‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 41 sur 88 · TENTATIVES POUR RÉTABLIR L. ORDRE · texte numérisé non relu

TENTATIVES POUR RÉTABLIR L. ORDRE

poiDt Henri lY qui est abattu , c*eftt la statue de Lauis XVll. » /

. La fermentation était encore, telle. que Santerre demanda que le roi ne quittât point rénceintè de

rAssembléel

Alors' partit Thoïnihe qui pouvait le mieux arrêter une populace déchaînée , à supposer que la chose soit possible. Danton 9 après avoir prêté serment avec les autres ministre»'/ ajouta :

(( La nation française > lasse du deâpotisme, avait fait un^, révolution; mais, trop généreuse, elle avait transigé avec les tyran^..'.. Elle va* rentrer dans ses droits. Dans tous les temp^/et surtout pour les délits pârtiouliera, là où commence Taction de la justice, doivent -cesser les vengeances popùlail'es. Je prends, devant l'Assemblée , rengagement de protéger les hommes qui Ssoiït dans son enceinte. Je tnarcherài à leur tête; je réponds d'eux^ »

Pétion, rendu à ses fonctions de maire» vint, à son toôr, promettre ses efforts pour calmer l'effervescence du peuple encore très-vîve; maiâ il attestait qu'elle était surtout esLoitée par la crainte qu'on ne manquât à sa dignité; <V La plupart des victimes de sa colère^ disait ^Pétiôh, étaient des filous, qui étaient pris en flagrant délit»» Quelques heures après, il revint encore à rAssemblëe rendre compte de la vive satisfaction qu'il av5^t éprouvée en voyant là capitale redeyenue tranquille , en entendant les bénédictions adressées à r Assemblée nationale; il avait «parlé au'peuple, à ce * peuple toujours bon, toujours juste; ses exhortations avaient suffi pour dissiper de tumultueux rassemblements» i) La confiance et le respect accordés auï'magis-

196 TfiNTAtIVÊS POtJR BÉfABLiR l'oRDRË..

iràts sont la garantie de Tordre public. » 'Afin; de gagner cette confiance, il avait lui-même veillé à la publication d'une proelanratibn rédigée^ au codseil tle la commune.

« Peuple souverain , suspends ,ta vengeance ; la justice endormie reprendra aujourd'hui ses droits; tous les coupables vont périr sur Téchafaud. n

Â' la même séance , le conseil avait ordonné la meûtion honorable d'tine pétition qui lui était adressée pour célébrer la juste vengeance du peuple > Textermination de Mandat et de iqùatre autres prisonniers. ' . .

Pendant la quiétude de Pétion / lés députés, qui avaient appartenu . à Taneienne majorité modérée^ n^'étaieni pas en sûreté ,- même dan^ la salle des séances/ lorsqu'ils se risquaient à y entrer. « Savéz-vous à quoi vous vous exposez? entendez-vous ces tribuns? «disait Merlin de Tbionville à Théodore de

Lametb et à Dumas qui venaient repreûdre leur pla<;e et prêter serriient;' V attendez un quart d'heure ^ et dè3 que vous aurez prêté serment, tâchez de disparaître. » ^ ' \ . ' * ,

Les promesses dé* Danton et le contentement de Pétion n'inspiraient point à l'Assemblée, iinè telle confiance (ju'ellé pût être sans inquiétude sui" le sort des $uiS|Sfjs réfugiés dans les salles des Feuillants et dans les sections; on n^osa point les transférer à l'Abbaye;, ils fureitt provisoirement enfermés ati palais Bourbon. Afin de les sauver, on' cherchait à iournèr la colère des insurgés stir les officiers et sur les conâmandatlts du châtea.u; on présentai tries soldats comme victimes des jcomplots^ramés contre le peuple; on leur suggérait des témoignages hostiles. à leurs chefs, et

CE RQÎ TRANSFÉRÉ AL tEÀf^fiE. 497

l'on ppomettait qu'il en serait fait justice; ils étaient conduits à cette prison de l'Àbbaiyé déjà menacée. .

