre ne pouvait être imputée à la défaillance de leur fidélité; le roi lui-même avait fait savoir, dans la soirée de la veille, qu'il était inutile de venir au château, car on était certain de ne pas être attaqué cette nuit*. Maintenant que le tocsin avait sonné, les, postes de gendaraies né laissaient pas pénétrer les gentilshommes accourus à ce signal.

Le roi et la reine voulurent passer la revue de leur faible garnison. Le maréchal de Mailly, vieiHard plus qu'octogénaire, commandait les défenseurs qui se trouvaient dans l'intérieur du château, réunis soit à l'entrée de la longue galerie qui est devenue le Musée, soit dans lés salled voisines. C'était une piitié de voir ces hommes courageux et dévoués , sans ordre , satis discipline, en habits de soie, n'ayant d'autre arme que

* Lettre du baron d* Aubier à Mallet du Pan. — Mercurt britannique.

* Mémoires de M""^ de La Kocbejaquelein.

INSUHRfiCTION DU 10 ^XOUT. 153

leur épée de sajon; la plupart vieux et affaiblis; le désordre de leur toilette ^ leur frisure défaite par les instants de sommeil qu'ils avaient essayé de prendre sur les fauteuils où les canapés , tes faisaient paraître malades et abattus. Les serviteurs du château s'étaient joints à eux; il y en avait qui portaient des pistolets ou desespingoles; quelques-uns , faute d'autres armes^ avaient pris les pincettes des cheminées; ils plaîsan* taient entre eux sur leur accoutrement.

C'est en ce triste appareil qu'ils marchaient vers le salon où se ten^dt la famille royale. Le vieux maréchttl s'avança >répéè à la main, et fléchissant le genou , il dit au roi : u Sire» votre fidèle noblesse est accourue pour rétablir Votre Majesté sur le trône de sesaneêtrès. »

Le roi était pâle , les cheveux en désordre , les yeux attristés et humides , tandis qu'un Soutire inexpressif errait sur «es lèvres; sa physionpmie exprimait plus de résignation que de fermeté; sa parole était hési^tante et entrecoupée. « Eh bien ^ dit-il /on dit qu'ils viennent. Je ne sais pas ce qu'ils me veulent. Je ne me séparerai pas des bons citoyens ; ma cause est la leur. » Puis / s'adressatit plus particulièrement aux gentilshommes y il leur disait: « Pour cette Ibis, je consens que mes amis me défendent; nous périrons ou nous nous sauverons ensemble. #>

La reine aussi semblait exténuée par les angoisses de cette nuit sans sommeil ; elle avait passé par toutes les alternatives d'espérance et de crainte , de témérité et de découragement I de force d'âtne et d'affliction; elle n'avait pas cessé de se préoc;cuper des dangers du roi, qu'elle voulait toujours partager; elle avait ressenti pour ses enfants toutes les anxiétés maternelles.

154 msuBBECTiéii mj 10 aor.

Ma» elle savait contenir tant d'impressions, si rives et si déchirantes; son expression restait . calme et ferme; à travers tant de doulenr et de pml, elle con* servait un aspect , de majesté. Elle essaja d'adresser quelques paroles d'encouragement et de reconnaissance à ses défenseurs.

Elle descendit ensuite avec le roi, danis la cour, pour voir les postes de la garde nationale ; une partie des gentilshommes les suivaient. On savait que les gardes nationaux voyaient de mauvais œil ce rassemblement isolé, et tenu à part des citoyens, qui venaient aussi défendre le roi et se dévouer pour lui.

Quand ils virent ce malheureux prince qu'ils atten« daient pour ranimer les courages , pour donner de râan aux soldats, pour se mettre à leur tète et faire appel à leur fidélité, passer froidement dans les rangs, en habit de soie violette , tenant son chapeau sous^ le bras y sans fermeté dans la démarche, embarrassé dans les paroles quai prononçait d'une voix fidtérée, alors toute énei^e s'éteignit dans les cœurs les plus intrépides ; leur courage à eux devint aussi de la ré^ signation. « Nous avons la même cause , répétait le roi; nous ferons bonne contenance , n'est-ce ppsV? »

La reine voulut présenter elle-même les gentilshommes à la garde nationale, « Messieurs, disait^Ue, ce sont nos amis; ils viennent.se ranger près de vous; ils prendront les ordres et vous montreront comment on meurt pour son roi. » C'est ainsi que dans la région QÙ vivait la. reine , parmi les dei^niers débiris de ce qui avait été une cour, on ignorait quel langage il

* Mémoires de Lavalette. — Souvenirs de' la terreur. -^ Chronique des cinquante jours. >

INSUfiRKCTldN DU 10 AOUT. 155

fallait parler à ceux qui étaient la Aation^ et qu'on les blessait au moment même où Ton cherchait le salut dans leur dévouement.

Ces paroles exagérées et falsifiées se répétèrent de rang en rang. Cotnme pour aggraver encore leur mauvais effet, un des gentilshommes descendus des appartements avec 1er roi, eut le malheur de ^'écrier t « Allons, miéssieurô de la gardé nationale, voilà le moment de montrer du courage, -r- Vous verrez si nous en man^ quons, >i répartit uii officier du bataillon des llier*mesy et il emmena sa compagnie, l^es compagnies de la'Croix'-Rduge et de Mauconàeil répondaient aux cris de : « Vive le roi ! » pai^ : « Vive la nation ! vive Pétiôn ! >i On les fit passer dans te jardin sur la terrasse de l'eau. -

