ASPECT 1>E LA FAMILLE ROYALE
désirer que tout se passât en règle et dans les formeSi avait fait décréter qu€ ieâ ministres du. roi avaient perdu la confiance de la nation. On procéda à réiection d'un nouveau cabinet. Les trois ministres ren^ vôyés avant le 20 juin, furent par acclamation, et comme de droit,, réintégrés. Le scrutin donna à Roland^ Clavière et Servan des collègues choisis dans une autre couleur d'opinion. Dantop fut élu ministre de la justice; Monge, de la marine; Lebrun, des affaires étrangères ; Grouvelle, secrétaire du conseiL JusqU'ici les Girondins pouvaient sembler les mai* très d'une victoire où ils n'avaient pris part qu^en appelant depuis quatre mois l'insurrection, à laquelle ils ne s'étaient point associés, qu'ils avaient même voulu arrêter ou rietarder. Vergniaud, Guadet, <îenîsonné, avaient successivement présidé l'Assemblée; c'étaient eux qui avaient parlé en son nom. Les. actes qu'elle venait d'accomplir, la dictature dont elle s'emparait, étaient conformes aux désirs et aux projets de ta Gironde; La royauté n'était pas abolie; un dernier aern? blant de respect, une intention de'justLcepudumoin3 d'humanité entourait le roi, vaincu, prisonnier et dér chu. Leur pensée si bien connue de s'emparer du gouvernement d'un roi mineur, de lui donner un régent et de veiller à son éducation : ce progrs^mme jde leurs espérances paraissait se réaliser.
Pendant qu'une minorité incompétente à représenter l'Assemblée nationale essayait de convertir en institution régulière le triomphe de la violence et s'imaginait peut-être inaugurer l'avenir de la France, la famille roy^ile restait enfermée dans la loge, où on lui avait donné un asile et une prison. C'était sous les yeux du
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roi 9 sans qu'on fît ihème alténtion à sa présence, qu'on décidait lé sort du monarque et dé la monarchie; il entendait les récits de cette guerre civile, qu'il avait \jo\x\n éviter, et qui n'était plus qu'un massacre de ses fidèles serviteurs vaincus sans combat pour lui obéir; il avait à subir les outrages des pétitionnaires qui parlaient de ses trahisons, lui imputaient le sang * versé et commençaient à demander sa tète.^
Durant les longues heures qui s'écoulèrent ainsi , le roi conserva invariablement ce calme, qui n'était pas de la dignité, cette impassible constance, cette sainte résignation, qui pouvaient émouvoir les cœurs ,^ mais ne ranimaient pas les courages et n'imposaient aucun respect aux âmes grossières ou perverses.
La tribune du Logographe avait dix pieds carrés ; une chaleur étouffante remplissait cet espace resserré. Près de la porte, cinquante gardes nationaux maiate- ' naient un espace vide; ils tie laissaient passer que des amis et des serviteurs de la famille royale , qui, au péril de la vie , venaient offrir leurs services et leur inutile dévouement. Le roi parlait peu, sans aucune altération du son de sa voix, sans que sa physiononiie exprimât une émotion; c'était sa siniplicité habituelle, sa bienveillante politesse. Il s'accoudait sur le devant dei la tribune et lorsque quelques députés dont il connaissait le visage, s'approchaient de lui, il leur parlait comme B'il eût encore été aux Tuileries ; il échangea quelques paroles avec Vergniaud. Coustàrd, député de Nantes, conversait avec lui pendant le voté du décret de suspension. « Cela n'est guère constitutionnel, disait le roi. — Sire, c'est le seul moyen de vous sauver la vie, » répondit Coustàrd. On lui montrait des égards; sa présence inspirait une
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compassion passagère, même à (Jes ennemis vio-^ tents.
