‹ Histoire de la Convention nationale (volume 3)Chapitre 50 sur 88 · OÉGRBT CONTRE LES PRÊTRES · texte numérisé non relu

OÉGRBT CONTRE LES PRÊTRES

Girondius demandèrent qu'il fût pajssé à Tordre du jour, ^ ^

ce C'eât au pouvoir exécutif, disait l'un d'eux , à faire la poursuite de cette malheureuse affaire. C'est sur lui que doit retomber le sang qui vieiit de couler à Bordeaux^ Depuis qu'il $, mis son veto sur les lois répressives du fanatisme , les exécutions » pojiulaires commencent à se renouveler. Si quelque chose peut affaiblir Thorreur d'une aussi cruelle violation de la loi, je dirai que les deux prêtres, victimes des fureurs populaires , ont cent fois , par leurs intrigues et leur scélératesse, lassé la patience des citoyens. L'un d'eux a été dénoncé au tribund de Bordeaux , et il a été, au ^raud scandale des citoyens, acquitté par ce tribunal, que Je n'accuse .point de complicité, mais auquel je reproche au moins la plus criminelle indulgence. Quand les tribunaux ne font pas justice.... je ne veux pas achever. »

Personne nç réclama le respect des lois et de la chose jugée , et Fon passa à l'ordre du jour.

Après le 10 août, on devait aller plus loin. Un projet de décret fut proposé le 23; il portait dans son article preçiier : « Tous les ecclésiastiques non assermentés seront tenus de sortir du territoire dans le délai de quinze jours. » *

Quelques réclamations s'élevèrent; un dq)uté, M. Claye, terminait ainsi ses objections ; (r Je demande que , conformément aux lois de l'humanité et de la justice, vous ne punissiez que ceux qui ont troublé> l'ordre public Je le répète, n'avilissez pas l'Assemblée par une loi atroce, rendue si précipitamment. M

Gambon proposa de déporter les prêtres à la Guyane*

228; DÉGREt CONTRE ' LES PRÉTRHS.

cr Autrement ils iraient grossir l'armée des émigrés ou propager en Eâpagne , en Italie , en Allemagne , des principes contraires à notre liberté. » , .

Lacroix Tappuya : u Ce serait, dit-il, blesser la morale publique que d'empoisonner, nos voisins de cette pe^te ; en les transportant à la Guyane , ils poi^rront conserver U^spoir de revenir en France, slls ne sont pas incurables; c'est une espèce de séminaire où nous lès envoyons. »* Cette plaisanterie fut applaudie.

Un ministre protestant-, Lasource, demanda, au no^ de la justice ^t de l'hunaanité, la question préalable sur la proposition de Cambon. Fauchet, évêque constitutionnel du Calvados, ajouta à cette considération nn motif d'économie; il aurait fallu cent vaisseaux pour , transporter cinquante mille 'prêtres. 11 proposa de les tenir enfermés dans les îles de là^ Charente. /. : ••

Vergniaud s'opposa avec Force et talent à la, déportation et même à tout le projet; il demandait qu'on se contentât de la loi déjà rendue, quelques mois auparavant : loi qui avait alors paru rigoureuse, mais qui du moins faisait de la déportation une p^ine applicable seulement à, un délit déterminé et reconnu.

Là délibération fut remise à un autre jour. Pendant ce délai 9 Brissot examina là question dans son journal;, vqiçi les motifs qu'il donna contre la déportation : « C'est une funeste coutume, écrivit-il, que d'inonder les colonies de l'écume dé la population ; il né peut en résultç^r que. des effets funestes. Mais quand il serait possible que la déportation corrigeât PU' vagisibond , elle né changerait pas les pr^^res; ils sont incorrigibles. »

Le. 26 août , le décret fut adopté. La déportation à

INTERllOGÀtOJàE> DE MONTMORIN. 229

la Guyane devait être appliquée aux ecclésiastiques qui n'obéiraient pas au bannissement. Tous les prêtres insermentés étaient tenus à sortir dé leur district dans les vingt-quatre heures^ dû département dans trois jours, dû territoire, français dans quinze jours. On leur assignait six sous par lieue jusqu'à la frontière. Les sexagénaires ne furent pas compris dans ce bannissement, mais ils devaient être réunis. au chef-lieu An département, dans une même maison, sous la surveillance de la municipalité.

En vertu de ce décret, la commune de Paris avait, trois Jours aprè&, entassé plusieurs' centaines de prêtres aux Carqies, à Saint-^Firmin et à l'Abbaye.

M. de Montmorin avait été ministre des affaires étrangères ; i>oursuiyi de dénonciations , plusieurs fois traduit devant l'Assemblée > il s'était toujours justifié avec une . telle évidence qu'il n'avait pas été mis en accusation. Resté l'ami le plus intime du ï*oi , ses conseils modérés et sages n'avaient guère été écoutés, et les projets ^qui n'auraient pas eu son approbation ne lui étaient pas confiés; Après le 10 août, il s'était dérobé aux dangers qui le mena-^ çaient. Quelques jours après , il fut anrêté , et vint subir un interrogatoire devant l'Assemblée. Brissot retrouva l'ancienne âcreté avec laquelle il avait pour^ suivi les ministres du roi. La chute .du gouvernement monarchique n-avàit point désarmé sa haine. Ainsi que lui, Oensonné se montra hostile dans ses inculpations; ils semblèrent ne point penser que maintenant il y allait non plus seulement d'un acte de* politique parlementaire , mais de la vie ou de la niort. M. de Montmorin répondit avec calme, releva les erreurs et

Page 1