Le roi voulut ensuite aller visiter les postes du jardin; la reine filtra au château. Squs les fenêtres qui ont jôur^ vers les Tuileries étaient rangés les bataillons des Filles-^int-Thotnas et des Petits-Pères. Ceux-là étaient fidèles ; on pouvait compter sur eux. Ils accueillirent le roi avec empressenient et le pressèrent d'aller aussi visiter le poste dé ta grille qui donne sur la place Louis XV. Entouré d'une escorte dô grenadiers, il traversa tout le jardin. Le bataillon de la Groix-'Rouge, qu'on avait rangé sur la terrasse de Teau, criait de loin :' « A^ bas le veto! - A bas le traître ! » ^ ^

Le poste de la grille se montra en bonne disposition. Mais le retour au château devint difficile et dangereux. Leshonimes de la Croix-Rouge avaient rompu leurs rangs, étaient descendus dans 1^ jardin et faisaient foule sur le passage du roi, criant des injures et des nîenàces. Il ne. put rentrer qu'au milieu d'une

156 INSURBÈCTION DU 1 AQUT.

double haie de grenadiers, qui le préservèrent. Xe ministre de la marine était accouru tout effrayé, voyant d'une fenêtre le péril du roi.

La reine était revenue désolée et découragée. « Tout est perdu, disait-elle; le roi n'a montré aucune énergie. Cette revue a fait plus de mal que de bien. » Les larmes coulaient de ses yeux, mais sans qu'elle fît entendre ni un gémissement ni un soupir. Elle se re-* tira Tin moment dans la chambre da rdr; quand elle rentra dans la salle du conseil, elle avait essuyé ses larmes et sa physiônoniie était devenue grave et sereine. Le roi n'était pas troublé; sa triste promenade l'avait fatigué sans Tagiter. .

A ce moment on .vint annoncer qu'une réunion de délégués, envoyés par les sections, siégeait à l'flôtel de Ville, et s'emparait de l'autorité municipa;le; que le maire était consigné chez lui ; que -Mandat avait été massacré ; que les faubourgs se mettaient en marche aVec leurs canons, et que les Cordéliers et les MarseiU lais approchaient.

Rœderer proposa de^ nouveau aux ministres de conduire le roi et sa famille à l'Assemblée ; Dubouchage s'y opposa encore, il lui semblait que ce serait compromettre la sûreté du roi. '

Alors, il fut résolu que Roederer et les administrateurs du département se rendraient à rAssemblêe et lui exposeraient la situation. Déjà au moment bû le roi commençait la revue des postes, deux ministres étaient allés remplir cette même mission. I^es administrateurs les rencontrèrent dans le jardin, revenant de l'Assemblée. Lorsqu'ils avaient demandé son assistance, l'envoi d'une députation au roi, ou enfin un asile dans son enceinte, à peine avaient-ils été écou*

. ÉTAT DE L ASSEMBLÉE IHËNDANT t INSURRECTION. 157

tés; l'Assamblée était si loin d'être complète^ qu'elle ne pouvait délibérer; soixante ou quatre-vingts députés tout au plus étaient présents.

Le pouvoir législatif avait été , durant cette nuit , plus inerte encore que le pouvoir exécutif; à onze beurefs du soir plusieurs députés , entendant battre le rappel, s'étaient rendus dans la salle et avaient déclaré la séance permanente. Bientôt arrivèrent des rapports qui n'avaient pas un caractère officiel et qui dénonçaient les dispositions hostiles du parti de la cour; puis se présentèrent successivement , pendant la nuit> deux députations de la mupicipalité : l'une annonça que des rassemblements se formaient et que les sections paraissaient déterminées à ne plus reconnaître aucune autorité supérieure ; la seconde parla de l'absence du maire et de l'inquiétude que faisait concevoir sa présence au château. Vergniaud venait de quitter Pétion dans le jardin et voulut ras^ surer l'Assemblée.

Sur la proposition et l'insistance de ^Bazire, le maire fut mandé ; il entra dans la salle et donna les mêmes informations tranquillisantes qu'il . venait de porter au roi. Des propos offensants avaient <Bté tenus contre lui au château ; lui-même avait pu les entendre ^ mais il n'en avait conçu nulle alarme. Le ministre de la justice, pour mieux rassure^ l'Assemblée, vint de. la part du. roi protester contre les doutes qui s'étaient élevés : - des ordres exprès avaient été donnés pour qu'honneur et respect fussent rendus dans toute sa maison au procureur général. du département.et au maire de Paris. En même temps le ministre parl9. des rapports alarmants qui étaient parve-

158 ÉTAT DE l'assemblée ^ENpANT ^'INSURRECTION.

DUS au roi. L'Assemblée ordonna que la muuicipalité lui rendrait compte , dlieure en heure , de Tétat de la ville.

A cinq heures et demie du matin^ un conseiller municipal , ami de Pétion , vint raconter en grand détail comment la plupart des sections témoignaient d'excellentes dispositions ; il en donna pour preuve quelles avaient envoyé à THôtel de Ville des QonimiBsaires pour discuter, sans la municipalité, les intérêts du peuple; mais, ajoutaitfily cette espérance de calme avait été compromise par la coupable conduite du commandant général Mandat, qui avait fait battre le rappel et bra^ quer des canons surles ponts; c'est ce qui avait excité TefEervescence du peuple. Enfin, il rapporta que le maire était arrivé à THètel de Ville, encore pale et troublé des dangers qu'il avait courus. Le commandant avait allégué une réquisition du maire y et n'avait pu en justifier. ^

C'était verasii heures que les ministres de l'intérieur et de la justice étaient entrés à l'Assemblée. Pendant que, sur leur demande, on discutait pour savoir si une députation .serait envoyée pr^9 du roi, un nouveau message de la municipalité annonça que les commissaires • des sections s'étaient constitués en conseil général de la commune, avaient proclamé leur plein pouvoir comme indispensable pour sai^ver la chose publique; en conséquence, ils avaient sus.^ pendu les autorités municipales , hormia le maire et le procureur général ManueU Ils' avaient aussi retiré^ tout pouvoir à l'éfat-majôr et fait comparaître devant eux le commandant générai.