Le peintre David se v^nta de lui avoir adressé un horr rible propos; il s'était avancé à Tentrée de la tribune et observait, avec une curipsité d'artiste, Texpression du ma^lheur, sur les physionomies diverses de cette famille auguste et déchue. Le roi Taperçut et lui dit : ft Monsieur David, quand pourrez- vous finir mon' portrait? » David' prétendit avoir répondu : « Je ne ferai désormais le portrait d'jin tyran qu^ lorsque j'aurai sa tète dans mon chapeau. » David lui-même racontait que telle avait été sa réponse..
Cette séance, qui dura seize heures, succédait à une fatigante nuit; le roi se sentit pi:essé de la faim et demanda à manger « Devant cette assemblée qui prononçait sur son sort, devant tant de regards portés sur lui^ ildéjeutia avec appétit. Cette nouvelle preuve d'un sang-froid imperturbs^blé al&igea la respectueuse pitié de ses amis et procura à la haineuse malveillance une occasion de plus pour abaisser son^ caractère et sa dignité.
La reine aussi supporta avec courage cette chute profonde, ce péril de tous les instants, cette agonie de la royauté; mais sa contenance témoignait plus de fierté que de résignation; elle ne paraissait ni troublée ni effrayée ; ses émotions étaient contenues. Elle par* lait peu, restait presque immobile avec une expression de noblesse et même de hauteur, où se laissait voir de Firritation. Elle ne repoussait point Tespérance ni les illusions^ sa fermeté conservait un caractère féminin» Elle avait entendu sans effroi les bruits du combat, comme une dernière chance de salut et dé succès. Lorsqu'elle avait vu le triomphe complet de l'insur-
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rection, elle^ disait : (V Le due de Brunswick u'ea sera pas moins en France le 23 ; n^ et le roi avait répondu avec calme : a Ils me vengeront peut-être^ mais ils ne me sauveront paâ. » Puis, comme les Girondins sem'^ blaieïit prendre possession du. pou voir et disposés à ne point abolir la monarchie, la reine eki revenait à Tidée que ce serait seulement quelques mauvaises semaines de captivité et d'angoissés. Lorsque. rAssémblée nomma des ministres, elle dit à M. de Sajnte^Croix^ qui se trouvait près d'elle : «J'espère que vous ne vous en crdyez pas moins ministre des< affaires étrangères.»
Elle n'*avait pas même la consolation de se sentir aimée, regrettée, respectée par cette nation, à qui^ dès sa première jeunesse , elle avait tant désiré plaire et où elle avait crû trouver une patrie. Elle savait combien de baine et de fureur on avait excité contre elle par les pliis infâmes calomnies. L'opicrion était, pervertie; en sorte que le vulgaire, dans ses convictions, croyait avoir à se venger, tandis que la reine sentait, dans sa conscience, qu'elle avait beaucoup à pardonner.
C'est ainsi que le 49ipeetacle toiichani de la famille royale, èiposée comme des captifs pour orner le triomphe dé l'insurrection, comme des victimes destinées au prochain sacrifice, inspirait tout au plus une pitié timide ei muette à quelques, âmes hpnnètes; tandis que les regards de l'Assemblée et de la foule entassée des spectateurs n'exprimaient qu'un sentiment hostile ou une insultante froideur. Le jeune Dauphin endormi sur lés genoux de sa mère , lea larmes qui coulaient sur le visage de Madame Royale,, réservée à une si loi;igue suite de malheurs , la physionomie angéiique de M""" Elisabeth se dévouant avec ten-
k$mCf K LA FABILLE BOTAUC.
dresse el sainteté , elle qui viTait dans une rqpon éle- Tée ati-dessns des opinions et des disecNides de la terre : tout ce tableaa, enfermé dans le cadre étroit de la tribune^ était observé arec malreillanee ; la passion politique et Tesprit de paHi arai^it endurci les cœurs et aboU la sympathie hiunaioe.
La famille royale était entrée à l'Assemblée le 1 0août, vers huit heures du matin , et y resta jusqu'au lendemain à trois heures et demie de la nuit. Alors la séance fut suspendue^ et le'rc» fut conduit avec sa famille dans trois cellules du couvent des Feuillants ^ où un architecte avait fait porter quelques meubles.