V Malgré ^cés soinis tàrdife, le Qômbre des 'Suisses1;uéà en çonâ)jattant pu massacrés après qy'ils eureiit cessé de. défendre le château^ a été calculé à environ sept cept^ soldats et Vingtnieux officiers. I| périt, dans ces deux, journées:, Tingt garder nationaux i^oyalistes, ttois commaiiidants de k garde nationale^ quarante gendarmes y cent personnes de la domesticité du roi, la piatpouîile màssac;rée dès le premier niatin aTanit le <^coipbat, Mr de Clermont-Tonnerre ^ Une vingtaine de gentilshomn^es qui essayèrent de pénétrer aux Tuilerieç;0U qui furept tués en se retirait, enfin à peu pFés detix cents homnies exécutée sans vérification à titre de .voleurs. Les insurgés perdirent cinq cents hommes ,^ et l'ou assura que trois mille personnes de cette fcrule désarmée, qui avait rempli le Carrousel^ Jies cours du «hàtei^û et le js^rdin, étaient tombées sous la fusillade et le canon.

La sûreté du roi.^t de s^ famille était Ja principale préoccupation de r Assemblée; les dangers qui le tne^ naçaient, ce qui pouvait advenir en un tel désordre, tels étaient les. motifs qui inspiraient, aux révolutionnaires un intérêt politique, bien supérieur, pour, eux, à la justice et à Uhumanité;

-' Pendant U journée du- 4 % , les aiuis et les serviteurs du roi et de^ la "reine avaient eu la perarission d'entrer dans les cellules du couvent des Feuillants, qui leur avaient été .^signées; comme asile. Des paroles touchantes . d^ reconnaissance pour le dévouement qu'on leur témoignait, les effusions d'une douleur toujours noble et sans faiblesse, ont été rapportées par

1 98 LE, R04 TAASïSFÉIUÊ ' AU ' TEMPLE.

les témoîiiQ àe 6eâ iristea mûmefnt^/ Là' siè trouvaient ^ le prince de Poix, h. b^ron. d'Aubier-, M, de Saint- Pardoux, M. de Gognelat, M* ,de Chamilly, M. Hue. Mf" Gampan et sa sœur, M"** Âuguier) y pai?vini^ent : « Ah ! malheureuses femmes, leur dit la' reine, yenezen. voir une plus malheureuse que tous; Nous somjne^ perdus; nous voilà arrivés .au terme après trois- aii* nées d'outrages. ^I^ou^ allons suQcomber par cette horrible révolution. Bien d^autres- périront \après nous. Tous put contribué à notre, perte.: les novateurs comnie des fous; les. ambitieux pour s'élevse^ ou s'enrichir; lesplus forcenés j£|.pobins voulaient de l'argent ou des places; la, foule jdemajidait le piïlage.;!! n'y a pas uii patriote parmi tous ces infâmes. Les émigtiés avaient aussi leurs projets et leurs intriguei^; les étrangers Veulent profiter des dissensions de la France ; tout le monde est pour quelque chose dans nos malheurs. -^Pauvres enfants/ disait-elle en embrassant ie Dauphin et S2t sœur , votre bel héritage finit avec nous; il est cruel de ne pas vous le transmettre. »

Elle è6 taisait raconter les massacres . la dévasta^ tionr et l'incendie des Tuileries: C'était l'ambassadrice d'Angleterre qui lui avait envoyé <iu linge.

Lé roi était calme ^ sans effusion/ pieuseàieiit résigné, sans grandetfr^ sans apparente noblesse; sa di^ gnité i&orale n'avait rien d'extérieur.

Le; lendemain 1^; Orangeneuve se plaignit^, dans l'intérêt, diàait-il,..,de Ijçi sûreté du. roi, qu'on laissât àp'procher de lui des personnes qui n'étaient point autorisées par l'Assemblée, s Dès lors la consigne fut, donnée pour empêcher çe^ coiïimunications. M. de RohaurChabot, qui avait: tâché de s'introduire, fut ar^^ rèté eimis en prison, ou il trouva là mort peu aprèàJ

LE aOI TRANSF^BÉ AU TBMFLB. 199

Le décret dé suspcosion. avait assigné le. Luxenn bourg poui* k demeure du roi; la commune réclama aussitôt contre cetfe disposition. L'Assemblée, a^rès avoir entendu le rapport d'une commission , décréta que rfaôtel du ministère de là justice, plàde Yendômè., serait réservé piour 4'babi)tation du rpi et de sa famille; Danton avait lui-même conseYiti à cette désignation. Le roi devait être gardé sous la surveillance du commandant de la garde nationale; une somme de cinq cent mille francs était assignée pour la d^épense^desa maisoi), jusqu'au jour de la l*éunion de la Convention nationale. n -