Cette usurpation de pouvoirs devenait l'objet d'une discussion , lorsque plusieurs députés entrèrent sou-^

ÉTAT DE L ASSEMBLÉE PEI40ANT L IN^URRECTiON. 1 59

dainement dans la salle et Facoûtèrent ce qui se passait aux portes mêmes de T Assemblée.

Quelques-uns des royalistes^ qui s*étaient promis de porter secours au roi , dès qu'il serait menacé, et qui avaient reçu des cartes pour entrer au château , venaient d'être arrêtés eombie ils essayaient d'y pénétrer. Le commandant du poste leur imputait de former une fauss0 patrouille; ils avaient été enfermés dans le corps de garde des Feuillants; une foule furieuse s'était portée devant le comité de la section et denliandait qu'on lui livrât ces prisonniers pour les massacrer.

L'Assemblée chài^ea des commissaires d'aller apaiser le peuple et ordonna à la garde de veiller à la dé-* fense des hommes menacés. Au moment où cet ordre était donné , le commandant annonça que le poste était forcé ; un député ajouta qu'il venait <ie voir une tête au bout d'une pique .

Ce premier massacre d'une journée, où tant de sang devait couler, fut exécuté sous le commandement d'une femme dont le nom était déjà fameux dans les annales de l'insurrection. C'était une fille de mauvaise vie, nommée Théroigne de Méricourt. Au premier commencement de la Révolution elle était encore dans les hauts grades de sa profession et centre d'un petit cercle de gens d'esprit et d'hommes de lettres» Sieyès, Pétion et d'autriés membres des états généraux étaient dé ses amis. Son assiduité aux séances de l'Assemblée était si notoire que sa place était toujours réservée dans une des tribunes. Au 5 octobre, elle était déjà descendue dans la rue, et avait été remarquée distribuant de l'argent aux soldats du régiment de Flandre ; puis , elle s'était habituée aux opinions et au Langage àe^ clubs ; aux jours

d'émeute, elle haranguait les groupes; ie20juiny elle avait été fort active. Cette fois, elle atteignit le dernier terme de ta corruption révolutionnaire ; ce fut elle qui ameuta ce rassemblement , se fit livrer les prisonniers et présida au massacre.

Là périt Suleau ^ un des journalistes les plus dis* tingués du parti royaliste* Cette furie ne le connaissait même pas, et demanda qu'on Ini livrât Tabbé Suleau. Sa tète était une de celles que promenait une populace, si bien habituée déjà à de telles horreurs, qu'un groupe d'enfants chantaient et dansaient à l'entour de ces tètes Efanglantes.

Les ministres étaient retournés auprès du roi; Rœderer elles administrateurs du département furent retenus dans le vestibule qui conduit du jardin dans la cour ; un poste d'artillerie y avait été placé. « Mes* sieurs, dit un canonnier, est-ce que nous serons obligés de tirer sur nos frères ? — Vous ne tirerez que sur ceux qui tireront sur vous : ce ne seront pas vos frères , » répondit Rœderer. Ce scrupule de fraternité inquiétfiit un grand nombre de gardes nationaux. Les administrateurs passèrent dans la cour, afin de rassurer les consciences troublées.

Cette cour n'occupait alors qu'environ le tiers de la grande cour actuelle ; l'espace de la façade était coupé en trois cours que séparaient des lignes de bâtiments. Au milieu était la cour royale. Le 10 août, au matin, elle était occupée, d'un côté par la garde nationale, de l'autre par les Suisses ; quelques pièces de canon tournées vers le Carrousel étaient destinées à défendre la porte ; elle était fermée. Ro&derer passa devant les lignes de soldats et leur dit, ainsi qu'aux canonniers : « Point d'attaque , bonne contenance et forte dé-

INSUHUECTION DU <0 AOUJ* 464

fense. » Un canonnier retira la charge de sa pièce, et i^l éteignit la mèche.

En cet matant, les Marseillais arrivaient sur le Carrousel } iU envoyèrent un parlementaire qui demanda aux Suisses dé faire ouvrir la porte ; et, comme elle restait fermée, les Marseillais frappaient à coups redoublés. Un nouveau député vînt encore requérir passage. C'était, disait-il , pour se rendre à TAssemblée €t la garder contre les conspirateurs du château* On lui représenta que les Tuileries n'étaient pas le chemin peur aller à l'Assemblée. Cependant, on conti^ nuait à frapper à la porte; elle commençait à s'ébran- 1er. Les gardés n^ationaux répétaient:. « Nous ne tirerons pas sur nos (rères, >> jÈvidemment, les Marseillais allaient ^àps résistance entrer dans la courv

.(jes administrateurs se hâtèrent de rétourner près du rbi: fr Sire^lui dît Rœderer, nous désirons parler au rai> s^ns autre témoins que sa famille. » Sur un signe du roi, on se retira ; les ministres restèrent. (I Sire, il n'y a pas cinq minutes à perdre, dit viveihent Rœderer; il n'y a de sûreté pour le roi que d^s l'A&semblée nationale. L'opinion du département est qu'il faut s'y rendre sans délai. Vous n'a* vea point dans le& cours un nombre d'hommes suffisant pour la défense du château ; ils n'ont pas bonne volonté ; les qanoniiiers, sur la seule recommandation <le la défensive , ont déchargé leiurs pièces. — Mais, répondit le roi,, je n'ai pas vu beaucoup de moudè sur le Carrousel. — Sire, ils ont douze pièces de canon, et ilaï^rive un nombre immense des faubourgs, «

Du des administrateurs, (ïerdret, était connu de la

reine, quî prenait ses dentelles chez lui ; il voulut

affirmer ce qu'avait dit Rœderer. « Taisez- vous, I. Il

462 iNsûRR^cfioii m 10 ÀoyT.

monsi€iur, dit la reine, il ne vous appartient pas, d'élevçir ici la yoix; laissez parler M, le procureur général. »i> Puis^ lui adressant la parole : « Noi^s àvpns des forces* ».