Les députés se retirèrent : la journée du 10 août était dose. Maintenant il ne restait plus rien de l'ancienne monarchie, rien du gouvernement que la France avait voulu se donner. En quelles mains tombera le pouvoir? Gomment sera-t-il exercé? Quel sera le sort de la France? Entrera-t-elle dans une ère de liberté et de bonheur? Sera-t-elle livrée à Tanarchie et au désordre? C'est ce qu'en ce moment personne ne poii^ vait prévoir^ pas plus les vainqueurs que les vaincus de cette guerre civile qui ensanglantait la capitale.
intit II.
U GàminRE DE PARIS. ^- LB 2 âEFTKmild.
L'Assemblée nationale. ou, pour psirler. plus exactement,!^ minorité, qui continuait à siéger dans la salle eiivabie par Tinsurrection,: avait sanetionné la ruinç du gouverûement. Elle s'était ainsi arrogé un pouvoir souverain supérieur à la loi qu'elle abolissait ; en même temps, elle n'avait plQs une ombre d'autorité; personne ne songeait à: lui obéir; elle-même ne pouvait avoir la pensée de commander, (i'eût-elle voulu, aucune force n'était à sa disposition; elle q'avait nul moyen de rétablir l'ordre public.
Pendant qu'elle réglait les.destinéesde l'empire, un inutile combat se prolongeait et devenait un massacre. Le sang cpulait devant les portes de l'Assemblée : « Il n'y a pas d'horreurs dont le corps législatif n'ait été témoin, » ainsi le racontait Gambon quelques semaines après.. C'était, pour presque tous les. représentants, un sujet de regrets, mais une fatalité qu^ils acceptaient. Leurs collègues du parti modéré, avertis et entraînés par des amis effrayés, cherchaient à se dérober aux assassins, en se retirant dans qyelque asile; leur .courage eût été inutile; sans doute, ils l'eussent payé de la vie. De sorte que cette terrible journée n'a pu léguer à l'histoire le souvenir d'un seul exemple de fermeté et de résolution. Les victimes se dévouèrept avec une résignation passive .et sans nulle résistance.
Au 10 ^out commença cette époque de soumission
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humble et patiente ^ qui a favorisé tant de crimes et fait verser tant de 3,ang. On avait laissé désarmer les pouvoirs publics y gàtdi€B$ de 1^. sécurité comihuné; on avait dépouillé de sa force et dé sbn ]^restige l'autorité ch'^i'gée de maintenit* Tordre; maintenant on était sans défense, réduit; àla résistance individuelle qui même n'avait plus aucjiin moyen d'organisation.
Dans la journée du -l'O a^ûl^apr^ô! que les Suisses eurent abandonné le Carrousel qu'ils avaient conquis, pour passer dans lé jardin où le roi leur ordonna dç cesser le eoitlbat et de* rendre tes armes, ceux qui étaient parvenus jusqu'à l'Aôsemblée avaient été enfermés dans l'édise des Feuillants et leurs oSiciers dans les. salles du couvent. Les députée, quel que fût leur opinion ou leur parti, étaient, à^ce moment, à peu près unanimes pour empêcher les nïassacreâ. Lés sanguinaires fureurs de la populace .des émeutes teùr faisaient encore. horreur et pitié. Pendant la nuit, la plupart des ojffiçiers suisses furent sauvés par lés soina de Bruat, dépiité dû Haut-Rhin ^ qui leur pro^ cura des vêtemeiats pour se déguiseï* et qui facilita leur évasion.