Les termes du décret étaientconvenableset conservaient une sprte de respect. C'était encore une conséquence des projets de la Gironde, et de la suspension préférée, à la déchéance ; le roi était ainsi dans ut)e situation' provisoire, prisonnier ^sans doutie, mais prisonnier de l'Assemblée^ placé dans son voisinage et soua aon^iitorité.

Un tel arrangement n'était point conforma aux intentions et aux volontés des véritables vainqueurs du 10 août. Il fallait que -le roi lût entre les mains des hpmnïes qui siégeaient à la commune, et non pas prisonnier des Girondins. £ëla pouvait' convenir à Danton, tout aussi bien que le projet de donner le ministère de la justice pour deineure à la famille royale. Se tenant prêt à un dénoûment quelconque : (f Ce sera moi qui' sauverai le roi où qui le tuerai, a disait-il.

Manuel, procureur général de la commune, se pré^ senta à la barre : « Législateurs, dit-il, la France est libre. Le roi est enfin souiûis à la loi; il ne reste plus à Louis Xyi d'autre droit que de se justifier devant le 9ouv6rai0. Ce droit seul le niet sous la sauvega,rde de

200 LE ROI TR.VNSf'éBÉ AU TEMPLE»

la natioa. Le Temple peut servir âe demeure au roi et àsa famille. Si vous.cônfièz ala nation le roi, su femnire et. leur sœur, ils y èeront conduits, demain a-vec tout le respect du au malheur. On leur it^tércëptera toute correspondance, car ils. n'ont que des tratirés^ pour ^mis. Les, rues quHls ^tratemront serônt.bordéçs dé ces soldats de la Révolution , qui les feront rougir d^avoir cru qu'il y avait pjâirmi eux des. esclaves pMts à soutenir le dest)otisme ; leu!r plus girànd supplice sera A 'entendre crier : « Vive k aation I Vi^ ela liberté ! » Le. président de T Assemblée répondit qu'un décret venait de fixer Tbôtel de la chancellerie pour la ^demeure dli roi.

.Manuel insista ; le décret fut aussitôt rapports. La bommune.dé Paris fut chargée de choisir le. lieu où le joi habiterait, et le soin de le garde^ Itii fut confié.

Le 13 août, au milieu de la jpurnée^ deux v-oiturèà furent amenées aux f'euillants ; la faitiille royale y monta. Petion et Manuel veillaient à Cette; translatidfi : Pétion se plaç^ dsuis la voiture du roî, ainrî qu'au, •retour de Varennes. Il voulut que la traversée dé Paris fût un triomphe populaire et uri outragé de plus pour le roi.

.^Oq prit .un long chemin,vet la marche fut lente. Aprèfif. avoir passç • sur la place Vendôme, où Pétion eut soin de montrer la statue de Louis XIV gisant Bur le pavé, on suivit toute la ligne 'des boulevards. Une foule iûsultante s^ était rassemblée àutopfr d^s voiture^. Pr^ de la portière oh voyait un homme a grande barbe, vêtu d'une àouquenille assez semblable à *uile robe deeapucin. Son aspect était hideux ; iiou regard féroce ^e troublait pourtant en se voyant j'objBt de la curiosité et de l'horreur publique. C'était u^ nommé

POUVOfItS ARBITRAIRES DONNÉS AUX MUNICIPALITÉS. 201

Triiehon, membre de' la nouvéile municipalité, qui s'était fait rema^guer parmi .'toutes lès jouî*nées dé seditioB.DaQS le pettple> on te nommait Nicolas à ta grande ba^rte/ et on le confondait sOuVent avec Jourdan coupè-têtè, ..dont le :costutïie . et la physionomie étaient à peu pi^sr pareils, et qui se montrait dans tes mèmfes ticcâdièns- Ce jour-là même, la foulé croyait que c'était le côupe-rtête *. '