— Sire, le temps ; presse, reprit Rçederer f ce n'est plus, une prière que nous vous ^dressons ; ce n'est plus un conseil que nous prénçus la liberté de donner au roi; nous n'avons qu'un parti à prendre en ce montent: uous vous demandons la permission de vous entraîner. » -

Le roi rçleva la tète, regarda fixement Rœderer, se retourna vers la reine et dit : n Marchons. » M"' Elisabeth s^écria: « M. Rœderèr, vous répondez de Ut vie du rôi. — Oui, mads^me, sur la mienne ; je jtiarcherai devant le roi. >» Le. roi jeta un regard de eonfiance sur Rœderer.

«Sire, ajputa-t*il, je demande au roi de ne^ se faire accompagner par personne, de sa cour, de n'avoir d'autre cortège que le département, pas d'autre escorte que la garde nationale, r- Oni, répondit le rQi, it n'y a qu'aie dire. » J)e Jôly^~ ministre de la justice s'écria: « Les ministres suivront le roi.— Oui, ilç ont place à l'Assemblée. — Et M"' de Tourzel, la gouvernante de mon fils? dit la reine. — Oui, madame, n Rœderer sortit, et à. baiite voix il dit aux persoiinesîi qui se pressaient à la porte, que lé roi et sa famille se rendaient à l'Assemblée, sans aujtre cortège que les ministres et le département; puis il ordonna ^Tofiicier de service de faire marcher la garde nationale sur deux files, entre lesquelles passerait le roi*

Lorsqu'on fut au bas de l'escalier, la pensée du roi se porta sur les fidèles serviteurs qui étaient venus si inutilement sedévouer à sa défense, et qijiiiei voyaient

tË ROI SE RENU A L AS6EMBLÉE« 163

partir avec désespoir, a Que vont devenir, dit-il, toutes les personnes qui sont restées là- haut? —- Sire, répondit Rœderer, ils ne sont pas en uniforme ; ceux qui ont des épées pourront les quitter, vous suivre et sortir par le jardin. — C'est vrai, » repartit le roi. Puis un instant après, revenant à son idée et à la tristesse de la détermination qu*il prenait : « Mais il n'y a pourtant pas grand inonde sur le Carrousel. »

Alors , il descendit les marches du perron , et don* nant son chapeau à un officier de la garde nationale, il prit le chapeau de cet officier et le mit sûr sa tète. Ce déplorable cortège traversa lentement le jardin; lorsqu'on fut sous les marronniers, le roi remarqua des tas de feuilles sèches, qu'on avait balayées, aprèa un grand ouragan survenu la veille. «. Les feuilles tombent de bonne he^ré cette année, » dit-il. Peu de jours auparavant , il avait lu dans un journal jacobin que le roi ii'irait pas plus loin que la chute des feuilles; pendant ce temps, le Dauphin jouait avec le& feuilles, les poussant du pied. Durant ce trajet, la reine aperçut un de ses serviteurs, qui souvent et la veille encore, l'avait conjuré d'accepter les projets du général La Fayette, et son regard lui témoigna qu'elle regrettait de ne l'avoir point écouté.

Avant d'entrer dans l'Assemblée, il fallait ,que la démarche du roi lui fût annoncée; le président du département se chargea de cette mission. Sur-le-champ une députation .de vingt-quatre membres fut envoyée au-devant du rçi; il était alors dans cette large allée qui règne au bas de la terrasse des Feuillants, à quelques pas/du perron qui y moutei ic Sire, dit le chef

|<>4 LE ROI SE HET^b A l'aSSEMBLÉË.

de la députàtioTi, l^Assemblée, empressée de concou-' rir à votre sûreté, vous offre et à votre famille un asile dans son sein. »

Pour arriver jusqu'à la salle , il faîlaît d^abord tra^ Verser la terrasse ; depuis quelques semaines^ on avait réglé que cette portion du jardin ne serait plus sotf? la police du château et passerait sous la ■dépendance de rAssemblée. Le perron et la terrasse étaient encombrés d'une foule pressée et qui semblait fort animée ; c'était à quelques pas dé là qù'iine heure auparavant , un rassemblement avait massacré Saleau çt ses compagnons.

u Non, criaient ces hommes, nous ne les laisserons pas entrer dans l'Assemblée ; ils sont la cause de tous nos malheurs; il faut que cela finisse; à bas! à bas ! » Un de ces furieux brandissait une longue perche et en menaçait le roi; on la lui arracha^ Lés députés et Roçderer parlaient à cette cohue,; ils l'apaisèrent un peu ; toutefois il fallut, avec la permission des députes, que la garde' nationale qui escortait le roi fut admise' sur leur territoire et prolongeât ses deux iSiles, pour qiie la famille royale pût avoir un passage^

Lorsque la terrasse fut traversée, un garde national, de ceux qui gardaient l'Assemblée, s'approcha dû roi et lui dit en termes grossiers et avec l'accent malrseillais : (K Sire, n'ayez pas peur, nous sommes de bonnes gens; mais nous ne voulons pas qu'on nous trahisse davantage ; soyez un bon citoyen et n'oubliez pas de * chassqr de chez vous vos calotins et votre femme* » Plus on avançait vers la porte, plus la foule était compacte et difficile à pénétrer. Cependant le roi, et surtout la reine, continuaient à être poursuivis d^insultés et de menaces. Un sapeur, nommé Rochet, qui s'était

LE ROI. SE KEND A l'aSSEMBLÉE. 465

fait remarcpier dana toutes Tes émeutes ^ se montrait plus, violent que tous les autres, et agitait un poignarda Il y eut. un moment où la reine fut séparée du roi ; le Daiupbin qu'elle tenait par la main allait être écrasé dans cette presse; rh'orrible sapeur le prit dans ses bras ; la reine frémit d'effh>i. C'était, un député nommé Fagarel, qui avait engagé ce furieux à préserver le royal enfant.