Le lendemain matin, lo;*sque la séance fut reprise , uh des premiers' soins de l'Assemblée fut de préserver les Soldats qui étaient restés enfèrinés dans l'église et que les massacreurs rédamaiônt tumultueusement pour les égorger, Des pétitionnaires étaient venus demander grâce pour eux. Lacroix, Bazire et Chabot, dont lés opinions, le langage et la conduite étaient des titres à la confiance des combattants dé Finsurrection , se chargèrent de calmei* leur colère et leurs exigence^; ils y réussirent non sans peine; ils se
1U8SAGIIBS APRÈS LA VIGTOIEË. 4 87
jetèrent 'à genoux devant les massacreurs imploruit leur pitié. Ce fut le ^eui succès d'humanité qui put être obtenu.
La cour et le château a'étant plus défendus, les Marseillais et les hommes de Santerre et de Westèr-* mann étaient révjénus sans trouver de résistance. Tontefbis, pour plus de sûreté, ils fuirent eu batterie six pièces de canon ; plusieurs décharges furent diri-* gées sur le* château. Pendant quatorze ans, on a pu voir cette façade encore criblée des niarques creusées pat les boulets; sur chacune de ces cicatrices^ le mot (c 10 août » avait été écrit. En 1806 seulement, Temperéur Napoléon fit réparer la muraille et les inscrip-» tiens furent effacées. '
Pendant cette secondé attaque des Tuileries, le feu fut mis aux lignes des bâtiments qui divisaient les troiB cours et les séparaient du Carrousel; l'incendie ne fut ;pas éteint; lé désordre et l'ivresse da conibat étaient tels que les insurgés tiraient sur les pompiers qui venaient arrêter lé feu. Ces bâtiments furent consumés; puis on déblaya les ruines; les trois cours en formèrent une seule séparée du Carrousel par une cloison en planches, qui subsista jusqu'en 1800. La grille fut terminée et démasquée le jour où le premier consul vint s'installer aux Tuileries. 6ne inscription avait été placée au-dessus de la porte, de la clôture en planches, on y U^ait : « Le 10 août, la. royauté fut abolie; elle ne se relèvera jamais. » Cette inscription disparut, même avant la proclamation de l'empire. . '
C'était donc à la lueur des flammes, parmi les corps des blessés et des morts ,^ «que lès insurgés s'avançaient vers le château. Une partie des Suisses
188 MASSAC1IES APRF^S LA VICTOIRE.
y étaient restés : Us descendirent , en toute' hâte, dans lé vestibule du milieu, y- ti*ouvèrent encore deux pièces de canon et s'en servirent pour protéger teur retraite par le jardin , en arrêtant les Marseillais pendant quelques instants ; ce détachement réussit ainsi à quitter le château. Mais ils laissaient encore environ quatre-vingts hommes, qui se postèrent siir Tescalier. Les insurgés les y attaquèrent; le combat fut meurtrier; les assaillants y perdirent beaucoup des leurs. Au'bout d'un quart d*heure ils furent maîtres du passage et ils arrivèrent dans les appartements, foulant aux pieds^ les cadavres , achevant les blessés , tuant tous ceux qui se rencontraient, sur leur passage; tantôt ils les égorgeaient, tantôt ils les jetaient par les feiïètres, d'où ils tombaient sur les piques dès hommes restes dans la cour.
Cependant les Suisses, qui avaient été forcés sur l'escalier ou qui étaient restés dans l'intérieur du château, se défendaient vaillaniment; il y avait dés coinbats ' de salle en salle ; dix-sept Suisses furent mass^c^és dans la chapelle , en vendant chèrement leur vie.
Les gentilshomnies avp,ient presque tous eu le temps- de descendre par l'escalier du paVillon de Flore, pour passer dans le jardin; les vieillards et ceux qui n'avaient pu suivre cette retraite ne furent • pas épargnés. Les huissiers , les hommes de service étaient égorgés. Ce fut à gfaYid'peine , qu'en parlant au nom de la municipalité, quelques hommes, qui semblaient avoir autorité sur ces bandes, parvinrent à sauver lés femmes restées dans le palais *. «Ne déshonorez pas la «nation, disaiënt-ils; faites grâce aux femmes!» .