Pendatnt que le roi était conduit à sa dernière prison, rassemblée continuait à établir" un gouvernement nouveau. Elle eonvertit en décret là proposition déjà présentée par Gensonné avant le JO août : la rechercbe dés crimes et délits'politiqiies fut confiée aux autorilés administratives, /Les municipalités étaient investies du pouvoir de sf assurer dé la J)er8onne des inculpés ; les pièces devaient être adressées à i' Assemblée^ nationale^ Un comité dp sûreté géoéraïé, foi*mé dans son sein, entretiendrait une correspondance suivre avec les administrations, lies municipalitési.dans lés. villes de plus- de vingt mille hkbitaûts, pourraient, sous l'approbation' des autorités supérieures, faire tels règlements de police qu'elles jugeraient, convenables, soit pour procéder au recensement des pérfeonnés siispectéâ, sôitpoijr réprimer lès propos injurieux tenus contre; là' nation et la consïitution, soit pour proscrire toute autre cocarde que la cocarde nitionale, 'soit pour interdire tout rassemblement de personnes suspectes. Tourfefpis les peines prescrites par règlement administratif iie pourraient excéder une détention d'un an. , • '

^ Mdémoires de M. de Làvaiettë. '

2Q2 POUVOIRS^ ARBITRÀIHIIS .DOKIIÉS JlUX 1IU)(ICIPALITJ|8.

Les effete de cette abolUioû de toute, garantie légale et judiciaire ne deyaieat point tarder à jse manifester; le mécanisme de la tyrannie réyolotionnair^ fut ainsi établi par les Girondins a.u moment où eu^^-mèmes comoi^nçaient à trei&bler.devant lai^ommune de Paris.

II3 avaient destitué Tadministration du. départenienti mais ay.ec rintention de changer seulement les personnes et de la laisser subsister, après ce renouvellement , avec ses attributions \consiittitionnelles. Une députatioa municipale se préseata.

« Le Conseil général de la comxniine nous envoie yeri; vous^ dit rorateur, pour un objet qui intéressfe le salut public^ Après le grand acte par lequel le peuple souverain vient de reconquérir la- liberté et vous-mêmes, il ne peut plus exister d'intermédiaire entre le peuple et vous.... Guidés par le ts^tme sentin^ent de patriotisme qui a él^vé le pçuple id.e Paris et de la. France entière au point de grandeur où il est> vous devez entendre le, langage de la vérité qu'il va vous parlei^ par la bouclée deses délégués.... Quand le peuple a sauvé la patrie; quand vous avez ordonné une Convention nationale , qui doit, vous remplacer, qu!avez-VQus^ autre chose à faire qu'à satisfaire à son vœu? jQraignez-vous de vous: reposer sur la sagesse du peuple,, qui veille pour le s^lut de la patrie> qui ne peut être sauvée qqe par lui?.... Fa^drart^il que le peuple, pour se délivrer d'ilne puissance usurpa^ trice de sa souveraineté, rs'arme encore une fois de sa vengeance?», \

^ Une assemblée, à qui peuvent . être adressées de telles paroles,^ n'est plus maîtresse d'ellèrmème./11 fut accordé que l'administration départementale n'aurait pas la surveillance des opérations de la commune.

ADRESSE AUX FAANÇAIS PAR COHMRGET. 2Ô3

m ce qiïi c<)nceriiait Terdre publk ; c'était légaliser im pouvoir déjà usuirpé. Le joùtinème où elle protestait contre l'exifitence de toute .autorité supérieure, et intei^disait aux sections de se conformer au décret de rAaseijabléeqpi maintenait le département, elle envoyait des comndiss^ires détruire les. presses de huit Journaux^ Un orateur vint rendre comptéde cette exécution. Il s'exprima en ces termes : ce La mort de ces folliculaires . n'a été h&tée que dé peu de jours. » Gela ne^ signifiait encore que. la, mort de leurs jour^ naux. ~ ,