Le roi parvint enfin dans la salle; le passage eût été impiossible pour sa famille, si Roàderer n'avait pas demandé a rÀssemblée de retirer pour un instant les gardas qui obstruaient la porte. Quelques députés jacobins tentèrent de. s'y opposer; ils voulajeftt dire que ce serait compromettre le salut de la représentation nationale ; on ne fit pas attention à leurs alarmes et on laissa entrer la famille royale; la reine s'avanea devant le bureau, et le sapeur posa le petit prince royal sur la tâbl^ des secrétaires ; puis la famille royale prit place au ban^ des ministres.

Le roi &'était d'abord mis à côté du président : <f Messieurs, dit-il, jq suis venu ici pour éviter un grand crime , et je pense que je ne saurais être, plus en sûreté qu'au milieu de vous. » .

Vergniàud occupait le fauteuil; il répondit: «Sife, vous pouvez compter sur la fermeté de l'Assemblée nationale. Ses membres ont juré de nwurir en maintenant les droits du peuple et les autorités constituées. »

Selon la constitution^ l'Assemblée ne pouvait délibérer en présjence du roi ; l'observation en fut faite, et alors il passa avec sa famille dans une tribune grillée, occupée ordinairement par les sténographes du journal le Logographe. Les ministres s'y placèrent aussi. Successivement plusieurs fidèles serviteurs par-

166 mSURREGTkON DU 10 AOUT.

vinrent jusqu'à lui. Le duc de Ghoiôeul^ le prince de Poix, M. d'Hervilly, M. de Rohan*Chabot , le comte d'Haussonville, .M. de Saint-Prieat, le baron d'Aubier et quelques autres se tenaient daûs la tribune auprès de la porte qui restait ouverte.

R<Bderer et ses collègues du département s^étaient retirés à la barre; il fit un long rapport sur toutes les circonstances qui avaient amené cette rétraite du roi à TAssemblée. Il fut. écouté en silence. Le président donna des éloges à la conduite de radminiâtration dé-* psu'tementale. Jusque-là rien n'annonçait un autre dénoûment que la réalisation des projets ^t d^s espérances de la Gironde. Rœderer, qui les avait partagés, avait donné seîs conseils en ce sens. A la vérité, il ne pouvait raisoi^nablement indiquer une autre cohduite, lorsque le roi n^avait ni les moyens y ni la volonté de se* défendre. La reine commençait à reprendre quetque espoir, tant elle avait de mobilité et d'ignorance de la situation.

En cet instant, un officier municipal vint annoncer que les rassemblements qui occupaient le Carrousel se disposaient à attaquer le château avec du canon. A peine finissait-il ce récit, qu'un officier accourut et informa l'Assemblée que les portes du château étaient forcées, et que les citoyens étaient prêt8( à s'égorger.

L'Assemblée rendit iEiussitôt un déoret qui mettait les propriétés et les personnes sous la protection du peuple de Paris , et elle envoya une dépi^tatibn chargée de porter cette déclaration . aux rassemblements armés. Une autre députation fut destinée à se rendre à l'Hôtel de Ville. Il était alors huit heures du matin. Tout à coup le canon se fit entendre ; des cris confus

pénétraient du jardin jusque dans la salle ; les assistants des tribunes publiques se levèrent et répondirent par leurs clameurs : « Vive la nation ! vivent la liberté et régalité ! >' Lés commissaires rentrèrent ; ils n'avaient pu accomplir leur mission; le peuple ne les avait point laissés passer. Le bruit de la fusillade se mêlait aux détonations répétées de l'artillerie et semblait se rapprocher.

Après quelques instants d^efifroi et de trouble ^ , TAssemblée reprit un aspect de fermeté et de calme* Dans cette terrible attente , elle conservait une courageuse dignité.

Pendant les irrésolutions du roi et l'inertie de l'As* semblée/ voici quelle avait été la marche de l'insurrection, Le signal et l'ordre décisif étaient partis des Cordeliers. Danton avait quitté Paris depuis quelques jours; il revint d'Arcis-sur-Aube le 9 août. Tout était prêt , et ises amis commençaient à s'étonner de son absence^; il se montra fort résolu et contribua plus que tout autre à décider les Cordéliers à l'exécution de l'entreprise, trop commencée pour pouvoir être différée. Cela était d'autaîit plus essentiel qu'au faubourg Saint- Antoine, Santerre était au moins hésitant. Des commissaires se rendirent dans chaque section; ils étaient délégués par l'autorité niuni^nipale, sous prétexte de calmer la population irritée. Danton renU^a chez lui , se coucha et semblait peu empressé d'aller se mêler au déâordre qu'il venait de susciter. Bientôt après , 0t lorsque le tocsin eut sonné , les assemblées

' Séance du 40 sqûI dans le logographe, — Histoire de France par i'abbé de Montgaillard. ^- Récit de la conduite des gardes suisses.