MASSACRES APRÈS iA VlCfOIftË. f89
Ce n'était plus Tardeur du combat qui allumait cette rage et cette soif du sang. Les auteurs de Tin' surrection, -ceux qui avaient excité et lancé ^cette foule, barbare , avaient prévu> sans doute à quels excès elle se porterait; ils y comptaient pour répandre une profonde terreur , pour assurer leur victoire et leur domination. Les circonstances de cette iouriiée avaient encore augmenté y et surtout propagé ces dispositions féroces. En de telles batailles , les combattants sont toujours accompagnés de curieux que le bruit attire, que l'agitatii3n entraîne, qui ne se rendent pas compte du daçger et s'y exposent sans être venus le chercher. Ces auxiliaires de Témeute comptent snr une victoire facile ; elle leur est promise pour Içs recruter. Le commencement de la journée avait entretenu cette assurance parmi les insurgés de ce second ban : nuUg résistance dans lés rues, ni pendant la marche ; le Carrousel d'abord occupé sans la n\oîndre difficulté; les .portes de la cour enfoncées avant qu'un coup de canon ou même de fusil eût été tiré;. Tartillerie de la gar^do nationale fraternisant avec Témeute; le roi se retirant à F Assemblée :. — puis, tout à Coup, par suite d'un. conibat engagé sur rescaUèr du château, qui, parmi tant, de bruit, n'était ni. vu, ni entendu, les Suisses tirent par les fenêtres tout au travers d'une foule à peine armée. 11 sembla que ce fût une tra-* hison ^ un gu^t-apeixs , * une conspiration préparée contre lé peuple; de là résulta un sentiment de vengeance et de fureur, qui rendit cette tourbe plus cruelle qu'elle ne l'eût été.
Le pailais des Tuileries, souillé par le massacre, était aussi livré au^ brigandages, aux sauvages amu* sements d'une foule ivré:^ de désordre et de destruc-
190 MASSAGBES APRtS LA TieTOIRE.
tion; les meubles > les ornements ^ les statuas, les tableatix élaieut brisés.,- déchirés, jetës.jpar lea fenê^ très, dans les flammes de Tixicendie; les bureau^ et les armoires étaient enfoncés. C'était le sac .d'une ville prisa d'assaut et ïiiise à feu et à sang. . •
Pendant ce temps^à , les environs des Tuileries étaient le théâtre d'autjres massacres. Les.SuisBesy qui avaient passé du château, dans le jardin., avaient été rejoints par un petit nombre des gentilshommes et des gardes nationaux échappés du pavillon de Flore, non sans avoir p^rdu beaucoup des leurs : les uns égorgés avant d'avoir pu sortir du château , les autres exposés à une fusillade, meurtrière, lorsqu'ils débouchaimit dans le jardiou Réunis aux Suisses, ils se dirigèrent vers l'Assemblé ; la traversée était périlleuse, de tons câtés on. tii^ait sur eux. de la terrasse dé l'esiu, de la terrasse des Feuillants et des pelotons qui étaient déjà descendus Idans le. jardin. En arrivant devant le perron des Feuillants, ils furent reçus à coups de fusil. Rentrant sous les arbres, ils allèrent se présenter à la grille de la placé Loiiis XV ; elle était fermée; ils finirent par trouver passage^ l'escalier qui descend de laterra&se de l'eau sur le quai > à l'ajagle du jardin, nommé alors le jardin du Dauphin ; arrivés enfin sur la place, ils y furent chargés par les gen^darmes à chevai, qui avaient dû combattre avec eux pour la défense du roi et qui s'étaient révoltés contre leurs officiers. Alors tes fiigitife se dispersèrent par petits pelotons { bien p^eu furent épargnés; poursuivis dans toutes les directions , ils furent massacrés , leç uns sur la place,, d'au très dans les ChampSr-Élysées , dans le faubourg SaintrÉonoré, au coin de la rue de Chaillot ; quelques-uns avaient pénétré jusqu'à la
massacre;^ après la. victoire. 191
place Vendôme 9 ils y périrent; JM. der Montimoliu, leur officier I fut égorgé w pied de la statue de Loui&XlV» '
, Partout ils étalent traqués de rue courue; un habit rouge. suffisait à. mettre la plèbe en fureur;' de . pais!*bles citoyens furent massaprés sans autte motif; d'autres périrent y parée que soit leur coutume ou leur coiffure^ soit quelque ressemblàdjce les\fs^isaient soup-. çonner'd!ètre des chevaliers du poignard échappés du château. Les cadavres étaient dépouillés^ mutilés, dépecés et Les laâib.eaui(: de oha^ir- étaient portés en triomphe au haut des piques : d'I^orribles femmes n'étaient pas les moins saiiguinaires.