Si. la puissance et l'action avaient passé atïx mains des révolutionnaires de l'itisurrection, la. Gironde gardait encore dans ses attributions la parole et la rédaction» €e fut Condorcet qui écrivit et fit adopter le manifeste que l'Assemblée adressait à la nation,, pour lui expliquer les circqnstances et leâ motifà du renversement de k constitution*. C'était un long ex-, posé de la 'Conduite qu'avait suivie l'Assemblée depuis l'ouverture de là .session* Les décrets contre lesémi* grés . et les prêtres, le veto royal, la coalition dés souverains, la guerre, les méfiances iàspirées par le pouvoir exécutif, le !^ juin où le zèle du maire de Paris avait ^réyéntu le désordre, la déclaration du danger de la patrie, le manifesté div duc de Bruns* wick,v le présence inconstitutionnelle des Suisse» au château, l'ordre: de tirer sur le peuple,- l'impossibilité de s'opposer à la juste vengeance exercée Contre une telle trahison : tels étaient les récits qui .amenaient, comme conclusion, le décret de suspension, et l'appel d'une Convention nationale. Comment l'Assemblée ne poiivait aller plus loin et ne devait pas prononcer

204 COMBUITC I>U aÉNÉRAL LA PATEtTE.

sur ce qui serait stalaé pan la . souyeraineté du peuple : c'est ce. que le rédacteur eipliquait avec un soin particulier; Quel que lût le penchant de Condorcet à Tcxagération - logique des principes i^évolutionnaires et ]a timidité docile de son caractère, il restait dans la limite des souhaits et de^. espérances ^e la Gironde : î) ne proclamait point la république.

Uq autre ménagement était remarquable : il i^e dirait pas un mot du général La/Fayette. C'est qu'en effets les Girondins, et peut-être aussi W autres vaii^queurs,' . s'inquiétaient de. ce qu'il pouvait faire et de l'ascendant qu'ils lui supposaient siU^l'armée. Leurs journaux gardèrent la même précautioB et annoncèrent même son adhésion.

Trois commissaires avraic^nt été> dès le premier moment^ envoyés yei^s lui : KersailQt, AntoneUeetPeraldi; ik lui firent savoir, par un intermédiaire, q-u'il ne tenait qu'à lui d'obtenir upgrand pouvoir et dejùuer le prentier rôle dans cette révolution^ Les craintes qu'il inspirait et Jespérwce de le séduire prouvaient peu de connaissance de son caractère .^^ c'était ne .point savoir les qualités qu'il avait et les qualités qui lui manquaient'. . -,

Pour lé général lia Fayette *, lé 10 août marquait le passage dé la révolution constitutionnelle à une servitude- sanglante, de l'ère de la liberté à l'ère de la terreur. Il voyait avec douleur commencer la démoralisation politique de là ^France ^et de l'Europe^ il lui semblai t^ que l'autorité publique éprouvait la violation de 4ous^ les principes, de tou$ les engagements de la • .' ■ - . - • . / •• • '

* Mémoires dugénérai La Fayette.'. ^ .

CONDUITE AU GÉNÉRAL LA PAVfiTTK. 205

société: Dan», son apihion, les nations civilisées avaient de certains droite qu'elles, pouvaient défendre envers et contre tous; des garanties qui, aunviljeu d^s oscillations des partis et des envahissements de leurs chefs > étaient destinées à prévenir la dégradation et rass^rviss^efment. 11 avait approuvé et servi . une révolution doqt le but était )a conquête ou> la- défeuBe de ceà droits; maintenant il voyait uii petit nombre de factieux^ réunis par une organisation illégale, q^i pro^ cédaient par la forcé, qui voulaient faire plier la nation devant eux et la coatraindre à leurs opinions.

Ainsi le général La Fayette, lui qui avait cru qu'une insurrection ^ était justifiée et légitimée par la pureté des intentions, et lorsqu'elle à pour terme la justice et la liberté.^ s'étonnait et s'indignait que d'autres se fussent emparés de la même excuse. Convaincu aii fond de sa conscience que l'égalité des droits, -cet autre nom de là' liberté, ne ressemblait en rieiiau nivellement envieux, but manifesta de l'insurrection no u^velle,:il n'avait aucun pacte a conclure avec les hommes qui Venaient d'appeler ou d'exécuter le 1 août. Toutefois il hésitaît.à les combattre -par la force. ouverte; en 1789, il aSrait admis, que les voies de fait et là violence pouvaient être employées pourrënverser un gouverneinent oppresseur; trois ans atprè^, ses scrupules né lui permettaient pas dVn user pour rétablir un gou*- Vernement destiné à maintenir ou à resiaiirer l'oriire public. D^ailleurs il regardait comme son devoir le plus sacré de nô point compromettra là, défense du territoire et de iMi procurer aucun avantage aux armées