* Récit de M"* Camille Desmoulins. — Rapport de Saint-Jui^t, du 34 mars 4794.

de sections envoyèrent dçs députés à l'Hôtel de Ville; Danton y délégué par sa section, montra peu de diligence à s'y reiïdre; on fu.t obligé de l'envoyer cher-; cher plusieurs fois. Ces commissaires siégèrent durant plusieurs heures sans se décla;per autorité ojfiGielle ; mais c'était à eux qu'obéissait Manuel , procureur gé-r néral de la. commune^ aingi que tous les agents. Par leur ordre , la disposition prise par le commandant général Mandat fut rétractée^ et les canons placés sur les ponts fui'ent Otésf la gacrde nationalq, fut avertie de ne point, se rendre à Tappel des tainbours qui battaient la générale.

Alors arriva Pétion; il raconta Içô, dangerfe qu'il avait courus aux Tuileries, et comment il avait été sauvé par quelques grenadiers , récit qui n'était point véritable. A troi§ heures Mandat comparut; il déclara qu'il avait agi en vertu de la réquisition dc-M. le maire; mais il ne put la représenter écrite*. Le. président des commissaires de sections ordonna qu'il fût emmené en prison; il fit en même temps un geste horiziontal qiii signifiait la mort, Ma^dat fut égorgé, ej; sa tête * mise au haut d'une pique. On a écrit que ce crime avait été commandé pour ]reprendre l'ordre que Pétion lui avait donné; cela est peu vraiisemblable. Il avait reçu cet ordre par l'intermédiaire du procureur gêné- , rai du département, et cette circonstance n'avait rien de caché; puis Pétion l'avait renouvelé, mais Mandat n'en était point porteur; Mandat fut massacré, parce qu'il avait le projet et la volonté de pourvoir à la défense du roi. La générale avait été battue; \e$ légions arrivaient de toutes parts avec leurs canons, et quelques-

' Rapport d'O'iftelin à TAssemblée nationale.

MARCHE DBS INSURGES. 169

unes étaient très^dispoaées à obéir au commandant ^ S'il avait conservé sa liberté d'action , l'énieute pouvait être refoulé^. Sa mort fxit vraisemblablement la cir* constance décisive de la journée.

Depuis le 20 juin; il avait été promis à Pétion que^ lorsque la véritable insurrection éclaterait , on aurait soin de mettre sa responsabilité à l'abri , Qn le retenant consigné chez lui '. Bans ce moment critique on oubliait ou Ton tardait à lui rendre ce bon office ; il envoya plusieurs fois à la municipalité pour réclamer lexécution de celte promesse. Plus tard, un de ses amis^ Carra y membre du confite qui ayait préparé et décidé rinsurrectioDy, témoigna ainsi en sa faveur: » Pétion n'eut pas la moindre part au succès; mais qu'il sjB soit trouvé maire , ce fut une véritable providence pour le» patriotes. » En effet, au moment oii il insiâ* tait si viveiQent paur^tre mis en arrestation ^ le BuÈcès était encore douteux y du moins il lé pensait ainsi*.

Maintenant nul obstacle ne pouvait empêcher les bandes révdutionnaires d'arriver jusqu'aux Tuileries ; il n'y avait plus aucun dessein concerté, aucun ordre donné pour en défeâdre les approches. Le défaut de plan, l'absence de discipline n'ont point les mêmes inconvénients pour une insurrection ;. sa marche est nécessairement irrégulière; elle ne comporte pas un plan arrêté d'avance ; elle profite plus qu'elle ne perd dû hasard et de l'imprévu ; lorsque^ dès le début, elle

* Uémoires de Barbaroux.

< Mémoires de Barbaroux. — Observationâ de Pétion sur la lettre de Robespierre.

* Moniteur dû 42 novembre 1792 : projet d'un discours e.j\ réponse à Robespierre par Pétion.

470 MAKCHC DBS mSUMÉS.

ne rencontre pas une résistance qui la trouble et la décourage, elle devient de moment en moment plus difficile à vaincre, souvent impossible.

Les diverses colonnes de Témeute se mirent en marche plus tard que ne l'avaient espéré les conspirateurs. Les Blarseillais et les Cordelters furent quelque temps retenus par la crainte de la légion d* Acioque , qui ne leur était pas favorable ; ils savaient aussi que des canons étaient placés sur les ponts. Lorsqu'ils n'eurent plus cette inquiétude, ils partirent.

Le faubourg Saint-Antoine se décida plus difficilement. Santerre avait la confiance du comité d'insur^ rection, et l'assemblée des sectionnaires le nomma commandant; il n'était pourtant pas un homme sûr; son dévouement était à la mesure de Pétion ; il retint longtemps les bataillons de son faubourg et ne prit sa résolution que lorsque Westermann , l'aMent ami de Danton, lui présenta la pointe de son épée sur la poitrine , en disant que les Marseillais étaient déjà sur le Carrousel.

Ils étaient arrivés entre six et sept heures^ augmentés de cette foule qui, par curiosité, par besoin' de mouvement ou par opinion, se joint toujours aux colonnes d'une émeute. Ils avaient occupé le Carrousel, le quai des Tuileries, la place Louis XV.

Vers huit heures du matin , pendant qu'ils parlementaient avec menaces, pour se faire ouvrir la porte de la cour royale et qu'ils se mettaient en intellirgence avec les gardes nationaux de leur opinion, lorsque le roi était déjà réfugié à l'Assemblée, la colonne du faubourg Saint-Antbine , après avoir suivi la rue Sainl-Honoré, déboucha suc le Carrousel; elle était commandée par le Polonais La2ouski et par Wester-

ATTAQIJE MJ GHATBAV. 171

mann^ à cheval^ et remarquable par son grand plumet rouge.