Il y eut^ussi d'autres vengeances , d'autres assassinats exécutés moins aveuglément, On. ne peut expliquer le meurtre de M. de Cl^mont-Xonnerte par l'ardeur du combat > ni\pàr là fureur populaire. Il avait été un. des premier^ députés de la noble,sse aux. États généraux qui avaient manifesté un amour sincère et éclairé, de la liberté ; ' il avait tsontribué à décider 1^ minorité qui, avant le 14juillety s'était réunie au Tiers État; c'était un des hommes les plusi distingués de l'Assemblée constituante : spirituel/éloqueut, degraeieusés.et nobles manières; ses opinions étaient sages et consciencieuses;, irvoulait avec conviction une mp*narchie constitutionnelle et ne reconnaissait pas plus à une assemblée unique qu'à^un roi la souveraineté absolue: ainsi il s'étaijt bientôt trouvé en arrière du flot de la Révolution.. Le 5 octobre l'avait consterné sans le décourager* Il continua a soutenir,, à la tribune et dans ses écrits, la cause de la liberté telle qu'il la comprenait J il -avait essayé de fonder le club monarchique, rendu impossible par les intolérantes pérsé-
192 IMPUISSANCE DE. l'âSSëMBLÉE.
mutions de^'laeobÎDs. Il* n'était pomt en-relation habituelle avec la CQUP, et vivait indépendant et tranquille. Son hôtel était situé rue de Sèvre&, très-loin des Tuileries et du théâtr/^ où le combat était livré. Danà la matinée du 10 aoât, nne troupe d'hommes armés <lepi<]nes et de faux investit son hôtel , criant qu'un -dépôt d'annes y avait été formé ; il fit ouvrir les portes, invita ces hommes à entrer et à faire une sévère recherche; on ne trouva aucune armej les voisins savaient bien (jii'il n'y en avait point. Alors les bandits le conduisirent brotàlemént à la section de la Craix-Rotige. Il parla d.'uné manière si simple et si persuasive, que cette autorité populaire permit qu'il retournât chez lui. Redéscentlu daris la rue, il y trouva les- hommes qui ravarent amené , toujours . irrités et menaçants ; il monta sur une borne et eommença à. lear parler avec courage et noblesse; il sembla /ùh instant agjir sur ces âmes grossières; quelques applaudi8âenîfent& se faisaient entendre. Un cuisinier, qu'il avait renvoyé pour vol, lui lança un coup de faux au visage; il toinba, se releva, entra dans un hôtel voisin; poursuivi d'étage en étage, il fut atteint et massacré; son' corps , traîné dans la rue , fut livré ,aux outrages de la populace > et, lorsqu'on le- rapporta a sa: femme, ses vêtements seuls pouvaient lefaire reconnaître.