étrangères, . '

Le général chercha donc un moyen constitutiouhel de ne se point soumettre à un pouvoir usurpé. Le poil-

20ë CONDUITE DÛ OÉHÉRAL LA PAYBTtE.

voir exécutif n'était pHs libre ; F AsBèmblée avût déclaré dans la séance du ^ août quréUë ne délibérait plus librement ; Jes nouveaux décrets n'étaient point votés /par la inàjorité. Ainsi le général avisa que la seule autorité légale à laquelle il dût obéissance, c'était l'administration départementale des Ardennes; en ce moment elle était pour lui le souverain.. Les administrateurs étaient d'opinion modérée et constitutionnelle; ils se prêtèrent courageusement à cette fiction.

Les . commissaires dé l'Assemblée étant arrivés à Sedan, se rendii^ent d'abord à la municipalité; le màit-e, M. DesroUsseaux, leur dit i « Je vous demande, messieurs, si, lorsque l'Assemblée a reiidu le déèret dont vous êtes porteurs,, elle était parfaitement libre. ^ Kersaint cqnvint qu'elle avait voté peùdaht uhe émeute et entourée d'hommes armes. « Votis n'êtes point, dit le maire, les députép du dorps législatif. Vous étés les députés d'un parti qui force l'Assemblée à voter la destruction des lois que nous avons jurées. Vous cherchez à soulever le peuple de cette ville. Nouis vous consîdérond comme dès otages jtour la sûreté des représentants de notre département. » Après une délibération Unanime de tout le corps municipal j les commissaires furent enfermée au château de Sedan.

La population était en.parfait accord avec ses magis- ^ts ; l'armée montrait Une obéissance dévouée à son général. H eut Uri moment l'espoir de réunir eh une même résistance les corps d'armée et les départements de la frontière. Cette illusion dura peu. — A Metz, le maréchal Luckner avait d^abord dit publiquement : « La Fayette a bien fait, >> et lui avait écrit de bien garder Les commissaires ; puis , lorsqu'àrrivèrent lès députés envoyés par l'Assemblée , ill&ten pleuraat>a

CQKDtJltÈ DU GÉNÉRAL LA fAYETTE. 20?

soumission. -^ — A Strasbourg", M. de Brogli^^.M. Diètrich, ]V(. Desaix, M. Gafarelli, unis d'amitié ou d'opinion avec M. de La Fayette, firent de vains efforts; ^— M. de Biron, général en chef, était Tamile plus intime, du duc d*Orléahs et suivait la niênie ligne politique. — Le général Arthur Dillon, qù4 cqmmandait Tannée dû Nordj commença par ipiiter M: de La Fayette ; il mit à don ardre du jour que la constitution avait été violée et que les parjures, quels qu'ils fussent, étaient ennemis de la nation. H fit renotuvelerle serment de fidélité à là constitution. ' ^

Le général Dumofuriez comniaudait le camp dfe Màuldè stms les ordres du général Dillon. Depuis qu'il était arrivé à l'armée, il professait hautement les opinions révolutionnaires ; il avait d'activés oorrespon^ dances à Paris. Près de Maulde, à Saint-Amand, un député, dont le nom allait bientôt acquérir une triste célébrité, Couthon, était venu prendre les eaux. Dumburiez se mit ^n grand rapport avec lui. Il avait mérité qu'en faisant son éloge à la tribune des Jacobins , Carra pût dire : «Le eamp de Maulde eôt un véritable club de Jacobins ambulant. » Dumouriez refusa donc de^ suivre la ligne de conduite d'iabord adoptée par spUs chef et contribua à foire changer sa détermination première. Des commissaires de l'Assemblée arrivèrent y ils usèrent de modération aVec le général Dillon y ils acceptèrent sa rétractation et son repentir.

M. de La Fayette ne conservait pas une>possibiIité de mainteqir la position qu^il avait prise. Sans se faire illusidh sur le sort qui l'attendait, lorsqu'il serait entre les -mains des ennemis de la Ffançe et de la liberté , il quitta soq^ armée ; après avoir pris toutes lès préaautions pour la sûreti^ de la frontière, sans

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