11 alla aussitôt ye>8 la porte royale^ et comme les Marseillais n'avaient pas encore.obtenu qu'elle fûtouverte, il la fit enfoncer. Aussitôt les canonniers qui devaient défendre l'entrée dû château» emmenèrent leurs pièces; Westermann les fit retourner contre les Tuileries.

Trois cents garde&nationaux.et deux compagnies dés Suisses avaient été détachés pour escorter le roi; Sa retraite avait découragé tous cent des défenseurs qui étaient restés dans la cour. Dès que ta porte fut ouverte, la foule se précipita ; nulle résistance ne fut tentée ; le^ g9.rde8 nationaux se dispersèrent; les postes des Suisses se i*eplièrent vers le château .

SanÀ essayer de défendre le grand vestibule , ils se placèrent sur l'escalier^ dans la salle ^es gardes et dans tes salles dont les fenêtres donnent sur la cour. L'escalier était alors au milieu ; on y montait du vestibule par une large tampe; elle s'arrêtait à un palier, d'où f par deux autres rampes symétriques en retour de la première , oq arrivait à la salle des gardes.

Les Suisses se bâtèrent de construire avec quelques pièces de bois une barricade sur le palier, en haut de la première rampe. Bientôt sq présentèrent une cinquantaine d'hommes ivres de vin et de fureur, qui semblaient être travestis en briga^ds de théâtre; ils demandèrent passage. « Nous voulons visiter les apparte* ments, » disàient-ils avec de bizarres jurements et de féroces menaces proférés dans le dur accent du dialecte de Marseille. Les ofiiciers alléguèrent poliment leur consigne , et en témoignage de concorde, ils criaient : «c Vive la nation ! »

17!^ ilTTAQUE DU CHATEAU.

Les Marseillais tentèrent alors d'emporter la barrir eadede vive force, quelques-uns portaient de vieilles hallebardes à crochet; ils les poussaient par-dessus la barricade, tâchant d'accrocher les hommes qui la défendaient. Ils entraînèrent ainsi un adjudant dès gardes suisses, le dépouHlèrent et voulaient lui trancher la tète ; ses camjatrades parvinreiit à le dégager. Déjà les sentinelles qui étaient au pied de Tescalier^ en avant de la barricade, avaient été égoirgées. Lés officiers trouvèrent cependant moyen de se faire écouter un moment par ces forcenés ; ils représentèrent que de braves soldats ne pouvaient rendre leur poste ni sp larsiser désarmer, et qu'ils sacrifieraient leur vie, plutôt quef de manquera leur devoir et à leur honneur* Pendant un instant, les Marseillais pajrurent comprendre tse noble sentiment militaii*e ; puis ils recofhnieuCèi'en^ leurs cris et le^urs menaces > mai^ n'espérant plus emporter le poste, ib se retirèrent; ce fut à cet instant que opmmençala fusillade. J)e quel côté partit le premier 66up? question satis importance et qui né comportait pas même un scrupule de formalité. Évidemment le combat était engagé, le sang avait coulé ^ et cçiix qui tie se défendaient pas avaient été livrés au massacre. Les Suisses avaient un ordre écrit, 4onné au nom des offîr ciers de la loi . «Un attroupement va se présenter, il Vous est enjoint, ainsi qu'à la garde natibnjsde et à la troupe de ligne, de vous opposer à cet attroupement et de repousser la force par la force. » Lorsqu'en rentrant au château, les commandants suisses avaient pris les ordres du maréchal de Mailly, il leur avait répété ; w Ne vous laissez pas forcer. »

Le combat, qui s'engageait ^ur l'escalier, détermina sans doute les Suisses à tirer par les fenêtres. La cour

ATTAQl^E BU CHATEAU. 173

était remplie d'une foulé preasëe, le désordre était complet; les uns edgagaiBut les défenseurs du château à fraterniser avec lé peuple et à crier : (t Vive la nation! » d'autres les. injuriaient : « À bas les habits rouges !» cri^ient-ild. Un coup de pistolet avait inéme été tir^ sur une fenêtre^ alors on commença à se fusiller. Les grenadiers des FiUes-Saint-TliomaSy seuls de toute la garde nationale gui fussent restés à leur poste y étaient aussi animés que lés Suisses. La troupe de Westermann et de Lazouski soutint vaillamment le premier feu des fenêtres et riposta par un feu vif; elle fit aussi des décharges d'artillerie, qui furent meurtrières» • .

Mais parmi cette foule amoncelée dans la cour, on la plupart n'étaient pas venus pour se battre, tous les coups, partis des fenêtres, portaient; bientôt la terreur s empara de cette multitude désordonnée; la cour se trouva vide et jonchée de cadavres. Une réserve des Suisses déboucha de la cour, latérale du pavillon Marsan et, reprit les eànons abandonnés par les insurgés ; ils furent mis. en batterie devant la porte royale. Les Marseillais avaient cpnsérvé deux pièces sur une terrasse de la cour des Suisses , dVù ils plongeaient sur la cour et sur la place, ileur feu était meurtrier* Toutefois les Suisses balayèrent le Carrousel.