Aînei se passa là journée du 10 août, hors de. l'Assemblée. La nouvelle administration de la commune de Pari^ , seule autorité qui aurait pu tenter de rétablir l'ordre et d'arrêter l'efFasion du sang, ne songea pas un instant â^ empêcher les massacres. Parmi les hommes qui formaient le conseil de l'insutrection, les uns partageaient les p^s&ions féroces des assassins ; les
lAf pyiçsANdE . t>e l'assemblée. 193
autres érigeaient ex\ système et ea nécessité politique de3 crimes^, dont la répression ^ursi^it pu conapromettre :ou. diminuer . letir prééminence stfrja tourbe qu'ils avaient excitée.; Ils n'avaient nul plan^ dé condiuite> . aucun syst;ème ^à établir, pa9 une idée arrêté^, pour le lendemain : détruire et. régner par la force sXkv l6s ruines qu'ils avaient faites> c'était toute leur politique. Les OiroodinS; dans leur vanité; avaient une .certaine .foi de doctrine : ils se croyaient capâr blés de réaliser leurs cbinrères. déclamatoires; Danton et les bômmes qui recevaient son influence loaarcbaient en avant; ne pa^, reculeT daus la carrière révolutionnaire était leur, unique syrtxbole. Où s'ai'rêteraieût-ils? Sous quelle forihe serait eonstituée la soeiété nouvelle, après avoir brisé lasociété ancienne? Quelle autorité régulière pourrait succéder à la puissance qu'ils n'exerçaient sur l$i po^pujacç qiï'en obéissaât. aux, passions inspii'ées par eùxmèm^s.? G^étai^qt des t^uestiotis sut" lesquelles Dan;t0ii tâchait dé ne pas interroger son propre j^on sens : il s'étourdissait par le mouveno^ent et s'aniniait au ji^u de hasard d§s révolutions), sans prévoir lé moment où la partie serait gagnée ou perdue, , ''
La Iptte de l'esprit révolutio,nnaire Contre le gouvernement çon^titutiorfnél était terminée ; une autre lutté allait commencer ; les, jUusions républicaines^ se tijouvaient aux prises. avec des passions et des vicps ântipa**. tbiquesAtouloidte social.. .;. ' v
En accueillant le nôjuveauvcoiiseîl, qui âVait pris possession de rflôtel de Ville, l'Assemblée avait reconnu un souverain. tes'.< grandes déterminations qu'elle venait devoter lui avaient été dictées, bien que les Girondins eussent semblé y apposer leur- cachet.: I. 13
i94 IMPUISSANCE^ DE L^ASSEltBLÉBé
. Le \\ août, dès sept heures da maJtin^r la séàote ayàit été wôprise. Lé roi? et sa famille revinrent occuper la même tribune.. Là, seulement. Ils pouvaient trouver quel()ue sûreté. y ■- . . \'
* Ce qui importait y avant tout; G*était de s'infirfrmer de rétat.de la capitale, de savoir si les massacres avaient cesçé,. 31 l'ordre commençait à se ré]tabli;r. Sànterre,"^ commandant de la gai^e naticmale» nommé parle conseilde la commune^ fut mandé; de^ comi|fiiséaii*es municipaux assurèrent que l'agitation dimi^ nuait et que le conseil venait de suspendre toile les jugés de paix, dont le peuple âe méfiait au point de niassacrer les inculpés qu'on amenait devàtiteù:K. Les barrières étaient encore, felrmées.- Des mesures étaient prisés, pour que les Suisses réfugiés dans quelques eprps de garde fussent transférés en prison, sans être exposés aux vengeances pepulçiires.
Dès la Veille, des bandes d'însui^gés' avaient c6mmejicé à renverser les statues royales qui s'élevaient éur les placés publiques. Un homme aurait été écrasé par la chute de la statue de Louis XIY sur la place y6n4êtne. Quelques députés proposèrent' de rendre cette destructioil régulière. Il fut, objecté que l'Assemblée ne pouvait autoriser la ruine de» monuments; la remarque fut mal accueillie. Ge/désordre, ainsi que la plupart des autres, était produit, non par un sentim^ent exalté et réel, il était provoqué par des excitations; iL entrait dsins les projets- des nîeiieurs de la «édition > c^était une manièi'e de proclamer l'abolition de la royauté. Un passant regardait avec tristesse la statue de Henri IV renversée sur le PoDt-Neuf; un autre spectateur, plus au fait du vrai sens de cette destriietioh, lui dit : w Ce n'est