Pendant ce carnage, un jeune oflBciei^ d*artillerie, qQi devait uil jour s'asseoii» glçiriei^semeùt sui* le ti'ône, dans ce palais des Tuileries dobt il regardait Tattaque et la .défense, était témoin du combat. Ce souvenir/ après beaucoup d'années^ revenait souventàsa pensée. Selon son récit : « Les Suisses servirent vigoureusemeat Tartillerie; en dix minutes les Marseillais furent ohassé^s jusqu^à la rue de rÉchelte> 6t ils ne revinrent

174 msuRRBCTioN ou 10 AOCt.

que lorsque les Suisses se furent retùrés par ordre du roi*. »

C'est alors ; en effet , qu'arriva M. d'Hêrviliy, sans armes, sans chapeau^ à travers la fusillade et la mitraille, a 11 ne s'agit pas de cel»| criait-il , ilfaut vous porter à T Assemblée *. »

Au premier coup de canon qui fut entendu à TAsisemblée, la reine reprit les illusions qui, depuis quelques mois, avaient si souvent traversé sa pensée. f< Eh bien ! monsieur d'Hervilly, dit-elle , n'avoiisnous pas bien fait dff ne point partir?— ^ le souhaite, répondit-il avec tristesse, que Votre Majesté puisse me faire la même question dans six mois*. »

Au même moment, un autre sentiment faisait dire au roi : a J'avais défendu de tj[rer\ » 11 ordonna à M. d'Hérvilly d'aller sur-le-champ faire Cesser le feu.

Les Suisses se. replièrent en bon ordre et passèrent dans le jardio. La position était meurtrière pour eux* De la grille du Pont-Royal et de la terrasse de l'eau , dej'entrée opposée et de la terrasse des Feuillants, on tirait sur eux. Ils traversèrent le j^airdin, en suivant Tallée du milieu ^et en perdant beaucoup des leurs. Ils avaient placé deux pièces de canon de vaut le château^, afin de protéger leur retraite.

Ces décharges de mousqueterie.sejoignant.au bruit du canon entendu de près,.répantiaient, sinon l'effroi, du moins le trouble dans l'Assemblée ; le moment semblait critique. Yergniavud jtvait été rempUcé ^u

* Chronique des cinquante jours — Mémorial de Saint^-'Hélène.

* Récit de là conduite des gardes suisses.

*' Mémoires de Bertrand de ^olleville.

^ Histoire de la Révolutioi^, par M.. de toulongeôUé .

IN&URKECTlOIf DU 10 AOUT. 475

&ijlteuU.par Ouaaet;'il pairvint à ramene^r le ûlence; niais tout à coup les spectateurs des tribunes qui, par les feûètresy voyaient dans lë jardin, s*écrièreat : « Voilà les Suisses; ils viennent attaquer rAsàcùiblée; nous ne vous quittons pas , nous périrons avec vou&. » Le • commandant du poste se précipita à la barre : ù Nous sommes forcés^, » criait*iL Déjà des balles, traversant les fenêtres, étaient venues frapper le plafond de la sdle« L'ABsemblée se leva tout entière, et d'u^e. voix unanime fît entendre : « Vive la nation ! vive la liberté ! d ,

En effçl, les Suisses étaient parvenus sur la terrasse des Feuillants; ils entraient dans les corridors de la salle. M. de Salis, Tépée à la main^ parut à la porte de rÂssembléè. Un député lui ordonna de faire mettre bas lek ar^ies à sa troupe. Les Suisses demandèrent les ordres du roi; leur oommstndant, M. 4e Ourler, alla les prendre; Le roi lui dit : u Posez les armes entre les mains -de la gardf; nationale, je né veux pas que de braves gens comme vous périssent. » Puis, il lui remit un ordre entièrement écrit de sa main : ce Le roi or46nB£i wx Suisses 4@ poser les armes et de se retirer aux casernes. >} Lé ministre de La marine an?^ Qonça èk TÂssemblée I ordre que le roi venait de donner. Deux députés furent charges de conduire les Suisses et de veiller à tçur sûreté.

Tout était consommé; la nouvelle révolution était accomplie, la monarchie .coustitutionnelle avait cessé.

Le premiei^ acte de cette Assemblée, devenue Tuni^ que et absolu souyerain , fut de réclamer de Tautoriié encore inconnue, qui siégeait à THôtel de Vjlle, la liberté de PétioUi Le pirésident proposa et fit adopter une proclaoïatioa ainsi conçue i c^ Si la première a^to-

i7ti mSURBBtTJOK DU +0 AOUT.

rité coafttitutionnelle çst enoore respectée , » les repré* Kiilants du peuplcj amis de sonboahepr^p^Teotencore réclainer la j.ustiee eE la raison, ils prieai les citoj'ens etieur ordonnent au nom de laloîyde laisser paraître aux yeux du peuple le jnagktratquelep^uple chérit. » ■'

Puis arrivèrent les ipembresdë lànouvetlecommune de Paris , qui s'étaient c ¥oii'>aHs lilnite. K L«b c direntrlla, notre élection en rràtl .dignes. Le peu perfidies de la cour^ a se l'empire sur le bord 4e I qu'à seconder le pèupli son nom, d«smeaùres-dç

Danton sont toujours dos collègues; Santerre,e;St>àla tète de la forée armée. » , .- ■"■■.■■/■:

Ensuite ils deïnaitdaientVengeaace des traîtres- et des étrangers,' quî. avaient- fait çouleiS le sang dti peu- ' jjfl. Et par}aril toujours au notri du 'péu|^e, ils ftnis- S4ienii par déclarer que les mesures extraoïdinaireti; qui'aVaiènt été piïiQés pour résisteç - à Toppression hepouvaient avoir d'au^s JMg^^; que, « le peuplé, votre sôtiveraio el'le nôtre, réuni- en aâsenablée primaire.')'

Le serment de maintenir ,U liberté- çt l'égalité ou de-meurir à 8on,.posl,e fut prêté car chaque député,nominalement , appelé ; diverses députàtituis des,' sectioiïs demandèrwit k déehéaace dû roi et vengeance des Suisses; quelque» m'esùcea rurèot' tentées pour, arrêter te désordre et les massacres. Des butter et d^s bijoux étaient apportés en preuve.de la probité dés envaliissears du château. . ' '.■--';

Telles furent les ocoupatiolts de t'.4|fi8emblée ^ta-

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